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La Gazette N° 167 en date du 15 septembre 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Le livre est actualisé en ligne sur ce site

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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Un fonds souverain chinois de 250 milliards de dollars

La création du fonds souverain Chinois China Investment Co commence à créer quelques inquiétudes. A juste titre.

On sait qu'à côté des fonds d'investissement privés (fonds de pensions, fonds spéculatifs, fonds pourris) existent dorénavant des fonds souverains où les Etats placent les bénéfices que leur rapportent leurs exportations. On parle de fonds souverains car les gouvernements les mettent au service, au mieux de leurs politiques économiques, au pire de leurs politiques de conquête. Avec ces fonds cumulés, ils pourraient en effet acheter dix fois le nombre des entreprises privées achetables, c'est-à-dire cotées en bourse. Ces fonds proviennent des excédents résultant de la vente de produits pétroliers ou gaziers par les pays du Moyen Orient ou la Russie. Ils proviennent, quand il s'agit de la Chine, des réserves de change accumulées du fait des emprunts faits auprès de ce pays par les opérateurs américains, pénalisés il est vrai par une devise chinoise anormalement dépréciée. Les réserves chinoises atteindraient actuellement la somme énorme de 1300 milliards de dollars.

Les Occidentaux auraient tort de se plaindre d'un tel phénomène, qui résulte en grande partie de leur incapacité à réfréner leur boulimie consommatrice. Il reste que ces fonds, et leur manque de transparence (certains sont sans doute d'origine maffieuse) commencent à inquiéter. C'est une telle inquiétude que provoque la création par la Chine, ce mois-ci, d'un fonds souverain de 250 milliards de dollars, dit China Investment Co. Les dirigeants actuels du fonds veulent rassurer, en affichant des objectifs modestes. Ils affirment vouloir aussi investir en Chine même, ce qui serait du simple bon sens. Mais ils deviendront plus gourmands à l'international en fonction de la résistance ou de la passivité des pays cibles.

Face à de tels « prédateurs », la solution prônée par la gauche en France (et peut-être maintenant en Allemagne) paraît là aussi du simple bon sens. Elle consiste à garder dans les entreprises dites stratégiques (lesquelles ne le sont pas ?) une part majoritaire de capitaux d'Etat, contre lesquels les fonds ne pourront rien. Mais parler de capitaux d'Etat investis dans l'économie suffit encore en Europe à vous faire passer pour un dangereux stalinien. 15/09/07


Faut-il soutenir un bombardement de l'Iran par les Etats-Unis?

Dans un petit livre édité par Stock, L'Iran, le choix des armes, François Heisbourg, président de l'Institut International d'Etudes Stratégiques, nous annonce que « l'ambition nucléaire de Téhéran dessine les contours du XXIe siècle ». Nous ne pouvons le suivre dans cette analyse.

Les bonnes feuilles de cet ouvrage (introduction et conclusion), publiées par Le Monde le 12 septembre 2007, p. 22, résument une thèse qui nous parait, non seulement particulièrement dangereuse, mais destinée à nous faire admettre à l'avance un bombardement américano-israélien des sites nucléaires iraniens. Selon François Heisbourg, l'affaiblissement des Etats-Unis en Irak ne leur permet plus d'accepter que l'Iran franchisse le seuil nucléaire, car ce serait interprété comme une preuve de la faiblesse stratégique d'une Amérique humiliée. Le monde, selon lui, devrait en convenir et admettre la nécessité de choisir entre deux options également catastrophiques, accepter la logique de la prolifération (provoquée par une Iran dotée de l'arme atomique) ou soutenir une frappe américaine. Se voiler la face et pratiquer l'attentisme serait, pour les autres puissances et notamment pour l'Europe, faire le choix du déshonneur sans réussir à éviter la guerre (selon la formule de Churchill après Munich).

François Heisbourg nous affirme par ailleurs que si l'Iran dispose dans un délai plus ou moins proche de l'arme atomique, l'ensemble de la région sera tentée, non seulement de s'armer mais de se servir de telles armes. Ce serait évidemment alors l'apocalypse, le Pakistan pouvant par exemple entrer en lice. Dans ces conditions, le lecteur que nous sommes ne peut que souhaiter au plus vite l'intervention militaire américaine en Iran, qui correspond aux projets d'une partie de l'actuelle administration à Washington, voulant sortir de cette façon, par le haut, du guêpier irakien – et ceci nonobstant les conséquences également apocalyptique d'un tel acte.

