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La Gazette N° 176 du 31 janvier 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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* Chroniques du post humain, avec Miguel Benasayag http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/chroniquebb1.htm
* Entretien avec Stanislas Dehaene http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/interviewdehaene.htm

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Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Rappelons à cet égard que si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Le rapport Attali ou l’échec garanti

On pourrait aussi titrer à propos du rapport Attali : comment l’illusion de disposer d’un pouvoir absolu engendre un délire collectif. La petite histoire se demandera longtemps comment une cinquantaine de personnes qui dans leur vie professionnelle semblent raisonnables ont pu se laisser entraîner à produire un rapport qu’il faut bien qualifier de délire collectif. Nous disons qu’il s’agit d’un délire collectif non pas parce que les mesures proposées sont toutes mauvaises ou irréalistes, mais parce que la façon dont elles ont été définies et assénées à l’opinion ne peut que provoquer leur rejet.

Ce rapport est en fait le produit d’un triple délire mégalomaniaque qui mériterait une analyse quasi-psychiatrique approfondie. Le premier délire a été celui d’un président qui se croyait investi par son élection du pouvoir de projeter son ego dans toutes les directions. Au moment où il a chargé Jacques Attali de réaliser un rapport sur les freins à la croissance, il pensait que se donner l’image d’un réformateur tous azimuts lui permettrait d’affronter avec succès les difficultés du pouvoir. Il en est certainement revenu aujourd’hui et l’on peut espérer pour lui qu’il considère le rapport Attali comme un piège dont il voudrait bien sortir.

Le second délire a été celui d’Attali, personnalité frustrée de n’avoir jamais été qu’un sherpa et qui s’est cru enfin dotée par les circonstances d’un pouvoir échappant aux contraintes de la vie politique et de la démocratie représentative. Ce rapport, a-t-il vraisemblablement pensé, lui donnait barre sur le président, le gouvernement, les parlementaires, les intérêts divers et finalement les citoyens. Il lui permettait de devenir une sorte de dictateur omniscient au service des idées plus ou moins bonnes qu’il se fait de l’avenir de la France et le monde. Il fallait donc accumuler les propositions, sans aucune étude ni concertation préalable, afin de produire un choc dans l’opinion, laquelle verrait en lui, plutôt qu’en Nicolas Sarkozy, le messie dont le pays avait besoin.

Le troisième délire a été celui des membres de la commission. Nous ne le mentionnons que pour le principe. Tous ceux qui ont participé à des travaux de ce type sur mandat d’un chef d’Etat ou de gouvernement croient eux aussi leur heure arrivée et perdent tout esprit critique quant à la faisabilité des réformes proposées et à leurs chances d’être finalement retenues par le pouvoir. Qu’en pensent Edouard Balladur et Jacques Lang en ce qui concerne la réforme de la constitution ?

Que va-t-il maintenant se passer ? Hélas pour le besoin de réforme, on peut craindre que le rapport Attali tout entier ne soit mis au placard. Mais Nicolas Sarkozy doit se sentir actuellement comme un mulot guetté par l’œil vigilant d’un grand duc. Attali ne lui fera grâce d’aucune hésitation. Le président tentera donc sans doute, afin de gagner du temps, d’entreprendre quelques réformes, les plus faciles, comme la définition d’un contrat d’évolution pour les demandeurs d’emplois. Pour le reste, il attendra l’aggravation de la conjoncture en espérant que celle-ci renverra Attali à ses lubies. Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, a déjà commencé le travail. Jacques Attali pourra alors crier à la trahison et tenter de porter la patate chaude à la gauche. Nous lui souhaitons le meilleur accueil de la part de ses « amis ». 28/01/08


L'Europe et la souveraineté.
Conclusion présentée par JP Baquiast au colloque de Metz, le 25 janvier 2008, organisé par l'Union Paneuropéenne internationale

Nous avons voulu montrer dans cette table-ronde que l’Europe, déjà en manque de souveraineté juridique et politique, ne peut aujourd’hui affirmer la souveraineté technologique et économique qui lui serait nécessaire pour résister aux super-Etats auxquels elle est désormais confrontée. L’Europe en effet compte encore sur les vertus de la dérégulation et de la concurrence pour affronter des puissances qui pratiquent sans complexes l’interventionnisme sélectif, la guerre économique, voire la guerre tout court quand la défense de leurs intérêts vitaux l’exige.

