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La Gazette N° 164 en date du 15 juillet 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* I am a strange Loop,
de Douglas Hofstadter http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/hofstadter.htm
* Pourquoi les lois fondamentales de la physique paraissent-elles ajustées pour permettre la vie et la conscience ? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/anthropique.htm

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Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Le livre est actualisé en ligne sur ce site

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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Le brevet européen

Deux réformes profondes permettraient d'harmoniser au niveau européen le droit des entreprises et celui des brevets. Elles concernent l'adoption d'un statut européen de l'entreprise et d'un statut européen des brevets. Dans les deux cas, il s'agirait d'adopter un régime juridique unique en remplacement des regimes définis par les droits nationaux européens. Ceux-ci ont l'inconvénient de ne pas faciliter l'existence d'acteurs économiques européens, dans un monde soumis à l'écrasante présence du droit anglo-saxon. Concernant le brevet européen, on sait que l'adoption de celui-ci découlerait d'une ratification par la France et par les Etats s'y opposant encore, du protocole dit de Londres. Nous n'entrerons pas ici sur le détail de celui-ci, convenablement étudié dans Wikipedia, à l'article duquel nous renvoyons le lecteur http://fr.wikipedia.org/wiki/Protocole_de_Londres_(brevet). Les principaux obstacles à son adoption, notamment celui évoqué en France, selon lequel il favoriserait la langue anglaise, ont désormais disparu. Nicolas Sarkozy, relayé par Valérie Pécresse et Jean-Pierre Jouyet dans Le Monde du 12 juillet, veulent engager le processus de ratification, en dialogue avec nos partenaires.

Nous n'avons rien à redire à cette intention, sauf à nous demander pourquoi le processus n'est-il pas déjà engagé? L'appel au bon sens lancé par les ministres dans Le Monde est-il indispensable? On répondra par l'affirmative, compte-tenu de la nécessité de mobiliser l'opinion. Mais nous pensons qu'en ce domaine européen comme dans beaucoup d'autres, la France doit agir d'abord et s'expliquer ensuite. Sinon de précieux mois sont perdus. 13/07/07


La consommation de pétrole par le Pentagone dépasse celle de la Suède ou de la Suisse

Selon une étude de Michaël T. Klare, publiée par Antiwar.com (http://www.antiwar.com/engelhardt/?articleid=11137 ) la consommation journalière de pétrole par le Pentagone, sur tous les théâtres où interviennent les forces américaines, dépasserait 340.000 barils soit plus que celle de la Suède ou de la Suisse. Voir aussi les commentaires de Dedefensa: http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4200


Possible remise en cause de la Loi de 1905

Communiqué de l'AFIS: Alors que sous la pression des parlementaires catholiques le Conseil de l’Europe vient de refuser d’examiner un rapport préconisant de maintenir les thèses créationnistes en dehors des programmes scientifiques des établissements scolaires européens, alors que le Président de la République s’était engagé à ne pas modifier la loi de 1905, la Ministre de l’Intérieur chargée des cultes affirme que les religions ont plus que jamais vocation à « éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique », et évoque un toilettage de la loi de 1905.

" Madame Alliot-Marie, ministre en charge des cultes, participait le 4 juillet 2007 à l’inauguration des nouveaux locaux que se sont donnés les évêques de l'Église catholique romaine dans le quartier parisien des ministères. Devant un parterre d’hommes d’églises, et faisant référence au« toilettage de la loi de 1905 » préconisé par le rapport Machelon, la ministre déclarait : « Je souhaite donner prochainement une suite à cette réflexion avec des solutions pragmatiques, partagées et équilibrées aux questions soulevées en matière d'exercice du culte. Je ferai très prochainement des propositions en ce sens au premier Ministre et au Président de la République». Enfin, dans sa conclusion, la ministre ajoutait : « Dans un monde qui a vu s'effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu'elle soit civile ou politique. Je remercie l'Eglise catholique de la contribution déterminante qu'elle apporte à ce débat. »

