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La Gazette N° 183 du mois de juin 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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La Gazette d'Admiroutes devient mensuelle, une partie des articles qui lui étaient précédemment destinés étant repris sur le site
Europe solidaire
http://www.europesolidaire.eu/cont.php .
Ce site actualise et discute les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast

Voir aussi sur Automates-Intelligents et Europe solidaire:
* Nouvel appel de James Hansen (à lire absolument) http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=90&r_id=
* Déclarations d'amour sur fond de coups tordus http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=89&r_id=
* L'Amérique passe au vert http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=73&r_id=
* De l'Irak au Mexique, extension du domaine de la Guerre de 4e génération http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=79&r_id=


 

Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

Acheter l'ouvrage : Alapage ; FNAC ; Amazon ;

 


Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon


European Big Brothers

La si démocratique Suède prépare une loi sur la surveillance électronique défendue par son gouvernement de droite. Ce texte prévoit une surveillance des communications électroniques d’une ambition exceptionnelle Toute information câblée depuis et vers la Suède passera à travers un filtre qui réagira à des mots-clés. De très vifs débats ont accompagné la présentation de ce texte, mais la volonté de la majorité au pouvoir semble inébranlable.

Dans la non moins démocratique France, le président de la République active la préparation d’une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Lopsi). Promise durant la campagne de 2007 pour prolonger et compléter celle de 2002, encore en phase d'arbitrage, ce texte témoigne à nouveau d'une conception ultra sécuritaire de la société.

Le point le plus inquiétant concerne les perquisitions en ligne sur les ordinateurs de n'importe quel citoyen et "sans le consentement des intéressés", pendant une durée de quatre mois renouvelable une fois. Certes, de telles "captations informatiques" ne pourraient être effectuées qu'à la demande d'un juge d'instruction. Mais l'on sait que des règles similaires ont aisément été transgressées pour les écoutes téléphoniques, au mépris du respect élémentaire de la vie privée des individus.

Ne présentons pas ici les autres dispositions, notamment le fichier informatique Périclès, qui permettrait d'étendre de manière extrêmement large les pouvoirs d'investigation des forces de police. Si un tel fichier voyait le jour, il croiserait de nombreuses données sur la vie privée des citoyens (numéro de carte grise, de permis de conduire, de puce de téléphone portable ou factures...).

Revenons sur les « perquisitions » au cœur des ordinateurs personnels des citoyens. Que l’on contrôle les échanges externes suspects, que l’on saisisse un micro pour analyser son disque dur, soit, si la lutte anti-terrorisme et anti-criminalité l’exige. Mais pénétrer à l’insu du détenteur du micro dans le cœur de celui-ci est révulsant, même sur demande d’un juge. On sait en effet que ce sera la porte ouverte à l’insertion discrète de fichiers et documents compromettants dans les ordinateurs des gens que l’on voudra faire chanter ou poursuivre, qu’ils aient ou non contrevenu effectivement aux lois. Les bonnes vieilles méthodes de police utilisaient le même procédé, en faisant déposer discrètement au domicile d’un adversaire du pouvoir des documents justifiant son arrestation. Encore fallait-il qu’un argousin se rende physiquement à son domicile. Dorénavant, cela sera à la portée de tous, policiers ou criminels – car ceux-ci ne se priveront pas d’utiliser les mêmes techniques.

On peut supposer que la fraternité entre Big Brothers étant bien établie, les autres Etats européens vont rapidement suivre de si bons exemples. Dire que l’on plaignait les citoyens américains d’être soumis au Patriot Act. Nous aimerions entendre les industriels du secteur des télécoms déplorer les conséquences restrictives qu'auront de telles mesures sur les échanges et donc sur leurs revenus, plutôt que pleurer à propos de la taxe destinée à financer l'audiovisuel public. 26/06/08


Le thon monte avec Bruxelles. Michel Barnier donne un exemple déplorable
.
Les ministres européens de la pèche font un injuste procès à la Commission, en l’accusant de décréter un moratoire de la pèche au thon rouge en Méditerranée sans données statistiques fiables. Michel Barnier et derrière lui Nicolas Sarkozy donnent un exemple déplorable. Ils attaquent la Commission et ses experts alors que la Commission est la seule capable de mener des actions de sauvegarde vitales dont aucun Etat membre ne voudra prendre la responsabilité. Ce n'est pas on le sait la première fois qu'ils le font, par électoralisme primaire, alors que la France s'apprète à présider le conseil européen.. Les mêmes procès injustes sont menés, France en tête, dans le domaine de la chasse et plus généralement de la protection de l’environnement européen, notre bien à tous. Les belles âmes s’étonnent ensuite de voir le peuple s’en prendre à l’Union européenne.

