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La Gazette N° 172 du 30 novembre 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Pour un principe matérialiste fort
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Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


La réforme de la carte judiciaire

Je vais être simpliste, mais il faut l'être. La réforme proposée par le gouvernement a été faite à la va-vite, sous la pression d'un président de la République voulant montrer qu'il se distinguait de ses prédécesseurs par sa rapidité de décision. Qui plus est, en poussant en avant une pauvre Garde des Sceaux qui n'avait même pas pu étudier au fond les problèmes de fonctionnement d'un service public particulièrement complexe.

Il est évident qu'il faut regrouper certains tribunaux, pour tenir compte notamment de l'urbanisation, mais pas ceux visés par la réforme. Les tribunaux d'instance, les anciens "juges de paix", doivent être laissés en place, voire rendus plus nombreux. Ce sont eux qui sont au premier contact avec les justiciables. Restreindre leur nombre aboutirait aux mêmes désastres que la suppression de la police de proximité. Par contre les tribunaux de grande instance pourraient, selon les cas, être regroupés. L'idée serait d'obtenir des chambres suffisamment pourvues en magistrats pour qu'elles puissent présenter une certaine spécialisation, c'est-à-dire une plus grande compétence. Une spécialisation par chambre serait donc tout à fait utile. Elle s'impose dans beaucoup d'affaires.

Dernier principe enfin: de telles restructurations relèvent de la technique du service public et non de la politique. Elles doivent donc être instruites par des professionnels (chancellerie mais aussi professions juridiques et, pourquoi pas, collectivités locales). Elles doivent être susceptibles d'appel et, en dernier ressort, être soumises au Parlement. Cela serait long, multiplierait les conflits (notamment entre les municipalités concernées). Mais de toutes façons, on le voit aujourd'hui, les interventions politiques n'ont pas manqué dans la "réforme" actuelle et beaucoup de temps sera de toutes façons perdu. De plus le budget prévu pour la restructuration sera bien plus élevé, dans un premier temps, que le statu quo. 2tait-il donc utile de vouloir passer en force? 29/11/07


Un pas de deux euro-yuan

Les observateurs ont noté qu'Aréva aurait obtenu de la Chine que les futures centrales EPR acquises par cette dernière (pour un montant d'environ 7 milliards d'euros) soient payées en euros et non en dollars. Cette clause sera-t-elle conservée ? Sera-t-elle étendue à d'autres achats chinois ? L'avenir le dira mais il s'agit d'un geste intéressant. C'est une façon pour la Chine de commencer à répondre à la demande générale des pays européens : réévaluer le yuan afin de diminuer l'attractivité des exportations chinoises. Le yuan n'est pas réévalué pour le moment, mais les exportations européennes, si elles étaient payées en euros par la Chine, reviendraient 1/3 plus cher aux Chinois que si elles étaient réglées en dollars (1 euro = 1,5 dollar actuellement). Ceci veut dire que, pour « faire plaisir » à Aréva (ou aux Européens éventuellement par la suite, à commencer par Airbus) la Chine accepterait d'affecter aux achats en euros une part des bénéfices « indus » que lui rapporte un taux de change du yuan anormalement bas.

On peut analyser ce geste des Chinois avec prudence, ou au contraire y voir le début d'un tsunami qui affecterait l'ensemble des marchés financiers et des économies. L'analyse prudente consiste à se demander pourquoi les Chinois acceptent de payer les EPR en euros et non en dollars. Qui serait finalement bénéficiaire de cette démarche ? Ce seraient évidemment d'abord les industriels européens puisque, au moins momentanément, ils ne seraient plus confrontés sur le marché chinois à des concurrents vendant leurs produits 1/3 moins cher. Avec les sommes ainsi récupérées, ils pourraient améliorer leur offre industrielle. Ils pourraient aussi, à titre de retour, associer davantage les industriels chinois au développement de leurs produits (sans perdre pour autant leur avance technologique). Mais les Chinois ne perdraient pas dans l'opération, s'ils pouvaient grâce à ce geste améliorer et stabiliser leurs relations d'import-export avec l'économie de la zone euro toute entière. Celle-ci, malgré ses faiblesses, reste dynamique. Ses productions agricoles, son industrie de la protection de l'environnement en font un partenaire attrayant. Elle peut vendre en Chine mais aussi continuer à acheter en Chine.

