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La Gazette N° 163 en date du 30 juin 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Présentation de Pesticides, révélations sur un scandale français http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/pesticides.htm
* Les technologies de souveraineté. Usage et utilité en temps de crise http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/grasset.htm

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Pour un principe matérialiste fort
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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


La crise climatique imposera aux plus libéraux des Européens le retour à de quasi-économies de guerre

Nous sommes de ceux qui pensent que les libéraux européens, prônant l’initiative privée comme remède unique aux maux qui menacent l’Europe, seront de moins en moins audibles. De même que ceux, souvent les mêmes, pour qui les entreprises américaines seront les seules à présenter des solutions acceptables. L’Europe devra pour survivre en revenir à des formes de gouvernance inspirées de ce que l’on appelait au siècle dernier des économies de guerre. Pour cela, elle ne pourra compter que sur ses seules ressources, notamment scientifiques et technologiques . Gouvernements et opinions doivent donc dès maintenant réfléchir aux politiques publiques qui s’imposeront à elle, que les libéraux le veuillent ou non.

Il est intéressant de voir que c’est du sein de la Commission européenne, pourtant à juste titre considérée comme soumise à l’idéologie libérale imposée par l’influence américaine, que viennent désormais les avertissements. Un rapport rédigé par des experts de la Commission, encore non rendu public (“Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"), présenté le 29 juin devant celle-ci, établit un plan d’action contre les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique. Il s’accompagne d’un catalogue de mesures de protection et de restructuration des diverses infrastructures économiques, sociales, urbaines, etc., à prendre pour faire face à des changements susceptibles d’être subits et chaotiques.
Plus précisément encore que les rapports precedents du GIEC, ce texte évoque la désertification des régions méditerranéennes, notamment au sud, la fonte des glaciers alpins et scandinaves, l’inondation des zones littorales, qui sont les plus riches et les plus peuplées. Il faudra déplacer et réimplanter les ports et la majorité des industries et des villes situées dans ces zones. Rien de ceci, qui coûtera des fortunes, ne pourra se faire sans des politiques publiques extrêmement contraignantes.

Le président Jose Manuel Barroso, après une tournée d’information au Groëland, est revenu convaincu de l’urgence de « faire quelque chose » (voir http://euobserver.com/9/24356). Va-t-il devenir le héraut de l’interventionnisme public et entraîner dans sa conviction nouvelle tous les groupes de pression libéraux qui sévissent à Bruxelles ? Où s’agit-il pour lui de se mettre de façon superficielle à l’unisson des voix qui aux Etats-Unis font de plus en plus pression pour que G.W. Bush prenne en compte la crise climatique face aux intérêts industriels ? Certains pensent que face à la remontée qu'il pressent des nationalismes, il veuille redonner à l'Europe une dimension fédératrice. S'il en était ainsi, ce serait un bon signe. Nous reviendrons plus en détail sur cette question le mois prochain. 28/06/07


Existe-t-il des leaders socialistes conscients de la nécessité de politiques industrielles en rupture avec l'influence américaine?

Quand on voit les allusions, certes encore partielles mais allant dans le bon sens, de Nicolas Sakozy, concernant la nécessité pour la France comme pour l’Europe de renoncer au concept de grand marché ouvert à l’influence américaine, on ne peut que se réjouir. Il ne faut certes pas se réjouir trop tôt. Dès demain les représentants des entreprises françaises soi-disant mondialisées, souvent à forte participation de capital américain, vont faire le siège de l’Elysée en prédisant les catastrophes qui surviendront de cette esquisse de retour à l’interventionnisme. Mais aussi isolée encore que soit la voix du président, et aussi peu illustrée d’exemples concrets (pourquoi par exemple ne pas avoir encore mentionné la politique spatiale ?) il s’agit d’une hirondelle allant dans le bon sens.

C’est alors que l’on peut s’interroger sur la prise de conscience du PS relativement aux mêmes questions. Aujourd’hui, je me demande si Ségolène Royal aurait tenu les propos de Nicolas Sarkozy à Bruxelles et au Bourget. Aurait-elle même compris la nécessité de les tenir ? De toutes façons, ce ne sont pas les éléphants du PS qui l’auraient fait à sa place. Parmi les têtes pensantes socialistes, je ne vois guère qu’Elizabeth Guigou et Hubert Védrine qui pourraient le faire. Mais ils sont loin de faire partie des éléphants, c’est-à-dire des gens que le PS met en avant pour le représenter.

C’est pourtant autour d’un vaste programme de politiques publiques technologiques et scientifiques, pour la France et pour l’Europe, que pourrait passer la refondation du PS. Tout le reste ne sera que bavardages dignes de l’ex SFIO, à laquelle comme le dit Michel Rocard, le Parti socialiste ressemble de plus en plus. 28/06/07


Le parler-vrai de VGE

Valéry Giscard d'Estaing, le "père" du projet de constitution européenne, a créé la surprise lors de son passage au 7/9 de France Inter le 25 juin. Il a dit en fin d'interview qu'il faudrait sans doute que les Européens se résolvent à faire l'Europe sans la Grande Bretagne. Les efforts incessants des Travaillistes et Conservateurs réunis visent à limiter voire à faire reculer l'intégration européenne. Et ceci ne changera pas. Une Europe amputée des Etats qui, comme le Royaume Uni, n'en prennent que ce qui les intéresse, c'est-à-dire fort peu, se porterait beaucoup mieux.

VGE a dit très haut ce que beaucoup pensent de plus en plus, au moins en France. Voir que la Grande Bretagne ne renonce pas à ses liens avec les Etats-Unis et de ce fait continue à être la tête de pont en Europe d'une Amérique qui n'a pas renoncé à faire de l'Europe sa vassale (voir ci-dessous l'article de Philippe Grasset) ne peut que pousser à la rupture. Il ne s'agirait de toutes façons que d'une rupture limitée. VGE a lui-même cité l'exemple de l'Eurogroupe qui se passe très bien d'une Angleterre ayant préféré garder sa monnaie. Mais VGE, dont ce n'est pas le tempérament, n'a pas suffisamment insisté sur la rupture avec le libéralisme et le retour à l'interventionnisme public qui va s'imposer aux Etats européens, à commencer par ceux de l'Eurogroupe. Il s'agit d'un thème que nous évoquons depuis plusieurs mois: quelles sont les grandes politiques publiques qui seront dans les années qui viennent indispensables à la survie de l'Europe? Il faudra bien que la France, pour ce qui la concerne, en dresse prochainement une liste ambitieuse. 28/06/07


Essort du créationnisme en Europe

''Stupéfait'', ''effrayé'' et ''choqué''. Le rapporteur de la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée parlementaire [du Conseil de l'Europe (à ne pas confondre avec le Parlement de l'Union européenne, Guy Lengagne (France, PS) a le 25 juin vivement regretté la décision de l’Assemblée de renvoyer en commission son rapport sur les dangers du créationnisme dans l’éducation. ''Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes. Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen Age, et trop des membres de l’Assemblée des droits de l’homme ne s’en aperçoivent pas''.

