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La Gazette N° 184 du mois de juillet 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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La Gazette d'Admiroutes devient mensuelle, une partie des articles qui lui étaient précédemment destinés étant repris sur le site
Europe solidaire
http://www.europesolidaire.eu/cont.php .
Ce site actualise et discute les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast

Voir aussi sur Automates-Intelligents et Europe solidaire:
* Lamark n'avait pas raison mais il n'avait pas tort http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/90/neolamarkisme.htm
* Actualité de l'intelligence artificielle http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/89/dossierIA.htm
* Actualité de la robotique autonome http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/89/dossierCA.htm
* Un organisme zootechnique type, le Pentagone http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/89/pentagone.htm
* Présentation du livre "Drones, mystérieux robots volants" http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=102&r_id=
* 14 juillet, réalité virtuelle sur les Champs-Elysés http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=97&r_id=
* Europe et Chine, nécessité d'un nouveau regard http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=96&r_id=


 

Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

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Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

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Les politiques de décroissance et les sciences

Le thème de la décroissance s’impose de plus en plus dans les débats politiques contemporains. Il recoupe en partie mais surtout dépasse celui de la protection de la nature autour duquel se sont construits les mouvements écologistes. Il ne peut pas laisser indifférents les scientifiques, que ceux-ci se consacrent à des recherches fondamentales ou qu’ils participent au développement des applications de la recherche, souvent dites, avec une volonté de rejet, technosciences.

Notre revue ne doit pas rester en dehors de ces discussions, bien que d’innombrables voix, en France et partout ailleurs dans le monde, y expriment des points de vue plus compétents que ceux que nous pouvons exprimer ici. Comme cependant ces points de vue sont souvent contradictoires, il nous semble que nous pouvons, à titre très provisoire, essayer d’y apporter un peu d’ordre.

Nous voudrions distinguer à cette fin les points qui nous paraissent, sinon incontestables (car rien ne l’est) mais fondés sur des observations difficilement discutables, et ceux relevant d’interprétations politiques auxquelles il peut être légitime d’adhérer, mais qui relèvent en grande partie de convictions individuelles elles-mêmes inspirées à celui qui les formule par son statut dans le monde.

I. Les points incontestables (ou difficilement contestables)

1. La consommation des ressources terrestres croit dorénavant plus vite que la capacité de ces ressources à se renouveler ou à être renouvelées. Cela tient à deux facteurs principaux :
- l’augmentation des besoins élémentaires ou de survie, provenant d’une population mondiale dont la croissance démographique ne se stabilisera pas avant au moins un demi-siècle et dont au moins la moitié des effectifs sont aujourd’hui aux alentours du seuil de survie.
- l’augmentation des exigences de biens et services que l’on pourrait qualifier de confort, émanant de populations de plus en plus larges s’inspirant des modèles de consommations propres aux sociétés s’étant à ce jour appropriées l’accès aux ressources.

2. Il en résulte des situations de raréfaction ou crise, susceptibles de dégénérer en catastrophes. Elles se conjuguent:
- Crise énergétique, notamment concernant les énergies fondées sur l’exploitation des combustibles fossiles, dont la raréfaction ou en tous cas l’augmentation du coût rendra l’utilisation de moins en moins rentable.
- Crise des ressources alimentaires.
- Crise des ressources en eau et en sol cultivable.
- Crise des matières premières industrielles et des matières premières rares
- Crise des écosystèmes traditionnels avec perte massive de la biodiversité. Celle-ci résulte principalement de la surexploitation des ressources et de l’accumulation des déchets.

3. Les ressources disponibles peuvent certainement augmenter, pour faire face à l’augmentation de la demande. Les sciences et technologies jouent un rôle essentiel à cet égard. Mais cette augmentation se heurte à trois limites :
- des limites dans la chronologie : il faut compter de longs délais pour que de nouvelles technologies produisent les effets de masse qui seraient nécessaires. En attendant, la croissance rapide, sinon exponentielle des besoins, provoquera des conflits entre pauvres et riches, qui risqueront de rendre inopérants les programmes de substitution.
- des limites économiques : pour trouver de nouvelles solutions, il faut investir lourdement, que ce soit dans la formation des hommes ou dans la mise en place de laboratoires. Ces investissements ne peuvent être financés que par des épargnes portant sur les consommations. Ils ne rapporteront pas pendant de longues années. Ces épargnes seront-elles acceptées par ceux qui pourraient les supporter ?
- des limites systémiques, tenant aux risques et nuisances mal étudiées pouvant découler de nouvelles technologies dont les effets seraient à terme pire que les maux combattus. Ce point est évoqué par principe, mais il est évident que c’est à ce sujet que se déchaînent les campagnes de rejet des « technosciences ». Il conviendra donc de le reprendre dans la seconde partie de ce document, consacrée à l’exposé des interprétations politiques. Disons ici qu’il appartient aux scientifiques et au dialogue social de distinguer entre les risques contrôlables valant la peine d’être courus et les risques à refuser parce que les conséquences des technologies proposées paraissent susceptibles d’entraîner des effets destructeurs à grande échelle et/ou irréversibles. On donnera comme exemple de telles technologies celles visant à ensemencer les océans d’intrants divers pour modifier la capacité de la mer à nourrir de la vie ou à jouer un rôle nouveau dans les équilibres thermiques.

