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La Gazette N° 173 du 15 décembre 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Pour un principe matérialiste fort
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Edition Jean-Paul Bayol
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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Accord en demi-teintes à Bali

Les optimistes et les diplomates se réjouiront sans doute de la tardive conclusion de la conférence de l’ONU sur le climat, survenue tard dans la nuit du 14 décembre à Bali. Le constat de désaccord entre ceux voulant réduire, avec des objectifs chiffrés, la production de CO2 et ceux refusant de s’engager a été évité. Néanmoins l’accord obtenu reste vague puisqu’il porte uniquement sur un engagement de procédure. Le texte stipule que le processus de négociations qui doit arrêter les suites à donner au protocole de Kyoto devra être lancé "dès que possible et pas plus tard qu'avril 2008", la première phase du protocole de Kyoto expirant en 2012. Il vise les recommandations du GIEC proposant des objectifs quantitatifs de réduction, mais n’en fait pas des obligations contractuelles. Le texte élude ainsi les références chiffrées aux émissions polluantes et à la nécessité de les réduire, auxquelles s'opposaient les Etats-Unis.

Si l’on veut être plus réaliste, on notera que, malgré les rapports nombreux produits ces derniers mois pour le compte de l’ONU par des scientifiques et des économistes, les pays les plus pollueurs, qui sont aussi les plus riches, Etats-Unis, Canada, Japon ont fait pression tout au long des débats pour refuser de reconnaître leur responsabilité et de prendre les mesures susceptibles, selon eux, de nuire à leur croissance. Nous estimons, en pesant les mots, qu’il s’agit d’un véritable crime diffus contre l’humanité. Avec un certain courage, dans les dernières heures, Al Gore s’était d’ailleurs désolidarisé de la position de son pays, en provoquant les applaudissements de la salle.

Jusqu’au dernier moment, la délégation américaine a soulevé des incidents de procédure, afin d’aboutir à un constat d’échec. A la mi-journée de vendredi, elle avait menacé de rejeter le texte en exigeant des engagements supplémentaires des pays émergents. Il est vrai qu’auparavant, les premiers blocages étaient venus de la Chine, de l'Inde, du Pakistan et du Bangladesh qui avaient demandé plusieurs suspensions de séance et des amendements au texte pour contrebalancer les efforts attendus de leur part. On ne peut pas cependant reprocher leur attitude à ces pays, lorsque les pays les plus riches donnent l’exemple déplorable de l’égoïsme et de l’unilatéralisme.

L’Europe avait maintenu durant la conférence sa position initiale : le danger est grand, des limites quantitatives doivent être décidées et les pays européens s’engageront au plus haut des fourchettes de réduction demandées par les experts. Néanmoins, un certain flottement du à la volonté de ne pas affronter directement les Etats-Unis s’était fait sentir à la fin, notamment de la part de la France. Les ministres français n’ont pas, en effet, montré beaucoup de fermeté (ni de compétence dans les négociations). Ils donnaient l’impression d’être près à accepter les formules vagues que voulaient imposer la délégation américaine.

Toute notre estime et nos félicitations iront par contre au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, venu notamment assister à la dernière séance plénière pour y peser de son influence. Il a du mérite à ce faire car l’ONU n’est pas uniquement composée de membres prêts à s’engager concrètement contre le réchauffement climatique. Mais le vrai artisan de l’accord en demi-teinte obtenu a été Yvo de Boer (notre photo) le responsable (de nationalité néerlandaise) de la lutte contre le changement climatique à l'ONU. On peut estimer que sans lui, le monde donnait une nouvelle fois la preuve de son irresponsabilité devant l’égoïsme des puissants, pour qui rien ne compte que maintenir leurs pouvoirs économiques et politiques.

Concluons cependant que le véritable changement de société nécessaire pour faire face, non seulement à la production des gaz à effet de serre mais à la destruction programmée des éco-systèmes est encore loin de se dessiner. 15/12/07


Du nouveau dans les éoliennes

John Hutton, le ministre britannique de l’énergie, vient d’annoncer à Berlin, lors d’une conférence sur l’énergie, un plan visant à installer des milliers d’aéro-turbines en mer du Nord, mer d’Irlande et le long de la côte écossaise. Ces équipements devraient générer assez d’énergie pour satisfaire à la moitié des besoins en électricité du pays, tels que calculés actuellement. L’ensemble de la plateforme continentale de Royaume uni serait concerné par ce nouveau mode de développement, sauf des zones vitales pour la navigation et la pêche.

Le plan prévoit des turbines pouvant atteindre 300 mètres, chacune d’entre elles capable d’alimenter jusqu’à 8000 foyers. Aujourd’hui les ressources classiques de production d’électricité génèrent 75 gigawatts de courant, dont 0,5 seulement proviennent du vent. Les programmes actuels prévoient d’atteindre 8 GW. Mais si le plan annoncé par le ministre est mené à bien, ce serait 33 GW qui seraient produits aux alentours de 2020. Il serait nécessaire de maintenir des centrales classiques pour répondre à la demande en l’absence de vent, mais le coût de telles centrales n’augmenterait pas considérablement le bilan final, selon les calculs économiques présentés.

Dès aujourd’hui, le Royaume Uni est le premier investisseur en éoliennes dans le monde, et le second après le Danemark en capacités actuellement installées. Le plan se traduira par le fait que les éoliennes seront visibles pratiquement partout le long du littoral, ce qui va certainement relancer les débats sur les préjudices esthétiques en résultant. Mais jusqu’à présent, l’opinion a bien accepté les équipements pilotes installés.

