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La Gazette N° 182 du mois de mai 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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La Gazette d'Admiroutes devient mensuelle, une partie des articles qui lui étaient précédemment destinés étant repris sur le site
Europe solidaire
http://www.europesolidaire.eu/cont.php .
Ce site actualise et discute les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast

Voir
* Crise alimentaire, gouvernance mondiale et déterminismes génétiques http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=69&r_id=
* Chateaux de cartes dans le Golfe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=68&r_id=
* Cyberdéfense à Tallin http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=67&r_id=


 

Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

Acheter l'ouvrage : Alapage ; FNAC ; Amazon ;

 


Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

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FNAC ; Amazon


Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents- Europe solidaire -
* Pour un nouveau protectionnisme européen http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=58&r_id=


Présentation du livre de Jean-Paul Baquiast "L'europe et le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"
Ce texte, qui est aussi la préface du livre, est du au comte Stephan Bethlen von Bethlen, président de l'Union Paneuropéenne Hongrie, que je remercie chaleureusement JPB. .

Le livre de Jean-Paul Baquiast traite des questions de fond qui décideront de l'avenir de l'Europe pour des siècles. Cependant les chefs politiques de notre continent ne sont pas capables de s'accorder sur un point de vue commun concernant les plus importantes de ces questions, alors que le train du l'histoire mondial affiche la vitesse d'un TGV à côté du nôtre. Même si certains d'entre nous Européens voulions accélérer notre rythme et lui prescrire des directions, la bureaucratie se perdrait totalement dans la réglementation de détails qui sont sans importances. Bien pire, dans les questions déterminantes pour notre avenir, Bruxelles laisse agir les forces de freinage, quand il ne veut pas obliger les pays ayant choisi de bonnes directions à s'orienter dans des voies malfaisantes pour eux-mêmes et pour toute l' Union Européenne. C'est notamment le cas quand la majorité des responsables de l'Union Européenne ne discerne pas le défi de la “globalisation”. Celle-ci comporte des dangers immenses que seule une puissance européenne forte pourrait affronter avec succès.

La globalisation est le faux nom d'un effort de colonisation nouveau de l'univers derrière lequel on trouve les cercles étroits de la finance internationale et les acteurs du vieil impérialisme économique et monétaire des Etats-Unis. Leur objectif est de déclarer comme dépassés, afin de les paralyser, les efforts des Etats et de l'Union européenne, visant notamment à une politique économique indépendante. Ils veulent rendre impossible les efforts visant à résister aux manipulations financières niant les exigences de l'économie réelle. Derrière le slogan “La libre circulation du capital” s'exprime un désir de profit déchaîné. Les apôtres de cette idéologie essayent de faire croire qu'elle servirait uniquement l'intérêt des consommateurs. Pour eux, hors ce système, il n'y a pas d'alternative.

Naturellement l'économie ne fonctionne pas ainsi. Sans surveillance de l'Etat, sans contrôles, sans politiques économiques et industrielles, l'économie ne marche pas. Le marché mondial laissé à lui-même finit par s'effondrer. Les marchés locaux ne peuvent jouer leur rôle que si des contrôles forts préviennent les abus et les dérives malhonnêtes. Le libéralisme à petite échelle, dont on peut apprécier les bons effets, ne fonctionne pas à grande échelle. Les marchandises fabriquée en dumping qui envahissent l'Europe sont souvent de mauvaise qualité voire toxiques; les scandales permanents qui sont les conséquences de monocultures immenses et d'élevages intensifs massifs prouvent que dans le domaine économique et politique les souverainetés nationales et européenne sont nécessaires. Malheureusement aujourd'hui, les vrais souverains ne sont pas les Etats mais les forces qui s'expriment à travers les organisations internationales, OMC, Banque mondiale, FMI. Les décisions de ces organismes sans légitimité démocratique, s'imposent à celles des Etats et de l'Union Européenne. Elles servent le plus souvent les intérêts américains.

La concurrence libre au sein du marché mondial a conduit à l'écrasement des petites économies nationales en Afrique, en Amérique Latine, dans beaucoup de pays asiatique mais aussi dans beaucoup de pays européens, dont le mien, la Hongrie. Une corruption internationale de grande ampleur est l'enfant légitime de ce système.

Malheureusement la contamination de la globalisation imposée et du néo-libéralisme a depuis longtemps gagné Bruxelles. Quand l'Espagne et la Hongrie veulent gérer les industries énergétiques comme une partie de leur politique économique nationale, la Commission et la Cour de Justice européennes, dépourvues répétons-le de légitimité démocratique, s'opposent à des gouvernements élus démocratiquement. Il s'agit d'une violation manifeste et brutale de la souveraineté nationale. Ainsi les gouvernements légitimés démocratiquement ne peuvent pas défendre les propres intérêts nationaux. La même chose se produit lorsque la France ou l'Allemagne veulent protéger leur environnement.

On peut penser que l'ancienne tradition de planification à la française pourrait apporter des réponses modernes au défi de la globalisation. Beaucoup des idées de Charles de Gaulle, qui était aussi un grand européen, se sont avérées solides Une planification et un gouvernement économique transposés à l'échelle de l'Union Européenne, pourrait apporter à l'Europe des succès face à la concurrence dans les domaines de l'armement, de l'espace, de l'énergie, du développement technologique, des systèmes d'informations, dans la protection de l'environnement et des croissances supportables.