4. La façon la plus immédiate et sans doute aussi la seule permettant de faire face à la surexploitation des ressources serait la réduction des consommations jusqu’à des niveaux assurant le renouvellement ou la préservation de ces ressources. Dans la mesure où la « croissance », assimilée aussi au « progrès », est conçue comme supposant une augmentation sans fin des consommations matérielles, il conviendrait donc de la limiter, sinon de la faire décroître. Mais cette réduction se heurte à de nombreuses limites :
- Egoïsme des « possédants » (les « have ») qui ne veulent ni se restreindre ni partager.
- Besoins de survie des démunis (les « have not ») qui refuseront de plus en plus de se laisser éliminer par la maladie et la famine.
- Conflits entre « have » et « have not ». Ces conflits prendront la forme de guerres dites de survivance, de la part des premiers visant à préserver leurs approvisionnements, et de guerres de la misère, de la part des seconds. Ces guerres accroîtront les gaspillages et les destructions.

5. Les risques sont d’autant plus grands que les facteurs de risque demeurent mal connus ou volontairement cachés. Seule la science, associée si besoin était aux observations des populations traditionnelles, peut fournir les instruments et méthodes permettant d’observer et comprendre les évolutions de la Terre et des espèces vivantes, humanité comprise. Or ces instruments et méthodes sont encore trop rares. Leur développement se heurte à deux grands obstacles :
- Au plan technologique, l’instrumentation suppose des programmes lourds, multipliant les capteurs terrestres, océaniques et spatiaux. Elle suppose aussi de nombreuses équipes hautement qualifiées et polyvalentes.
- Au plan économique et plus généralement des sciences humaines, le besoin est différent mais aussi grand. Il faut définir les outils permettant d’évaluer le plus objectivement possible les différentes retombées des pratiques économiques et sociales : empreinte écologique, effets sur la croissance ou la décroissance, efficacité des politiques administratives d’incitation ou de prévention. Il faut aussi multiplier les réseaux d’informations et d’alerte.
Toutes ces recherches devraient, pour éclairer les politiques globales ou locales, mobiliser un nombre considérable de chercheurs et de crédits. Or elles ne sont pas encore considérées comme prioritaires, au regard de recherches entraînant des bénéfices à court terme ou moins politiquement engagées. Elles doivent en effet être conduites dans une approche aussi indépendante que possible des influences politiques, économiques et religieuses visant à dicter aux scientifiques des réponses conformes aux intérêts de ceux qui financent la science.

6. Les risques connus et documentés ne peuvent être combattus que par des comportements collectifs et individuels définis spécifiquement à cette fin, notamment avec l’éclairage des scientifiques. Au-delà des bonnes volontés des militants, des politiques publiques locales, nationales et mondiales s’imposent donc. Ces politiques devraient être conçues de façon participative, intégrant le plus possible d’intérêts et de personnes concernés. Mais de telles politiques suscitent d’innombrables rejets :
- Les rejets nés de l’idéologie libérale, générée par les entreprises capitalistes soumises à la loi du profit immédiat, pour qui les initiatives publiques ne peuvent qu’être inefficaces, au regard des avantages apportés par la liberté du commerce et de l’industrie..
- Les rejets nés des abus de pouvoir des gouvernements centralisés, qui n’ont pas contribué, dans l’histoire à valoriser le rôle des autorités administratives en matière de politique économique.
- Les craintes face à un éventuel « pouvoir scientifique » de type faustien, qui perdrait la conscience des limites à ne pas dépasser.

II. Les points faisant l’objet de débats politiques.

Appelons débats politiques ceux où se confrontent les opinions relatives à la façon dont devrait être organisée la cité, autrement dit la société, que ce soit au plan local ou global. Ces débats s’expriment à travers la discussion de grands types de questions.

1. Que sont les objectifs à donner à la « croissance », au « développement », au « progrès » ? Même si ces termes sont des constructions intellectuelles, ils correspondent à la « tendance à croire en l’avenir» apparemment inscrite dans l’organisation des cerveaux humains au cours de l’évolution. Les hommes sont donc portés à les sous-tendre par des buts et valeurs permettant de les concrétiser.
En fonction des définitions données aux termes de croissance, développement, progrès, on précisera les objectifs et les limites des politiques inverses, dites globalement de décroissance.
On peut distinguer trois grandes catégories de contenus, intéressant des populations souvent différentes :
- Le développement de la connaissance scientifique et philosophique. Pour ceux qui se retrouvent dans les valeurs de la rationalité scientifique collective, il s’agit d’objectifs sur lesquels ils ne sauraient compromettre. La décroissance ne serait pas acceptable en ce domaine.
- Le développement d’ascèses personnelles, intéressant le corps et/ou l’esprit. On rangera dans cette catégorie les valeurs de la vie en société, de l’art ou de la morale. Ces ascèses ne sont pas nécessairement austères. Elles peuvent s’inscrire dans l’hédonisme partagé. Là aussi, aucune décroissance ne parait s’imposer a priori.
- Le développement des consommations matérielles, alimentaires, de produits industriels ou de services. Chez ceux qui n’ont rien, ce développement parait légitime. On devrait néanmoins veiller à ce qu’il ne mette pas en danger l’équilibre général de la planète. Il doit par contre être contesté plus ou moins fortement s’il provient de populations déjà favorisées, dont les prélèvements sur les ressources communes inextensibles sont déjà disproportionnés par rapport à leurs effectifs.

