logo admiroutes


La Gazette N° 188 du mois de novembre 2008

Par Jean-Paul Baquiast


accueil "la gazette"

 

Tous les numéros:
Consultez la table chronologique

 
 
Dans l'ensemble des numéros de La Gazette


La Gazette d'Admiroutes est devenue mensuelle, une partie des articles qui lui étaient précédemment destinés sont repris sur le site
Europe solidaire
http://www.europesolidaire.eu/cont.php auquel nous proposons à nos lecteurs de se connecter régulièrement.
Ce site actualise et discute les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast

Voir sur Automates-Intelligents
*
Mythes philosophiques d’hier et d’aujourd’hui par Jean-Paul Baquiast
*
L'Europe ne doit pas se désintéresser de l'avenir de la Station Spatiale Internationale (ISS)
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin


 

Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

Acheter l'ouvrage : Alapage ; FNAC ; Amazon ;

 


Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon


Regards sur le mois de Novembre 2008

Devrons nous commencer ce rapide commentaire des évènements politiques survenus durant ce mois de novembre en renouvelant la constatation faite en octobre et septembre, selon laquelle l'histoire semblait en train de s'accélérer? Oui et non.

Septembre avait été marqué par le retour « historique » de la Russie sur la scène internationale, octobre par l'effondrement, au moins temporaire, du capitalisme libéral et par un début de retour, lui aussi historique, de diverses formes de néo-keynésianisme ou néocolbertisme en matière de finance et d'économie. Ce dernier retour avait donné à la France, servie par sa présidence du conseil de l'Union, l'occasion de faire acte de volontarisme. Le président Sarkozy, dont on pouvait craindre à son arrivée au pouvoir qu'il ne s'illustre comme le premier des atlantistes, a su saisir cette occasion pour se présenter comme le premier des interventionnistes. L'homme, s'il n'a pas de convictions bien affichées, est du moins opportuniste. Il l'est, il faut le reconnaître, autrement brillamment que ne l'est son collègue Berlusconi, auquel certains le comparent. Il est vrai qu'il est conseillé par une solide administration, diplomatique et économique, ayant conservé quelques unes des traditions de la grande époque. La plupart des Etats européens, excepté sous des formes différentes, l'Allemagne et le « British Umpire », ne disposent pas de cet atout.

Ceci dit, en quoi le mois de novembre qui s'achève nous permettrait-il de penser que l'histoire continue de s'accélérer ? Ceux pour qui les Etats-Unis représentent l'orient et l'occident de la civilisation humaine s'indigneront d'entendre poser cette question. Le 4 novembre, jour de l'élection de Barack Obama à la présidence, n'a-t-il pas marqué le début d'un bouleversement complet de la vie politique, tant aux Etats-Unis que concernant « The rest of the world ». Comme Barack Obama prétendait tout pouvoir faire (yes, we can...), n'allait-il pas réorienter la politique extérieure et de défense des Etats-Unis, relancer une politique sociale et des infrastructures internes en déshérence, calmer la panique des marchés financiers, donner aux Noirs et autres minorités un plus grand espoir d'intégration et, finalement, restaurer le leadership américain sur le monde et sur une Europe qui en ont bien besoin.

Le miracle Obama n'aura sans doute pas lieu

Ne nous prononçons pas sur la question de l'intégration des Noirs, qui est purement américaine et qui, contrairement à ce qu'avaient espéré les « jeunes des banlieues » européennes, ne sera pas un article d'exportation. N'allons pas non plus jusqu'à prétendre que Barack Obama et G.W. Bush se comporteront exactement de la même façon. L'arrivée prochaine d'Obama au pouvoir devrait rajeunir l'image de l'Amérique et provoquer un certain nombre d'évolutions politiques favorables, notamment en l'engageant davantage dans la protection de l'environnement.

Mais sur le reste ? Il serait bien osé de dire aujourd'hui que l'effet Obama a bien eu lieu. Rien d'étonnant dira-t-on, puisque le président-élu n'exercera de pouvoir effectif qu'au printemps prochain. Tout se passe cependant comme si les dés étaient déjà joués, et que nous n'ayons plus aucune surprise intéressante à attendre de la nouvelle administration.