"La cible première des créationnistes contemporains, essentiellement d'obédience chrétienne ou musulmane, est l'enseignement, s'inquiète le rapport. Nous sommes en présence d'une montée en puissance de modes de pensée qui, pour mieux imposer certains dogmes religieux, s'attaquent au coeur même des connaissances." En France, l'offensive la plus récente remonte à janvier : un Atlas de la création venu de Turquie - "l'un des principaux berceaux du créationnisme islamique", selon le rapport - visant à démontrer que "la création est un fait" et l'évolution une "imposture" a été distribué aux établissements scolaires, avant d'en être retiré" .

* A voir absolument: la vidéo de la conférence de Presse de Guy Lengagne mms://coenews.coe.int/vod/070625_w04_w.wmv


Les technologies de souveraineté et la logique de puissance

Cet article est de Philippe Grasset 21/06/07

On sait que Nicolas Sarkozy et les Français se sont battus à Bruxelles pour tenter de limiter dans le texte du Traité européen l'emprise de la compétition et de la concurrence sans entraves. On a vu derrière cette démarche une préoccupation sociale que l’on s’est empressé de mettre en exergue. Ce n’est pas le plus important, tant s’en faut. La vérité est que la défense de certaines entreprises contre les attaques de la libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule mécanique du marché concerne en priorité non la protection sociale, mais la puissance de l’Europe. C’est la thèse de la protection des “champions économiques” ou celle de la défense des “technologies de souveraineté”, dont nous estimons qu’elles jouent un rôle fondamental, d’une part pour la défense des peuples en temps de crise, d’autre part pour l’identité des peuples en temps de crise —ceci, somme toute, équivalant à cela.

En même temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles venait d’être ou étaient publiées.

D’une part, la déclaration dans le Financial Times du 19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d’une extraordinaire impudence si l’on se place du point de vue du bon sens, de la logique, de l’intelligence, de la dignité et de l’habileté politique ("Lockheed chief warns Europe"). Pas une de nos grandes voix européennes n’a réagi. Pourtant l’Américain nous dit qu’il n’est pas question que se développe une industrie européenne de l’armement indépendante et souveraine, que les Européens sont tout juste autorisés à se coordonner en fonction des règles et les exigences des USA. Cet avertissement vient du représentant de la soi-disant plus grande puissance de l’Histoire qui dépense $750 milliards par an pour sa défense, qui n’est pas capable de soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d’habitants et qui est même sur le point d’y recevoir une raclée mémorable, qui enfin n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le délai de production double et le prix quadruple par rapport aux prévisions de départ.

D’autre part la confusion chez EADS, suite à des déclarations au Financial Times-Deutschland du 22 juin du co-Directeur Général, l’Allemand Tom Enders, atlantiste convaincu et fervent adepte des lois du marché. Ces déclarations portaient sur le fait que la direction d’EADS “examinait” l’état de ses avoirs, — s’en débarrasser ou pas, selon les intérêts du marché boursier et des orientations soi-disant stratégiques, — et, parmi eux, les parts (46%) d’EADS dans la société Dassault. Ces parts représentent la participation de l’Etat français dans cette société. La réaction française, par la voix de l’autre co-Directeur Général d’EADS, Louis Gallois, a été instantanée et très ferme. Enders a fait marche arrière, parce qu’en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans ses manœuvres européennes.

La logique boursière des autres “Européens”

La légèreté et le style “investisseur boursier” avec lesquels parle Enders concernant le sort de la part d’EADS dans Dassault sont stupéfiants. L’impression retirée est que ces gens n’ont aucune conscience politique de rien, qu’ils n’ont aucune véritable connaissance de ce que Dassault représente du point de vue industriel et technologique d’une part, du point de vue politique et stratégique de l’autre, ceci pour la France mais aussi pour l’Europe. C’est l’“esprit du marché” (marché libre, s’entend) complètement déchaîné, avec comme seule conscience et comme seule connaissance des choses et des êtres la valeur boursière à son niveau le plus primaire.

Etonné, ou semblant l’être, le même article du même journal rapportent ceci : « Dassault is an issue which the French government watches like a hawk,” said one person familiar with the company. “One wrong nuance in public statements can get you in trouble, regardless of how small the mistake may actually be.” Dassault is the sole supplier of combat aircraft to the French air force.»

La question n’est pas tant de débattre de la possibilité ou pas de cession de ces 46% de Dassault, que de considérer la différence d’état d’esprit qu’on met ici en évidence. Cette différence sépare fondamentalement la partie française et la partie allemande, aussi bien chez EADS que dans les élites politiques. L’état d’esprit français considère d’abord la valeur d’une chose en fonction de son rapport à la souveraineté et à l’indépendance. Ces concepts sont pratiquement inconnus du côté allemand. Il est évident qu’un rapport avec la société Dassault, qui est l’une des premières sociétés du monde en matière d’avions de combat et de systèmes électroniques, est nécessairement un rapport dont les références d’évaluation absolument prioritaires sont la souveraineté et l’indépendance.

Cet épisode rapporté par le FT doit évidemment être confronté aux deux autres éléments signalés plus haut : la volonté française que l’“esprit du marché” ne soit plus la règle absolue de la vie économique et politique de l’Europe d’une part, la volonté américaniste de réduire totalement l’industrie européenne d’armement à une position vassale de sous-traitance. Il n’est un secret pour personne que Dassault est, depuis des années sinon des décennies, dans la ligne de mire américaine. Un objectif prioritaire pour les USA consiste à détruire cette société ou tenter d’en prendre le contrôle. Or cette hypothèse qui semblait impensable (“en prendre le contrôle”) apparaît du domaine du possible dans l'esprit de certains à la lumière des déclarations incroyablement légères d’un Enders (avec l’accord de «many investors»).

Certes, la perspective même théorique d'une “prise de contrôle” de Dassault serait dans l'état actuel des choses ressentie par le gouvernement français comme un acte de guerre. Il l'interdirait, pourrait-on dire d'une façon imagée, si nécessaire par la force. Mais dans l’immédiat c’est la question de l’avenir de EADS qui est posée. Une bataille terrible est engagée qui n’a rien à voir avec la position financière de cette société et ses erreurs de gestion. Les Français sont ou seront conduits à admettre que le “mariage” avec les Allemands dans ce domaine stratégique est une erreur de première dimension. La coopération européenne et l’axe franco-allemand sont une bonne chose tant qu’on en excepte les vraies choses sérieuses que sont la souveraineté et l’indépendance.

Le sommet de Bruxelles a, bon gré mal gré, déplacé au centre de la réflexion et de la bataille politiques la question de la protection structurelle de ce qui fait la puissance européenne, — ou, mieux dit, de ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au sein de l’ensemble européen. Il est très probable que ce domaine va être, dans les prochains mois et les prochaines années un terrain de grand affrontement. Débarrassés d’une certaine façon, par la récente élection présidentielle, de leur complexe du “repli frileux” (pour cause de non-alignement sur la pensée unique européenne), les Français devraient se battre avec rage pour reprendre le contrôle des quelques attributs souverains qu’ils ont aventurés dans la “coopération européenne”, EADS compris.

