logo admiroutes


La Gazette N° 168 en date du 30 septembre 2007

Par Jean-Paul Baquiast


accueil "la gazette"

 

Tous les numéros:
Consultez la table chronologique

 
 
Dans l'ensemble des numéros de La Gazette



Les articles publiés ici pourront être retrouvés et commentés par vous sur le blog
http://gazetadmiroutes.over-blog.com
L es lecteurs qui souhaitent s'abonner peuvent le faire en entrant leur adresse e-mail dans le pavé de gauche "Inscription à la Newsletter". Ils recevront ensuite un mail leur demandant confirmation.

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* L'esprit, l'IA et la Singularité, par Serge Boisse http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/84/boisse.htm

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon

Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Pour une Ligue Européenne de l'Espace
Cet appel que nous relayons ici est signé du président exécutif de Paneurope France, Jean-Claude Empereur, que nos lecteurs connaissent bien. Nous donnerons des précisions sur l'accueil fait à cette idée, et la façon de s'y associer, le moment venu.

Dans un article très incisif du Figaro du 21 septembre dernier, intitulé « L’ambition spatiale européenne : dernier appel avant extinction de voix. », François Auque, Président d’EADS Astrium, met en évidence l’état de déshérence dans lequel se trouve aujourd’hui la politique spatiale de l’Union Européenne.

Nouveau cri d’alarme, sa prise de position s’inscrit dans une série d’interventions, de rapports, de colloques auxquels Paneurope à largement pris sa part depuis plusieurs années. Rappelons notamment le dernier d’entre eux, un Colloque organisé à Toulouse par Paneurope le 17 novembre 2006, "Politique spatiale et souveraineté européenne". (http://www.automatesintelligents.com/manif/2006/coltoulouse.html)

Le drame de cette politique, c’est que l’opinion publique, subjuguée, notamment , par les succès répétés et parfaitement médiatisés d’Ariane, ne se rend pas compte que ces succès sont le résultat d’une politique lancée il y a près de quarante ans, politique dont la relève concernant les décennies à venir n’est plus assurée, faute de moyens, et en absence de volonté politique.

Ceci est d’autant plus inquiétant que dans le même temps les Etats-Unis, mais aussi la Chine, l’Inde et bien entendu la Russie se dotent de programmes à long terme ambitieux.

Tous ont, en effet, compris que la politique spatiale était l’élément clef de la puissance de l’indépendance et de la souveraineté et qu’elle était l’un des instruments majeurs de la compétition multipolaire qui marque ce début du XXI ème siècle.

Nous considérons, au sein du mouvement paneuropéen, et tout particulièrement au sein de Paneurope France mais aussi de Paneuropa-Union Deutschland que le moment est venu de saisir et d’informer l’opinion publique européenne de la nécessité vitale pour l’Union d’une relance extrêmement volontariste de cette politique.

Nous avons toujours été convaincu, en effet, que, dans ces domaines d’indépendance et de souveraineté, le soutien massif et organisé, pour ne pas dire la pression, de l’opinion était indispensable.

On à de bonnes raisons de s’inquiéter lorsque l’on voit que, pour éviter le naufrage de Galileo, programme spatial décisif pour notre avenir, Jacques Barrot est obligé de recourir à des expédients en proposant de puiser dans les crédits non utilisés de la Politique Agricole Commune les 2,4 milliards d’Euros nécessaire au financement des infrastructures du projet. Saluons à cette occasion le courage et la lucidité du vice-président de la Commission.

Face à une situation qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de dramatique, Paneurope France propose la création d’une « Ligue Européenne de l’Espace » destinée à mobiliser en profondeur l’opinion publique européenne.

Cette ligue devrait rassembler, dans un vaste élan paneuropéen, toutes celles et ceux : membres de la société civile, responsables politiques économiques ou syndicaux, industriels, chercheurs, universitaires, intellectuels, qui pensent, comme l’ont rappelé Christian Cabal et Henri Revol, en février dernier, au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, qu’il n’existe, en ce domaine, pour les Européens, pas d’autre choix que celui de l’audace ou du déclin. 22/09/07


DSK à la tête du FMI

La nomination de Dominique Strauss-Kahn à la tète du FMI le 29 septembre sera peut-être vécue en France en Europe, comme une péripétie dans la récupération par la majorité française actuelle d‘un certain nombre de personnalités socialistes. En d’autres termes, ce serait un évènement sans conséquences politiques internationales.

Beaucoup pensent au contraire que cet évènement apparemment mineur pourrait être le début d’une réflexion stratégique de fond sur la place des pays riches dans le monde et au sein des pays riches, sur la place de l’Europe. Le FMI, pour de nombreuses raisons, a toujours été considéré comme un des bras armés par lesquels la superpuissance américaine imposait aux Etats des règles de gestion favorables à l’expansion sans limites du capitalisme libéral qui lui est particulièrement favorable. Les efforts de régulation interne et de protection contre la concurrence internationale que pouvaient prendre les gouvernements des Etats « pauvres » étant par définition causes de déséquilibres budgétaires et monétaires, le FMI s’empressait de les condamner. Comme ces Etats n’étaient pratiquement pas représentés au sein du FMI, les arguments valables qu’ils auraient pu faire valoir pour défendre un ordre mondial différent n’avaient aucune chance d’être entendu.

