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La Gazette N° 196 du mois d'août 2009

Par Jean-Paul Baquiast


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Ce site actualise et discute notamment les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

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Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

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Articles éditoriaux

Une destruction préméditée du modèle français de l'Etat
04/09/2009

On sait que le candidat Sarkozy à la présidence de la République française s'était donné le profil d'un réformateur et d'un défenseur de l'initiative privée. Malheureusement, dans son esprit, la réforme consistait principalement à détruire le modèle français de l'Etat protecteur, tandis que le soutien à l'entreprise privée devait bénéficier à un certain nombre d'amis, patrons et titulaires de grandes fortunes.

Arrivé au pouvoir, et malgré les conséquences d'une crise qui ne cesse de s'étendre, le président Sarkozy n'a rien voulu retirer des décisions qu'il avait décidé de prendre. Concernant notamment la prétendue réforme de l'Etat, il a continué d'imposer contre vents et marées des réductions d'effectifs et de moyens aux administrations, bien que ceci pénalise de plus en plus gravement leur fonctionnement. Peut-être compte-t-il sur l'insatisfaction que pourrait ressentir l'opinion face à des services de plus en plus débordés. Il y puiserait de nouveaux arguments pour remplacer ces services publics par des entreprises privées, sur le modèle américain où le poids désormais pris par la firme Halliburton dans le domaine de la sécurité et de la défense est emblématique.

Or on voit et on verra les conséquences véritablement dramatiques pour la nation qui découleront de cette destruction préméditée du modèle français de l'Etat. C'est la police handicapée par les réductions d'effectifs qui n'est plus en mesure de limiter la croissance des activités criminelles, ceci malgré les exhortations des chefs hiérarchiques et du président lui-même. C'est l'éducation nationale qui doit assurer la rentrée 2009 dans des conditions de plus en plus difficiles, du fait de pertes de milliers d'emplois.

Mais ce sera bientôt l'hôpital qui sera à son tour la victime des économies en personnels et en moyens techniques imposées envers et contre tout depuis deux ans. L'hôpital va connaître bientôt ses moments de vérité, avec l'explosion prévue et désormais inéluctable de la pandémie de grippe A. Quand les urgences seront saturées, quand les services de réanimation et d'assistance respiratoire ne pourront offrir que 2 à 4 lits là où il en faudra des dizaines, à qui fera-t-on porter la responsabilité des morts qui auraient pu être évités : aux soignants, aux directeurs d'hôpitaux, aux Agences régionales de santé, à la ministre ? A tous sens doute mais pas à un président qui s'était mis en tête de faire fonctionnel l'hôpital comme une entreprise, à flux tendus, sans aucune réserve opérationnelle.

Bien sûr, les seuls qui se réjouiront seront ces champions de l'initiative privée et du profit que sont les sociétés de gardiennage et de sécurité, les établissements privés d'enseignement et les cliniques non conventionnées, tous amis d'amis du président et du parti au pouvoir. Est-ce là l'image que la France va donner à l'Europe, alors qu'elle était jusque là considérée comme la championne d'un modèle social auquel avec la crise on attribue désormais de plus en plus de mérite ?

Inutile d'ajouter que nous rejetons ici l'argument selon lequel l'augmentation des déficits publics oblige à supprimer quelques milliers d'emplois. Il s'agit de sommes dérisoires au regard de celles dépensées par ailleurs, ou non perçues du fait des dégrèvements fiscaux, le tout sans bénéfices autres qu'électoraux.


L'illusion de la reprise économique
31/08/2009

Ceux qui imaginent que les pouvoirs politiques ont repris la main pour éviter les dérives du capitalisme financier se trompent. S'il y a reprise, c'est, partout dans le monde, celle de la spéculation, qui repart de plus belle. Mais les bases structurelles d'une crise en profondeur demeurent. Les pays européens moins encore que les autres n'y échapperont, car ils refusent les mesures de régulation coordonnée qui seules leur permettraient de faire entendre leurs intérêts.

Durant le printemps et l'été 2009, les économistes, les institutions financières (Réserve fédérale, FMI, BCE et jusqu'à la Banque de France), les banques et finalement les gouvernements ont mis en valeur des signes de reprise. Dans le monde de la finance et de la spéculation, notamment à Wall Street et à la City, l'enthousiasme et les dépenses de consommation des spéculateurs ont chassé la morosité des mois précédents. Tout serait donc « reparti comme avant », y compris au niveau des mécanismes qui avaient provoqué la crise précédente.

