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La Gazette N° 181 du 1er au 30 avril 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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Europe solidaire
"Pour une Europe intelligente"
"Solidarité et puissance"
Nous avons entrepris sous cet intitulé l'édition d'un site dédié à la construction d'une Europe-Puissance.
Il illustrera les thèmes présentés dans un livre de J.P.Baquiast à paraître en mai prochain
"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats". J.P. Bayol Editions.
Ce site est encore en développement mais il est déjà possible de réagir aux articles publiés.
http://www.europesolidaire.eu/cont.php

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents ou sur Europe solidaire

* Le sionisme chrétien et son influence sur la politique mondiale http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=52&r_id=
* Lancement du 2e satellite test de Galiléo http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=49&r_id=
* L'Europe et la crise alimentaire mondiale http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=39&r_id=
* Ponant, souverainetré militaire, Europe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=37&r_id=
* Gare aux drones http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=38&r_id=
* Le Future Combat Systems américain http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=31&r_id=
* Une politique maritime pour l'UE http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=34&r_id=
* La France dans l’Otan, un boulet au pied à perpétuité pour l’Europe
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=30&r_id=
* Grève chez Dacia en Roumanie http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=29&r_id=5
* Et si le monde quantique était déterministe? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/ondepilote.htm

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon

Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Désinformation et contre-désinformation

Le malheureux lecteur que je suis, incapable de faire la part entre des nouvelles plus ou moins vérifiables et des articles de désinformation entraînant immédiatement des répliques de contre-désinformation, n'a plus qu'une ressource, évacuer les sujets évoqués de son esprit ou tomber tête baissée dans tous les panneaux, en se disant qu'il y trouvera bien quelque part un fond de vérité. Le cas du "réacteur" syrien détruit par l'aviation israélienne il y a quelques semaines, et dont la CIA a tout récemment fourni de nombreuses photos et images virtuelles, en est un exemple criant. Selon l'administration américaine, il serait la preuve que la Corée du Nord et la Syrie étaient en train de s’allier pour nucléariser le Moyen Orient, aux dépends d'Israël et des forces occidentales. Selon des sources (peut-être) inspirée par les Syriens ou leurs amis, il ne s’agissait pas de détruire un réacteur qui n’existait pas, mais de faire tester par l’aviation israélienne les défenses balistiques protégeant une voie de bombardement vers l’Iran. Derrière tout ceci se trouverait Dick Cheyney, plus que jamais attaché à provoquer un chaos général au Moyen-Orient afin de faire sortir l’Amérique par le haut du conflit Irakien. Une offensive contre l’Iran, à laquelle s’opposait l’amiral Fallon, démissionnaire, ferait partie de la manœuvre.

Nous sommes incapables de trancher entre ces deux hypothèses. Il faut quand même les évoquer toutes les deux. Un article apparemment bien documenté publié par un certain Morice ou Momo dans AgoraVox évoque en détail la seconde hypothèse. Mais qui est derrière ce Momo ? AgoraVox n’a pas apparemment souhaité enquêter sur l’origine de ce monsieur. C’est l’inconvénient d’Internet. On y apprend beaucoup de choses, mais sans pouvoir prêter une foi aveugle aux auteurs ? N’est-ce pas mieux ainsi finalement…?

* http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39274


Provocations américano-géorgiennes

On peut mesurer, en considérant l'incident du drone, ce qui se serait passé si la Géorgie avait été intégrée à l'Otan comme l'exigeait vertement G.W.Bush lors du dernier sommet de l'Organisation à Bucarest. Les Etats-Unis, par Géorgie interposée, auraient multiplié les provocations à l'égard de la Russie.

On peut mesurer, en considérant l'incident du drone, ce qui se serait passé si la Géorgie avait été intégrée à l'Otan comme l'exigeait vertement G.W.Bush lors du dernier sommet de l'Organisation à Bucarest . Le refus allemand, mollement soutenu par la France, a permis d'éviter le pire. Les Etats-Unis, par Géorgie interposée, auraient multiplié les provocations à l'égard de la Russie. Devant les réactions de la Russie, les Etats européens se seraient divisés entre le plus grand nombre, ralliés d'avance à la politique anti-russe américaine et ceux désireux de ménager un grand voisin avec qui la coopération parait plus fructueuse que l'affrontement. Affaiblissement de l'Europe, affaiblissement de la Russie, le Département d'Etat aurait gagné sur les deux tableaux.

