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La Gazette N° 175 du 15 janvier 2008

Par Jean-Paul Baquiast


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*
Les neurones de la lecture, par Stanislas Dehaene http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/dehaene.htm
* La conscience artificielle replacée dans la perspective de l'hyperscience http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/systcard.htm

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Rappelons à cet égard que si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


La route intelligente (intelligent highways) et l'intelligence artificielle adaptative

Le concept de route intelligente fait son chemin. Il s’agit d’un des domaines où les systèmes d’Intelligence artificielle adaptative, dits aussi « multi-agents évolutionnaires » trouveront très vite des applications militaires mais aussi et surtout civiles. Il va de soi que ce concept est associé à celui de « véhicule intelligent » qui est devenu maintenant une réalité, notamment aux Etats-Unis. Nous avions signalé il y a quelques semaines, à cet égard, les performances déployées par les concurrents du dernier Urban Grand Challenge organisé par la Darpa. Les engins robotisés gagnant avaient parcouru sans accidents quelques 60 miles en quelques heures, dans un environnement urbain reconstitué.

Le premier objectif de la route intelligente, comme du véhicule intelligent, est d’éliminer les risques provenant de défaillances des humains. Celles-ci sont considérées comme beaucoup plus fréquemment accidentogènes que les défaillance mécaniques ou robotiques. Mais la route, comme le véhicule, ne se contentera pas seulement d’être intelligente. Elle sera aussi écologiquement intelligente, en ce sens qu’elle privilégiera les technologies les moins polluantes et les plus économes en énergie.

Dans ce domaine, les revêtements routiers réutiliseront après retraitement sur place les enrobés bitumineux usées, afin d’éviter leur évacuation et leur remplacement par d’autres. Mais l’objectif à terme vise à utiliser de nouveaux composés d’origine végétale utilisant des liants fabriqués à froid. En septembre 2007, le groupe Colas a ainsi été distingué pour son produit Végécol, le premier liant de nature végétale mis sur le marché. Mais on peut aller beaucoup plus loin, imaginer par exemple des revêtements qui absorberaient les composants toxiques produits par les moteurs à explosion actuels. Ceci en utilisant des molécules ou nanomolécules activées notamment par la lumière solaire, qui ne manque pas sur les routes. C’est déjà le cas de la « chaussée dépolluante » de la société Eurovia, enrichie en oxyde de titane, censée neutraliser les oxydes d'azote par photocatalyse.

En matière de sécurité, de nouveaux matériaux sont à l’étude, pour faciliter la conduite et corriger les moments d'inattention. Ainsi on pourra raccourcir la distance de freinage ou avertir l'automobiliste, par un changement de couleur, que le sol est gelé. On imagine aussi, ce qui parait plus futuriste, un revêtement qui reconnaîtrait la trajectoire d'un véhicule ayant perdu sa maîtrise, et qui se ramollirait pour l'aider à freiner. Plus classiquement, les barrières de sécurité pourraient être dotées de capteurs signalant les anomalies ou appelant les secours en cas d’accident. Dès mainenant, concernant les véhicules, les capteurs d'alcoolémie ou d'états psychiques anormaux, sans mentionner le besoin de sommeil, commencent à se répandre.

Au-delà de ces systèmes encore rustiques, l’imagination des chercheurs et des ingénieurs travaille désormais à plein sur les réseaux associant des composants intelligents dialoguant entre le sol, le véhicule et des stations de contrôle et d'intervention implantées aux endroits stratégiques. Ces composants, reliés par des systèmes de radio-communication utilisant pleinement les possibilités de ce que l’on nomme désormais le Web des objets, aux normes de l’IPV6 (voir notre article http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juin/ipv6.html), multiplieront les émetteurs récepteurs d’informations concernant l’état du sol, l’état de la trajectoire mais aussi le maintien des capacités du véhicule, du conducteur et des passagers. Ils feront, comme on le pressent de plus en plus, appel aux systèmes d’Intelligence artificielle multi-agents évoqués en introduction, afin de minimiser les temps de réactions, susciter les réponses les plus appropriées et, inévitablement, étendre le champ et la portée des contrôles.