Menaces conjoncturelles

Cependant ces prévisions optimistes ne tiennent pas compte d'indicateurs immédiats qui ne poussent pas à l'euphorie. En premier lieu, le niveau du chômage ne cessera d'augmenter, au moins jusqu'à 2010. La zone euro connaîtra probablement un taux de 11,5% au lieu du point bas de 7,5 en 2008. Aux Etats-Unis, le taux de chômage sera de 10% au moins. Que vont devenir tous ces chômeurs et leurs familles ? Aucun espoir d'emploi ne leur est offert, non plus d'ailleurs que de protection sociale. Les salariés non encore touchés par le chômage verront de leur côté les salaires et les qualifications continuer à s'abaisser, sous la pression toujours aussi forte de la réserve de main d'œuvre asiatique à 2 dollars par jour que les entreprises vont continuer à embaucher, directement ou par le biais de la délocalisation.

Il ne faudra donc pas compter sur une reprise de la consommation des ménages et des entreprises fondée sur une reprise des crédits. D'une part, les agents économiques continueront à tenter de se désendetter en réduisant leurs consommations. D'autre part, cela n'empêchera pas les non-remboursements et les faillites de se poursuivre, avec un nouveau choc en retour sur les banques. Or en ce cas, il est peu probable que les Etats, déjà très endettés, viennent de nouveau à leur secours. Un nouveau krach du crédit et de la bourse en résultera.

Les Etats seront d'autant moins incités à venir au secours du secteur banque-assurance qu'ils sont pour leur part menacés par un krach obligataire, c'est-à-dire par le fait que les possesseurs de bons du trésor et autres emprunts publics voudront s'en défaire de plus en plus systématiquement. Pour réagir, les Etats devront augmenter leur taux d'intérêt au moment même où leur dette grimpe à la verticale. Il est clair cependant qu'en Europe et aux Etats-Unis, les Etats refuseront les mesures plus énergiques, consistant à augmenter les prélèvements fiscaux sur les revenus et les consommations de luxe. Ils ne le feront pas, au prétexte d'éviter les fuites de compétences à l'étranger mais surtout de peur de se couper de leur base électorale. Ils n'auront donc que la ressource d'accentuer leurs politiques d'économies dans les services publics et les programmes sociaux. En ce qui concerne l'Europe, c'en sera définitivement fini du modèle social ouest-européen, déjà bien branlant. La masse des déshérités sans ressources et sans avenir deviendra telle qu'elle représentera un facteur de subversion de plus en plus important, devant lequel les Etats réagiront par la répression policière et militaire. Pour sortir de ce dilemme sans encourir les foudres des électeurs, certains gouvernements envisagent aujourd'hui d'accepter le retour à une inflation d'au moins 4% par an. Mais il en résulterait, y compris dans la zone euro, un désordre généralisé face auquel aucune institution ne résisterait.

Cependant, des mesures de défense économique et de relance plus énergiques que celles consistant faire porter le poids de la crise sur un pourcentage croissant de la population seraient possibles. Les Etats-Unis et l'Europe (sans mentionner le Japon) qui détiennent encore face aux pays émergés et émergents (Chine, Inde, Brésil) beaucoup d'atouts économiques, pourraient les valoriser en engageant des politiques d'investissements à long terme dans les sciences et technologies nouvelles, l'énergie ou l'agriculture, ainsi que dans des dépenses d'infrastructures réductrices de coûts fixes. Ceci leur redonnerait des atouts compétitifs face à la concurrence des pays aux salariés payés à 2 dollars. Mais il faudrait pour cela qu'ils renoncent au dogme libéral et acceptent des politiques d'interventionnisme économique (allant jusqu'à des épargnes forcées) et de protectionnisme rationnel dont nul ne veut encore parler aujourd'hui.

Dans un premier temps, il faudrait que des autorités de supervision et de régulation véritablement capables d'agir soient mis en place – ce qui n'est évidemment pas le cas aujourd'hui et ne le sera pas davantage demain. Ceci signifierait entre autres interdire ou fortement limiter les marchés spéculatifs internes et les prises de participation provenant de fonds politiquement conquérants, ceux qui disposent des pétro-dollars ou des épargnes asiatiques encouragées par des taux de change artificiels. Or il est clair qu'au sein même des sociétés occidentales, les milieux financiers et leurs alliés politiques refusent de telles mesures. A leur niveau en effet le désordre économique mondial restera longtemps (grâce notamment à des logiciels informatiques hyper-puissants) une source de profit. Leur mot d'ordre est plus que jamais de ne rien faire qui puisse brider la sacro-sainte innovation financière, louée encore récemment par Ben Bernanke (350.000 milliards d'euros de contrats noués autour de produits dérivés, châteaux de cartes susceptibles à tous moments de s'effondrer de nouveau). La BCE, sans aller jusque là, vient de rappeler dans une conférence de presse du 2 juillet 2009, que la concurrence sans frontières doit rester la règle absolue, seule capable d'assurer la reprise après une crise passagère.