2. Qui définit les objectifs que devraient selon les cas poursuivre la croissance ou la décroissance ?
- Idéalement, au regard des principes de la démocratie occidentale, ce devrait être des gouvernements convenablement représentatifs, conseillés par des autorités scientifiques et morales objectives. Ces gouvernements, relayés par des organisations de la société civile, devraient viser l’intérêt général, non seulement de l’humanité dans sa globalité, mais de toute la biosphère. Ce n’est pas parce que cet idéal parait encore loin des réalités qu’il faudrait y renoncer. Il n’est pas impossible que, sous la pression des nécessités de survie, l’on puisse s’en rapprocher.
- Les Etats conduisant des politiques de puissance dites aussi de souveraineté visant à imposer au reste du monde des contraintes favorables au maintien ou au développement de leurs pouvoirs et de ceux des collectivités dont ils émanent. Il peut s’agir aussi bien d’Etats dits démocratiques à l’occidentale, que de dictatures ou d’organisations politico-religieuses dictatoriales. Ces organismes agissent principalement par la force, complétée par la propagande.
- Les entreprises capitalistes libérales à la recherche du profit à court terme. Celles-ci sont loin de rechercher en priorité le bien-être des consommateurs. Beaucoup exploitent toutes les faiblesses de ceux-ci, toutes leurs addictions fussent-elles mortifères, afin d’en faire des « clients » dépendants. Elles agissent principalement par la publicité, directe ou s’exerçant à travers les industries culturelles modernes. Les entreprises s’abritent souvent sous l’autorité des Etats précités. Mais beaucoup sont de plus en plus transnationales.
- A la frontière entre les deux types d’intérêt, on doit mentionner l’importante catégorie des entreprises maffieuses ou criminelles, qui détournent à leur profit environ 30% des flux économiques.

3. Que peut on attendre des compétitions entre tous les organismes énumérés ci-dessus ? Il est indiscutable que chacun d’entre eux poursuit pour sa part des objectifs inspirés par un minimum de rationalité, mais cette rationalité est d’abord au service de leurs intérêts propres et non à celui de la survie des écosystèmes. Dans une optique darwinienne, l’évolution du système global dépendra du poids compétitif que prendront les facteurs d’accroissement des déséquilibres au regard des facteurs de restauration de nouveaux équilibres. En simplifiant beaucoup, on verra donc s’imposer des résultats très différents, selon les poids respectifs de ces facteurs :
- Une dégradation de plus accélérée, se traduisant par des catastrophes en chaînes, impulsées par des sociétés humaines incontrôlables et relayées par des emballements aux plans géologiques, climatiques et biologiques.
- Le maintien d’équilibres fragiles entre ressources et consommations, supposant des politiques extrêmement strictes de contrôle des dépenses et d’encouragement aux investissements scientifiques. En aucun cas, ces équilibres maintenus ne pourront signifier le retour aux principes du « business as usual » encore considérés comme des impératifs incontournables. Ils pourront par contre supporter, voire inciter des développements quasi-illimités dans la créativité scientifique, artistique, d’expression personnelle dont le coût écologique devrait être réduit au regard des immenses bénéfices sociétaux pouvant en découler.

Cette dernière perspective, un peu idéalisée certes ici mais qui parait envisageable, devrait donner des raisons d’agir à long terme aux militants de la décroissance. 29/07/07


Obama et l'Europe : 60 ans de retard

L'Obamania sévit en Europe, on se demande bien pourquoi. Les raisons les meilleures seraient le fait qu'il est jeune, noir et dispose d'un sourire ravageur. Voilà qui changerait agréablement des Bush père et fils. Mais en fait, derrière le clinquant, nous allions dire le bling-bling, l'espèce de communion qui s'était établie entre Barak Obama et les centaines de milliers de Berlinois rassemblés pour l'accueillir ne comportait guère de sens capable de renouveler les futures relations entre l'Amérique et l'Europe.

Du côté des Allemands, et plus généralement des fans européens du candidat démocrate, on retrouvait la possibilité de croire en une Amérique qui en fait n'avait jamais existé : la championne des libertés, celle de la rupture du blocus de Berlin, celle, selon les mots d'Obama, porteuse de la "générosité du Plan Marshall pour créer un miracle allemand " et d'une Otan, " la plus belle alliance jamais conçue pour la défense de notre sécurité commune ". 1) Cette Amérique là avait dès le début décidé d'instrumentaliser l'Allemagne et l'Europe de l'ouest toute entière afin d'en faire un glacis à l'Est. Rien n'a changé depuis et seuls des Européens soit naïfs soit intéressés refusent de l'admettre.

L'image de l'Europe que se fait de son côté Obama, et qu'il n'hésite pas à proclamer haut et fort, est dans la suite du rôle que les Etats-Unis avaient assigné à nos Etats à la fin de la guerre : s'engager pour appuyer partout où cela pouvait être utile les stratégies politiques et économiques américaines. Obama a délibérément négligé une visite au siège de la Commission européenne ou du Parlement européen, porteurs sans doute d'une image que les futurs électeurs du sénateur n'aimeraient pas voir évoquer, celle d'une puissance potentielle (oh combien potentielle pourtant) capable éventuellement de ne pas partager les objectifs américains. Au contraire, il a exalté le rôle éminent que l'Europe doit continuer à jouer pour appuyer les forces américaines en Afghanistan et dans une guerre sans fin contre le terrorisme, renouvelée de Bush. Ce qui, selon les chroniqueurs américains eux-mêmes, lui permettait de laisser entendre à ses propres électeurs : je quitte l'Irak pour l'Afghanistan, grâce à quoi je pourrai consacrer une partie des dépenses de la guerre d'Irak aux services sociaux américains qui en ont bien besoin. Et pour ne pas porter seul l'effort de la guerre en Afghanistan, guerre que les experts sérieux considèrent comme ingagnable (à supposer qu'elle ne s'étende pas au Pakistan) je m'appuie sur les contingents fournis par mes bons alliés européens.