Cette coopération pourra et devra se faire, mais sous strict contrôle des puissances nationales et armée d’un rideau de protection contre les attaques financières des forces extérieures tentant d’investir par l’argent ce qu’elles sont incapables de réduire par la seule qualité de leurs produits. Un « complexe de forteresse» ? Sans aucun doute, avec le mot “complexe” pris dans son sens d’organisation militaire. Le modèle à suivre à cet égard est, — employons l’expression pour une fois qu’elle est justifiée, — le “modèle américain”.


Politiques industrielles et politiques spatiales européennes

Nous attendions avec impatience le discours du président de la République à l’issue de sa visite du Salon du Bourget le 23 juin. Le bruit avait couru qu’il devait recommander une relance des ambitions spatiales de l’Europe. A la lecture des comptes-rendus des agences et faute de disposer encore sur le site de l’Elysée (http://www.elysee.fr/elysee/francais/accueil.2.html) du texte complet du discours de Nicolas Sarkozy, il faut bien reconnaître que cela n’a pas été le cas.

Le président a certes prononcé des phrases que nous ne pouvons qu’approuver, concernant la politique industrielle de l’Europe. On sait qu’il avait la veille demandé le retrait de la concurrence "libre et non faussée" des impératifs du nouveau traité européen. Au Bourget, il a (source AFP) « souligné que la politique de la concurrence devait s'inscrire dans la perspective d'une politique industrielle européenne, en récusant "une approche idéologique qui fait de la concurrence une fin en soi". Il a réclamé la réciprocité "aux Etats-Unis et à la Chine en matière d'accès au marché". "La naïveté c'est fini, la réciprocité ça commence, a-t-il dit à l’intention de ces deux pays. "Vous voulez que nous ouvrions nos marchés, nous les ouvrirons à la minute où vous les ouvrirez" et "nous déferons nos barrières tarifaires à la minute où vous abaisserez les vôtres". "Nous devons mener une politique industrielle avec la même liberté d'interprétation que celle que s'accordent nos amis américains, chinois, indiens ou brésiliens", a-t-il fait valoir."

Mais dans quelles directions mener une politique industrielle, aussi bien au plan européen que français ? Nicolas Sarkozy a évoqué Airbus, en annonçant que le sommet franco-allemand prévu avec la chancelière Angela Merkel chez Airbus à Toulouse, aurait lieu le 16 juillet et en invitant les actionnaires d'EADS, DaimlerChrysler et Lagardère, à une réunion de travail à cette occasion. On lira à cette occasion l'article de Philippe Grasset que nous publions dans Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/grasset.htm#encadre

Par contre, sur la défense, il a paru en retrait. Il a demandé (source AFP) une "remise à plat" des programmes militaires français, y compris ceux déjà engagés, avant la prochaine loi de programmation militaire qui débute après 2008 dont il a critiqué le processus d'élaboration. "On n'est pas obligés de reprendre un processus qui n'a pas produit que des réussites". Il a jugé que l'Europe ne peut pas "se payer le luxe" de dupliquer les programmes, citant l'existence au sein de l'UE de "cinq programmes de missiles sol-air, trois programmes d'avions de combat, six programmes de sous-marins d'attaque et plus d'une vingtaine de programmes de blindés".

Ceci est tout à fait exact, mais suppose des coopérations en profondeur avec ceux des Etats européens qui ne comptent pas seulement sur les armements américains imposés à l’Otan pour assurer la défense de l’Europe. Si ces coopérations n’aboutissent pas rapidement, il ne se passera rien. L’exemple du 2e porte-avions français ou de l’utilisation pour la défense des informations du futur système Galiléo montre que jusqu’à présent la France n’a, ni réussi à entraîner la coopération de gouvernements importants pour la défense européenne comme ceux de l’Allemagne et de la Grande Bretagne, ni a défaut rien décidé pour son propre compte.

Mais il y a bien plus grave. Le silence de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire relance de l’Europe spatiale, qui est pourtant en discussion au sein des Etats-membres de l’Esa et de la Commission européenne, est particulièrement inquiétant. La France va-t-elle renoncer à son rôle traditionnel de chef de file dans ce domaine vital pour l’Europe ? 24/06/07


Accord a minima sur les institutions. Et maintenant, que fait-on pour renforcer l’Europe ?

Comme le souhaitait la chancelière Angela Merkel, les 27 se sont mis d'accord sur un mandat pour la conférence intergouvernementale (CIG) qui sera chargée de rédiger le traité avant la fin de l'année 2007. L'accord reprend certains des avancées institutionnelles du défunt traité: la double majorité pour faciliter la prise de décision à 27, la présidence stable du conseil européen, un ministre des affaires étrangères de l’Union (qui ne portera pas ce titre mais fera fonction), l'extension du champ de la majorité qualifiée (hors domaines sociaux et fiscaux, malheureusement). Un processus de sortie de l'Union est prévu, qui pourra avoir un effet dissuasif. Le président Sarkozy pour sa part a fait retirer la mention faisant de la "concurrence" un des principes fondateurs de l’Union. Cette dernière disposition qui passera peut-être inaperçue est à nos yeux capitale. Elle remet en cause 30 ans de libéralisme économique dont on mesure de plus en plus les dégâts. Elle devrait permettre de reprendre le chemin de bon sens, celui d'une régulation politique des activités économiques. Il fallait que la délégation britannique soit vraiment au plus bas pour l'avoir laissée passer. On peut craindre que les libéraux ne se résignent pas..

Le calendrier institutionnel est désormais fixé. La Conférence Intergouvernementale s'ouvrira le 23 juillet prochain pour se terminer avant la fin de l'année. L'objectif est une entrée en vigueur du nouveau traité en 2009. Les 27 devront d'ici là ratifier le projet. Nicolas Sarkozy s'est engagé pour la France à passer par la voie parlementaire pour éviter un deuxième ''non'' qui serait désastreux. Tony Blair et Gordon Brown entendent eux aussi éviter le référendum en Grande-Bretagne. Mais rien n'assure qu'ils le feront.

A l'inverse, il ne faut pas minimiser les reculs par rapport à l'Europe que proposait l'ex TCE. Les symboles de l'Europe sont enterrés. La perspective d'une marche fut-elle progressive vers l'Europe fédérale est fermée. Le poids des Etats atlantistes et souverainistes ne diminue pas. Il aura pleinement l'occasion de s'exercer lors des discussions en Conférence Intergouvernementale qui risquent de tout remettre sur la table. Si la Grande Bretagne ou quelque autre Etat reprenait l'idée de soumettre le traité au référendum, tout serait à nouveau compromis. Sous la pression du Vatican, mention sera faite des traditions religieuses de l'Europe, ce qui parait une incitation à la remise en cause de la laïcité et à une reprise des conflits entre religions.

Dans ces conditions, ceux qui comme nous veulent une Europe forte doivent-ils se satisfaire de ces décisions? Certes, elles valent mieux qu'un constat d'échec qui, sous les yeux intéressés de l'Amérique, de la Russie et de la Chine, aurait véritablement été suicidaire. Mais nous pensons que l'accord obtenu est véritablement a minima. Il n'est pas certain que les opinions se rendent compte d'un changement quelconque par rapport à l'état actuel des institutions. Pour éviter que l'Europe ne retombe dans l'apathie, il faudrait donc que des initiatives européennes significatives se fassent jour. Elles impliqueraient si possible les 27 gouvernements mais si cela n'est pas possible, elles devraient se limiter aux Etats fondateurs, en pratique les actuels membres de l'Eurogroupe. Elles montreraient aux citoyens européens, comme au reste du monde, le rôle nouveau et plus ambitieux que doit jouer l’Europe, considérée non comme une construction juridique mais comme une superpuissance de fait, irréductible aux efforts de ceux qui veulent l'abattre. Il ne faut évidemment pas pour cela attendre ni 2012 ni même 2009. C’est maintenant que ceux qui défendent cette approche pragmatique mais audacieuse doivent agir et faire des propositions.