Elle le fera d'autant plus volontiers que ces échanges se feront sur la base d'une parité euro-yuan qui paraîtrait correcte. On verrait ainsi en quelque sorte s'amorcer une zone économique de grande ampleur, reposant non pas sur un étalon commun euro-yuan qui n'est pas encore envisagé, mais sur l'euro. Evidemment, cette zone ne pourrait être viable à terme qui si elle était gérée de puissance à puissance, au bénéfice des deux grands associés, c'est-à-dire par la Chine d'une part et par un gouvernement économique et financier de la zone euro d'autre part. Ce dernier n'existe pas encore, mais les déclarations de Nicolas Sarkozy concernant la nécessité de contrôler les frontières européennes afin d'éviter le dumping non seulement monétaire mais environnemental et social vont dans ce sens.

Des commentateurs européens sont allés plus loin que cette évaluation prudente. Ils voient dans le geste chinois consistant à payer des EPR en euros, le début du tsunami que nous avions évoqué dans le précédent éditorial : le remplacement progressif du dollar par l'euro comme monnaie de réserve internationale. Ne revenons pas sur les conséquences qu'aurait une telle évolution sur l'économie mondiale, d'autant plus que l'étude de ces conséquences devrait être faite attentivement, ce qui n'est pas le cas actuellement où la passion l'emporte. Il s'agit cependant d'un pas de plus dans l'affaiblissement et la contestation du statut de monnaie de référence internationale du dollar. Dans l'immédiat, que gagneraient les Chinois dans cette perspective? Rien si les prix de leurs principales importations, pétrole et matières premières, restaient libellés en dollars. Il faudrait donc qu'un certain nombre de leurs fournisseurs, pays pétroliers ou pays fournisseurs de minerais, comme l'Australie, acceptent à leur tour d'être payés en euros. Comme eux aussi y perdraient, dans un premier temps, ils ne le feraient que si se constituait une zone économique mondiale euro-yuan fonctionnant de façon stable, dans le cadre d'un pilotage solide. A ce moment, les placements en euros pourraient devenir attractifs pour les détenteurs de liquidités.

Or aujourd'hui, les économistes constatent le chaos total qui règne sur les marchés financiers, avec des prix de matières premières et de valeurs soumis à des variations spéculatives quotidiennes. Ceci, pour reprendre une expression dans La Tribune de Marc Fiorentino, président de Euroland Finances, tient à ce qu'il n'y a plus de pilote dans l'avion. La Federal Reserve Bank ne peut plus comme elle l'avait pratiquement fait depuis 40 ans jouer les arbitres (au bénéfice des Etats-Unis) en manipulant ses taux. Un resserrement du crédit diminuerait le peu de croissance américaine qui reste. Un desserrement provoquerait la fuite de l'épargne internationale en dollar, se traduisant par une nouvelle baisse du dollar et une hausse des matières premières et de l'inflation. Quant à la Banque Centrale Européenne, n'étant pas adossée à une zone euro gouvernée en terme de compétitivité globale, elle ne peut, malgré les récriminations des Français, que maintenir ses taux pour lutter contre une inflation renaissante. Ceci ne suffit pas à réguler les marchés au plan mondial.

Nous pensons donc que, quelles que soient les conséquences qu'aurait un nouvel affaiblissement du dollar, l'amorce d'une zone économique mondiale rapprochant les économies chinoises, européennes et celles des pays producteurs de matière première autour de transactions libellées en euros pourrait représenter un début de reprise de pilotage. Mais il faudrait, répétons-le, pour que l'Europe puisse en profiter, que le gouvernement économique et financier de la zone euro se renforce sensiblement. La France n'y contribuera pas en jouant uniquement solo. C'est certainement une bonne chose qu'elle démontre, en Chine ou sur d'autres grands marchés, la compétitivité de ses industries de pointe. Mais c'est tout autant au plan Européen qu'elle devra désormais se chercher des alliés. 28/11/07