Inutile de dire qu'une telle vision rabougrie, passéiste et surtout mensongère des rapports entre l'Amérique et l'Europe ne devrait pas contribuer à mobiliser les énergies que les deux continents, s'ils s'élevaient au dessus d'elle, devraient mettre au service des crises gigantesques qui s'annoncent. On ne s'étonnera pas que, comme beaucoup d'Européens, nous voudrions chercher ailleurs que dans la relation avec l'Amérique l'avenir de l'Europe. Que ce soit avec Barak Obama ou John McCain, l'Amérique de toujours ne changera pas si elle ne trouve pas face à elle une Europe capable de négocier elle-même des relations de puissance à puissance, incluant la Russie, la Chine et d'autres, dont pourquoi pas l'Amérique. 28/07/08

1) Lire le discours d'Obama, in extenso, dans Le Monde du 26 juillet 2008. Désolant de vide...


Perspectives spatiales et place de l'Europe

Valérie Pécresse, ministre français de la recherche et de l'enseignement supérieur, a réuni du 20 au 22 juillet 2008 ses homologues européens chargé de l'Espace à Kourou. L'objectif, dans le cadre de la présidence française, était selon la ministre de « créer une conscience spatiale européenne », « mettre l'Espace au service des citoyens » et finalement « remettre la politique au coeur des affaires spatiales européennes ». Mais les puissances spatiales non européennes n'attendent pas l'Europe pour avancer

Compte-rendu de la réunion. Source AFP : Quinze ministres et secrétaires d'Etat se sont réunis à l'initiative de la France du 20 au 22 juillet 2008 au Centre spatial guyanais, base de lancement européenne des fusées Ariane et à partir de fin 2009 des Soyouz russes, pour donner un contenu à l'Europe de l'espace voulue par le Traité de Lisbonne.
Les ministres sont convenus de la nécessité de trouver un financement stable et pérenne au programme d'observation de l'environnement et de sécurité GMES, pour que l'Europe ne soit pas dépendante des Etats-Unis dans ce domaine tès important.
Les Européens veulent aussi éviter les errements du système de navigation par satellites Galileo, concurrent du GPS américain actuellement en construction qui a eu le plus grand mal à être financé.
"Nous devons tirer les leçons de Galileo. L'une d'entre elles est que le programme GMES exige une direction politique forte et durable", a déclaré à Kourou le commissaire européen à l'industrie et vice-président de la Commission Günter Verheugen.
Il a indiqué que la Commission européenne présenterait avant la fin de l'année un document sur l'organisation du programme GMES, dont les données seront, pour leur partie civile, mises à la disposition du public. Elles pourront notamment être utilisées par des pays africains menacés par les conséquences du changement climatique.
"Nous avons besoin d'un budget dédié aux activités spatiales au-delà de 2013", a également déclaré M. Verheugen qui a précisé que cela impliquait à ses yeux "une augmentation de l'enveloppe" budgétaire consacrée à ce secteur.
Concernant les vols habités vers la Lune ou Mars, "tout programme d'exploration devra se faire dans le cadre d'un programme mondial ouvert à tous", selon le communiqué français.
La ministre française a indiqué que la France et l'Allemagne, notamment, s'étaient retrouvées sur une position commune sur ce point. Pour autant, l'Europe ne veut pas fermer la porte à ces missions. "Nous devons continuer à examiner comment l'Europe participera à l'exploration spatiale", a affirmé le vice-président de la Commission.
M. Verheugen a estimé qu'"il y a un consensus autour du fait que l'espace est politiquement important pour l'Europe en tant que catalyseur pour une meilleure intégration" et aussi en tant que "moteur pour de nouvelles technologies".
Valérie Pécresse s'est réjouie qu'"un certain nombre d'Etats aient commencé à se poser très sérieusement la question de leur entrée dans l'Agence spatiale européenne".
Elle a mentionné la Slovaquie, la Slovénie, Chypre et Malte. La République tchèque est devenue cette année le premier ancien pays de l'Est à coopérer avec l'agence.
Sur le climat, la création d'un nouveau centre de calcul européen spécifique, proposée par la France, a été abandonnée au profit d'une coordination des institutions déjà existantes, pour "optimiser l'utilisation des données spatiales", selon un communiqué de la présidence française de l'UE.
"Nous ne voulons pas créer un nouvel institut doté d'une existence physique", a expliqué M. Verheugen

Notre commentaire

Nous considérons que les ministres européens se sont acquittés du service minimum. Aucune grande ambition, aucune vision n'a été exprimée. Le souci de tenir l'ESA à l'écart des « ambitions politiques » peut se défendre, mais se traduit par le fait que les moyens de l'Agence, déjà réduits au minimum, ne vont pas augmenter. L'absence d'un grand centre de calcul analogue à celui dont dispose les Japonais (et bien entendu les Américains), indispensable pour traiter les données et modèles provenant des satellites, ne pourra être compensée par une coopération de centres de calcul déjà saturés. Quant à la volonté de traiter les programmes d'exploration de la Lune et de Mars en coopération, si elle peut se justifier, elle n'aurait de sens pour l'Europe que si celle-ci prenait sans attendre de nouvelles initiatives qui en feraient un partenaire de choix face à la Nasa, à la Chine et à l'Inde.