L'introduction de l'Euro a été un immense succès, l'abandon des souverainetés nationales a bénéficié aux Etats européens. Alors que la spéculation sans scrupules des cercles financiers internationaux menace à tous moments de krach économique le système financier mondial, l'Euro, sans pouvoir l'empêcher, peut atténuer ses effets à l'égard de l' Union Européenne.

Dans un domaine tout aussi important, celui de la souveraineté scientifique et de ses conséquences économiques, les Etats européens n'a pas encore entrepris d'action contre l'impérialisme scientifique américain. Les efforts de ce pays pour faire breveter toutes les inventions, de l'ordinateur au biologique, ouvrent la porte à une nouvelle colonisation. Elle menace non seulement les pays en voie de développement mais aussi les pays développés, au premier chef l'Europe.

Ces remarques ne sont pas le signe d'un anti-américanisme - au contraire! Dans beaucoup de domaines les intérêts des États Unis et ceux de l'Europe sont les mêmes. Par contre, dans la question de la globalisation, ils s'opposent. L'Europe ne peut pas accepter l'impérialisme américain, financier et culturel.

Naturellement on peut discuter quelques uns des points soulevés par Jean-Paul Baquiast. Ainsi de l'importance des racines chrétiennes de l'Europe. C'est le christianisme qui a plus que tous les autres facteurs déterminé le développement culturel de l'Europe. Il reste le fond de notre culture commune. Les philosophies de Karl Marx ou de Jean-Paul Sartre ne sont pas compréhensibles sans la connaissance des racines chrétiennes de la culture européenne, même si ces auteurs les ont critiquées ensuite à juste titre.

Contre le néolibéralisme qui veut par la consommation et la publicité rendre les individus heureux au sein d'une société atomisée, contre les promesses d'un libertinage sans bornes laissant les hommes sans défenses face aux manipulations de toutes sortes, il n'y a qu'une morale héritée de la tradition judéo-chrétienne qui peut offrir des protections. Cette constatation n'est bien entendu pas une remise en cause de la tradition française de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Quoiqu'il en soit, certaines objections de cette sorte ne peuvent changer le fait que Jean-Paul Baquiast donne une réponse brillante á la question de savoir comment créer une grande puissance européenne qui ne soit plus le jouet des processus mondiaux mais devienne un acteur performant au sein d'un monde à plusieurs centres.

J'espère donc beaucoup que ce livre répondant à la plupart des questions de notre époque suscitera un intérêt correspondant à l'importance de son thème. Puisse-t-il trouver un écho convenable parmi les lecteurs français. J'ajouterai que ce travail si important de point de vue de l'avenir de l'Europe devrait être traduit dans les autres langues de l'Union Européenne, afin de toucher un lectorat européen aussi large que possible.

Dr. Stephan Comte Bethlen de Bethlen
Président de l'Union Paneuropéenne Hongrie
H-1126 Budapest
Szoboszlai u. 2-4


Capitulation de la République devant les communautarismes

Les mesures contre les discriminations adoptées le 15 mai 2008 par le Parlement français font craindre aux syndicats d'enseignants et de parents d'élèves une remise en cause de la mixité scolaire. Le texte en question définit les garanties accordées aux victimes de discriminations et aborde la question de la protection contre d’éventuelles rétorsions envers les témoins d'une discrimination, ainsi que l'égalité professionnelle hommes/femmes.
Ce texte aurait été prétendument rédigé sous la pression de Bruxelles ( ?) qui, pour trois de ces directives, avait engagé contre la France une procédure en manquement, à moins de trois mois de la présidence française de l'Union. Parmi ces directives, une disposition précise stipule que "le principe de non-discrimination fondée sur le sexe (...) ne fait pas obstacle à l'organisation d'enseignements par regroupement d'élèves en fonction de leur sexe".

C'est cette disposition qui soulève l’inquiétude, non seulement chez les syndicats d'enseignants et des parents d'élèves, mais chez tous ceux estimant que la mixité à l'école, voire la laïcité, sont désormais menacées. Ceci d’autant plus que les « pressions » de Bruxelles seraient beaucoup moins comminatoires qu’indiquées. Elles seraient indicatives. L’empressement mis par la majorité parlementaire de droite au Parlement français à obtempérer montre surtout que l’offensive, entreprise depuis plusieurs mois par le président français Sarkozy contre la laïcité se poursuit. Il s’agit ici d’enlever à l’école publique une de ses propriétés les plus importantes, ne pas faire de distinction entre les élèves, que ce soit en fonction de leur sexe, de leur religion ou de leur appartenance ethnique. Elle institutionnalise le droit des communautés intégristes à revendiquer au sein des institutions publiques, écoles, stades, hôpitaux, des traitements particuliers en fonction du sexe et de la religion.
Comme l’ont montré certains historiens, il s’agit de la part du gouvernement d’une fausse concession aux ressortissants de la religion musulmane. La colonisation s’est pendant un siècle et demi accompagnée d’un prétendu respect à l’égard des institutions religieuses les plus archaïques, destiné à faire passer l’exploitation économique. Un certain mépris s’y exprime. « Qu’ils abaissent leurs filles et leurs femmes si cela leur fait plaisir, c’est leur affaire. Plus ils resteront arriérés, mieux nous nous porterons ».