Chacun sait que les fraudes multiples se développent autour de la pèche au thon. Les navires senneurs des Etats membres donnent évidemment l’exemple. Ils se comportent en véritables forbans. Tout y est dissimulé et faussé. Mais les divers pirates de la Méditerranée se conjuguent à eux pour écumer la ressource, en liaison avec les exportateurs ou plutôt les trafiquants qui approvisionnent les marchés asiatiques. Il suffit de se renseigner un peu pour constater que des mafias officielles ou officieuses interviennent sans être le moins du monde inquiétées, en tout premier lieu à partir des ports européens.

Ajoutons à l’attention de ceux qui veulent défendre les droits des animaux que les méthodes de pèche au thon sont particulièrement cruelles. C’est le cas évidemment de toutes les sortes de pèche. Mais voir les thons, poissons emblématiques s’il en fut, massacrés comme ils le sont est plus attristant (à tort sans doute) que voir pêcher le maquereau sur la côte normande. Avec les thons périssent également, on le sait, d’autres grands poissons indispensables, tels les espadons et les requins, sans mentionner les tortues et les dauphins.

On doit à cet égard se demander si, pour protéger les écosystèmes sensibles, il ne faudrait pas étendre l’action au négoce, de façon à ce que le prix du poisson livré aux consommateurs finaux s’élève sensiblement. C’est un peu ce qui avait été fait pour décourager le trafic de l’ivoire. Les résultats ont été contestés, mais les mesures prises valaient mieux que l’abstention, laissant le champ entièrement libre aux contrebandiers. 25/06/08


Livre Blanc sur la défense. Un bon point, un mauvais point et une capitulation en rase-campagne

En l’absence d’une volonté de défense européenne indépendante, et compte tenu du faible budget de dépense des autres Etats européens, Grande Bretagne exceptée, les décisions que prendront la France en matière de défense auront des conséquences inévitables pour les Européens. Les derniers arbitrages sur le Livre Blanc de la défense qui viennent d’être présentés par Nicolas Sarkozy méritent donc un commentaire. Nous ne dirons rien des économies proposées dans le domaine des effectifs et des équipements des forces « traditionnelles ». Il est certain qu’il vaudra mieux avoir 30.000 hommes bien équipés que le double improjetables et dotés de matériels trentenaires. Mais rien n’assure que les nouveaux équipements promis seront au rendez-vous, car ils coûteront cher.

Par contre, nous proposons d’attribuer aux mesures annoncées un bon point, un mauvais point et un blâme général.

Le bon point concerne le renforcement des équipements satellitaires et de détection. Vis-à-vis de ce que déploie les Etats-Unis, bientôt suivie par la Chine, la France était en train de perdre pied. Il faut aussi évidemment lutter, y compris par l’offensive, contre le cyber-terrorisme, mais là la marge entre défense nationale et mise en surveillance des citoyens est étroite. Par ailleurs, dans ces deux domaines, l’observation satellitaire et la protection des réseaux, la pénétration de nos systèmes par les agences de renseignement américain fera que dans beaucoup de cas, ils travailleront, sans le savoir ou ouvertement, au bénéfice de ceux-ci et des intérêts qu’ils défendent dans le monde entier.
Le mauvais point (très mauvais point) concerne le renvoi sine die de la construction du 2e porte-avions. Lorsque l’on veut se projeter et que l’on ne dispose que de péniches de débarquement, on ne peut le faire qu’en quémandant de l’aide. A qui, je vous le demande ? Quitte à renoncer aux porte-avions, mieux vaudrait désarmer le Charles de Gaulle, par la force des choses condamné à l’immobilisation la moitié de l’année.
Nous en arrivons à notre blâme. Il concerne comme vous l’avez deviné, l’acceptation d’un retour plein dans l’Otan en renonçant à demander aux Américains de tolérer un renforcement de la défense européenne (hors Otan). Sarkozy avait dit qu’il le ferait. Sarkozy ne le fera pas, cédant aux pressions atlantistes que l’on devine. Cela remet en cause l’intérêt d’une défense française autonome. Ou bien elle n’aura que très peu de chances de servir. C’est le cas de la force nucléaire stratégique. Ou bien elle travaillera en grande partie pour les Américains, comme nous venons de le dire à propos du renseignement.

