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La Gazette N° 185 du mois d'août 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

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Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Présentation

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Nous publions désormais sur le site Europesolidaire un certain nombre d’articles commentant l’actualité politique en Europe et en France. Pour ne pas les éditer deux fois, nous préférons vous donner les liens permettant d’y accéder. Nous recadrerons ces articles par une synthèse des différents événements du mois. Nous ne présenterons dans cette Gazette, sous forme d’articles isolés, que ceux nous paraissant offrir une importance particulière.

Regards sur le mois d’août 2008

Plusieurs événements importants ont marqué ce mois d’août, à une époque où les Français considèrent généralement – bien à tort – que l’actualité est en sommeil estival. Avec le recul, il apparaîtra peut-être que l’été 2008 restera dans l’histoire comme celui où se sont mis en place les pivots des futurs équilibres mondiaux. Ce sera aussi celui où l’absence d’une Europe capable de se comporter en puissance autonome face aux résurgences des grands Etats et des grands nationalismes apparaîtra comme particulièrement dommageable. C’était là, disons-le en passant, tout le message de mon livre « L’Europe ou le vide de puissance ».

Retour de la Russie au rang des vraies grandes puissances.

On savait déjà que l’Empire russe, puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, disposait de vecteurs de puissance considérables, grâce à ses réserves en pétrole et en gaz. Mais on avait oublié qu’il s’agissait aussi de la deuxième puissance militaire mondiale, nucléaire et conventionnelle. Certes, ces forces sont un peu dépassées technologiquement mais elles peuvent encore servir. Surtout, le sentiment nationaliste ou patriotique qui permet au pouvoir de les mettre en œuvre s’est révélé plus fort que jamais, y compris semble-t-il dans les couches profondes de la population. Il n’est pas du tout certain que chacun y rêve d’accéder au mode vie américain tel du moins que le vantent les publicités commerciales occidentales. Les citoyens russes habitués depuis longtemps aux privations semblent avoir plus que jamais besoin de grandeur, que celle-ci soit réelle ou en partie imaginaire. Au regard de ces atouts économiques et militaires, comme de cet état d’esprit, les faiblesses profondes affectant la Russie, au plan démographique et sanitaire notamment, comptent peu dans l’immédiat.

On a donc vu en juillet-août le pouvoir russe mettre avec fracas un terme qui sera peut-être définitif aux offensives incessantes menées à ses frontières par un autre impérialisme, celui d’une Amérique de plus en plus gouvernée par un pouvoir fort peu démocratique, celui qui la domine depuis pourrait-on dire la deuxième guerre mondiale, le complexe industrialo-militaire (MIC) soutenu par une droite particulièrement réactionnaire, ce que l’écrivain américain Paul Krugman nomme de son nom reconnu le « conservatisme de mouvement » ( movement conservatism ) lequel correspond en partie aux néo-conservateurs 1). Le conservatisme de mouvement et le MIC au pouvoir semblent inconscients des limites que leur imposent les nouvelles faiblesses américaines résultant en grande partie de leurs erreurs de gestion géopolitique. D’où leur impuissance d’aujourd’hui. Nous allons y revenir.

Dans l’immédiat donc et sans doute pour longtemps, la Russie, gouvernée par le tandem Poutine Medvedev, semble difficile à contrer par son opposant traditionnel dans la guerre froide, les Etats-Unis, sauf pour ceux-ci à la menacer d’une guerre atomique totale que l’on peut espérer inimaginable. Totalement engagée au Moyen-Orient, l’Amérique ne dispose pas de forces terrestres, navales ou aériennes capables de faire barrière, même par un simple déploiement, aux forces russes. L’Otan sous pavillon essentiellement américain ne l’est pas davantage. Cela vaut d’ailleurs sans doute mieux, car toute gesticulation militaire américaine fait l’effet d’un chiffon rouge sur les nationalistes russes.