C'est que la marge de manœuvre est étroite. L 'Amérique est plombée, comme vient de le rappeler le professeur russe Igor Panarin 1) par un immense déficit extérieur. Ce déficit continuera inexorablement à se creuser, principalement sous l'effet des dépenses militaires. Barack Obama, malgré ses affirmations, ne pourra pas se désengager rapidement en Irak. Dans le même temps, il affiche l'intention de s'impliquer davantage en Afghanistan, voire au Pakistan. Par ailleurs le complexe militaro-politico-industriel (MICC), Pentagone en tête, n'acceptera aucune réduction des programmes d'armements. Or, la crise internationale s'approfondissant, on peut craindre que ceux qui dans le monde achètent des dollars pour soutenir le Trésor américain ne consacrent dorénavant leurs économies à satisfaire leurs propres besoins. Barack Obama ne pourra donc pas compter sur eux pour lui prêter le trillion annuel dont il aurait besoin pour tenir ses promesses en matière sociale et pour la relance de grands équipements. On voit mal cependant qu'il puisse faire appel à l'impôt pour ce faire. Les grandes fortunes américaines ne le laisseraient pas agir.

Ainsi, même si la crise mondiale n'empirait pas – ce à quoi aujourd'hui personne ne semble croire, car les causes d'aggravation systémiques sont nombreuses, notamment celles liées aux conséquences des dérèglements climatiques – on ne voit pas bien comment les Etats-Unis pourraient rapidement sortir de l'impasse dans laquelle les ont mis des décennies de pilotage par le MICC. Les pronostics des experts les plus modérés sont sombres à cet égard. Ils prévoient au mieux un relatif effacement de l'Amérique devant la Chine, au pire un éclatement des Etats-Unis en plusieurs grandes régions en rébellion contre Washington sinon en guerre civile les unes avec les autres 2)

Jour après jour, les espoirs mis par les libéraux en un changement des équipes gouvernementales impulsé par Barack Obama s'effacent, au fur et à mesure que sont connues les membres pressentis des futures équipes gouvernementales. Le prétendu « Dream Team » dont le Président s'entourera, qui sont en réalité deux, l'équipe diplomatico militaire et l'équipe économique, ne laisse pas prévoir le recrutement de personnalités aux idées vraiment neuves. Il s'agit pour beaucoup de vieux briscards du clintonnisme et des milieux néoconservateurs. Ils sont certes expérimentés, mais on ne les voit pas désireux d'impulser des changements radicaux. Ceux qui croient encore en la capacité d'Obama de renouveler le système et donc d'imposer ses vues (lesquelles ? ) à ses équipes laissent de plus en plus place à ceux qui voient en elles les mentors du futur Obama.

Prenons l'exemple du domaine diplomatico-militaire. Certains avaient pensé que chez ceux dont on évoque aujourd'hui les noms pour faire partie de cette équipe essentielle, Robert Gates, futur et ex-secrétaire à la défense, ainsi que James Joyce au National Security Council, pourraient contrebalancer l'action présumée très conservatrice de Hillary Clinton en recherchant l'apaisement avec l'Iran, en ralentissant l'engagement en Afghanistan et en imposant un règlement rapide de la question palestinienne. Mais rien aujourd'hui ne permet de penser qu'il se sera bien ainsi. Le MICC continue à pousser dans le sens contraire et le duo Gates/Joyce se révélera peut-être au contraire partisan de positions dures, telles qu'une attaque préventive contre l'Iran.

De son côté, l'équipe économique, dite de crise, présentée par Obama lors de sa dernière conférence de presse parait constituée des mêmes responsables qui avaient orchestré précédemment la marche à la crise et les remèdes sans grands effets censés y porter remède. Il s'agit de Timothy Geithner, encore vice président de la Fed, comme secrétaire au Trésor et de Lawrence Summers, ancien président de Harvard, comme chef du National Economic Council. Geithner vient d'orchestrer un nouveau et coûteux sauvetage, celui de City Group. Quant aux projets d'Obama, ils se résument pour le moment au lancement d'un plan de création de 2,5 millions d'emplois sur 2 ans, financés ...par le déficit budgétaire, c'est-à-dire par des prêteurs extérieurs.