La liste de ces super-Etats est désormais bien connue. Il s’agit d’abord des Etats-Unis. L’Amérique domine le monde depuis un demi-siècle et conserve des ressorts de puissance qu’elle n’abandonnera pas. S’y ajoutent dorénavant les Grands de demain, la Chine et l’Inde. Le Japon et la Russie, momentanément affaiblis, font tout pour les rejoindre. On ajoutera à cette liste les Etats pétroliers qui ne cachent pas leur dévotion à l’islam et mettent sans se cacher leurs atouts économiques au service de cette religion.

Comment procèdent ces super-Etats pour assurer leur puissance. Ils suivent l’exemple des Etats-Unis dont les stratégies reposent sur l’engagement total de la puissance publique, sous la forme d’un complexe de forces associant les militaires, les industriels, les gouvernements et les médias. Autrement dit, ils ne tiennent compte des prescriptions du libéralisme économique que lorsque leurs intérêts l’exigent. Sinon, leurs politiques de domination, typiques de l’interventionnisme qu’ils combattent chez les autres, reposent sur des recettes éprouvées :

- utiliser les achats publics pour renforcer leurs compétences nationales et affaiblir celles des pays concurrents. Outre la masse intrinsèque des sommes en jeu, la définition de standards de qualité ou de produits qu’ils fixent unilatéralement et imposent aux autres élimine a priori les fournisseurs étrangers jugés gênants ;

- financer la recherche publique et privée dans les domaines scientifiques et technologiques jugés essentiels. Ces financements intéressent pratiquement tous les secteurs économiques ;

- développer et protéger des filières industrielles compétitives dans ces mêmes secteurs. Même si certaines des entreprises composant ces filières sont délocalisées, elles ne le sont que superficiellement et leurs compétences peuvent toujours être rapatriées en cas de nécessité ;

- sécuriser les approvisionnements en énergie et en matière première jugés vitaux, y compris par la force armée ou par des opérations clandestines confiées aux services secrets ;

- mettre en place de grands programmes pluri-annuels mobilisant l’ensemble de leurs ressources technologiques et économiques au service d’objectifs précis, bien acceptés par le public et dont les performances sont évaluables : la défense, le spatial, la transformation de l’environnement, la production de nouvelles énergies, la robotique autonome, la vie artificielle, les nano industries .. ;

- comprimer les revenus et freiner la consommation des particuliers de façon à réaliser des épargnes forcées qui seront affectées au développement de la puissance globale.

- utiliser enfin les fonds d’investissement et les fonds d’Etat alimentés par les soldes positifs de leurs balances commerciales, quand ils en ont, afin d’acheter progressivement les cœurs de compétences industrielles et technologiques des pays endettés – tant du moins que ceux-ci toléreront ces prises de participation.

Pour ces Etats, il ne s’agit pas seulement d’assurer une simple course à la puissance. Il s’agit, explicitement ou non, de se préparer à de véritables guerres où ils s’affronteront pour la domination du monde avec la tentation grandissante du recours préventif à l’arme nucléaire. Les risques seront d’autant plus grands que s’aggravera la crise climatique, environnementale et démographique dans laquelle le monde est entré. Dans ces conditions, l’Europe, ayant refusé de recourir pour son compte à la puissance, ayant perdu la plupart de ses capacités défensives, sera l’un des champs de bataille où se combattront les belligérants.