Refuser la mixité est d’autant plus à contresens des exigences de l’élévation du niveau scolaire que toutes les études montrent que les filles travaillent beaucoup mieux dans les classes mixtes, notamment quand elles sont issues de milieux dits défavorisés. Ceci parce qu’elles veulent absolument se distinguer et s’élever. C’est le cas de l’enquête internationale PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Le succès rencontré à Cannes par le film « Entre les murs », présentant une classe où la mixité s’épanouit, donne toute sa portée à l’application quotidienne de ce principe dans les établissements d’enseignements.

Ce que ni Bruxelles ni le parlement français ni sans doute Nicolas Sarkozy ne veulent reconnaître, c’est qu’en donnant suite aux revendications les plus traditionalistes des religions, ils encouragent les formes combattantes de celles-ci, soutenues par les pétro-dollars en ce qui concerne l’islam, à poursuivre leur entreprise de conquête par l’intérieur des institutions européennes. 28/05/08

PS au 30/05/08: On voit ce qui arrive lorsque les institutions de la république s'inclinent devant les communautarismes les plus arriérés. En avril dernier, le tribunal de grande instance de Lille a invalidé un mariage "pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint" après la requête déposée par le mari, musulman comme sa femme. Celle-ci avait prétendu être vierge puis a reconnu ne pas l'avoir été. Elizabeth Badinter s'indigne.


Les social-démocraties européennes en panne de programmes refondateurs

Le parti socialiste français (PS) est à la recherche non seulement d’un leader mais surtout d’un programme qui soit à la hauteur des enjeux attendant la France et l’Europe dans les prochaines années. Le parti socialiste français (PS) est à la recherche non seulement d'un leader mais surtout d'un programme qui soit à la hauteur des enjeux attendant la France et l'Europe dans les prochaines années. Ces enjeux, nous ne cessons de les énoncer ad nauseam sur ce site, comme nous l'avons fait dans notre livre « L'Europe ou le vide de puissance ». Inutile de les reprendre ici. On peut se demander par contre pourquoi le PS ne s'y intéresse pas vraiment : peur d'effrayer les électeurs ou de mécontenter de petits intérêts électoraux, peur de se trouver engagé dans des combats qu'il ne sent pas de taille à assumer ...ou simplement incompétence technique, économique et politique chez les principaux responsables. Quoiqu'il en soit, les grandes nouveautés dont la presse a fait ses titres, l'abandon par Bertrand Delanoë de l'idéal révolutionnaire et le ralliement au libéralisme (politique) ne peuvent tenir lieu de programme. Du côté de Ségolène Royal, on retrouve le même vide quand il s'agit d'aller au-delà de propositions minuscules intéressant le social ou l'économie locale. Quant aux grands choix de géostratégie que ni la France ni l'Europe ne peuvent s'éviter de faire, aucun d'eux évidemment n'en parle vraiment, non plus d'ailleurs qu'aucun autre candidat potentiel à la direction du parti.

Les mouvements socio-démocrates des autres pays européens ne sont guère mieux lotis en ténors proposant de grands programmes régaliens. Ils ne savent que batailler, d'ailleurs mollement, sur leur extrème-gauche. Par ailleurs, beaucoup plus pénétrés par l'atlantisme que la gauche française, ils sont encore plus paralysés qu'elle face à la répudiation du libéralisme économique et à la revendication d'une indépendance technologique qui seront présentés par les Etats-Unis comme des déclarations de guerre.

Cette atonie est d'autant plus dommageable que les décisions politiques, économiques, industrielles et scientifiques dont nos pays ont besoin vont tout à fait dans le sens d'un socialisme réformateur, répudiant le libéralisme financier et le laisser-faire réglementaire, s'inscrivant dans la perspective d'un interventionnisme public intelligent dont en aucun cas les droites actuellement au pouvoir dans un nombre croissant d'Etats européens ne seront capables. Le débat actuel sur le libéralisme économique montre bien que celui-ci conduit à la privatisation généralisée des grandes fonctions sociales et gouvernementales. Naomie Klein montre bien, même si elle le fait avec un peu d'excès, que le débat, aux Etats-unis comme en Europe et dans le reste du monde, est de savoir si la défense, l'enseignement, les soins doivent être exercés par des organismes publics ou par des Halliburton. Si l'on choisit cette dernière solution, seuls les riches décideront de l'organisation du monde, à leur seul profit. Les libéraux diront que la gestion publique pratiquée en Europe de l'Est pendant quarante ans n'incite pas à proposer d'y revenir. Mais tout l'enjeu aujourd'hui, ce à quoi la gauche européenne devrait travailler, consiste à définir et mettre en pratique une gestion publique participative, au sens vraiment démocratique du mot. Nous estimons que la chose serait tout à fait possible.