Aujourd’hui, chacun reconnaît, y compris certains esprits clairvoyants aux Etats-Unis même, que si rien n’est changé dans les règles de gouvernance internationale, la catastrophe globale lié à la crise climatique et environnementale viendrait bien plus vite et bien plus fort que prévue il y a encore quelques mois. Les Européens ont eu le mérite de mettre en garde contre cette catastrophe. Leurs avertissements rencontrent dorénavant à l’ONU un certain écho chez les pays émergents, comme l’a montré la conférence sur le climat tenue à Washington le 24 septembre (voir notre brève d’actualité précédente). La position négationniste des Etats-Unis parait par contrecoup de plus en plus difficile à tenir.

Dans cette perspective, de nouvelles règles de gouvernance devront être étudiées. Leurs conséquences économiques, financières et budgétaires seront nombreuses. Le FMI ne pourra pas les ignorer. Mais pour que ses futures propositions soient reçues, elles devront émaner d’un FMI sensiblement renouvelé, y compris au niveau de ses membres. Les pays émergents devront y avoir une place, et les pays européens, sur-représentés, devront le comprendre. Qui devra s’effacer ? Faudra-t-il une représentation collective par le biais de l’Union européenne ? On conçoit que les titulaires de sièges veuillent s’y accrocher. Le directeur général aura un rôle à jouer pour faciliter les transitions.

Le FMI n’est pas le seul lieu où ces questions se posent. Pratiquement toutes les organisations internationales sont confrontées au problème (y compris bien sûr le Conseil de Sécurité lui-même). Si l’Europe devenais une véritable puissance, elle pourrait admettre de perdre quelques sièges au profit d’une meilleure autorité internationale. Mais en est-elle aujourd’hui capable ? 30/09/07


Conférence de l'ONU sur le climat

Près de 80 chefs d'Etat et de gouvernement ont participé, lundi 24 septembre, à un débat sans précédent, aux Nations unies, sur le changement climatique. Le réchauffement de la planète est "le plus grand défi pour l'humanité au XXIe siècle", a affirmé le secrétaire général Ban Ki-moon, qui a jugé la rencontre "historique et révolutionnaire".

Le sommet devait lancer la négociation, à Bali, du 3 au 14 décembre, d'un protocole de réduction des gaz à effet de serre, destiné à remplacer celui de Kyoto, qui expire en 2012. Le président américain, George Bush, a refusé de participer en personne à la rencontre. Il tente de promouvoir un processus parallèle et a invité les principaux pays pollueurs à une conférence à Washington, les 27 et 28 septembre (voir notre article ci-après). Son initiative, basée sur le développement de technologies "propres", est perçue par certains comme "une diversion". Les Etats-Unis, opposés à toute contrainte internationale de réduction des gaz à effet de serre, en sont les premiers émetteurs. A l'insistance de Ban Ki-moon, G.W. Bush, qui a refusé de ratifier le protocole de Kyoto, a toutefois participé à un dîner à l'ONU, avec une vingtaine d'autres pays clés. "L'idée est que M. Bush comprenne qu'il est seul", expliquait un diplomate.

Le président Nicolas Sarkozy a affirmé que le dossier climatique constituait "un axe majeur de l'action extérieure" de la France. Il a appelé, conformément à l'objectif de l'Union européenne, à une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre avant 2050. "Le nucléaire n'est pas un gros mot", a-t-il également affirmé, estimant qu'il permet à la France d'avoir des émissions de gaz à effet de serre assez bas. "La France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l'énergie nucléaire civile. C'est la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités, se doter de l'arme nucléaire." On comprend que, face aux propositions commerciales des Etats-Unis, la France ne veuille pas rester en reste.

Beaucoup d'organisations de défense de l'environnement, comme Greenpeace, préfèrent l'énergie éolienne ou solaire, soulignant les problèmes de déchets, de coût ou de prolifération. Mais selon Yvo de Boer, président de la Convention des Nations unies sur le climat (UNFCCC), "si vous regardez les projections d'augmentation de la demande d'énergie mondiale, alors, probablement, dans certains pays, l'énergie nucléaire doit faire partie de la solution". 28/09/07


Conférence de Washington sur le climat

Georges W. Bush continue à refuser d'admettre que les humains contribuent au réchauffement climatique. Les Etats-Unis ne feront donc rien pour s'engager au plan international dans la lutte contre celui-ci.

C'est ce que vient de réaffirmer le Département d'Etat à la suite d'une conférence de deux jours tenue à la Maison Blanche après la réunion de l'ONU consacrée à la préparation de la révision du protocole de Kyoto. Cette conférence réunissait autant d'hommes d'affaires que de diplomates.

Les émissions américaines de gaz à effet de serre (GES) font des Etats-Unis le 1er pollueur mondial, avant la Chine et l'Inde. G. W. Bush en appelle à eux et aux autres gros producteurs de GES pour développer des technologies vertes et mettre en place des programmes volontaristes de réduction des émissions, mais sans obligation de respecter des normes définies au niveau international. Chaque nation élaborerait sa propre stratégie, au mieux de ses intérêts et possibilités. L'administration fédérale encouragerait ce processus de concertation et pourrait mettre des technologies innovantes à disposition des pays le demandant.

La conférence réunissait 16 Etats (dont la Grande Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, le Canada, le Brésil la Corée du Sud, le Mexique, la Russie, l'Australie et l'Afrique du Sud), ainsi que des représentants des Nations Unies et de l'Union européenne. Ces derniers ont manifesté leur scepticisme vis-à-vis du processus proposé, tout en se félicitant de voir les Etats-Unis revenir, en quelque sorte, dans la concertation internationale. Les signataires du protocole de Kyoto constatent que la légitimité de leur démarche est reconnue par l'Amérique et que celle-ci les invite à discuter– ce que G.W.Bush refusait catégoriquement jusqu'à présent.