Mais de quel incident parlons-nous ? Il s'agit de la destruction par la chasse russe d'un drone de reconnaissance géorgien (UAV, Unmanned Aerial Vehicle) en patrouille au-dessus de l'Abkhazie, une province indépendantiste de la Géorgie soutenue par la Russie. L'UAV, construit par les Israéliens, a été fourni à la Géorgie par le Pentagone. Il était contrôlé et manié par des équipes américaine installées en Géorgie.

Le jeu des Russes dans cette affaire a été de suivre une politique de contre-provocation. Considérant les vols d'UAV sur l'Abkhazie comme une provocation, notamment en raison du soutien russe aux revendications autonomistes de l'Abkhazie, ils ont riposté par une attaque de Mig qui est un avertissement donné aux USA et à la Géorgie. Les risques de leur riposte étaient limités en raison des spécificités de la cible (pas de pertes humaines à craindre). Par contre, les avantages de cette opération sont évidents pour les Russes. L'opération permet de renforcer l'avertissement russe selon lequel, à la suite de l'indépendance du Kosovo soutenu par l'Ouest contre la Russie, la Russie peut jouer le même jeu pour son compte auprès d'autres régions souhaitant leur indépendance. L'engagement militaire américain en Géorgie est un fait avéré mais l'incident l'officialise quasiment, ce qui est un avantage pour la Russie.

Il met aussi en évidence les dangers de la politique américaine pour qui enflammer la région par de multiples incidents provoqués vise à durcir les relations avec la Russie et démonter toujours davantage encore l'inexistence de toute diplomatie européenne autonome. L'éclatement de l'Otan entre les pro-américains et les pro-russes ne les gêneraient en rien, puisque voici longtemps que l'Otan leur sert surtout à diviser les pays Européens en empêchant la construction d'une défense européenne indépendante de Washington.
Les notes :

* Source Dedefensa et Libération http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/04/quand-la-russie.html
* Sur les drones, nous présenterons prochainement, dès sa parution en mai (Lavauzelle), l'ouvrage de Geneviève Moulard et du capitaine de corvette Marc Grozel, spécialiste des Drones à la STAT (Satory). "LES DRONES, MYSTERIEUX ROBOTS VOLANTS."


Elections américaines. Le « bittergate »

On sait ce que désigne ce mot. C’est l’ « erreur » qu’aurait fait Barack Obama en dénonçant il y a quelques jours l’amertume (bitterness) d’un certain nombre d’électeurs pauvres qui, ne voyant pas de perspectives politiques en vue, se réfugient dans la sécurité morale apportée par la religion et la possession d’une arme. On sait aussi que Hillary Clinton, à l’affût des éventuelles erreurs de son concurrent, s’est empressée de dénoncer son mépris « élitiste » des classes pauvres. Ceci lui a permis de faire un appel du pied aux croyants et aux détenteurs d’armes, puissamment représentés par la National Rifle Association. « Il ne faut pas mépriser ceux qui prient et ont une arme, moi-même, je pratique ces deux activités…etc. ».

Sur ce, de très nombreux commentateurs, aussi bien démocrates que républicains, ont affirmé que Barak Obama avait raison, en citant ces deux « opiums du peuple » que sont pour les pauvres, en Amérique, les religions et les armes. Ils ont ironisé sur Hillary, représentante type de l’élite White Anglo-Saxon Protestant, reprochant son élitisme à un Obama certes passé par l’université mais de condition modeste.