NB: notre ami Joseph Leddet, à qui cet article a été soumis, fait deux remarques dont je le remercie:
- la parité de pouvoir d'achat entre dollar et euro doit se situer vers 1.10 (soit un dollar à 6 francs), ce que fait que, avec un euro à 1.50, les prix américains ne sont pas moins chers de 1/3, mais de 25 % par rapport aux prix européens ;
- le remplacement partiel du dollar par l'euro dans les transactions commerciales et financières ne pourra se faire que très progressivement ; ainsi, aujourd'hui encore, le dollar représente 60 à 70 % et des transactions commerciales internationales et des réserves de change; ne serait-ce que passer à 50 % prendra au moins 10 ans, me semble-t-il, sauf si les Etats-Unis deviennent brutalement, pour quelque raison non prévue, des acteurs géopolitiques mineurs .
Cela étant, votre idée d'une alliance stratégique Europe/ Chine pour imposer l'euro me paraît excellente. Mais le vrai problème posé à l'euro n'est pas celui du yuan, c'est celui du dollar, qui est sous-évalué quoiqu'en disent les G7 et autres G8. Par ailleurs 60% des exportations chinoises sont le fait de filiales de sociétés occidentales.


Pour une Agence européenne de la dette

Le Conseil économique et social français vient de proposer (14 novembre) de rassembler toutes les dettes des Etats de la zone euro émises sur les marchés de capitaux en une dette européenne unique. Dans un rapport intitulé « Quel budget de l'Union européenne au service de la croissance et de l'emploi ? », il constate que les Etats emprunteurs se présentent en ordre dispersé devant les préteurs de la « communauté financière internationale ». Leurs capacités économiques définissant leur capacité à rembourser sont analysées de façon non coordonnée, sans critères communs. Ils ne peuvent donc pas bénéficier de l’effet de masse qui résulterait d’une globalisation de leurs dettes et d’une garantie qu’ils pourraient éventuellement s’apporter réciproquement. Les taux d’intérêt des prêts consentis tiennent donc compte de la dispersion des risques et sont donc plus élevés qu’ils ne seraient en cas d’harmonisation.

L'Allemagne emprunte actuellement sur 10 ans à 4,11 %, et la France à 4,24 %. « Un point de taux d'intérêt en plus, c'est, en 5 ans, 10 milliards d'euros de plus à payer pour la France », explique Georges de La Loyère, rapporteur des travaux. Selon lui, la mise en commun des dettes n'est pas plus compliquée que l'instauration de la monnaie unique.

Le rapport a été présenté en vue de la prochaine présidence française de l’Union. Il propose de constituer pour harmoniser les conditions d’emprunt une Agence européenne de la dette. Mais le rapport semble ne pas tenir compte du fait que le gouvernement économique et financier de la zone euro que nous appelons de nos vœux dans cette revue n’existe pas encore. Il n’y a pas de cohérence dans les niveaux de dette et de déficit, non plus que de solidarité entre les Etats empruntant cher et ceux bénéficiant de taux plus favorables. De plus, les investisseurs opérant sur les marchés n’ont pas intérêt à l’harmonisation, car ils jouent précisément sur les différences entre produits financiers. Comme quoi des règles de bonne gestion européenne se heurteront longtemps encore aux opérateurs principalement extra-européens qui profitent des déficits et emprunts des Etats européens. 28/11/O7


Les Chantiers de l'Atlantique tombent dans l'escarcelle du coréen STX
Source et Marine meretmarine.com