La Lune

Faut-il rappeler que d'ici 2020, une véritable course à la Lune est désormais engagée. Les premiers objectifs visent à mettre en place une série d'observatoires répartis sur toute la surface de notre satellite, y compris sa face cachée, afin d'étudier les phénomènes sismiques et géologiques susceptibles d'avoir des conséquences sur la future résidence permanente programmée par la Nasa. Il s'agira d'un véritable réseau d'observatoires dit International Lunar Network, pour lequel une série de missions sont prévues, dans la suite des Kaguya (orbiteur, Japon) et Chang'e1 (orbiteur, Chine). On prévoit aujourd'hui les missions suivantes :
- en 2008/2009, de l'ICROSS (impacteur, USA) , du Chandrayaan (orbiteur et impacteur, Inde) , du LRO (orbiteur, USA)
- en 2009/2010 du Chang'e2 (atterrisseur, Chine) et Luna Globe (atterrisseur, Russie)
- en 2011/2012 du GRAIL(Gravity Recovery and Interior Laboratory, orbiteur, USA), du LADEE (orbiteur, USA), du Chandrayaan 2 (atterrisseur, Inde)
- à partir de 2013 du MoonLITE (atterrisseur, Grande Bretagne) , du Moon Next (atterrisseur ESA) , des atterrisseurs 1 et 2 de l'International Lunar Network suivis en 2016 des atterrisseurs 3 et 4 de l'ILN;

Mars

En ce qui concerne Mars, en dehors des actions déjà envisagées mais non encore financées, on notera qu'une réunion d'un groupe intitulé International Mars Architecture for Return of Samples (iMARS) s'est tenue à Paris en juillet 2008. Le groupe projette l'envoi sur Mars vers 2018 d'une mission robotisée complexe destinée à rapporter sur Terre au moins 500 grammes d'échantillons du sol martien. Un Rover collecterait les échantillons et les renverrait sur un orbiteur lequel les ramènerait sur Terre. Aucune mission habitée ne peut être prévue sur Mars avant de telles missions préparatoires. La mission serait internationale mais avec forte prédominance américaine.
* Sur iMars, voir http://www.msnbc.msn.com/id/25627499/

Notes
1) le numéro d'août 2008 de Sciences et Avenir publie (Soyouz déménage, p.8) un article intéressant sur l'arrivé à Kourou des matériels et équipes russes permettant l'utilisation de la base pour des lancements de la fusée Soyouz 2. Il s'agit d'une avancée notable pour l'Europe spatiale. Dans cet article, Jean-Yves Le Gall, PDG d'Arianespace, estime qu'avec la série des trois lanceurs Véga, Soyouz 2 et Ariane 5, ainsi qu'avec l'astroport de Kourou aménagé en conséquence, les perspectives sont très saines. D'autant plus qu'Ariane 5 et Soyouz détiennent un record de fiabilité.

2) Dans "Impasse de l'Espace. A quoi servent les astronautes? " Seuil 2008, Serge Brunier reprend une thèse bien connue: celle selon laquelle les vols humains ne servent à rien, sinon à procurer des marchés aux industriels. Pour lui, l'exploration robotique, aujourd'hui et plus encore demain, devrait suffire à satisfaire tous les besoins de connaissance, voire d'exploration et de "colonisation" que peuvent avoir les humains. Il considère qu'en dehors des lobbies indsutriels, ce sont les lobbies émanant des pilotes et astronautes qui maintiennent le mythe de la présence humaine obligée.
Il est difficile de trancher ce débat. Certes, si la recherche en robotique spatiale bénéficiait de tous les crédits consacrés à l'IST et aux futurs vols humains, elle ferait des progrès considérables qui profiteraient à toutes les sciences. Mais si certaines nations restaient seules à se donner le prestige des vols humains, elles prendraient sur les autres un avantage politique insupportable. L'espèce humaine est ainsi faite qu'elle vit aussi d'imaginaire et de ce que les Espagnols appellent le pundonor. 25/07/08


Big government versus Anglo-Saxon economic model

Il ne faudrait pas que l'Europe soit, à la remorque des esprits libéraux archaïques qui dominent encore dans les Think Tanks de Bruxelles, la dernière à comprendre que le temps est venu d'abandonner le libéralisme et de développer de nouvelles formes d'intervention publique, incluant (mot encore honni) certains types de protectionnisme sélectif.

Le chroniqueur de United Press International Martin Walker observe, dans un commentaire du 30 juin 2008 à propos du G8, que les 30 années de libre-échange et de dérégulation, dites Ere Reagan-Thatcher, sont désormais terminées (source dedefensa bimensuel n° 20 du 10 juillet 2008). La crise du crédit, le désordre des marchés financiers et la raréfaction des ressources vitales exigent un retour à l'intervention publique, ceci selon lui pour au moins 30 ans. « The era of big government is back. The Anglo-Saxon economic model ...does not seem to be much use in tackling the (world) demographic challenge or climate change”.

Ce jugement pourrait paraître anecdotique. Mais pour nous qui répétons cela depuis de nombreux mois, il annonce les premiers craquements du monstrueux bloc de certitudes que la pensée économique anglo-saxonne impose aux pays occidentaux, aussi bien d'ailleurs à la société américaine elle-même qu'à l'Europe, sous le concept de mondialisation libérale. Pour cette pensée, afin que la mondialisation apporte à tous ses bienfaits, il faut absolument que les Etats n'y interviennent pas, notamment par des mesures protectionnistes présentées comme le crime des crimes.