Ceci étant, les mêmes commentateurs ont tous affirmé que, bien qu’Obama ait eu raison en théorie, il avait eu tort en pratique. Il y a des choses qu’un candidat ne peut pas dire sans se couper de son électorat. Beaucoup pronostiquent que le bittergate marquera la fin politique de la campagne de Barack Obama, voire même la ruine des chances politiques des Démocrates, McCain profitant de l’incident pour remonter dans les faveurs populaires.

Ceci serait une nouvelle preuve que la pertinence de l’analyse est interdite aux hommes politiques, qu’ils soient candidats au pouvoir ou qu’ils cherchent à s’y maintenir, comme Nicolas Sarkozy en France. Tout doit bien aller, personne ne doit craindre la pauvreté, les restrictions, les difficultés. Les experts ont beau pronostiquer les difficultés et appeler à des changements profonds de société, nul responsable n’en doit parler dès qu’il exerce une quelconque fonction officielle. L’irréalisme de l’Union européenne n’est pas différent de l’irréalisme gouvernemental américain, pour qui la guerre en Irak est gagnée et la crise économique maîtrisée. En Europe, il faut se taire, attendre avec résignation que les drames se produisent. Toute autre attitude serait suicidaire pour celui qui l’adopterait. On lira à ce sujet un article significatif de Defensa concernant la réaction des « officiels » de l’Union européenne face à la crise http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=5085).

Tout ceci confirmerait les analyses scientifiques pessimistes selon lesquels les systèmes politiques sont ingouvernables par la volonté des hommes. Il s’agirait de mécanismes se déroulant avec la puissance majestueuse des grandes catastrophes naturelles. 26/04/08


Sarkozy : quel message aux Français et aux Européens ?

On pouvait attendre du président de la République qu'à trois mois de la présidence française du conseil européen, il précise le message qu'à travers lui, la nation pouvait proposer à ses citoyens et aux pays de l'Union. Sarkozy dispose de quatre années pour diriger la France. Ces quatre années seront pleines de difficultés voire de dangers qui, loin de s'atténuer avec le temps, ne feront que s'aggraver.
Il en a évoqué quelques uns : crise économique et financière, baisse des ressources alimentaires, montée en puissance des géants asiatiques disputant à l'Europe ses anciennes positions dominantes. Il en a survolé d'autres, notamment celles tenant à la nécessité d'une refonte profonde des modes de production, de commercialisation et de consommation des pays dits développés face à la crise climatique et environnementale. Il a par contre tenu comme acquis l'alliance dite atlantique avec un pays, les Etats-Unis, qui s'engage dans des politiques bellicistes aux retombées particulièrement redoutables et imprévisibles.

Mais il ne suffisait pas de mentionner ces questions en quelques mots. Il fallait obligatoirement proposer des stratégies. Dans la mesure où le maintien envers et contre tout du libéralisme économique et de l'ouverture à l'extérieur est de moins en moins perçu par les Européens comme un principe intangible, il fallait esquisser les formes et les contenus de régulation collective qui allaient devoir d'imposer en Europe, que les opinions le veuillent ou pas : contrôle des flux financiers spéculatifs, capacité de négocier la réciprocité des échanges sur des bases équitables, investissements collectifs devant être consacrés à la recherche développement, aux technologies de souveraineté, aux grands équipements publics, dans les domaines civils et militaires.

Il fallait montrer en contrepartie les sacrifices que de telles politiques imposeraient, notamment en termes de décroissance (eh oui) appliquée aux consommations et aux productions gaspilleuses ou polluantes. Il fallait aussi montrer comment ces grandes réformes pourraient être menées à bien sans retomber dans les erreurs du dirigisme de type soviétique ou les effets d'annonce non suivis d'effets parce qu'incapables de s'appuyer sur les forces vives des pays concernés. Il fallait enfin, derrière tout cela, commencer à relancer le débat sur les structures institutionnelles de l'Europe, non pas pour revenir en arrière par rapport aux acquis du nouveau traité, mais pour esquisser les points sur lesquels il sera vital de le compléter à brève échéance.

