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La Gazette N° 170 en date du 31 octobre 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Après le Grenelle de l'environnement, nouvelle récession ou nouveau grand départ http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/85/edito.htm
* Considérations théoriques et pratiques sur la croissance économique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/85/croissance.htm

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Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Hausse de salaire à l'Elysée

Provocation ou inconscience? Le fait que le président de la République annonce qu'il va faire doubler son salaire mensuel nous parait en tous cas particulièrement mal venu. Mais peut-être est-ce ainsi que se construit ou se conforte une popularité. 30/10/07


L’énergie des mers
31/10/07

La France, dotée d’une longue façade maritime, aux caractéristiques océanologiques diversifiées, devrait investir plus qu’elle ne le fait dans les solutions permettant de produire de l’énergie à partir de la mer. Nos voisins européens le font davantage que nous, encore que l’Europe elle-même n’ait pas encore suffisamment encouragé ce domaine de développement, dont les retombées de toutes sortes pourraient être importantes, tant pour les besoins intérieurs que pour l’exportation.

Pour mettre un peu d’ordre dans les applications, nous distinguerons, suivant en cela les spécialistes du domaines, 4 directions de recherche :

- L’énergie des vagues ou houlomotrice. Des générateurs flottants ou immergés à faible profondeur produisent du courant en utilisant les mouvements de la houle afin d’actionner les pistons de moteurs hydrauliques. Nous avons précédemment mentionné le système Pelamis développé par l’entreprise Ocean Power Delivery. Il comporte 5 tronçons articulés dont un exemplaire est actuellement installé au Portugal. 30 installations semblables sont prévues en Ecosse. En France, l’ingénieur Alain Clément propose le Searev, comportant des générateurs inclus dans des coques de 25 mètres de haut, actionnés par un pendule. Malheureusement, il n’existe pas encore en France de démonstrateurs significatifs du dispositif.

L’énergie houlomotrice nécessite des eaux à la fois ouvertes aux houles et abritées des fortes tempêtes. Elles excluent en général la présence d’autres activités maritimes.

- L’énergie hydrolienne. Le principe en est théoriquement simple. Des turbines analogues à celles de l’usine marémotrice de la Rance (solution qui ne sera pas renouvelée vu ses effets nuisibles sur les estuaires), mais de plus grande taille, sont immergées dans des zones de forts courants (3 à 4 nds minimum). L’immersion peut être suffisamment profonde pour permettre les activités de surface. Mais les sites favorables ne sont pas très nombreux, du moins en France. La firme britannique Marine Current Turbine développe le système Seagen, comportant des hydroliennes sur pylônes de 16m de diamètre. Le LEGI ( Laboratoire des écoulements géophysiques et industriels) de Grenoble propose des hydrolienne à axe de rotation vertical (système Harvest) installées sous un flotteur de surface. Ces deux solutions obstruent la navigation. La firme française HydroHélix développe le programme Marénergie comportant des turbines bidirectionnelles, fonctionnant en cycle continu, avec le flot et le jusant. Ce dernier système est immergé et libère donc en principe la circulation de surface.

- L’énergie éolienne offshore. Cette solution a depuis longtemps été étudiée et testée. Si le littoral offre des zones suffisamment abritées et libres d’autres activités, des fermes éoliennes de grande importance peuvent être envisagées. Les mers peu profondes, comme la mer du Nord, sont évidemment préférables. Les éoliennes implantées sur le fond ne peuvent pas éviter les effets des vagues, ce qui perturbe leur fonctionnement. Des éoliennes plus petites sur radeaux ancrés semblent préférables. Dans tous les cas, on a fait valoir les risques pour les oiseaux marins et aussi, assez curieusement, ceux tenant à la présence de nombreuses mines datant de la dernière guerre mondiale, non explosées, que les travaux pourraient réactiver.

- L’énergie hydrothermique. Cette solution applique aux différences de température entre eaux de surface et eux profondes les principes de la géothermie. Des « échangeurs thermodynamiques » captent calories et frigories et les restituent via des pompes à chaleur sous forme de chaleur ou de froid selon les saisons. La solution est appliqué à Monaco et le sera à La Seyne sur Mer. Elle n’encombre pas particulièrement le littoral et pourrai être installée là ou existent déjà des ouvrages portuaires.

Concluons en observant que ces diverses filières supposeraient, pour prendre un véritable envol, de nombreuses aides publiques, ne reposant pas seulement sur la seule bonne volonté des collectivités locales. Au plan technique, les premières versions se révéleront certainement décevantes. La mer déjoue souvent les bonnes idées des ingénieurs uniquement développées en bassins. Le milieu est également très corrosif et obligera à des opérations de maintenance lourdes. Mais assez vite, la hausse des prix des combustibles fossiles et l’industrialisation des solutions devraient rendre ces solutions viables. Il serait souhaitable que l’Europe et, pour ce qui la concerne la France, puissent s’en convaincre rapidement. 31/10/07


L'énergie en Europe

Le Parlement européen a reconnu formellement l'énergie nucléaire comme "indispensable pour couvrir les besoins énergétiques de base de l'Union européenne à moyen terme" dans un texte adopté, le 24 octobre 2007

Ce texte a été approuvé par 509 voix pour, 153 contre et 30 abstentions. Le rapport de Herbert Reul (PPE-DE, DE) souligne que l'Union, selon les tendances actuelles, sera dépendante à 65% vis-à-vis de ses importations d'énergie d'ici 2030. L'énergie nucléaire semble la solution la plus efficace à la fois sur le plan de la sécurité des approvisionnements, de la rentabilité économique et de la protection de l'environnement.

Le texte invite par ailleurs la Commission à soumettre rapidement des propositions sur le captage et le stockage de carbone (CSC), ainsi que pour améliorer l'efficacité de la production et de la fourniture d'énergie, réduire l'impact environnemental, améliorer la sécurité des technologies existantes (toutes technologies confondues) et développer des techniques de stockage pour les énergies renouvelables.

Les députés ont aussi souligné l'impact significatif de la génération d'énergie provenant de la biomasse, la nécessité pour l'UE de soutenir les technologies en matière de carburants de synthèse et l'importance des gaz naturels liquéfiés (GNL) en vue de la diversification des importations de gaz.

Concernant le nucléaire, le texte reconnaît que celui-ci est un composant clé de la fourniture d'énergie dans la plupart des Etats membres et représente un tiers de l'approvisionnement européen en énergie, avec 145 réacteurs en fonctionnement dans les 16 Etats membres ayant fait le choix du nucléaire. Les députés ont indiqué que cette énergie est "indispensable pour couvrir les besoins énergétiques de base de l'UE à moyen terme". Etant donné que "l'énergie nucléaire est actuellement la plus grande source d'énergie pauvre en CO2 en Europe", "les objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre et de lutte contre le changement climatique ne pourront être atteints en cas de renoncement à l'énergie nucléaire", ont-il souligné. Ils ne considèrent toutefois pas la question du stockage des déchets comme réglée.

Cet constatation va dans le sens de la France et de la Belgique qui ont respectivement 78% et 56% de leur électricité produite par le nucléaire. La France possède le second parc de centrales au monde avec 59 réacteurs et 19 centrales, tandis qu'il existe deux centrales en Belgique pour sept réacteurs au total. Au Luxembourg, qui ne dispose pas de réacteur nucléaire, 35% de l'électricité est importée d'Allemagne et de Belgique, la production locale reposant majoritairement sur des centrales de cogénération au gaz.

Ajoutons (en tant que nucléocrate avéré) deux points. Si le président de la République française a déclaré en conclusion du Grenelle de l'environnement qu'il ne proposerait pas l'ouverture de nouvelles centrales nucléaires en France, on a généralement compris qu'il n'excluait pas le remplacement progressif des centrales en service par la version améliorée dite EPR dont un exemplaire est prévu à Flamanville, en attendant les réacteurs de 4e génération. Le contraire serait en effet incompréhensible. Quant aux Allemands, des études d'opinion semblent montrer qu'ils sont de moins en moins favorables à l'option actuelle de sortie du nucléaire. Elle risque de provoquer des ruptures graves d'approvisionnement. Il ne serait pas très fair-play de se tourner vers les voisins pour y remédier, laissant à ceux-ci la responsabilité économique et politique de l'investissement nucléaire. Il serait tout aussi peu élégant de continuer à privilégier les centrales à charbon qui accroissent considérablement la production de CO2 en Europe.29/10/07


Réalités sociales en Europe

Le Centre d'analyse stratégique français (ancien Commissariat au plan) a organisé le 29 octobre en partenariat avec la Représentation permanente en France de l'Union européenne un colloque sur les nouvelles réalités sociales en Europe.

Les sujets principaux mis en discussion le 29 octobre ont porté sur :
- Le bien-être, un objectif de politique publique ?
- Inégalités, jusqu'où s'en inquiéter ?
- Emploi et travail, de nouvelles réalités
- Immigration, intégration, quels défis ?

