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Du côté des labos
par Christophe Jacquemin
Index des articles : du côté des labos
 
Le projet "Lève-toi et marche" ("Stand up and walk"
)

Marc Merger en séance de rééducation après l'opération
Marc Merger, lors d'une séance de rééducation après l'opération

Le stimulateur, avant implatation sous l'abdomen
Le stimulateur, avant implatation sous l'abdomen

Après implantation

Après implantation

  Marc Merger, professeur d'université français âgé de 38 ans, paralysé des deux jambes depuis 10 ans à la suite d'un accident de voiture, s'est vu implanter une puce électronique dans le corps en décembre1999* par l'équipe du professeur Pierre Rabischong (unité 103 de l'INSERM), au centre de traitement  et de réadaptation pour tétraplégique Propara à Montpellier. L'objectif est de lui permettre de retrouver une marche à peu près normale, à l'aide d'une canne, d'un déambulateur ou de béquilles.

 
Au terme d'une intervention de 10 heures, les chirurgiens ont placé sous l'abdomen du patient un stimulateur, minuscule boîtier électronique de 4 centimètres de diamètre (contenu dans un cylindre en céramique) d'où partent, toujours à l'intérieur du corps, 10 fils, soit 5 vers chaque jambe. Situées au bout de ces cables en acier recouvert de Téflon, des électrodes rondes de la taille de pièces de 10 centimes sont en contact avec divers muscles de ses jambes, grand fessier, moyen fessier, quadriceps...
* A la suite d'un problème technique (interférence entre deux types d'électrodes, une seconde opération a eu lieu au premier trimestre 2000

Le stimulateur envoie des impulsions électriques de 20 mA vers les électrodes des jambes, excitant les muscles de façon à produire la marche en déplaçant hanche et genou. Grâce à cet implant, qui commande aux muscles et aux nerfs des jambes de bouger, d'avancer à telle vitesse, de tourner, on réalise le travail que la moelle épinière ne peut plus faire chez un paraplégique. Précisons que cette technique ne peut fonctionner que sur des gens dont les centres de commandement des muscles dans la moelle épinière n'ont pas été détruits (un procédé américain similaire existe pour les membres supérieurs).
Un programme informatique décide de la durée des impulsions, de leur distribution temporelle... Géré dans un boîtier situé à l'extérieur du corps sur une ceinture, il pilote le stimulateur implanté, auquel il envoie ses ordres par radiofréquences, via une antenne. Le programme est écrit en langage C+ et pourrait prendre dans l'avenir la forme d'un réseau de neurones artificiels pour mieux s'adapter aux spécificités de chaque patient, telles que la fatigabilité ou la sensibilité aux impulsions.

Ce projet de démonstration baptisé "Stand up and Walk" (SUAW) et coordonné par Pierre Rabischong, a reçu en 1996 un financement  de la Commisson européenne dans le cadre du programme BIOMED II . Le projet implique un consortium  groupant des instituts de recherche danois, français (CNRS, unité 103 de l'INSERM -laboratoire d'anatomie et de biomécanique humaine de la faculté de Montpellier) , allemand, italien, néerlandais et britannique et des des industriels européens**: IBM pour le développement du microprocesseur du stimulateur, Thomson-CSF pour la transmission, Neuromedics pour le stimulateur extérieur et l'implant complet ( les dix électrodes ayant été réalisées par l'Institut Fraunhofer de technologie biomédicale)et MXM pour l'assemblage.
** Ayant investi neuf millions de francs dans la mise au point du dispositif

Grâce  à cette avancée technologique, Marc Merger était en mesure de faire ses premiers pas (mal assurés), le 3 mars dernier, à l'aide d'une canne. Si il ne pourra jamais marcher comme il le faisait avant son accident, il a cependant aujourd'hui l'opportunité d'acquérir une nouvelle autonomie. Six autres paraplégiques (italien, allemand, britannique et danois...) doivent bénéficier très prochainement de cette implantation .

Ce projet européen, qui s'est terminé le 30 mars 2000, vient ainsi montrer la voie au projet "Free hand" (main libre) à Cleveland (États-Unis), où des chercheurs tentent d'aider des patients tétraplégiques à mouvoir la partie supérieure de leur corps.

On dénombre aujourd'hui en France quelque 30000 paraplégiques (paralysie des membres inférieurs), et 6000 personnes dont les quatre membres ne fonctionnent plus (tétraplégiques). Leur moyenne d'âge est de 31 ans. Plus de 60% d'entre eux ont eu un accident de la circulation. En Europe, on estime à plus de 300 000 le nombre des paralysés. Dans tous les cas, la moelle épinière est plus ou moins gravement endommagée. Il n'y a donc plus de voies de communication entre le cerveau et les muscles ce qui se traduit par une paralysie plus ou moins invalidante.
Pour réparer ces voies de communication, plusieurs solutions font actuellement l'objet de multiples travaux. Les techniques dites "bioélectroniques", comme celle-décrit ci-dessus, semblent avoir un bel avenir devant elles, les axes de recherche purement biologiques, n'ayant pour leur part pas encore donné de résultats probants.
Précisons qu'il n'est pas possible d'effectuer cette opération sur tout les paralysés car de nombreux malades n'ont plus de muscles. De plus, le patient doit être en bonne santé d'un point de vue général, la lésion doit se trouver entre la quatrième et la onzième vertèbre et le reste du système nerveux doit être intact.

février 2000

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