On dira que Nicolas Sarkozy avait une autre priorité : montrer qu'il n'était plus le président bling bling et qu'il redevenait sérieux. Mais comment aurait-il pu le montrer mieux, aussi bien aux Français qu'aux Européens, sinon en élevant le débat jusqu'aux perspectives quadriennales de l'Europe esquissées ci-dessus. Affirmer sans le démontrer qu'il avait entrepris plus de 50 « réformes » franco-françaises, contrairement aux précédents gouvernements lesquels n'avaient rien fait, était à la fois faux et sans intérêt. Affirmer qu'il fallait suivre les Etats-Unis dans leur guerre sans fin contre les talibans était irresponsable, au moment où tous les Etats impliqués, sauf le lobby militaro-industriel américain, estiment qu'un effort militaire mené avec l'obstination de l'imbécile conduira aux pires catastrophes. Réaffirmer que si les instituteurs pouvaient enseigner les faits matériels, seuls les prêtres devaient enseigner les valeurs morales ne pouvait que conforter les revendications de religions en pleine guerre de conquête, face à ceux qui en Europe demandent une meilleure séparation des églises et des Etats.

On dira qu'un chef d'Etat tel que Sarkozy, dont la culture économique est quasi nulle et les vues stratégiques inexistantes, à peine supérieures à celles d'un Berlusconi, pouvait difficilement traiter les problèmes évoqués ci-dessus. De toutes façon, ajoutera-t-on, les hommes politiques ne peuvent, en démocratie, s'élever au delà de la facilité sans se couper de l'opinion. C'est évidemment faux. Si Sarkozy au lieu de se préoccuper une nouvelle fois d'affirmer son ego (sur le mode de la repentance), si les journalistes convoqués pour le faire valoir avaient eu quelque intelligence de leur métier et quelque courage, la prestation présidentielle, à la France et à l'Europe, aurait été toute autre.

Comparons ce qui a été dit le 24 avril, dont l'histoire ne retiendra rien, aux propos pourtant fort modestes et non techniques tenus, le matin du 27 avril, par Didier Adès, Dominique Dambert et leurs invités dans l'émission de France Inter La rue des Entrepreneurs intitulée « Et si on refaisait le monde ». On y apprenait plus en vingt minutes sur ledit monde et le rôle possible de l'Europe, qu'en une heure et demi de sarkoshow. Hélas pour la France 26/04/08

http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/ruedesentrepreneurs/


L’Europe américaine

La désignation de Sylvio Berlusconi comme chef du gouvernement italien, le 15 avril, marque le retour de l’Italie dans le cercle des pays européens alliés dévoués à Washington. Le précédent gouvernement de Romano Prodi n’en était pas très éloigné. Il avait cependant décidé de retirer d’Irak le contingent italien. Aujourd’hui, depuis que Nicolas Sarkozy s’est rallié avec fracas à l’atlantisme, on ne compte plus, à part l’Espagne socialiste, d’Etat européen décidé, ne fut-ce qu’en principe, à prendre quelques distances avec l’Amérique. Même l’Allemagne de Angela Merkel, dont le suivisme sera sans doute moins automatique que celui de la France et de l’Italie, reste profondément soumise à l’influence américaine.

Est-ce une raison pour nous et ceux qui pensent comme nous de renoncer à faire entendre leur voix ? Nous sommes persuadés, inutile de le rappeler, que l’Europe ne se construira jamais en puissance indépendante si elle reste dans l’ombre des Etats-Unis. L’Amérique est ainsi faite qu'elle ne modifiera pas profondément, quelles que soient les difficultés rencontrées, la façon dont elle conçoit ses relations avec le reste du monde. Or elle les conçoit sur le mode de la vassalité. C’est sur cette vassalité qu’elle fonde très largement sa propre domination. Les nouvelles puissances émergentes qui refusent cette règle imposée sont considérées nécessairement par le système américain comme des ennemis potentiels. L’Europe n’est évidemment pas prête à endosser ce rôle difficile, contraire à des décennies de vie sous influence. De ce fait, elle se condamnera inévitablement à l’impuissance politique et économique. Tous les beaux discours que l’on tiendra sur les synergies euro-atlantiques et le radieux avenir qu’elles promettent ne changeront rien à cet état de choses.