L’AFIS réaffirme avec vigueur l’importance de la séparation entre les religions et l’Etat pour l’exercice des professions scientifiques et de santé à l’abri de la pression des théologiens et idéologues, notamment dans la recherche et l’enseignement, et en appelle au Président de la République pour respecter ses engagements de campagne relatifs à la loi de 1905. 12/07/07

* AFIS Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) http://www.pseudo-sciences.org/


Politiques industrielles

Il faut saluer la convergence d'approche entre les organisations syndicales de salariés et le Medef sur la nécessité de défendre la politique industrielle, que ce soit en France ou en Europe. Le rapport de quelques pages que vient de publier Les Echos va tout à fait dans le sens de ce que nous préconisons depuis longtemps. A une époque où le Cercle des Economistes, dans ses journées d'Aix en Provence du 6,7 et 8 juillet, croit constater que le capitalisme à l'anglo-saxonne a définitivement conquis le monde, avec l'ouverture des marchés, la concurrence généralisée, le triomphe de la bourse et de la finance, le rapport des partenaires sociaux fait des constatations très différentes.

La première partie du rapport recense des faits:
- L'industrie reste le moteur de la dynamique économique. Certes son périmètre évolue. En raison des phénomènes d'externalisation et de dépendance croissante entre les activités industrielles et de services, la frontière entre les deux secteurs est de plus en plus floue. Néanmoins, la sphère industrielle, élargie à l'immatériel, représente 40 % du PIB. Il en résulte qu'il n'y a pas de développement économique possible sans un socle industriel fort, compétitif, innovant.
- Malgré tout, la désindustrialisation est une menace. En raison du poids économique pris par l'Asie et de la révolution technologique, des transferts géographiques des facteurs de production se produisent et sont perçus comme de la désindustrialisation locale. Mais il est possible de réagir.
- Si aucun secteur ne semble a priori condamné, des productions et des métiers peuvent disparaître et d'autres apparaître et se développer, ce qui traduit le phénomène de renouvellement du tissu économique. Ceci signifie qu'il est vain de tenter de sauvegarder les emplois condamnés par le progrès, qu'il s'agisse "hier des ouvrières du textile ou demain des caissières de supermarchés". Il est intéressant de noter que les syndicats acceptent ce point de vue de bon sens.
- Mais la désindustrialisation n'est pas une fatalité. L'innovation et la productivité globale des facteurs de production libèrent des marges de manoeuvre. Le développement de nouveaux projets industriels en France dépend notamment de la qualité et de l'attractivité de notre espace économique et social.

Dans une deuxième partie le rapport se demande quelle politique peut assurer le développement de l'industrie.

- Une politique industrielle est indispensable. Le Medef, contrairement aux préjugés communément imputés aux patrons, tourne le dos à une logique purement libérale. Le texte estime en effet qu'il faut une vision et la mise en oeuvre d'une politique de long terme, avec une puissance publique [ Europe, Etat, collectivités territoriales ] qui joue son rôle d'anticipation et d'impulsion de priorités stratégiques par des choix structurants, conçus comme des leviers pour le développement de la production et de biens et services industriels compétitifs sur le territoire national (ou européen).
- Si la politique pour l'industrie (terme préféré en ce cas à celui de politique industrielle) intéresse surtout les industriels, elle concerne également les institutions financières, l'Etat et l'Europe. Les partenaires sociaux souhaitent que l'Union européenne définisse une stratégie de développement industriel et se pense comme un "pays continent". Patronat et syndicats jugent que la dimension industrielle de la politique économique ne peut se définir seulement par une politique de concurrence. Ils déplorent trois lacunes dans la mise en oeuvre des objectifs définis à Lisbonne pour que l'économie européenne soit la plus compétitive au monde en 2010 : les financements, une véritable politique commerciale européenne et les retards pris dans la simplification du brevet européen.
- Si l'avenir de l'industrie française passe par un effort massif d'investissement, le texte souligne l'importance, dans les branches et dans les entreprises, de l'information et de la négociation sociale en amont. En effet, il appartient aux partenaires sociaux et aux pouvoirs publics concernés de conduire une politique de formation pour chacun tout au long de la vie professionnelle, d'anticiper et d'accompagner la mobilité géographique et professionnelle, et de trouver des réponses adaptées permettant d'associer les salariés aux résultats collectifs.