La détection de risques possibles ou en cours entraînera en effet des réactions systémiques de plus en plus intrusives, que ce soit sur la chaussée (modification du nombre de voies ou des ordres donnés aux conducteurs) ou à bord du véhicule (freinage voir arrêt commandé en cas d’urgence). Les automobilistes se figurant encore que la voiture leur permet d’exprimer toutes les richesses de leur personnalité se rebelleront sans doute contre cette intervention de la collectivité dans ce qu’ils considèrent comme le dernier rempart de leur intimité. Mais ils s’habitueront vite, si le nombre des morts, accidents et pollutions multiples diminuait véritablement. Ils devront choisir, s'ils doivent absolument se déplacer, entre cela, le ferroroutage et, pourquoi pas, plus simplement, le train ou le tram.

L’expérience montre en effet qu’il est absolument impossible de faire confiance à l’individu pour éviter les accidents, dont des tiers innocents sont les premières victimes, contrairement à ce que prétendent les associations dites de « défense des automobilistes ». On découvre actuellement par exemple que les routiers, présentés comme de grands professionnels de la route, comportent parmi eux un nombre croissant de chauffeurs qui regardent la télévision ou pratiquent les jeux vidéo en conduisant. Par ailleurs, ils n’hésitent pas à absorber des litres de vin rouge, distribués gratuitement à la tireuse dans les restaurants d’autoroutes, sous l’œil bienveillant de la maréchaussée (voir M6, Enquête exclusive, Bernard de la Villardière, Routiers. La route de tous les dangers, 09/01/07, 24h. )

Sur ces sujets, on consultera, notamment, en France, le Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu), ainsi que le Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC).
Mais c’est surtout aux Etats-Unis, dans les pays asiatiques et dans certains pays européens que les recherches bénéficient des crédits les plus importants. Les marchés seront considérables. Seuls en profiteront les industriels ayant acquis les systèmes les plus économiques et les performants.

On trouvera sur le web, pour en savoir plus, de nombreux sites répondant aux mots-clefs Intelligent Highways et Intelligent Vehicles.10/01/08


Conquête de l’Europe par la scientologie

L’Eglise de scientologie, fondée par Ron Hubbard en 1950, draine des ressources financières considérables. Elle travaille au corps (ou à l’esprit) un nombre croissant de dirigeants économiques et politiques, à qui elle inculque des méthodes de prêche leur permettant de convaincre les foules et de se transformer en propagateurs avoués ou cachés. Des hommes politiques en vue seraient soupçonnés d’en faire partie. Elle comprendrait 7.500 centres dans 163 pays et recenserait de 7 à 10 millions d’adeptes. Généralement considérée par les athées comme une secte parmi de nombreuses autres, elle cherche avec de plus en plus de succès de se faire reconnaître comme une religion afin de bénéficier des faveurs que de nombreux Etats, au mépris de la laïcité, accordent à ces dernières.

Les membres de l’Union européenne sont de plus en plus enclins à lui reconnaître le statut de religion. On cite notamment la Suède, le Portugal, la Slovénie, la Croatie et la Hongrie. A cette liste s’ajoutera désormais l’Espagne. L’ Audiencia Nacional de España, l’équivalent d’une Cour suprême, vient d’invalider le refus du gouvernement Zapatero d’inscrire l’Eglise de Scientologie au registre des religions. Cette décision, selon la Cour, ne respectait pas les règles de neutralité et d’impartialité des Etats face aux croyances religieuses. Les scientologues espagnols exultent, comme on le devine.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme va dans ce sens, puisqu’elle avait en 2007 invalidé une décision du gouvernement russe ( ?) refusant d’en faire une association religieuse. Tout laisse penser que dans les Etats encore réticents, Belgique, Allemagne et France, des campagnes d’opinions seront bientôt entreprises – campagnes dans lesquelles excelle l’acteur américain Tom Cruise et les millions de dollars mobilisés à sa suite - pour convaincre nos démocraties européennes de se montrer plus tolérantes. L’heure n’est-elle pas, dans l’esprit du discours de Latran, à l’exaltation des « valeurs religieuses », sans se poser de questions sur les grandes manœuvres géopolitiques qui se cachent derrière celles-ci. 10/01/08