Selon nous, les Européens ne doivent pas se laisser ainsi mettre au pied du mur. Ils doivent au contraire rejoindre tous ceux qui pensent possible de cohabiter avec l'Iran, qu'elle fut ou non dotée d'une bombe atomique. Nous pensons à d'éminents chefs militaires américains, lesquels ont fait savoir (du jamais vu) qu'ils s'opposeraient à une décision de bombardement jugée par eux irresponsable. Mais les Européens ont surtout à consulter tous les Etats pour qui le choix binaire posé par les Etats-Unis et repris sans nuance par François Heisbourg n'a pas de sens : les Etats méditerranéens et du Moyen-Orient, ainsi que les grands Etats directement concernés : Russie, Chine, Inde, Pakistan. Les pays de l'Union européenne doivent aussi être consultés. Leurs intérêts dans la région sont tout différents de ceux des Américains. De plus, ils seraient les premiers à souffrir de l'éclatement d'une guerre de civilisation avec les pays arabo-musulmans. Ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'ils devraient faire assaut de faiblesse vis-à-vis de l'Iran.

Pour notre part, nous pensons que la détention d'une bombe atomique a plutôt pour effet de calmer les gouvernements excités que le contraire. Surtout s'ils sont menacés d'une atomisation en retour au cas où l'idée de s'en servir leur venait à l'esprit. L'Europe, si elle s'était dotée d'une force de dissuasion autonome, pourrait jouer un rôle diplomatique majeure en ce cas, à base non de faiblesse mais de force. Mais les atlantistes européens dévoués aux Etats-Unis font tout pour écarter l'hypothèse d'une défense européenne qui permettrait d'afficher des stratégies indépendantes de celles de leurs chers amis américains. 14/09/07


France-Allemagne: halte aux chicayas!

Les militants de la construction européenne que nous essayons d'être ne peuvent que s'inquiéter de voir se développer l'actuel refroidissement franco-allemand. L'Europe n'existera jamais en tant qu'entité politique mondiale si les deux piliers de sa puissance commencent à s'écarter. On peut espérer que le phénomène ne soit que superficiel et qu'un peu plus de discernement de la part des deux chefs d'Etat pourrait arranger les choses. Que par exemple Nicolas Sarkozy s'en tienne au baise-main dans ses rencontres avec la Chancelière et que celle-ci (chose il est vrai plus fondamentale) reconnaisse enfin que l'Allemagne ne pourra pas satisfaire ses besoins futurs en énergie en se limitant à la production de ses centrales à charbon et de ses éoliennes.

Mais les difficultés actuelles entre la France et l'Allemagne découlent aussi d'une méconnaissance réciproque. Dans le domaine économique, qui est essentiel, les Français devraient admettre que l'industrie allemande, reposant sur un tissu de grosses moyennes-entreprises industrielles fortement innovantes, a su s'adapter à la concurrence extérieure. Les Allemands en contrepartie devraient reconnaître la qualité exceptionnelle du secteur public industriel français dans les domaines stratégiques de l'énergie, des infrastructures et de la défense.

En fait, ces capacités complémentaires pourraient être conjuguées pour faire de l'Europe la puissance industrielle et technologique qu'elle sera de moins en moins si elle remet son sort aux mains des fonds d'investissement étranger. Mais il faudrait pour cela que les deux gouvernements décident ensemble de lancer de grands programmes qui serviraient de locomotives aux autres Etats de l'Union européenne. Ces programmes devraient être amorcés voire financés en totalité par des fonds publics (sous la forme, pourquoi pas, d'emprunts à long terme). S'ils étaient évalués en termes de comptabilité analytique globale intégrant retours sur investissements et économies, ils seraient rentables.

Nous pensons en priorité à des programmes spatiaux, dont l'effet moteur serait considérable. Mais bien d'autres thèmes existent, supposant de conjuguer recherche fondamentale, recherche appliquée, développement de produits et politiques industrielles: les bio et nanotechnologies, les énergies autres que fossiles, l'informatique de puissance, les nouveaux moyens de transport.

Nous étions de ceux qui ont regretté que ne soit pas poursuivi le projet de rapprochement des Etats allemand et français évoqué il y a quelques années (projet paradoxal mais qui serait combien significatif à l'heure où le Royaume de Belgique semble se fissurer). Sans aller jusque là, le rapprochement de nos deux Etats sur des projets de l'envergure de ceux évoqués ici serait le signe d'une reconnaissance réciproque, signe dont, nous en sommes persuadés, les opinions respectives ne manqueraient pas de se réjouir.

C'est aux deux chefs d'Etat qu'incombe, aujourd'hui et pas demain, la responsabilité historique d'en décider. 14/09/07

* On lira avec profit, de ce côté du Rhin, "Nous les Allemands" de M.Matussek , Saint Simon éditions


Comment résorber les contradictions internes à l’Europe?

Les spécialistes craignent aujourd’hui le déclenchement d’une récession frappant les économies occidentales et peut-être par répercussion l’ensemble de l’économie mondiale, ceci malgré les forts taux de croissance des pays asiatiques. Les causes en seraient complexes et apparemment contradictoires: crise du crédit liée à celle des prêts hypothécaires américains, hausse du prix du pétrole, phénomènes spéculatifs liés à l’existence d’énormes liquidités opérant dans des paradis fiscaux et à la recherche de placements rapidement productifs, manque de compétitivité d’un certain nombre d’industries, réactions malheureuses des banques centrales qui traitent la crise d’aujourd’hui par des méthodes générant la crise de demain 1).