Malgré ce consensus général, tous les désaccords ne sont pas évacués. Le rapport présente un texte complémentaire "Les questions soulevées par certains" qui marque, sinon les limites de la convergence, du moins les points méritant d'être discutés plus complétement.

Il serait intéressant que ce texte soit maintenant soumis aux partenaires sociaux européens, c'est-à-dire aux organisations syndicales (Confédération européenne des syndicats?) et patronales pouvant s'exprimer au niveau de l'Union européenne. On verrait peut-être alors disparaître beaucoup des idées reçues concernant le fait que les autres pays européens ne partagent pas les points de vue français sur la primauté à donner aux industries. Cette primauté, avec la crise énergétique, climatique et environnementale qui s'annonce, sera très certainement de moins en moins discutée par les partenaires sociaux européens.

Notons pour terminer que ce rapport aurait très bien pu être le fait du défunt Commissariat au Plan, supprimé de façon démagogique par un précédent gouvernement. Cet organisme avait le privilège d'offrir un terrain neutre de concertation entre les entreprises, les salariés, les experts. Il a sans aucun doute contribué au redressement de la France après la guerre. De Gaulle, on s'en souvient, parlait du Plan, produit dudit Commissariat, comme d'une ardente obligation. 10/07/07

* Consulter le rapport http://www.lesechos.fr/medias/2007/0709//300185532.pdf


Que de milliards ...qui n'iront pas aux investissements dans la science et les technologies

Le "paquet fiscal" coûtera 13,6 milliards d'euros par an, selon Christine Lagarde, ministre de l'économie. On imagine ce que de telles sommes pourraient produire, y compris en termes de croissance, si elles étaient investies dans des programmes de financement de la science et des technologies, de préférence en partenariat avec d'autres pays européens. On verra dans un an ce que le paquet aura produit, en termes, non pas de relance de la consommation - ce qui ne veut rien dire - mais en termes de croissance en France. Probablement pas grand chose 10/07/07


Scandaleuse vente de LU

Le patriotisme industriel n'a peut-être pas son mot à dire face à la scandaleuse vente de LU aux Américains. Mais c'est l'image même de la nation qui se trouve atteinte dans ses bases affectives. Par la faute d'un Danone qui avait poussé des cris d'orfraies quand il avait craint, ou feint de craindre, son propre rachat. Nous avions écrit précédemment que la construction d'un 2e porte-avion, au delà de son intérêt militaire, intéressait le sens même qu'il faut donner à l'appartenance française et à son rôle dans le monde. Les Petits-Beurres LU, dans un autre registre, c'est un peu la même chose. Mais les actionnaires et les patrons de Danone s'en fichent. 10/07/07


Sur l'Eurogroupe

L'économiste Jean Pisani-Ferry, dans le Monde du 10 juillet, p. 20, évoque les conceptions différentes que les pays membres de l'Eurogroupe se font, aussi bien de la politique monétaire commune que de la coordination des politiques économiques. Il rappelle que pour l'Allemagne et pour la France, la monnaie unique a " une signification politique profonde. Mais ce n'est pas la même. Dans la conception allemande, elle symbolise un destin commun et une union monétaire doit s'accompagner d'une union politique de type fédéral, permettant aux peuples d'accepter la rigueur des règles. Dans la conception française, en revanche, la monnaie reste un attribut de la souveraineté étatique et son transfert au niveau européen doit emporter la construction d'autres éléments de souveraineté partagée. Une gouvernance par la décision est ce qui traduit l'engagement politique des Etats et permet de se passer d'une construction fédérale ".