Le dossier distribué, accessible sur Internet, constitue une compilation d'indicateurs européens, fournis notamment par Eurostat et l'OCDE. Il propose un portrait robot de l'attitude adoptée par le citoyen français par rapport à celles de ses voisins européens. A ce titre, il donne un éclairage intéressant, non seulement sur la mentalité française, mais sur celle ayant cours dans les autres pays de l'Union.
Les thèmes choisis n'ont pas voulu éviter le langage consensuel. Ils abordent les sujets suivants :
- Démographie
- Bien-être, bonheur et santé
- Inégalités, pauvretés
- Education, formation
- Emploi, chômage, conditions de travail
- Immigration, intégration
- Famille
- Délinquance, insécurité
- Protection sociale, modèle social
- Capital social, défiance
- Face à l'avenir

On constatera par exemple que si la France contribue aux deux tiers de l'accroissement démographique de l'Union, c'est grâce à une politique publique généreuse qui privilégie le choix de la mère au travail. Rappelons à ce sujet que si la croissance démographique devrait être ralentie dans les pays à fort taux de natalité, elle doit au contraire être encouragée, au moins jusqu'au seuil de renouvellement, dans l'Union européenne, globalement en cours de dépopulation. En ce qui concerne l'attitude à l'égard des immigrés, les Français sont nettement plus accueillants que la moyenne des Européens. Par contre, malgré une situation globalement plus favorable, les Français sont plus pessimistes, face à l'avenir, que leurs voisins. Comprenne qui pourra. 29/10.07

* Le dossier du colloque http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Document_Realites_sociales_FranceVF-3.pdf


Le rapport GEO 4 du PNUE

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) affirme dans un rapport très attendu publié le 25 octobre 2007, que la privatisation généralisée des ressources et des services serait le plus mauvais scénario du point de vue de l'environnement. Autrement dit, le choix de la mondialisation libérale, qui convainc de moins en moins de monde, hormis les intérêts privés en bénéficiant directement, se trouve ainsi une nouvelle fois condamné par les experts mondiaux.

A l'inverse du tout-libéral et tout-profit, ce serait le retour à une gestion publique et participative des ressources et développements mondiaux qui donnerait les meilleures chances d'éviter les pires effets de la grande crise qui se prépare.

Ce rapport, produit par des groupes internationaux d'experts de toutes origines, va tout à fait dans le sens de ce que nous préconisons dans cette revue, y compris quant au rôle que devrait jouer l'Europe. Il apporte également, coïncidence heureuse, beaucoup d'arguments pour conforter les conclusions du Grenelle français de l'environnement qui s'est clos le 27 octobre.

Le rapport propose une modélisation des avenirs possibles en fonction des types de politiques adoptées au niveau mondial par la « communauté internationale », face à la crise écologique majeure que connaît d'ores et déjà la planète, crise qui de toutes façons va s'aggraver. La rapidité du phénomène est soulignée : l'étendue et la composition des écosystèmes terrestres "sont modifiées par les populations à une vitesse sans précédent". Les experts insistent sur la notion de seuil : "Les effets cumulés de changements continus dans l'environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux" et irréversibles. Cette idée de "points de basculement" ne s'applique pas seulement au changement climatique, mais aussi aux phénomènes de désertification, de baisse des nappes phréatiques, d'effondrement des écosystèmes...

Quatre scénarios

Les points de basculement annoncés surviendront d'autant plus rapidement et avec d'autant plus de gravité que les trajectoires actuelles seront ou non modifiées. Les experts ont défini quatre scénarios, selon le type de politique suivie. Dans le premier, l'intervention des Etats continue à reculer devant le secteur privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Le deuxième scénario se base sur une intervention centralisée visant à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux. Mais dans ce scénario, la volonté de privilégier une croissance forte ne laisse pas beaucoup de marges de manœuvres aux interventions correctrices. Néanmoins les dégâts sur l'environnement sont moindres que dans l'hypothèse précédente.

Une troisième voie serait de privilégier la sécurité pour répondre aux désordres civils et aux menaces extérieures : un effort important y serait alors consacré. L'environnement dans ce cas souffrirait presque autant que dans le premier scénario. On peut s'étonner de voir étudier ce scénario, entraînant inévitablement un accroissement considérable des dépenses militaires et de sécurité civile. Il est cependant considéré comme possible, sinon probable, si les insurrections de la misère provoquées par le scénario libéral s'étendaient à une grande majorité des pays pauvres et des catégories sociales exclues. Mais comme il ne s'attaquerait pas à la source des conflits, c'est-à-dire aux dégâts sur l'environnement, il ressemblerait beaucoup à une politique à la Gribouille. En fait, ce serait les lobbies militaro-industriels qui en profiteraient.

Enfin, la quatrième option est celle d'une société mondiale faisant le choix de la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens, en dialogue avec les Etats et les services publics, joueraient un rôle actif de prévention. Ce rôle imposerait des sacrifices et des mutations comportementales qui supposerait de réinventer une véritable sociabilité participative. Une telle option est non seulement souhaitable mais possible au niveau des Etats. Elle sera plus difficile quand elle opposera sociétés encore riches et sociétés de plus en plus pauvres. Mais c'est la seule possible. Si elle réussit, les pressions sur l'environnement, après une augmentation jusqu'aux alentours de 2025, pourraient diminuer et s'établir au niveau actuel, sinon en dessous, en 2050.

Même en ce cas, le quatrième scénario n'évitera pas les difficultés. Comme l'écrit le rapport en conclusion, "le changement climatique et la perte de biodiversité resteront des défis majeurs". 29/10/07

* Le Rapport du PNUE, texte intégral (anglais) http://www.unep.org/geo/geo4/media/index.asp
* Sommaire pour les décideurs (français) http://www.unep.org/geo/geo4/media/GEO4_SDM_French.pdf


Le Hummer

Grenelle de l’environnement, dites-vous ? Nécessité de réduire la consommation de pétrole, de supprimer les équipements inutiles, de taxer les consommations de gaspillage ? Que m’importe. Je suis le Hummer, le 4/4 monstrueux que vous aimez déjà, dont vous aller aimer de plus en plus les multiples versions. Digne descendant du Humvee militaire (High mobility multipurpose wheeled vehicle) grâce aux faiblesses duquel tant de soldats américains ont trouvé leur fin, je répands maintenant la peur et parfois la mort sur les routes, parmi les automobilistes inconscients qui prétendent continuer à rouler sur de petites voitures. Je suis un grand dévoreur d’espace urbain, un grand consommateur de gasoil mais aussi un grand flatteur d’ego. Ceux qui me possèdent se sentent, disent-ils, respectés, qu’ils écrasent les zones naturelles ou qu’ils se garent devant le Carlton. Mon heureux propriétaire montre non pas sa richesse, ce qui serait vulgaire, mais son indépendance d’esprit. Face à tous ceux qui prêchent dorénavant l’écologiquement correct, il affirme à tous qu’il se moque éperdument des conséquences de ses actes pourvu que ceux-ci soient conformes à son bon plaisir. Après lui le déluge.

Je suis le Hummer, symbole de l’Amérique qui a voulu et veut encore, malgré les échecs, imposer au monde entier ses croyances, son mode de vie, ses produits industriels, son pouvoir unilatéral. Je suis l’Amérique qui envisage de dépenser $2.400 milliards jusqu'en 2017 pour les seules guerres au Moyen-Orient (sans mentionner les pertes militaires et les victimes civiles). Je suis l’Amérique qui s’assied sur le Protocole de Kyoto et pour qui le récent rapport de l’ONU sur la survie de l’humanité 1) n’est qu’un chiffon de papier. Je suis l’Amérique qui trouve encore de par le monde d’innombrables adorateurs obnubilés pour la suivre dans ses folies. Je suis le Hummer et je trouverai des acheteurs (plus que des acheteurs, des amis) dans le monde entier et pour de longues années encore. 27/10/07


Grenelle de l’environnement : La France rattrapera sans doute son retard. L’Europe sera obligée de s’impliquer davantage.

Nicolas Sarkozy a engagé un processus vertueux que les intérêts économiques et politiques opposés aux mesures dont il a fait la liste, à la clôture des travaux du Grenelle de l’environnement, auront du mal à arrêter. La volonté de transparence affichée, la nécessité de continuer à négocier sur tous les sujets évoqués, l’attente de l’opinion publique et des médias ne permettront pas de reculer. Certes, les manœuvres dilatoires et les sabotages seront nombreux, mais le retour au statu quo parait impossible.

C’est un point très important pour la France, qui pourra ainsi rattraper le retard inadmissible pris sur ces questions par rapport à ses voisins notamment nordiques. L’Europe en bénéficiera aussi, puisque le modèle du Grenelle sera sans doute repris dans un certain nombre de pays et peut-être au niveau des institutions européennes, Commission et Parlement. L’Europe conforterait ainsi, aux yeux du reste du monde, le bon exemple qu’elle avait montré à l’ONU dans la lutte contre les gaz à effet de serre.