On retrouvera toutes les questions restées en suspens ces derniers mois, où l'Europe a brillé par son absence ou son inefficacité. Citons en désordre la situation au Moyen-Orient, la lutte contre les changements climatiques et pour la biodiversité, les investissements en énergies renouvelables, les politiques de co-développement notamment avec l’Afrique, les questions de défense et de sécurité Nous y ajouterons les grandes politiques scientifiques et technologiques indispensables à la souveraineté européenne : spatial, infotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives. Dans ces derniers domaines, un renforcement rapide des budgets attribués aux actions communes s’impose. Peu importe que ces questions fassent ou non l’objet actuellement de compétences communes. L’essentiel est d’agir, avec prime à celui qui donnera le premier l’exemple le plus fort.

Mais de quels Etats peut-on raisonnablement attendre que viennent de telles initiatives? Evidemment d'abord de la France. La France peut retrouver là sa tradition des grands programmes et des stratégies ambitieuses. Il ne s'agit pas dans un premier temps d'aligner des moyens mais de formuler des buts. Nous souhaitons pour notre part que le gouvernement français affiche dès maintenant des objectifs ambitieux dans les domaines énumérés ci-dessus, que ce soit en France proprement dite ou en partenariat avec d’autres pays européens sinon avec l’ensemble de l’Union. L'opposition, plutôt qu'ergoter sur le Traité, devrait le pousser à le faire. 23/06/07

NB 1. Sur les résultats du Conseil Européen, un bon connaisseur de l'Union européenne nous dit que, compte tenu des positions de départ, on peut être plus positif sur 4 domaines:
-la Charte des Droits fondamentaux qui entre dans le droit positif avec "l'opting out" britannique, il est vrai.
-la reconnaissance des services publics.
-les coopérations renforcées (promises à un grand avenir).
-l'extension des pouvoirs du Parlement Européen. Dès lors que l'on étend le champ d'application des décisions susceptibles d'être prises à la majorité qualifiée, on étend les domaines de la procédure de co-décision.
-l'extension du rôle des parlements nationaux.

NB 2. On peut s'étonner de voir Ségolène Royal qui avait soigneusement évité toutes propositions sur l'Europe pendant sa campagne- ce qui n'a pas contribué à sauver le PS - faire aujourd'hui une liste exhaustive de tout ce qu'aurait du comporter le compromis de traité. Il fallait le dire avant les élections.


Sortir l'Union de l'engourdissement. Commentaires d'un article de Sylvie Goulard

Sylvie Goulard est présidente du Mouvement Européen France http://www.mouvement-europeen.org/
Le site de Sylvie Goulard http://www.sylvie-goulard.eu/index.htm

Sylvie Goulard, ancienne élève de l’ENA, dispose d’une expérience des questions européennes acquise aussi bien dans l’administration française que dans différents organismes européens. Elle a toujours oeuvré pour la construction européenne et écrit de nombreux articles et livres sur ce sujet. Le Mouvement Européen, de son côté, a une longue histoire. Le Gaullisme historique n'avait pas toujours partagé sa vision de l'Europe, qu'il estimait trop marquée par l'atlantisme. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions, mais nous pensons que des dialogues s'imposent entre tous ceux qui veulent contribuer à renforcer la position de l'Union européenne dans le monde.
L’article dont nous proposons ici des extraits, avec nos commentaires, a été publié par Le Monde le 21 juin 2007, p. 20. http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-925978,0.html

SG : « Il est heureux que les gouvernements prennent leurs responsabilités pour sortir l'Union européenne de l'impasse créée par le rejet du traité constitutionnel. L'engourdissement n'a que trop duré. Pendant ce temps, le monde change à vive allure, les pays émergents poursuivent leur rattrapage. Dans ce contexte difficile, la détermination de la présidence allemande force notre admiration. Mais il y aurait un paradoxe à considérer le recours à une conférence intergouvernementale comme la panacée.

Le Traité constitutionnel avait été rédigé par une Convention majoritairement composée d'élus (députés nationaux, sénateurs, députés européens), travaillant en bonne intelligence avec la Commission européenne et les gouvernements nationaux. Siégeant en public, la Convention avait procédé à de nombreuses consultations d'experts et d'associations. Ses travaux étaient accessibles sur Internet. Sans être parfaite, cette procédure avait permis d'ouvrir le débat. Plusieurs sujets bloqués depuis des années par une minorité d'Etats, l'octroi de la personnalité juridique à l'Union par exemple, trouvèrent ainsi une solution.

Confiner la discussion entre gouvernements favorise les surenchères et rend aléatoire l'adoption de solutions conformes à l'intérêt commun….».

Sylvie Goulard met l’accent sur un aspect essentiel du projet de Traité constitutionnel européen, qui n’échappe pas à ceux qui comme nous avait voté pour son adoption, le caractère relativement démocratique des conditions dans lesquelles il a été rédigé. Tenir tout ce travail pour nul et non avenu serait une insulte aux démocrates européens, comme l’a rappelé récemment le président Giscard d’Estaing. Ceci dit, les négociations en cours entre gouvernements ont l’avantage de permettre la reprise d’un processus de construction institutionnelle. Il ne faut pas y renoncer. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’elles ne visent pas encore à faire rapidement de l’Union européenne une puissance à la fois indépendante, souveraine et solidaire telle que nous la voudrions.

SG : « Un traité institutionnel est utile, mais il ne suffira pas à répondre aux attentes. D'autres chantiers européens sont à ouvrir, non pas dans le huis clos de la diplomatie mais au grand jour. Tel est le paradoxe suprême des discussions en cours : même si un accord est trouvé le 21 juin sur les institutions, la plus importante des réformes restera à mener, celle consistant à redéfinir le pacte de solidarité qui nous lie, à redonner du sens à l'Union.

Le marché, quoique bien avancé, est inachevé ; les entreprises le déplorent. Le non français n'a pas entraîné les inflexions sociales que certains faisaient miroiter aux électeurs ; il a plutôt profité à ceux qui n'en veulent à aucun prix. La question de l'équilibre entre la liberté et la régulation reste donc ouverte. Elle ne sera sûrement pas tranchée de manière satisfaisante au niveau des seuls gouvernements. Elle est bien trop sérieuse pour être laissée à des gouvernants prompts, comme on l'a déjà vu, à se dérober à leurs obligations communautaires, qu'il s'agisse des réformes structurelles de la stratégie de Lisbonne ou du pacte de stabilité et de croissance.

Enfin, les défis primordiaux que nos pays doivent affronter sont d'ordre global : ils touchent au changement climatique, aux conflits géopolitiques pour la maîtrise de l'énergie, à la prolifération nucléaire, à la montée des intégrismes ou encore au maintien de notre compétitivité dans un monde ouvert. Tous ces défis, sans exception, obligent l'Europe à serrer les rangs, des responsables politiques aux plus humbles citoyens ».