Or voici que maintenant, l'Amérique elle-même, vue comme le modèle le plus achevé de libéralisme – ce que les observateurs sérieux savent depuis toujours qu'elle n'a jamais été – doit faire ouvertement de plus en plus souvent appel à l'Etat pour sauver ses établissements de crédits et ses industries. Les autres gouvernements font déjà et feront de plus en plus de même. L'ère du « big government » est revenue, comme ce fut le cas dans les années quarante et cinquante du siècle dernier.

Nous venons d'esquisser ce thème dans un article précédent, en l'appliquant à l'Europe (« Grands investissements publics, seuls atouts pour l'Europe » http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=99&r_id= ). Mais il faut ici y revenir et le présenter plus systématiquement. Il semble que ce sera le monde entier qui devra faire sa révolution culturelle, en abandonnant le mythe des bienfaits du libéralisme économique et du laissez-faire. C'est loin d'être encore le cas. Ceux qui, comme Martin Walker précité, annoncent un retour des Etats le cantonnent dans d'étroits domaines : sauver les établissements financiers mis en péril par des spéculateurs irresponsables, offrir aux citoyens quelques prestations sociales sans lesquelles ils entreraient en révolution. Mais ceci dans leur esprit n'a qu'un but, restaurer la confiance dans le libéralisme, afin de repartir de plus belle, au service de la mondialisation heureuse.

Or le modèle économique anglo-saxon, pour reprendre le terme de Martin Walker, apparaît désormais comme porter en lui-même les forces qui le détruiront. Il ne s'agit pas seulement des abus de certains établissements de crédits, mais de la destruction désormais presque irrémédiable des ressources et des équilibres naturels grâce auxquels les sociétés humaines avaient pu jusqu'alors se développer. Le mode de vie américain (american way of life), fruit du libéralisme économique et présenté jusqu'à présent au monde entier comme l'objectif du bonheur à atteindre, se révèle générateur de catastrophes en série dont les dégâts locaux nés de la guerre en Irak ne donnent encore qu'une faible idée. Rien de vivant ne résistera sur Terre si on laisse la bride sur le cou aux entrepreneurs capitalistes à la recherche du profit immédiat.

Il est possible que d'autres grands pays l'aient déjà compris et aient décidé de maîtriser leurs propres entrepreneurs, en les inscrivant dans les cadres de régulations globales permettant d'éviter les désastres de l'épuisement des ressources. Il est très probable aussi que les Américains y viendront très vite, peut-être dès les prochaines élections, de la même façon qu'ils ont su, après la crise de 1929 échanger le libéralisme sauvage pour le keynésianisme.

Il ne faudrait pas que l'Europe soit, à la remorque des esprits libéraux archaïques qui dominent encore dans les Think Tanks de Bruxelles, la dernière à le comprendre. L'Europe a potentiellement beaucoup d'atouts pour restaurer en son sein l'ère du Big Government que d'aucuns demandent désormais outre -Atlantique. Des Etats comme la France ou l'Allemagne, pour ne citer qu'eux, ont de solides traditions de gestion publique désintéressée dont on a pu certes connaître les erreurs ou les crimes mais qui ont aussi fait leurs grandeurs. Ils doivent les revivifier, les moderniser, les ouvrir au monde et les proposer aux autres Européens. Ceux-ci, bien qu'encore fascinés par un modèle américano-atlantiste dont ils se refusent à voir les failles grandissantes, pourraient vite comprendre l'intérêt d'une solide gouvernance européenne, dans ce siècle des guerres de survivance qui s'esquisse.

Encore faudrait-il que de grandes figures européennes sachent incarner la nouvelle révolution politique que nous esquissons ici, comme F.D. Roosevelt (malgré ses insuffisances) avait su le faire pour l'Amérique en son temps. Ces grandes figures, on les cherche encore. Mais la nation française ne devrait pas renoncer à pousser en avant ses candidats et leurs bonnes idées, s'il en émergeait de la débilité intellectuelle ambiante. 19/07/08


Lancement de l'Union pour la Méditerranée

Il faut admettre que l'Union pour la Méditerranée peut s'avérer une bonne initiative. Elle a été très critiquée à Bruxelles et dans les pays du Nord de l'Europe, comme susceptible d'entrer en contradiction avec le programme Euromed. Beaucoup y ont vu aussi un projet poussé par Nicolas Sarkozy pour se faire valoir personnellement ou, plus généralement, pour soutenir les intérêts français dans cette partie du monde. Mais il faut bien reconnaître que si personne n'avait intérêt à cette évidente prise de risque, il ne se serait rien passé. La France a encore un grand rôle à jouer en Europe et ailleurs. Y renoncer frileusement serait attentatoire au bon sens.

Aujourd'hui, après la réunion de plus de cinquante Chefs d'Etats et chefs de gouvernement à Paris le 13 juillet, un premier succès diplomatique parait incontestable. Il ne bénéficie pas seulement à la diplomatie française. En bonne logique systémique, il devrait profiter à tous les pays rassemblés autour de ce projet d'Union. Leur présence montre que, bien que fragile, une volonté de dialogue et de coopération est affichée, dans une partie du monde encore dévorée par les affrontements économiques, politiques et religieux. L'histoire revenant rarement entièrement en arrière, il est probable qu'il en restera quelque chose.

Il ne faut pas reprocher à la France d'avoir pris cette initiative. On ne voit pas en dehors d'elle qui aurait pu être légitime pour le faire. Imaginons ce qu'aurait produit un projet de cette nature initialisé par le département d'Etat américain ou une fondation financée par les fonds souverains des pays musulmans du Golfe.

