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Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr

No2
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Interview: Jean-Arcady Meyer  
Jean-Arcady.Meyer@lip6.fr
http://www-poleia.lip6.fr/~jameyer/index_fr.html
 


Jean Arcady Meyer

Psychologue de formation, docteur d'Etat en sciences naturelle et ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris, Jean-Arcady Meyer est directeur de recherche au CNRS.
Spécialiste de la vie artificielle, il dirige l'AnimatLab au sein du Laboratoire d'informatique de l'université de Paris 6
(LIP 6).
L'AnimatLab est centré sur l'approche animat, c'est-à-dire sur l'étude d'animaux simulés ou de robots, dont les lois de fonctionnement sont inspirées de celles des animaux réels. Auteur de nombreux ouvrages, rapports et publications, Jean-Arcady Meyer est notamment   l'organisateur des conférences internationales SAB (Simulation of Adaptive Behavior: from Animals to Animats) dont la sixième édition vient de se tenir au Collège de France à Paris, du 11 au 15 septembre derniers (http://www-poleia.lip6.fr/~sab2000/presentation.fr.html).
 

Vous êtes responsable du laboratoire Animatlab au sein du LIP6. Quels principaux travaux avez vous en cours actuellement? Sur quels projets souhaiteriez-vous éventuellement nous procurer des informations plus détaillées.
Jean-Arcady Meyer :L'AnimatLab vise à créer des "animats", c'est-à-dire des animaux simulés ou des robots réels dont les lois de fonctionnement sont inspirées de celles des animaux, dans le but de leur permettre de s'adapter ou de "survivre" dans des environnements plus ou moins imprévisibles et menaçants. Cette activité a une vocation à la fois appliquée - comme, par exemple de créer des robots autonomes capables d'assurer leur mission sur des planètes lointaines - et fondamentale - parce qu'elle vise à comprendre en quoi l'intelligence de l'homme s'explique à partir des comportements adaptatifs les plus simples hérités de l'animal.

Parmi les travaux en cours dans notre laboratoire, citons:
- l'utilisation des connaissances acquises sur la façon dont les rats encodent dans leur cerveau des informations sur l'organisation spatiale de leur environnement en vue de la mise au point du système de navigation d'un robot autonome.
- la mise au point, à partir de données recueillies sur la souris, du système motivationnel d'un robot, qui lui permet de sélectionner à tout moment la bonne action à exécuter, d'apprendre à enchaîner de façon automatique des actions élémentaires apprises séparément, et d'optimiser son bilan energétique grâce à des rythmes biologiques appropriés sous-tendant ses séquences comportementales.
- l'application des principes de la sélection naturelle à la génération automatique de réseaux de neurones contrôlant le déplacement, l'évitement d'obstacles et la poursuite d'un objet chez des robots marcheurs, nageurs ou volants.

A combien estimez-vous votre "chiffre d'affaires" annuel?
J-AM : Je ne comprends pas bien cette question. J'appartiens à un laboratoire public...
(NDLR: notre question portait sur le budget du laboratoire, intégrant fonds publics et éventuels contrats privés).

Disposez vous de commandes du secteur privé?
J-AM : Oui, nous collaborons avec diverses sociétés privées, dans le domaine du jeu vidéo, de la commande adaptative, de la robotique d'assistance ou de la robotique de compagnie, par exemple.

Vous êtes installé en France. Le domaine semble cependant très largement international. Estimez-vous que notre pays y tient une place suffisante (nombre de laboratoires, de chercheurs et étudiants, de publications, de brevets)?
J-AM : Le domaine est très attractif et, comme cela vient d'être évoqué, peut assurer certains débouchés dans le privé. En revanche, il n'aura aucun avenir au plan institutionnel, tant qu'on se contentera de dire, au CNRS et à l'Université, qu'il faut favoriser les recherches pluridisciplinaires tout en défavorisant les carrières de ceux qui les pratiquent.

Existe-t-il une politique publique de soutien ou d'encouragement en la matière et sous quelle forme?
J-AM : Non, comme je viens de le dire, il n'y a aucun rapport entre le soutien et l'encouragement officiellement affichés et la réalité des faits.

La France participe-t-elle aux appels d'offres européens de façon substantielle?
J-AM :Je pense que oui. Je viens, pour ma part, de déposer un projet au nom de 4 laboratoires européens, et qui répond à un appel d'offres en vue de synthétiser une "machine vivante". L'idée, ici aussi, est de s'inspirer des connaissances sur la neurophysiologie, la physiologie et l'éthologie des rongeurs pour synthétiser un rat artificiel - "rattus computatrix" en quelque sorte.