On doit déplorer en effet qu’aucun gouvernement national n’aborde les grandes questions énumérées par Sylvie Goulart. En France, on a constaté lors des dernières campagnes électorales qu’elles n’avaient pas été sérieusement présentées. On peut discuter des priorités qu’il convient de donner à la démarche commune qu’il faudra bien reprendre. Pour notre part, nous ne voyons pas l'intérêt dans l'immédiat d'ouvrir encore plus le "marché européen", déjà bien trop ouvert à des concurrents ne se référant pas au libéralisme pour ce qui les concerne. Nous proposons plutôt, face aux défis énumérés par Sylvie Goulard, de grands programmes scientifiques et technologiques, développés dans le cadre de coopérations renforcées. De tels programmes, pour aboutir dans un monde où les superpuissances s’affrontent avec tous les instruments de la souveraineté régalienne, supposent de doter l’Union européenne ou, à défaut, les unions d’Etats qui s’y engageront, des instruments de régulation qu’ils ont abandonnés sous la pression de la doxa libérale. Nous évoquons aussi, bien entendu, les exigences d'une défense véritablement européenne.

SG « La société ne doit donc pas être la grande oubliée des échéances à venir. Pour que l'Europe vive, pour que la réforme soit un succès, la mobilisation des élus européens et nationaux, de la Commission, des entreprises, des syndicats, du monde associatif, de chacun d'entre nous est indispensable. Tel est l'esprit de rassemblement dans lequel le Mouvement européen France entend travailler. Le besoin de pédagogie, la soif de débats sont intacts.

Le comble du paradoxe serait atteint si les gouvernements voyaient au bout du compte leurs pouvoirs renforcés ! La Convention était née pour tirer les conséquences de leur impuissance dans les années 1997-2000. L'échec du traité découle largement de leur volonté d'organiser les ratifications sans calendrier concerté, sans esprit commun.

Enfin, certains pratiquent le populisme au lieu de préparer l'avenir. L'intérêt des Européens, par-delà les frontières, est de s'accorder face aux défis du monde. Souvenons-nous du mot d'ordre de Monnet : "Nous ne coalisons pas les Etats, nous unissons les hommes." ».


Il est indiscutable que les changements profonds qu’imposeront aux sociétés européennes la réponse aux défis de ce siècle – face auxquels il n’est pas exagéré de dire que si elles ne réagissent pas elles pourront disparaître - supposent la mobilisation des sociétés européennes dans leurs profondeurs. Mobilisation veut largement dire en ce cas auto-mobilisation, grâce à l’activité d’un nombre aussi grand que possible d’associations et de mouvements aussi diversifiés que possible.

Mais, répétons-le, nous ne pensons pas qu’il faille se battre pour le non-renforcement, voire la diminution, des pouvoirs des gouvernements (ou plus exactement des Etats). Une Europe souveraine et puissante ne se construira pas avec des Etats débiles. En France, la tradition a toujours associé l’Etat, ses administrations et ses services publics aux grands programmes et aux grands changements. Il n'y a pas de raison que ce modèle ne puisse être adapté aux besoins européens. C’est sans doute la définition de ce que serait une Europe forte fédérant des Etats forts (pour ne pas parler d’Etats-Nations), plutôt qu’une Europe fédérale sur le modèle américain et sous l'influence des Etats-Unis (comme il faut bien le reconnaître l'avait toujours envisagée Jean Monnet), qui devrait devenir la priorité de ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’Europe. 22/06/07


La fin du pétrole n'est pas pour demain

C'est ce que pensent sans trop le dire (écologie oblige) les grands du pétrole. Une des raisons de leur enthousiasme découle des perspectives d'extraction off shore permises par la multiplication des stations flottantes de pompage et de traitement dites FPSO: Floating Production Storage and Offloading. Il s'agit de barges géantes qui sont de véritables prouesses technologiques. Généralement fabriquées en Asie, elles sont remorquées à des milliers de milles de distance et positionnées sur les champs pétrolifères au large des côtes. Total en exploite deux, Girasol et Dalia, dans le golfe de Guinée. Bien que coûtant 3 milliards d'euros pièce, elles permettent un coût d'extraction de 10 dollars pour un baril vendu, comme on sait, entre 60 et 70 dollars. L'Afrique représente pour Total, mais aussi pour les big oil américaines (Exxon, Chevron), européennes (BP, ENi) et chinoises (Sinopec et CNOOC) un nouvel eldorado - dont les populations locales ne voient évidemment pas la couleur. Il n'y a pas de raison dans ces conditions, pour les compagnies pétrolières, d'envisager d'investir dans des énergies alternatives - sauf à titre cosmétique.

* On trouve des détails concernant les FPSO sur Wikipedia:
http://en.wikipedia.org/wiki/Floating_Production_Storage_and_Offloading


Evolution des dépenses militaires mondiales

Source Le Monde, 20 juin, p. 24. D'après les études convergentes de divers Instituts de recherche, le niveau des dépenses militaires mondiales a dépassé en 2006, avec 1.204 milliards de dollars, celui le plus élevé atteint durant la guerre froide. La progression a été de 37% depuis 10 ans. La somme atteinte correspond à 2,5% du PIB mondial soit 184 dollars par habitant. Les effectifs militaires et paramilitaires ont dépassé les 31 millions d'hommes.

Les principales dépenses se répartissent de la façon suivante: Etats-Unis 489 milliards (soit 47% du total mondial), Europe de l'Ouest 220, Europe de l'Est (incluant la Russie) 23; Proche Orient 63, Asie du Sud (incluant l'Inde) 25, Asie de l'Est, incluant la Chine et les Corées 120, Amérique du sud 21, Nations Unies 4. On considère que les dépenses russes, indiennes et chinoises sont sous-estimées de 50%. Dans l'état prévisible de l'évolution des relations internationales, la hausse des dépenses militaires, sans nouvelle guerre d'ampleur, se poursuivra. Les Européens seront peut-être surpris de l'importance de leurs budgets militaires, la France suivie de la Grande Bretagne tenant la tête.

Par comparaison, l'aide globale au développement est de 106 milliards. On sait également que plus d'1,5 milliards d'humains vivent avec un revenu annuel ne dépassant pas 350 dollars.


Nouvelles de l'Agence spatiale européenne

L'Esa a signé avec Thales Alenia Space, le 18 juin au salon du Bourget, la commande de Sentinel 1, le premier de la série de satellites destinés au sein du futur réseau GMES à suivre les changements de l'environnement terrestre. Le coût en est de 229 millions d'euros et le lancement est prévu pour 2011. C'est bien mais les impatients diront que le déploiement du réseau GMES se fera bien tardivement et bien lentement, alors que l'urgence pour l'Europe d'obtenir des données fiables sur ce sujet hyper-sensible est plus grande que jamais.