Le 23 octobre 2007, le chantier naval Coréen STX Shipbuilding s'est emparé d'Aker Yards, leader européen de la construction navale civile. Le groupe sud-coréen a racheté, pour 800 millions de dollars, 39.2% du propriétaire des ex-Chantiers de l'Atlantique. Il en devient le principal actionnaire et en prend le contrôle. Pour s'assurer la maîtrise des 18 chantiers d'Aker Yards, répartis en France, en Finlande, en Norvège, en Allemagne, en Roumanie, en Ukraine et au Brésil, STX Shipbuilding a opéré par surprise. En restant sous le seuil des 40%, il n'avait en effet pas l'obligation de lancer une Offre Publique d'Achat (OPA). Le Sud-coréen a profité du morcellement très important du capital d'Aker Yards depuis le désengagement progressif de l'homme d'affaires norvégien Kjell Inge Rokke. A la tête d'Aker ASA, la maison mère d'Aker Yards, Kjell Inge Rokke avait décidé de se séparer de ses chantiers navals. Après avoir réduit sa participation de 75% à 40.1% entre l'été 2006 et l'hiver 2007, Aker ASA avait vendu le reste de ses actions en mars dernier. Avec pour principaux actionnaires des banques et des fonds d'investissements, Aker Yards présentait un capital totalement éclaté. Ainsi, au lendemain de la cession, le plus gros actionnaire, le groupe suisse UBS (United Banks of Switzerland), ne regroupait que 11.57% des parts. On se souvient que lors du rachat des Chantiers de l’Atlantique, vendus par Alstom, Kjell Inge Rokke et les gouvernements français et norvégiens avaient affirmé que le maintien de l’activité de ce dernier dans la construction navale à forte valeur ajoutée était de première importance pour eux.

Les syndicats et personnels des Chantiers de l’Atlantique regrettent qu’aucun groupe français ou européen n'ait vu d'intérêt à investir dans la construction navale européenne, malgré un chiffre d'affaires de 13 milliards d'euros et une très forte croissance industrielle. Leaders mondiaux de la construction navale, les chantiers coréens, structurés autour des groupes Hyundai, Samsung, Daewoo et STX Shipbuilding, dominent le marché des navires marchands. Porte-conteneurs, vraquiers et méthaniers sortent par dizaines, chaque année, de leurs cales. La montée en puissance des industriels chinois sur ce type de bateaux, réalisés à moindres coûts, fait néanmoins craindre aux Coréens, depuis plusieurs années, une concurrence qui finira par affecter significativement leurs parts de marché. Soutenus par leur gouvernement, qui a annoncé il y a quelques mois une aide massive pour les aider à progresser dans l'échelle de valeur, les chantiers sud-coréens visent désormais les navires à passagers. Ils se heurtent, néanmoins, à une faible expérience dans ce domaine. D’où l’intérêt d’acquérir les Chantiers de l’Atlantique, leaders mondiaux dans ce créneau.

Les navires à passagers ne sont pas la seule perspective à prendre en compte dans le cadre de la prise de contrôle d'Aker Yards par STX Shipbuilding. Le groupe européen est également présent sur le secteur du naval militaire. Saint-Nazaire a conçu et réalisé, en coopération avec la Direction des Constructions navales DCNS, les Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) Mistral et Tonnerre, concept prometteur en interne et sur le marché à l'exportation. Quelles conséquences et quels risques sur une appropriation, même partielle, des études réalisées sur un tel projet ? En dehors des BPC, DCNS travaille également avec Aker Yards sur la conception du second porte-avions de la Marine nationale, un bâtiment étudié en coopération avec la Grande-Bretagne et dont on attend prochainement la commande. Le schéma jusqu'ici retenu prévoit une construction du PA2 à Saint-Nazaire.

La rachat a été commenté et regretté dans la presse régionale et spécialisée française, mais il n’a guère été signalé dans la grande presse, alors que l’avenir de Saint Nazaire avait fait la Une lors de sa mise en vente par Alstom. Ceci montre le degré d’ignorance et d’incompétence dominant en France, aussi bien sur les questions industrielles que maritimes. On ne comprend pas qu’avec la crise du pétrole qui va rendre plus coûteux le transport aérien et routier, la solution consistant à utiliser de grands navires modernes intervenant dans toutes les gammes d’usages constituera un choix incontournable. Faudra-t-il les acheter aux chantiers asiatiques ou, mieux encore, faire appel à des armateurs asiatiques ?

Notons que certains s’illusionnent en pensant que, parce qu’Alstom conserve quelques parts dans Aker, les intérêts français seront sauvegardés face aux Coréens. Il est clair que sans, au minimum, une minorité de blocage détenue non par des actionnaires privées mais par des représentants de la puissance publique, le pire arrivera nécessairement.

Ces évènements nous confirment dans le diagnostic selon lequel, si les gouvernements européens ne s’engagent pas financièrement, comme le font, directement ou indirectement, les Etats asiatiques, dans les industries stratégiques civiles et militaires, ils perdront les dernières compétences qui restent à l’Europe. Il faudrait aussi que les dirigeants de ces industries européennes soient de bons gestionnaires, ce qu’ils ne sont pas toujours.