D’autres solutions technologiques verront le jour d’ici quelques années. Ainsi, un nouveau super-aérogénérateur a été présenté à la dernière Wind Power Asia Exhibition de Pékin. Il s’agit du Maglev, utilisant la lévitation magnétique. Un rotor à axe vertical est suspendu, non sur des roulements traditionnels, mais par un flux magnétique généré par des aimants permanents (ne nécessitant pas d’alimentation électrique) utilisant une terre rare spéciale, le neodymium. Il n’y a pas de perte d’énergie due à la friction et les coûts de maintenance sont minimes. Le neodymium est assez facile à obtenir et trouve de nombreuses applications dans l'industrie.

Le Maglev présenterait d’autres avantages. Il peut utiliser des vents très faibles, de vélocité inférieure à 1,5 m/s. A l’inverse, il supporte des vents supérieurs à 40 m/s. L’installation d’une seule de ces turbines géantes pourrait produire 1 GW de courant, soit le 1/33e du plan britannique, pour un prix de construction estimé à $53 million. Le coût global rapporté à la production ne dépasserait pas 50% de celui d’une éolienne classique. La construction de ces machines a commencé en novembre 2007 dans un site de la Chine centrale, sous la responsabilité de l’entreprise chinoise Zhongke Hengyuan Energy Technology. Les turbines seront aussi fabriquées en Arizona par MagLev Wind Turbine Technologies.

On retiendra deux choses de ces informations convergentes. D'une part, l'énergie éolienne a un bel avenir devant elle, malgré ce qu'en disent ses détracteurs. Elle n'est d'ailleurs pas incompatible avec le solaire 1) et le nucléaire, ce dernier pouvant prendre le relais des défaillances de la nature. D'autre part, la Chine parait vraiment décidée à innover pour prendre la tête dans ce domaine, ce qui est une excellente chose pour le climat. L'Europe fait bien de ne pas prendre de retard. 14/12/07

1) Dans le solaire, l'Allemagne serait le pays le plus avancé au monde, selon le NewScientist du 8 décembre 2007.

* Article de WindTech http://www.windtech-international.com/content/view/661/2/
* Neodymium. Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Neodymium


Le Traité de Lisbonne

Le traité européen, qui prendra désormais le nom de Traité de Lisbonne, a été signé le 13 décembre dans le cloître du monastère des Jeronimos où le Portugal avait déjà signé son traité d'adhésion à l'Union en 1985. Le seul chef de gouvernement européen à manquer la cérémonie était le Britannique Gordon Brown, qui a laissé son ministre des Affaires étrangères David Miliband signer à sa place. Les observateurs y ont vu avant tout le peu d'importance accordé aux affaires européennes par Gordon Brown, sous pression constante des eurosceptiques britanniques. Nous voyons pour notre part dans ce geste véritablement enfantin une manifestation indigne d'un grand pays.

Les dirigeants européens espèrent que le traité, dont le contenu avait été approuvé le 19 octobre dernier après des mois de douloureuses négociations entre les 27, sera dès 2008 ratifié partout par la voie parlementaire, sauf par l'Irlande obligée d'organiser un référendum. Il entrera en vigueur au 1er janvier 2009.

Nicolas Sarkozy a souligné qu'il fallait maintenant "mettre du contenu" dans le projet européen. "Il faut, a-t-il dit, une politique de l'immigration, une politique de l'environnement, une politique de la défense en Europe. C'est ce à quoi on va s'occuper". Nous ajouterions pour notre part qu’il faut aussi à l’Europe une politique spatiale et des politiques industrielles et de recherche. Mais on ne voit pas, dans l'ambiance actuelle de démission, qui va s'intéresser à ces enjeux. 13/12/07


Le retour de l'Amérique sur la Lune se précise

Le programme permettant à l'Amérique de revenir sur la Lune vient d'être confirmé par la Nasa. Ses grandes lignes sont dorénavant définies. Il devrait, malgré les restrictions budgétaires qui frappent l'Agence, être pleinement opérationnel en 2016, dans la perspective d'envoyer des hommes en 2020.

Un porte-parole de la Nasa, Rick Gilbrech, a précisé le 10 décembre 2007 comment l'Agence envisageait de donner suite à la mission qui lui avait été confiée il y a un an par le président G.W. Bush : Retourner sur la Lune et au-delà (and beyond). « Nous avons d'ici 2020 l'intention, a-t-il affirmé, de construire des villes sur la Lune et de multiplier nos « empreintes de roues » sur Mars ». Le premier objectif annoncé sera l'implantation d'une base habitée, pour 6 à 8 personnes, près du pôle sud de notre satellite, qui doté d'un bon ensoleillement. Cette base tirera en effet son énergie du soleil et s'approvisionnera en utilisant des ressources en minerais et peut-être en eau disponibles localement. Des véhicules lunaires (rover) de nouvelle génération permettront aux explorateurs de se déplacer sur des distances importantes.

Le programme permettant à l'Amérique de revenir sur la Lune a été baptisé Constellation. Ses grandes lignes sont dorénavant définies. Il devrait, malgré les restrictions budgétaires qui frappent la Nasa, être pleinement opérationnel en 2016, dans la perspective d'envoyer des hommes en 2020.
La station spatiale internationale, renforcée et complétée, constitue la première brique de ce programme. Elle servira de base arrière et de secours. Les navettes seront retirées de service en 2010 après avoir terminé sa mise à niveau.

