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| Jean-Paul Baquiast
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Actualité
Du côté des labos
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labos
Starlab, premier constructeur mondial de cerveau électronique
Par christophe Jacquemin
Société bruxelloise de recherche fondamentale dirigée par un groupe de chefs d'entreprises, STARLAB a mis en place une équipe composée de quelque 60 scientifiques de renommée mondiale issus de 28 pays qui concentrent leurs recherches sur les grands secteurs de croissance futurs comme la médecine, la nanotechnologie, la physique quantique, lintelligence artificielle, la bio-informatique, les études du cerveau...
Cette société vient de se voir allouer par Jacques Simonet, ministre-président de la région de Bruxelles-Capitale, une subvention de 37,4 millions de francs belges (0,92 millions d'euros) au profit de son groupe de recherche sur les cerveaux artificiels dirigé par le scientifique Hugo de Garis.
Design de "Robokitty"
© Genobyt Inc. http://www.genobyte.com/projects.htmlCette subvention servira à financer un projet de recherche portant sur la fabrication dun cerveau artificiel comprenant près de 100 millions de cellules cérébrales électroniques et utilisé pour commander les mouvements d'un chat robotisé grandeur nature dénommé "Robokitty". A cet effet, Starlab a déjà acheté un équipement spécial, appelé CAM-Brain Machine (CBM), dun montant dun demi-million de dollars.
Cette "machine à créer des cerveaux ", dont le concept est né au Japon, doit être utilisée pour développer et tester des connexions neurales artificielles se reproduisant elles-mêmes et créant de nouvelles espèces de circuits au moyen de techniques ultrarapides de matériel évolutif de type darwinien, à la vitesse denviron un circuit par seconde. 64000 de ces circuits évolués, comportant environ 1000 neurones (cellules cérébrales) chacun, seront ensuite téléchargés un par un dans une gigantesque mémoire vive (RAM) et interconnectés dans une architecture de cerveau artificiel, conformément aux plans de l'équipe de scientifiques qui l'aura créé, équipe bien humaine celle-ci.
La Cam-Brain Machine
© Genobyt Inc.
http://www.genobyte.com/cbm.htmlLe cerveau artificiel sera ensuite mis en service à des vitesses électroniques par le CBM afin de générer des signaux radio commandant les mouvements du chat robotisé.
De nombreuses applications potentielles
D'après la société bruxelloise, des négociations commerciales sont aujourd'hui en cours avec plusieurs groupes européens afin dexploiter des robots issus de la technologie des cerveaux artificiels pour les surfaces agricoles des régions semi-désertiques.
Dautres applications potentielles sont envisagées : robots ménagers de nettoyage, robots militaires, jouets robotisés, animaux domestiques robotisés, robots de compagnie...Les cerveaux artificiels actuels contiennent environ 75 millions de neurones artificiels, une capacité cent fois moindre que celle du cerveau humain. Selon Starlab, et d'ici quatre années, la prochaine génération de ces cerveaux devrait compter un milliard de neurones et sera capable de commander des centaines de mouvements différents à laide de plusieurs milliers de circuits de reconnaissance des formes, de circuits dedécision, etc., et de générer ainsi un répertoire de fonctionnalités très étendu. A la lumière de ces perspectives, Hugo de Garis sattend à ce que la construction de cerveaux artificiels devienne rapidement un secteur de recherche à part entière, conduisant à une véritable industrie en la matière d'ici 3 à 5 ans. D'après le scientifique, celle-ci devrait peser plus plus dun trillion de dollars d'ici 15 ans, soit un peu plus que le marché des micro-ordinateurs pour particuliers.
Des recherches sur les neurones, fondements de la pensée
Ce projet de réalisation de cerveaux artificiels fait partie dun effort plus vaste de Starlab visant à comprendre les fondements de la pensée. Chacun des 10 milliards de neurones interconnectés du cerveau est une cellule, et la recherche de Starlab sur les neurones a pour finalité détudier la communication entre ces différentes cellules, ainsi que les interactions qui surviennent au sein de chacune delles. Dans ce cadre, Jack Tuszynski, biophysicien est à la tête dune équipe pluridisciplinaire qui sefforce de combiner la théorie du physicien selon laquelle léchange de signaux entre neurones est de nature électrique, la connaissance des molécules du chimiste et lintérêt du biologiste pour les gènes et les protéines.A lintérieur du cerveau, le nombre de gènes en activité est aussi important que celui de tout le reste du corps humain, et chaque gène contient les informations nécessaires à la fabrication dune protéine.
Un des programmes futurs de Starlab pourrait porter sur la tubuline, une protéine qui sassemble en agrégats afin de former des filaments creux particuliers, appelés microtubules. Les microtubules sont indispensables dans le développement du cerveau de lembryon humain, car ils régulent le trafic dans toutes les parties du neurone et génèrent la force nécessaire à toute division cellulaire. Les microtubules sont donc sources despoir pour le traitement de maladies comme le cancer ou la maladie dAlzheimer. Elles sont également aujourd'hui source d'un débat houleux animant les sphères scientifiques : certains défendent en effet lidée que, dans lunivers quantique, les microtubules relieraient lesprit à la matière.