La construction de l’Eurogroupe peut apparaître comme une solution permettant de concilier ces deux exigences, étant entendu que la création d’une Fédération européenne, trop ambiguë en termes politiques, semble remise sine die. Beaucoup d’observateurs ont proposé de bâtir autour de cette structure un « gouvernement économique de la zone euro » qui serait une forme ambitieuse de coopération renforcée entre ses membres. Une monnaie commune ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’engagements politiques et de décisions économiques et financières harmonisées. Une gouvernance collégiale devrait diagnostiquer et traiter les écarts de compétitivité et prendre les mesures sociales et fiscales susceptibles de les résoudre.

" Le projet, selon Jean Pisani-Ferry, c'est d'acquérir une identité externe et de permettre à la zone euro de peser dans la régulation monétaire et financière internationale. Cette volonté, qui a dès l'origine marqué les initiatives françaises, est d'actualité dans un contexte de changement rapide des rapports de force. Les pays de la zone euro sont à la fois surreprésentés dans les forums internationaux et de faible influence dans les négociations financières. Le débat sur le taux de change chinois en est l'illustration : alors que l'enjeu est aussi important pour l'Europe que pour les Etats-Unis, la discussion se conduit essentiellement entre Washington et Pékin. A quoi sert donc d'avoir un tiers des voix au FMI, si les Etats-Unis mènent le jeu ? Les pays émergents nous invitent de plus en plus clairement à être cohérents, à nous unir, et à troquer le poids numérique contre l'influence réelle.
Un investissement des chefs d'Etat et de gouvernement sur ces deux sujets ferait sens, parce ce que les enjeux dépassent de loin les responsabilités des ministres des finances. Ceux-ci ne peuvent, seuls, piloter les réformes qui rendront les économies plus réactives, énoncer les implications de l'engagement monétaire, ou consentir aux abandons de souveraineté nécessaires à l'influence extérieure. C'est pourquoi il y aurait motif à réunir au moins une fois le Conseil européen en format euro. "


Il est difficile de savoir si c’est cette conception de la zone euro que partage Nicolas Sarkozy et l’actuelle majorité. S’agit-il seulement de donner le mauvais exemple en décidant seul de s’abstenir de respecter les engagements sur les déficits budgétaires ? Si oui, il sera difficile ensuite de plaider pour des cohérences communes.

Ceci d’autant plus que si l’Eurogroupe prend dans les années à venir tout son sens en termes de gouvernement économique de la zone euro, face à l’aggravation inévitable de la conjoncture économique et politique mondiale, il faudra envisager plus que de simples harmonisations fiscales et sociales. Il faudra par exemple fermer la zone par des protections réglementaires et douanières, pour éviter que les efforts faits par l’Eurogroupe ne soient récupérés par les concurrents de l’Europe sans efforts parallèles. Supposons que, comme possiblement, il apparaisse urgent d’instaurer une taxe carbone, par exemple sur des produits comme les 4/4 et moteurs trop gourmands en pétrole. Il serait trop facile aux industriels comme aux acheteurs d’échapper à cette taxe en opérant à partir d’un autre Etat européen ou hors d’Europe. Pour éviter de pénaliser les seuls européens vertueux, il faudrait alors contrôler et taxer les importations correspondantes. Ce n’est là qu’un exemple, pris parmi les plus faciles.