Il faut donc s’attendre à ce que la Russie poursuive son avantage : non seulement continuer à « interdire d’Otan » la Georgie et l’Ukraine, mais récupérer la libre disposition de la Crimée ou au moins de sa base navale de Sébastopol. Nul ne devrait s’en étonner car depuis des siècles, l’accès à la Méditerranée par la Mer Noire a fait partie des objectifs légitimes des czars et des Soviets. (photo : le croiseur lance missile russe Moskva, accueilli récemment comme un tzar par les Russes de Sébastopol). Ceci dit, les Russes eux-mêmes ne se font pas d'illusions sur les capacités de résistance de leur flotte de la mer Noire si les Américains décidaient de la "neutraliser". mais nous serions en ce cas au bord de la vraie guerre (voir article de RIA Novotsi http://fr.rian.ru/world/20080820/116166647.html).

Les mesures de rétorsion qui seraient éventuellement décidées n’impressionneront sans doute pas la Russie dans l’immédiat. Elle peut se passer d’une présence au G8 et à l’OMC, ou de contrats occidentaux. Elle a par contre à sa disposition des contre-mesures telles que portant sur les contrats de gaz et pétrole ou sur les transits de l’Otan vers l’Afghanistan. Elle y fera sans doute appel si la tension s’accroît. Son gaz et son pétrole trouveront sans peine acquéreurs ailleurs.

Contrairement à l’Amérique, l’Europe pourrait jouer un rôle pour diminuer la tension. Encore faudrait-il qu’elle veuille le faire sans se borner à courir derrière le Département d’Etat en agitant ses petits bras. Nous y reviendrons.

Mise en évidence des nouvelles faiblesses américaines

Les Etats-Unis conservent une force scientifique et militaire sans égal, largement encore supérieure à tout ce que peut aligner le reste du monde. Mais ceci ne suffit plus. Au contraire, cette force, de moins en moins utilisable, encourage une fuite dans la technologie qui permet de fuir l’affrontement avec les vrais problèmes, lesquels sont psychologiques et politiques. L’été et particulièrement le mois d’août 2008 marqueront donc aussi un temps où les faiblesses grandissantes de l’Empire se seront affirmées aux yeux de tous.

Le talon d’Achille américain ainsi révélé est le fruit direct des erreurs et des abus de pouvoir du MIC et des néo-conservateurs précités. Pour des raisons tenant essentiellement à la conjonction d’intérêts économiques (bénéficier de contrats de défense toujours plus élevés) et d’objectifs politiques (favoriser une minorité toujours plus étroite de possédants), l’Amérique s’est engagée dans des dépenses militaires et de consommation (celles-ci censées faire oublier celles-là aux yeux d’une opinion abusée). Le tout n’est pas financé par des épargnes ou investissements nationaux mais à hauteur de trillions de dollars par des emprunts internationaux auprès des concurrents directs (la Chine) ou des Etats pétroliers qui ne veulent pas particulièrement de bien à l’Amérique. Celle-ci est donc aujourd’hui à la merci d’une crise économique d’ampleur vis-à-vis de laquelle les solutions traditionnelles de l’appel à l’Etat et à la Réserve Fédérale ne peuvent rien.

Bien plus grave, le prétexte justifiant les dépenses militaires découlant des guerres en Irak et en Afghanistan, lutter contre le terrorisme d’Al Qaïda, apparaît au monde entier lourd de menaces autrement plus graves qu’une crise économique. Ces guerres non seulement n’ont pas été gagnées, mais elles ont fait se lever des millions de combattants dans le monde musulman, décidés dorénavant à conduire contre les Etats-Unis et l’occident en général une guerre de 4e génération contre laquelle il est difficile de lutter avec des moyens militaires. Même si l’Iran ne se mêle pas au jeu (mais pourquoi ne le ferait-elle pas ?), les Etats-Unis, qui semblent décidés à ne pas reconnaître ces échecs, vont se trouver prochainement obligés de s’en prendre à d’autres grandes puissances musulmanes autrement plus redoutables, le Pakistan voire l’Indonésie. Ils le feront sans même bénéficier de la bonne volonté russe, qui aurait pourtant intérêt à ne pas accroître les atouts des fondamentalismes musulmans à ses frontières.

Incapacité persistante de l’Europe à s’affirmer comme une puissance autonome entre l’Amérique et la Russie.