Lors de ce même salon du Bourget, le directeur général de l'Esa, Jean-Jacques Dordain et l'Administrateur de la Nasa Michael Griffin ont signé un accord de coopération, impliquant également l'Agence spatiale canadienne, concernant le remplacement du téléscope orbital Hubble par le James Webb Space Telescope (JWST) qui devrait être lancé en 2013 et rester en fonctionnement au moins 5 ans. Ce télescope doté d'un miroir de 6,5 de diamètre (au lieu de 2,4 pour Hubble) sera équipé d'appareils permettant des observations nouvelles dans les différentes gammes. L'Esa en assurera le lancement avec une Ariane 5 ECA et fournira en coordination avec les instruments de la Nasa un spectrograph dit Near-Infrared spectrograph (NIRSpec). Un consortium associant d'autres européens et la Nasa équipera le téléscope d'un Mid-Infrared Instrument (MIRI)

Dans un autre domaine l'accord Nasa - Esa prévoit que cette dernière concevra, développera et lancera à la même époque la mission Pathfinder dotée de l'équipement LISA (Laser Interferometer Space Antenna). La mission LISA Pathfinder est destinée à préparer la mission LISA conjointe entre l'Esa et la Nasa pour la recherche des ondes gravitationnelles. 21/06/07

* Note de l'Esa http://www.esa.int/esaCP/SEMA3T7OY2F_index_0.html
* Pathfinder LISA http://www.esa.int/esaSC/120397_index_0_m.html


L'identité chrétienne de l'Europe

Source Brights France. Selon l'AFP, " le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a salué mercredi 20 juin un "changement d'orientation" de la France sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy à propos de la reconnaissance par l'Union européenne de son identité chrétienne. "Je vois que même la France est en train de changer d'orientation et de position" sur l'identité chrétienne de l'Europe, a déclaré le cardinal Bertone après avoir évoqué les récentes rencontres du nouveau président français avec ses homologues européens. "C'est une bonne chose, parce qu'une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son
identité chrétienne", a-t-il ajouté. Le 10 mai, un autre haut prélat du Vatican, le cardinal français Jean-Louis Tauran, avait déjà salué "la position extraordinairement ouverte" de M. Sarkozy sur la thème des religions. Il avait rappelé que ce dernier, dans son livre "la République, les religions, l'espérance" (publié en 2004), évoquait la possibilité de réformer la loi 1905, pilier de la laïcité française, "rompant ainsi avec un tabou de la politique française". La réforme de la loi de 1905, alors envisagée par M. Sarkozy pour permettre un financement des religions par l'Etat, ne figure pas dans le programme présidentiel, mais "ce qui est écrit dans son livre demeure", avait souligné le prélat, ancien "ministre des Affaires étrangères" du Saint-Siège. La France, avec d'autres pays, s'est opposée à ce qu'une mention de l'identité chrétienne de l'Europe figure dans le projet de Constitution de l'UE, à la vive contrariété du Vatican. Celui-ci espère que le traité de l'UE en cours de négociation corrige cette omission" .

Rappelons que le précédent président français, Jacque Chirac, avait toujours refusé de voir évoquer les racines chrétiennes de l'Europe et moins encore son identité chrétienne. Une telle reconnaissance, comme l'idée visant à réformer la loi française de 1905, ne pourrait en effet qu'affaiblir le principe de laïcité et inciter les représentants d'autres religions présentes en Europe à réclamer une reconnaissance analogue. 20/06/07.


L'Otan s'incline devant les exigences américaines

Les ministres de la défense de l'Alliance atlantique, réunis jeudi 14 juin à Bruxelles, ont décidé d’approuver le projet américain de bouclier anti-missiles présenté comme devant protéger le flanc sud de l'Europe contre des attaques venant (notamment) du Moyen-Orient. Ils n’ont donc, contrairement à certaines réserves émises précédemment, formulé aucune critique sur l'installation de sites en Pologne et en République tchèque. Au contraire, ils ont décidé de lancer une étude envisageant la complémentarité de ce projet avec les propres études de l'OTAN concernant la défense antimissile de territoire. Ils ont annoncé cependant qu’ils envisagent favorablement, à l’instar des Etats-Unis, l'offre russe d'utiliser un radar en Azerbaïdjan.

On peut considérer qu’il s’agit là d’un important succès diplomatique américain, montrant bien l’influence qu’ils conservent sur les Européens, à travers l’Otan ou dans d’autres instances. Les Russes n’ont pas réagi mais ils ne peuvent que noter le peu de poids qu’ils pèsent actuellement dans les questions stratégiques intéressant l’Europe, face aux Américains.

Rappelons que cette question du bouclier anti-missiles américain reste encore du domaine du virtuel. Comme il a été dit, il s’agit de solutions qui n’existent pas au plan opérationnel, confrontées à un danger plus qu’hypothétique. Le projet a par contre l’avantage de ramener sous la baguette américaine certains membres de l’Otan qui pouvaient, telle la France, être tentés par l’idée d’une défense européenne


Aimer l'Europe, de Robert Toulemon

Robert Toulemon, ancien haut fonctionnaire européen, de 1962 à 1972, ancien président de l'Association Jean-Monnet, a toujours été et demeure un défenseur actif de la construction européenne, y compris dans sa version la plus poussée, sur un modèle fédéral. Il a publié plusieurs livres dans cet esprit. Le dernier de ceux-ci, Aimer l’Europe, doit être lu avec attention, car c’est le témoignage d’un militant européen ayant parfaitement connu les défauts mais aussi les promesses des politiques visant à unifier l’Europe. Il dispose aussi d’un blog, (http://toulemon.blogspot.com) où nous retrouvons des éclairages et des points de vue qui ne peuvent que nous aider à mieux comprendre les enjeux de l’actualité européenne actuelle.

Le principal regret de Robert Toulemon est que l'Europe ne se soit jamais montrée capable de passer de l'union économique à l'union politique. Il considère que la France, qui avait à un moment presque toutes les cartes en mains, n’ait jamais voulu franchir le pas. Elle est donc en grande partie responsable de l’échec. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale. D'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.

Il rappelle l’histoire des positions gouvernementales françaises successives. Après le fiasco de la Communauté européenne de défense, en 1954, l'objectif d'une communauté politique est repoussé à plus tard. Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu'un "traité de commerce" et "surtout pas l'amorce d'une union politique". Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l'union monétaire sans l'union politique souhaitée par le chancelier Kohl. En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné les inconséquences françaises.

Nous pensons que Robert Toulemon, dans cette analyse du passé, sans avoir tort, aurait du rappeler quelques unes des raisons qui avaient poussé les gouvernements français, dans la suite du Gaullisme, à craindre la mise en place d’une Union sur le modèle fédéral. C’est que cette Union aurait été en fait téléguidée ou au moins instrumentalisée par les Etats-Unis, à travers les Etats européens qui pratiquement tous manifestaient un atlantisme sans faille. Il n’est pas certain qu’aujourd’hui encore, une telle Europe fédérale, si elle existait, comprenant des membres comme les nouveaux entrants dont l’atlantisme congénital s’ajoute à celui des atlantistes historiques, pourrait prendre ses distances vis-à-vis de Washington. La volonté française actuelle – à supposer qu’elle se concrétise - de défendre non seulement la souveraineté nationale mais aussi la souveraineté européenne, n’aurait pas pu naître.