Nous n’aurions pas présenté ces conclusions si nous pensions les Européens incapables de se reprendre en mains pour enrayer leurs reculs actuel. Nous avons envisagé quelques voies permettant de le faire. Mais cela supposerait beaucoup de sacrifices dans le domaine matériel et des investissements considérables dans les sciences et les technologies, Rien ne garantit qu’un tel effort puisse être acceptés. Si les idéaux de nos concitoyens restaient définis, comme certains l'ont regretté, par les magazines glamour, la téléréalité et les jeux vidéo, alors l’effondrement de la civilisation européenne deviendrait une certitude.


Balladur et l'illusion de l'alliance Atlantique

Dans un livre récent (Pour une Union occidentale entre l'Europe et les Etats-Unis, Fayard), Edouard Balladur propose d'arrimer définitivement, dans le cadre de ce qu'il appelle une Union occidentale, les Etats-Unis et l'Europe. Compte-tenu des valeurs qui selon lui rapprochent ces deux parties du monde et de leurs ennemis communs, cette Union s'impose plus que jamais. Pour lui cependant, qui s'oppose en cela aux atlantistes bêlants, elle doit se faire sur un pied d'égalité, entre l'Amérique et une Europe renforcée, acceptée et soutenue par les Etats-Unis.

C'est peut-être ce à quoi rêve Nicolas Sarkozy. Mais il faudrait rappeler, une nouvelle fois, que cette Union sur un pied d'égalité ne serait pas possible. D'une part les Etats Unis n'en veulent pas. D'autre part, la voudraient-ils en parole, ils nous écraseraient par leur puissance industrielle, technologique et scientifique. Il ne s'agit pas seulement de puissance mais de volonté d'hégémonie. Ils n'accepteront aucune puissance capable de leur disputer, même à la marge, la souveraineté politique ou technologique. L'Europe ne pourrait se développer qu'en rupture avec l'Amérique - ce qui ne veut pas dire de façon belliqueuse, évidemment - sauf si les Etats-Unis décident eux-mêmes de réduire par la force les ambitions européennes éventuelles. 27/01/08

* La presse américaine approuve Balladur, évidemment.
Voir http://www.iht.com/articles/2008/01/07/europe/politicus.php


Sacrifier la coopération européenne et la protection de l'environnement marin à la cote de popularité présidentielle

Nicolas Sarkozy a de nouveau donné un exemple déplorable aux Français en se prononçant le 18 mars à Boulogne-sur-Mer en faveur de l'assouplissement, sinon de la suppression, du système des quotas de pêche fixés par l'Union européenne. Certes, il répond aux exigences, d'ailleurs irresponsables, des marins-pêcheurs déjà fragilisés par la hausse du prix du gazole. Il espère ainsi sans doute faire remonter sa cote de popularité dans les sondages. Mais il se trompe. Les gens sérieux ne peuvent que déplorer une remise en cause sans arguments autres que politiciens, venant du plus haut sommet de l'Etat, des conclusions des experts. Affirmer qu'il utilisera la présidence française pour faire valoir des positions personnelles laisse bien augurer de celle-ci. Nos contacts à Bruxelles, parmi les représentants français, nous disent que cette déclaration a provoqué l'embarras, sinon la fureur.

L'opposition a raison de craindre les mêmes lâchages quand il sera question d'appliquer les recommandations du Grenelle d el'environnement, qui ne feront pas toutes plaisir aux intérêts économiques. 20/01/08


Qui arrêtera Sarkozy dans la démagogie à l’égard des religions ?

Après avoir vanté le mois dernier devant des dignitaires de l'Eglise catholique les "racines chrétiennes de la France", Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois exalté lundi 14 janvier l'héritage "civilisateur" des religions, cette fois en Arabie saoudite devant des dignitaires du très rigoriste régime saoudien, à chaque fois dans des termes inédits pour le chef d'un Etat laïque.