Le service public de la radio-télévision et l'argent des multinationales

La gauche française avait toujours rêvé soustraire les chaînes publiques de radio-télévision à la pression des annonceurs commerciaux. Elle ne l’a malheureusement pas fait. Au contraire. Comme l’ont montré plusieurs sociologues, dont récemment Benjamin Barber et Bernard Stiegler, les gros intérêts privés capables de financer la publicité imposent explicitement ou non des contenus culturels « aliénateurs ». Leur objectif est d’ouvrir le plus largement possible l’esprit des auditeurs aux messages commerciaux des firmes. Ces messages sont aussi des messages politiques car ils défendent une « civilisation » fondée sur la consommation matérielle et la domination des puissances financières internationales.

Il n’est pas question en Europe d’interdire à ces puissances l’accès aux grands médias. Beaucoup des produits culturels qu’elles proposent recueillent l’adhésion du public. Il y trouve l’occasion de se distraire avec peu d’efforts. Mais il est légitime de penser que l’Etat, de même qu’il se doit d’être indépendant des religions, se doit de l’être des intérêts économiques. Pas plus que l’on ne confierait la fonction éducative aux multinationales, on ne devrait leur confier la responsabilité de la création culturelle.

Cependant, pour que les chaînes publiques, dans les pays où elles existent, ne soient pas sous l’influence de la publicité commerciale, elles doivent, comme l’école, bénéficier d’un financement public. Celui-ci doit lui-même être attribué d’une façon qui ne mette pas le bénéficiaire sous l’influence politique de gouvernants qui voudraient utiliser la télévision et la radio à la promotion du parti dont ils émanent. Il convient donc de définir un statut des chaînes qui les mette à l’abri des pressions politiques comme d’ailleurs du lobbying inévitable que feront inévitablement auprès d’elles les différents intérêts politiques, religieux ou économiques souhaitant récupérer à leur profit le prestige attaché au service public dans nos régimes démocratiques. On cite souvent le statut de la BBC britannique traditionnelle (existe-t-elle encore) comme exemplaire à cet égard.

Un dernier point, essentiel, doit être évoqué. Si avec Bernard Stiegler nous considérons que les médias publics ont un rôle de service public à jouer, non seulement comme créateurs de contenus culturels mais en tant qu’ « industries de l’intelligence », il faut qu’ils bénéficient de ressources budgétaires importantes – au même titre d’ailleurs que l’école et l’université, avec lesquelles ils seront appelées à collaborer. L’actuelle redevance ne peut la fournir, car elle est structurellement limitée par la volonté de ne pas pénaliser les auditeurs à faibles revenus. Le recours au budget général s’impose. Les bénéfices qu’en retirera la collectivité, en termes d’éducation populaire et d’intégration, seront tels que ces dépenses seraient rapidement « remboursées ».

Nous voudrions que cette conception du service public des industries culturelles soit partagée par les différents Etats de l’Union européenne et que celle-ci consacre une part bien plus importante de son budget (aujourd’hui à peu près nulle) aux investissements correspondants. L’exemple de Arte, bien que limité, montre que beaucoup d’entreprise de cette nature devraient être encouragées.

Nous voudrions aussi que la France prêche d’exemple en ce qui la concerne. Peut-on faire confiance au gouvernement actuel pour cela ? Compte tenu des pressions politiques et médiatiques auxquelles il semble incapable de résister, on peut en douter. Mais l’opinion publique peut dire son mot. Elle devrait se montrer intransigeante face à la berlusconisation des médias qui se précise chaque jour. Même si la télé-réalité conserve des adeptes, il suffirait que 10 à 20% de la presse écrite et des médias audiovisuels conservent leur indépendance pour que l’honneur de l’esprit français soit sauvé. 10/01/08


L'enfant gâté de l'Elysée

Après la nouvelle mise en scène de Nicolas Sarkozy par lui-même, le 8 janvier, une conclusion devrait sauter aux yeux. Il se défend d’avoir entrepris toutes les réformes à la fois. L’état de la France est si mauvais, nous dit-il, que cette simultanéité s’imposait.