Un moment, comme nous l’avions noté sur le site Europe solidaire, ceux qui militent pour l’indépendance diplomatique de l’Europe avaient pu espérer que sous présidence française, l’Union aurait montré qu’elle pouvait offrir des solutions pacifiques à la guerre du Caucase. Plus généralement, en tant que puissance économique indiscutable, l’Union aurait pu tenter progressivement de s’imposer comme puissance diplomatique vis-à-vis de la Russie. Malheureusement, les velléités d’un Sarkozy n’ont pas résisté aux pressions américaines demandant que l’Europe serre les rangs derrière les Etats-Unis. Ces pressions, il est vrai, ont été relayées par tous les Etats de l’Est-européen, intoxiqués par les intérêts atlantistes au point de continuer à réagir en anciens satellites de l’URSS, ce que pourtant ils ne sont plus.

Il s’ensuit que l’Europe en cette fin d’août risque de se comporter purement et simplement comme un membre de l’Otan, sous direction américaine. Elle épouse donc les erreurs des Etats-Unis et se prépare à les accompagner dans ce qui sera nécessairement une descente aux enfers, dans le Caucase et à l’Est de l’Europe comme en Afghanistan et au-delà. Ceci sans aucun espoir de succès comme le montrent les pertes grandissantes de l’Otan dans ce dernier pays.

Nous pensons cependant que si l’Europe avait affirmé voici déjà un an sinon bien avant que les Américains n’avaient rien à faire en termes militaires dans sa zone d’influence (nous pensons en particulier à cette provocation scandaleuse qu’est le programme BMDE), si d’autre part elle avait proposé à la Russie un partenariat sérieux la considérant comme une puissance honorable avec laquelle des alliances sont souhaitables, le monde n’en serait pas là où il est.

Certains de nos lecteurs évoquent l’idée que la Russie, dans une Europe de l’Atlantique à l’Oural, aurait toute sa place au sein de l’Union (au moins autant que la Turquie). Pourquoi pas ? Il aurait donc fallu à négocier avec Moscou les termes d’accords économiques, militaires, diplomatiques où, sans s’incliner devant la « force russe », l’Europe aurait au contraire apporté sa propre force au bénéfice des deux partenaires. Est-il trop tard encore pour le faire ? Sans doute pas ? Mais il faudrait que les Européens cessent enfin d’obéir au Département d’Etat et cherchent leur propre voie. Il leur faudrait des chefs à la hauteur, agissant autrement que par pulsion. On ne les aperçoit pas.

Sur le plan militaire, le potentiel russe ne devrait pas faire impression sur les Européens. Il est, comme nous l'indiquions ci-dessus, assez archaïque, à tous égards. Une défense européenne, utilisant du matériel conçu et fabriqué en Europe (notamment les chars Leclerc et avions Rafale si décriés) pourrait constituer une force qui inciterait la Russie à la sagesse et à des coopérations bien comprises. Ceci sans appel au parapluie américain. Mais il faudrait que les 27 pays s'y mettent, au lieu de se tourner vers Washington en permanence.

Ajoutons que cette voie conduirait nécessairement au renforcement du potentiel de recherche scientifique, technologique et industriel dont dispose encore l’Europe. Autrement dit, l’Europe trouverait là la sortie de la crise économique dont elle a désespérément besoin. Ce renforcement ne serait possible qu’au prix d’une décroissance affichée des consommations de pur gaspillage. Il imposerait de revenir à une économie régulée privilégiant le long terme et l’investissement.

Ce faisant, les objectifs de lutte contre l’effet de serre et pour la protection de la biodiversité s’imposant à l’Europe ne devraient pas être sacrifiés. Ils pourraient au contraire en bénéficier directement. Avec la Russie comme avec des puissances telles que la Chine et l’Inde, de telles politiques pourraient donc rencontrer des points d’accord.

- Réaffirmation de la Chine comme grande puissance

On savait déjà que la Chine était devenue une grande puissance, soutenue par un fort nationalisme. Sa réussite lors des Jeux Olympiques lui a permis de le réaffirmer, à commencer aux yeux des Chinois de Chine et de la diaspora. Mais cette réussite ne doit pas cacher des faiblesses montantes : dégradation de l’environnement, déjà bien perçue comme menace à terme et aussi chute des exportations tenant à la perte de pouvoir d’achat des populations des pays développées confrontées à la crise économique. Ce dernier risque pourrait être géré, mais cela demanderait là aussi des accords d’investissements à long terme avec l’Europe et la Russie.