Nous croyons cependant, férus que nous sommes de la « science » des systèmes complexes, que l’avenir n’est jamais totalement prévisible. Il est chaotique et des phénomènes apparemment mineurs, non observés à leur origine, peuvent changer radicalement les équilibres entre les forces. Il en est un qui mérite dès maintenant d’être étudié avec attention. Il relève de ce que l’on appellera peut-être plus tard la grande crise historique américaine. Le système américain semble engagé, du fait de sa « défaite sans fin » au Moyen Orient et de la course éperdue à la sophistication des armements par laquelle il espère faire face à des adversaires auxquels il ne comprend pas grand-chose, dans un processus d’auto-destruction quasi inéluctable. Le point important, souligné par ceux faisant un tel constat, est que ce système est trop rigide pour s’adapter et survivre. Contrairement à d’autres pays, notamment les pays européens qui ont pu sortir renforcés de crises bien plus dramatiques, l’Amérique n’a pas de résilience. Pour la vision apocalyptique qui imprime encore profondément la pensée de ses citoyens, la crise prouve qu’un péché mortel a été commis par la société. La seule façon de réparer le « mal » est d’accepter l’effondrement, en espérant qu’un nouvel ordre, divin sinon terrestre, prendra la suite.

On nous dira que cette description est caricaturale. L’Amérique s’adaptera à la crise montante parce que beaucoup d'Américains réalistes ne voudront pas se laisser embarquer dans des discours eschatologiques. Peut-être. Quoiqu’il en soit, pour ce qui nous concerne, nous pensons que les esprits des Européens doivent rester alertés. Ceux qui ne veulent pas lier le sort de la civilisation européenne à celui de la civilisation américaine doivent en permanence marquer les différences. En proposant des alternatives crédibles aux solutions que veut imposer l’euro-atlantisme d’aujourd’hui, ils rendront service, non seulement à l’Europe mais à ceux de leurs amis américains qui se désolidariseront des politiques suicidaires de Washington. Le domaine des sciences et des technologies constitue l'un des champs que les Européens doivent inlassablement marquer de leurs propres valeurs. 16/04/08


Succès de l'ATV Jules Verne désormais amarré à l'ISS

Saluons le grand succès qu'a représenté la "capture" de l'ISS par l'ATV (ou l'inverse) à 14h45 GMT le 03/04/2008. Du centre de contrôle de Toulouse, les présidents d'Escatha du CNES et Dordain de l'ESA ont indiqué en quelques phrases à étudier dans le détail que ce succès met dorénavant l'Europe en état d'affronter les voyages spatiaux planétaires. 03/04/08.

* http://www.esa.int/SPECIALS/ATV/SEM2YF5QGEF_0.html


Pétition Stop-Finance et commentaires

La pétition

On trouve à l'adresse ci-dessous les motifs et les acteurs de la démarche

Spéculation et crises : ça suffit !

La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.

Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer ni les dangers qu’elle fait courir à tous. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit – et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également que soit restreinte la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse opportunément au capital la possibilité de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.

Pour signer http://www.stop-finance.org/

Nos commentaires:

I. Cette pétition exprime un refus du rôle exorbitant des nouvelles catégories d’actionnaires qui prennent le pouvoir au sein des entreprises européennes, encouragées par la déréglementation mondiale des mouvements financiers. Il s’agit d’acteurs dont les gouvernements les plus libéraux eux-mêmes commencent à se méfier en comprenant qu’ils représentent des intérêts économiques et politiques n’ayant aucun souci de la croissance européenne : fonds d’investissement et fonds souverains non européens, fonds spéculatifs, fonds pourris. Leur politique est simple. Il s’agit d’abord de rechercher en toutes situations le profit immédiat, au détriment des investissements à long terme comme des politiques sociales ou d’aménagement du territoire. Mais, bien plus dangereux, il s’agit aussi pour eux de mettre progressivement la main sur des secteurs stratégiques, au profit des Etats pour le compte desquels ils agissent. Beaucoup de ces fonds aggravent par ailleurs les tendances inflationnistes et la pauvreté, en spéculant à la hausse sur les marchés boursiers de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles.