On peut craindre cependant que ces invitations à discussion soient destinées à désarmer le front, mené par les Européens et constitué des Etats décidés à renouveler et renforcer le protocole de Kyoto. Concernant ce dernier, un premier round de négociations est prévu en décembre à Bali et les Etats-Unis voudraient, sans y participer, l'aborder de l'extérieur en position de force. Condoleezza Rice a été claire sur ce sujet : "Climate change is a global problem and we are contributing to it, therefore we are prepared to expand our leadership to address the challenge. That is why President Bush has convened this meeting."

To “expand our leadership” n'est pas nécessairement rassurant. Certains Européens y voient le désir de reprendre la direction des négociations internationales, à l'extérieur voire à l'intérieur de l'ONU. Mais ceci dans deux buts : mieux défendre les intérêts de leurs industries polluantes et mieux promouvoir, à l'inverse, les solutions industrielles plus ou moins futuristes dont ils espèrent, à l'avenir, prendre le leadership économique et politique. 28/09/07


Les banques centrales dépassées par la globalisation. Oui mais que faire?

Dans un petit livre technique mais clair : « Les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation » Perrin 2007, l’économiste Patrick Artus montre comment les banques centrales, depuis longtemps essentiellement préoccupées de lutter contre les tendances inflationnistes, sont désarmées devant des crises de type monétaire. Son livre n’avait pu prendre en compte les derniers développements de la crise américaine et de son extension possible au reste du monde. Mais il explique pourquoi, entre autres exemples, la Banque Fédérale de Réserve n’avait pas jugé utile de réagir aux premiers signes de l’essoufflement de la croissance américaine : ralentissement de la construction, baisse du prix des maisons, pertes d’emplois et disparition des plus values en capital. Il aurait fallu dès 2005 baisser le taux des Feds Funds (définissant le taux directeur de la Réserve Fédérale). Mais ceci aurait pu entraîner, pensaient les responsables de la Fed, une reprise de croissance entraînant une reprise de l’inflation. On en est loin aujourd’hui puisque c’est le contraire qui menace, une véritable déflation.

Le livre analyse à la lumière de ce diagnostic le comportement de bien d’autres banques centrales, notamment celles des pays émergents. Nous ne pouvons pas nous y attarder ici. Ce qui nous intéressera est le diagnostic qu’il fait de la situation économique en Europe et du rôle de la Banque Centrale Européenne. Certes celle-ci, comme ses collègues, reste pénétrée d’une culture de la lutte contre l’inflation (inflation targeting) que certains pays dont la croissance se ralentit peuvent lui reprocher. Elle devrait, disent les responsables de ces pays (en fait représentés principalement par la France), baisser ses taux directeurs pour encourager les investissements internes et rendre l’euro moins attrayant pour les investisseurs externes (ce qui entraînerait une basse de l’euro par rapport aux autres grandes monnaies).

Mais le mal de l’économie européenne est tout autre, et la BCE n’y peut rien car elle ne dispose pour agir que d’un seul levier, le taux d’intérêt, alors qu’il faudrait intervenir de façon simultanée et coordonnée sur tous les instruments de la politique économique. Patrick Artus montre à cet égard la différence profonde existant entre la zone euro et la zone économique constituée par les Etats de l’Union soumis au pouvoir fort du gouvernement fédéral américain. Certes, les uns et les autres montrent de grandes disparités de développement, aux Etats-Unis comme en Europe. Mais cette disparité, en Amérique, est corrigée immédiatement par le fédéralisme fiscal (transfert des Etats riches vers les Etats pauvres) comme par les migrations compensatrices de la main d’œuvre et des entreprises – migrations facilitées par le fait que ces dernières disposent d’un statut juridique commun. Par ailleurs, les grandes décisions concernant les politiques économiques et budgétaires ne sont pas prises par la Fed mais par l’Administration fédérale, animée elle-même d’un fort patriotisme global.

La zone euro au contraire n’est pas une zone économique et n’est donc qu’à peine une zone monétaire. Les Etats sont en compétition permanente entre eux, ce qui exclue toute stratégie coopérative, en matière fiscale et sociale notamment. Il n’existe pas de budgets européens communs et donc pas de possibilité de relance notamment par l’investissement technologique et universitaire. Les décisions relatives aux prix des actifs et aux taux d’endettement des ménages relèvent des banques nationales. Les réformes destinées à diminuer les déficits budgétaires et sociaux sont également de compétence nationale. Enfin, comme l’on sait, il n’y a pas encore de statut européen pour l’entreprise et pour le contrat de travail.

Dans ces conditions, on ne voit pas très bien l’intérêt de s’en prendre à la politique de taux d’intérêt de la BCE. Même si celle-ci s’efforçait de la rendre plus souple, en fonction de la conjoncture, elle interviendrait nécessairement avec retard et en aggravant les disparités et conflits entre Etats européens. Le vrai problème à résoudre consiste à créer ce que nous appelons de nos vœux, un gouvernement économique et politique de la zone euro, incluant au sein de frontières extérieures non perméables une harmonisation sociale, fiscale et du statut juridique des agents économiques, des politiques budgétaires et d’aide au financement des investissements communes, le soutien à la mise en place de champions européens dans les domaines stratégiques, de grandes politiques communes dans les domaines émergents (espace, transports, énergies).