Mais il ne faudra pas se limiter à la régulation de l'économie virtuelle. Il faudrait aborder le cœur de la relance de l'économie réelle Autrement dit, il faudrait que de nouvelles structures industrielles et de recherche interétatiques, sur le modèle des Agences, soient mises en place et soutenues par les Etats, tant au niveau de leurs investissements que des protections à leur apporter face à la concurrence des pétrodollars et des industriels asiatiques protégés sans complexes par les Etats dont ils sont les ressortissants. En ce qui concerne l'Europe, la création, depuis longtemps demandée par les économistes sérieux, d'un véritable gouvernement économique et politique de la zone euro, s'imposerait d'urgence. Mais pour que les opinions se persuadent de la nécessité de tels nouveaux moyens de gouvernement, il faudrait qu'elles prennent conscience des contraintes macro-économique de long terme qui, au-delà des menaces conjoncturelles que nous venons d'évoquer, pèsent déjà sur le monde, et ne cesseront de s'alourdir.

Contraintes macro-économiques

La toile de fond des prochaines décennies est évidemment l'épuisement des ressources naturelles mondiales sous la pression à la fois du changement climatique en cours et d'une démographie encore fortement en hausse. Nous vivons désormais dans un monde dont les ressources surexploitées diminueront tandis que la demande ne cessera d'augmenter. Il faudrait donc d'une part réduire globalement ou sélectivement (selon les cas) les prélèvements sur les ressources, ce qui supposerait une décroissance des consommations les plus destructrices compensée par une croissance des activités à faible impact sur l'environnement telles que les investissements dans la science et la culture. Il faudrait parallèlement investir dans des technologies nouvelles susceptibles de remplacer, là où elles demeurent indispensables, les sources naturelles en voie de disparition.

Le problème est que ces changements d'orientation demanderaient beaucoup de temps et d'argent. Comme de plus, ils ne peuvent être menées efficacement, compte tenu de la mondialisation, qu'à l'échelle de la planète toute entière, ils supposeraient des coordinations étroites entre politiques économiques et sociales, menées nécessairement par des puissances publiques à l'autorité et à la compétence raffermies.

Mais pour que de telles politiques soient conduites, en dépit de la poursuite inévitable des compétitions entre puissances, il faudrait que les instruments du pouvoir économique échappent à ceux qui les détiennent encore très largement, y compris en Europe. Il s'agit de ce que l'on désigne globalement par le terme d'actionnaires : entités anonymes n'étant intéressées que par la possibilité de maximiser des profits immédiats, quelles qu'en soient les conséquences pour les vrais créateurs de richesses, c'est-à-dire les travailleurs et les entreprises publiques ou privées capables d'investir sur le long terme en prenant en compte un minimum d'intérêt général.

Le retour des actionnaires qui s'est fait à partir de la réhabilitation des marchés financiers dans les années 1980 ne s'est pas traduit par la valorisation des petites épargnes, ce que les banques de dépôt savaient à peu près faire. Il s'est fait à partir de la montée en puissance des grands fonds d'épargne collective qui détiennent désormais la majorité des actions des entreprises cotées en bourse et qui se concurrencent pour drainer l'épargne des catégories aisées. Leurs choix de placement, leur entrée dans les conseils d'administrations des firmes, les pressions qu'ils exercent sur les parlements et les gouvernements en font une véritable gouvernance informelle invisible, portant non seulement sur les marchés d'action mais sur les économies toutes entières. Les « actionnaires » ainsi sur-représentés sont dorénavant capables de sanctionner (par une condamnation à mort) les entreprises qui ne font pas les 15 à 20% de bénéfices sur fonds propres désormais exigés.

Il en résulte que leurs exigences rendent improbables par définition les investissements en capital réel tout autant que la juste rémunération des salariés et la relance d'une consommation raisonnée provenant des salariés, des petits épargnants et des consommateurs locaux, tous mécanismes qui traditionnellement faisaient la prospérité des territoires.