Mais le reproche qu’il faut faire au président est de n’avoir entrepris aucune réforme sérieuse, hors celle des « régimes spéciaux » et du contrat de travail (à supposer que ceux-ci devaient être réformés, ce qui aurait peut-être pu se faire autrement). C’est exact que l’état de la France est mauvais et que des réformes s’imposent. C’est vrai aussi que ces réformes devraient être menées simultanément pour donner aux citoyens la sensation que quelque chose est vraiment en train de changer.

Qu’annonce-t-on ? Une hypothétique réforme hospitalière dont on ne voit pas sur quelle base elle se fera ; une réforme de l’Etat qui affaiblira encore une administration dont tout le monde déplore l’impuissance ; une réforme du code pénale qui nous renvoie aux lettres de cachet…

Rien n’a été dit sur la réforme majeure qui consisterait à désengager enfin l’économie française de sa dépendance au pétrole, ni sur celle, à conduire en parallèle, qui doperait la recherche et l’innovation des entreprises et des universités par l’injection de milliards aujourd’hui prétendument introuvables. Rien n’a été dit sur le changement de civilisation – puisque le mot a été est lancé dans une parfaite fuite en avant idéologique - qui permettrait de remplacer les valeurs de l’hyperconsommation-gaspillage par celles de la création intellectuelle, scientifique et culturelle. Rien n’a été dit sur la réintégration des banlieues dans la communauté nationale.

Bien pire, rien n’a été dit sur la façon dont la France collaborera avec ses partenaires européens afin de faire face aux défis du siècle. Où sont les grands programmes spatiaux, d’infrastructures, de lutte contre le réchauffement climatique qu’il faudrait déjà proposer aux Français et aux Européens. A ce train là, la présidence française de l’Union s’annonce comme celle de toutes les déceptions pour les naïfs qui comptaient encore sur la France pour faire avancer l’Europe. 09/01/08

PS. Je signale à propos de la prétendue politique de civilisation la réaction justifiée du syndicat des enseignants du SNUipp-FSU (majoritaire) à propos du discours de Latran de Nicolas Sarkozy, le 20 décembre 2007 à Rome. Dans ce discours, en faveur d'une "laïcité positive", le président a déclaré que "dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur même s'il est important qu'il s'en rapproche parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".
Pour le syndicat enseignant, "cette affirmation surprenante et choquante est source de confusion et risque de remettre en cause, s'il elle était confirmée, la conception de la laïcité telle qu'elle s'est construite en France depuis l'adoption de la loi de 1905".


Pas d'erreur sur Obama, il n'a rien d'un progressiste

Les esprits européens naïvement atlantistes se décourageaient de voit G.W. Bush faire apparemment tout ce qu'il pouvait pour encourager leur bête noire, l'anti-américanisme. Avec Barak Obama, tout allait changer. Ce serait l’homme qui allait redorer leur image du pouvoir américain : libéral, ouvert au changement, loin des financements douteux de la grande industrie et des accointances avec les ultra-religieux – sans mentionner qu’il se dit issu d’une minorité raciale (ce qui n’estd'ailleurs vrai qu’à moitié). Hélas nos atlantistes sont loin du compte.

La presse américaine indépendante récente, celle (supposons qu’il y en a) qui n’est pas soumise aux consignes de pensée du lobby politico-militaro-industriel, montre au contraire qu’Obama se présente comme profondément chrétien (cela paye plus électoralement que se dire athée ou agnostique). Il prierait ainsi plusieurs fois par jour. Il bénéficie par ailleurs de nombreux et importants subsides émanant de représentants de la finance et de l’industrie, il n’a pris aucun engagement sur le retrait des troupes de l’Irak, il ne propose aucune idée d’aucune sorte visant à améliorer ou démocratiser le fonctionnement des institutions américaines et les régimes sociaux.

Bref, les conservateurs voient en lui le candidat de rechange susceptible, en cas d’échec toujours à craindre de la très conformiste Hillary Clinton et du rejet plus qu’attendu des candidats républicains. Ce sera le joker qui permettra de maintenir « as usual » le fonctionnement du système de pouvoir et d’argent qui conduit les Etats-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il attirera par son profil sympathique les voix de millions et de millions d’électeurs exploités par ce système, lesquels croiront enfin élire le défenseur de leurs intérêts. Leur réveil sera dur, comme l’est celui des naïfs qui en France avaient voté pour Chirac puis Sarkozy au nom de la lutte contre la fracture sociale et pour le changement.