La seconde phase du programme Constellation consistera à donner un successeur aux navettes. Il s'agira du lanceur Ares et de la capsule Orion. Le système Ares est constitué de deux ensembles : le lanceur lourd Ares V dédié au transport des charges et le lanceur Ares I chargé d'emmener en apesanteur la capsule habitée. L'ensemble des charges, y compris la capsule, seront placées au sommet des lanceurs. Il s'agit d'éviter des dégâts éventuels provenant d'incidents sur les propulseurs et de faciliter une éventuelle manœuvre d'évacuation au moment du décollage. Une fois en orbite, Ares I accostera Ares V . La capsule sera connectée à ce dernier avant le départ définitif vers la Lune. Le restant des dispositifs, l'atterrisseur lunaire et les modules de surface devant être installés sur la Lune ne seront construits qu'après 2010, pour des raisons budgétaires. Mais à partir de cette date, la réalisation devrait se dérouler sans problèmes particuliers.

La Nasa ne dispose pas aujourd'hui de la situation favorable où elle se trouvait après mai 1961, lorsque le président Kennedy avait décidé de lancer le programme Apollo. Les crédits ne lui avaient alors pas manqué, car il fallait gagner la course à la Lune face à l'Union soviétique. Huit ans avaient suffi pour que Neil Armstrong mette le pied sur le sol lunaire le 20 juillet 1969. Aujourd'hui par contre, les technologies et les diverses procédures sont beaucoup plus au point qu'à l'époque.

Dans l'esprit de la Nasa, le futur retour sur la Lune n'est que le premier pas préparant un débarquement sur Mars envisagé pour une dizaine d'années après. Mais un certain nombre de facteurs font espérer à l'Agence que les contraintes budgétaires qui pèsent sur elle s'atténueront et que les délais tant pour la Lune que pour Mars pourront être raccourcis. Une raison majeure pourrait en être la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas se laisser rattraper par les Chinois qui mettent actuellement les bouchées doubles (voir notre brève d'actualité concernant la mission Shenzhou VII http://www.automatesintelligents.com/actu/071231_actu.html#actu1).

Une autre raison sera la pression du puissant lobby des industriels du secteur aéro-spatial. Ceux-ci, à qui l'Administration fédérale n'a rien à refuser, attendent avec impatience la possibilité de tester de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies à l'occasion des défis à relever pour les ambitieuses missions prévues. Les retombées civiles de tels projets seront en effet considérables. Des marchés très importants, intéressant les transports, l'énergie, l'habitat leurs seront ouverts, notamment dans la perspective de faire face aux défis de la crise environnementale. Il suffit pour le comprendre de voir l'effervescence qui emplit les médias au fur et à mesure que la Nasa dévoile ses projets lunaires.

La Chine, l'Inde et peut-être le Japon, comme nous l'avons relaté dans de précédentes chroniques, essaieront parallèlement de développer des expéditions humaines sur la Lune avec leurs propres moyens. La perspective de collaborer avec la Nasa ne les intéresse pas.

Seule l'Europe, si elle continue sur sa lancée actuelle, ne participera pas au grand envol. Elle aura beaucoup de mal, en 2012, à mettre en service le modeste programme Galiléo. On ne voit pas quels hommes politiques oseraient lui proposer de financer d'ici là un programme lunaire et a fortiori une expédition martienne. Ce sera tant pis pour nos ingénieurs et nos technologies, s'il nous en reste. 12/12/07


Le sommet Europe Afrique de Lisbonne (8 et 9 décembre 2007)

Le sommet de Lisbonne a réuni les dirigeants de 53 pays africains et des 27 pays de l'Union européenne. Il n'est pas certain qu'il ait convaincu les Etats africains de la possibilité de voir modifier en profondeur leurs relations avec l'Europe, d'une façon leur permettant de rattraper véritablement leurs retards économiques.

L'Union européenne a une longue tradition de relation avec l'Afrique, mais celle-ci s'est souvent ressentie des persistances du colonialisme. Même si les Etats européens respectent en principe l'indépendance et la souveraineté de leurs homologues africains, ils ont du mal à se persuader que les entreprises européennes ne doivent pas exploiter les ressources africaines au mieux de leurs seuls intérêts. Ils ont du mal à accepter que les Etats africains cherchent à protéger leurs économies face à des partenaires dont le niveau de développement est si supérieur que tout objectif de "partenariat stratégique" basé sur une relation "d'égal à égal" avec l'Afrique, qui serait en rupture avec "une vision caritative moralisante" parait relever de l'incantation, sinon de la tromperie. C'est pourtant cet objectif qui a été proposé, par la bouche de Louis Michel, Commissaire européen pour le développement, l'aide humanitaire et les relations avec les Etats de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en introduction au sommet Europe Afrique des 8 et 9 décembre 2007 à Lisbonne.

Ce sommet a réuni les dirigeants de 53 pays africains et des 27 pays de l'Union européenne. Aucune réunion de ce type n'avait pu être organisée depuis la première, qui s'était tenue au Caire en 2000. Il n'est pas certain que le sommet ait convaincu les Etats africains de la possibilité de voir modifier en profondeur leurs relations avec l'Europe, d'une façon leur permettant de rattraper véritablement leurs retards économiques.