1) Créé en 1962, le Coréen STX Shipbuilding est le 7ème groupe mondial de construction navale. Après avoir pris 1.8 milliard de dollars de contrats en 206, son carnet de commandes s'élève à 13,5 milliards de dollars, soit un peu plus que l'ensemble du groupe Aker Yards. Il travaille principalement sur des unités de moyen tonnage, porte-conteneurs, cargos, chimiquiers, tankers et méthaniers de 30 à 80.000 tonnes. STX dispose également d'une branche dédiée aux navires de guerre. Le groupe propose deux gammes, articulées autour d'un patrouilleur lance-missiles de 61 mètres et 500 tonnes, ainsi que d'une corvette de 89 mètres et 1500 tonnes. Cette dernière est assez intéressante car son architecture peut rappeler celle des toutes nouvelles corvettes allemandes du Type 130 (classe Braunshweig). Il s'agit là d'une concurrente directe de la Gowind de DCNS. Le groupe français, qui avait rejeté en 2004 tout rapprochement avec les Chantiers de l'Atlantique, alors détenus par Alstom, devrait donc suivre de très près les manoeuvres coréennes dans Aker Yards.

Les chantiers de Saint-Nazaire et Lorient, qui réalisent un chiffre d'affaires supérieur à 1 milliard d'euros, emploient près de 3000 salariés et génèrent plus de 6000 emplois induits. Image: Le MSC Poseia mis à l'eau à Saint Nazaire

* STX Shipbuilding http://www.stxship.co.kr/english/stx/represe/greet.asp


Le Kosovo de nouveau en première ligne

La volonté d'indépendance de la province du Kosovo, qui de jure appartient encore à la Serbie, va se trouver renforcée par le succès aux élections législatives kosovare, le 17 novembre 2007, du Parti démocratique du Kosovo (PDK), dirigé par l'ex-chef de la guérilla séparatiste albanaise Hashim Thaci (photo). Au contraire des Etats-Unis, la diplomatie européenne souhaite éviter une déclaration d'indépendance unilatérale qui radicaliserait l'antagonisme avec la Russie et la Serbie.

Les Etats européens ne sont pas à l'abri de revendications à l'autonomie provenant d'un certain nombre de minorités actives. Généralement, les gouvernements centraux réussissent à contenir ces revendications en accroissant les compétences des Régions ou Provinces qui ont été aménagées en collectivités autonomes pour tenir compte de spécificités linguistiques ou culturelles souvent fort anciennes. Depuis deux cent ans, l'évolution des frontières politiques avait été marquée par le regroupement de nombreuses Principautés, Villes franches ou Régions jusque là autonomes et souvent en guerre les unes avec les autres. Cette marche à l'unité (unité allemande, unité italienne) a été accomplie sous la pression d'Etats fédérateurs disposant d'assez d'arguments, militaires ou économiques, pour vaincre les résistances des anciennes provinces ou des anciens Etats. En France l'unité a été assurée dès la première révolution de 1789 et a été maintenue non sans difficultés et traumatismes depuis. Seuls certains mouvements corses revendiquent aujourd'hui sérieusement une plus grande autonomie sinon une indépendance totale. Dans la plupart des Etats voisins, une organisation de type fédéral, assurant une plus ou moins grande autonomie aux régions, a été mise en place. D'une façon générale, il ne parait pas utile d'encourager particulièrement les autonomies régionales. L'Europe a déjà beaucoup de mal à trouver son unité. Mieux vaut éviter d'augmenter les divergences.

Mais à l'inverse de la tendance au regroupement, des créations étatiques décidées dans le courant du 19e siècle sous l'influence d'un Etat dominant n'ont pas résisté aux épreuves des guerres mondiales et de la fin du stalinisme. C'est ainsi que l'Autriche-Hongrie a éclaté à la fin de la première guerre mondiale. La Tchécoslovaquie a fait de même avec l'ouverture programmée à l'Union européenne. En 1993, elle s'est séparée en deux : République tchèque et Slovaquie (la « partition de velours »). La Yougoslavie, qui réunissait Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie s'est progressivement désintégrée en Etats indépendants à partir de 1991. Ses deux dernières composantes, le Monténégro et la Serbie, déclarèrent leur indépendance en 2006. La Belgique, comme nous l'indiquons dans un article voisin, est menacée de partition. Pour notre part, en tant qu'Européens, nous le regretterions beaucoup, même si en tant que Français nous serions heureux d'ouvrir les bras à nos amis wallons.