On voit que l’Europe atlantique modèlera de plus en plus l'avenir européen.18 juin 2008

NB: 18 juin, cela ne rappelle-t-il pas quelque chose?


Audiovisuel public français. Désastreux exemple pour l’Europe

A une époque où, en Allemagne, en Grande Bretagne, en Italie, l’audiovisuel public se bat pour conserver des moyens de financements indépendants de la bonne volonté des entreprises privées, la France est en train de saborder ce qui pouvait faire sa fierté.

L’incapacité de la Commission Copé à proposer des recettes susceptibles de remplacer les 800 millions de la publicité, le refus de toute augmentation de la redevance décrété personnellement par Sarkozy, les cadeaux faits par ailleurs aux chaînes privées, notamment TFI, en élargissant les créneaux leur permettant de faire appel à la publicité, signent indéniablement une volonté délibérée de faire disparaître ce qui restait d’autonomie du secteur public français, face au pouvoir mais face aussi aux entreprises.

C’est malheureusement toute l’Europe qui prend ce chemin. Nous avons rappelé, dans divers articles mais aussi dans notre livre « L’Europe ou le vide de puissance », le fait que l’Europe pour exister doit disposer d’industries culturelles fortes. Le terme peut prêter à confusion, mais Bernard Stiegler, dont nous partageons les analyses, a beaucoup fait pour le populariser. Industries culturelles ne signifie pas « super-TF1 ». Il ne peut y avoir d’industries culturelles qu’indépendantes d’un contrôle direct des gouvernements et des agences de communication des grandes entreprises. Autrement dit, il ne peut y avoir d’industries culturelles dignes de ce terme de culturel que si elles sont financées par l’impôt et dotées de statuts les mettant à même d’exercer de véritables contre-pouvoirs. Il faut aussi que leurs budgets les rendent capables de s’exprimer sur tous les créneaux de la communication en réseau, traditionnels et nouveaux, en produisant des œuvres susceptibles d’intéresser tous les publics. Le développement de l’Internet « sauvage », dont nous sommes un représentant, ne remplacera jamais de telles structures.

Or l’Europe, de plus en plus soumise à l’influence américaine et, par ailleurs, de plus en plus pressée de faire disparaître les vestiges de la puissance publique au profit du privé, est en train de vendre ses cerveaux aux plus offrants. Ce n’est pas un hasard si l’offensive contre les médias publics, accompagnant celle contre la presse papier indépendante, se généralise partout en Europe. Tout se passe comme si existait un complot général visant à faire de l’Europe l’annexe idéologique du monde anglo-saxon. Il est étonnant que les gauches européennes ne s’insurgent pas contre cela. Le fait que le député socialiste Patrick Bloche et ses 3 collègues aient démissionné de la commission Copé ne suffira pas pour mobiliser les citoyens.

Assez paradoxalement, la mise au pas des médias publics en Europe se fait au moment où l’aggravation des diverses crises systémiques imposera un retour à des puissances publiques capables de soutenir des voies (et des voix) européennes proposant de nouveaux modes de développement et de civilisation. L’Europe, comme le montre aujourd’hui Sarkozy, est en train de saper ce qui pourrai faire dans le monde de demain ses yeux, ses oreilles, sa voix et son cerveau. 18/06/08


L'Europe auto-interdite de puissance

Il était symbolique de voir l'Union Européenne dérouler un tapis rouge devant Bush alors que celui-ci et l'Amérique qui le soutient sont de plus en plus rejetés. Le symbole était particulièrement choquant en France puisque nous avons vu Bush et Sarkozy parader la main dans la main d'une façon véritablement provocatrice et insultante pour ceux qui voudraient voir l'Europe s'émanciper de la tutelle américaine.

Dans le même temps, l'amorce de renforcement des institutions de l'Union européenne découlant du traité de Lisbonne recevait le coup irlandais que l'on sait. Certains commentateurs voient dans le triomphe de Bush en Europe et le rejet du traité par une Irlande depuis longtemps inféodée à l'Amérique, le résultat d'un véritable complot politique ourdi depuis quelques mois. Ce complot rassemblerait les intérêts atlantistes européens et ceux qui dirigent à Washington les stratégies militaires et économiques américaines. Il s'agirait de faire enfin rentrer les Européens sous la domination américaine, sous prétexte d'intérêts communs à défendre face au reste du monde. Comme l'Europe, ectoplasme politique, rassemble cependant encore de nombreux atouts économiques, on peut comprendre que resserrer la tutelle sur ces derniers puisse intéresser les stratèges américains. Si un tel complot contre l'indépendance européenne existait, il est évident que l'arrivée au pouvoir de « Sarkozy l'américain » avait du être préparée de longue date. Il sera celui qui aidera à faire basculer dans l'atlantisme ce qui reste de résistances nationales et européennes.