La libéralisation systématique des échanges internationaux de marchandises et de capitaux menées sous l'égide de l'OMC depuis 20 ans, relayée par les institutions européennes, renforce aujourd'hui la destruction des vieilles économies et sociétés traditionnelles, puisqu'elle impose désormais à celles-ci la compétition avec les grands réservoirs de main d'oeuvre asiatiques (les salariés à 2 dollars précédemment cités). Elle ne profite même pas aux sociétés asiatiques, puisque la demande intérieure, pouvant résulter d'une hausse des salaires locaux, n'y est pas encouragée. Les épargnes sont drainées vers les fonds de pension asiatiques qui, aux mains des financiers politiquement bien en cours, relayés par les gouvernements eux-mêmes, s'en servent comme des machines de guerre internationale pour poursuivre la destruction des industries des pays anciennement développés. De toutes façons, étant aux mains de spéculateurs et non de véritables industriels, ils ne seraient pas capables de profiter de ces épargnes considérables pour réellement investir là où, comme indiqué ci-dessus, la création de nouvelles valeurs pourrait se substituer à la disparition des ressources naturelles et à la lutte contre la pollution.

Or cet accaparement du monde par les intérêts financiers, qui a déjà provoqué, outre la grande crise actuelle, de nombreuses crises et désastres locaux, en Europe comme dans le reste du monde, n'a aucune raison de changer. Les mêmes sont toujours au pouvoir, à New York, à Londres, à Pékin et dans tous les hauts lieux de la finance et de la spéculation. Les banques et les assurances sont toujours soumises à leur bon vouloir au lieu de revendiquer un retour à leurs missions traditionnelles, dont elles s'étaient acquittées (il est vrai tant bien que mal) durant le dernier siècle. Aucune entreprise productive réellement innovante ne voit plus le jour, même pas dans le domaine des armements. La recherche fondamentale est partout asséchée.

Plus grave encore, les gouvernements confirment leur dépendance politique à l'égard de ces intérêts dont, corruption aidant, ils tiennent leurs pouvoirs. On suspecte à juste titre Barack Obama d'être le polichinelle de Wall Street, n'ayant agité de vastes projets de réforme, dont aucun ne verra le jour, que pour calmer les esprits. Il en est sans doute de même au niveau des gouvernements européens. S'ils voulaient vraiment démentir l'accusation d'être, eux aussi, des polichinelles de la finance, ils se mettraient d'accord sur les vastes programmes d'action concertés auxquels nous avons fait allusion dans la première partie de cet article.

Il faudrait pour cela qu'ils acceptent de construire : 1. un espace délimité par des frontières fixant des règles de réciprocité aux échanges extérieurs ainsi qu'une politique commune de change 2. une économie harmonisée autour de fiscalités, de salaires planchers et de protection sociale minima et 3. La réalisation d'un territoire commun organisant les inévitables transferts qui s'imposeront entre régions riches et régions pauvres. Rappelons à cet égard qu'il sera de plus en plus insupportable d'accepter le maintien des disparités existantes entre l'Allemagne et, par exemple, la Lettonie, pourtant très proches.

Or on peut voir qu'il n'en est toujours rien. Ce ne sera pas la préparation en commun de futurs G20 qui pourra faire espérer les grands changements nécessaires.


Elections en Afghanistan. Le bourbier s'approfondit encore
24/098/2009

Comme on pouvait le supposer, chacun y compris les représentants des talibans, peut estimer avoir franchi avec succès l'épreuve prétendue test des élections présidentielles du 21 août.

La coalition occidentale, menée par les Américains, peut prétendre que le pari sur la démocratisation du pays est gagné, puisqu'un bain de sang a été évité et que semble-t-il 40% des inscrits se seraient exprimés au lieu il est vrai de plus de 70% à la précédente élection. Quant aux deux candidats, Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, ils revendiquent tous deux la victoire. Allah les départagera certainement, à défaut de la Commission électorale afghane.

Cependant, les quelques journalistes européens qui, on ne sait comment, ont pu observer le fonctionnement de certains bureaux et plus généralement les réactions de la rue dans quelques grandes villes, signalent la lassitude générale de la population, l'exaspération à l'égard de la situation économique et du manque de sécurité qui ne cessent d'empirer, le rejet croissant des troupes « étrangères » assimilées à des forces d'occupation. Les personnes interrogées ne semblent certes pas prêtes encore à se jeter dans les bras des talibans les plus extrêmes...encore que. Par contre elles n'espèrent plus rien de la présence des forces de l'Otan, sinon leur départ rapide.