On ne perçoit donc pas de voies pour sortir de la crise dans tout cela. Mais quoi que fasse en tous cas la future administration américaine, les Européens peuvent être certains d'une chose, elle ne fera aucun cadeau à l'Europe. Si dans la meilleure des hypothèses, l'Amérique surmontait la crise au bout de quelques années de reconversion, elle le ferait selon la vieille recette dont elle a le secret. Elle investira ses dernières économies dans les sciences et les technologies émergentes, en faveur notamment des énergies renouvelables, du spatial et des produits de l'intelligence artificielle avancée. L'Europe qui n'aura rien fait pour prendre sa part de ces nouveaux développements, verra les trains partir, trains américains, trains chinois, trains indiens voire russes. Mais elle, elle restera sur le quai.

Le réveil européen se produira-t-il

Qu'en sera-t-il, dans les prochains jours, du réveil européen que nous avions cru pouvoir pressentir le mois dernier et au début de novembre. Il est incontestable qu'un succès important, sinon spectaculaire, avait été obtenu par l'action conjuguée de Gordon Brown et de Nicolas Sarkozy. Ils ont obtenu une première réunion d'un G20+, associant les grands du G8 et les principaux pays émergents dont la Chine, l'Inde et le Brésil. Sans la pression des Européens, G.W. Bush n'aurait jamais accepté de voir se tenir une telle réunion. Nous renvoyons nos lecteurs aux chroniques consacrées à ces divers évènements. Disons ici que la réalité de la crise financière y a été officiellement reconnue, comme la nécessité de lutter contre l'opacité des processus générant des spéculations aggravant les tensions économiques existant par ailleurs.

De bonnes résolutions ont été prises, notamment concernant un début de transparence demandé aux banques et aux gouvernements qui tolèrent voire encouragent les paradis fiscaux et réglementaires. Des décisions suivront-elles? Nous restons sceptiques. Il faudra que la crise empire vraiment pour que le prochain G2O qui devrait se tenir au printemps entérine des mesures effectives. Le mal est vraiment dans le fruit, y compris au cœur de l'Europe, Suisse comprise. Ironiquement en effet, dans le même temps que ces bonnes résolutions étaient approuvées, la si respectable banque suisse USB était poursuivie devant une Cour américaine pour avoir abrité les comptes de centaines d'affairistes américains cherchant à échapper aux impôts fédéraux.

Au delà de la lutte contre la crise financière, les Etats européens, malgré les pressions faites par la France, n'ont pu s'entendre sur une action concertée destinée à lutter contre la récession qui s'installe et les dizaines de milliers de suppressions d'emplois qui en résultent. La Commission a été autorisée cette semaine à annoncer un plan de relance de 150 à 200 millions, mais ce plan résultera de l'addition de paquets nationaux, dont 30 milliards environ pour la France. En découleront des bouquets de mesures sans doute utiles à court terme, mais incapables de donner aux économies européennes les bases solides qui leur manquent pour affronter l'aggravation de la crise. Ces bases ne pourraient résulter que d'investissements sur 10 à 15 ans, financés par la création de monnaie en attendant qu'ils produisent des retours dans quelques années, et portant sur la recherche, le développement de nouvelles technologies et la création de filières industrielles d'avenir.

Malheureusement, la culture économique, industrielle et scientifique des gouvernements européens est si inexistante, y compris en France, qu'aucun d'entre eux ne s'est montré encore capable de dynamiser les opinions en proposant de telles actions. Nous avons pour notre part, à la demande de certains lecteurs, présenté sur le site Europe-solidaire un petit Manifeste anti-crise résumant les principales mesures qui selon nous seront nécessaires, inexorablement, dès les prochains mois 3).

***
Finalement, durant ce mois de novembre, ce fut le duo Brown-Sarkozy qui a le mieux incarné un début de volonté européenne. Pour des raisons compliquées, l'Allemagne d'Angela Merkel s'est repliée sur elle-même, comme si elle croyait pouvoir résoudre seule ses difficultés. La baisse prévisible de ses exportations n'y contribuera pourtant pas .