A Rome, en insistant sur les "racines chrétiennes de la France", il s’est permis d’affirmer qu’il défendait une laïcité dite "positive", c'est-à-dire "qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais un atout". Il a critiqué une laïcité "épuisée" et menacée par "le fanatisme", allant jusqu'à juger de l'intérêt de la République d'avoir "beaucoup d'hommes et de femmes" qui "croient" et qui "espèrent".

Le 14 janvier, il s’est encore plus engagé lors de son séjour en Arabie saoudite, devant les 150 membres du Conseil consultatif (Majlis ach-Choura) du royaume. A côté de propos convenus dénonçant l'intégrisme, "négation de l'Islam" et réaffirmant sa volonté d'éviter "le choc des civilisations", il a tenu des propos en totale contradiction avec la réserve qui doit être celle du chef d’un Etat laïc, en rappelant ce qu’il prétend être les "racines religieuses" du monde.

"Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux", a-t-il assuré, estimant que "c'est peut-être dans le religieux que ce qu'il y a d'universel dans les civilisations est le plus fort". Tel un prédicateur devant une méga-church américaine, il a évoqué "Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère", "Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme" ou encore "Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", pour regretter que son message ait "souvent été dénaturé".

Nous ne comprenons pas que les défenseurs de la laïcité, que ce soit dans l’opposition ou dans la majorité, ne relèvent pas vertement ces propos. Une interpellation à l’Assemblée Nationale serait le minimum, face aux débordements d’un président emporté par la haute idée qu’il se fait de lui et qui manifestement abuse gravement de ses pouvoirs.

Nous aimerions par ailleurs savoir comment les représentants de mouvements religieux islamistes particulièrement agressifs prendront de telles déclarations. Comme un encouragement à poursuivre la conversion des Européens à leurs valeurs ? 16/01/08

PS.: Rappelons à propos du principe de laïcité que celui-ci n'est pas à opposer aux croyances religieuses. On n'est pas soit croyant, soit laïc. On peut croire à ce que l'on veut, y compris à rien (athéisme) mais, dans la République française, on se doit par ailleurs de défendre la laïicité, c'est-à-dire la séparation de l'Etat et des églises. Il n'y a donc pas lieu de parler de laïcité apaisée, devant être opposée à une prétendu laïcité de combat. Il y a la laïcité, point final.

Quant au rôle de la religion dans l'éducation, que Sarkozy préfère à celui des instituteurs laïcs, rappelons qu'il n'y a pas plus obscurantiste que la morale chrétienne, qui terrifie les enfants avec la peur du péché et de l'enfer...je ne parle pas de la morale islamique qui n'est guère plus éclairée, l'une et l'autre puisant aux mêmes sources orientales.


L’Otan, c’est-à-dire les Européens, critiqués pour leur « mollesse » en Afghanistan

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, dans un entretien au Los Angeles Times publié mercredi 16 Janvier, a critiqué les compétences (et implicitement, le courage physique) des forces européennes de l'Otan engagées dans le sud-Afghan. Celles-ci, principalement composées de soldats britanniques, canadiens et néerlandais, ne sont pas suffisamment préparées à combattre les insurgés talibans. Elles ne savent pas conduire des opérations de contre-insurrection. Un reproche analogue avait il y a quelques semaines été formulé à l’égard du contingent allemand, à qui un haut représentant américain avait reproché d’avoir oublié les vertus militaires de leurs grands pères servant dans la Wehrmacht.

Quant on sait comment l’armée américaine ou les sociétés privés de sécurité affrétées par elle se comportent en Irak et même en Afghanistan, en multipliant les dégâts collatéraux et le recrutement des Talibans, on ne peut que souhaiter voir les Européens retirer leur participation à l’Otan sous direction américaine. Il ne suffit pas de s’indigner vertueusement, à l’Otan comme aux Pays-Bas ou au Canada, en rappelant comme le secrétaire général de l'Otan, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer. que "tous les pays engagés dans le sud, où c'est le plus dur, font un excellent travail".