Les Etats africains sont de plus en plus courtisés par les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et même le Brésil, notamment pour les ressources en pétrole et en matières premières dont disposent certains d'entre eux. On conçoit bien qu'ils veuillent rappeler à leurs partenaires européens qu'ils ne dépendent plus du bon vouloir de ces derniers. L'idée de bâtir avec l'Union européenne un partenariat d'égal à égal ne peut donc que leur plaire. L'Europe sent bien de son côté que ses liens traditionnels avec l'Afrique doivent être réactivés et rajeunis, dans son propre intérêt. Sans un véritable partenariat stratégique, en effet, comme l'a rappelé le président du Sénégal Abdoulaye Wade, elle ne fera pas le poids face aux quatre géants du monde de demain, Etats-Unis, Chine, Inde et Brésil.

Cependant l'Union Européenne veut imposer dès le 31 décembre 2007 des accords de libre-échange dits de partenariat économique et de coopération multilatérale appelés Accords de Partenariat Economique (APE) à des pays dont le tissu économique est loin d'avoir le niveau de développement des pays européens. Il s'agit de prendre le relais des accords de Cotonou, qui viennent à expiration à cette date et qui, depuis sept ans, accordaient aux 46 Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique un régime dérogatoire au principe de libre-échange, par le biais de préférences commerciales unilatérales. Par ces APE, l'Union Européenne se rendra coupable d'une véritable entreprise de déstabilisation des agro-industries et industries africaines naissantes, à qui il faudra encore de nombreuses années avant qu'elles puissent affronter la concurrence des pays développées.

Pour un authentique co-développement

Comment concevoir un vrai partenariat stratégique, en dehors d'une application brutale et injustifiée des règles de l'OMC?. Le concept à la mode, du moins en Europe, est celui de co-développement. L'objectif, dans l'esprit de ceux qui la défendent, à gauche comme à droite, vise à créer par des accords spécifiques de coopération technique et de formation, des pôles africains un peu équivalents à nos pôles de compétitivité. Des entreprises européennes, sans exclure évidemment celles d'autres nationalités, viendraient y investir à égalité avec des entreprises africaines pour valoriser les ressources locales ou délocaliser certaines de leurs activités. Ceci fixerait et formerait sur place les personnels, tout en encourageant de nouveaux investisseurs locaux. Les entreprises européennes pourraient le cas échéant être rachetées par des partenaires africains. Il s'agirait d'une forme de délocalisation des activités européennes qui profiterait à tous.

Pourquoi pas ? Si une entreprise automobile ou aéronautique devait délocaliser une partie de sa production, pourquoi ne s'installerait-elle pas en Afrique plutôt que dans la zone dollar? On ne confondra pas de telles délocalisations gagnant-gagnant avec celles consistant à implanter en Afrique des filiales qui se bornent à exploiter à leur seul profit les ressources locales, sans que le pays d'accueil en tire le moindre bénéfice (sauf quelques royalties versées aux cadres politiques). De telles situations, très fréquentes dans les Etats dotés de ressources naturelles, génèrent, on le sait, des mouvements de résistance violents. C'est pourtant ce qui se produit encore généralement, par exemple dans le domaine de l'exploitation forestière ou dans le secteur de l'extraction pétrolière et minière. Les capitaux chinois ou américains s'intéressant à l'Afrique ne sont pas à cet égard plus désintéressés que les capitaux européens.

A terme, le véritable co-développement tel que l'Europe devrait le proposer viserait non à exploiter les ressources locales, au risque de détruire ce qui reste de milieux naturels, mais à réaliser les grands travaux d'infrastructures, de réhabilitation et de protection qui manquent cruellement à l'Afrique. On pense d'abord aux transports mais de plus en plus dorénavant à la lutte contre les futurs risques climatiques : protection des ressources en eau, lutte contre la désertification, rénovation de l'habitat, production d'énergie naturelle, réhabilitation de la biodiversité., etc. . Idéalement, il s'agirait de mettre en commun la science, la technologie, le savoir-faire, les capacités financières de l'Europe, le potentiel humain et les immenses ressources naturelles de l'Afrique. Du coup, des problèmes aigus comme l'immigration clandestine massive, produits d'économies dissymétriques, disparaîtraient, car les Africains trouveraient des emplois chez eux.

Il faudrait faire plus. Comme il a été indiqué par ailleurs au sommet de Bali consacré à la lutte contre le dérèglement climatique (10 au 15 décembre 2007) les pays du Nord, en l'espèce ceux de l'Union Européenne, devraient verser des rémunérations spécifiques aux pays africains qui accepteraient de protéger leur biodiversité, notamment leurs forêts primaires et leurs marécages, en se privant par ce fait des bénéfices espérés de leur mise en culture. Il s'agirait de dépenses importantes mais inévitables dans la perspective de la généralisation du protocole de Kyoto.

Certains de ces thèmes rejoignent ceux envisagés pour justifier l'Union euro-méditerranée proposée par la France. Mais il ne faut pas se faire d'illusion. De tels programmes ne pourront qu'exceptionnellement être financés par les Etats africains. Ils devront être presque unilatéralement, du moins au début, pris en charge par les Etats européens ou les bailleurs de fonds internationaux. Les pays africains par contre y apporteraient leurs ressources humaines. Celles-ci pourraient représenter une part essentiel des contributions nécessaires. Il ne faut pas en effet concevoir ces programmes d'infrastructures et de grands travaux comme reposant, à l'américaine, sur un énorme déploiement de matériels lourds importés et gros consommateurs de pétrole. Ils devraient faire appel à l'expertise locale qui maîtrisera progressivement les technologies avancées « légères » que les firmes européennes leur apporteraient.