La difficulté que nous évoquons n’est pas pour nous un argument visant à décourager l’idée d’un gouvernement économique et politique de la zone euro, qui selon nous s’imposera à brève échéance - en attendant qu'il ne s'impose à l'Europe toute entière. Il faut seulement se rendre compte qu’il s’agira d’un enjeu de taille, auquel on ne se préparera pas en affirmant, ni sa foi dans le libéralisme, ni au contraire la volonté de faire cavalier seul en Europe au nom d’ intérêts strictement nationaux. 10/07/07


Le blog européen de Toute l'Europe

Toute l'Europe.fr vient de lancer un blog consacré à la présentation et à la discussion des questions intéressant l'actualité européenne, baptisé du joli nom d' eTOILE. Ce nouveau site mérite d'être inscrit parmi les favoris de tous ceux qui militent pour la construction européenne. http://etoile.touteleurope.fr/?xtor=EPR-10

Rassurez-vous. Il y a encore de la place pour ceux qui souhaitent apporter à cette vaste question des éclairages politiques nouveaux. 10/07/07


L'Europe de l'Otan serait-elle encore la seule à croire à la RMA?

Le concept de super-guerre technologique a toujours fait l’affaire du Pentagone et des industriels américains travaillant pour l’armement. Aujourd’hui encore, au salon du Bourget, le chef de la division militaire de Boeing s’est inquiété d’une possible baisse du budget militaire américain (lequel rappelons-le sert ainsi à financer indirectement le Dreamliner, dont la division civile de Boeing tire grande gloire). Développé dans les années 1990, le concept a été repris et rebaptisé après l’invasion de l’Irak sous le nom de RMA (Revolution in Military Affairs) et plus récemment, à l’initiative de Rumsfeld, sous celui de Transformation. L’idée est connue. Elle consiste à dire que les armes nouvelles, aéro-spatiales notamment, peuvent cibler et détruire tout ennemi dans le monde, assurant ainsi la sécurité des nations qui les maîtrisent. Ainsi, ces nations n’ont plus à tenir compte des résistances populaires, nationalistes, religieuses, territoriales ni des « milices » qu’elles mobilisent.

Au contraire de cette doctrine, les théoriciens de la Guerre de 4e Génération, ou G4G (dont le stratège américain William S. Lind) affirment que ces armes sont impuissantes face à la résistance opiniâtre des peuples envahis ou attaqués. Même si ceux sont souvent animés de sentiments que nous qualifierions de primitifs, où la démocratie à l’occidentale est absente, ils sont capables de mettre en échec les plus fortes armées du monde. L’URSS en Afghanistan et les Anglo-Américains en Irak en ont fait l’amère expérience.

Israël en a fait également le constat récemment. Il avait cru pouvoir venir à bout des combattants palestiniens en appliquant les méthodes militaires américaines. L’échec de Tsahal est désormais patent.

Il n’y a plus que les militaires européens, ceux du moins qui (à l’Est de l’Europe) se laissent intoxiquer par le Pentagone au sein de l’Otan, pour croire encore aux vertus des technologies de type Guerre des étoiles procurés par le Pentagone. Ainsi leur aveuglement en faveur du système anti-balistique proposé par Washington a pour premier résultat de donner à Poutine des arguments lui permettant de mieux diviser l’Union Européenne. Une défense de l’Europe autonome devrait au contraire mieux analyser les menaces éventuelles qui pèsent sur notre continent et rechercher les moyens de prévention appropriés. Ceci ne passe certainement par l’intégration dans un système de défense américain qui craque de toutes parts. 10/07/07

NB. Si les Européens voulaient se donner une stratégie internationale (pas uniquement basée sur la défense) cela passerait par des programmes comme Galiléo. C'est ce qu'a bien compris le site " trotskiste" américain, World Socialist Web Site, cité par Dedefensa. La seule réserve que nous ferions à cet article concerne la volonté des Européens de se donner grâce à Galiléo une vision stratégique, comme croit le constater son auteur. On se demande si, à part quelques personnes en France et à Bruxelles, les gouvernements européens le considèrent ainsi.
http://www.wsws.org/articles/2007/jul2007/gali-j07.shtml


Le nouveau rapport de l'Agence Internationale de l'Energie. La crise arrive plus tôt que prévu