Ceci laisse augurer, sans doute dès les prochaines semaines, une recrudescences des attentats, des combats, des pertes humaines et de tout ce qui accompagne une situation de guerre. Plus que jamais, le champ sera ouvert aux stratégies d'affrontement des pays voisins pour qui l'Afghanistan n'est qu'un prétexte à renforcer leurs positions géopolitiques : l'Iran, le Pakistan, la Russie, la Chine en premier lieu. Les talibans, de leur côté, estiment avoir gagné la partie, en ayant fait considérablement chuter la participation sans avoir eu besoin de s'en prendre à la population, ce qui aurait nui à leur crédit. Ceci nous parait confirmer la justesse de l'opinion que nous avons toujours affichée ici : les Occidentaux n'ont rien à gagner à se maintenir par la force en Afghanistan. Laissées à eux-mêmes, les adversaires en présence finiraient par trouver des consensus sans que cela ne fragilise en rien la position occidentale. Le retrait s'impose donc dans les meilleurs délais.

Les Européens, s'ils n'avaient pas peur de mécontenter le « grand frère » américain, en auraient convenu depuis longtemps. Ils auraient bien volontiers renoncé à perdre de plus en plus d'hommes et d'argent dans une guerre non seulement ingagnable mais finalement injuste. Malheureusement, les Américains s'entêtent d'une façon qui pour nous parait folle. Le génial général Stanley McCrystal prépare une nouvelle stratégie, particulièrement originale puisqu'elle se résumera à l'envoi de nouvelles troupes. Les experts militaires prévoient allégrement que la guerre, nouveau Viet-Nam, durera au moins 10 ans encore et coûtera plus cher que la guerre en Irak, c'est-à-dire plus de 3 trillions de dollars – sans mentionner le coût des programmes civils d'aide à la « reconstruction » dont une grande partie il est vrai se retrouve dans la poche d'intermédiaires américains corrompus sinon des insurgés eux-mêmes. Que de choses plus utiles n'aurait-on pas pu faire avec une telle somme ! On ne manquera pas de se demander ce que cache cette persévérance dans l'erreur: des intérêts politico-économiques d'autant plus inavouables qu'ils seraient énormes, ou la simple bêtise d'un Empire sur le déclin ?

Pour le moment en tous cas, Barack Obama, le chevalier blanc du réveil de l'Amérique, donne une triste image. Après s'être illustré comme la marionnette de Wall Street (The Wall Street puppet), après avoir commencé à céder sur le plan de Sécurité sociale publique devant les lobbies d'assureurs privés, il se comporte dorénavant ouvertement comme ce qu'il a toujours été sans l'avouer, la marionnette du Pentagone. Ne voilà-t-il pas en effet qu'il adopte un discours quasi bushiste : « ce n'est pas une guerre que nous menons par choix, mais une guerre que nous menons par nécessité...Ceux qui ont attaqué l'Amérique le 9/11 se préparent à le faire de nouveau...L'insurrection des Talibans préparera un sanctuaire d'où Al Quaida pourra comploter le meurtre d'un nombre encore plus grand d'Américains.... » .

Barack Obama serait bien en peine de prouver ce qu'il avance. Aussi bien, les Américains semblent lui faire moins en moins confiance. Selon un sondage de CNN-Research Corp réalisé début août, 54% des personnes interrogées sont désormais opposées à l'intervention, contre 41% qui la soutiennent. Ajoutons que, concernant le 11 septembre, il semble bien qu'une majorité d'Américains aient reconnu la thèse de la manipulation criminelle organisée par le pouvoir. Mais l'accumulation de tous ces désaveux actuels ou prévisibles ne parait pas capable de pousser Obama à reconnaître son impasse. Il ira sans doute jusqu'à la chute finale.

Quos vult perdere Jupiter dementat.


La Lune ou la guerre : un choix de civilisation
24/08/2009

Barack Obama va devoir choisir entre poursuivre des opérations militaires perdues d'avance au Moyen Orient, ou financer les explorations spatiales. Il s'agira d'un choix stratégique pour l'Amérique, mais aussi d'un choix pour l'Europe. A ce niveau, on devra parler d'un choix de civilisation.