On pourrait penser que cette conception « généreuse » du co-développement a été entérinée au sommet de Lisbonne. Un relevé de décisions prometteur a été publié. La Commission a signé le 9 décembre les documents de stratégie par pays du 10ème Fonds Européen de Développement (FED) avec 31 pays d'Afrique sub-saharienne. Une enveloppe de 8 milliards d'euros est prévue pour la période 2008-2013. Les 8 priorités reflètent le nouvel agenda du partenariat lancé à Lisbonne: Paix et Sécurité, Gouvernance démocratique et Droits de l'Homme, Commerce et Intégration régionale, Objectifs du Millénaire pour le Développement, Énergie, Changement climatique, Migrations, Emploi et enfin Sciences, Société de l'Information et Espace. Pour la première fois, un représentant spécial de l'Union auprès de l'Union africaine (UA), le diplomate belge Koen Vervaeke, actuel collaborateur du haut représentant de l'Union pour la politique étrangère, Javier Solana, a été désigné. Basé à Addis-Abeba, il aura pour mission de veiller à l'application de la politique européenne en Afrique. Ceci dit, le budget de 8 milliards d'euros peut paraître important. mais réparti sur 5 ans et des dizaines de bénéficiaires, il aboutira nécessairement à du saupoudrage et des pertes en ligne.

Le co-développement est incompatible avec le libéralisme

Ceci étant, il est évident que ces ambitions de co-développement ne sont pas compatibles avec l'évolution libérale que l'Union veut imposer à l'Afrique par le biais des nouveaux APE. L'ouverture des frontières, la généralisation de la concurrence, la recherche prioritaire du profit à court terme font déjà beaucoup de mal à l'Europe dans ses relations avec les économies plus puissantes que la sienne. On imagine les dégâts que ce régime produira appliqué à des économies, non seulement encore fragiles mais qui surtout seront de plus en plus fragilisées par la crise climatique et ses conséquences. Sous la pression de l'idéologie dominante, les pays européens ont paru surtout s'intéresser à la possibilité d'exporter sans contraintes des produits agricoles subventionnés ou des services. Un tel objectif sera incompatible avec les modalités du co-développement telles que décrites ci-dessus.

La mise en œuvre concrète des propositions de la résolution finale décidée à Lisbonne se heurtera aux problèmes et désordres qui naîtront du non-renouvellement des accords de Cotonou. Cette perspective serait doublement catastrophique. En effet, disparaîtrait, avec les accords de Cotonou, le dispositif qui sert actuellement de base à l'aide européenne. Cette forme d'aide est encore plus vitale aujourd'hui pour l'Afrique, au moment où la hausse du prix du pétrole entraîne celle des denrées de première nécessité et déclenche partout le mécontentement populaire. Il est vrai que les experts reconnaissent l'échec des accords de Cotonou et, avant eux, de ceux de Yaoundé et de Lomé, qui les ont précédés. L'objectif était d'augmenter les exportations de l'Afrique vers l'Europe, et l'on a abouti au résultat exactement inverse : les exportations de l'Europe vers l'Afrique ont augmenté de 6,5 % depuis 2000, alors que les exportations africaines vers l'Europe se sont très sensiblement détériorées.

Or le système de remplacement que propose l'Union européenne n'est pas considéré comme acceptables par une majorité d'Etats d'Afrique. Ceci plusieurs raisons. Tout d'abord, l'Europe veut changer de partenaire : jusqu'à présent, par une sorte de parallélisme des formes, elle négociait avec l'Union africaine ; désormais, elle entend traiter, distinctement, avec cinq sous-régions. Ceci est reçu comme l'encouragement à un processus de désintégration, alors que l'Europe affirme vouloir renforcer l'intégration africaine.

Mais plus en profondeur, les nouveaux accords de partenariat économique veulent démanteler les protections tarifaires actuelles et instaurer une parfaite égalité de compétition entre des économies européennes et africaines totalement asymétriques. Cela revient à consacrer et accentuer un déséquilibre de fait et à livrer totalement les marchés africains aux produits européens subventionnés. L'Europe se comporte pour ses produits comme le fait l'Amérique pour les siens, notamment le coton. Ni l'industrie ni l'agriculture africaines n'ont la capacité et les structures qui leur permettraient, soit de résister à la concurrence européenne soit même de répondre à une forte demande européenne. Déjà en partie détruites par la concurrence des pays riches, elles disparaîtraient rapidement, ajoutant des millions de chômeurs à ceux qui peuplent les bidonvilles urbains, avant de tenter vers le Nord des émigrations de la misère.

Il faut ajouter que le nouveau dispositif de désarmement tarifaire imposé par le libre-échange entraînerait immédiatement d'énormes pertes de recettes douanières pour les Etats africains dont ces recettes constituent entre 35 % et 70 % des budgets.