Pour ne pas mourir idiot :
Hugo de Garis, ou le créateur d'artilects (artificial intellect)
«Mon principal but dans la vie est de réaliser un cerveau artificiel», aime à raconter Hugo de Garis. Après avoir dirigé le Brain Builder Group du laboratoire ATR de Kyoto au Japon, ce scientifique d'origine australienne, la cinquantaine passée, est aujourd'hui à la tête du groupe de recherche sur les cerveaux artificiels de la société Bruxelloise STARLAB.
Pour rendre l'expérience des plus démonstratives, ce cerveau servira tout d'abord à piloter un robot-chat. "Mon objectif est qu'un adulte moyen puisse s'amuser avec ce robot pendant une demi-heure sans s'ennuyer" (...) Le chat est juste la représentation physique de mécanismes très complexes, qui doit permettre à tout le monde de comprendre qu'il y a un cerveau derrière» : en quelque sorte, une espèce de test de Turing* à la sauce de Garis
Aventure étonnante car il ne s'agit pas ici de simulation informatique de réseaux de neurones virtuels n'existant que mathématiquement sur un écran d'ordinateur. Le réseau neuronal existera ici réellement : seulement, il ne sera pas d'essence biologique mais électronique, utilisant les ressources de "l'électronique évolutive" (evolvable hardware), propriété qu'ont les microprocesseurs dessinés de manière adéquate de modifier leurs circuits selon la tâche à accomplir (ayant déjà touvé des applications industrielles avec les circuits FPGA (Field programmable gate arrays).
A la base de ce projet, démarré en 1993, la réalisation d'une machine -la CAM (Cellular Automata Machine) Brain Machine dont le principe repose sur la notion d'automate cellulaire (électronique évolutive), permettant littéralement de «faire pousser» et évoluer des circuits neuronaux, sortes de modules indépendants, le tout à vitesse électronique : la CBM représente une puissance de calcul équivalente à celle de 10.000 ordinateurs munis de Pentium 400 MHz ! Elle peut faire évoluer les cellules artificielles au rythme de 150 milliards par seconde, un module complet pouvant être mis à jour en une seconde. Des modules qui vont donc jouer un rôle déterminant dans l'architecture du cerveau artificiel, pour lesquels il convient d'établir le rôle de chacun d'entre eux et, par ce fait, les comportements qui sont mis en oeuvre dans le cerveau. Ayant évolué au sein de la CBM, ces modules seront téléchargés un par un dans une gigantesque mémoire vive (RAM), donnant "vie" au cerveau artificiel. 64000 modules, comportant chacun plus de 1000 neurones, soit près de 75 millions de neurones articiels (un milliards d'ici quatre années, selon Hugo de Garis).
Les machines CAM-Brain dans le monde
Il existe actuellement quatre exemplaires au monde de ces "machines à créer des cerveaux"
- la première se trouve chez ATR, lancien laboratoire de recherche d'Hugo de Garis basé à Kyoto (Japon), où elle fut construite,
- deux autres sont en Belgique, numéro un mondial dans ce domaine :
- lune chez Lernout and Hauspie (L&H), la société de traitement de la voix qui a notamment travaillé sur le projet de speakerine virtuelle Ananova,
- l'autre chez Starlab,- le quatrième exemplaire a été installé chez Genobyte, société de génie électronique établie à Boulder, dans le Colorado, où la CBM a été développée et construite.
Science et conscience
Si ces travaux n'en sont finalement qu'à leur début, Hugo de Garis prédit l'avènement d'intelligences artificielles bien supérieures à l'homme : «On ne connaît pas encore assez bien le fonctionnement du cerveau biologique. Mais ce n'est qu'une question de temps, lié au développement de nouvelles technologies comme par exemple la nanotechnologie". Le rythme de changement d'états du cerveau humain peut être estimé à 1015 par seconde. Sur le modèle de la CBM, on pourrait obtenir un rythme de 1055 changements de bits par seconde : "Nous serons capables de produire ces puissances de calcul au 21ème siècle".«La créativité n'est qu'un mécanisme neurologique, un comportement que nous saurons un jour analyser et donc modéliser» : drôle d'oiseau que ce chercheur qui, d'un côté développe les recherches en ce sens, et qui ne cesse par ailleurs de nous alerter dans ses écrits et dans les journaux sur les risques encourus à plus ou moins long terme, justement à cause de tels travaux : «Le milieu du 21ème siècle sera marqué par l'apparition de véritables intelligences artificielles, que j'appelle les Artilects, ce qui pose purement et simplement le problème de la survie de l'espèce humaine. De la même façon que nous écrasons d'un geste un moustique, qui constitue une mécanique très complexe par rapport au monde animal, on peut imaginer que les Artilects, très largement plus intelligents que les êtres humains, pourront décider un jour de nous éliminer, comme s'il s'agissait d'une espèce nuisible et sans intérêt(...) Le risque est bel et bien la pérennité de l'espèce humaine».
* Critère permettant de juger de l'intelligence d'une machine : un ordinateur est intelligent si, et seulement si, un humain non informé peut le prendre pour un autre humain (enfin, ici, plutôt pour un chat).
Pour en savoir plus :
Site de Starlab : http://www.starlab.org
Site d'Hugo de Garis : http://foobar.starlab.net/~degaris/
5/09/2000