L'Agence Internationale de l'Energie, basée à Paris, a été créée pour conseiller les Etats-membres de l'Agence en matière de politique énergétique. Ses membres sont aujourd'hui au nombre de 26 (dont la France). Ses études portent aussi bien sur l'évolution des offres (notamment en matière de pétrole) que sur celle de la demande, comprenant les économies d'énergie). Elle a fourni produit plusieurs rapports ces dernières années, à la demande du G8, que l'on peut consulter sur son site. Aujourd'hui, dans un nouveau rapport, elle montre que l'accroissement de la hausse de la demande des produits pétroliers, conjuguée avec la raréfaction des ressources économiquement exploitables, va conduire à une accélération de la crise. Plus tôt que prévu, c'est-à-dire dans les 5 ans, les prix devraient monter et de nombreuses activités reposant sur l'exploitation du pétrole vont être affectées. L'AEI déplore que les gouvernements et les entreprises continuent à ne pas tenir compte de ces prévisions. Même si dans le même temps, les avertissements relatifs à l'imminence de la crise climatique se font plus pressants, les acteurs politiques et économiques multiplient les appels à la croissance, à la production, au commerce, au libre-échange. à la consommation, d'où ne peut que découler une consommation en forte hausse. Personne par contre ne prévoit les mesures à prendre en cas de crise déclarée, laquelle s'étendra à bien d'autres domaines que ceux liés à l'économie du pétrole. L'Europe à cet égard n'est guère plus sage que les Etats-Unis. La France ne donne pas l'exemple, puisqu'à Bruxelles le 9 juillet, Nicolas Sarkozy a fait valoir qu'il comptait sur une relance de la consommation pour assurer l'équilibre des comptes. Les milliards affectés à la relance de la consommation seraient plus utiles s'ils servaient à préparer des investissements en vue d'une meilleure gestion de l'énergie. 10/07/07

* AIE http://www.iea.org/
* Article du Financial Times, cité par Dedefensa http://www.ft.com/cms/s/2d97d75a-2e0c-11dc-821c-0000779fd2ac.html


Les objectifs de la France en Europe résumés par Pierre Jouyet

Dans un interview publié par Toute l’Europe le 3 juillet 2007, dont nous publions les extraits ayant trait aux politiques communes, Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, a ainsi résumé les objectifs que poursuivra la France, au-delà de la mise en place du nouveau traité.

Il faut pour (réconcilier les Français avec l'idée d'Europe) développer un certain nombre de politiques communes très concrètes qui ont pour objectifs de stimuler l'emploi, la croissance en Europe, de défendre les intérêts de l'Europe dans le monde, de lutter contre le réchauffement climatique, d'avoir une politique énergétique qui soit active et d'avoir également une politique d'immigration et d'intégration, en prenant en compte les traditions des différents pays, en sélectionnant les meilleures pratiques, celles qui nous semblent les plus efficaces dans ce domaine, et bien sûr une politique de co-développement.

Ce que nous souhaitons porter au niveau européen, ce sont tout d'abord les politiques les plus actives en terme de croissance. … Ce que nous souhaitons par là, c'est avoir au service de la croissance dans les instances appropriées (Eurogroupe, Ecofin) un véritable dialogue qui s'instaure entre d'une part, ce qui existe déjà, une coopération, coordination budgétaire et financière, et d'autre part une véritable coordination économique, et faire en sorte qu'un mandat soit donné au ministre de l'Economie et des finances pour arrêter des orientations générales conformes aux traités, sur les politiques de change, qui sont aujourd'hui, dans un monde très dur, très compétitif, une arme essentielle au service de la croissance.