Le Kosovo enfin est une province de jure serbe mise sous l'administration de l'ONU, en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, en date du 10 juin 1999. On sait qu'en majorité musulman, il a revendiqué son indépendance, ce qui a donné lieu à un conflit sanglant avec la Serbie et à l'intervention de l'ONU et de l'Otan. Son statut est aujourd'hui incertain, mais il devrait être défini dans les prochains mois. Depuis les accords de Kumanovo, datés du même jour, une force de l'OTAN, la KFOR, assure la paix dans cette région.

La question de l'indépendance du Kosovo

Entre le 24 mars 1999 et le 10 juin 1999, l'Otan a procédé à des frappes aériennes sur la Serbie et contraint Miloševic à se retirer du Kosovo. La région est passé sous l'administration des Nations unies en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, en date du 10 juin 1999. Près d'un million de Kosovars sont revenus sur leurs terres.

De 1999 à nos jours, le statut final du Kosovo est indéterminé, ce qui paralyse son développement politique et contribue à une situation sociale tendue. En droit international, la résolution 1244, tout en affirmant le caractère provisoire de ce statut, reconnaîtrait, de jure, son appartenance à la République fédérale de Yougoslavie, c'est-à-dire l'union de la Serbie et du Monténégro, instituée par Slobodan Miloševic en avril 1992, et remplacée en février 2003 par la Serbie-et-Monténégro à la suite de l'accord de Belgrade. Le Monténégro est devenu indépendant le 6 juin 2006.

Le 2 novembre 2005, l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari est mandaté par l'ONU afin de superviser les négociations entre le gouvernement serbe. Après le décès d'Ibrahim Rugova, figure emblématique du mouvement indépendantiste albanais et alors président de la province, le 21 janvier 2006, des pourparlers entre le gouvernement du Kosovo, la diplomatie européenne et le gouvernement serbe prennent place à Vienne, de mars 2006 à mars 2007. Le 28 octobre 2006, alors que les négociations n'aboutissent pas, le parlement serbe soumet une nouvelle Constitution aux citoyens de la République de Serbie (incluant les provinces autonomes de Voïvodine et du Kosovo). Le « oui » est gagnant avec 53,44 % des voix. Les Kosovars n'acceptent pas ce résultat.

Le 26 mars 2007, Martti Ahtisaari soumet ses propositions sur le statut final du Kosovo au Conseil de sécurité des Nations unies. Il prévoit d'accorder au Kosovo le statut d'État indépendant, possédant ses propres symboles, sa Constitution et son armée, sous le contrôle de la communauté internationale. Les États-Unis et l'Union européenne apportent leur soutien au plan de l'ancien Président finlandais, tandis que la Serbie y reste fermement opposée, l'indépendance du Kosovo constituant la perte d'environ 15 % de son territoire. En outre, le Kosovo est considéré en Serbie comme le berceau de la civilisation serbe, un symbole de son identité et de son histoire.

La Russie, estimant nécessaire de trouver un compromis entre les positions serbe et albanaise, soutient le point de vue serbe et menace d'utiliser son droit de veto à l'ONU si une résolution visant l'indépendance était votée. Selon la Russie, une éventuelle indépendance du Kosovo, étant non conforme au principe de l'intégrité territoriale des États souverains consacré par l'Acte d'Helsinki, ouvrirait un précédent dangereux pour d'autres provinces sécessionnistes de l'Europe, tout particulièrement la Transnistrie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie dont le statut est actuellement « gelé ».