L'Europe, s'inspirant de la doxa libérale, semble croire qu'en abaissant les barrières douanières et réalisant une sorte de vaste zone de libre-échange euro-africaine, la prospérité pourrait y revenir, au bénéfice des diverses parties. Le thème de la zone de libre-échange, on le sait, est l'arme préférée du pouvoir américain pour pénétrer les économies des pays avec lesquels les Etats-Unis entendent établir de prétendues « unions stratégiques ». L'offre en a été faite en 2005 au Maghreb, ainsi que plus récemment à l'Amérique Latine. Certains diplomates américains avaient même proposé d'établir une telle zone entre l'Europe et l'Amérique. Ces propositions n'ont pas eu véritablement de suites. On voit très bien que ces unions du fort et du faible ne profitent aux forts. Seul au contraire un protectionnisme sélectif, modulé selon les secteurs et les partenaires, permet de sauvegarder les intérêts des plus faibles – à condition que ceux-ci disposent du minimum de souveraineté leur permettant de faire reconnaître leurs différences.

Les processus de co-développement décrits ci-dessus sont les seuls susceptibles d'assurer entre l'Europe et l'Afrique un partage équilibré des efforts d'adaptation au monde de demain et à ses crises. Mais ils ne pourront pas être mis en place dans un espace commercial ouvert à tous les vents, ni négocié dans des instances comme l'OMC. Ils ne sont concevables que dans le cadre du protectionnisme sélectif évoqué ici. Certes, pour qu'un tel protectionnisme sélectif puisse être défini et appliqué à l'échelle des deux continents, il faudrait que les pays européens puissent parler d'une seule voix, de même que les pays africains. Ce n'est guère envisageable concernant ces derniers. Cela ne l'est pas non plus pour le moment en ce qui concerne l'Union, qui n'est pas encore une puissance politique. Dans les meilleures des hypothèses, on en reviendrait donc à des coopérations renforcées entre partenaires se réunissant sur la base d'intérêts ou de traditions partagés. Aussi imparfaites pour l'esprit que soient ces coopérations renforcées, elles seraient de toutes façons bien préférables à l'abaissement total des frontières réglementaires et douanières entre l'Europe et l'Afrique. 10/12/07

* Interview de l'économiste Christian Fauliau dans Toute l''Europe
http://www.touteleurope.fr/fr/actualite-europeenne/questions-a/christian-fauliau.html?xtor=EPR-10


La crise de la NIE 2007

Il est étonnant de voir que les officiels européens ne donnent pas à ce que l’on désigne désormais comme le petit tremblement de terre de la NIE 2007 l’importance que mériterait l’évènement. On sait de quoi il s’agit (voir l’article de Philippe Grasset sur ce site : Une débâcle sans guerre). Le rapport dit NIE (ou National Intelligence Estimate) met en évidence que l'Iran avait arrêté son programme de développement d'armes nucléaires en 2003, et, qu'au mieux (en cas où il reprendrait un tel programme) il ne disposerait pas d'assez d'uranium enrichi pour commencer à le mener à terme avant au moins 2015. Ce rapport note par ailleurs que les efforts de la troïka européenne conduits jusqu’en 2005 pour négocier avec l’Iran afin d’obtenir qu’elle renonce à la fabrication d’une bombe avaient eu de bons résultats. L’Iran avait effectivement stoppé le processus, tout en continuant il est vrai à proférer, notamment par la voix de son président, des menaces persistantes de destruction de l’Etat d’Israël.

Il apparaît maintenant, quelques jours après la publication de la NIE, que celle-ci était rédigée et connue des autorités depuis au moins un an. Le duo Cheyney-Rumsfeld se serait efforcé d’empêcher sa diffusion, mais en vain. Aujourd’hui, G.W. Bush fait savoir que le rapport décrit la situation telle qu’elle se présentait en 2005 et ne permet donc pas d’exonérer l’Iran de tout soupçon aujourd’hui. Il annonce donc qu’il convient de poursuivre les pressions sur Téhéran, étant entendu que toutes les options (c’est-à-dire une frappe préventive) « restent sur la table ». On sent bien cependant que le ton a baissé, aussi bien à Washington que dans les autres capitales.

Il est difficile de prévoir ce que vont être les prochaines attitudes de l’administration américaine. Manifestement, un certain désordre règne dans les sphères dirigeantes, que ce soit à la Maison Blanche ou dans l'armée. Contrairement à d’autres situations de crise où ils jouaient les faucons face à une Maison Blanche hésitante, certains chefs militaires, notamment dans l’armée de terre et la marine, semblent près à refuser un ordre d’attaque, ce qui serait du jamais vu. Quant au lobby industriel (armement et pétrole) qui a toujours été le plus influent des va-t-en guerre, il parait hésitant. Concernant enfin les agences de renseignements, et notamment la CIA, on reste perplexe. Vu les coups tordus qu’elles ont toujours menées, depuis 60 ans, dans la dissimulation totale (covert), on peut se demander ce qu’elles manigancent encore. L’explication selon laquelle elles ne voudraient plus être entraînées dans la fabrication de fausses preuves, comme du temps de Saddam, parait bien simpliste. Seul Israël parait imperturbable. Il continue à dire que le danger iranien reste aussi grand qu’avant – ce qui peut laisser penser qu’à couvert, il milite toujours pour l’offensive.