Mais comment lutter contre cela ? Les gouvernants européens qui continuent à s'accrocher au Traité de Lisbonne ont sans doute raison de ne pas capituler devant l'insupportable veto irlandais. Mais connaissant la maladresse, pour ne pas dire la bêtise de ces gouvernants, les voir s'agiter ne suffira pas à ranimer la flamme européenne. Nous continuons pour notre part sur ce site à penser que manquent les arguments expliquant à l'opinion pourquoi une Europe forte et souveraine est plus que jamais nécessaire. La liste en est pourtant facile à faire.

J'ai moi-même essayé de recenser tout cela dans le livre « L'Europe et de vide de puissance » qui vient d'être publié. J'éprouve aujourd'hui l'espèce de satisfaction amère de ceux qui constatent avoir eu raison trop tôt et sans écho dans l'opinion. Mais cela n'impose pas de baisser les bras. Dans le monde complexe des idées chaque voix peut avoir un effet petit ou grand, invisible ou visible, tôt ou tard. Il faut donc continuer à dire ce que l'on juge bon de dire 1).

Quel est le premier et le plus grand des maux dont souffrent les peuples européens ? C'est le refus de la puissance : l'Europe auto-interdite de puissance (selon le mot de notre ami Jean-Claude Empereur). Beaucoup de causes peuvent expliquer cela, le souvenir des tyrannies ayant sévi en Europe au 20e siècle, le refus de s'assimiler à la puissance américaine, la peur de devoir se confronter à des concurrents dynamiques...Quoiqu'il en soit, tout travail de fondation ou refondation de l'Europe doit commencer par une apologie de ce que devrait être la puissance européenne. Il s'agirait certes d'abord d'une puissance de protection à titre interne, mais surtout d'une puissance de projection vers le reste du monde. Les vecteurs d'une telle projection sont d'abord scientifiques et technologiques, mais aussi industriels et culturels – sans exclure évidemment le militaire. Ils n'imposent pas de se comporter de façon impérialiste, au contraire. La projection peut être de type « humaniste » vers les pays les plus pauvres. Mon livre, excusez moi de me citer de nouveau 1), illustre bien ce besoin puisqu'une partie de son contenu est une réflexion sur la puissance.

Mais puissance pour quoi faire ? Cohn-Bendit l'a très bien formulé après le désastreux résultat irlandais. Si les politiques sont incapables de sortir du débat sur les institutions et refusent de présenter les vrais problèmes auxquels les Européens sont affrontés, ceux-ci n'auront aucune raison de se mobiliser. Ces problèmes, nous ne cessons de les évoquer sur ce site. Bien d'autres que nous en traitent doctement. Mais manifestement le seuil au-delà duquel l'indifférence cède la place à l'attention n'a pas encore été franchi. Il s'agit des multiples crises qui nous menacent inexorablement et de plus en plus rapidement, énergie, alimentation, matières premières, climat, biodiversité, surnatalité, en attendant les guerres de type 4e génération attisées par ceux qui voudront profiter de la misère pour prendre le pouvoir.

Dans tous ces cas, il faut montrer qu'une Europe puissante, prenant en main son propre développement, pourrait offrir des solutions de grande portée. Mais ces solutions impliqueraient des sacrifices, devant lesquels il ne faut pas déployer un voile discret. Là encore, Cohn Bendit et mon livre paraissent à peu près sur la même longueur d'onde. Ce n'est pas uniquement pour cette raison, rassurez-vous, que j'apprécie de plus en plus Cohn Bendit. Il m'a toujours paru le seul homme politique européen digne de ce nom.

Ce sera seulement après avoir fait tout ce travail préalable que l'on pourra envisager les solutions institutionnelles et les réformes juridiques susceptibles de faciliter la mise en œuvre de programmes transeuropéens ambitieux. Certains proposent une solution simple mais radicale destinée à faire enfin de « Bruxelles » une structure à la fois démocratique et fédérale : élire au suffrage universel un Parlement européen et un président européen, un peu sur le modèle américain. La tyrannie de l'unanimité qui fortifie les minorités bloquantes devrait ainsi disparaître.