Patrick Artus, qui reste fondamentalement libéral, n'évoque pas directement cette perspective. Mais la description qu'il donne du monde globalisé, tel qu'il se présente actuellement et se développera inexorablement, pousse le lecteur à conclure que les Européens n'ont plus le choix. Les pays asiatiques, même animés des meilleurs bonnes volontés à l'égard de l'Europe, sont de véritables bombes pour cette dernière : 600 millions de chômeurs en Chine (soit 600 millions de travailleurs potentiels au salaire de quelques dollars) mais aussi 300 millions d'ingénieurs, chercheurs et cadres de haut niveau. Si l'Europe ne se constitue pas dans les meilleurs délais en Union politique, économique, budgétaire, monétaire, socio-fiscale, si elle ne se dote pas immédiatement d'ambitieuses politiques de puissance technologique gagées par des économies sévères dans les consommations somptuaires de produits importés, elle n'existera plus dans quelques années. Ce qui parait une utopie aujourd'hui deviendra évident dans quelques temps avec l'approfondissement de la crise environnementale mondiale A défaut, l'Allemagne si fière aujourd'hui de sa balance commerciale positive, rejoindra l'Italie, l'Espagne, la France et les autres dans le club des Etats et des sociétés en faillite.

Nous aimerions entendre le président de la République et ses divers conseillers tenir ce discours, fut-il considéré comme visionnaire, sinon utopique, plutôt que s’en prendre au président de la BCE, qui n’est qu’un nain parmi les autres. 27/09/07

* Patrick Artus est membre du Cercle des Economistes et du Conseil d’Analyse Economique. Ses nombreux articles et ouvrages analysent avec pertinence le phénomène de la mondialisation libérale et les réponses que tentent d’élaborer les politiques économiques des gouvernements et des banques centrales.


Vers la 3e Guerre mondiale?

Le Dr Paul Craig Roberts est économiste et chroniqueur politique, membre du Creators Syndicate. Il a été secrétaire adjoint du Trésor dans l’administration Reagan dont il avait théorisé les conceptions économiques sous le nom de Reaganomics. Il participe ou a participé à de nombreux organes de presse dont les Wall Street Journal, Business Week, and Scripps Howard News Service. Il a écrit de nombreux livres
En 1992, il a reçu le Warren Brookes Award for Excellence in Journalism. En 1993, le Guide Forbes des Media l’avait classé parmi les 7 meilleurs journalistes américains.
Ses articles sont aujourd’hui fréquemment publiés sur les sites Antiwar.com, VDARE.com. Lew Rockwell's web site, NewsMax, and CounterPunch.
Bien que de culture et de tradition Républicaine, il ne se situe ni à gauche ni à droite, mais se veut indépendant.
Notons qu’en 1987 le ministre des finances français de l’époque, Edouard Balladur, s’était rendu à l’Ambassade de France à Washington pour lui remettre la Légion d’honneur, en reconnaissance de ses travaux « ayant permis de renouveler la science économique après un demi-siècle d’interventionnisme d’Etat ».
Pour en savoir plus (articles et livres) voir http://en.wikipedia.org/wiki/Paul_Craig_Roberts

Le Dr Roberts n’est donc pas un esprit aventurier ni un journaliste manipulateur. Ses qualités obligent à prendre au sérieux deux articles récents qui éclairent d’un jour sinistre les stratégies géopolitiques actuelles du gouvernement Bush.

Deux articles particulièrement inquiétants

Dans un article intitulé «Impeach Bush and Cheney Now» publié le 17 juillet 2007 dans le Online Journal, il avertit de l’imminence d’un deuxième 11 septembre orchestré par le duo Bush-Cheney et qui pourrait être imputé à l’Iran. Selon l'auteur, cet attentat terroriste permettra à Bush d’activer les décrets présidentiels qui donnent au président des pouvoirs dictatoriaux en cas d’urgence nationale. Un état de guerre avec l’Iran en découlerait immédiatement, accompagné d’opérations destinées à remettre au pas les Etats arabes « amis » et de museler les oppositions internes et européennes.
Voir http://onlinejournal.com/artman/publish/article_2200.shtml

Dans un second article, du 10 septembre 2007, publié sur le site VDARE.com (http://vdare.com/roberts/070910_911.htm) et intitulé 9/11, Six Years Later, il reprend tous les témoignages et arguments, certains déjà connus et d’autres récents, tendant à prouver que les attentats du 11 septembre avaient été provoqués intentionnellement par le pouvoir militaro-industriel pour, entre autres objectifs, mettre la main sur les ressources pétrolières de l’Irak. Si le Dr Roberts rouvre ce dossier, dont un nombre croissant d’Américains ne mettraient plus en doute la véracité, c’est pour donner plus de poids à l’hypothèse de l’article précédent, selon laquelle l’administration Bush n’aurait plus d’autres solutions, pour sortir de la crise économique, financière et militaire actuelle, que déclencher une attaque massive contre l’Iran. Mais cette attaque ne pourrait être acceptée par l’opinion internationale que si un nouvel attentat, sur le mode du 9/11, pouvait être imputé aux activistes de ce pays.