Ces analyses à l’égard de Barak Obama, venant d’éditorialistes que l’on peut supposer indépendants du Big Business, ne nous étonneront pas. Nous avions toujours pour notre part écrit que le pouvoir américain conserverait voire intensifierait son emprise sur l’Amérique et sur le monde, que les Démocrates gagnent ou non les futures élections. 06/01/08


A lire, cités par De Defensa:
* Article du World Socialist Web Site http://www.wsws.org/articles/2008/jan2008/iowa-j05.shtml
* Un article de Common Dream, signé par David Domke, professeur de Communication et de Journalisme à l’Université de Washington, et Kevin Coe, en charge d'une thèse sur la Communication dans le discours politique, tous deux auteurs du livre récent "The God Strategy: How Religion Became a Political Weapon in America" http://www.commondreams.org/archive/2008/01/04/6184/print/
* Sur "The God Strategy", Oxford University Press, voir http://www.thegodstrategy.com/


Le Figaro entre Rome et la Mecque

Les lecteurs du Figaro sont habitués aux palinodies du journal à l'égard du Saint-Siège et de la pensée judéo-chrétienne sous ses formes les plus archaïques. Mais ils devront maintenant s'habituer à voir leur journal manger sa calotte et se coucher devant les "autorités" de l'Islam. La lecture d'une page entière consacrée à un message musulman de remerciements et de voeux publiée le 31 décembre (p. 7) pourra les en convaincre. Ce message est en fait une affirmation agressive sinon totalitaire de la supériorité d'Allah et de ses serviteurs sur tous autres, signé par des centaines de muftis et autres professeurs d'universités islamiques de par le monde. Le fait que le message soit présenté comme un placard publicitaire ne rassurera pas les dévots lecteurs du Figaro. Que le journal ait besoin d'argent ne justifie pas tous les abandons doctrinaux.

Mais en fait, on peut penser que nos dévots lecteurs du Figaro se réjouiront d'être rejoints par les docteurs de la foi musulmane dans l'affirmation d'une sainte unité contre le paganisme et le désespoir engendré par l'athéisme, comme l'a si bien dit, sous une forme pas très différente, le président de la République française dans son désormais fondateur discours de Latran. Gloire aux enfants de Jésus Christ, que ce soit celui de l'évangile ou celui désigné par la Sourate de Marie, Le Coran; 19; 33. Malédiction et mort aux athées qui ne reconnaissent pas ces saints textes. 02/01/08.


Le calcul scientifique de haute performance
(High Performance Computing)

Nous avons signalé dans une chronique précédente la mise en place du programme européen PACE ou PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe) rassemblant 15 Etats et visant à réaliser un réseau de super-calculateurs atteignant des vitesses de calcul se situant du teraflops jusqu'au petaflops 1)

Le public s'imagine volontiers que les calculateurs de cette puissance n'ont plus grande utilité, puisqu'il est théoriquement possible de mettre en réseau des milliers de micro-ordinateurs permettant d'aligner des capacités apparemment équivalentes. Mais il existe de grandes différences entre les performances de tels réseaux, à qui font défaut des connexions efficaces et un système d'exploitation centralisé performant. Les supercalculateurs restent donc indispensables à tout Etat ou groupe d'Etats désirant réaliser rapidement et à moindre coût des calculs indispensables à sa sécurité comme au développement des sciences dont il a besoin tant dans la concurrence internationale.que dans la coopération.

L'Europe s'en est aperçu, un peu tardivement. Elle dépend cruellement de matériels qu'elle ne produit pas ou n'assemble pas (sauf marginalement, en ce qui concerne la France, où le CEA s'équipe actuellement d'un supercalculateur Bull principalement dédié à la défense). C'est comme l'on devine aux Etats-Unis et au Japon que se trouvent les industriels et les grands centres de calcul capables de fournir les prestations attendues tant par les scientifiques que par les militaires. Aux Etats-Unis, on se prépare maintenant la nouvelle génération de machines, dont l'augmentation considérable de puissance va faire faire un bond en avant considérable aux recherches scientifiques.