Ces institutions nouvelles pourraient-elles se montrer à la hauteur des besoins? Nous le pensons. La fonction crée l'organe et les périls auxquels l'Europe se heurtera donneront nécessairement du génie, tant aux élus européens qu'aux leaders d'opinion. Si ce n'était pas le cas, périsse alors l'Europe. Nul ne peut empêcher les civilisations de se suicider. 15/06/08

1) et vous inciter ici à lire le livre, puisque ce ne sera pas Lagardère qui fera sa promotion.


Minorité de blocage aux Chantiers de l'Atlantique?

Le gouvernement français s'est enfin ému des risques crées par la prise de contrôle des Chantiers de l'Atlantique par le coréen STX. Il envisage de se donner une minorité de blocage. Mais la réaction est bien tardive et timide. Rien ne permet aujourd'hui de garantir la réussite de ce sursaut de patriotisme industriel, pourtant plus que légitime. A suivre de près.

Nous avions signalé dans un article précédent (http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=315&rubrique_id=5) le véritable scandale qu'avait représenté l'indifférence de l'Etat français devant le rachat des Chantiers de l'Atlantique, devenu Aker Yards France, suite à un précédent rachat par le coréen STX. Nous écrivions : La prise de contrôle d'Aker Yards par le coréen STX nous confirme dans le diagnostic selon lequel, si les gouvernements européens ne s'engagent pas financièrement, comme le font, directement ou indirectement, les Etats asiatiques, dans les industries stratégiques civiles et militaires, ils perdront les dernières compétences dont dispose encore l'Europe.

Cette prise de contrôle n'avait à l'époque guère ému l'opinion, sauf très localement à Nantes Saint Nazaire. Il se trouve cependant que quelques réflexions ayant sans doute été faites en haut lieu à ce sujet, un début de bonne nouvelle vient d'être rendu public. Le Premier ministre a annoncé, jeudi 12 juin, que l'Etat allait entrer dans le capital du constructeur naval Les Chantiers de l'Atlantique, en se portant acquéreur de 9 % des actions du propriétaire, le groupe norvégien Aker Yards. L'Etat devrait par ailleurs récupérer les 25 % d'actions que l'ancien propriétaire Alstom s'était engagé à conserver jusqu'en 2010. Il disposerait ainsi, avec 34 % du capital, d'une minorité de blocage sur le chantier.

Nicolas Sarkozy soutient l'opération, qui doit selon lui permettre de "sécuriser les intérêts stratégiques et industriels de la France". Elle se fait par le biais du sud-coréen STX Shipbuilding, actionnaire principal d'Aker Yards.

Mais les intérêts capitalistes n'ont pas dit leur dernier mot. La résistance vient en premier lieu du norvégien Aker Yards. Peu après l'annonce de François Fillon, Aker Yards a manifesté son étonnement. "Nous sommes surpris d'apprendre par voie de presse que le gouvernement français a annoncé son intention d'acheter au total 34 % des actions d'Aker Yards France après un dialogue avec STX", a indiqué Svein Sivertsen, président du conseil d'administration et directeur général par intérim d'Aker Yards. "Le conseil d'administration n'a pas, dans le passé, envisagé de céder une part de ses activités françaises. Nous considérons comme improbable une cession d'une partie de nos activités si les conditions ne sont pas attrayantes." Il dit maintenant s'attendre à recevoir des informations plus détaillées sur les intentions du gouvernement français.

Torbjoern Andersen, le porte-parole d'Aker Yards, a de son côté expliqué que le groupe sud-coréen STX est bien actionnaire majoritaire d'Aker Yards, mais "n'a pas d'actions dans Aker Yard France", laissant entendre qu'il revenait à Aker Yards, et non pas à son principal actionnaire, de procéder à une éventuelle cession. Le fait que, sauf opposition du gouvernement français via sa minorité de blocage, STX envisagerait certainement de délocaliser en Corée, sans l'avis de Aker Yards, l'essentiel des compétences exclusives des Chantiers de l'Atlantique dans le naval civil et militaire n'inquiète aucunement les Norvégiens. Ils ont manifestement d'autres chats à fouetter. 12/06/08


Dépenses militaires mondiales (AFP)

Les dépenses militaires mondiales se sont accrues de 6% en 2007 en glissement annuel et ont bondi de 45% en dix ans, selon le rapport annuel de l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm (SIPRI), publiérécemment.

L'an passé, elles ont atteint 1.339 milliards de dollars (851 milliards d'euros), les Etats-Unis représentant à eux-seuls 45% de ce total, ce qui correspond à 2,5% du produit intérieur brut (PIB) mondial ou encore à 202 dollars (128,4 euros) par personne.