Nous souhaitons également développer des politiques plus actives en matière de lutte contre le réchauffement climatique, promotion de produits propres en Europe que ce soit sur les véhicules, sur les normes à haute qualité environnementale pour un certain nombre de bâtiments, avoir une politique industrielle également qui soit plus forte, c'est tous les dialogues que nous aurons avec nos partenaires allemands dans le cadre d'EADS, de pousser tous les projets comme Galileo et d'avancer comme je l'ai dit tout à l'heure sur des politiques relatives à la maîtrise des flux migratoires, qui est un enjeu extrêmement important dans un monde affecté par des mouvements démographiques d'une ampleur inégalée.

Nous souhaitons également avoir bien évidemment une coopération policière plus forte pour lutter contre le terrorisme, le blanchiment d'argent et également faire en sorte que nous puissions disposer à côté de l'Union européenne, d'un projet d'Union méditerranéenne qui rende plus visible cette zone dans le cadre mondial parce que, ce qui est tout à fait surprenant, c'est que vous avez des zones comme l'Asie, l'Amérique, l'Europe, qui sont tout à fait visibles au niveau global et vous avez une zone où se concentrent les conflits qui menacent de déstabiliser notre planète, qui sont concentrés autour de la Méditerranée. Il existe un manque de coordination entre les deux côtés de la méditerranée. Nous souhaitons donc, par des projets concrets relatifs à la promotion de l'infrastructure, l'investissement, ou de co-développement, renforcer véritablement la coopération entre les deux rives de la Méditerranée et aller au-delà de ce que l'on appelle le processus de Barcelone, c'est-à-dire du partenariat euroméditerranée, tout en conservant bien sûr les bases et les instruments de ce partenariat Euromed.

Voilà les principaux chantiers sur lesquels nous aurons à travailler au cours des prochains mois pour préparer la Présidence française qui arrive très vite puisqu'elle se mettra en œuvre à partir du 1er juillet 2008.

Notre commentaire : il est dommage que les questions importantes concernant les besoins de financement de la recherche européenne et des universités n’aient pas été évoquées. Plus généralement le thème qui nous est cher, celui des technologies de souveraineté, est passé sous silence, à l’exception de Galiléo et d’EADS. Ce qui est indiqué va cependant dans le bon sens, mais tant que ces intentions ne seront pas traduites dans des objectifs pluriannuels dotés de moyens budgétaires et d’indicateurs de résultat, on peut craindre que ces objectifs restent du domaine des intentions.


Politique de l'eau en France...et en Europe

La cour de justice européenne a été saisie d’une plainte contre la France émanant de la Commission européenne, pour cause de pollution persistante des eaux bretonnes. Les professions agricoles, avec en arrière main les industries chimiques, s’indignent et arguent des progrès accomplis, mais le fait est là. Il est confirmé par le rapport de la mission « Ecologie et développement durable » présidé par la sénatrice UMP du Bas Rhin Fabienne Keller et présenté le 27 juin (non disponible en ligne à ce jour) sur la politique de l’eau en France. Il est accablant. La dilution des responsabilités, le manque d’engagement des régions et de l’Etat ont laissé le champ libre, non seulement à la dégradation des cours d’eau mais du fait de la mauvaise qualité des eaux à de multiples atteintes aux santés humaine, animale et végétale. On peut se demander quelle autorité gouvernementale va prendre en main le dossier, entre le nouveau ministère de l’environnement et le ministère de l’agriculture, qui reste très proche des intérêts des exploitants agricoles et éleveurs.

Ceci dit, l’accent mis sur la mauvaise situation des eaux en France ne doit pas faire oublier qu’elle n’est guère meilleure chez nos voisins. Les cultures et élevages hors sols se multiplient et s’accompagnent d’un gaspillage et d’une pollution des eaux croissants. Récemment, les autorités espagnoles se sont, un exemple parmi de nombreux autres, inquiétées de l’épuisement rapide des nappes phréatiques fossiles qui avaient jusqu’ici permis le développement exponentiel des cultures maraîchères sous plastique en Andalousie. 29/06/07


Smal Business Act à l’européenne

Le projet consistant à mettre en place un Small Business Act sur le modèle du SBA américain va être défendu par la France à Bruxelles et devant l’OMC. C’est ce que vient d’annoncer le 29 juin le président Sarkozy. Le SBA est un des moyens utilisé par les Etats-Unis pour mieux protéger les entreprises et en particulier les PME. Un tel projet trouverait tout son sens au niveau européen. Il donnerait aux PME la capacité de mieux accéder à la commande publique, laquelle se monte à environ "1.000 milliards d'euros par an en Europe", selon la ministre de l’économie Christine Lagarde. Il faudra également engager à cette fin la simplification des codes des marchés.