Les droites porteuses de la privatisation des services publics ont désormais, en attendant, le champ libre pour de longues années , y compris en France. En Italie comme dans certains pays de l'Est européens que nous ne nommerons pas par égard pour eux, elles rejoignent les mots d'ordre les plus archaïques, les plus dangereux du populisme voire de l'extrême droite. Pour un peu, ces mouvements de droite pourraient à nouveau faire basculer l'Europe dans un fascisme rappelant celui de l'entre-deux guerres. C'est alors que l'incapacité des gauches européennes à se mettre à la hauteur des enjeux de ce siècle serait non seulement coupable mais, disons le mot, criminelle. Courage. Nous y allons tout droit. 26/05/08


Le pétrole à 200 dollars

Les analystes économiques prévoient que le baril de pétrole atteindra dans les 18 mois le prix de 200 dollars. La hausse pourrait se poursuivre jusqu’au double, soit 380-400 dollars vers 2015. Il s’agit d’une perspective dont les gouvernements comme les secteurs économiques ayant bâti leur prospérité sur un pétrole « abordable » refusent de tenir compte. Ceci aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe et dans le reste du monde. Devant les revendications des transporteurs, des pêcheurs, des automobilistes, on envisage encore des mesures transitoires destinées à faire passer le plus fort des hausses, supposées transitoires. Depuis un Bush demandant aux Saoudiens d’augmenter leur production jusqu’au gouvernement français envisageant de compenser la hausse des prix des carburants par on ne sait quel allègement de taxe, l’éventail de ceux qui n’ont pas compris l’ampleur et le caractère déstructurant – les optimistes diront restructurant – du phénomène est large.

L’essentiel du problème tient à la raréfaction croissante des réserves de pétrole (et accessoirement de gaz) accessibles aux coûts jusqu’ici obtenus. Certes, il existera encore d’innombrables façons d’obtenir des hydrocarbures mais ce sera à des coûts financiers et écologiques croissants. Il faudra bien que le consommateur final les paye. Le manque de raffineries est souvent jugé responsable de la hausse de certains carburants sur certains marchés, comme actuellement le gas-oil, mais il ne s’agit là que d’un phénomène de surface, n’atteignant pas le fond du problème. Il est vrai aussi que la spéculation anticipe la rareté en jouant la hausse, mais ce facteur sera négligeable à terme, car il ne porte que sur des tonnages marginaux par rapport à ceux produits et vendus.

On accuse volontiers de catastrophisme ceux qui prévoient la crise pétrolière. Malheureusement les chantres de la croyance aux infinies ressources de l’humanité pour échapper aux difficultés se payent d’illusions. Il est certain que sur 10 ou 20 ans les méthodes permettant d’obtenir de l’énergie y compris du carburant liquide à partir de sources renouvelables vont se développer. Mais les quantités produites ne seront pas suffisantes pour faire face à la diminution de l’offre pétrolière. De plus leurs coûts seront aussi élevés, sinon davantage, que ceux attendus du baril pétrolier.

On ne voit par conséquent qu’une solution, préparer dès maintenant les comportements et les esprits au changement radical qu’imposera un pétrole à 200 ou 300 dollars. Sinon, des crises économiques, sociales et politiques se généraliseront. Elles ne feront qu’aggraver les situations en faisant perdre ce qui leur reste de sang-froid aux décideurs.

Les choix offerts apparaissent aujourd’hui limités. En simplifiant, on ne voit que deux grandes perspectives. Ou bien l’on considère que l’activité en difficulté est vitale et que l’utilisation de combustibles fossiles est indispensable. En ce cas, il faudra que l’ensemble des circuits de transformation et de distribution concernant cette activité soient réorganisés pour compenser par des économies la hausse des prix des carburants. Il faudra aussi que les consommateurs acceptent des hausses de prix. Mais comme ces diverses possibilités atteignent vite des limites, les demandes finales diminueront nécessairement. Dans certains cas, cette diminution aura un côté positif. Elle bénéficiera à la conservation des milieux et des espèces naturelles. La filière européenne de la pêche se trouve actuellement confrontée à cette situation.

La seconde perspective est plus ouverte. Mais elle sera aussi difficile à définir et mener à bien compte tenu de la résistance des milieux économiques concernés. Il s’agira de réorganiser les sociétés en profondeur, en faisant le sacrifice d’outils et de méthodes faisant appel aux combustibles fossiles. C’est tout l’enjeu de ce que proposent les défenseurs des politiques dites de décroissance ou de réadaptation, esquissées en France lors du Grenelle de l’Environnement mais qui tardent encore à démarrer. On remplacera ainsi les transports individuels par des transports collectifs électrifiés ou l’habitat traditionnel climatisé au fuel par des maisons dites « passives ». Il faut distinguer de telles politiques, reposant sur une adaptation voire une diminution de la demande, de celles faisant miroiter d’hypothétiques progrès technologiques pour ne rien changer aux habitudes et aux profits associés.

Une autre question, rarement évoquée parce que sensible en termes politico-stratégique, doit aussi être traitée sans attendre dans la perspective de la hausse continue des prix du pétrole. Les pays producteurs continueront à encaisser des bénéfices considérables. Même si les quantités vendues diminuent, les revenus résultant de prix finaux multipliés par 2 ou 3 ne diminueront pas. Ces pays continueront donc à accumuler des fonds d’investissements monstrueux avec lesquels ils généraliseront les offensives contre les pays importateurs, tant au plan économique (rachat des bijoux de famille dans l’industrie et les services) qu’au plan idéologique (financement d’organisations visant à coloniser de l’intérieur les cultures et organisations sociétales). Les pays dits occidentaux comme les pays pauvres en seront les uns et les autres victimes, à des titres différents. Ces pays pourront-ils continuer à se laisser politiquement subvertir, du fait de leur incapacité à se réorganiser pour pouvoir se passer de pétrole ?