Quelles formes prendrait cette attaque massive contre l’Iran ? Des scientifiques britanniques viennent d’indiquer qu’il s’agirait de neutraliser plusieurs centaines de sites militaires, industriels et civils, sans emploi de l’arme nucléaire stratégique mais le cas échéant à l’aide de mini-nukes à fort pouvoir de pénétration. Lire Alterinfo dont les sympathies troskystes sont connues mais qui n'est pas à snober pour autant
http://www.alterinfo.net/Des-scientifiques-britanniques-avertissent-que-les-Etats-Unis-preparent-une-attaque-terrifiante-contre-l-Iran_a11549.html

L’Iran serait-elle neutralisée ? Beaucoup de militaires occidentaux, notamment américains et israéliens le pensent. Mais nous avons cité dans un autre article de notre revue, une prévision pessimiste de l’excellent journaliste William Pfaff, selon laquelle les gardiens de la Révolution et plus généralement le pouvoir militaro-religieux des Mollahs, loin d’être détruits par cette agression, pourraient déclencher une Guerre de 4e Génération dans l’ensemble du Moyen-Orient, en Europe et sur le sol même des Etats-Unis. Cette guerre pourrait signer la fin non seulement de l’Empire américain mais aussi de la civilisation occidentale. La Russie et la Chine pourraient au contraire profiter de la situation (sans mentionner le Pakistan) pour s’approprier les ressources pétrolières de la région et plus généralement, prendre sans contestation la place de la superpuissance américaine détruite. http://www.williampfaff.com/modules/news/article.php?storyid=254

Devons-nous, pour ce qui nous concerne, citer ces sources, quitte à générer des rumeurs et des craintes non fondées. Nous le pensons. Si l’Europe n’essaye pas de pénétrer pour les empêcher les folies stratégiques de son alliée l’Amérique, elle partagera la responsabilité de cette dernière au cas où de son fait se déclencherait ce qui serait vraiment la 3e Guerre mondiale. 24/09/2003


Un mauvais service de la France à l'Europe

De quel mauvais service s'agit-il? Celui de faire miroiter à l'Europe que la "réintégration" de l'Otan par la France et son alignement sur l'ultra-périlleuse politique américaine face à l'Iran améliorerait la "sécurité atlantique". Bien au contraire, celle-ci ne pourrait que bénéficier de la prise en mains par les Européens de leurs propres objectifs et moyens de défense.

Le porte parole de l'Alliance atlantique vient de constater le 19 septembre que ses membres ne sont plus en mesure d'apporter des contributions suffisantes à la force de réaction de l'Otan (Rapid Response Force ou NRF) de 25 000 hommes. Celle-ci ne serait plus opérationnelle. Les pays européens peinent également à réunir des troupes lors d'opérations extérieures comme celle qui va se mettre en place, en novembre, dans l'est du Tchad, en complément de la force ONU-UA au Darfour.

L'Otan est aujourd'hui engagée dans deux opérations majeures, en Afghanistan et au Kosovo (respectivement 40 000 et 17 000 hommes), et le commandement de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) en Afghanistan ne cesse de réclamer davantage d'hommes et d'équipements. Nous avons déjà montré qu'en Afghanistan, les opérations sous direction américaine enchaînent les échecs. Elles suscitent plus de volontaires rejoignant les talibans qu'elles ne neutralisent de représentants de ces derniers.

La Respond Force est conçue comme un "réservoir de forces" ayant vocation à remplir des missions de sécurité collective ou de gestion des crises. C'est une force de réaction rapide pour des circonstances exceptionnelles, et son rôle n'est pas de pallier les lacunes capacitaires dans telle ou telle opération. Les unités qui la composent sont de facto "gelées" : elles sont identifiées dans les armées des Etats membres, et changent par rotation tous les six mois. Or les Etats-Unis, soutenus notamment par la Grande-Bretagne, le Canada et les Pays-Bas, demandent une évolution de ce concept afin de pouvoir disposer des forces qui la composent en Afghanistan. Ils se heurtent à plusieurs pays, dont la France, l'Allemagne, la Belgique et l'Espagne, qui veulent conserver le concept originel de la Force. De plus, ces pays, dont la France, qui contribue fortement à la défense européenne, y compris à travers la Respond Force de l'Otan, répugnent à augmenter leur financement.

Cette crise de l'Otan, comme celle de la guerre en Afghanistan, est en fait une crise de la « solidarité atlantique », c'est-à-dire une crise des relations entre les pays européens et l'Amérique. Si l'Otan a perdu son pouvoir mobilisateur, c'est parce que l'Amérique est en train de perdre le sien. Les plus atlantistes des pays européens ne peuvent pas ne pas se rendre compte du fait que, depuis la catastrophique invasion de l'Irak, l'Amérique se trouve désormais incapable de mener d'actions militaires durables, avec ou sans l'Otan. Ceci que ce soit contre un hypothétique terrorisme que contre le bien réel Iran. Un article de William Pfaff publié le 20 septembre 2007 (1) et cité par Dedefensa montre que les Gardiens de la Révolution iraniens (à ne pas confondre nécessairement avec les forces sur lesquelles s'appuie le président Ahmadinejad) ne redoutent pas, mais au contraire souhaitent une attaque par l'Amérique, avec ou sans l'aide supplétive d'Israël ou (Kouchner dixit) de la France. Avec les techniques de la G4G, ils sont sûrs de l'emporter. Ce serait hélas aussi la fin de l'Etat d'Israël. L'Amérique n'aurait de chance de succès qu'avec un emploi massif de l'arme atomique, dont l'effet provoquerait évidemment une véritable guerre de civilisation (2).

Dans ces conditions, plutôt que « réintégrer » l'Otan et confondre son action avec celle des Etats-Unis, la France devrait plus que jamais se démarquer de l'une et de l'autre. L'Europe devrait faire de même. L'Amérique ne fait et ne fera jamais aucune concession à l'Europe, dès que celle-ci se met en tête de développer des alternatives à sa domination. On le voit dans le cas de Galiléo aujourd'hui. Les Etats-Unis et ses alliés européens font tout pour démanteler ce qui reste de ce programme de souveraineté européenne pourtant essentiel.