"Les facteurs expliquant l'accroissement des dépenses militaires mondiales sont, entre autres, les objectifs de politique étrangère des pays, les menaces réelles ou supposées, les conflits armés et les politiques destinées à contribuer aux opérations de maintien de la paix multilatéral combinés à la disponibilité des ressources économiques", commente le SIPRI. Cette hausse est à la fois "excessive et obscène", a réagi M. Jayantha Dhanapala, membre du SIPRI et ancien sous-secrétaire général des Nations unies pour le désarmement, au cours de la conférence de presse organisée à Stockholm pour présenter le rapport.

L'institut relève que l'augmentation des dépenses militaires des Etats-Unis a, en 2007, atteint un niveau supérieur à celui enregistré pendant la Seconde guerre mondiale, principalement en raison des opérations militaires en Afghanistan et Irak mais aussi en raison de l'accroissement du budget de la défense de base.

Les commentaires vont de soi. Chacun comparera ces sommes à celles consacrées, par exemple, à la réhabilitation des agricultures des pays pauvres..Mais à quoi bon le fair eune fois de plus ici? 10/06/08


Des "créationnistes" suisses veulent créer un parc d'attraction biblique en Allemagne. (AFP Berlin) .

Des fondamentalistes protestants suisses envisagent de créer dans le sud-ouest de l'Allemagne, d'ici 2012, un parc d'attraction sur le thème de la Bible, pour illustrer les théories créationnistes de manière ludique. Dans ce "Genèse-Parc", qui s'inspirerait des parcs similaires déjà ouverts aux Etats-Unis, les visiteurs pourraient expérimenter le Déluge dans les montagnes russes aquatiques, déjeuner dans les restaurants d'une Tour de Babel en construction, visiter une Arche de Noé de 150 mètres de long, ou se faire peur dans le "pavillon du feu" sur le thème du Jugement dernier.
"Avec ce parc à thèmes, nous voudrions que les gens ouvrent leur coeur à Dieu et à Jésus-Christ (1), proclament sur leur site internet les promoteurs de ce projet, la société anonyme "Genesis-Land", basée près de Zurich (Suisse).

L'entreprise, qui conteste la théorie darwinienne de l'évolution proclame le "créationnisme" (la création de l'univers en sept jours parfaitement admise par les principales Eglises), espère trouver un terrain idéal pour l'implantation de son parc de 50 hectares où elle veut attirer à terme 600.000 visiteurs par an. Pour l'heure, "Genesis-Land" est encore à la recherche de la majeure partie des 80 à 120 millions d'euros nécessaires. Le projet est critiqué par les Eglises protestantes d'Allemagne, qui craignent qu'il n'apporte en Allemagne un sujet de polémique très vif comme aux Etats-Unis, mais jusque-là plutôt mineur en Europe.

(1) Tout est bon pour gagner d el'argent et ceux qui exploitent les croyances religieuses ne sont pas les derniers. Avec ce parc à thèmes, ils voudraient surtout que les gens ouvrent, non pas leur coeur à Dieu, mais leur porte-monnaie pour enrichir les organisateurs de ce cirque. Mais les Églises établies de longue date voient d'un mauvais oeil l'arrivée sur leurs terres d'une nouvelle religion décomplexée à l'américaine, leur disputant le marché de la foi.08/06/08


Un nouveau regard sur les déficits commerciaux

Dans une note de veille n° 94 en date de mars 2008, le Centre d’Analyse Stratégique propose une interprétation intéressante de la notion de balance commerciale. Les déficits et les excédents de celle-ci pourraient être dus en partie à des effets d’optique, ou plutôt à des choix traditionnels de comptabilité nationale qui mériteraient sans doute d’être corrigés. Nous avions souligné dans un article précédent le caractère en partie artificiel des évaluations retenues pour estimer les PIB et PNB. Nous suggérions qu’il faudrait revoir toutes ces évaluations, pour tenir compte des nouvelles valeurs économiques et sociales à prendre en compte par les politiques publiques notamment européennes (voir (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=56). La question évoquée ici mériterait d’être ajoutée à la liste.