Nicolas Sarkozy sera-t-il dépassé par le mouvement qu’il a initialisé. Peut-être car les résistances aux changements se trouvent principalement dans les milieux économiques qui soutiennent l’UMP. Mais on peut espérer que, galvanisé par le nouveau rôle de sauveur de la planète qu’il vient d’endosser, il échappera aux difficultés qu’il s’est lui-même suscitées. Il ne pourra pas le faire en piétinant sur place, mais en avançant. Il lui faudra nécessairement s’engager davantage, tant sur le plan national qu’au niveau européen. Il y a loin en effet de ces premières mesures à une lutte vraiment efficace contre le réchauffement climatique et pour la protection des éco-systèmes terrestres 1).

Comment par exemple envisager ici d’imposer une taxe carbone efficace si on ne revoit pas tout le système français des impôts et taxes, et comment le faire si cette même révision n’est pas élargie à l’échelle de l’Union européenne toute entière. Sinon, les fraudes et détournements de trafics n’auraient qu’un effet, pénaliser l’économie nationale. Mais qui dira révision et harmonisation intra-européenne des systèmes de taxation dira aussi harmonisation des systèmes de contrôles aux frontières. On ne pourrait pas le faire avec des frontières ouvertes à tous les trafics. Autrement dit, la démarche européenne pourrait remettre en cause les a priori de la mondialisation libérale, pour le plus grand bien de tous.

On voit ainsi se confirmer ce que nous annoncions ici depuis longtemps. La lutte contre la grande crise environnementale sera, si nos hommes politiques et si les électeurs font preuve d’un minimum de responsabilité, un motif extrêmement puissant pour renforcer l’Europe sur tous les plans. Nous suivrons le chantier qui s’ouvre avec la plus grande attention. 26/10/2007

1) Aujourd’hui, et sans lien avec le Grenelle, l’ONU vient de rendre publique une étude de cinq années, réalisée par 1.400 scientifiques, avec comme thème la dégradation de l’environnement. Le rapport met en évidence la vitesse grandissant depuis 20 ans de cette dégradation. La conclusion ne nécessite aucun commentaire particulier: “La survie de l’humanité elle-même est en jeu”. Rapport GEO4 (voir ci-dessus)


Quos vult perdere, Jupiter dementat

Selon USA Today du 22 octobre, le coût de la poursuite de la guerre en Irak et en Afghanistan estimé par le Congressional Budget Office (CBO) sera de $2.400 milliards jusqu’en 2017 dont $1.900 milliards pour la guerre en Irak. L’estimation tient compte d’une prospective fondée sur les dernières déclarations présidentielles, selon laquelle 75.000 hommes resteront déployés dans les deux pays à cette date, dont 50.000 en Irak. Il reprend une précédente estimation en y ajoutant les intérêts puisqu’il s’agit d’argent qui s’inscrit dans la dette du budget fédéral.

Les ennemis de l’Amérique, à commencer par Al Qaida, doivent se réjouir. Ils sont en train de réussir ce que les Américains avaient réussi à l’encontre du communisme russe, le ruiner dans une escalade sans fin des budgets militaires. Ici, ce sera l’Amérique qui se ruinera, ainsi d’ailleurs que l’économie occidentale puisque la stabilité de celle-ci est liée au montant de la dette fédérale, laquelle est elle-même dans la main de ceux qui pour le moment encore, soutiennent le dollar sur le marché des changes, avant possiblement de le laisser tomber.

Et ceci pour quels résultats ? S’épuiser militairement et économiquement, multiplier les combattants islamiques, s’éloigner de plus en plus de ses alliés traditionnels au Moyen orient et en Asie, réjouir les Russes et inquiéter de plus en plus les Européens. Quel est le Jupiter caché qui rend ainsi fous les Américains ? 25/10/2007

http://news.aol.com/story/_a/iraqi-afghan-wars-may-cost-24-trillion/20071024093009990001


La Pologne se rapproche du cœur de l’Union européenne, la Suisse s’en éloigne

Les libéraux polonais s'apprêtent à reprendre le pouvoir aux frères jumeaux conservateurs Kaczynski, après leur avoir infligé une lourde défaite aux législatives de dimanche, avec une avance de près de 13 points. Le parti libéral Plateforme civique (PO) dirigé par Donald Tusk obtiendrait 205 sièges (chiffre provisoire) à la Diète (chambre basse) qui compte 460 au total. Le parti conservateur sortant Droit et Justice (Pis) de Jaroslaw Kaczynski arrive en deuxième position avec 166 sièges. Seuls deux autres partis, l'alliance de centre-gauche LiD et le parti paysan PSL, dépassent le seuil de 5% des voix requis pour être représenté à la Diète en obtenant respectivement 52 et 36 sièges. Les anciens alliés du PiS au pouvoir, le parti populiste Autodéfense (Samoobrona) et l'extrême droite ultracatholique de la Ligue des familles polonaise (LPR), n’ont pas assez de voix pour figurer au Parlement.

Donald Tusk a appelé les Polonais à la réconciliation après les divisions qu'a connues le pays depuis l'arrivée au pouvoir des frères Kaczynski il y a deux ans. Le prochain gouvernement libéral adoptera la Charte des droits fondamentaux, incluse implicitement dans le nouveau traité européen et refusée par les Kaczynski.

C’est une bonne nouvelle pour l’Europe. Cette grande nation qu’est la Pologne s’était marginalisée par les prises de positions nationalistes et traditionalistes du précédent gouvernement. Cependant les partisans de l’Europe-puissance ne se feront pas d’illusions prématurées. Le Parti Libéral va se montrer, comme son nom et son programme l’indiquent, un chaud partisan de l’ouverture à l’extérieur et du recul de la régulation publique. Son modèle serait l’Irlande, qui s’est enrichie en accueillant tous les investissements étrangers désirant échapper aux taxes, aux obligations sociales et aux contrôles administratifs. Vis-à-vis des Etats-Unis cependant, le Parti libéral semble devoir prendre du recul et répudier l’allégeance précédente. Le désengagement militaire en Irak est déjà annoncé. Il semblerait également qu’une renégociation de la part polonaise dans le système AMD soit envisagée.

L’évolution de la Pologne montre bien le fonctionnement du principe de l’auto-association stabilisatrice en œuvre dans les systèmes symbiotiques biologiques, que nous avions déjà signalé à propos des déviances populistes de l’Autriche. Le poids des associés et de la ligne commune qu’ils expriment fini par s’imposer, pour le plus grand bien de l’ensemble comme de celui des nouveaux membres. Ceux-ci cependant, entrés dans le système commun, conservent certaines de leur spécificité dont l’ensemble peut s’enrichir. C’est pourquoi nous pensons qu’après quelques mois pendant lesquels les Polonais s’enchanteront d’être redevenus de « vrais libéraux », ils comprendront face aux crises qui attendent l’Europe la nécessité d’un retour à un interventionnisme de puissance – très différent d’ailleurs du contre-modèle de type communiste dont les Polonais, à juste titre, ne veulent plus. La Pologne est plus grande et en plus mauvais état que l’Irlande. Les solutions ayant réussi – provisoirement – à cette dernière, ne pourront pas être reprises directement par Varsovie.

La Suisse, en cette fin d’octobre, a montré au contraire que les vertus de l’auto-association stabilisatrice ne jouent pas en sa faveur, simplement du fait qu’elle n’est pas membre de l’association, c’est-à-dire de l’UE. L'Union Démocratique du Centre est le grand vainqueur des élections législatives. Le parti de Christophe Blocher a renforcé son statut de première formation politique du pays acquis il y a quatre ans. L'UDC a gagné 7 sièges supplémentaires au Conseil national, la chambre basse. L’UDC enregistre cette progression après une campagne axée sur l'immigration et l'insécurité, symbolisée par son affiche montrant 3 moutons blancs expulsant un mouton noir. Ueli Maurer, le président du SVP, le pendant de l'UDC en Suisse alémanique, s'est félicité de cette victoire, qui selon lui sonne le glas des velléités d'adhésion de la Suisse à l'UE. Qu’ajouter de plus pour ce qui nous concerne : tant pis pour l’Europe, tant pis pour la Suisse et tant mieux pour les fraudeurs de toutes natures qui font la fortune de l’Union des Banques Suisses.

Nous aurions aimé cependant voir la Suisse, au cœur de l’Europe, la rejoindre en lui apportant ses points forts, plutôt qu’offrir ainsi des modèles au populisme et à l’isolationnisme toujours prêts à s’exprimer dans les pays européens. Notamment en Hollande, pour ne pas la citer. 22/10/07


Le dernier G7-Finances ou la discrète déroute de l'Europe

Le G7, où (Canada mis à part) les pays européens sont seuls en face des Etats-Unis et dépourvus de toute politique commune, ressemble beaucoup à l'Otan. Comme au sein de l'alliance atlantique, les pays européens sont obligés d'en passer par les stratégies - de plus en plus irresponsables malheureusement - du « grand allié ».