Certes, tous les Etats européens ne s'y engagent pas de la même façon. L'absence de facto de la Grande Bretagne est remarquée. Mais ces réticences ne devraient pas empêcher l'attelage d'avancer, si les principaux membres de l'UPM, au Nord comme au Sud, jouent le jeu. Certains craignent que les Etats est-européens veuillent concurrencer cette Union en lançant à leur tour une Union pour l'Europe à l'est de ses frontières actuelles, vers l'Ukraine voire la Biélo-Russie ou la Mer Noire, par exemple. Pourquoi pas ? Cependant une telle Union vers l'Est (l'Europe de l'Atlantique à l'Oural) n'aurait pas de sens si elle excluait la Russie. Or on peut penser que ses promoteurs éventuels, d'ailleurs soutenus fortement par les Etats-Unis, veuillent au contraire la construire contre cette dernière. Ce ne devrait pas être accepté par les grands Etats européens, Allemagne et France notamment.

Pour en revenir à l'UPM, il est évident que la volonté affichée de coopération ne résoudra pas d'un coup tous les problèmes structuraux. Les différences de démographie, de niveau de vie, de ressources entre le Nord et le Sud ne s'effaceront pas d'un coup. Les rivalités nationales et religieuses moins encore. L'absence de la Libye à la réunion de Grand Palais a été remarquée à cet égard. Les difficultés seront accrues par le fait que, derrière les pays africains de la Méditerranée se trouve l'Afrique sub-saharienne, foyer d'hyper-natalité et de désordre politique, dont les populations considèrent déjà le Maghreb comme un marche-pied pour la pénétration en Europe. Des mesures de restriction aux échanges, voire de fermetures des frontières à certains trafics seront indispensables. Elles seront mal ressenties par les pays du Sud, sauf à ce qu'ils s'y associent sans arrière pensées.

Cependant, nous voudrions souligner ici que les promoteurs de l'UPM, dont la France, ont eu la sagesse d'en faire un cadre destiné à encourager de grands programmes transnationaux d'intérêt commun. Là le besoin est indiscutable et les plus nationalistes ne pourront éviter de le reconnaître. Une première liste a été proposée. Elle comprend d'abord de grands travaux d'intérêts communs : dépollution de la Méditerranée, protection de la biodiversité et des réserves en eau, investissements en énergies renouvelables, rénovation des agricultures traditionnelles, mise en place d'infrastructures communes de transport économiques en énergies. La liste comprend aussi le corollaire indispensable : large coopération scientifique et technique permettant d'élever le nombre des travailleurs et encadrements susceptibles de trouver emploi dans ces diverses activités. Ceci dit, les perspectives d'implantations portuaires, urbaines et touristiques sur la rive Sud de la Méditerranée paraissent telles que sauver cette mer et les espèces qui y subsistent de la disparition parait chimérique. Mais il n'est pas inutile cependant de s'y essayer.

De grandes entreprises du Nord ont manifesté leur intérêt pour de tels programmes. Mais si les choses se passaient comme actuellement envisagé, elles devraient être relayées ou complétées par des entreprises du Sud. Par ailleurs un grand nombre d'association et ONG ont fait valoir leur intérêt pour ces actions et leurs corollaires. Leur engagement leur donnerait une portée sociale et citoyenne indispensable.

On objecte que les ressources financières ne seront pas au rendez-vous. Mais c'est un faux problème. Les dispositifs européens actuels, comme ceux de la Banque Mondiale et du FMI, auxquels tous ont droit, devraient suffire à rassembler les premiers fonds. Ensuite, les investisseurs publics (Etats et collectivités locales) comme privés viendront d'eux-mêmes, si les projets sont bien gérés. Bien sûr, tout ceci restera fragile, à la merci par exemple de quelques attentats suicides qui ruineraient les premiers établissements. Mais c'est aujourd'hui le monde entier qui doit affronter de telles menaces et s'y adapter.

Nous ajouterions une chose, dans la suite de la philosophie de la construction européenne que nous défendons. Nous avons plusieurs fois remarqué que l'Europe ne prendra de signification pour ses citoyens que si d'une façon ou d'une autre, ses responsables politiques et économiques s'entendent pour lancer de grands programmes stratégiques transeuropéens dont chacun pourrait mesurer l'avancement et les bénéfices. L'UPM reprend à son compte cette idée. C'est une bonne chose. Mais il faudrait que les pays européens fassent de même en ce qui les concerne, même s'ils ne sont pas riverains de la Méditerranée. La dépollution des mers les intéresse tous, comme la protection de la biodiversité. La production à grande échelle d'énergies renouvelables aussi. De même la construction d'infrastructures de transport et l'élaboration de véhicules indépendants du pétrole. Nous avons précédemment indiqué que la présidence française, si elle avait su voir au-delà des intérêts immédiats, aurait du promouvoir – au moins verbalement dans un premier temps – de tels programmes, dans la perspective des grandes crises énergétiques, alimentaires et environnementales qui s'approchent inexorablement. Elle ne l'a pas fait. Par conséquent, elle n'a pas jugé utile de faire le lien entre de telles initiatives intra-européennes et leurs prolongements possibles au sein de l'UPM. Les projets méditerranéens auraient pu pourtant y gagner en crédibilité.