La commission chargée par Barack Obama d'évaluer le programme américain de vols habités et d'exploration humaine du système solaire a déjà fait connaître ses premières conclusions, avant la remise officielle de son rapport à la Maison Blanche le 31 août. Cette commission est présidée par Norman Augustine, ancien PDG du groupe de défense Lockheed Martin, groupe dont on connaît les implications dans les politiques d'achat de matériels militaires par le Pentagone. Les conclusions en sont simples : en l'état actuel du budget de la Nasa, l'objectif de renvoyer des hommes sur la Lune, tremplin vers Mars, est hors de portée.

Cet objectif s'était concrétisé par le programme Constellation arrêté en janvier 2004 par G.W. Bush. Il s'agissait à l'époque de réaliser un nouveau système de lanceurs et de capsule pour 2008, en visant une première mission lunaire habitée pour 2014. A partir de 2020, la Nasa devait établir une base permanente sur la Lune, tremplin très vraisemblable d'un premier vol humain vers Mars après 2030.

Pour cela, un programme industriel a été lancé sous les auspices de la Nasa, afin de transporter 4 à 6 personnes et tout le matériel nécessaire. Il comporte deux lanceurs lourds, Ares-1 et Ares-5, pouvant emporter 25 et 71 tonnes ; une capsule habitée, Orion, à l'habitacle 2,5 fois plus grand que celui d'Apollo ; enfin, un module d'alunissage et de redécollage, Altair. Ares-1 placerait en orbite terrestre la capsule habitée, Ares-2 le module d'alunissage et le matériel logistique. Une fois arrimés, Orion et Altair effectueraient le trajet vers l'orbite lunaire, d'où se détacheraient le module et ses occupants, pour se poser sur la Lune et bien évidemment aussi pouvoir en repartir.

Nous avions ici même fait valoir le retard que prendrait inévitablement l'Europe dans le domaine spatial, confrontée à un tel programme. Mais c'était sans compter sur les difficultés techniques qu'a rencontrées la Nasa. Le lanceur Ares-1 a peu de chances d'être opérationnel avant 2017 ou 2018 : des simulations numériques font craindre des secousses et un roulis excessifs lors du décollage et de l'ascension. Le vol d'essai du premier étage à été reporté à la fin de cette année sinon plus tard. On devra compter a fortiori plusieurs années supplémentaires pour la mise au point de Ares-5. La NASA a repoussé au mois d'octobre 2009 le premier vol d'essai du premier étage de la fusée Ares-1. Il faudrait sans doute dix années de plus pour que le lanceur lourd Ares-5 soit au point. Ceci devrait repousser à 2030 le retour d'équipages américains sur la Lune. Aucune date même approximative concernant Mars n'est maintenant envisagée.

Beaucoup de commentateurs, aux Etats-Unis comme en Europe, trouveront cela très raisonnable. A quoi bon dépenser de l'argent pour des explorations planétaires humaines à hauts risques et sans retombées évidentes. Mieux vaudrait se limiter au spatial scientifique, beaucoup plus utile pour observer l'effet du changement climatique sur la Terre. En matière de vols habités, mieux vaudrait dans la décennie qui vient entretenir la Station Spatiale Internationale (IST) en la dotant enfin d'un système de liaison avec la Terre fiable, afin de remplacer les navettes en fin de vie et le couple russe Soyouz/Progress aux performances limitées.

Le vrai visage de l'Amérique

Nous pensons pour notre part que si Barack Obama entérine le choix de la commission Augustine, il montrera à l'ensemble du monde le vrai visage de l'Amérique, longtemps dissimulé sous des discours universalistes sinon humanisto-religieux. Pour quelles raisons la Nasa devrait elle abandonner le programme Constellation ? Evidemment pas pour des raisons techniques, mais pour des raisons budgétaires. Le budget annuel de la NASA, de 18 milliards de dollars (12,7 milliards d'euros), est pourtant en légère hausse. Mais son budget décennal a été ramené de 108 milliards à 78 milliards de dollars. Selon la commission, une rallonge de 3 milliards par an serait nécessaire. Le budget de la Nasa, calculé sur 3 ans, serait ainsi de 33 milliards.