Les ministres des finances du G7 – les sept pays les plus industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) –, réunis à Washington le 19 octobre 2007 ont tenté de faire passer trois messages différents. Mais chacun de ces messages, selon nous, souligne leur impuissance grandissante face aux pays émergents et à la Russie, dont aucun n'est membre du G7, lequel est réservé aux « Occidentaux » et dominé de fait par les Etats-Unis. Ils soulignent aussi leur dépendance politique toujours aussi grande à l'égard de ces derniers.

Le premier message se voulait rassurant. Il concernait la croissance, dont ils ont estimé qu'elle restait forte malgré les turbulences des marchés financiers, les prix élevés du pétrole et la faiblesse du marché immobilier américain. Mais si cette croissance reste forte, elle est due principalement à l'activité des pays émergents et des pays en développement. Ceux-ci regroupés au sein du G24 ont fait la leçon au G7. Il y a quelques années, ils étaient mal en point. Aujourd'hui, c'est leur bonne santé qui permet au monde de conserver une croissance de 5 % l'an. Au nom du G24, Oscar Tangelson, vice-ministre de l'économie argentin, a demandé, non sans ironie, au FMI d'améliorer la surveillance qu'il exerce sur les économies occidentales, en accordant autant d'attention à l'évaluation des faiblesses de ces dernières qu'à celles des économies émergentes. Nous attendons d'ailleurs sur ce point ce que le « new-FMI » présidé par Dominique Strauss-Kahn, pourra bien dire.

Le second message consistait à hausser le ton face à la Chine et sa politique de monnaie faible. Il est certain que ce taux favorise anormalement les exportations chinoises sur les marchés occidentaux, ce qui permet en retour au Trésor chinois d'accumuler des bénéfices. Ceux-ci lui servent à financer les fonds souverains qui commencent à faire peur au G7 (voir ci-dessous). Ce sont surtout les Etats-Unis qui se plaignent de ce mécanisme. Mais ils en sont les premiers responsables. Afin de ne pas réduire le chiffre d'affaire de leurs importateurs et de leurs industriels délocalisés en Chine (et pour faire plaisir aux électeurs), les pouvoirs publics américains encouragent des prêts à la consommation au profit de gens déjà à la limite de leurs possibilités de remboursement, comme le montre par ailleurs la crise des crédits immobiliers. C'est toute la conception de la croissance ayant cours, sous la pression de l'idéologie libérale, d'abord aux Etats-Unis mais aussi de plus en plus en Europe (hélas aussi en France), qu'il faudrait revoir. La croissance ne consiste pas à développer la consommation des particuliers, quand dans le même temps l'on renonce à produire soi-même les biens consommés. Nous reviendrons sur cette conception particulièrement perverse de la croissance telle que conçue par les pays occidentaux dans un autre article.

La Chine a montré le cas qu'elle faisait de l'admonestation du G7. Wu Xiaoling, la numéro deux de la banque centrale chinoise, avait certifié, ce même 19 octobre, que son pays faisait de son mieux, mais qu'il ne modifierait son taux de change que "de manière contrôlée, de sa propre initiative et de façon graduelle".

Le G7 est d'autant plus malvenu de s'en prendre à la monnaie chinoise qu'il n'a pratiquement pas tenu compte des inquiétudes de ses membres européens face au taux de change du dollar (et accessoirement du yen) face à l'euro. Henry Paulson, le secrétaire américain au Trésor, et Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, se sont clairement moqués de leurs interlocuteurs en déclarant "qu'un dollar fort est bon pour l'économie américaine" alors que ce dernier se dévalue chaque jour davantage. On ne peut pas dire plus ouvertement aux Européens, notamment à la France, mais aussi au président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker et au président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, que ce sont les Etats-Unis qui fixent les règles de l'économie mondiale, et plus particulièrement celles des rapports économiques entre la zone dollar et la zone euro. On ne voit pas que les dégagements verbaux du président Sarkozy puissent changer grand-chose à ce rapport de force. Mais là encore, les Européens n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Refusant de s'unir et d'adopter, non seulement une politique monétaire cohérente, mais des politiques économiques et industrielles communes, au moins au sein de la zone euro, ils ne pèsent pas en proportion de leur force économique théorique.

Le troisième message du G7 s'est voulu rassurant face aux dysfonctionnements de la mondialisation constatés ces derniers mois. Il a examiné les nouveaux produits – pas toujours maîtrisés – de la finance, tels la "titrisation" des prêts hypothécaires, les fonds spéculatifs (hedge funds), les fonds vautours et les fonds souverains. Il a déclaré vouloir faire pression sur les différents acteurs pour obtenir une transparence accrue et des codes de bonne conduite. Mais la véritable et nouvelle inquiétude des pays occidentaux concerne les fonds souverains, tout au moins ceux qui détiennent les bénéfices commerciaux de la Chine et de la Russie. Ce " tout au moins " s'impose car les fonds souverains américains (aux mains directement ou indirectement de la CIA) comme ceux du Qatar et de Dubaï, grands amis proclamés de l'Amérique, semblent beaucoup moins inquiéter les Etats-Unis et les pays occidentaux les plus liés à l'économie de ces derniers.

On sait que la préoccupation des membres du G7 est liée à la multiplication de prises de participation récentes de ces fonds. En quelques mois ils se sont attaqués aux Bourses (le London Stock Exchange, le Nasdaq aux Etats-Unis...), aux banques (la britannique Barclays, l'américaine Bear Stearns) ou aux chaînes de grands magasins (Sainsbury's...). Fin septembre la Chine a lancé officiellement son fonds d'investissement, China Investment Corp., doté de 200 milliards de dollars (140 milliards d'euros). En Russie, un "fonds des générations futures" verra le jour le 1er février 2008. Nous avons dans un article précédent rappelé que les fonds souverains gèrent déjà plus de 3 000 milliards de dollars, assez pour racheter la totalité des entreprises du CAC 40. Ils pourraient capitaliser 10 000 milliards de dollars d'ici à 2016, sans compter les capitaux publics investis dans des entreprises d'Etat, comme en Russie. Selon certains experts, dans les prochaines années, les flux de l'épargne mondiale vont s'inverser. Les fonds de pension anglo-saxons devront vendre des actifs pour honorer les retraites de leurs client puis risquent de tomber aux mains de fonds souverains d'Asie et du Moyen-Orient.

Mais là encore, nous devons constater le refus du G7 de s'en prendre aux racines du mal. C'est que les Etats-Unis ne veulent pas réduire leur dépendance au pétrole (fonds souverains du Moyen-orient) et à la consommation de biens manufacturés asiatiques (fonds souverains chinois). Ils ne veulent pas non plus que les Européens contrôlent mieux les manœuvres des fonds américains, encore très offensifs pour le moment, au sein des économies européennes, notamment dans les secteurs stratégiques qu'ils accaparent progressivement.

Certes les nouveaux acteurs que sont les fonds souverains non occidentaux ne manifestent aujourd'hui que des ambitions limitées. La plupart ont des stratégies purement financières. Le fonds pétrolier norvégien, quant à lui, ne cherche ni à prendre le contrôle de sociétés ni à se mêler de gouvernance. Pour le moment, les fonds du Golfe suivent la même voie, tout au moins ouvertement car certains experts les soupçonnent de financer en sous-mains les mouvements islamistes fondamentalistes. Ils se contentent de participations minoritaires et se présentent en investisseurs de long terme. Mais la flambée des prix des matières premières, notamment du pétrole, et les excédents commerciaux des pays en forte croissance ont fait exploser leurs réserves et modifié leurs stratégies d'investissement. Le G7 s'est en conséquence sérieusement interrogé sur les ambitions futures de la Russie ou de la Chine.

Pour l'heure cependant, les membres européens du G7, pour ne pas fâcher les Etats-Unis, devront se contenter d'observer sans intervenir de ce qui se passe chez eux. L'Allemagne a certes déjà conduit une réflexion assez avancée. Peut-être annoncera-t-elle prochainement la mise en place d'un dispositif visant à protéger les entreprises allemandes de l'entrisme des fonds d'Etat. Ce dispositif s'appuiera sur une évaluation des risques qui pèsent sur la sécurité nationale et les infrastructures stratégiques. La France, pour sa part, qui a déjà décidé de protéger certains secteurs stratégiques, fait l'objet de nombreuses moqueries, s'en prenant à sa conception dite dépassée du patriotisme économique. Un expert américain a eu le bon goût de la railler "La France s'est émue, il y a deux ans, des rumeurs de rachat de Danone et de ses yaourts. Jusqu'en 1994, le Danemark interdisait aux Allemands d'acheter le moindre bout de terre. A chaque histoire et à chaque culture sa définition", a-t-il fait remarquer, reléguant clairement la France au Moyen-Age.