Le duo Brown-Sarkozy a joué également un rôle important dans un début de normalisation des relations avec la Russie. Ce pays n'est qu'au début, lui-aussi, de difficultés nouvelles provoquées par la récession mondiale, diminuant la profitabilité de ses exportations de pétrole. En bonne logique, il aurait tout intérêt, comme l'Europe, à concrétiser rapidement les perspectives de coopération stratégique renforcée étudiées par les experts européens. La place de la Russie, qu'on le veuille ou non, sera dans l'avenir au sein d'un ensemble paneuropéen conjuguant les points forts de la Russie et de l'Europe. Disons que les tout premiers pas d'un tel ensemble ont paru s'esquisser pendant ce mois de novembre. Mais l'essentiel, là encore, reste à faire.

Attentats à Bombay

Il est trop tôt pour commenter en détail les causes et les conséquences des attentats terroristes meurtriers qui sont survenus à Bombay durant la dernière semaine de septembre. Ils ont révélé, semble-t-il, moins la main du Pakistan que la présence d'une énorme minorité musulmane en Inde (plus de 130 millions), que les Occidentaux ont tendance à oublier. Des extrémismes islamiques s'y développeront nécessairement de plus en plus. Une part de responsabilité en incombera aux fondamentalistes hindouistes qui ne cessent de les provoquer, sans attirer de réprobation de l'Occident. On semble oublier ici que des milliards d'hommes sont encore prêts à s'entretuer, non seulement pour des raisons économiques mais pour des raisons religieuses liées à des oppositions nationalistes. Ces populations réagissent selon des modes très primitifs hérités des chasseurs-cueilleurs de la fin du paléolithique. Malheureusement, elles ont accès à des armements modernes, comprenant la bombe atomique.

C'est le moment qu'à choisi le président de la République française et le président du conseil européen, j'ai nommé Nicolas Sarkozy, pour des motifs religieux dont il s'est fait le seul juge, d'affronter une brouille avec la Chine impliquant l'Union européenne toute entière. Ceci quand l'Europe, l'Inde et la Chine auraient intérêt à se protéger ensemble contre des violences qui les menacent identiquement.

NB : Cette chronique est plus particulièrement dédiée à l'analyse de la place de l'Europe dans le monde. Nous ne dirons donc rien du duel au sommet qui a opposé les deux dames censées incarner les espoirs de rénovation du Parti socialiste français. Observons pourtant que, hors les propositions écrites figurant dans les 6 grandes motions présentées au vote des militants, aucun des problèmes relatés par nous dans le bilan de ces trois derniers mois n'a paru beaucoup préoccuper les chefs, jeunes et moins jeunes, s'étant abondamment exprimés dans les médias lors de la « campagne interne ».

Notes
1) voir DeDefensa http://www.dedefensa.org/article-_et_l_option_de_l_eclatement_26_11_2008.html
2) voir l'article de Philippe Grasset, citant lui-même les prévisions 2008 de la communauté du renseignement américain NIC 2008 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=179&r_id=
Le prévisionniste privé Gerard Celente, du Trends Research Institute a encore assombri ces perspectives.
(voir http://www.energy-daily.com/reports/Commentary_Nostradamus_Redux_999.html)
3) Relire (rappel) notre manifeste anti-crise ci-dessous


Petit manifeste anti-crise

Il est évident qu'aucun gouvernement n'a encore accepté d'admettre l'ampleur de la crise mondiale qui se prépare. Sans doute par manque de clairvoyance, mais aussi par manque de courage politique. Car il faudrait alors envisager des remèdes à la hauteur de cette crise. Toutes les opinions reçues, que ce soit à gauche comme à droite, devraient être réajustées. Sans nous prendre trop au sérieux, nous pourrions dire que notre livre "L'Europe et le vide de puissance" avait avec quelques mois d'avance anticipé beaucoup de ces évènements et proposé un certain nombre des mesures qui s'imposeront dorénavant. Mais il ne sert à rien d'anticiper si nul n'est prêt à entendre les messages qui contredisent les croyances dominantes.