Inutile de constater que, ni aux Etats-Unis ni en Europe, de telles questions ne sont sérieusement abordées au plan politique. Barak Obama est quasi muet à ce sujet. Les institutions européennes, Nicolas Sarkozy (qui résume à lui tout seul le gouverne ment de la France), les partis socialistes européens et bien d’autres… se gardent bien d’en parler. La politique de l’autruche a encore de beaux jours devant elle. 21/05/08

http://www.ft.com/cms/s/0/70b4ef0a-1b91-11dd-9e58-0000779fd2ac.html?nclick_check=1


L’Iran et Gazprom se rapprocheront-ils pour exploiter les réserves gazières du champ de South Pars ?

On sait que dans le Golfe Persique se trouve un immense champ gazier offshore partagé géographiquement entre le Qatar et l’Iran. Ce serait le plus grand du monde à ce jour. Plusieurs compagnies européennes, dont Total (projet Pars LNG), Shell et Repsol ont déjà signé des accords avec la République islamique pour des exploitations expérimentales et des projets de développement. Mais elles hésitent actuellement à prendre des décisions rapides de mise en oeuvre, compte tenu de la situation diplomatique délicate où elles se trouvent. L’Iran dont la gestion des ressources en hydrocarbures rencontre de nombreuses difficultés voudraient trouver des alliances à l’extérieur. Mais les Etats-Unis multiplient les efforts et les menaces pour empêcher l’Iran d’accroître son influence au Moyen Orient. Ils y réussissent d’ailleurs de plus en plus mal, comme le montre, dans un tout autre domaine, l’influence prise en Irak par les Gardiens de la Révolution. Pour ce qui concerne l’économie, la loi d’Amato, votée en 1996, sanctionne tout investissement industriel dans la République islamique. Des sanctions s’appliqueraient aussi aux compagnies non-américaines contrevenantes, sanctions que les Européens et les Japonais ne veulent pas affronter.

Ce n’est évidemment pas le souci des Russes. Cependant Gazprom ne semble pas disposer pour le moment de technologies lui permettant d’investir utilement dans South Pars. De plus il ne manque pas de réserves et ne voudrait pas que la production iranienne concurrence ses ventes à l’Europe via notamment le pipeline Nabucco. Mais des négociations avec les Iraniens se poursuivent activement, ce que Washington cherche plus que jamais à contrer.

Cet exemple significatif nous montre que, dans des domaines stratégiques, l’Europe ne réussissant pas à se doter d’une politique internationale commune, affranchie des pressions américaines, laisse le champ libre aux Américains et aux Russes pour mener leurs relations commerciales avec les Etats pétroliers du Golfe.

NB. Les observateurs ont noté la pantalonnade ridicule à laquelle s’est livrée G.W.Bush lors de sa dernière tournée dans la zone. Il a menacé l’Arabie Saoudite, si elle n’augmentait pas sa production pétrolière pour faire baisser le prix de l’essence aux Etats-Unis, de suspendre le méga-contrat militaire que le lobby militaro-industriel américain avait imposé précédemment aux Saoudiens. Riad a promis un geste, tout en sachant fort bien que dans d’éventuelles guerres de 4e génération qui l’opposeraient à des « terroristes », les armes américaines sophistiquées ne serviraient à rien. La suspension du contrat d’armement ne punirait que le lobby militaire. Bush doit donc arbitrer entre lobby pétrolier et lobby de l’armement. 18/05/08

http://www.offshore-technology.com/projects/southpars/


Sommet Union européenne – Amérique latine, sur fond de mobilisation militaire américaine

Le sommet UE- Amérique latine et Caraïbes, qui se déroule tous les deux ans alternativement en Europe et en Amérique latine, a lieu cette année à Lima (Pérou) du 15 au 17 mai, c'est-à-dire durant la présidence slovène de l’UE. Il rassemble 60 Chefs d'Etat ou de Gouvernement des deux régions. L’objet affiché, comme précédemment, est de poursuivre le partenariat stratégique entre les deux régions, celui-ci se fondant, selon le langage diplomatique, « sur le respect réciproque et des valeurs communes ainsi que sur des liens économiques, politiques, culturels, historiques et humains. On cherchera aussi à renforcer la coopération économique en vue d’intensifier les échanges commerciaux » .

Deux thèmes d'intérêt commun seront à l'ordre du jour du sommet de Lima : le premier portera sur les questions sociales (« Pauvreté, inégalité et intégration ») et le deuxième sur l’environnement (« Développement durable : environnement, changement climatique, énergie »). Ces thèmes, notamment le second, permettront-ils d’aborder les questions controversées tels que l’encouragement aux cultures vivrières locales contribuant à diminuer le prix des produits agricoles ou la protection des patrimoines forestiers contre la surexploitation ? On peut en douter, si forte est l’influence du Brésil qui n’entend pas voir mis en question son plan de production d’agrocarburants et de déforestation. Celui-ci est pourtant de plus en plus critiqué, comme le montre la démission de la charismatique ministre de l’environnement du président Lula, Marina Silva. Elle a du céder aux représentants de plus en plus agressifs de l’agrobusiness d’exportation. Au Pérou même sera évoquée le problème de la fonte des glaciers andins, qui menace de pénurie d’eau de nombreuses populations locales, selon des études menées par l’Institut français de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut péruvien des ressources naturelles.