Or il faut se rappeler que la guerre en Irak a coûté, selon les estimations de Robert Zoellick, environ $3.000 milliards sur 6 ans au bas mot (3 trillions). Barack Obama a promis de se désengager d'Irak, mais il ne le fera sans doute qu'avec retards et difficultés. Dans les 3 ans qui viennent, l'Irak coûtera donc au budget américain au moins 1 trillion de dollars. Fait plus grave, Barack Obama confirme tous les jours actuellement sa volonté d'un renfort en Afghanistan. Les experts militaires prévoient donc dans la région dite Afpak une guerre aussi longue et aussi coûteuse que celle menée en Irak (soit environ $2 trillions sur 3 ans). Elle sera aussi inutile voire plus dangereuse pour l'Amérique que la précédente. Nous n'évoquons pas ici le coût des budgets militaires, hors Moyen-Orient, qui profitent très largement aux industriels de l'armement, notamment ceux de l'aéro-spatial (peut-être un trillion de dollars sur 10 ans pour le seul programme F-35 JSF confié principalement à Lockheed Martin).

Pourquoi ces dépenses militaires ? Parce que le système politique américain a toujours fonctionné ainsi depuis la seconde guerre mondiale: bâtir sa puissance technologique et diplomatique en finançant le lobby militaro-industriel dans la perspective de guerres réelles ou imaginaires contre des adversaires en partie inventés. Le programme Apollo de la Nasa décidé du temps de J.F. Kennedy avait constitué à cet égard la face présentable d'un système reposant sur l'exploitation de la productivité économique et scientifique des salariés et des laboratoires au profit d'un pouvoir dont les têtes se trouvent à Wall Street et Washington. Après l'élimination de l'URSS dans la course à l'espace, le programme fut abandonné et les budgets de la Nasa n'ont cessé de péricliter depuis. Comme on l'a vu, ils ne sont pas près de reprendre leur ancienne splendeur.

Soit. Mais on se demandera pourquoi le lobby industriel et politique qui dirige l'Amérique et une partie du monde préfère-t-il aujourd'hui faire reposer son pouvoir sur des guerres hasardeuses et des technologies militaires finalement peu innovantes, au lieu de consacrer les trillions de dollars correspondants à de grands programmes industriels et scientifiques pacifiques qui garantiraient à coup sûr (outre les profits du lobby) la suprématie politique et économique des Etats-Unis dans la décennie qui vient ? Si le budget de la Nasa était porté à 50 milliards par an sur 10 ans, le retour américain sur la Lune serait pratiquement garanti, le reste à l'avenant. Les retombées civiles seraient considérables, puisque l'on avait estimé par exemple celles du programme Appolo à 5 fois le montant des dépenses budgétaires.

Lors de ses premières semaines à la Maison Blanche, Barack Obama s'était fait remarquer de la communauté scientifique par sa volonté d'augmenter substantiellement les budgets de recherche. Tout laisse craindre cependant que cette promesse ne soit oubliée, comme celles qu'avaient faites le candidat en ce qui concernait la moralisation de Wall Street, la mise en place d'un système public d'assurances-santé, la détente sur les divers fronts diplomatiques. Les Démocrates et Barack Obama feront valoir le manque de crédits et l'impossibilité d'augmenter la dette. Mais comme nous venons de le voir, ces arguments ne seront pas utilisés pour la réduction des dépenses militaires. Après être apparu comme la marionnette de Wall Street puis celle des assurances privées, Barack Obama va-t-il prendre le risque d'être qualifié de Pentagone's puppet, en renonçant à l'image plus glorieuse d'un J.F Kennedy champion de la conquête spatiale ?

Sans doute Barack Obama n'a-t-il pas le choix. Dans un régime politique soumis systématiquement au poids des lobbies, avec la corruption qui l'accompagne, il devra continuer à se mettre au service des industriels du complexe militaire (lequel inclut les sociétés « civiles » de sécurité et défense). Or pour ces compagnies, il est plus facile d'obtenir des milliards de dollars de commande en s'appuyant sur le prétexte d'un danger extérieur fut-il de moins en moins crédible, que sur les nobles mais lointaines ambitions de grands programmes scientifiques pacifiques. Il est également plus aisé, secret-défense à l'appui, de gérer ces commandes en famille, plutôt que sous l'œil des contrôleurs budgétaires de la Nasa et du General Accounting Office.

Un véritable choix de civilisation

Si l'Amérique confirme le report sine die de ses programmes de vois habités, si l'Europe ne relève pas le gant comme elle pourrait techniquement et budgétairement le faire, il s'agira d'un véritable choix de civilisation que l'Occident tout entier acceptera d'associer à son nom au regard du jugement de l'histoire : « Plutôt la guerre que la Lune and beyond ». Nous parlons de choix de civilisation (d'une façon certainement plus pertinente que ne l'avait fait Henri Guaino par le bouche de Nicolas Sarkozy) car renoncer à d'ambitieux programmes spatiaux voudra dire aux yeux de tous, notamment des jeunes, que ni l'Amérique ni l'Europe ne croient plus désormais à la possibilité de jouer un rôle dans l'évolution future des humains sur Terre.