La vie artificielle - ou de quelque autre nom que nous la désignions - touche à d'innombrables autres disciplines scientifiques. Estimez vous que l'interdisciplinarité y soit suffisante? Ces autres disciplines sont-elles suffisamment représentées en France?
J-AM : Dans mon domaine, les principales disciplines qui sont conduites à collaborer sont les neurosciences, l'informatique et la robotique --c'est-à-dire trois disciplines dont chacune individuellement est très bien représentée en France. Le problème, c'est de développer et de favoriser les interfaces entre ces disciplines. Pour équilibrer les propos pessimistes tenus plus haut, je précise que je crois savoir que le Ministère de la Recherche a commandité un rapport sur l'intérêt d'un interface de Neuro-Robotique: il n'est donc pas tout à fait impossible que la situation s'améliore un jour.

Estimez-vous que le grand public en France soit suffisamment averti de ces questions, et s'y intéresse assez pour vous encourager dans vos travaux?
J-AM  : Il y a clairement un intérêt du grand public pour ces questions, à en juger par exemple par les nombreux articles ou émissions de télévision qui paraissent sur les "nouveaux robots".

Le domaine est très pointu, et fait largement appel aux mathématiques. Les vulgarisations, quand il y en a, sont souvent considérées par les chercheurs comme hasardeuses, voire dangereuses. Qu'en pensez-vous?
J-AM : Non, ce n'est plus le cas. D'abord le domaine fait beaucoup plus appel à l'informatique qu'aux mathématiques. Ensuite, c'est dans l'intérêt des chercheurs du domaine public d'expliquer au contribuable à quoi sert son argent. Ecrire des articles de vulgarisation n'est pas hasardeux ou dangereux: ce n'est simplement pas facile, parce qu'on est pas habitué à ce genre d'exercice.

Le fait, inévitable- que les publications soient faites en anglais ne gêne-t-il pas l'appropriation de la question par les non-anglophones?
J-AM : Tout dépend de qui doit s'approprier la question: si c'est le grand public, alors il y a de nombreux articles de vulgarisation en français; si ce sont les chercheurs, alors ils ont l'habitude de l'anglais.

Faut-il faire un plus grand effort de traduction? Plus généralement, l'internet grand public peut-il - comme nous le pensons - servir à diffuser plus largement les informations et réflexions sur la vie artificielle et les disciplines voisines?
J-AM : L'internet est un outil extraordinaire de ce point de vue et il y a déjà des milliers de pages intéressantes à consulter sur la vie artificielle.

Y-a-t-il des chercheurs que vous nous conseilleriez d'interviewer ou de rencontrer, en France ou ailleurs?
J-AM : Il y en a des centaines. Prière de focaliser la question...

Qu'aimeriez-vous ajouter à l'intention de nos lecteurs?
L'ennui avec la vie artificielle, c'est que ce champ de recherches attire non seulement le grand public, mais aussi des farceurs qui se prétendent chercheurs - et ce d'autant plus volontiers que des journaux ou des medias mal informés ont parlé d'eux. Votre site fait, par exemple, référence au projet Cam Brain du Starlab de Bruxelles, un projet qui a as pris naissance au Japon et a été abandonné depuis, et auquel aucun chercheur sensé n'accorde le moindre crédit... [je vous autorise à mettre ces propos sur votre site].

Réactions post interview: le Dr Jean-Arcady Meyer, que nous remercions de ses réponses, fait allusion à un phénomène souvent regretté en France, la difficulté pour les chercheurs de faire des carrières tout en pratiquant des recherches transdisciplinaires. Il ne semble pas non plus considérer que les politiques publiques de soutien à ces domaines de recherche soient à la hauteur des enjeux, véritablement statégiques. Il y a aura certainement besoin d'une meilleure prise de conscience au niveau des Pouvoirs Publics et autorités dispensatrices de ressources. Nous reviendrons sans doute souvent sur cette question, avec l'aide de nos lecteurs.

Quant à la validité de tel ou tel domaine de recherche cité dans les médias, ou ici-même, il ne nous appartient pas de nous prononcer. Ce sera à vous lecteurs de faire valoir votre point de vue. Nous souhaitons que la Revue soit un lieu de discussion ou même de controverse.                              Baquiast-Jacquemin


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