Ceci dit, Robert Toulemon, en attendant que renaisse un jour le projet d'une Europe politique, souhaite que l’Union reprenne sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un motif d'espoir. Il expose les différentes raisons pour lesquelles nous devrions tous " aimer l’Europe", "pour ce qu'elle est", "pour ce qu'elle peut devenir" et "pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité" en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial.

Il va plus loin, en suggérant un véritable programme de à l'intention des autorités de l'Union. Il propose, en particulier, des pistes pour "retrouver par l'Europe croissance et emploi". Selon lui, la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, relève de "l'incantation", les attaques contre la Banque centrale européenne du "fantasme" et les appels à un gouvernement économique de "l'illusion". Rien ne sera possible, affirme-t-il, sans une forte volonté communautaire.

Soit, mais peut-être pourrions nous à notre tour suggérer que la volonté communautaire ne se fera pas à partir de prémisses affectives. Elle n’émergera qu’à l’occasion de ce que nous défendons ici, c’est-à-dire de grands programmes industriels et scientifiques mis au service de la souveraineté technologique et économique de l’Europe. Il n’est pas certain que de tels programmes puissent être envisagés , et moins encore acceptés, dans l’Europe à 27 encore soumise dans beaucoup de ses composantes à la tutelle américaine. Des actions en coopération renforcée, notamment au sein des membres de l’Eurogroupe, pourraient sans doute permettre de mettre sur la table des projets concrets dans lesquels les Européens pourraient enfin se reconnaître en tant qu’acteurs majeurs. Des programmes spatiaux (Galileo, GMES) ou plus simplement ceux intéressant les liaisons ferroviaires à grande vitesse entre les capitales en donnent l’exemple. 20/06/07

AIMER L'EUROPE de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 158 p., 2007


La tentation de la politique du pire

La brillante analyste politique canadienne Naomi Klein explique dans un article de The Nation (The Nation 14 juin 2007. Laboratory for a Fortressed World) pourquoi l'Etat d'Israël, apparemment assiégé de toutes parts et engagé dans de ruineux programmes de défense, demeure un des centres nerveux mondiaux les plus dynamiques pour les industries de la haute technologie de sécurité et de défense. Ses exportations en ce domaine, notamment vers les Etats-Unis, semblent couvrir largement ses importations. Israël est ainsi devenu le 4e exportateur d'armes au monde, dépassant la Grande Bretagne.

C'est que, selon Naomi Klein, une grande part des innovations qui intéressent le marché mondial en pleine expansion de la sécurité "musclée" semble provenir d'Israël. Le gouvernement et les milieux économiques ont compris qu'ils devaient jouer à fond la carte de la protection contre un terrorisme et une guerre de 4e génération présentés comme devant s'étendre au monde entier. Exploitant à fond le facteur peur (The fear factor), Israël est en train de proposer à toutes les démocraties inquiètes de leur avenir face à une insécurité présentée comme grandissante les outils technologiques qu'elle a développés depuis une dizaine d'années pour sa propre défense.

Inutile de dire que ce nouveau filon politico-économique, exploité à fond par Israël tout entier, convient parfaitement aux faucons américains et aux lobbies militaro-industriels de ce pays. Ceux-ci cherchent depuis longtemps à engager le monde occidental dans une guerre sans fin contre la terreur, guerre dont ils fourniront, en coopération avec Israël, les armes et les recettes de management. A eux les matériels lourds, à Israël les outils plus sophistiqués de la prévention et du renseignement.

Dès le 11 septembre, ayant perçu les nouvelles opportunités qu'offrait le terrorisme, les milieux économiques israéliens ont compris qu'ils pouvaient s'appuyer sur le chaos grandissant que les entourait et sur leur propre expérience de forteresse de plus en plus assiégée pour devenir, selon l'expression de Naomi Klein, un salon permanent des technologies dite de "homeland security'". Aujourd'hui, ses produits clés dont les recettes à l'exportation s'accroissent annuellement de 20% et dépassent le milliard de dollars, sont les barrières et murs de protection « intelligents », les drones (voir ci-dessus: image du Hermes 900 de Elbit), les systèmes d'identification biométriques, les systèmes de vidéo et audio surveillance, les logiciels de « profiling » des passagers, les technologies d'interrogatoire des prisonniers, systématiquement utilisés par Israël dans son bouclage des territoires occupés. L'université Ben Gourion, qui est à la pointe de ces recherches, s'enorgueillit de proposer des produits tels qu'une « Innovative Covariance Matrix for Point Target Detection in Hyperspectral Images » ou des « Algorithms for Obstacle Detection and Avoidance ».

Aussi bien, pour tous ceux qui, en Israël comme aux Etats-Unis, vivent de ce filon extraordinaire, l'accroissement du chaos à Gaza et dans les territoires occupés constitue un moteur qu'il ne faut absolument pas stopper. Par la force des choses, il s'établit de facto une politique du pire, considérée comme profitable et à encourager. Elle justifie la vision d'un monde où seules les quelques élites ayant su s'entourer de frontières infranchissables pourront survivre alors que tout autour d'eux sombrera dans l'anarchie, la violence et la mort. Plus le monde réel ressemblera à ce modèle, plus les affaires seront prospères.

La politique du pire conçu comme règle de survie

Des observateurs naïfs s'interrogent sur les raisons certainement aussi obscures que morbides qui poussent un certain nombre de dirigeants dans des pays en conflit comme Israël ou les Etats-Unis à pratiquer une infatigable politique du pire. Toutes les occasions pouvant conduire à des négociations et à un recul dans les affrontements sont systématiquement refusées. Des provocations permanentes accroissent au contraire les tensions, transformant un opposant raisonnable en adversaire enragé. Ces mêmes observateurs naïfs soupçonnent un goût névrotique pour la catastrophe, une recherche systématique du chaos final. Ils attribuent cela soit à des perversions mentales toujours prêtes à renaître dans les sociétés humaines, soit à la recherche mystique de l'Armagedon où le Christ ressuscité reconnaîtra les siens - soit plus prosaïquement à la survivance du concept trotskyste du chaos créateur. Les excès d'un adversaire conduisant inévitablement au renforcement des excès de l'autre, la politique du pire s'autogenère en permanence.

Il est certain qu'il convient de se demander quelles causes profondes, depuis quelques années, poussent en parallèle Israël et les Etats-Unis à s'engager dans des voies dont résulteront inévitablement la destruction totale du premier et l'affaiblissement durable des seconds. Mais la raison n'est-elle pas plus prosaïque ? Cet aveuglement mortel ne résulte-t-il pas simplement du fait que les contrôles démocratiques ont cessé depuis longtemps de s'exercer sur les acteurs du complexe militaro-industriels dans ces deux pays. Pour ces acteurs, un profit immédiat garanti par la politique du pire qu'ils appliquent et font appliquer compense bien le risque plus hypothétique d'une catastrophe finale à laquelle, de toutes façons, ils espèrent bien pouvoir survivre grâce à leurs relations.

L'Europe doit-elle se laisser entraîner dans cet engrenage?