Face à cette situation, on ne peut que déplorer l’inexistence d’un gouvernement économique de l’Europe, fut-il limité à la zone euro, qui pourrait prendre des mesures globales permettant aux économies européennes d’affronter la crise d’une façon unie. La Banque centrale européenne n’est pas juridiquement mandatée pour ce faire et il n’existe malheureusement aucune autorité économique et financière européenne pouvant définir des politiques économiques et financières globales.

Mais si cette autorité existait, elle devrait disposer de moyens de pression considérables sur les gouvernements, car les situations sont profondément différentes d’un Etat à l’autre. Les différences sont d’abord structurelles et ne peuvent donc être résorbées rapidement. On sait que face à la baisse du dollar obligeant à diminuer les prix de vente, les industries allemandes ou scandinaves maintiennent leur compétitivité grâce à un fort taux d’innovation qui leur garantit, au moins momentanément, la fidélité de leurs clients. Les industries françaises et italiennes vendent au contraire sur des marchés grand public où elles ont du mal à se distinguer de la concurrence asiatique.

Les situations sont également différentes en termes politiques. Chaque gouvernement défend d’abord les intérêts de ses électeurs. Peu lui importe que ces intérêts viennent en contradiction avec ceux des autres pays européens et que de ce fait une position européenne commune, qui devrait être celle d’une véritable Europe-puissance, ne puisse être affichée. Plus grave, il arrive que, par ce qu’il faut bien appeler de la démagogie électorale, certains gouvernements s’isolent volontairement de la position commune et contribuent ainsi à l’affaiblir. C’est ce que les pays de la zone euro reprochent actuellement à la France. Le président a décidé d’honorer la promesse pré-électorale consistant à faire des cadeaux fiscaux aux propriétaires fonciers. Il encourage ainsi une demande qui se porte sur des produits généralement importés au lieu d’encourager les investissements en recherche susceptibles d’améliorer la compétitivité extérieure des industriels français et les rendre ainsi moins sensibles aux variations des taux de change. Il peut difficilement ensuite demander à la BCE de baisser ses taux d’intérêts pour favoriser les exportations.

Ces différences structurelles et politiques entre pays européens paraissent impossibles à résorber rapidement – et encore n’avons-nous pas mentionné les différences entre l’Ouest et l’Est de l’Europe, plus profondes encore car s’y ajoutent des dimensions idéologiques bien illustrées par les errements polonais des frères Kachinsky. Il s’agit donc d’un véritable casse-tête pour ceux qui voudraient que se construise rapidement une cohérence. Un gouvernement économique, fut-il limité à la zone euro, ne passerait-il pas tout son temps à essayer d’arbitrer entre particularismes ? Ceci avec d’autant moins de chances de succès qu’il ne pourrait pas, comme les gouvernements nationaux, se prévaloir de l’autorité du suffrage universel.

Nous pensons pour notre part que la puissance politique et économique européenne ne se construira pas tant que les comportements actuels pourront se maintenir « as usual ». Autrement dit, seule une grande crise mondiale obligera les Européens à resserrer les rangs, en leur montrant qu’ils n’auront aucune chance de survivre sans s’unir véritablement. Faut-il alors appeler cette crise de nos vœux, crise monétaire, crise économique, crise environnementale, crise sociale…Peut-être, si la conjonction de telles crises mettait en évidence les voies sans issues dans lesquelles s’enfonce actuellement l’humanité. L’Europe en ce cas pourrait peut-être réagir la première et suggérer quelques modèles à suivre, comme semble le penser Hubert Védrine à la fin de son rapport. 13/09/07

1) C’est la thèse du dernier livre de Patrick Artus : Les incendiaires : Les banques centrales dépassées par la globalisation.


Le 40e anniversaire du Traité de l'espace. Une actualisation s'impose

Aujourd'hui, la bien mal nommée « conquête de l'espace » se déroule non sous l'angle de la coopération, mais sous celui de la compétition la plus vive. La priorité immédiate des puissances spatiales est d'assurer leur présence militaire dans l'espace. Ce sont les Etats-Unis qui ont les premiers compris l'intérêt pour eux de cette politique et décidé de s'en donner les moyens, avec le concept de full spatial dominance. Ce terme signifie qu'ils ne veulent pas laisser à d'autres la capacité de développer des moyens spatiaux disposant d'une avance technologique leur permettant de s'imposer aux leurs. L'ambition est considérable et, par ailleurs, elle n'est pas admissible. Si les autres puissances, spatiales ou non spatiales, l'acceptaient, cela voudrait dire que, dans les décennies prochaines, elles seraient sous la dépendance des Etats-Unis dans la plupart des secteurs vitaux de l'économie et de la société. Aussi s'efforcent-elles de se doter de moyens permettant d'entrer en compétition avec ceux du Pentagone. Mais l'effort sera coûteux. On s'efforcera donc de l'amortir en développant des technologies duales, capables de servir à la fois les besoins des militaires et ceux des civils. Par ailleurs, des rapprochements entre puissances, par exemple entre l'Europe et la Russie, seront envisagés. Le domaine militaire restera longtemps cependant, pour des raisons évidentes, peu propice aux coopérations. Celles-ci se mettront en place plus facilement dans les domaines civils.