Il est vrai que les pays européens rencontrent vite leurs limites, du fait qu'ils ne remettent pas en cause le leadership américain et que par conséquent ils ne répudient pas beaucoup plus systématiquement les règles d'un capitalisme financier dit sans frontières, lequel cache en fait des stratégies de puissance bien réelles. Pour le moment, ils n'ont ni l'autorité morale ni les moyens pratiques permettant d'imposer des limites. De plus, ils sont paralysés par la peur de se voir couper l'accès aux marchés émergents, par forme de rétorsion. Là aussi, négociant un par un avec la Chine, l'Inde, Singapour et les autres, ils n'ont toujours pas le poids leur permettant de se comporter en puissance globale afin d'exiger une vraie réciprocité. 21/10/07


L'OPA du président Sarkozy sur l'équipe de France de rugby n'a porté chance ni à l'un ni à l'autre

La façon exaspérante dont Nicolas Sarkozy s'était affiché avec l'équipe de France de rugby avant la compétition et jusqu'au 3e match (NB: contre l'Argentine, on ne l'a pas vu. Il est vrai qu'il était occupé ailleurs) en avait indignés plus d'un. Les mêmes plus d'un n'ont pas pu s'empêcher de se réjouir des maladresses répétées de la dite équipe et de son waterloo final. Ils ajoutent la défaite sportive à la liste des difficultés et échecs que rencontre le président en ce moment. Ses adversaires s'en réjouissent et ses amis politiques sont embarrassés. A trop vouloir instrumentaliser, sans aucune prudence ni discernement, on tombe sur des becs.

Quant à l'emblématique Bernard Laporte, il semble bien dangereux lui-aussi à fréquenter. Quels échanges pourra-t-il avoir en conseil des ministres avec la Garde des Sceaux, par exemple? Je lis dans la presse de ce samedi: "Selon les révélations de l'Equipe Magazine à paraître samedi, le sélectionneur de l'équipe de France de rugby et futur secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux sports serait visé, via ses différentes sociétés, par une enquête fiscale qui aurait relevé de nombreuses irrégularités. Selon Bernard Laporte, toute cette affaire "ne débouchera sur rien à l'arrivée". Nicolas Sarkozy a lui laissé entendre qu'il ne reviendrait pas sur la nomination au gouvernement de Bernard Laporte, invoquant "la présomption d'innocence".


L'alliance stratégique Etats-Unis/Inde négocié en 2005 est aux soins intensifs

L'alliance stratégique négociée en 2005 entre G.W. Bush et le premier ministre indien Manmohan Singh va-t-il mourir avant même d'être entrée en application? Le brillant succès de la diplomatie américaine se transformerait-il en brillant échec?

En avril 2005, les Etats-Unis décidaient de faire de l'Inde une puissance mondiale majeur (" US unveils plans to make India “major world power” selon la presse américaine de l'époque). L'Inde semblait décidée, contre certains facilités dans le domaine nucléaire civil, à accepter ce statut. Elle s'était quasiment engagée, en retour d'une telle bienveillance, à moderniser ses armées, notamment son aviation, grâce à de très importantes commandes à l'industrie US. Nous avions nous-mêmes noté que le Département d'Etat réussissait là un « coup » diplomatique et commercial de première grandeur. Au plan des équilibres dans la région, Washington, face à la Chine (et secondairement à l'Europe), mettait si l'on peut dire l'Inde dans sa poche.

Aujourd'hui, cette belle opération (qui notons-le n'a toujours pas été approuvée par le Congrès) semble au point mort. Si elle ne l'est pas, elle est au moins aux soins intensifs. Selon Daryl Kimball, executive director de l'Arms Control Association de Washington: «“I would not say the deal is dead. It's in the hospital in intensive care”. Plusieurs raisons expliquent cela. Il y a d'abord la perte de prestige dans tous les domaines de l'Amérique, suite à ses désastreuses opérations au Moyen-Orient. L'alliance avec un tel Etat fait désormais peur. Les Indiens se plaignent aussi que l'administration américaine ait voulu exploiter la supposée docilité de son allié indien en lui imposant ses points de vue sans aucun souci de la négociation. Enfin, au plan interne, le premier ministre et sa majorité sont confrontés à une vive opposition de l'extrême-gauche et des nationalistes, qui critiquent notamment la coopération nucléaire avec les Etats-Unis.

Les cartes vont-elles être rebattue et au profit de qui ? La Russie est évidemment prête à tous les bons offices. L'Europe est sans doute trop atone pour faire valoir les avantages d'une coopération avec elle, qui pourtant serait plus désintéressée. Quant à la Chine et au Japon, ils suivent les évènements avec intérêt. Ne parlons pas du Pakistan, pourtant aux premières loges, mais qui semble pour le moment avoir d'autres soucis. Affaire à suivre donc.

*Article du WP. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/10/15/AR2007101501856_pf.html


L'Europe de demain

Ayant approuvé l’ancien projet de traité constitutionnel, rejeté par référendum en France et en Hollande, nous ne pouvons que nous féliciter de voir reprises les plus importantes des dispositions de celui-ci par le nouveau texte. Nous continuons à penser que malgré les insuffisances de l’un et de l’autre, rester sous l’emprise des anciens traités aurait signé la mort définitive de l’Europe. Ceci dit, ce nouveau traité ne nous parait devoir être accepté que par réalisme, à défaut de pouvoir espérer dans l’immédiat des clauses susceptibles de fonder l’Europe puissance que nous souhaitons.

Heureusement, les textes juridiques ne sont jamais définitifs, quoiqu’en pensent les non-juristes. S’ils se trouvaient des gouvernements décidés à renforcer vraiment l’Europe, ils pourraient toujours le faire, par accord mutuel. Bien plus, si un pays refusait vraiment une orientation de l’Union qu’il jugerait mortifère, il pourrait aussi toujours le faire, quitte à se mettre en rupture – momentanée- avec les textes européens.

Aussi bien, ce que nous attendons maintenant des gouvernements européens, et en premier lieu du nôtre, sera précisément de proposer des orientations fortes dans les domaines qui nous paraissent stratégiques. La même demande s’adresse évidemment aux oppositions de gouvernement, celles qui aspirent à prendre la suite des majorités au pouvoir et qui comptent, en attendant, contribuer, même minoritaires, à la marche en avant de l’Europe.

Autrement dit, il est plus que temps, pour faire taire les eurosceptiques, de proposer ce que nous pourrions appeler « l’Europe de demain en six tableaux »

* L’Europe des sciences et des technologies
* L’Europe des politiques économiques et industrielles
* L’Europe de la création intellectuelle et artistique
* L’Europe des services publics et de la défense
* L’Europe de l’environnement
* L’Europe légale et réglementaire

Que mettre sous ces rubriques ? Faut-il en ajouter d’autres? Nous nous proposons dans les prochaines semaines de faire quelques suggestions sur ces divers points.


Commentaires concernant le projet de Traité réformateur européen

Le texte proposé au sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007 respecte le mandat précis confié à la CIG en juin 2007 par le Conseil européen de Bruxelles. Nous l'aurions évidemment souhaité plus ambitieux. Il faudra que les Etats n'attendent pas la date lointaine de sa ratification (2009) pour prendre des initiatives fortes dans les nouveaux domaines.

Nos commentaires. Nous nous appuyons pour les formuler (en italique) sur un document publié par Toute l'Europe, que nous remercions.

Préalables

Les symboles européens (devise, hymne, drapeau..) ainsi que le vocabulaire constitutionnel n'apparaissent pas dans le traité. Très regrettable. les symboles comptent beaucoup. Il faudra que l'esprit l'emporte sur la lettre.

Les Etats n'ont pas fait le choix de réunir les traités existants en un seul document, comme cela avait été le cas pour le Traité constitutionnel. Le Traité "réformateur" introduit simplement des modifications dans les traités UE et CE afin de rendre l'Union plus efficace et plus démocratique.

L'insertion de nouvelles références à l'immigration, au changement climatique ou encore à l'énergie devrait permettre à l'UE de se doter des moyens nécessaires pour répondre à ces nouveaux défis. Encore faudra-t-il que de grands programmes, sur les deux derniers points au moins, concrétisent les politiques publiques dont l'Union devra se doter.

Parmi les nouveautés introduites par le traité, qui pour la plupart entreront en vigueur dès 2009, on citera :

Au niveau institutionnel

En amendant les traités existants, le traité modificatif change l'appellation du "Traité instituant la communauté européenne" en "Traité sur le fonctionnement de l'UE" . Cf observation n° 1 ci-dessus.

Le traité dote l'UE d'une personnalité juridique unique qui lui faisait défaut, et instaure une présidence stable de l'Union européenne à la place de la présidence tournante actuelle.

Conseil de l'Union européenne

Un Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, au double chapeau - Commission et Conseil - est nommé. Néanmoins il n'aura pas le titre de ministre, comme le prévoyait le Traité constitutionnel. Espérons qu'il jouira cependant de toute l'autorité qui devra s'attacher aux positions diplomatiques de l'Union dans un monde de plus en plus multipolaire (et conflictuel).