Il est triste de constater que, sauf exceptions, les têtes pensantes et parlantes du Parti socialiste français, qui se sont affrontées ces derniers jours pour la conquête du pouvoir interne, n'ont jamais pour leur part évoqué ces problèmes devant l'opinion. La plupart des motions, notamment celles du Pôle écologique, de Benoît Hamon et de Ségolène Royal, y avaient certes fait allusion. Les deux premières y fait plus qu'allusion, elles ont centré l'argumentaire sur l'ampleur de la crise et la nécessité d'un retour à l'interventionnisme public. Néanmoins, dans les discours, ces thèmes semblaient avoir disparu, au profit de propos beaucoup plus conventionnels. L'occasion de se démarquer nettement des orientations de la majorité conservatrice actuelle a donc été perdue.

Notons aussi que la plus grande naïveté s'est faite jour devant l'Amérique. Les leaders socialistes ont plusieurs fois répété qu'il fallait "se mettre à la hauteur des ambitions" de la nouvelle Amérique, telle qu'elle sera remodelée par Barck Obama. Tintin et calembredaines. Il suffit de voir comment la transition se prépare pour comprendre que rien ne changera vraiment dans les politiques intérieures et extérieures du gouvernement américain. Le Military and Industrial Complex n'est pas prèt à laisser les commandes. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

En attendant, voici un petit Manifeste anti-crise qu'à quelques uns nous avons rédigé pour préciser ce qu'il faudrait vraiment faire, si l'on voulait se mettre à la hauteur des évènements qui s'annonce. Inutile de dire que la réalité est pour le moment très éloignée de ce que nous préconisons.

Comment faire face en profondeur à une crise systémique mondiale ?

Un certain nombre des lecteurs nous ont suggéré de mettre à disposition sur le site une suite de recommandations visant à pallier la probable aggravation prochaine de l'actuelle crise financière et économique. Nous le faisons bien volontiers, et invitons ceux qui partagent ce diagnostic et ces propositions à les soutenir. Ce document a été rédigé par les deux signataires, en coopération avec Joseph Leddet, éditeur de La Gazette des Changes.

Préambule

Nous faisons l'hypothèse que la crise financière et économique mondiale résistera aux mesures actuellement mises en œuvre par les Etats ou par les institutions internationales. Il est même vraisemblable qu'elle s'aggravera. Elle est en effet, selon l'expression désormais obligée, « systémique » en ce sens qu'elle révèle le double vice des systèmes politiques actuels:
- Penser que le libéralisme et la concurrence peuvent apporter les meilleures solutions possibles aux problèmes de l'avenir du monde, alors que les régulations publiques n'apportent que des maux.
- Penser que la croissance des consommations publiques et privées peut se poursuivre indéfiniment, alors que les ressources sont limitées et que les déchets s'accumulent.

Nous estimons qu'il est bon, dans une large mesure et malgré les dégâts, que cette crise résiste aux mesures actuellement décidées pour la combattre, car elle obligera les Etats à s'attaquer aux deux causes majeures de la crise, résumées ci-dessus : libéralisme et croissance des consommations.

L'Europe peut et doit proposer au reste du monde des politiques s'en prenant directement à ces deux causes de la crise. Pendant tout le 20e siècle elle a expérimenté concrètement, face à la rareté, des politiques de régulation publique et de restriction des consommations. Ces politiques n'ont pas laissé de bons souvenirs dans les esprits. Mais avec le recul, on s'aperçoit qu'avec quelques adaptations, elles pourraient aujourd'hui offrir de bonnes solutions à la crise mondiale.

Les grands pays européens, Grande Bretagne, France et Allemagne, notamment, ont gardé des traditions d'interventionnisme public certes différentes, mais qui pourraient fournir un arsenal de mesures à la hauteur des enjeux actuels.

Les partis de gouvernement, dans ces pays comme dans les autres pays européens, parmi lesquels il faut nécessairement comprendre la Russie, devraient donc s'entendre au plus vite sur un programme minimum d'interventions dont l'Union européenne se ferait le champion, en son sein comme dans le reste du monde.

Pourquoi dans le reste du monde ? Parce qu'avec la crise économique et financière et l'affaiblissement de la puissance américaine, la planète sera dans les mois qui viennent parcourue de tensions violentes. Or une Eurasie puissante et exemplaire pourra contribuer à les calmer, notamment en soutenant politiquement et financièrement toutes initiatives stratégiques utiles provenant de la communauté internationale.