1) Paul Krugman, « L’Amérique que nous voulons » Flammarion 2008.


Plaidoyer pour une Fédération paneuropéenne de l'Atlantique à l'Oural



Les Européens ont été aveuglés par les manoeuvres américaines et par leurs propres intérêts atlantistes, au point de ne pas se rendre compte que la Russie était en train de changer, y compris sous la direction de Wladimir Poutine. Elle était loin d'être devenue angélique, mais elle était désormais suffisamment fréquentable pour que les stratèges des deux camps puissent envisager cette Europe de l'Atlantique à l'Oural qui est la seule perspective crédible face aux blocs anciens et aux Empires montants.

Dans la chronique de France Culture, La Rumeur du monde, datée du 30/08, deux intervenants de poids, Hubert Védrine et Thierry de Montbrial, ont constaté que l'Europe, une nouvelle fois, face à la crise du Caucase comme d'ailleurs aux autres crises, était incapable d'élaborer des stratégies géopolitiques réalistes. Les Européens, à quelque niveau de responsabilité qu'ils se trouvent, ne savent que réagir à l'évènement, de préférence sur le plan affectif et en se référant à des images du passé. Plus grave encore, ils restent persuadés de la nécessité pour l'Europe de rester dans l'ombre et au service de la politique américaine, sous prétexte d'une appartenance à un « Occident » en partie imaginaire, dont de toutes façons les valeurs et les buts sont définis unilatéralement par Washington.

De ce fait, les Européens sont en train de laisser passer une occasion historique. Le mois d'août 2008 restera sans doute dans l'histoire, un mois riche en évènements préfigurant certains des futurs grands équilibres géopolitiques autour desquels se construira le 21e siècle. L'Europe avait l'occasion de prouver, face à une Russie qui amorçait avec fracas son retour sur la scène internationale, qu'elle aussi pouvait être, sinon de retour puisqu'elle n'a jamais figuré sur ladite scène, du moins présente en tant que telle. Or elle a, une nouvelle fois, et peut-être pour longtemps, laissé passer son tour.

Si l'Occident dans sa version européenne manque de vision géopolitique, ce n'est pas le cas pensons-nous de la puissance américaine. Les éléments du complexe politico-industriel américain au pouvoir depuis soixante ans, conservateurs radicaux, industriels du pétrole, des technologies d'armements et des médias, personnels politico-administratifs verrouillant l'appareil d'Etat, entretiennent tous une vision géopolitique très précise visant au leadership mondial. Les sciences et les technologies civiles et militaires sont évidemment considérées comme indispensables pour ce faire. Mais tous les ressorts de la diplomatie ou de l'influence médiatique sont également utilisés.

Cette vision a paru générer des erreurs, telles la guerre en Irak. Mais il n'est pas exclu que ces erreurs apparentes n'en soient pas. Elles serviraient en fait une politique de risque calculé, tendant à susciter en permanence des ennemis contre lesquels mobiliser les ressources de la nation. Après Al Qaïda, c'est maintenant la Russie qui joue ce rôle de monstre providentiel. Tout est fait pour provoquer voire déstabiliser ce pays – riche hélas lui aussi en extrémistes - afin de faire renaître les tensions de l'ex-guerre froide, si utiles quand il s'agit de réduire au silence des opposants éventuels.

Or une des caractéristiques de la stratégie américaine à long terme consiste à empêcher que l'Europe ne se rapproche de puissances capables de faire de l'ombre à l'Empire américain. Concernant la Russie, il faut rendre impossible la négociation d'un partenariat stratégique sérieux entre l'Union européenne et celle-ci. L'Europe doit donc rester enfermée dans le cadre de l'Otan, elle-même conçue comme l'instrument permettant d'ouvrir de multiples points de conflits aux frontières de la Russie.