Aujourd'hui, nul ne peut prévoir ce que feront dans le proche avenir, tant les Etats-Unis qu'Israël. La question qui leur est posée immédiatement concerne l'attitude qu'ils adopteront vis-à-vis de l'Iran. Celle-ci, très probablement, joue aussi pour sa part la politique du pire. Autrement dit, elle poursuivra son programme de nucléarisation de ses vecteurs balistiques et continuera à menacer de s'en servir dans quelques années, aussi bien contre Israël que contre les Etats sunnites voisins, voire les Etats européens. On peut craindre que s'il reste orienté tel qu'il l'est actuellement, le gouvernement de Téhéran ne redoute pas, voire souhaite une attaque atomique préventive venant d'Israël ou des Etats-Unis. Cette attaque serait certes terriblement dévastatrice mais ne ruinera pas l'Iran qui est un grand pays. Elle inaugurerait un tel chaos que les Iraniens pourraient espérer en profiter pour affirmer leur prédominance dans la région. Mais il ne semble pas qu'ils soient pas les seuls aujourd'hui à souhaiter une attaque contre eux. Al-Quaida, pour des raisons différentes, n'y verrait que des avantages. L'organisation terroriste profiterait elle aussi, et mieux sans doute que l'Iran, du bouleversement régional voir mondial qui s'en suivrait.

Israël et l'Amérique sont donc devant un choix immédiat crucial : jouer de toutes leurs forces la détente et la négociation, pour isoler l'Iran et pacifier les foyers de guerre civile qui se multiplient, ou pousser au pire de leur côté, notamment en procédant à une frappe préventive contre l'Iran. Compte tenu des éléments évoqués dans la première partie de cet article, on peut craindre qu'ils ne choisissent cette dernière solution.

La situation actuelle, avec les risques majeurs qui se profilent, pose une nouvelle fois la question du rôle de l'Europe. Celle-ci pourrait jouer un rôle dans une négociation globale, mais il ne faudrait pas qu'elle se laisse entraîner par les Etats-Unis et Israël dans la radicalisation du conflit. Or c'est bien ce qu'elle semble en passe de faire. Il est de mauvais augure de voir que les Européens, par la voix unanime des pays membres de l'Otan, semblent finalement accepter l'installation de la base américaine de missile anti-balistique en Pologne et en Tchéquie, laquelle est explicitement dirigée contre l'Iran sinon contre la Russie. Ils paraissent donc eux aussi faire de l'Iran l'ennemi principal, ce qui ne contribuera pas à faciliter leur rôle de médiation au Moyen-Orient.

Autant nous sommes partisans de la défense économique et militaire européenne, si elle concourre à l'indépendance et à la souveraineté de l'Europe, autant nous ne voudrions pas voir celle-ci devenir une base avancée américaine dans de futurs guerres avec le reste du monde.16/06/07

* Naomi Klein, née en 1970, est l'auteur de plusieurs ouvrages: No Logo: Taking Aim at the Brand Bullies (Picador) ; , Fences and Windows: Dispatches From the Front Lines of the Globalization Debate (Picador). Son prohain ouvrage, The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism abordant parmi d'autres le théme évoqué ici, paraîtra prochainement.


Clonage thérapeutique et cellules souches

Les députés espagnols ont adopté le 14 juin une loi autorisant le clonage thérapeuthique, à l'exclusion du clonage reproductif. Tous les groupes ont adopté le texte, à l'exception du Parti Populaire - et ceci malgré l'opposition de l'église catholique. Trois pays européens avait déjà pris cette décision, le Royaume Uni, la Belgique et la Suède. La France s'y refuse encore, malgré les interventions de plus en plus pressentes de nombreux généticiens qui craignent de se voir marginalisés dans l'étude des phénomènes reproductifs et des effets thérapeutiques des cellules souches embryonnaires.

Mais on sait qu'un certain nombre de chercheurs ont annoncé pouvoir obtenir des cellules souches sans faire appel au clonage. Celles-ci pourraient être obtenues à partir de cellules prélevées sur un organisme vivant adulte et faire l'objet d'un processus de rétro-ingénierie redonnant des cellules-souches. Lesquelles cellules auraient l'avantage de présenter les mêmes caractéristiques génétiques que celles de l'organisme donneur, évitant les problèmes d'incompatibilité en cas de greffe. Le Vatican, par la voie de Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la vie, s'est réjouit de cette perspective. Mais on sait que plusieurs annonces faites par des chercheurs américains et japonais sur le même sujet s'étaient révélées non fondées, les cellules souches obtenues, d'ailleurs très difficilement, n'étant ni pluripotentes ni, a fortiori, totipotentes. On craint aussi que ces cellules obtenues par des processus de reprogrammation génétique mal maîtrisés se révèlent potentiellement cancéreuses, ce qui interdirait leur usage thérapeutique. 16/06/07


TVA sociale…une bonne idée…pour l’Europe

Nous avions dans un article précédent consacré à la fiscalité européenne, indiqué qu’à notre avis, l’harmonisation souhaitable de la fiscalité des Etats-membres pourrait avantageusement commencer par l’instauration d’une TVA sociale européenne. Rappelons que la TVA sociale, telle qu’étudiée en France, a pour objet de remplacer tout ou partie des cotisations patronales calculées sur les salaires et destinées à financer la part patronale du budget social (comparable en importance au budget de l’Etat) par un complément à la taxe à la valeur ajoutée portant sur la dépense et payée par tous les contribuables. Dans cet esprit, on pourrait remplacer de la même façon la part salariale des prélèvements sociaux. L’avantage d’une telle mesure serait double : ne pas pénaliser l’emploi salarié et, dans la mesure où la TVA aux taux élevés porte souvent sur des biens importés non essentiels, diminuer leur attrait au regard de biens et services produits en France. Mais elle aurait inévitablement pour conséquence une hausse globale de la TVA. Celle-ci pourrait être modulée en faveur des contribuables à faible revenu, en frappant à taux bas les biens de première nécessité. Mais on constate que la demande émanant des contribuables à faible revenu porte souvent sur des biens considérés aujourd’hui comme indispensables, bien qu’importés : écrans plats voire véhicules 4/4 par exemple.

En fait, le principal inconvénient d’une TVA sociale décidée et appliquée dans un seul pays européen, nous parait rédhibitoire. C’est que la demande, au sein du grand marché européen, se portera sur des produits vendus dans les pays voisins et n’appliquant pas un tel système. Si le prix de l’écran plat en France est augmenté de 10 à 20%, il se trouvera nécessairement,des vendeurs installés hors de France pour le proposer au prix original, ceci d’autant plus que les coûts de transport – malheureusement d’ailleurs – sont aujourd’hui très faibles. On créera donc une prime généralisée à la fraude à la TVA avec encouragement aux réseaux plus ou moins maffieux qui profitent des disparités intra-européennes.

La TVA sociale ne pourrait donc redevenir une bonne idée que si elle était acceptée, non pas peut-être par les 27 Etats-membres (perspective aujourd’hui improbable) mais par ceux constituant l’Euro-Groupe. Mais elle n’aurait de sens que comme l’amorce d’une harmonisation progressive entre ces Etats de l’ensemble des réglementations sociales et fiscales. Elle devrait aussi s’accompagner d’un renforcement des contrôles internes et aux frontières de l’Euro-Groupe. Toutes mesures n’ayant de sens que si se met en place un gouvernement coordonné des Etats membres de ce groupe, que nous souhaitons pour notre part. 18/06/07


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-16306/index.html