D'où la question plus générale de savoir si une politique française de rapprochement avec les Etats-Unis, que ce soit via l'Otan ou au Moyen-Orient, va bien dans le sens des intérêts de la France, directement, et de l'Europe, indirectement. Nous sommes pour notre part persuadés du contraire. Mais qui en France aujourd'hui, en dehors des effets d'annonce, est-il capable de peser intelligemment le pour et le contre ? 23/09/07

* l'article de William Pfaff http://www.williampfaff.com/modules/news/article.php?storyid=254
* On apprend que la tentation de faire de l'Otan le bras armé de Washington est plus grande que jamais aux Etats-Unis. Le possible candidat républicain à la présidence Rudy Giuliani vient de proposer d'y faire entrer Israël, l'Australie, le Japon, l'Inde et Singapour, sans provoquer de réactions. Voir http://www.salon.com/opinion/greenwald/2007/09/21/giuliani_israel/index.html


Dérégulation dans l'énergie

La Commission européenne a proposé le 19 septembre 2007 une réforme présentée comme devant dynamiser la concurrence entre groupes européens d'électricité et de gaz. Il s’agit de faire disparaître les entreprises contrôlant à la fois la production d'énergie et son transport (lignes électriques à haute tension ou gazoducs), au prétexte qu’elles n'ouvriraient pas suffisamment leurs infrastructures à des concurrents ou investisseurs. L’objectif est de « casser cette organisation monopolistique » pour « mettre fin aux discriminations » et faire baisser les prix.

La séparation du capital entre production et transport existe déjà dans onze pays de l'Union en ce qui concerne l'électricité et sept pays pour le gaz. Parmi eux, la Grande-Bretagne, l'Espagne ou les Pays-Bas. Pour les autres, la France et Allemagne en tête, un producteur d'énergie doit garder la pleine propriété de tous ses réseaux de transport. Tout au plus pourrait-on accepter qu’il puisse en confier l'exploitation à un opérateur indépendant. Les grands du secteur gazier en Allemagne, RWE et EON, comme en France, GDF et Suez, s’opposent à cette dernière solution elle-même et proposent simplement une augmentation des pouvoirs des autorités de régulation.

Il faut bien voir qu’en ce domaine comme dans de nombreux autres, la Commission s’inspire d’une idéologie libérale qui n’a plus de raisons d’être et en aura de moins en moins dans les prochaines années, compte-tenu notamment du réchauffement climatique, de la hausse du prix des produits pétroliers et de l’absence de gisements gaziers en Europe. Elle ne tient pas compte non plus de la compétition féroce entre super-puissances pour valoriser leurs atouts énergétiques. Le réchauffement climatique comme la hausse des prix du pétrole imposeront de favoriser les économies d’énergie et le recours aux énergies renouvelables, nucléaire compris. Dans ces conditions, rechercher la baisse des prix de vente aux consommateurs n’a pas de sens. Il faut que ces prix restent élevés pour imposer les économies d’énergie et la recherche de solutions alternatives. Les gouvernements et les entreprises gazières n’osent pas le dire, mais le besoin est évident et s’imposera à long terme, dans la perspective d’une politique énergétique globale.

Concernant la compétition internationale, ce n’est pas au moment où les Etats non européens renforcent l’utilisation de leurs atouts énergétiques afin d’en faire des vecteurs de puissance qu’il faut démanteler ceux dont dispose encore l’Europe. Introduire la concurrence ne se fera pas au profit de petits distributeurs européens, mais au profit des grands non européens comme Gazprom. Pour éviter une mainmise étrangère, le projet de Bruxelles introduit une clause de réciprocité, qui imposerait les mêmes règles patrimoniales à des acteurs non européens. Mais qui ira négocier pour « imposer » ces règles. Le commissaire européen à l'Energie Andris Piebalgs ira-t-il tout seul affronter Gazprom et le président Poutine ? Nous lui souhaitons bon courage et bonne chance.

Un autre argument fort contre la séparation entre la production et le transport n’est jamais évoqué, mais devrait l’être, pour des raisons de sécurité évidentes. L’exemple de la dérégulation dans le domaine des télécommunications montre actuellement ses effets pervers en France. L’opérateur historique, France Télécom, manifestait lorsqu’il en avait le plein contrôle un soin jaloux concernant la fiabilité de ses lignes. Le client savait à qui s’adresser, quitte à payer un peu plus cher les communications. Aujourd’hui, le prix de celle-ci est légèrement réduit, mais dans de nombreux cas le client n’en profite pas car il est incapable d’obtenir une maintenance correcte des lignes fixes qui le dessert, quand il s’adresse à des opérateurs fantaisistes sinon volontairement trompeurs. Cette dégradation du réseau est ennuyeuse dans le domaine des télécommunications, mais elle mettrait en cause la sécurité nationale si elle atteignait les réseaux de gaz et d’électricité. Veut-on voir ceux-ci piratés par des organisations maffieuses voire terroristes ?