Il n'est peut-être pas trop tard cependant pour y penser, si ce n'est en France, du moins chez nos voisins européens. 15/07/08


Présidence française et choc pétrolier

Les diplomates, non sans raisons, disent qu'il n'est pas possible de mener une négociation internationale à partir d'idées générales. C'est pourquoi la Présidence française de l'UE s'en tiendra aux quatre « chantiers » de Nicolas Sarkozy, Agriculture, Défense , Environnement et Immigration. A l'intérieur de ces thèmes, le principe de réalité imposera de n'évoquer que des solutions modestes, susceptibles de recueillir l'accord de tous. Nicolas Sarkozy avait affirmé qu'il n'hésiterait pas à bousculer les consensus, mais lorsqu'il le fait – par exemple sur la fiscalité de la restauration – ce n'est généralement pas dans l'intérêt général européen, mais pour améliorer son image personnelle en France.

Nous pensons cependant que, dans les circonstances exceptionnelles, les hommes politiques se voulant de vrais chefs d'Etat se doivent d'être visionnaires. Ceci sans considération d'efficacité immédiate. On peut être certain que les visions d'ampleur, si elles répondent à des exigences collectives fussent-elles mal exprimées, finissent toujours par s'imposer et entraîner des changements profonds.

Mais il y a-t-il lieu aujourd'hui à de telles visions ? Nous avons précédemment évoqué un certain nombre de grands sujets autour desquels l'Europe pourrait avoir des discours et des apports spécifiques (cf. Baquiast, L'Europe ou le vide de puissance). Dans l'immédiat, le plus urgent et le plus important semble être d'accélérer la rupture avec la dépendance au pétrole qui caractérise le monde entier.

Les Américains, même ceux qui soutiennent Barak Obama, n'ont pas encore pris la mesure de la gravité du phénomène. L'Europe, bien que mieux sensibilisée, en est encore loin également. Le problème n'est pas de vitupérer contre des spéculateurs qui stockeraient indûment le pétrole en spéculant sur sa hausse. Il est encore moins de condamner les producteurs qui refusent d'augmenter leurs extractions ou les compagnies pétrolières qui n'affectent pas leurs profits à la baisse du litre à la pompe. Le problème n'est pas non plus, comme Nicolas Sarkozy cherche à le faire, d'imposer des détaxes qui non seulement seraient ruineuses pour les budgets publics mais ne soulageraient que marginalement les consommateurs finaux.

Les bonnes solutions ne viendront que lorsque chacun aura compris que le « peak oil » est désormais atteint, c'est-à-dire le point à partir duquel l'extraction ne pourra plus augmenter à des coûts acceptables et que les quantités produites diminueront nécessairement, tandis que les prix continueront à monter. Il faut donc dès maintenant, par des politiques précises et sans s'en tenir aux discours écologiques verbeux, engager la reconversion profonde de toutes nos habitudes.

Il s'agira en fait d'une véritable révolution. Le monde vit une période extraordinaire, celle où les modes de production et de consommation mis en place à partir d'une énergie bon marché depuis plus d'un siècle vont devoir être radicalement modifiées. Cela n'intéresse pas seulement les transports automobiles mais tous les transports. On sait que le pétrole conditionne par ailleurs de nombreuses activités vitales : l'agriculture, notamment en ce qui concerne l'apport d'engrais, les industries chimiques et leurs innombrables produits, l'habitat, les activités touristiques. Toutes ces activités vont inexorablement décroître, à partir des pics de production actuellement atteint. De plus leurs prix augmenteront, rendant non solvables des centaines de millions de personnes déjà à la limite de la survie.

Nous envisageons ici une crise d'adaptation qui serait progressive. Mais, sous l'influence de phénomènes non économiques, tels que des guerres locales ou des sabotages terroristes, l'effondrement pourrait se produire en quelques semaines. Il est plus que probable en effet que, se rendant compte de la fragilité des sociétés aujourd'hui dominantes, des opposants résolus au pire s'engagent dans de telles actions. Les mesures de protection civiles et militaires seront impuissantes à les prévenir.

Les gouvernements responsables, si ce concept a quelque sens, devraient donc dès maintenant tenir un discours de mise en garde, même s'il heurte directement les industriels auxquels ces gouvernements sont politiquement liés, comme l'est G.W.Bush aux intérêts pétroliers. Dans la suite de ce discours, ils devraient lancer les mesures de reconversion longues et difficiles permettant de soigner l' « addiction au pétrole » qui caractérise les sociétés les plus développées.

Des investissements importants, là encore financés par des économies sur les dépenses non prioritaires, seront nécessaires. Mais de nouvelles formes de croissance en découleraient certainement. De plus, l'autre exigence mondiale, qui consiste à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, pourrait en tirer des bénéfices. Cependant les transitions seront nécessairement dures. Une génération au moins sera obligée non seulement de consentir des sacrifices considérables mais de renouveler tous les cadres mentaux par lesquels elle a contemplé le monde jusqu'à présent.

Inutile de prolonger plus loin ce discours. Mais on voit quel prestige la France aurait pu s'acquérir si elle avait profité de sa présidence de l'UE pour lancer de telles mises en garde et inaugurer de tels changements conceptuels. Rien ne dit que les autres Chefs d'Etat, y compris les plus court-termistes, comme l'est par exemple Sylvio Berlusconi, n'auraient pas réagi favorablement. L'histoire montrera malheureusement, on peut le craindre, que faute d'avoir saisi cela, Nicolas Sarkozy aura manqué l'occasion de sa vie. Il restera celui qui aura continué à enfermer notre pays dans la facilité et l'égoïsme. 02/07/08


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.


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