Les politiques que l'Europe devrait, en s'appuyant sur son expérience, proposer au monde dans les mois prochains, sinon les semaines prochaines, reposeraient sur deux piliers :

Le pilier financier et économique

Celui-ci comporterait cinq grands volets complémentaires :

1. La prise de contrôle par les Etats, temporaire ou durable, pour un euro symbolique, de l'ensemble du système des banques et assurances européennes, avec entrée d'administrateurs publics au conseil des établissements et la remise en service obligée du marché des prêts interbancaires. Ceci sans un euro pris aux contribuables (à la différence du dispendieux et irréaliste plan français actuel de 360 milliards), l'objectif étant de rétablir – de gré ou de force - la confiance naturelle entre banques afin de leur permettre de rejouer dans les plus brefs délais leur rôle normal de soutien à l'économie. Rappelons que le rôle des banques est de collecter des épargnes pour financer des investissements productifs et non pour spéculer.

2. La mobilisation du quart des épargnes nationales (soit environ 1000 milliards pour la seule nation française), et ce via des incitations fiscales fortes, dans des fonds publics d'intervention offensifs et pas seulement défensifs, destinés à financer de nouveaux investissements faisant appel aux diverses technologies émergentes (exemple : électricité verte, automobile électrique, maisons « passives », agriculture durable.... ). L'Europe dispose en effet des cerveaux et des bases industrielles lui permettant de montrer la voie aux autres puissances dans ces domaines, à la fois pour la recherche, la production et la vente de produits et services innovants. Ce serait une illusion de croire que les fonds souverains non européens pourraient financer de tels investissements sans prendre en gage l'ensemble des sociétés européennes.

3. L'entrée de capitaux publics, avec au moins une minorité de blocage, dans toutes les entreprises stratégiques existantes et aussi dans les entreprises nouvellement créées appartenant aux secteurs émergents jugés politiquement stratégiques. Parallèlement, on développera de nouveaux services publics dans les domaines où les initiatives individuelles n'ont pas la puissance ou l'indépendance nécessaires.

4. La mise en place d'une protection sociale minimale toute la vie durant, garantie aux travailleurs et citoyens européens.

5. La mise en oeuvre de réglementations protectrices de ces nouvelles activités, et ceci tout le temps qu'il sera nécessaire, sur le modèle de l'Etat régalien dit aussi néo-colbertiste.

Le pilier de la décroissance « raisonnée »

Il s'agirait de prendre enfin acte que l'avenir de la planète exige de toute urgence la décroissance radicale de toutes les activités destructrices des équilibres climatiques et de la biodiversité. Celle-ci serait compensée, et au-delà, par une croissance des activités intellectuelles et culturelles sans impacts sur l'environnement. Trois grands domaines d'action devraient être envisagés :

1. Favoriser la décroissance des productions et consommations destructrices : par exemple abandon du pétrole et des technologies sociétales associées, automobile et modes d'urbanisation sous leur formes actuelles...et assurer la reconversion à long terme des forces productives et des habitudes de consommation vers des activités non destructrices.

2. Donner la priorité aux équipements et aux politiques de recherche scientifique, d'enseignement supérieur et plus généralement d'éducation.

3. Encourager le développement d' « industries culturelles » libérées des pressions en faveur des consommations commerciales. Il devrait s'agir en particulier de structures décentralisées et participatives favorisant l'investissement intellectuel, la création et l'auto-formation à travers les réseaux numériques.

La planification souple

Ajoutons que le minimum de coordination de ces diverses politiques nécessitera d'associer les Etats et les institutions européennes aux différentes catégories d'intérêts représentant les sociétés dans leur ensemble. Il faudra le faire au sein de structures de planification souple (dites par certains « à la française ») dans tous les domaines stratégiques, opérant en coordination avec les institutions politiques. L'organisation sur le long terme de la décroissance des activités destructrices et leur remplacement par de nouvelles croissances non destructrices sera l'une des priorités de ces structures de planification.


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader. Voir son article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=155&r_id=


Les articles publiés ici pourront être retrouvés et commentés par vous sur le blog
http://gazetadmiroutes.over-blog.com
L es lecteurs qui souhaitent s'abonner peuvent le faire en entrant leur adresse e-mail dans le pavé de gauche "Inscription à la Newsletter". Ils recevront ensuite un mail leur demandant confirmation.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/08-18811/index.html