La situation s'est compliquée à l'occasion de la visite de George W. Bush au Kosovo le 10 mai 2007. Il a menacé de passer outre à l'opposition de la Russie à l'indépendance du Kosovo et a recueilli l'appui sur ce point du Premier ministre albanais Sali Berisha à Tirana. Il a menacé faute d'entente de déposer au Conseil de sécurité une résolution conduisant le Kosovo à une « quasi-indépendance ». La Russie a persisté dans son point de vue. Le président Vladimir Poutine a déclaré lors d'un entretien le 9 mai 2007 avec le premier ministre serbe Vojislav Koštunica que la mise en place du plan d'Ahtisaari retirant à un membre de l'ONU 15 % de son territoire est contraire à la Charte des Nations unies. La Russie juge prématuré de définir le statut de la province sans tenir compte de la position du gouvernement serbe et de tous les groupes ethniques du Kosovo. Le président Poutine a maintenu ce point de vue à différentes occasions, notamment lors du dernier G8.

En l'absence d'accord de Moscou, nécessaire pour faire passer aux Nations Unies une résolution visant l'indépendance du Kosovo, les États-Unis ont cherché à convaincre leurs partenaires européens de reconnaître une indépendance proclamée de manière unilatérale par les Albanais du Kosovo. Cependant, les représentants de l'Union Européenne se sont montrés réticents jusqu'ici à cette solution qui pourrait susciter les réactions des minorités autres que serbes présentes au Kosovo et dans la région. Les Européens ont des troupes sur place dont ils auraient bien besoin ailleurs et ne souhaitent pas que de nouveaux conflits apparaissent, ni au Kosovo ni dans la Bosnie voisine où s'expriment aussi des volontés de partage. De plus, ils tiennent à ménager les relations avec la Russie, en ne s'alignant pas docilement sur les positions de G.W. Bush dont la clairvoyance internationale est de plus en plus contestable.

Le Premier ministre du gouvernement provisoire kosovar, Agim Ceku, a indiqué, en juillet 2007, qu'il souhaitait que l'indépendance puisse être proclamée le 28 novembre 2007, jour de la fête de l'indépendance albanaise. Le 17 novembre, le Kosovo a voté lors d'élections générales en vue d'un nouveau parlement dont la majorité albanophone attend qu'il proclame l'indépendance que la Serbie refuse. Le Parti démocratique du Kosovo (PDK), de l'ex-chef de la guérilla séparatiste albanaise Hashim Thaci a remporté les élections législatives avec 34% des suffrages devant la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK) au pouvoir.

Le lendemain 19 novembre, les Européens ont appelé à la prudence Hashim Thaci, qui prône une indépendance rapide de la province. Un certain nombre de diplomaties européennes, ainsi que le haut représentant Javier Solana, ont rappelé que si le Kosovo est de fait indépendant de la Serbie, il ne serait pas opportun qu'il déclare son indépendance de façon unilatérale. Les négociations doivent se poursuivre, au moins jusqu'au 10 décembre où un rapport de la troïka UE, USA et Russie, confié à l'ambassadeur Wolfgang Ischinger, devrait suggérer un « atterrissage en douceur ». On peut penser que les impatiences seront contenues jusqu'à cette date.

La question est trop délicate pour que nous ayons ici une idée arrêtée sur ce que pourrait être une solution pérenne, ne relançant pas les conflits dans la région et ménageant les positions serbes et russes, que l'Europe ne peut se permettre de considérer comme nulles et non avenues ;

Une nouvelle fois cependant, on peut souhaiter que l'Europe ne suive passivement les positions de l'Amérique lorsqu'elle pousse sans nuances à l'indépendance du Kosovo. Que recherche exactement cette dernière? A favoriser l'entrée du Kosovo dans l'Union européenne, pour l'affaiblir, comme elle le fait au profit de la Turquie ? Washington poursuit des stratégies globales dont l'intérêt des peuples dans cette partie de l'Europe, comme l'intérêt de l'Union européenne, ne semble pas l'objectif premier. De plus, il s'agit de démarches souvent maladroites dans la forme, peu respectueuses du savoir-faire diplomatique qui s'impose dans les Balkans.19/11/07


La possible crise du dollar

En suite et illustration de notre article cité dans le numéro précédent, dont nous vous redonnons l'adresse "L'euro monnaie étalon internationale?" http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=306&rubrique_id= , il est intéressant de lire les extraits de presse recueillis par notre ami Philippe Grasset de Dedefensa http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4638
Il brûle, il brûle le dollar, dans nos petites poches. 18/11/07


Pourquoi les Français ne soutiennent-ils pas plus massivement Nicolas Sarkozy ?