Si l'espace doit être militarisé – et il l'est déjà –, les forces armées européennes doivent y être présentes, dans toutes les configurations permises par les technologies. En Europe, le terme de militarisation de l'espace fait peur. Mais les outils développés par les Européens pourront rester dans l'esprit de la dissuasion. Il s'agira de moyens d'observation et de défense dont le rôle serait analogue aux moyens de dissuasion, y compris ceux des forces nucléaires stratégiques, dont disposent actuellement deux pays européens, la Grande Bretagne et la France.

L'utilisation de l'espace à fins militaires suppose :
- la disponibilité d'infrastructures de lancement et de stations au sol ;
- des lanceurs de diverses capacités ;
- une gamme complète de satellites d'observation tous temps et toutes conditions d'observation.
- une gamme complète de satellites de télécommunication et de transmission.
- des systèmes de positionnement par satellites autonome. Il s'agit aujourd'hui, pour les Etats-Unis, du système GPS, dont une version dégradée est utilisée par les civils. L'Europe s'efforce de développer son propre système, Galiléo. La Chine et la Russie ont également les leurs.
- des systèmes d'alerte avancée anti-missiles et de systèmes défensifs anti-missiles voire anti-satellites (satellites-tueurs). Il s'agit d'une exigence nouvelle découlant du fait que des Etats potentiellement agressifs, sans être véritablement encore des puissances spatiales, développent dorénavant des missiles balistiques à longue portée.

Il faut voir cependant que la militarisation de l'espace soulève des problèmes bien plus graves que ceux posés par les autres systèmes d'armes. Une course aux armements dans l'espace multipliera la mise en orbite d'engins potentiellement dangereux, susceptibles, ne fut-ce que par accident, de détruire des réseaux de satellites civils ou de bombarder par inadvertance des cibles terrestres. De plus, la multiplication des engins et de leurs débris encombrera d'une façon qui deviendra vite insupportable les orbites basses où gravitent la plupart des satellites civils. Pendant la guerre froide, devant les risques de voir mettre en orbite des charges nucléaires, et plus généralement afin de décourager l'utilisation militaire de l'espace, le Traité dit Outer Space Treaty avait été signé puis transformé en Loi internationale le 10 octobre 1967. Il a depuis été ratifié par une centaine d'Etats, dont toutes les puissances spatiales. Ce traité dispose que l'exploration et l'exploitation de l'espace, incluant la Lune et les autres corps célestes, devront être conduites pour le bénéfice de tous les pays, indépendamment de leur niveau de développement scientifique et économique. A la suite de ce traité, des décisions importantes avaient été prises, prohibant par exemple le positionnement dans l'espace ou sur les astres d'armes de destruction massive. Il avait également été décidé que les activités spatiales devraient respecter la Charte des Nations Unies.

Les experts préconisent que le 40e anniversaire de ce Traité soit l'occasion de sa mise à niveau, tenant compte de la multiplication des projets spatiaux à finalité purement militaire. Il faudrait définir de nouvelles feuilles de route coordonnant et régulant le comportement des Etats dans l'espace. On peut craindre que les Etats-Unis, fidèle à leur volonté de « full spatial dominance », s'y refusent et que la pression internationale ne soit pas suffisante pour les y obliger. Une occasion exceptionnelle de coopération entre puissances dans un domaine qui devrait rester, selon les termes du Traité, l'héritage commun de l'humanité sera ainsi perdue ou retardée pour longtemps. La nécessaire coopération dans les domaines civils sera, elle-aussi, de ce fait, retardée voire rendue impossible. 12/09/07

Le Traité de l'espace: http://www.unoosa.org/oosa/SpaceLaw/outerspt.html


Le rapport d’Hubert Védrine

Le rapport d’Hubert Védrine sur la France et la mondialisation, demandé à l’ancien ministre des affaires étrangères par le président de la République et publié sur le site de l’Elysée, est une somme de propositions fondamentales qui devraient absolument être lues et méditées par tous ceux s’interrogeant non seulement sur la France et la mondialisation mais sur les rapports de la France et de l’Europe avec les Etats-Unis.