Les questions liées à l’énergie, notamment à l’exploitation des ressources actuelles ou des réserves en gaz et pétrole ne seront sans doute pas évoquées, du fait du verrouillage que font peser le président Chavez pour ce qui le concerne et les intérêts nord-américains s’exerçant à travers les autres gouvernements. On ne parlera sans doute pas non plus des questions militaires. Celles-ci mériteraient pourtant d’être évoquées, même si l’Europe apparaît fort lointaine et désarmée dans cette partie du monde.

Mobilisation américaine

Quelques semaines avant le sommet, en effet, les Chancelleries ont appris qu’en juillet prochain, le Pentagone réactivera la Quatrième Flotte, avec l'intention « de combattre le terrorisme », les « activités illégales » et d'envoyer un « message » au Venezuela et au reste de la région. Il s'agit là de la première réaction par une projection de longue haleine de la part de Washington, après l'attaque au campement des FARC (en Équateur) au mois de mars dernier, qui a mis en évidence la faiblesse américaine dans la région.

Un communiqué du Pentagone datant du 25 avril a fait valoir que la réactivation de la Quatrième Flotte - créée en 1943 pour faire face à la menace des sous-marins nazis dans les Caraïbes et l'Amérique du Sud et dissoute en 1950 - servira à « démontrer l'engagement des USA auprès de leurs partenaires régionaux ». La flotte sera commandée par le contre-amiral Joseph D. Kernan, actuel chef du Commandement de la Guerre spéciale navale, et aura sa base à Mayport, en Floride ; elle dépendra du Commandement Sud basé à Miami. Onze navires, dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire, constitueront le noyau initial de la flotte. La mobilisation de la Quatrième Flotte signifie que les USA misent sur un interventionnisme de type aéronaval. Le Pentagone ne dispose pas de forces terrestres à distraire dans d'autres théâtres d'opérations.

La décision du Pentagone intervient à un moment de tension particulière en Amérique du Sud et d'extrême volatilité sur les marchés de matières premières. On ne doit pas oublier qu'un tiers des importations de pétrole des USA proviennent le Venezuela, du Mexique et de l'Équateur, ce qui fait de la région un espace stratégique pour maintenir la suprématie économique et militaire du principal pays de la planète.

On peut penser aussi que les Etats-Unis veulent rappeler aux gouvernements tentés par une prise de distance à leur égard qu’ils sont toujours là. Ils s’inquiètent en effet de plusieurs évènements récents ou prévus : succès de Fernando Lugo au Paraguay, création imminente du Conseil sud-américain de la Défense à la demande du Brésil et du Venezuela, consolidation du processus conduit par Rafaël Correa en Équateur, volonté croissante d’indépendance économique de pays comme le Brésil, qui visent à renforcer un Mercosur de plus en plus désireux de s’affranchir de l’influence américaine. Le message est clair, notamment à l’intention du patronat latino-américain qui, comme en Argentine, menace de plus en plus les gouvernements de centre-gauche.

Il n’est pas exclu que Washington décide de « fabriquer des crises » pour justifier des interventions directes. Certains pensent qu’un tel processus couve actuellement en Bolivie. Face à cette situation, l’Europe, si elle disposait d’une politique étrangère échappant à l’influence des Etats-Unis, pourrait jouer un rôle d’apaisement. Mais ce ne sera pas le retour complet de la France dans l’Otan qui permettra à notre délégation de jouer le moindre rôle à cet égard, malgré les attentes que mettent encore en elle certains intellectuels latino-américains. 16/05/08

PS au 18/05. Les participants au Sommet ont tous noté l'amertume des représentants des gouvernements latino-américains face à l'absence non justifiée de Nicolas Sarkozy. Au moment où la France va présider l'Union et s'investit beaucoup dans la coopération transméditerranéenne, la non présence du président français semble indiquer le peu d'intérêt que la France porte à ses partenaires sud-américains. Il s'agit d'une image que déplorent aussi vivement les diplomaties espagnoles, portuguaises et italiennes. Nos diplomates ont beau expliquer que les "foucades" de Nicolas Sarkozy ne représentent pas toute la politique extérieure de la France, ils ont du mal à convaincre.


Une lettre d'Einstein sur les religions

Une lettre inédite d'Einstein a été mise aux enchères par la salle des ventes Bloomsbury Auctions le 15 mai, dans laquelle le grand scientifique, souvent présenté comme déiste, déclarait en 1954 au philosophe Eric Gutkind sa méfiance à l'égard des religions, y compris le judaïsme:

‘The word god is for me nothing more than the expression and product of human weaknesses, the Bible a collection of honourable, but still primitive legends which are nevertheless pretty childish.’ ‘For me the Jewish religion like all others is the incarnation of the most childish superstitions. And the Jewish people to whom I gladly belong and with whose mentality I have a deep affinity, have no different quality for me than all other people. As far as my experience goes, they are no better than other human groups, although they are protected from the worst cancers by lack of power. Otherwise I cannot see anything ‘chosen’ about them.’