Face à cette situation, même lorsqu’ils ne rejettent pas systématiquement l’économie capitaliste, un nombre croissants d’acteurs économiques et politiques européens commencent à s’élever contre les « marchés » et la « finance » qui provoquent, en Europe même, licenciements, délocalisations et refus d’investir. Une volonté de résistance se répand, d’abord au sein des organisations de salariés mais aussi chez un nombre croissant d’élus locaux, de chefs d’entreprises petites ou moyennes et d’économistes. L’opinion générale reste encore à convaincre, qui ne voit pas clairement comment lutter contre les excès du libéralisme sans remettre en selle un dirigisme étatique présenté de façon caricaturale comme générateur de tous les maux.

Pour mobiliser l’opinion, les auteurs de la pétition proposent de s’en prendre aux cadres juridiques qui vont réglementer la vie économique européenne dès l’entrée en vigueur du nouveau Traité. Plus précisément, ils voudraient retrouver l’esprit qui avait fait échouer le référendum relatif au Traité constitutionnel européen au prétexte qu’il était trop libéral face au capitalisme financier mondialisé. Ils demandent donc la suppression de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui interdit les restrictions aux mouvements de capitaux. Ils veulent aussi restreindre la « liberté d’établissement » prévue par l’art. 48, qui permet aux entreprises de s’établir au sein de l’espace européen là où les conditions fiscales, sociales et de protection de l’environnement leur paraissent les plus favorables. Indiquons en passant que si la suppression de l’art. 56 peut se défendre, celle du l’art. 48 serait contraire à l’esprit même de l’Union européenne. Elle serait à très courte vue. On voit bien ces jours-ci, par exemple, les retombées politiques possibles, pour l’ensemble de la métallurgie, de la grève entreprise par les ouvriers roumains de Renault afin d’obtenir une augmentation de salaire. Renault se trouvera obligé, soit de délocaliser toute sa production automobile dans les pays émergents (ce qu’il n’osera sans doute pas faire), soit d’harmoniser les salaires entre les diverses usines européennes. .

2. Nous avons nous-mêmes, malgré ces réserves, signé la pétition. Elle peut avoir un effet mobilisateur auprès d’un certain nombre de personnes qui jugeront du symbole sans se préoccuper des chances qu’il aura d’être pris en compte. Mais nous pensons qu’il faudrait faire plus. Il est temps de proposer aux opinions publiques, aux Etats européens et aux institutions communautaires de véritables changements intéressant les politiques économiques et plus encore les stratégies géopolitiques. S’en tenir à demander une modification du Traité donnera bonne conscience à un certain nombre d’hommes ou des partis politiques incapables d’analyser en profondeur la crise systémique qui secoue non seulement les économies européennes mais le capitalisme mondialisé – à commencer par sa manifestation aujourd’hui la plus évidente, la méga-crise américaine. Faute de réflexion collective, ces hommes et ces partis (nous pensons en particulier aux partis de la gauche européenne, à commencer par le PS français) vont entrer sans munitions dans une ère de conflits idéologiques et politiques qui ne feront qu’empirer. Ne parlons pas de Sarkozy...

Sans prétendre tout dire sur la question, nous allons, dans un livre à paraître prochainement (L'Europe ou le vide de puissance, Jean-Paul Bayol), rappeler les objectifs présentés précédemment (voir http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/index.htm) autour des thèmes de la souveraineté technologique et scientifique européenne. Nous y évoquons aussi les traits fondamentaux de la crise américaine, tels qu'ils apparaissent aujourd'hui. L’actualité toute récente nous donne pleinement raison. Il est curieux de constater que les auteurs de la pétition n’en tirent pas de nouveaux arguments pour condamner non seulement le désordre des marchés financiers dans le monde comme en Europe, mais surtout l’insuffisance des mesures que le gouvernement fédéral est en train de prendre pour lutter contre la crise.