Il est bien évident en effet que, sans technologies spatiales performantes, il faudra renoncer à d'éventuelles visites ou même installations prolongées sur d'autres planètes. Il faudra, plus immédiatement, renoncer à un objectif dont on parle peu mais à tort, la possibilité de dévier d'éventuels « géocroiseurs » d'une orbite de collision avec la Terre.

Il se trouve cependant que ce choix de civilisation ne sera pas celui des grandes puissances asiatiques, rejointes par quelques pays ambitieux tels le Brésil ou la Russie. Pour ces nations au contraire, la dimension spatiale devrait être, plus facilement que les dépenses d'armements, la possibilité d'affirmer non seulement leur puissance mais des visées de connaissance scientifique et des objectifs civilisationnels difficilement contestables. Il est à prévoir que, par la faute du lobby militaro-industriel américain et avec la complicité des gouvernements européens, le visage humaniste de la Terre, dans les décennies prochaines, ne soit plus incarné que par les puissances asiatiques et leurs alliés.


Autres articles

Le grand emprunt français. Faux semblant autour d'un vrai besoin
26/08/2009
Comme il nous en a donné l'habitude, Nicolas Sarkozy, en installant le 26 août la commission des experts chargés de définir le domaine des investissements à long terme susceptibles de bénéficier du prétendu grand emprunt national (5 milliards ?) qu'il a décidé de lancer, se limite à une opération symbolique. Il peut ainsi éviter la réforme de fond du crédit aux entreprises qui serait indispensable.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=347&r_id=

Nationaliser les banques européennes
24/08/2009
Au moment où Nicolas Sarkozy reçoit les banquiers français (25 août) nous ne pouvons que répéter ce que nous avons plusieurs fois écrit : la première phase du redressement des économies européennes consisterait dans la nationalisation des banques.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=344&r_id=

La Suisse, nouvel Etat américain ?
21/08/2009
Seuls les naïfs s'étonneront de voir la banque suisse UBS céder aux injonctions du fisc américain en acceptant de communiquer les données bancaires de 4500 clients suspectés de dissimulation de revenus par ce dernier. Dans le même temps, comme l'on sait, non seulement UBS mais l'ensemble des banques suisses opposent le principe du secret bancaire pour refuser de répondre aux demandes d'informations et commissions rogatoires émanant des pays européens.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=342&r_id=

Actualité de l'Unasur
01/09/2009
On connaît mal cette organisation, que certains confondent avec une mutuelle d'assurances. Il s'agit de l'Union des Etats sud-Américains : Colombie, Pérou, Chili, Brésil, Argentine, Bolivie, Equateur, Venezuela, Surinam, Uruguay, Paraguay. Il est utile de consulter régulièrement son site web. Ces Etats sont des alliés sincères de l'Union européenne, qui n'aurait aucun intérêt à les négliger.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=348&r_id=

Nouvelle majorité au Japon
01/09/2009
Qui en Europe s'est véritablement préoccupé du changement de majorité s'étant produit lors des élections générales au Japon le 30 août dernier? Il n'est pas exclu cependant que le nouveau gouvernement puisse rechercher un rapprochement avec les Européens susceptible de l'aider à affronter les difficultés qui l'attendent
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=349&r_id=

Obama joue son image et peut-être son avenir à propos du projet d'assurance maladie publique
18/08/2009
Au moment où les Démocrates de gauche et les gens sensés attendaient d'Obama qu'il tienne tête à l'opposition irresponsable, sinon quasi criminelle, des lobbies contre son projet de réforme de l'assurance maladie, le Président semble donner des signes de faiblesse.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=341&r_id=

Henri Weber
25/08/2009
Docteur en philosophie et en science politique, Henri Weber, né en 1944, a été un des fondateurs de la Ligue communiste révolutionnaire. Entré au parti socialiste, il a été membre de divers cabinets, puis au sein du Secrétariat du parti, chargé notamment des questions de formation. Il est aujourd'hui député européen. Il est connu, entre autres, pour son esprit ouvert et tolérant. Dans l'article que nous présentons et commentons ci-dessous, il étudie une question dont on ne discute pas encore assez au sein des gauches européennes : comment concilier l'idéal de la social-démocratie avec les contraintes tant de la construction européenne que de la mondialisation.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=346&r_id=

 


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