L’Europe doit proposer au monde une nouvelle évaluation des Produits Nationaux

Nicolas Sarkozy avait, plus par opportunisme que par conviction, demandé à l’économiste américain Joseph Stieglitz de participer à un groupe de travail visant à proposer une nouvelle évaluation des valeurs économiques et sociales applicable à un pays comme la France. Il s’agissait sans doute dans son esprit d’échapper au piège dans lequel il s’était lui-même enfermé, en se présentant comme le champion de la hausse du pouvoir d’achat et de la consommation, hausse de plus en plus hors de portée. Ceci dit, l’idée était plus que bonne. Elle était et demeure essentielle, aussi bien d’ailleurs pour l’Europe, sinon pour le monde tout entier, que pour la France. Joseph Stieglitz, de passage à Paris, a démontré par ses propos au 8/10 de France Inter le 15 mai qu’il était un des seuls économistes américains ayant exercé de hautes fonctions dans l’administration financière capable d’idées originales dans ce domaine.

Sans attendre les résultats hypothétiques de ses bons conseils à Nicolas Sarkozy, dont on peut craindre que celui-ci ne saisisse pas la portée, il nous parait urgent de revenir et préciser la question reprise dans le titre de cet article. De quoi s’agit-il ? Tout simplement de proposer une nouvelle façon de mesurer les produits nationaux (PIB et PNB), en s’affranchissant d’estimations qui faussent de plus en plus les jugements devant être portées sur les activités économiques et sociales des nations. Le procès a été fait depuis longtemps par les opposants à des modes de calcul imposés par les Etats-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale, repris par les institutions financières sous contrôle américain, Fonds monétaire international, Banque mondiale et finalement acceptées dans le cadre de la globalisation libérale par l’ensemble des banques centrales et des gouvernements.

Rappelons que les valeurs économiques entrant dans le calcul des Produits nationaux, des budgets publics et des balances extérieures ne prennent en considération que les biens et services faisant l’objet d’échanges commerciaux dans le cadre de marchés non réglementés. Il s’agit pour l’essentiel des matières premières et énergétiques, des produits manufacturés et des services financiers (produits bancaires et d’assurance principalement). De plus, ces biens et services sont évalués en dollars, du fait de la prédominance internationale encore très forte de cette monnaie, sur laquelle d’autres monnaies sont alignées, notamment le Yuan chinois. Ceci donne à la Banque fédérale de réserve américaine la possibilité d’intervenir sur le taux directeur du dollar au mieux des orientations définies par l’administration américaine, conférant aux Etats-Unis un pouvoir politique que n’ont pas les autres Etats.

Depuis longtemps donc, il a été reproché aux normes imposées aux comptabilités nationales par la pensée économique libérale de ne pas prendre assez en considération des activités productrices et des modes de consommation portant sur des valeurs dites immatérielles parce que non cotées en bourse, valeurs qui portant sont tout autant essentielles à la bonne tenue d’une société que les productions matérielles. Nous pensons en particulier aux activités d’enseignement et de recherche scientifique comme à certaines formes de production culturelles ou provenant de l’économie associative non marchande. Plus généralement, on rattachera à ce domaine les services rendus par les administrations de toutes natures, dans le domaine régalien, en matière de santé et aussi dans les mise en place des grands investissements en infrastructures (transports, aménagement du territoire, spatial) qui font aujourd’hui la force des « vieilles » sociétés européennes. Or on sait que, contrairement à tout bon sens, l’esprit libéral impose de considérer ces services comme des dépenses qu’il faut réduire au maximum pour « assurer la croissance ».

Une nouvelle exigence doit dorénavant être prise aujourd’hui en considération. Elle s’impose à tous, pays riches et pays pauvres, plus encore peut-être aux seconds qu’aux premiers. Il s’agit de comptabiliser ces « richesses collectives » actuellement gaspillées par les industriels privés et les citoyens que sont l’eau, l’air pur, la biodiversité, l’intégrité des sols face à l’érosion et à la hausse du niveau des mers. Les crises climatiques et environnementales en cours interdisent désormais que les sociétés puissent considérer ces facteurs comme ne participant pas à un capital commun qu’il faut préserver par des mesures réglementaires et des investissements adéquats. Des changements fondamentaux en résulteront, comme ceux consistant à verser aux pays pauvres la contre-valeur de la protection de leurs richesses forestières et marines.

On voit que la caricature de l’indispensable réforme des comptabilités nationales qui s’impose, caractérisée par le propos superficiel de Nicolas Sarkozy, remplacer l’évaluation de produit national brut par celle d’un hypothétique « bonheur national brut », est très en dessous des besoins. C’est l’ensemble des modes de mesure des richesses du monde et des activités consistant soit à les dilapider soit à les préserver qu’il faut transformer. Ceci se traduira nécessairement par des estimations en fonction d’un instrument monétaire commun dont la valeur ne soit pas déterminée par les seuls marchés monétaires et financiers.