Pour ce qui concerne les Européens, l’affaire de la NIE 2007 devrait être l’occasion d’ouvrir les yeux sur la débilité consistant à continuer à suivre sans discuter sérieusement les positions les plus aventurées de Washington. Les journaux d’opinion européens ont fait preuve d’une remarquable discrétion, contrastant avec le nombre incroyable de commentaires parus dans la presse américaine. Au plan diplomatique, il semblerait certes, d’après des sources sérieuses, que Javier Solana, M. PESC, ait manifesté un très vif mécontentement, du fait qu’il n’avait pas été mis au courant de l’existence de la NIE voici un an, au moment où elle circulait dans les milieux politiques américains. Les alliés favorisés que sont les Britanniques auraient également fait part de leur mécontentement. Mais aucun autre gouvernement n’a jugé bon de prendre la moindre distance vis-à-vis de la politique de G.W. Bush. Certains même ont profité du rapport pour annoncer que le danger iranien demeurait entier et qu’il fallait continuer à exercer des pressions renforcées, as usual.

Ces évènements montrent une fois de plus que tant que l’Europe ne se sera pas décidée à voler de ses propres ailes, en adoptant des positions diplomatiques correspondant à ses intérêts et non à ceux des Américains, elle se fera entraîner, comme elle l’est actuellement en Irak et en Afghanistan, dans des aventures dangereuses non seulement pour la paix dans le monde mais pour elle-même. Il serait temps de prendre conscience que ce qui guide les Américains, ou plutôt la conjonction d’intérêts souvent dissimulés qui les dirige – ce que Peter Dale Scott appelle l’underworld et l’overworld 1) n’a rien à voir avec la prétendue défense de l’occident et de la démocratie. Il s’agit généralement de business, et du plus sordide. Quitte à être sordide, nous ferions mieux l’être pour notre propre compte 2). 08/12/07

1) Peter Dale Scott, The Road to 9/11, Wealth, Empire and the Future of America. University of California Press, 2007. A lire absolument. On ne peut rien dire de sérieux sur les Etats-Unis et la politique mondiale sans avoir étudié ce livre exceptionnel à tous égards. Malheureusement, il s'agit de quelques 400 pages, avec les notes, non traduites.
2) C'est pourquoi, en ce qui me concerne, je ne trouve rien à redire aux félications de Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine.


Une débâcle sans guerre
by courtesy of Philippe Grasset, Dedefensa.org, que nous remercions.

L'évaluation générale du renseignement US que vient de donner le bureau du DCI (Director of Central Intelligence) sur les capacités nucléaires militaires de l'Iran constitue un évènement important par ses implications diverses.

Le rapport dit NIE (ou National Intelligence Estimate) met en évidence que l'Iran avait arrêté son programme de développement d'armes nucléaires en 2003, et, qu'au mieux (en cas où il reprendrait un tel programme) il ne disposerait pas d'assez d'uranium enrichi pour commencer à le mener à bien avant au moins 2015.

Parmi beaucoup d'autres, le Guardian du 4 décembre juge aussitôt que c'est un très rude coup pour l'administration GW Bush. Le même Guardian précise que la décision iranienne d'arrêter son programme de développement d'armes nucléaires date à peu près du début de l'initiative politique européenne à cet égard, en octobre 2003 (« The weapons halt roughly coincided with a visit by British, French and German foreign ministers to Tehran in October 2003»). Le rapport justifie ce jugement implicite de l'efficacité de l'intervention européenne en notant que l'arrêt du programme nucléaire militaire fut imposé à l'Iran «primarily in response to increasing international scrutiny and pressure» Il s'agit d'un très sérieux argument en faveur 1) de la méthode diplomatique (et du rôle des Européens à cet égard) pour obtenir des concessions de l'Iran, et 2) de l'absence des USA dans l'application de cette méthode puisque c'est l'intrusion indirecte de ce pays dans ces négociations (fin 2004-début-2005), par pressions sur les pays européens pour une attitude plus ferme, qui a fait surgir la possibilité d'une attaque contre l'Iran.

On pourra se demander comment cette NIE a pu être réalisée et publiée, sinon par l'explication de bon sens, qui corrobore tant d'autres faits du même genre, que le pouvoir n'existe plus aujourd'hui à Washington. Chaque centre de pouvoir joue son propre jeu et la communauté de renseignement semble avoir estimé qu'il était temps pour elle d'affirmer son autonomie vis-à-vis de la partie du pouvoir législatif qui continue à être conduite par l'irrationalité guerrière de quelques-uns, faisant un procès d'intention à un Iran déclaré coupable avant d'être jugé sur les faits.

Dans tous les cas, cette NIE doit mettre en évidence la crise fondamentale de la direction occidentale dans son ensemble. C'est en effet au nom d'une évaluation absolument contraire dans son esprit et dans sa méthodologie à celle de la NIE que, depuis deux ans, les gouvernements occidentaux raisonnent. Leur seul point de référence n'est plus de savoir ce qui se passe en Iran mais cette simple question, relevant d'une déraison barbare: attaque-t-on ou n'attaque-t-on pas l'Iran ?

La NIE démontre, volontairement ou pas qu'importe, la complète perversion de l'état d'esprit de tous ces gouvernements occidentaux, — tous, en effet, y compris ceux qui sont en désaccord avec les USA et qui n'osent pas dénoncer comme une folie irrationnelle cette référence à l'option de l'attaque de l'Iran. Elle démontre, volontairement ou pas qu'importe, mais d'une façon irréfutable, le fait que la véritable crise du monde se trouve, aujourd'hui, chez ceux qui prétendent être les victimes de cette crise et qui se jugent fondés d'avoir le droit moral et le pouvoir politique, en plus de la puissance, de la résoudre. Ce rapport est pire qu'une débâcle militaire dont, pourtant, nos pays sont désormais coutumiers, sur tous les fronts qu'ils prétendent ouvrir.