Aujourd'hui, le calculateur le plus puissant du monde est l'IBM BlueGene/L installé au Lawrence Livermore National Laboratory qui dépend du département de l'Energie des Etats-Unis. Il réalise en pointe 596 trillions d'opérations par seconde. Les nouvelles machines, de l'ordre du pétaflops équivaudront à la puissance installée de 100.000 PC. Selon les experts, un calcul qui demanderait 80 ans pour l'un de ces PC pourrait être réalisé en 5h sur un calculateur de la taille du Blue Gene/L et en moins de 2h sur une machine de la taille supérieure.

La réalisation de ces monstres oblige à faire face à de nombreux défis, dont le moindre n'est pas la consommation électrique et la dissipation de chaleur. Le successeur de Blue Gene/L déjà baptisé du nom de "Roadrunner" sera développé par IBM en partenariat avec le Laboratoire national de Los Alamos dépendant lui aussi du département de l'Energie. Il consommera 4 megawatts de puissance électrique. Mais il permettra aussi d'éclairer, si l'on peut dire, des questions scientifiques demeurées encore obscures et aussi diverses que le changement climatique, les évolutions géologiques, les nouvelles molécules thérapeutiques et la matière noire.

La véritable difficulté, cependant, n'est pas directement liée à l'environnement de la machine ni même à la rapidité des composants électroniques qu'elle utilise. Elle se trouve, comme l'on sait, dans l'aptitude des logiciels et des architectures programmatiques permettant de faire travailler ensemble des centaines de milliers de sous-ensembles multiples en les regroupant au mieux des problèmes complexes à résoudre. L'ingénierie logicielle apporte beaucoup de solutions standard mais ne peut remplacer entièrement le flair des programmeurs et ingénieurs systèmes travaillant en liaison avec ceux qui leur posent les « bonnes questions ».

Applications

La force des nouveaux calculateurs consiste à faire tourner des modèles numériques ou analogiques simulant des phénomènes de la nature inobservables directement, faute de temps, d'argent ou d'instruments adéquats. Le processus traditionnel de la recherche scientifique, supposant un échelonnement dans le temps de la théorie à l'hypothèse puis à l'expérimentation se trouve modifié. Plus exactement, l'expérimentation n'a plus besoin d'être conduite en vraie grandeur. Elle peut être remplacée par une simulation.

Les récentes prédictions scientifiques concernant le changement climatique qui ont servi d'argument pour la mise en place du protocole de Kyoto et de ses suites n'ont été rendues possibles que parce que la puissance de calcul affectée à leur production a été multipliée plus de 10.000 fois en quelques années. Alors que pendant longtemps les données satellitaires climatologiques et géophysiques ne pouvaient pas être traitées en temps utile par les laboratoires terrestres, aujourd'hui l'inverse se produit. Les satellites ayant vieilli ne fournissent plus assez de données ni assez rapidement pour répondre à la soif d'informations des modèles computationnels.

A l'opposé, les flots de données qui seront produites par le futur accélérateur LHC du CERN pourront en principe être traitées en temps réel, ce qui serait impossible actuellement. Encore faudrait-il que les scientifiques y travaillant puissent accéder à des calculateurs assez puissants, ce qui n'est pas garanti compte tenu du peu d'enthousiasme manifesté par les Etats-Unis pour fournir du temps de calcul dans des conditions satisfaisantes.

Dans le domaine tout différent de l'armement nucléaire, on sait depuis longtemps que les essais simulés ont rendu inutiles les tests en vraie grandeur. A cet égard, il n'était pas question pour la France de dépendre de la bonne volonté américaine. D'où l'acquisition du calculateur Bull de la direction des applications militaires du CEA précité (lequel offre aussi du temps à des équipes civiles).

La question de la disponibilité en puissance de calcul se posera également déjà dans la perspective du traitement des myriades de données qui seront nécessaires à la simulation des phénomènes se déroulant dans le cœur du futur réacteur à fusion ITER de Cadarache ou de ses enceintes. Il serait prudent de prévoir dès maintenant les ressources nécessaires.

Un autre domaine qui pourra se révéler encore plus vital, concernera la préparation d'un vaccin contre la grippe aviaire « hominisée » dès que celle-ci se déclarera (éventualité considérée comme inévitable). Les ressources d'un supercalculateur permettront de gagner de précieuses semaines dans l'analyse du virus et la mise au point de réponses adaptées.