Depuis deux ou trois ans, les Européens ont été aveuglés par les manœuvres américaines et par leurs propres intérêts atlantistes, au point de ne pas se rendre compte que la Russie était en train de changer, y compris sous la direction de Wladimir Poutine. Elle était loin d'être devenue angélique, mais elle était désormais suffisamment fréquentable pour que les stratèges des deux camps puissent envisager cette Europe de l'Atlantique à l'Oural qui est la seule perspective crédible face aux blocs montants, Chine, Inde, monde islamique, ou comme contrepoids à une Amérique toujours impérialiste. Le partenariat à établir aurait pu être très ambitieux. Il aurait visé à terme la constitution d'une fédération paneuropéenne élargie rassemblant la Russie et l'Union européenne stricto sensu.

Eléments pour une alliance stratégique

Une telle alliance n'aurait évidemment été concevable que si l'Union avait rassemblé toutes ses forces, y compris en termes militaires, industriels et scientifiques, pour ne pas dépendre de la bonne volonté de la Russie sa partenaire. Celle-ci, dont les faiblesses sont et resteront considérables, n'aurait sans doute alors vu que des avantages à participer de bonne foi au développement de la nouvelle puissance géostratégique esquissée ici. Des coopérations multiples en auraient découlé, comme celle s'esquissant actuellement dans le domaine spatial.

Il n'est pas difficile de montrer, notamment dans les domaines déterminants des sciences et technologies, les complémentarités considérables existant entre les pays de l'Union européenne et ceux de la Fédération de Russie. La coopération pourrait ne pas se limiter au spatial évoqué ci-dessus. La Russie dispose, on le sait, de ressources énergétiques fossiles et en matières premières industrielles importantes, mais l'exploitation de celles-ci ne suffira pas à assurer sa prospérité. Elle dispose aussi d'un potentiel agricole considérable mais mal valorisé. Elle a conservé des filières industrielles non négligeables, notamment dans le secteur des biens d'équipement et de l'armement, qui devraient cependant être profondément modernisées. Il en est de même de ses laboratoires de recherche appliquée et fondamentale. Sa situation démographique est déplorable et nécessitera qu'elle fasse appel à l'immigration, sans pour autant se laisser envahir.

En échange de coopérations donnant-donnant dans les domaines où la Russie dispose de vecteurs de puissance, l'Europe pourrait apporter à la Russie des contributions au moins aussi importantes que celles attendues de relations avec les Etats-Unis. Citons les sciences et technologies de l'information, de la communication et de la robotique, les biotechnologies (sans doute aussi les nanotechnologies), les sciences de l'environnement et de la protection des écosystèmes, les sciences humaines et sociales. Pour booster tout cela, des formules de soutien à de grands programmes d'infrastructure (énergies renouvelables, équipements de santé, transports, logement, réhabilitation des milieux pollués) pourraient être envisagées. Ces programmes seraient financés en grande partie sur des fonds publics, afin d'échapper au court-termisme des marchés financiers.

Il ne s'agit pas de se cacher les risques que pourrait courir l'Europe dans de telles coopérations avec une Russie dont les organes politiques ont conservé en partie les habitudes de l'ancien régime, où les mafias sont nombreuses, où par ailleurs se développent des tendances mystiques, panslavistes voire néonazies, peu rassurantes. Mais l'Europe, si elle réussissait à se convaincre de la force que lui donnerait une volonté affirmée de puissance technologique et d'indépendance diplomatique, n'aurait rien à craindre pensons-nous des « mauvais côtés » de l'actuelle Russie. Ils se dissoudraient dans la synthèse paneuropéenne envisagée ici.

Est-il encore possible de concrétiser cette vision ? Nous pensons que si les gouvernements en cause sont aujourd'hui trop aveuglés par les manœuvres à court terme pour réfléchir calmement à ce que pourrait être cette future Fédération paneuropéenne, des associations ou Think Tanks convaincus de la justesse d'une telle stratégie pourraient commencer à étudier les options possibles. Elles feraient appel aux géostratèges de bonne volonté qui ne manquent pas, de l'Atlantique à l'Oural ...et au-delà.

* Pour mieux connaître la presse russe, on devrait lire plus systématiquement (en dépouillant évidemment toute naïveté) les textes en français publiés par l'agence RIA Novosti http://fr.rian.ru/


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.


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