Le vote à la majorité qualifiée est étendu (à 51 domaines), notamment aux questions de coopération judiciaire et policière, à l'éducation, à la politique économique. Ceci supposera évidemment que la France fasse bien plus d'efforts qu'aujourd'hui pour convaincre ses partenaires de la justesse de ses propositions. Cela n'est pas un mal en soi si l'on veut que se construise un minimum de cohérence européenne.
Le vote à la double majorité, issu du Traité constitutionnel, s'appliquera à partir de 2014, voire 2017. La France, pour se faire entendre, devra s'assurer le renfort d'Etats totalisant 95 millions d'habitants, contre 75 millions pour l'Allemagne. Ceci appelle la même remarque que ci-dessus.

Les coopérations renforcées, principal instrument d'une Europe se voulant un tant soit peu souveraine, devront désormais rassembler neuf pays contre huit actuellement. En fait, dans la pratique, sauf en matière de défense, elles ne sont concevables qu'au sein de l'Eurogroup. Or l'Eurogroup est appelé à s'élargir. La encore, la France devra s'interdire de "jouer perso", sauf en cas de crise majeure. Mais est-ce un mal, si l'on dispose d'un gouvernement et d'un parlement volontariste.

Parlement européen

Bien que l'unanimité subsiste dans certains domaines, la procédure de codécision est largement étendue, ce qui renforce la position de "co-législateur" du Parlement européen. Selon un député européen, Elmar Brok (PPE-DE), rapporteur du Parlement européen pour la CIG, la procédure de codécision "s'appliquera dans 95 % des cas".

Commission européenne

A partir de 2014, le nombre de commissaires sera inférieur au nombre d'Etats. Le Président de la Commission européenne sera élu par les eurodéputés, eux-mêmes élus directement par les citoyens européens.

Le Traité constitutionnel européen proposait de remplacer les appellations existantes des instruments de droit européen (directives, règlements et avis) par des "lois" et "lois-cadres" européennes. Cette proposition n'a pas été retenue dans le traité. Les actes du droit communautaire continueront d'être appelés directives, règlements et avis. Cette terminologie restrictive risque d'enlever de l'autorité aux décisions de la Commission, ce qui sera regrettable dans les domaines où des questions difficiles, comme celles de l'environnement, seront abordées. Rappelons que les Etats, contrairement à ce qu'ils prétendent parfois, peuvent jouer un rôle essentiel dans les décisions de la Commission.

Sur le plan de la démocratie

Le pouvoir de contrôle des Parlements nationaux sur les activités de l'Union européenne est renforcé : un "droit d'alerte précoce" leur est confié afin qu'ils s'assurent que l'Union ne sort pas de son champ de compétences. En d'autres termes, ils seront chargés de contrôler le respect par les institutions européennes du principe de subsidiarité. Espérons que le Parlement ne se bornera pas à cela et prendra des initiatives fortes, fussent-elles seulement verbales, dans tous les domaines où la voix de l'Europe devra se faire entendre.

L'initiative citoyenne : elle figure parmi les dispositions reprises du Traité constitutionnel. Elle permet à un million de citoyens appartenant à plusieurs pays de l'UE de signer une pétition qui invite la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne. On observera avec intérêt la mise en oeuvre pratique de cette disposition. Certains craignent un afflux d'intiatives, voire un piratage par des malveillants (comme sur le web). Pour notre part, nous n'éprouvons pas cette crainte, a priori du moins.

Contrairement au Traité constitutionnel, la mention dans le traité du principe de la primauté du droit européen sur le droit national n'apparaît pas explicitement. Toutefois, cela ne remet pas en cause l'obligation pour les Etats de respecter ce principe affirmé par la Cour de Justice des Communautés européennes dès les années soixante. Refuser cette disposition, comme les anciens " nonistes " français le voudraient, serait refuser toute existence légale à l'Europe.

De même, le remplacement du texte complet de la Charte des droits fondamentaux, partie II du traité constitutionnel, par une référence dans le traité ne lui retire pas sa valeur. La Charte aura désormais la même force juridique que les traités, ce qui n'était pas le cas avec le traité de Nice. La Vice-présidente de la Commission Margot Wallström s'est d'ailleurs félicitée que la Charte des droits fondamentaux obtienne un "statut entier".

Si la "concurrence libre et non faussée" disparaît des objectifs de l'UE, elle reste un principe cardinal de la construction communautaire et un instrument politique majeur au service de l'UE [protocole n°6 sur le marché intérieur et la concurrence]. Nous le regrettons pour notre part. On ne doit pas se faire d'illusions. Les intérêts monopolistiques non-européens voulant envahir l'Europe et détruire ce qui lui reste de points forts économiques au nom de la concurrence "libre et non faussée" ne vont pas renoncer à leurs opérations. Le véritable instrument politique majeur au service de l'Union sera en fait un retour raisonné à la réglementation publique et aux politiques industrielles protégées dans les domaines stratégiques - lesquels seront de plus en plus nombreux.

A côté des acteurs politiques, la société civile se voit formellement reconnue dans la vie de l'Union. Les ONG auront une belle carrière devant elles. Souhaitons que leur transparence s'améliore. Beaucoup d'entre elles servent aujourd'hui de faux-nez à des lobbies extra-européens très présents à Bruxelles.

* Texte du projet de traité modificatif http://www.consilium.europa.eu/showPage.asp?id=1317&lang=fr&mode=g


Succès de la manifestation du 18 octobre

Le succès de la manifestation du 18 octobre organisée par les syndicats français pour protester contre la modification des statuts dits spéciaux dont bénéficient un certain nombre de salariés du secteur public a surpris par son ampleur. Elle peut être interprétée de différentes façons. Manifestement, les manifestants et l’opinion en général, qui s’est montrée indulgente face aux dérangements imposés par la grève, ne se sont pas uniquement préoccupés des régimes de retraite des agents des transports. Beaucoup sans doute ont voulu montrer leur inquiétude face à la menace, non seulement de réduction des moyens des administrations en général, mais d’une volonté non dite de privatiser le plus possible des pans nombreux des compétences de l’Etat et des collectivités locales, notamment dans le domaine de l’enseignement, de la recherche et même de la sécurité civile. 1)

La France subit en ce moment, comme beaucoup de pays européens, l’offensive des intérêts privés qui veulent faire sauter le rôle protecteur des administrations au profit d’entreprises prétendant faire du profit à la place de celles-ci. Elles ne le feront qu’en réduisant et facturant les prestations, limitant le nombre des bénéficiaires et les effectifs. Ce faisant ce sera l’esprit même de l’administration publique, qui a fait la force et l’honneur de la France, comme de quelques nations voisines, qui sera compromis. On retrouve avec un peu de retard ici une tendance forte déjà à l’œuvre aux Etats-Unis et bien décrite par le livre de Benjamin Barber que nous présentons par ailleurs (http://www.benjaminrbarber.com/)

Cet auteur dénonce une mise en tutelle de la société occidentale par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation, y compris les biens et services les plus inutiles et gaspilleurs. Ils utilisent pour cela le relais des entreprises dites culturelles qui sont en charge de vendre leurs produits et d’infantiliser les citoyens. Ce sera toute la citoyenneté qui en souffrira. Les administrations publiques, notamment celles de l’éducation nationale peuvent développer d’utiles garde-fous contre ces tentatives. Aussi les nouveaux entrepreneurs doivent-ils les présenter comme attardées intellectuellement et coûteuses économiquement. Ils se feront forts de les remplacer par des services payant réservés aux plus riches et aux plus dociles (y compris en ce qui concerne la police et la défense, comme on le voit en Amérique actuellement).

Un tel programme n’est pas affiché ouvertement par le gouvernement français ni les autres gouvernements européens. Mais les citoyens sentent très bien qu’il est déjà mis en œuvre et se développera de plus en plus, s’ils ne résistent pas. Mais le pourront-ils ? La disproportion entre les forces est grande, notamment au niveau des moyens médiatiques mobilisés. Ce n'est pas une raison pour laisser faire 19/10/07

1) Edgar Morin, invité de La rumeur du monde" sur France Culture le 20/10, a émis une hypothèse intéressante: le soutien à la grève aurait été moindre il y a un mois, avant les scandales EADS et UIMM (les sommes détournées par l'Union des industries métallurgiques et minières). Ces comportements particulièrement répugnants du patronat français auraient selon Edgar Morin renforcé le mécontentement des citoyens.