Les experts du Centre soulignent à juste titre le paradoxe consistant à présenter l’économie américaine comme gravement en crise du fait de l’importance de son déficit extérieur, alors que tout laisse penser qu’elle fait montre, dans le monde « mondialisé », d’une vigueur certaine. Certes, ce déficit est financé en partie par des prêts des détenteurs asiatiques de dollars, mais il serait cependant préoccupant et devrait être réduit. On dit la même chose en Europe du déficit de la balance commerciale française, jugé inquiétant. Au contraire, on se félicite du bon équilibre (actuel) des comptes extérieurs allemands.

Pour les auteurs de la note, il conviendrait de considérer autrement les opérations commerciales conduites par des firmes fortement délocalisées. Si une entreprise américaine fait fabriquer en Chine les produits qu’elle vend dans le monde entier, l’économie chinoise n’en tire que peu de bénéfices car les salaires versés par l/ filiale asiatique sont très bas. Les profits de la vente reviennent pour l’essentiel à la maison-mère, qui a conservé tous les brevets et la compétence. Il conviendrait donc dans une présentation plus réaliste de compter comme des exportations américaines les ventes de la filiale délocalisée, réalisées dans le monde entier. A l’inverse, les produits fabriqués aux Etats-Unis par des filiales de groupes étrangers (par exemple EADS-USA) et vendus à l’extérieur, devraient être comptés comme des importations. C’est, en principe EADS qui en retire l’essentiel des bénéfices. Ce qui compte est la propriété juridique des entreprises et des produits, ainsi que la maîtrise des flux financiers internationaux qu’elle permet.

Le raisonnement est un peu contre-intuitif et donc difficile à suivre. Par ailleurs, il ne s’applique pas à toutes les opérations. Il permettrait cependant de mieux comprendre pourquoi les entreprises françaises, malgré ses déficits commerciaux, se portent aussi bien en apparence que leurs homologues allemandes, encore fortement exportatrices. Les entreprises françaises, même lorsqu’elles sont partiellement délocalisées (par exemple dans l’aviation ou l’automobile) ont une forte implantation internationale et vendent grâce à elle des produits à bonne valeur ajoutée dont une large part leur revient. Les entreprises allemandes au contraire, qui paraissent exporter beaucoup, exportent en partie au profit des économies des pays de l’Est où elles ont sous-traité une partie de leurs fabrications.

Tout ceci montre l’urgence qu’il y aurait à revoir les indicateurs de valeur et de puissance, dans un monde apparemment mondialisé mais dans lequel les entreprises restent fortement amarrées aux stratégies politiques des gouvernements auxquels les rattache leur « patriotisme » fondamental. Concernant la situation économique et politique de l’Europe, une approche globale, de toutes façons, devrait désormais être retenue par les institutions européennes, plutôt que des approches pays par pays. Une attitude cohérente visant les implantations étrangères comme les sous-traitances et délocalisations serait nécessaire, afin d’en préciser les bilans finaux. Encore faudrait-il qu’existe un embryon de gouvernement économique et politique européen susceptible d’en tirer des enseignements. 05/06/08

* Voir http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille94V2.pdf


Irremplaçables fonctions publiques

Le Centre français d'Analyse Stratégique, ex Commissariat au Plan, vient de publier une étude montrant que, dans les pays européens ayant pratiqué des politiques systématiques de réduction des effectifs de la fonction publique, la baisse de la masse salariale des fonctionnaires est à peu près compensée par la hausse des coûts de la sous-traitance et de l'externalisation des missions de service public au secteur privé.

Aujourd'hui, la plupart des droites européennes présentent la diminution du nombre des fonctionnaires, de tous statuts, comme la solution pour la reprise de la croissance. Un certain nombre de gouvernements se sont efforcés depuis quelques années de mettre en œuvre de tels programmes de réduction d'effectifs. Le gouvernement français actuel en fait son cheval de bataille. Le mouvement vient de loin puisque c'est aux Etats-Unis qu'il a pris le plus d'ampleur, aussi bien dans l'armée que dans les services civils.

Il faut comprendre ce que recherchent les programmes de diminution des emplois publics. S'agit-il de diminuer globalement le montant des budgets alloués aux emplois publics, que ce soit au niveau des Etats que des collectivités locales ? Cette diminution devrait permettre d'alléger les dépenses publiques et par conséquent la charge de la dette. L'ambition peut se défendre, si elle s'accompagne de réformes internes maintenant l'efficacité globale du service public, notamment dans les secteurs clefs de l'enseignement, de la recherche, de la santé – sans mentionner la sécurité interne et externe. Or l'expérience montre que dans tous les pays ayant pratiqué cette politique la baisse de la masse salariale des fonctionnaires est à peu près compensée par la hausse des coûts découlant de l'appel au privé.