Le débat actuel sur la privatisation des réseaux nous confirme dans notre position de principe. Tant que l’Europe cédera à une idéologie libérale venue d’ailleurs et destinée à l’affaiblir, tant qu’elle ne se sera pas dotée d’une politique de puissance l’amenant à valoriser ses ressources, que ce soit dans le domaine de l’énergie, des technologies de l’information, du spatial ou de l’agriculture, elle n’échappera pas au déclin qui la menace actuellement. Le fait que des pays ultralibéraux comme la Grande Bretagne et la Hollande ne partagent pas ce point de vue ne devrait pas nous imposer d’en changer. 19/09/07


Microsoft Media Player WMP

La Cour européenne de Justice a confirmé le 17 septembre 2007 la condamnation de Microsoft pour abus de position dominante. Microsoft imposait en effet à l'époque son logiciel Microsoft Media Player WMP à tout acheteur de son système d'exploitation Windows, lequel équipe près de 90% des PC de la planète. La cour a également confirmé l'amende accompagnant cette décision. Microsoft disposera d'un délai de deux mois et dix jours pour faire appel à partir du moment où il aura reçu la décision de la Cour. Le président de la Commission José Manuel Barroso a salué l'événement, estimant que cet arrêt renforçait "l'objectivité et la crédibilité de la politique de la concurrence de la Commission européenne".

La décision confirmée par le Tribunal de première instance de la Cour européenne de Justice remonte à plus de trois ans. Le 24 mars 2004, la Commission avait condamné Microsoft à une amende record d'un demi-milliard d'euros, la plus forte jamais imposée à une entreprise mais une goutte d’eau pour le groupe. Celui-ci, outre l’amende, contestait les deux mesures imposées par la Commission : commercialiser une version de son système d'exploitation Windows dépourvue du logiciel WMP - fournir une meilleure documentation technique à ses concurrents, afin qu'ils puissent concevoir des logiciels compatibles avec la version Windows pour serveurs.

La Commission estimait qu'en intégrant automatiquement le Media Player à Windows, le groupe se servait de sa position dominante pour éliminer ses concurrents sur le marché des lecteurs multimédia. Ce logiciel permet de communiquer aisément avec les divers supports musicaux et rend inutile l’achat de matériel concurrent comportant ce service. Pourquoi par exemple acheter un lecteur tel que Winamp alors que WMP est fourni gratuitement?

La Commission a indiqué qu'elle voulait maintenant voir "une baisse substantielle" des parts de marché de Microsoft. Elle agite depuis plusieurs mois la menace de nouvelles amendes pour Microsoft et pourrait maintenant lui réclamer jusqu'à un milliard supplémentaire. En juillet 2006, elle l'avait déjà condamné à payer 280 millions d'euros d'amende pour son retard à fournir les informations techniques nécessaires.

La Free Software Foundation Europe, qui regroupe les partisans du logiciel libre, s'est réjoui que les tactiques de Microsoft qui dix ans durant "lui ont permis de faire avorter des actions antitrust dans d'autres régions du monde, dont les Etats-Unis" aient finalement échoué en Europe et ce "grâce à la persévérance et à l'excellent travail de la Commission".

Nous estimons pour notre part que la Commission, appuyée par la Cour européenne, a bien fait de montrer à un géant monopolistique américain qu’elle est décidée à faire respecter la concurrence. Mais elle aura en l’espèce encore du travail devant elle, car Microsoft ne cesse d’intégrer de nouveaux interfaces obligés dans ses systèmes d’exploitation et ses logiciels pour serveurs, afin d’éliminer les nouvelles concurrences, notamment dans le domaine de l’image animée. Il serait tout aussi sinon plus pertinent d’encourager la politique de production et d’utilisation des logiciels libres, les vrais concurrents de Microsoft et de ses semblables. Dans ce domaine, la Commission fait montre d’une rare timidité. Il est plus facile de jouer les gardiens de la concurrence que le promoteur de véritables politiques industrielles. C’est pourtant de celles-là que l’Europe a besoin aujourd’hui, surtout dans le domaine des industries culturelles. 18/09/07


Jospin

Jospin tourne au vieillard aigri, vraiment méprisable. Ma considération pour Ségolène Royal, qui avait, non pas baissé mais pris un peu de plomb dans l'aile, remonte en fonction des attaques que tous ces machos irresponsables lui assènent. Je ne vois qu'un homme bien dans tout cela, Jean-Louis Bianco. 17/09/07


La surenchère sur l'Iran

François Hollande a réclamé, lundi 17 septembre, un débat au Parlement sur la situation en Iran et estimé que le président Nicolas Sarkozy devait s'exprimer devant les Français. Ces déclarations interviennent après que Bernard Kouchner a prévenu, dimanche soir, qu'il fallait "se préparer au pire", y compris "la guerre", contre Téhéran. Le ministre des affaires étrangères a aussi demandé, lors de l'émission Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, des sanctions européennes, tout en appelant à "négocier jusqu'au bout" pour éviter que l'Iran ne se dote de l'arme atomique. Le Premier ministre, ce même lundi, a répété ces propos menaçants en visitant une unité blindée française.

Tout ceci nous parait irresponsable. La France ne peut, à elle seule, sans un embryon de consultation officielle de l'Union européenne, soutenir les faucons américains dans leurs projets de guerre, dont certains semblent bien avancés (voir par exemple le Sunday Telegraph du 17 septembre). Et ceci au moment où Mohammed El Baradei, le chef de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, explique que ses experts n'ont pas détecté d'activités menaçantes en Iran et que, de toutes façons, la diplomatie est loin d'avoir encore dit son dernier mot. Va-t-on nous refaire le coup des ADM de Saddam? Comment quand on parait suivre aveuglément les folies de l'Amérique, plaider ensuite auprès de nos amis européens la thèse d'une Europe forte accédant à la maturité diplomatique.