On sait qu’Hubert Védrine, lorsqu’il participait au gouvernement puis ensuite comme observateur indépendant, a toujours incarné – et traduit dans les faits quand il le pouvait – ce qu’il faut bien appeler la politique gaulliste de la France. Cette politique s’est toujours traduite par le refus d’inféoder la politique étrangère de la France à celle des Etats-Unis, la France ayant une personnalité et des intérêts propres à défendre. Elle a été illustrée par des décisions de politiques industrielles qui constituent encore une des bases de la « puissance » française. Elle s’est traduite aussi par la sortie de la France de l’Otan. Les gouvernements ayant succédé au gaullisme historique ont avec des hauts et des bas poursuivi la politique gaulliste, notamment dans la volonté de se démarquer des Etats-Unis. C’est ce que fit en particulier le président Chirac lors de l’invasion de l’Irak par l’Amérique. On sait aussi que cette politique gaulliste a été généralement bien comprise par l’opinion et, tout au contraire, combattue avec plus ou moins de virulence par certaines « élites » patronales et militaires françaises gagnées à la cause américaine. Elle a été et demeure également combattue avec plus ou moins de détermination par beaucoup de gouvernements européens et par la Commission européenne.

Le rapport d’Hubert Védrine propose une actualisation de cette politique gaulliste de la France, tenant compte de la situation internationale actuelle. Mais cette actualisation ne représente en rien un début d’abandon des principes fondateurs. Certes, il évoque différentes solutions possibles, dont celle d’un rapprochement avec les Etats-Unis. Mais il en met clairement les inconvénients en évidence. Il montre au contraire qu’il est possible (et nécessaire) de continuer à tracer une voie renforçant le rôle de la France dans le monde. Pour lui, cette voie, et c’est ce qui nous intéresse particulièrement ici, renforcera aussi le rôle de l’Europe, dans la perspective de faire d’elle une puissance véritable dans le monde multipolaire. Sans cela, dit-il, l’Europe ne pourra même pas prétendre être l’un de ces pôles. Mais la meilleure façon pour la France de convaincre l’Europe de la nécessité de la puissance ne consiste pas à négocier avec ses partenaires l’abandon des positions traditionnelles de la diplomatie française. Elle consiste au contraire à continuer à tracer sa voie en l’approfondissant.

Nous n’entrerons pas dans le détail des propositions qu’il faut, répétons-le, lire et méditer. . Bornons nous à dire qu’en matière de mondialisation, Hubert Védrine demande que la France, appuyée par l’Europe, se comporte comme toutes les autres grandes puissances : reconnaître le fait, ne pas refuser l’économie de marché, mais « conserver un cœur de compétences, de souverainetés et de responsabilités publiques ». Nous pourrions parler dans un autre vocabulaire de néo-colbertisme, capable de négocier de puissance à puissance, sur la base au minimum de la réciprocité, les avantages consentis aux concurrents. On sait que l’Union européenne ne dispose encore d’aucun des instruments pour ce faire, ni en haut lieu de la volonté politique adéquate.

Vis-à-vis des Etats-Unis, Hubert Védrine fait, en termes diplomatiques, une critique radicale des tentations actuelles de retour vers une plus grande proximité de la politique française à l’égard de la politique américaine. A fortiori, il montre que ceux qui conseillent un retour de la France dans l’Otan ne tiennent pas compte des intérêts de la France. Il montre les dangers d’un tel retour, compte tenu notamment du fait que l’Otan continue à mettre en œuvre sans discussion les décisions américaines les plus dangereuses, concernant notamment la guerre en Afghanistan et l’implantation d’une base anti-missiles en Europe, dont le seul résultat sera de nous inféoder à Washington dans sa volonté d’éloigner l’Europe de la Russie. Ni militairement ni politiquement, nous n’en tirerions le moindre avantage. Il observe : «Sur les États-Unis cela donnerait à la France une influence comparable à celle des autres alliés, c'est-à-dire quasi nulle.».

La solution, pour lui, rejoint celle que nous préconisons ici depuis longtemps. Il ne s’agit pas de se borner à définir une politique française indépendante. Il faut ancrer celle-ci dans une politique européenne elle-même souveraine : bâtir une défense européenne autonome, négocier les relations avec les grands Etats, Russie et Chine notamment, sur la base des intérêts européens et non des intérêts américains, construire des politiques qui ne soient pas inutilement agressives à l’égard des pays arabes, élaborer une politique africaine, participer de façon ouverte à la réforme des institutions internationales pour tenir compte du poids des Etats émergents sans diminuer l’influence européenne….

Sur le plan intérieur, le rapport met en évidence deux choses :
- les éventuelles contradictions entre un activisme européen et néo-protectionniste de Nicolas Sarkozy et les tentations néo-atlantistes qui lui sont prêtées (par certains de ses ministres et amis tout au moins). Le président devra lever rapidement les ambiguïtés, s’il veut donner de la lisibilité à son action au regard des Français comme de nos partenaires européens.
- l’absence de débat sur la politique étrangère de la France, tant au niveau des institutions politiques et des médias qu’au sein de l’opposition. Que celle-ci demeure muette alors que l’un de ses représentants éminents s’exprime ne serait pas acceptable.