Il s’agira donc d’une véritable révolution, qui multipliera les opposants provenant des milieux économiques profitant actuellement des différences entre économie monétaire et économie réelle, entre activités de consommation gaspilleuses et investissements à long terme. Mais il n’est pas exclu que des soutiens venant des Etats-Unis puissent accélérer la révolution nécessaire. L’Amérique découvre actuellement la « tiers-mondialisation » affectant l’ensemble de sa population, à l’exception des plus favorisés. Celle-ci ne découle pas seulement de la crise des crédits immobiliers ou du chômage provoqué par la concurrence asiatique. Elle résulte aussi de l’effondrement des grandes infrastructures collectives, abandonnées comme non rentables depuis la fin de la 2 guerre mondiale. Elle résulte aussi de la déliquescence des services administratifs, de santé et de protection sociale, considérées comme des dépenses publiques inutiles. Le recours à la sous-traitance confiée à des officines et agences privées en vue de remplir certaines de ses fonctions coûte plus cher que leur financement par le budget. Il accroît par ailleurs dramatiquement les inégalités sociales, entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas. Le « bonheur » des Américains en souffre. De l’avis général, ils sont plus inquiets et malheureux que les Européens vivant encore de l’héritages de vieilles civilisations n’ayant jamais négligé le collectif – tant du moins qu’elles ne sacrifiaient pas tout dans des guerres intraeuropéennes.

Cette nouvelle évaluation des valeurs économiques et sociales ne s’imposera pas seulement aux Etats-Unis. D’ores et déjà la Chine, l’Inde, la totalité des pays d’Amérique Latine, la Russie, même lorsqu’ils présentent des taux de croissance exemplaires compte tenu des modes de calcul actuels des Produits Nationaux, souffrent de déséquilibres de plus en plus importants entre le développement des activités marchandes et le sous-développement des secteurs publics et des infrastructures. Les populations ne supporteront pas longtemps, on peut l’espérer, de continuer à être sacrifiées aux perspectives de profit des exportateurs. Les pays où la tradition régalienne est restée la plus forte, la Chine et la Russie notamment, seront sans doute les premiers à militer en faveur d’une réévaluation des critères de la croissance et d’une augmentation des investissements internes, même s’il en résulte une diminution des excédents comptables.

Ce serait pourtant à l’Europe, et en son sein à la France, de prendre l’initiative de la véritable révolution économique qui s’imposerait pour remettre sur leurs pieds les indices des équilibres économiques et sociaux. Disposant malgré les efforts de dérégulation libérale d’acquis encore solides dans le domaine des infrastructures, de l’administration et des services publics, elle pourrait faire inscrire les résultats apportés par ces secteurs aux actifs des comptabilités nationales plutôt que persister à les faire inscrire aux passifs. Il ne s’agirait pas d’encourager la création de secteurs publics échappant à toute recherche de productivité, mais seulement de lutter contre les politiques économiques visant à supprimer purement et simplement ce qui fera de plus en plus la force des Etats et des peuples.

Les gauches européennes qui cherchent leurs voies actuellement face à la montée de droites obscurantistes pourraient trouver là un terrain d’opposition solide. Mais comme le montrent les propos de Joseph Stieglitz, le débat ne devrait pas rester seulement politique. Il devrait devenir essentiellement économique, sous la forme comme nous l’avons indiqué ci-dessus d’une réévaluation en profondeur des comptabilités nationales et des comptabilités budgétaires. Si l’Europe considère que les véritables valeurs d’avenir sont les investissements intellectuels ou infrastructurels à long terme, elle renoncera ainsi à payer aux prix forts les fausses valeurs représentés par l’accès au pétrole et au gaz, dussent ses modes de vie et de consommation s’en trouver profondément bouleversés. Par contre elle recrutera davantage d’enseignants, de chercheurs et d’ingénieurs. 15/05/08

PS: Une amie socialiste voyageant en Amérique Latine confirme le fait que ces pays ne devraient pas être considérés comme des modèles par les gauches européennes. Je cite:

"Le hasard fait que je suis à Buenos Aires en ce moment, dans cette Amérique Latine que la gauche française regarde avec des yeux de Chimène. Je pense que ce qui fait rêver nos politiques du PS c'est la victoire électorale de la gauche dans un grand nombre de pays. Ce qui frappe ici, à Buenos Aires, au Brésil, et ailleurs c'est la faiblesse de l'Etat: les écoles, les hopitaux, les routes, l'énergie,... tout est sinistré.
L'autre mirage qui aveugle nos politiques est le développement économique, spectaculaire au Brésil, bon au Chili et chaotique en Argentine où
l'inflation est galopante. Mais dans tous les cas, les écarts entre les classes sociales ne se réduisent guère, les laissés pour compte, émigrés du Paraguay, de Bolivie, de Colombie ou défavorisés locaux n'en profitent pas. Les classes privilégiées sont de plus en plus riches, elles vivent en
regardant le modèle américain qui est leur exemple absolu. Ici tout semble se jouer autour du pétrole, seule source de revenus réelle pour l'Etat. Or la façon de gérer cette manne n'est pas exemplaire.

La gauche défendant le renforcement de l Etat a le vent en poupe mais ses moyens d'action sont très limités. L'armée est presque partout indépendante du pouvoir politique qui doit composer avec elle, les patrons de l'économie, aux mains des grands groupes, font des chantages incessants à l'égard du pouvoir. La corruption est toujours aussi présente et les scandales éclatent en permanence.
Comme modèle, pour ma part, je préfère la Suède ou le Danemark. Hasta pronto"


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.


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