L'Europe, sous l'impulsion de la France si nécessaire, pourrait dans ce dossier jouer un rôle diplomatique considérable, sans gesticulations militaires: aider l'Iran dans ses ambitions de puissance régionale "perse", c'est-à-dire capable de contrebalancer le poids des Etats arabes - et si l'Iran persiste à rester sourde, durcir les sanctions économiques. Pour ce faire, l'Europe devra aussi chercher à s'associer la Russie et les pays du Maghreb, dont on parle peu.17/09/2007

L'article du Sunday Telegraph: http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/news/2007/09/16/wiran116.xml


La titrisation

On parle beaucoup de ce dispositif a propos de la crise actuelle des liquidités, suite à l'effondrement du marché immobilier aux Etats-Unis. Mais personne n'explique de quoi il s'agit. Si nous reprenons la définition de Pierre Vernimmen (http://www.vernimmen.net/html/glossaire/definition_titrisation.html), nous apprenons que " La titrisation est un montage financier qui permet à une société d'améliorer la liquidité de son bilan. Techniquement, des actifs sélectionnés en fonction de la qualité de leurs garanties sont regroupés dans une société ad hoc qui en fait l'acquisition en se finançant par l'émission de titres souscrits par des investisseurs. L'entité ainsi créée perçoit les flux d'intérêts et de remboursement sur les créances qu'elle a achetées aux banques et les reverse aux investisseurs via le paiement d'intérêts et le remboursement de leurs titres.
Initialement cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs encours c'est-à-dire transformer en titres négociables des prêts à la clientèle. Actuellement, les spécialistes proposent à certains grands groupes industriels de titriser des créances commerciales de façon récurrente, de titriser des immeubles d'exploitation, stocks... en bref de rendre liquide presque tout le bilan".

Que ceux qui n'ont pas compris lèvent la main. Si beaucoup de mains se lèvent, je traduirai ces propos en langage ordinaire.
16/09/07


Des vélos en libre service, un bon exemple d’économie mixte

Les villes françaises, Lyon, Paris, qui ont décidé de proposer aux citoyens un service de location de vélos donnent un bon exemple pratique de ce que devrait être une économie mixte moderne associant initiative publique et entreprise privée. Elles suivent en cela un modèle européen bien rôdé. L’initiative publique, appuyée sur le pouvoir de régulation régalien, est indispensable. En l’espèce, elle repose sur la collectivité locale, qui est seule capable de décider de renverser la domination séculaire de la voiture (initiative privée) en imposant des solutions de remplacement soigneusement étudiées. L’objectif s’inscrit dans les exigences majeures auxquelles doivent dorénavant satisfaire les sociétés humaines : diminuer la consommation d’énergie et la pollution, remodeler les espaces urbains, associer le citoyen à la protection de l’environnement, etc. Pour contribuer à cet objectif, la collectivité publique investit un certain nombre de ressources, qui seront largement amorties par les bénéfices globaux que procurera la nouvelle politique.

Mais, plutôt que tout faire seule, c’est-à-dire mettre en place une régie municipale des vélos en libre service, la collectivité passe un contrat avec une entreprise privée qui se charge des principales prestations nécessaires au fonctionnement du service : fourniture des infrastructures et des engins, maintenance, gestion des recettes et dépenses. Le service n’est pas proposé gratuitement aux usagers, ce qui serait de mauvaise politique. Mais il l’est à un coût ne décourageant pas l’utilisateur à faible revenu. Ce coût et les contreparties (publicitaires et autres) autorisées par le contrat de concession de service public permettent au concessionnaire d’équilibrer sa gestion et de créer des emplois. La collectivité perçoit même un certain montant de la redevance. Globalement donc, c’est du gagnant-gagnant, selon l’expression désormais fameuse.

On m’objectera que tout n’est pas parfait dans le système du vélo en libre-service. Certes, mais le dispositif pourra être amélioré. Est-il transposable à des échelles économiques et sociales plus ambitieuses ; par exemple à la production d’énergie ? Pourquoi pas ? Disons seulement qu’en fonction de l’importance des enjeux, les collectivités publiques devront garder plus ou moins de poids dans les montages mis en place. On ne concevrait pas que les centrales nucléaires soient abandonnées à des gestionnaires privés, comme certains libéraux semblent vouloir le souhaiter. Plus généralement, le rapprochement des intérêts publics supposés désintéressés et des intérêts privés attachés légitimement au profit crée des tentations et peut créer des dérives: trafics d'influence, corruptions, etc. Mais tous les systèmes génèrent de tels risques, que ce soit la régie directe ou l'exploitation entièrement confiée au privé. Il faut s'en prémunir par un contrôle juridique adéquat et aussi par le droit de regard donné aux usagers et aux citoyens.

Quoiqu’il en soit, ce type d’économie mixte est mille fois préférable au jeu du marché et à l’initiative privée s’exerçant sans aucun contrôle. On voit ce que peuvent être les dégâts du libéralisme en étudiant la situation actuelle des Etats-Unis. Des organismes de crédits « libéraux », c’est-à-dire recherchant le profit le plus immédiat, ont prêté à tout va à des citoyens non avertis. L’accroissement de consommation en résultant, après une phase de « croissance » louée par tous les idéologues du marché, est en train de se transformer en une crise économique et sociale dont la fin ne parait pas en vue. L’Europe ne peut pas, pour sa part, se permettre de telles aventures. 16/09/07

 


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-16809/index.html