Ayant lui-même demandé ce rapport, dont il pouvait pressentir la teneur, nous pouvons espérer que Nicolas Sarkozy ne le laissera pas dormir sur une étagère. Pour notre compte, nous suivrons attentivement l’évolution de la question. 12/09/07

Le rapport http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/--------_par_m_huberrt_vedrine.79348.html


Al Qaïda deviendra-t-elle une puissance mondiale ?

On dira que c’est faire beaucoup d’honneur à Al Qaïda que considérer cette nébuleuse complexe comme une puissance mondiale, susceptible d’affronter voire de vaincre les plus grandes. C’est évidemment ce qu’affirme son chef présumé, Ben Laden, y compris récemment dans deux adresses au monde publiées à l’occasion de l’anniversaire des attentats du 11 septembre. Répercuter son message en y attachant trop d’importance ne peut que lui rendre service. Disons seulement qu’Al Qaïda présente un certain nombre des caractères définissant les invasions virales au sein des systèmes biologiques ou informationnelles. Ces virus constituent des populations de micro-agents capables d’un taux élevé de mutation-reconfiguration et capables d’infecter rapidement des hôtes plus stables et moins réactifs dès qu’ils ont trouvé leurs points faibles. Lorsqu’un système dominant d’une certaine importance se met en place, ils semblent s’auto-générer quasi-automatiquement pour l’attaquer. C’est ce que font les virus biologiques et leurs lointains cousins les virus informatiques.

Or les grandes puissances, notamment la superpuissance américaine, montrent de nombreux points faibles. Elles multiplient les inégalités et s’imposent souvent par la violence, en générant de nombreux opposants externes et internes. Cependant, cela ne suffit pas à rendre ceux-ci dangereux. Pour les soulever, il faut une force considérable. Ben Laden et ses proches ne sont pas des religieux convaincus, ce sont des gens avides de pouvoir et d’argent, impressionnés par le modèle américain. Mais ils ont compris qu’en activant les passions religieuses, ils pouvaient démultiplier leur action quasi à l’infini. Avec la destruction du N.Y. World Trade Center faite au nom de l’islam, qui lui a demandé peu de moyens militaires, Ben Laden s’est rendu compte qu’il a pu obtenir un succès d’une ampleur qu’il n’avait peut-être même pas imaginée à l’avance. Il a réussi à précipiter l’entrée en guerre des Etats-Unis, non seulement contre l’Afghanistan et l’Irak, mais virtuellement contre une partie du monde arabo-musulman. A ses yeux ou aux yeux de ses disciples, répéter de telles opérations, contre l’Amérique mais aussi contre les Etats européens, devrait permettre de déstabiliser entièrement le monde occidental. Les occasions de le faire ne lui manqueront pas puisqu’il existe dans ces pays d’importantes populations musulmanes où le recrutement de quelques fanatiques suicidaires apparaît facile. El Qaïda pourra les dresser contre les pays occidentaux, non seulement en présentant ces derniers comme générateurs d’inégalités économiques et de violence, mais aussi comme des adversaires religieux. Les démocraties occidentales sont en effet réputées impies puisque leurs règles de fonctionnement sont aux antipodes de celles reconnues par les Etats appliquant la loi islamique.

Ce scénario, s’il se poursuivait jusqu’au bout, pourrait faire craindre qu’Al Qaïda ou des organisations d’un type viral analogue ne deviennent des puissances mondiales de premier plan, sinon une véritable superpuissance. Il est facile en effet de provoquer dans les sociétés soumises au terrorisme des « sur-réactions » qui multiplient les vocations au martyr. L’invasion de l’Irak était l’une de ces sur-réactions. Sans avoir la même gravité, frapper de suspicion généralisée les populations immigrées en est une autre. Or le propre d’Al Qaïda et des organisations analogues est de n’avoir pas besoin de recruteurs. Ce sont des volontaires, généralement des personnes à problèmes, qui viennent d’eux-mêmes la trouver ou, plus simplement, qui passent à l’action en se recommandant d’elle. Sur quelques millions ou centaines de milliers de personnes bien adaptées, il est statistiquement très probable d’en trouver en permanence quelques unes qui se laisseront séduire par la perspective du martyr pour motifs religieux. Sommes-nous alors en présence d’un mécanisme appelé à s’étendre irrévocablement ? C’est ce dont Ben Laden parait persuadé.