"Les Américains réservent 20% de leurs commandes publiques aux PME. Je n'accepte pas que la concurrence soit déloyale (...) Il n'y a aucune raison que les Américains aient le droit de faire ce que les Européens n'ont pas le droit de faire" a affirmé Nicolas Sarkozy. Nous ne pouvons qu’approuver cette initiative et souhaiter qu’elle soit reprise au niveau de l’Union Européenne toute entière. Mais elle n’aurait de sens que si elle s’accompagnait de mesures permettant effectivement aux PME de grandir et de devenir plus compétitives, y compris à l’exportation hors d’Europe. Ce qui passe par des aides à la recherche et à la création d'entreprises dans les domaines à risques. 29/06/07


La crise climatique imposera aux plus libéraux des Européens le retour à de quasi-économies de guerre

Nous sommes de ceux qui pensent que les libéraux européens, prônant l’initiative privée comme remède unique aux maux qui menacent l’Europe, seront de moins en moins audibles. De même que ceux, souvent les mêmes, pour qui les entreprises américaines seront les seules à présenter des solutions acceptables. L’Europe devra pour survivre en revenir à des formes de gouvernance inspirées de ce que l’on appelait au siècle dernier des économies de guerre. Pour cela, elle ne pourra compter que sur ses seules ressources, notamment scientifiques et technologiques . Gouvernements et opinions doivent donc dès maintenant réfléchir aux politiques publiques qui s’imposeront à elle, que les libéraux le veuillent ou non.

Il est intéressant de voir que c’est du sein de la Commission européenne, pourtant à juste titre considérée comme soumise à l’idéologie libérale imposée par l’influence américaine, que viennent désormais les avertissements. Un rapport rédigé par des experts de la Commission, encore non rendu public (“Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"), présenté le 29 juin devant celle-ci, établit un plan d’action contre les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique. Il s’accompagne d’un catalogue de mesures de protection et de restructuration des diverses infrastructures économiques, sociales, urbaines, etc., à prendre pour faire face à des changements susceptibles d’être subits et chaotiques.
Plus précisément encore que les rapports precedents du GIEC, ce texte évoque la désertification des régions méditerranéennes, notamment au sud, la fonte des glaciers alpins et scandinaves, l’inondation des zones littorales, qui sont les plus riches et les plus peuplées. Il faudra déplacer et réimplanter les ports et la majorité des industries et des villes situées dans ces zones. Rien de ceci, qui coûtera des fortunes, ne pourra se faire sans des politiques publiques extrêmement contraignantes.

Le président Jose Manuel Barroso, après une tournée d’information au Groëland, est revenu convaincu de l’urgence de « faire quelque chose » (voir http://euobserver.com/9/24356). Va-t-il devenir le héraut de l’interventionnisme public et entraîner dans sa conviction nouvelle tous les groupes de pression libéraux qui sévissent à Bruxelles ? Où s’agit-il pour lui de se mettre de façon superficielle à l’unisson des voix qui aux Etats-Unis font de plus en plus pression pour que G.W. Bush prenne en compte la crise climatique face aux intérêts industriels ? Certains pensent que face à la remontée qu'il pressent des nationalismes, il veuille redonner à l'Europe une dimension fédératrice. S'il en était ainsi, ce serait un bon signe. Nous reviendrons plus en détail sur cette question le mois prochain. 28/06/07


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-16407/index.html