La foi dans le monde, selon un sondage réalisé pour la BBC


Les sondages valent ce qu'ils valent. Voici cependant un tableau de synthèse des résultats d'un sondage réalisé par la compagnie ICM pour la BBC sur le thème de la croyance religieuse dans le monde. 10.000 personnes ont été interrogées durant le mois de janvier 2004. Différentes questions ont été retenues pour caractériser le niveau de la foi dans chaque échantillon, telles que "Seriez-vous prêts à mourir pour votre religion? " "Priez-vous régulièrement?" " Pensez vous que le monde serait plus pacifique sans les religions?" "Votre Dieu est-il le seul vrai Dieu? ".
On remarque que les Britanniques semblent beaucoup moins croyants que l'on ne pense en général. On ne s'étonnera pas par contre de voir les Etats-Unis quasiment au niveau des nations les plus pauvres du monde dans la hiérarchie des pays les plus croyants. Le record d'incroyance en Corée du Sud surprendra. Quant au taux affiché pour la Russie, il serait peut-être plus élevé aujourd'hui où l'on note un retour en force de l'église orthodoxe, très encouragé par le gouvernement actuel.
Il est dommage que l'Europe continentale, dont les opinions n'intéressent apparemment pas nos voisins, n'ait pas été interrogée. Quoiqu'il en soit, s'il est vrai que la religion contribue plus aux conflits qu'à la tolérance, ce sondage pourra inquiéter.

* ICM Research http://www.icmresearch.co.uk/


« Comment le capitalisme nous infantilise » par Benjamin Barber

Dans le nouvel ouvrage qu’il vient de publier, traduit en français sous le titre « Comment le capitalisme nous infantilise », (Fayard), Benjamin Barber s’en prend à ce qu’il appelait précédemment le Mac World, c’est-à-dire la mise en tutelle de la société par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation. C’est par leur faute que la croissance est dorénavant associée à celle de la consommation, laquelle doit au moins augmenter de 5% par an sous peine de crise économique. Or la crise du crédit est inévitable. Celle des prêts hypothécaires immobiliers cache un mal autrement plus profond.

Benjamin R. Barber, entre autres titres universitaires et distinctions, est professeur de Sciences politiques à l’Université du Maryland. Il préside deux ONG consacrées à la défense des droits civiques: CivWorld et Demos. Il conseille régulièrement un certain nombre de grands dirigeants du monde. Il a publié 17 livres, dont son classique Strong Democracy (1984, réédité en 2004) et un ouvrage prémonitoire, encore d’actualité, Jihad vs. McWorld (1995, avec une préface ajoutée le 11 septembre 2001).

Dans ce dernier, il montre que le monde est en train de se structurer autour de deux vagues opposées, toutes les deux favorisées par le développement des réseaux de communications. La première, qu'il nomme le tribalisme, pousse à l’apparition de multiples communautés géographiques, ethniques, linguistiques et religieuses. Elles se dressent les unes contre les autres dans une volonté de rejet réciproque et d’appel à la guerre sainte. La seconde vague, désignée du terme de globalisme, cherche à répandre sur toute la planète les symboles de la société marchande de consommation, à base de produits multimedia et de Mac Donald. Ces deux vagues se séparent de façon irréconciliable mais dans le même temps elles se rencontrent, souvent dans les mêmes pays et parfois chez les mêmes individus. Malheureusement l’une et l’autre sont incompatibles avec la démocratie qui suppose d’abord la prise en main des citoyens par eux-mêmes, à l’écart aussi bien des haines intergroupes paranoïaques que des comportements acheteurs compulsifs mondialisés.

Dans le nouvel ouvrage qu’il vient de publier « Consumed: How Markets Corrupt Children, Infantilize Adults, and Swallow Citizens Whole », W.W. Norton & Co, 2007) traduit en français sous le titre « Comment le capitalisme nous infantilise », (Fayard), Benjamin Barber s’en prend plus particulièrement à ce qu’il appelait précédemment le Mac World, c’est-à-dire la mise en tutelle de la société par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation. C’est par leur faute que la croissance est dorénavant associée à celle de la consommation, laquelle doit au moins augmenter de 5% par an sous peine de crise économique. Le phénomène est particulièrement oppressant aux Etats-Unis. Si le consommateur américain ralentit ses achats, le fabricant américain installé en Asie (externalisé) ne peut plus payer ses ouvriers asiatiques.

Mais les ressources du consommateur américain ne sont pas illimitées. Il faut donc qu’il puisse acheter à crédit. Et qui a intérêt à lui prêter de l’argent ? L’Etat chinois qui de cette façon peut maintenir l’emploi dans les zones industrielles récemment créées pour satisfaire à la demande occidentale. Elles dépendent principalement en effet des exportations dans les pays riches puisque le consommateur chinois n’a pas le revenu suffisant pour acheter les produits destinés à l’Occident.

A long terme, ce mécanisme n’est pas durable. La bulle de crédit accumulé finira par crever. Mais dans l’immédiat il faut continuer à vendre et donc à emprunter. La publicité joue à plein dans ce but. Il en résulte une véritable infantilisation des consommateurs américains (la même analyse s’appliquant à plus petite échelle aux Européens). Le capitalisme moderne produit ce que l’auteur appelle un "ethos infantiliste". Pour survivre et vendre toujours plus, le capitalisme n'a aujourd'hui plus que deux solutions : infantiliser les adultes et transformer les enfants en consommateurs.

Le livre multiplie sur des centaines de pages les exemples de cette infantilisation et des dégâts durables qu’elle produit dans les consciences et dans les comportements. Le "capitalisme responsable" prôné par Max Weber, au service d’une démocratie politique adulte, qu’il voyait déjà très menacé dans son ouvrage de 1995, lui parait désormais durablement sinon définitivement condamné. Le comportement consumériste est pour lui inconciliable avec les tendances civilisatrices. Nous avions précédemment montré que le philosophe français Bernard Stiegler aboutit exactement aux mêmes conclusions, en dénonçant la machine à détruire les identités personnelles que sont les grandes chaînes de télévision françaises, au service de Mac Donald et de Coca Cola.

Mais il y a pire. Le consommateur infantilisé est aussi un égoïste profond, refusant les contraintes des réglementations étatiques, la prise en compte des besoins d’autrui et, aujourd’hui, les exigences du développement durable. Il veut tout, tout de suite et quel qu’en soit le coût pour la collectivité. Cette nouvelle haine de l’Etat, instillé dans les esprits par les industriels et les responsables de leurs campagnes de communication, a contaminé les esprits des responsables politiques eux-mêmes. Ceux-ci considèrent dorénavant que le meilleur service public est celui qui est concédé à des sociétés privés employant à grand coût des armées de mercenaires, y compris dans les fonctions traditionnellement régaliennes comme la défense et la sécurité.

On voit que Benjamin Barber, vétéran de la science politique et administrative, rejoint les analyses d’une jeune journaliste comme Naomie Klein, dont nous avons précédemment présenté le dernier ouvrage. On dira que les critiques du néo-libéralisme n’ont pas attendu ces auteurs pour porter des diagnostics équivalents, sinon plus sévères. Mais on les entend encore mal dans les sphères gouvernementales. Il n’est donc pas mauvais que des personnalités plus insérées dans l’establishment, comme Benjamin Barber, les rejoignent. Espérons donc que ce livre, et d’autres analogues, servent d’avertissement, en Europe et plus particulièrement en France. Le mal américain dénoncé par Barber et Klein commence à y faire des ravages : croissance assimilée à consommation non durable, réforme de l’Etat assimilée à privatisations, publicité omniprésente assimilée à culture.

On constate tous les jours, concernant la publicité commerciale, qu’après la télévision, elle s’empare dorénavant d’Internet et du téléphone portable, en ciblant particulièrement les jeunes enfants, afin d’en faire le plus tôt possible des consommateurs passifs et des citoyens inconscients. Ce n’est pas avec ce type de dressage que la jeunesse deviendra capable le moment venu d’accepter la décroissance des consommations gaspilleuses et les sacrifices nécessaires à la prise en compte des besoins collectifs Les seuls sans doute qui échapperont à son emprise seront, comme le prévoyait le livre précédent de l’auteur, Jihad vs. McWorld, ceux qui accepteront de se faire recruter au service des jihads. Sur ce plan, le monde n’est pas menacé par la rareté.

Benjamin Barber est moins fécond quand il en vient aux remèdes possibles à la situation qu’il dénonce. Il fait appel, dans la tradition du militantisme moral propre aux pays anglo-saxon, à l’entreprise citoyenne, au consommateur averti, au microcrédit…Ces réactions individuelles sont très utiles mais elles ne suffisent pas. Il n’envisage pas de retour à une intervention publique modernisée, qu’elle prenne naissance dans les Etats nationaux, dans les unions d’Etats telles que l’Union européenne ou au niveau des organisations internationales. C’est pourtant là que des moyens à la hauteur des nouveaux enjeux pourraient être mis en œuvre. Encore faudrait-il qu’un nombre suffisant de citoyens refusent l’infantilisation et décident de soutenir des politiques interventionnistes efficaces. La défense du climat et de l’environnement leur donne pour ce faire aujourd’hui des arguments très forts. 18/10/07

* Le site de Benjamin Barber http://www.benjaminrbarber.com/


Les fleuves chinois

La Chine et l'Union européenne lancent une campagne de nettoyage des fleuves Jaune et Yangtsé (source AP), Ce programme quinquennal dont le coût est estimé à 175 millions d'euros consiste à développer des politiques environnementales visant à réduire la pollution industrielle et humaine le long du fleuve Jaune, notamment à hauteur des provinces du Henan, de Shanxi et de Shaanxi.
Les fonds consacrés à ce programme -dont près de la moitié seront prêtés par la Banque mondiale-, serviront également à payer des employés dans les provinces du Yunnan, de Guizhou et de Hubai pour planter des arbres le long du fleuve Yangtsé.
Après plusieurs décennies de croissance économique exponentielle, les cours d'eau chinois, en particulier les grands fleuves, ont atteint un niveau de pollution critique.