Il semble que dans le monde biologique les infections virales finissent toujours par reculer devant les anti-corps qu’elles suscitent. S’il n’en était pas ainsi, toutes les espèces d’une certaine complexité auraient déjà disparu. Sur le long terme, deux démographes Emmanuel Todd et Youssef Courbage 1) viennent d’expliquer que les sociétés musulmanes « occidentales », c’est-à-dire ne comprenant pas le Pakistan et l’Indonésie, sont en train d’atteindre la transition démographique où les chiffres des naissances et des décès s’équilibrent. Pour eux, cette évolution, due en partie à la promotion sociale des femmes, devrait favoriser l’Islam modéré et faire reculer le spectre d’une « guerre des civilisations » telle que décrite par Samuel Huntington. Mais dans le court terme, les vocations au martyr, touchant des individus cultivés et apparemment bien adaptés, ne diminueront pas pour autant. Peut-on compter sur d’autres phénomènes ? Al Qaïda provoquera certainement des oppositions, y compris au sein des pays musulmans. Il s’agit en effet, nous l’avons dit, d’une forme de pouvoir à la recherche d’une domination qui se révèle aussi tyrannique que les autres. Elle peut donc être rejetée par ceux-là même à qui elle s’adresse. Mais pour le moment, elle est encore en phase ascendante et doit donc susciter toute l’attention et l’intelligence de ceux qui ne veulent pas se soumettre à sa loi. Peut-on attendre de G.W.Bush qu'il fasse preuve de ces qualités? 11/09/07

1) Emmanuel Todd et Youssef Courbage, Le Rendez-vous des civilisations, La Modernité démographique de l’Islam, Seuil, 2007


Le vol du B 52 aux 6 têtes nucléaires

Jamais, depuis 1968, autant que l'on sache, un avion chargé d’armes nucléaires n’avait survolé le territoire des Etats-Unis, ce jusqu’au 30 août dernier. Il s’agit d’un B-52, effectuant le 30 août un vol de la base de Minot à celle de Barksdale avec six ACM (Advanced Cruise Missiles) chacun avec une tête nucléaire de 150 kilotonnes (la bombe d’Hiroshima faisait 15 kilotonnes). De Minot (Dakota du Nord) à Barksdale (Virginie), il y a une distance de plus de 3.000 kilomètres, supposant un vol de plusieurs heures. L’incident a fait l’objet d’une communication embarrassée du chef d’état-major de l’USAF, dont dépend le B-52, au secrétaire à la défense, lequel à prévenu le président. En principe, les vols d’armes nucléaires au-dessus du territoire US n’ont plus lieu depuis 1968. Depuis 1991, la pratique de conserver des bombardiers en alerte, armés d'armes nucléaires et prêts à décoller sur les pistes des bases militaires, a été abandonnée. Les B52 ont été par contre largement utilisés avec des missiles conventionnels contre l'Irak, avant l'invasion.

Les commentateurs, y compris aux Etats-Unis, s'interrogent. S'agit-il d'une erreur? Mais en ce cas, la chaîne de commandement jusqu'à un très haut niveau serait à revoir car ce n'est pas un chef de base locale qui peut prendre une telle initiative. Et si erreur il y avait, elle serait particulièrement inquiétante, montrant un haut degré de dégradation des processus de sécurité. Mais plus vraisemblablement il s'agit d'un message. Mais un message de qui, délivré à qui et pour dire quoi? Les imaginations galopent. Les diverses hypothèses, que nous vous laisserons le soin de découvrir, sont plus inquiétantes les unes que les autres. Les autorités américaines ont annoncé, en tous cas, que l'enquête durerait plusieurs semaines. A suivre donc. 07/09/07


Hands off the Arctic

L'éditorial du NewScientist du 1er septembre suggère que l'océan arctique et ses sous-sols soient déclarés zone démilitarisée, interdite d'exploitation commerciale et dédiée à la science. C'est ce que, il y a 50 ans, les Etats-Unis, la Russie et 10 autres nations avaient décrété concernant l'Antarctique - ceci en plein guerre froide. Le traité Antarctique a été depuis tant bien que mal respecté par tous. Nous proposons que l'Union Européenne prenne officiellement, soit à l'ONU soit peut-être dans un premier temps auprès de l'"Arctic Council", l'initiative d'une telle démarche. Il ne faut pas attendre. 03/09/07


L’Afghanistan, test crucial pour l'avenir stratégique de l’Europe

Les Etats Européens donnent actuellement le pire exemple de ce que l’Europe ne devrait pas faire au Moyen-Orient et en Asie occidentale. Loin de définir une politique indépendante de celle des Etats-Unis, capable de sauvegarder s’il était possible leur sécurité face à un monde en plein bouleversement, ils suivent en « caniches » la politique américaine en Afghanistan. Certes, ils renâclent et traînent les pieds mais ils ne s’en distinguent pas clairement. Or l’Amérique, depuis la décision catastrophique d’armer les moudjahiddines afghans pour contrer la présence russe, n’a fait qu’accumuler les erreurs et les crimes. L’Europe, considérée comme féale des Etats-Unis et comme telle ne méritant aucune considération spécifique, recueillera dans le monde arabo-musulman tout l’opprobre qui s’attache dorénavant à la politique américaine. Ceci est désastreux. Il en va non seulement de l’équilibre du monde mais de la sécurité européenne elle-même. L’Europe étant plus près que ne l’est l’Amérique de la zone des conflits, c’est elle qui en supportera la première les effets collatéraux. Ceux-ci seront inévitablement violents et dévastateurs.