La NIE nous avertit, volontairement ou pas qu'importe, que nous sommes nous-mêmes la cause centrale de la crise de la civilisation occidentale. La phrase de Paul Craig Roberts sur l'Amérique que nous citions récemment vaut pour l'Occident : «La Superpuissance [occidentale] est une nef de fous qui nient leur destin catastrophique».

NDLR (JPB): On peut regretter que la diplomatie française, après avoir joué un rôle modérateur au sein de la troïka européenne laquelle avait permis de faire réfléchir l'Iran en 2003, ait subitement abandonné cette prudence et chaussé les bottes américaines en 2007. La NIE porte un coup, non seulement à G.W. Bush, mais à cette même diplomatie française. Aujourd'hui, G.W.Bush, désavoué par ses services, affirme que ce sont eux qui se trompent (en voyant dans l'Iran un Etat raisonnable alors que c'est selon lui un Etat irresponsable). Que tant d'agences réunies puissent se tromper ensemble serait assez surréaliste, notons le en passant. Mais allons-nous continuer à chausser les bottes américaines? 05/12/07


Pourquoi Hollywood ne va plus en guerre?

Aux Etats-Unis, les derniers films produits par Hollywood et concernant les retombées de la guerre en Irak ne font pas recette, alors qu'en Enrope ils sont présentés comme des actes de claivoyance remarquables. il est vrai qu'ils sont loin du ton triomphant familier à Hallywood depuis 70 ans, dès qu'il s'agit de flatter l'Amérique en guerre.

On peut se demander pourquoi Hollywood se serait si grossièrement trompé en pensant que ses films "montrant les réalités" de la guerre en Irak plairaient et rapporteraient de l'argent, alors qu'ils font des flops.

1. Hollywood a toujours, sauf productions marginales, joué à fond la carte de la Sécurité Nationale et l'apologie de l'action des diverses armes. Cela lui avait rapporté, non seulement la considération des pouvoirs, mais beaucoup d'argent. Pourquoi aujourd'hui ne produit-il pas des films sur le thème "Pourquoi nous combattons en Irak...et ailleurs ?". A-t-il été poussé à dénoncer la guerre en Irak par quelques officines s'en prenant à Bush?

2. Est-ce parce que les producteurs et réalisateurs se sont souvenu des grands succès commerciaux que furent les films dénonçant la guerre au Viet-Nam et ont tenté de jouer la même carte - en se trompant gravement sur l'état d'esprit des spectateurs d'aujourd'hui, ceci malgré les outils d'étude de l'opinion qui précèdent généralement la production d'un film nouveau. . Ces spectateurs apparemment, malgré la montée des oppositons à la guerre, n'aiment pas entendre critiquer l'engagement américain...ce qui n'est d'ailleurs pas rassurant car les jugements sommaires du public, formaté par la presse "mainstram", n'aideront pas le gouvernement à revenir à des vues plus réalistes.

3. Faudrait-il envisager l'hypothèse que les producteurs et réalisateurs des films dénonçant la guerre en Irak avaient été sincères. Autrement dit, qu'ils étaient près à perdre de l'argent pour "sauver les âmes" des spectateurs américains, sans réaliser que ces derniers étaient trop englués dans leurs certitudes pour accepter d'être sauvés. Hollywood prenant des risques financiers pour faire le bien, dans une sorte d'esprit évangélique ? Hollywood devenu "anti-guerre? Après tout, why not. mais je préfère pour ma part l'hypothèse 2.


La réforme de la carte judiciaire

Je vais être simpliste, mais il faut l'être. La réforme proposée par le gouvernement a été faite à la va-vite, sous la pression d'un président de la République voulant montrer qu'il se distinguait de ses prédécesseurs par sa rapidité de décision. Qui plus est, en poussant en avant une pauvre Garde des Sceaux qui n'avait même pas pu étudier au fond les problèmes de fonctionnement d'un service public particulièrement complexe.

Il est évident qu'il faut regrouper certains tribunaux, pour tenir compte notamment de l'urbanisation, mais pas ceux visés par la réforme. Les tribunaux d'instance, les anciens "juges de paix", doivent être laissés en place, voire rendus plus nombreux. Ce sont eux qui sont au premier contact avec les justiciables. Restreindre leur nombre aboutirait aux mêmes désastres que la suppression de la police de proximité. Par contre les tribunaux de grande instance pourraient, selon les cas, être regroupés. L'idée serait d'obtenir des chambres suffisamment pourvues en magistrats pour qu'elles puissent présenter une certaine spécialisation, c'est-à-dire une plus grande compétence. Une spécialisation par chambre serait donc tout à fait utile. Elle s'impose dans beaucoup d'affaires.

Dernier principe enfin: de telles restructurations relèvent de la technique du service public et non de la politique. Elles doivent donc être instruites par des professionnels (chancellerie mais aussi professions juridiques et, pourquoi pas, collectivités locales). Elles doivent être susceptibles d'appel et, en dernier ressort, être soumises au Parlement. Cela serait long, multiplierait les conflits (notamment entre les municipalités concernées). Mais de toutes façons, on le voit aujourd'hui, les interventions politiques n'ont pas manqué dans la "réforme" actuelle et beaucoup de temps sera de toutes façons perdu. De plus le budget prévu pour la restructuration sera bien plus élevé, dans un premier temps, que le statu quo. 2tait-il donc utile de vouloir passer en force? 29/11/07


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-17312/index.html