Il faudrait, beaucoup plus radicalement, que la diplomatie européenne dans son ensemble, à supposer que ce concept corresponde à quelque chose, reconsidère entièrement la présence de troupes européennes en Afghanistan. Tant que la politique américaine restera ce qu’elle est, s’engager à sa suite ne pourra qu’aggraver les périls dans cette partie du monde. 16/01/08

PS au 24/01/08. L'affaire n'est pas jouée, lorsque l'on voit de hauts gradés européens (dont l'amiral Lanxade, que va-t-il faire dans cette galère?) proposer de mettre quasiment l'Otan sous gouvernement américain (voir http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4856).
Les réalistes prétendront que c'est la seule voie possible pour une petite Europe dirigée par de petits politiques ... . Nous connaissons ce discours qui a toujours précédé les grands échecs de notre histoire . Nous pensons au contraire que le moment est venu pour les Européens, après l'accumulation des échecs américains : Amérique Latine , Grand Moyen-Orient , Irak , Israël , Afghanistan ...et 19 ans après la disparition de l'URSS, de se construire un outil autonome de Défense, tout en restant pro forma dans l'Alliance Atlantique.


Une base interarmée française aux Emirats

Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy prend de son chef des initiatives sans avoir organisé le moindre débat avec la représentation parlementaire. Il vient d’annoncer lors de son voyage aux Emirats arabes unis la création d’une «base interarmées» (air, terre, mer) française sur les rivages du Golfe, juste en face de l’Iran. L’accord concernant la présence des forces françaises a été signé à Abou Dhabi, par Hervé Morin, le ministre français de la Défense, et son homologue des Emirats. 400 à 500 hommes seront donc déployés de façon permanente, «prépositionnés», certains en provenance de
Djibouti, où l’armée française compte une base de 2 800 hommes. La nouvelle installation, qui devrait être opérationnelle courant 2009, sera entièrement située sur le territoire d’Abou Dhabi, l’un des sept émirats composant la fédération, où la France dispose de facilités militaires depuis les accords de défense et de partenariat stratégique
conclus en 1994-1995.

Il n’y a pas de raison d’être a priori hostile à cette décision, que le parti socialiste lui-même aurait pu prendre s'il avait été au pouvoir. Encore aurait-il fallu en discuter. S’agit-il d’obtenir de nouveaux contrats de ventes d’armes aux Emirats ? Vu la forte présence du lobby militaro-industriel américain dans la zone, on peut en douter (250 milliards de dollars d’armement seront vendus aux Saoudiens) ? Faut-il répondre à la demande des dirigeants des Emirats ? «Ils ont besoin de se rassurer», a-t-on dit. Mais vis-à-vis de qui ? Contre le régime islamique de Téhéran ? Dans ce cas, la France va-t-elle s’engager davantage dans le soutien aux gesticulations diplomatico-militaires de Washington dans la région ?

S’agirait-il au contraire de rappeler que la France peut jouer un rôle d’équilibre vis-à-vis des Etats-Unis, dont l’omniprésence inquiète même ses fidèles alliés saoudiens ? Ce serait tr-s utile, mais personnellement nous en doutons vu l’allégeance manifestée en toutes occasions par le président français à l’égard de George Bush.

En attendant, les experts rappellent les questions qui se posent. Le nouvel accord va-t-il engager Paris sur la question des trois îles disputées entre les Emirats et l’Iran ? Et surtout, que se passera-t-il si un conflit intervient entre Washington et Téhéran, transformant le Golfe en une zone de chaos?

Enfin et surtout, la France peut-elle s’engager seule dans une région dont l’équilibre reste vital pour l’Europe toute entière, sans une concertation approfondie avec les représentants de l’Union. On peut douter que celle-ci ait eu lieu. Il serait temps en tous cas d’évoquer à Bruxelles les conséquences de la décision française, fut-ce a posteriori. 16/01/08


 

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