Dans un article précédent (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/edito1.htm), nous avions évoqué l’hypothèse futuriste selon laquelle l’administration américaine deviendrait véritablement « interventionniste » sur un mode intelligent. On en est loin pour le moment. Le gouvernement de G.W.Bush, comme pour le moment les candidats à l’élection présidentielle, n’évoquent que des interventions dont les citoyens seront seuls à faire les frais. Sous prétexte de retour au keynésianisme, ce sont en fait des politiques capitalistes classiques qui sont pour le moment proposées, sur la base du vieux principe consistant à privatiser les profits et collectiviser les pertes. Elles font appel au contribuable pour réparer les erreurs et plus généralement les crimes économiques du pouvoir financier. Les Européens ont intérêt à s’occuper de ce qui est décidé à Washington car, compte tenu du suivisme qui caractérise les pouvoirs publics européens et les nôtres en particulier, ce seront des mesures analogues qui seront vraisemblablement adoptées par les gouvernements des Etats-membres ou la Banque centrale européenne.

Le site de la 4e internationale américaine (World Socialist Web Site) donne à la date du 29 mars une analyse de la démarche suivie par les Etats-Unis que nous aimerions bien retrouver sous la plume des leaders socialistes européens. http://www.wsws.org/articles/2008/mar2008/cand-m29.shtml

« Le Congrès à majorité démocrate n’a fait jusqu’à ce jour aucune enquête sérieuse sur ce qui est généralement considéré comme le plus grand scandale financier depuis la 2e guerre mondiale. Il s’est agit de spéculations sans scrupules, de fraudes comptables à grande échelle, de prêts carnassiers consentis dans des proportions jamais encore rencontrées. Les responsables en sont les plus grosses banques commerciales et d’affaires du pays, les compagnies d’assurances, les fonds spéculatifs et les firmes d’investissements à risque. Pendant des années des titres sans valeur distribuées sur les marchés dérivés ont généré des revenus de plus de mille milliards de dollars au bénéfice des patrons de Wall Street et des grands investisseurs.

Maintenant, pendant que les travailleurs et les classes moyennes sont confrontés dans tout le pays à la perte de leurs logements et de leurs économies, la Banque Fédérale de Réserve ouvre des centaines de milliards de dollars en prêts à bas taux d’intérêt aux banques et aux institutions financières, recevant en échange des titres de crédits incapables de trouver acheteurs. L’administration Bush refuse toute politique générale d’aide aux propriétaires de logement en détresse et les Démocrates ne proposent que des palliatifs, sans s’en prendre aux vrais responsables qui sont à Wall Street. Les sénateurs Clinton, Obama et McCAin sont trop dépendants des élites financières pour les mettre en cause ».

Certains journaux financiers vont plus loin. Ils estiment que l’Etat, par l’intermédiaire de la Fed, s’est engagé avec la reprise de Bear Stearns par JPMorgan Chase dans une véritable « socialisation » des entreprises de crédits. On évoque de plus en plus le New Deal de FD Roosevelt ayant permis de sortir de la crise de 1929. Certains présentent même la référence de la Tennessee Valley Authority comme un exemple que pourrait suivre l’Etat en investissant dans des infrastructures ou dans des industries. Mais on en est loin. Nous pensons que tout ceci est - pour le moment – destiné à rassurer l’opinion pour éviter un véritable retour à une économie davantage administrée, dont les patrons de la finance ne veulent à aucun prix. Pour le moment disons nous, car si la crise s’aggrave et se généralise, nul ne peut dire ce que feront les Etats-Unis pour s’en sortir. Ce pays n’est pas prêt à se laisser abattre. Il paiera le prix qu’il faudra pour survivre, c’est-à-dire sacrifier momentanément l’idéologie libérale – et continuer ce faiasnt à enfoncer l’Europe dans la crise, si cela lui était profitable.

Ce sont ces perspectives, reprises et transposées au regard des intérêts européens, que nous aurions aimé voir évoquées par les auteurs de la pétition. Ils en sont loin pour le moment. 31/03/2008


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/08-18104/index.html