I. La très bonne émission de France Culture du samedi 12h45, La Rumeur du monde, a été consacrée le 1er septembre 2007 à l’Afghanistan. Des témoins avertis de la situation dans ce pays comme au Pakistan voisin s’y sont exprimés. On pouvait retenir de leurs témoignages que l’Amérique et la coalition hétéroclite qu’elle a rassemblée contre les prétendus terroristes, assimilés aux Talibans, ont perdu la guerre. Pas plus qu’en Irak un éventuel renforcement militaire ne changerait la situation. Les deux fautes stratégiques majeures, que l’on retrouve à bien plus grande échelle en Irak, tiennent, la première, à la volonté de faire la guerre en utilisant des armes sophistiquées pour éviter les pertes en hommes, la seconde en se désintéressant complètement du sort des populations civiles. Celles-ci, premières victimes des bombardements, rejoignent inévitablement la rébellion. Il aurait fallu des milliards de dollars pour rendre Kaboul viable et vivable. Mais Washington a préféré laisser la ville pourrir et dépenser cet argent en armements. La coalition, comme avant eux les Soviétiques, découvre à ses dépends que la guerre du faible au fort est toujours gagnée, avec un peu de temps, par le faible.

2. Les Américains, pas plus en Afghanistan qu’en Irak, ne voient clairement comment se retirer. Ils sont donc conduits, en espérant peut-être une perspective encore plus catastrophique (l’attaque de l’Iran), à accentuer leurs attaques. On trouve à la base de leur démarche la volonté persistante de prendre en mains les ressources pétrolières de la région comme de continuer à financer d’importants contrats destinés au complexe militaro-industriel Pour cela, ils entretiennent les conflits en attisant les contradictions entre Etats. Peut-être faut-il hélas aussi mentionner chez eux la volonté de mener des croisades religieuses ne voulant pas dire leur nom, comme l’a montré l’incroyable épisode de l’appui qu’ils avaient donné aux évangélistes sud-coréens.

Les gouvernements européens ayant engagé des contingents à leur côté cherchent manifestement à les rapatrier. Mais pour le moment, ils s’y prennent si mollement que rien ne manifeste clairement cette volonté aux yeux de l’opinion internationale. Observons qu’au contraire, à ce moment critique, le gouvernement français a cru devoir donner une sorte de consensus à la politique du Pentagone en rapprochant de la zone des conflits le petit contingent aérien engagé en appui feu, au lieu de le ramener en Europe comme il l'avait fait précédemment des commandos terrestres.

3. L’Europe en tant que telle, que ce soit au niveau des institutions européennes ou de la réflexion stratégique de ses grands Etats, montre ainsi, aux yeux notamment des Etats arabo-musulmans, qu’elle est incapable d’avoir une politique autonome dans ses relations avec ces Etats. Certes, une telle politique ne serait pas facile, car elle devrait tenir compte d’éléments aussi différents que les intérêts pakistanais, ceux des Etats du Golfe et ceux des Etats frontaliers de la Russie – sans mentionner les intérêts de cette dernière et ceux de la Turquie. Mais la pire des choses pour l’Europe serait de laisser penser à ces divers pays que l’Europe n’existe pas en tant que puissance autonome et qu’elle va continuer dans les prochains mois et années à relayer l’impérialisme américain, en allant prendre ses consignes à Washington. C’est alors là que le monde arabo-musulman pourrait à juste titre se défier d’elle et refuser toutes les coopérations.

De telles coopérations seraient pourtant les seules susceptibles de tarir les sources du terrorisme et d’assurer des relations plus détendues entre les sociétés européennes et des voisins qui se rappelleront certainement à la mémoire de l’Europe si celle-ci avait tendance à s’imaginer être séparée d’eux par toute la largeur de l’Atlantique. 01/09/07.

PS au 03/09/07: texte reçu d'un ami bien informé: "J'approuve tout à fait ton article. Tu aurais pu ajouter qu'à nouveau ce pays est devenu le premier producteur d'opium au monde, dont l'Europe est la principale destination. Tu aurais pu également indiquer que cette guerre est en train de déstabiliser le régime fragile du Pakistan voisin , de contribuer à amplifier les révoltes contre " le général-président " et de favoriser à terme , là aussi , la menace islamiste. Il n'y a pas que dans ces deux pays qu'une mauvaise interprétation du Machiavélisme a amené les Américains , et leurs affidés , à encourager des concurrents diaboliques ( Hezbollah , Hamas ... etc ) , contre ceux qui deviennent par la suite leurs " amis " ( gouvernement Libanais , Fatah ... etc )" .


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-16709/index.html