Dans l’affrontement qui oppose actuellement le gouvernement et les personnels des services publics, on aurait pu penser que le soutien de l’opinion au premier serait massif. Il semble en effet d’après les sondages qu’une grande majorité de personnes estiment, à tort ou à raison, que les régimes spéciaux ne se justifient plus, compte tenu notamment de l’allongement de la durée de vie et des modifications apportées aux autres régimes. Or curieusement, même si beaucoup d’usagers se plaignent des inconvénients de la grève des transports, on ne constate pas à ce jour de soutien de grande ampleur à la position gouvernementale. Il en est de même dans le domaine de la « réforme des universités ». Peu de gens informés ne contestent la nécessité de donner plus d’autonomie à celles-ci. Bien plus, nul ne conteste que la réforme des universités soit pour la France comme aussi pour l'Europe, la réforme des réformes. Mais les « bloqueurs » de faculté, aussi à courte vue soient-ils, aussi peu démocratiques que soient leurs procédés, ne suscitent pas encore de rejet systématique. Au contraire, la cote du président de la République et du Premier ministre dans les sondages ne cesse de diminuer. Pourquoi ?

On dira que les vaincus des élections présidentielles profitent de la crise pour essayer, selon l’expression, de remporter le 3e tour social ? Mais cela ne devrait pas diminuer l’influence de la droite dans l’opinion publique. Les électeurs de Nicolas Sarkozy devraient au contraire serrer les rangs et rameuter autour d’eux les indécis. Suffisamment d’arguments existent pour condamner les « corporatismes » existant dans les entreprises publiques, notamment la SNCF. Il faudrait indiscutablement que la société française dans son ensemble puisse profiter de la crise pour se réformer en profondeur, y compris en ce qui concerne la gestion des entreprises publiques et des universités, où il y aurait beaucoup à faire, sans pour autant faire appel à la privatisation. Le Parti socialiste lui-même ne nie pas ce besoin.

Nous pensons que dans l’espèce de bras de fer qui semble s’instaurer entre les grévistes et le gouvernement, l’opinion tend à maintenir sa sympathie aux grévistes parce que, derrière le gouvernement, c’est le président de la République qui est visé. Non pas le président en tant qu’institution, que tout le monde respecte, mais Nicolas Sarkozy en tant qu'image. Celle-ci agace beaucoup de gens, y compris parmi la majorité. Les psychanalystes expliqueront que les peuples ne réagissent pas seulement sur une base rationnelle, en prenant en compte la légalité et les règles du vivre-ensemble qui devraient régir les démocraties. Nicolas Sarkozy a imposé une image très arrogante de sa personnalité et de sa façon de gouverner, image qu’il avait semble-t-il soigneusement étudiée. Cette image était destinée à l’inconscient des gens tout autant et plus qu’à leur raison.

Mais, pour des raisons plus ou moins obscures tenant à la psychologie des profondeurs, cette image ne semble pas avoir pris. Au contraire, elle a eu un effet de repoussoir. Aucun président de la République avant lui, même doté de sondages très défavorables, n’a suscité un tel effet. Dans le conflit actuel, beaucoup de gens qui ne se classent ni à droite ni à gauche attendent avec intérêt que, d’une façon ou une autre, il soit obligé d’en rabattre. Ceci même si la nécessaire réforme en profondeur de la société française ne gagnerait pas à ce recul. 18/11/07

PS: Quitte à faire de la psychanalyse de comptoir, on peut penser aussi que beaucoup de gens sont tentés par le chaos, en espérant que de vraies réformes pourraient en sortir. C'est un mythe troskyste bien connu, mais il ne recrute pas seulement chez les gauchistes et il ne concerne pas seulement la situation sociale en France.

* Sur le sakozysme, nous vous conseillons la lecture d'un numéro assez impitoyable de la Revue Esprit (qui n'est pourtant pas l'organe de l'opposition) Qu'est-ce que le sarkozysme? n° 339, 270 pages.


 

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