Par ailleurs, le privé se révèle incapable de retrouver la qualité antérieure du service public. Les fonctions ont été sous-traitées à des entreprises commerciales visant à réaliser rapidement du profit en sacrifiant les dépenses inutiles. Dans la terminologie adaptée, on désigne ainsi les dépenses non rentables à court terme parce que faites au bénéfice de citoyens défavorisés ne pouvant pas financer sur leur revenu les services élémentaires dont ils ont besoin. Par ailleurs, ces fonctions sont confiées à des agences recrutant sans contrôle sérieux des vacataires qui profitent du prestige de leur nouveau rôle pour multiplier les exactions. Le cas le plus caricatural est présenté par les Etats-Unis. Même en matière de défense, responsabilité éminemment régalienne, des sociétés de sécurité d'ailleurs dangereusement proches de certains hauts responsables politique remplacent l'US Army et accumulent les « bavures ». La France suit le même chemin. Quel avantage présente le remplacement de la police nationale et de la police municipale par des vigiles pratiquement incontrôlables par les collectivités ?

Le deuxième objectif, inavoué, que poursuivent les programmes de réduction des effectifs de la fonction publique consiste à généraliser la privatisation des services publics. Cette privatisation est conduite par divers moyens directs et indirects visant à diminuer les ressources et les compétences juridiques des administrations et services publics. La diminution provoque des insatisfactions que les gouvernements prétendent régler en faisant appel à davantage de privatisation. Pour noyer son chien, on l'accuse de la rage. Il va de soi que les entreprises privées candidates à la reprise des responsabilités administratives sont systématiquement « amies » des gouvernants en place, dont elles financent un certain nombre de dépenses.

Nous ne voulons pas dire ici que les administrations n'ont pas besoin d'évaluations puis de mesures visant à augmenter leur efficacité. Ces mesures peuvent passer par le redéploiement des emplois et l'allégement des obstacles statutaires à la mobilité et à la formation continue, en dialogue permanent avec les usagers. Mais la réduction systématique des effectifs n'aboutit à rien de tel, car elle traumatise aussi bien les agents que les administrés.

Des résultats très négatifs

Le Centre d'analyse stratégique (CAS, ex-Commissariat au Plan) ne dit rien d'autre que ce qui précède. Il ne s'agit pourtant pas d'une officine abritant de dangereux gauchistes. Il vient de publier une Note de veille (no 96) comparant les évolutions de l'emploi public dans les pays développés entre 1986 et 2006, notamment le Canada, la Nouvelle-Zélande ou au Royaume-Uni, avec une incursion aux Etats-Unis.

L'étude voulait répondre à deux questions : au bout de vingt ans, ces réformes ont-elles abouti à une réduction des effectifs de la fonction publique ? Ont-elles fait diminuer le poids des dépenses publiques dans le produit intérieur brut? Certes, la réponse est variable selon les pays considérés et la définition donnée à la « fonction publique ». Mais, sans entrer dans les détails, il apparaît que la réponse est claire. Concernant les effectifs, seule l'Allemagne a enregistré une baisse continue. En revanche, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande ont connu un net remontée (800 000 « fonctionnaires » britanniques recrutés entre 1997 et 2006) après une forte baisse ; la Suède a suivi le même mouvement ; le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et le Japon comptent plus de fonctionnaires en 2006 que vingt ans auparavant. Est-ce à dire que ces pays se sont heurtés à des résistances en provenance des fonctionnaires auxquelles ils auraient cédé par démagogie ? Ou bien n'ont-il pas tenu compte de ce qui nous parait une évidence : la fonction publique non seulement sert à quelque chose mais est irremplaçable.

Quant à l'impact de ces variations sur la dépense publique, l'étude du CAS est encore plus claire. Si la plupart des pays (sauf les Etats-Unis et le Japon) ont réussi à diminuer le poids de la fonction publique dans leur PIB, la décomposition de l'opération montre que la baisse de la masse salariale des fonctionnaires est à peu près compensée par la hausse des coûts de la sous-traitance et de l'externalisation des missions de service public au secteur privé. Les économies ont été réalisées sur deux autres postes : la diminution des prestations sociales (chômage, santé, retraite), et la baisse des intérêts versés au titre de la dette publique. Ce résultat minuscule justifie-t-il de bouleverser - répétons-nous - l'éducation, la recherche et les services de santé, sans parler des forces de police ? 05/06/08

* Voir http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille96.pdf?


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.


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