On sait que la Chine n’en a pas fini avec les problèmes de gestion de ses ressources en eau. Des incidents graves imprévus (imprévus par les experts chinois tout au moins) se produisent actuellement en amont et en aval du barrage titanesque des Trois Gorges : glissements de terrains, inondations, bio-destructions, déplacements forcés de population. Il est indéniable que l’environnement constituera le frein principal à la croissance chinoise. Les dirigeants du parti, réunis actuellement dans la capitale, le laissent entendre à mots couverts. 17/10/07


Alcan se moque du monde

Alcan s’est offert dans la presse des pages entières de publicité d’un beau bleu, soi-disant destinées à fêter le centenaire de l’usine d’aluminium de Saint Jean de Maurienne. On y souligne l’apport inestimable de cette usine dans le développement des nouvelles technologies à faible consommation d’énergie. Le lecteur se croirait revenu aux heures de gloire de feu Péchiney, vendu audit Alcan de façon honteuse en 2003 par son patron de l’époque Jean-Pierre Rodier, sans que l’Etat intervienne.

Pauvres salariés de Saint Jean de Maurienne. Ils doivent être amers. Il se trouve que le centenaire de l’usine vient à point pour valoriser Alcan au moment de l’offre publique d'achat du groupe anglo-australien Rio Tinto, fixée à 38 milliards de dollars. Ce qui reste de travailleurs de Péchiney en France ont bien des soucis à se faire, car l’OPA marque pour eux, selon le mot d’un syndicaliste, une deuxième mort. Au terme du processus de démembrement attendu, le périmètre social de l'ex-Pechiney en France passerait de 15 000 à 5 000 postes. Resterait pour l'essentiel Dunkerque (Nord) et Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), qui a célébré le 31 juillet le centenaire de la première coulée d'aluminium au niveau mondial.

Dans la fusion, les anciens de Péchiney n’auront plus qu’une importance marginale. "C'est la fin d'un certain modèle industriel à la française dans lequel on pensait d'abord technologie, avant de voir ce que ça pouvait rapporter en termes de business. Quand Alcan a pris le pouvoir, le système en avait pris un sérieux coup, avec Rio Tinto la première question qu'on se pose c'est qu'est-ce que ça rapporte", explique le responsable syndical Claude Verdier, cité par Le Monde. "On assiste à la fin de l'histoire industrielle de Pechiney et à son savoir-faire technologique".

Ce court termisme convient peut-être à une entreprise capitaliste, mais la France, comme l’Europe, peuvent-elles s’en contenter ? A une époque où la Chine exerce une pression considérable pour se procurer, non seulement les matières premières mais les produits finis et les technologies, l’Europe pouvait-elle accepter de perdre toute influence dans un secteur aussi stratégique que l’aluminium et ses dérivés. La réponse de bon sens est négative. Quel qu’en soit le coût, il fallait conserver une compétence de pointe dans ce secteur. Ce ne sera pas Rio Tinto Alcan qui défendra les intérêts européens quand s’imposeront des décisions cruciales liées au développement de nouvelles productions et de nouvelles applications à forte valeur ajoutée. Celles-ci se feront hors d’Europe, et sans bénéfice aucun pour les Européens. 16/10/07


La libre concurrence est incompatible avec le protocole de Kyoto

Il serait naïf d’oublier que beaucoup d’intérêts économiques, en France ou dans le reste de l’Europe, ne participent aux négociations sur la réduction des gaz à effet de serre et autres Grenelles de l’environnement que pour trouver les meilleurs moyens de refuser les contraintes. La France, qui veut s’affirmer bonne élève, donne à cet égard de multiples mauvais exemples. Elle fera exactement ce que l’on reproche à la Chine et à l’Inde, sans avoir les excuses d’un retard de croissance à rattraper. C’est ainsi que les projets de centrales brûlant des combustibles fossiles se multiplient (Le Monde, 16/10/2007, p. 8). Les collectivités locales et les diverses compagnies attirées par la libéralisation du marché de l’énergie (GDF, Endesa, Poweo, Suez, Atel, Iberdrola et EDF elle-même), prévoient l’installation dans les prochaines années de 13.000 MW de centrales thermiques, dont 9.000 MW de capacités nouvelles. Parallèlement les ports méthaniers renforcent leurs possibilités d’accueil.

Ces équipements sont présentés comme devant répondre à la croissance de la consommation d’électricité, comme à certains pics que le nucléaire ne peut amortir. Mais les prévisions, outre qu’elles ne sont pas élaborées sérieusement, tournent le dos à l’engagement européens de réduire la consommation de 20% en 2020. Celui-ci suppose inévitablement une baisse des capacités de production. Avant de fermer des centrales nucléaires, la priorité devrait être de ne pas construire de nouvelles centrales thermiques. Ceci d’autant que les projets de séquestration du carbone seront avant de longues années une aimable fantaisie.

Cette situation, qui se retrouve dans tous les secteurs sensibles, découle d’une réalité que l’on ne veut pas voir, ni en Europe ni d’ailleurs dans le monde. Le libéralisme et la concurrence sont incompatibles avec les exigences de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Les acteurs économiques privilégieront toujours leurs intérêts à court terme par rapport aux sacrifices à long terme. Seules des décisions très fortes des pouvoirs publics pourraient faire prévaloir les restrictions nécessaires. Mais qui courra le risque de s’engager dans cette voie, que ce soit dans les Etats ou au niveau des institutions européennes ? 16/10/07


Les Européens ont-ils voulu donner un avertissement à G.W.Bush sur l’environnement ?

L’opinion en France n’a pas semblé croire que le prix Nobel de la Paix conféré conjointement à Al Gore et au GIEC était un avertissement donné par les élites européennes à G.W.Bush et aux intérêts américains qui persistent à refuser les politiques contraignantes de réduction des gaz à effet de serre. C’est pourtant ainsi qu’il a été ressenti par une partie de la presse américaine. Elle y voit un début d’intrusion – pour la bonne cause – des Européens dans la politique intérieure américaine. Le message serait double. D’une part, il faut vraiment que les Etats-Unis se débarrassent du poids des lobbies industriels qui font d’eux les plus grands pollueurs de la planète et les conduisent à contester les expertises les plus indiscutables relatives aux causes humaines du réchauffement. D’autre part, il faudrait que le parti Démocrate se choisisse Al Gore comme candidat à la présidence, de préférence à « Billary Clinton » dont l’engagement écologique reste assez superficiel.
Nous ne pensons pas qu’il se trouve en Europe, même au sein du Comité Nobel, de personnes assez audacieuses pour exprimer publiquement ce dernier vœu. Par contre, il est sans doute indiscutable que la conscience de l’urgence environnementale croit de plus en plus en Europe, ainsi que l’indignation vis-à-vis des dirigeants américains qui refusent toujours d’en tenir compte. Le Prix Nobel de la Paix est une façon très diplomatique d’exprimer ce souci européen. On ne peut que souhaiter le voir prendre des formes plus énergiques, relayé par les institutions européennes, que ce soit au G9, à l’OMC ou à l’ONU. 15/10/07


Que devons nous craindre davantage: le bioterrorisme ou le biodefence programm américain?

Depuis 2001, les Etats-Unis se sont engagés dans un programme de lutte de grande ampleur contre le bioterrorisme qui permet de financer 400 laboratoires et 15.000 chercheurs. Tous manipulent à des fins indéterminées des centaines de germes pathogènes susceptibles de développer des pandémies plus graves les unes que les autres. Les règles de sécurité semblent particulièrement lâches. De plus, nul ne sait exactement qui fait quoi. Une petite ONG, Sunshine Project, ne comptant initialement que deux personnes, Edward Hammond et Jan van Acken, a entrepris depuis plusieurs mois de recueillir de l'information sur ces activités. Elle rencontre les plus grandes difficultés, malgré qu'elle agisse dans le cadre du Freedom of Information Act. Le peu qu'elle a obtenu est moins que rassurant. Si d'éventuels bioterroristes ne détournent pas les armes biologiques étudiées ou synthétisées, celles-ci s'échapperont inévitablement d'elles-mêmes dans la nature. On s'inquiète à juste titre de mutations du H5N1 mais G.W. Bush et les entreprises irresponsables qu'il engage dans la lutte contre le terrorisme nous préparent bien pire. 15/10/07

* Sunshine project http://www.sunshine-project.org/


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-17010/index.html