Un nouveau calculateur au CNRS

Au moment de finir cet article, nous apprenons une bonne nouvelle 2). Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) va prochainement s’équiper d'une plate-forme de calcul intensif de 207 téraflops. L’organisme disposait jusqu'ici d'une puissance de calcul de 6,7 téraflops. Il se hisse ainsi au troisième rang mondial – hors calculateurs militaires –, derrière le département à l'énergie américain précité (596 téraflops) et le Forschungzentrum Jülich allemand (222 téraflops).

Conçue par IBM (nous eussions préféré Bull 3) la nouvelle machine se compose de deux blocs complémentaires : un ensemble de dix armoires Blue Gene/P, d'une puissance de 139 téraflops, qui sera installé à la fin du mois de janvier, et un groupe de huit modules Power 6, d'une capacité de 68 téraflops, livré au mois de juillet.
Installé au centre national de calcul du CNRS – l'Institut du développement et des ressources en informatique scientifique (Idris) –, à Orsay, le nouveau supercalculateur représente un investissement d'environ 25 millions d'euros, dont 5 millions seraient réservés à la maintenance de la machine. Celle-ci sera ouverte à tous les chercheurs, du secteur public ou des entreprises.

Dans 10 ans

Terminons par un regard sur la prochaine décennie. On ne doit pas croire que la limite du pétaflops tiendra longtemps. D'ores et déjà les ingénieurs étudient une machine mille fois plus puissante, capable d'un million de trilliards d'opération par seconde. Elle est prévue vers 2018. Il n'est pas risqué de parier qu'elle sera américaine. A moins que par miracle le programme PACE cité ci-dessus prenne rapidement un grand développement.

Notes :
1) gigaflops = 1 milliard 1×10 puissance 9 flops ; teraflops = 1 trilliard ou 1×10 puissance 12 flops ; petaflops = 1 quadrilliard ou 1×10 puissance 15 flops, le flops désignant 1 opération élémentaire en virgule flottante réalisée par seconde).
2) http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1259.htm
3) Nous reviendrons sur ce point. La fleur faite à IBM nous parait particulièrement significative d'une dépendance entretenue de la recherche française à l'égard de ce constructeur.


Communiqué de Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin aux lecteurs du site Paneurope et de la newsletter Europa++

Chers amis lecteurs du site Paneurope France et abonnés de la revue Europa, Christophe Jacquemin et moi souhaitons par ce message vous avertir que, sauf occasions particulières, vous ne trouverez plus d'articles signés par nous sur ces deux supports. De même, je ne jouerai plus à compter de ce jour le rôle de rédacteur en chef qui m'avait été attribué par nos collègues du comité de rédaction. L'alliance « stratégique » entre Paneurope et Automates Intelligents ne devait durer qu'un temps, celui permettant de mettre définitivement Paneurope sur les rails du monde virtuel. Nous estimons que notre engagement a été tenu, comme le prouve le grand nombre des articles et des informations désormais en ligne, ainsi qu'une fréquentation ayant progressé en flèche.

Nous devons pour notre part consacrer davantage de temps à l'actualisation de notre revue Automates Intelligents, dans la forme mais aussi sur le fond, compte tenu de l'explosion contemporaine des évènements scientifiques entrant dans notre ligne éditoriale. Pour ma part, je vais publier dans trois mois environ un livre dédié à l'avenir de l'Europe tel qu'avec Christophe et quelques amis nous le concevons. Ce livre sera édité par Jean-Paul Bayol et disposera d'un site Internet où nos futurs articles pourront être consultés, voire repris par Paneurope si elle le souhaite. Vous en aurez l'adresse quand il sera créé.

Une dernière raison nous pousse à nous retirer. C'est que, écrivant hélas beaucoup et facilement, nous décourageons d'autres membres de Paneurope de s'exprimer. C'est donc rendre un mauvais service à l'Association que continuer à parler pour son compte. Les parents connaissent bien cela. Lorsque les enfants grandissent, ils doivent se taire pour leur laisser la parole. 01/01/08

* http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=361&rubrique_id=


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/08-17501/index.html