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La Gazette N° 161 en date du 31 mai 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Pour une physique de puissance. Le LHC du CERN http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/edito.htm
* Présentation de Second Nature de Gerald Edelman http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/secondnature.htm
* Presentation de Internet ou la fin de la vie privée? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/ifvp.htm
* Sur le libre-arbitre du Moi conscient http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/conscience.htm

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Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Relance par la consommation ou par l'investissement dans la Recherche

Je en vais pas ici me lancer, comme commencent à le faire les socialistes, dans une critique ligne à ligne des mesures que prend le gouvernement Sarkozy. Laissons lui un peu de temps. On ne peut pas cependant éviter une remarque de conséquence. Nicolas Sarkozy présente la détaxation des emprunts intéressant la demeure principale comme une mesure permettant de relancer l'économie. Il en coûtera quelques 3 mds à l'Etat, sinon plus. Qu'en penser? Certes, les particuliers bénéficiant de cette détaxation dépenseront sans doute leur argent en dépenses de consommation. Celles-ci pourront avoir un (faible) effet de relance - à supposer que la consommation ne porte pas sur des biens importés. Mais tous les économistes constatent qu'en fait la France manque d'une audacieuse politique d'investissements dans les technologies innovantes. L'effet multiplicateur de ces 3 mds aurait certainement été plus grand s'ils avaient été affectés à la recherche scientifique et technologique. Relance par la consommation ou relance par l'investissement dans la Recherche?

Il est vrai que les populations électorales, dans chacun des cas, ne sont pas les mêmes. Le président veut manifester continuer à s'attirer la sympathie des classes moyennes à supérieures. Les chercheurs et autres ingénieurs pèsent peu en comparaison. 31/05/07


L'enjeu de l'IPv6 pour l'Europe

Nous publierons dans un prochain numéro un article dénonçant l'inertie des Européens, tant industriels qu'utilisateurs, face à l'enjeu que représente le passage du Protocole Internet Version 4 (IPv4) à la version 6 (IPv6). Pour les Américains, si l'IPv4 est encore utilisable vu l'abondance d'adresses IP qu'il continue à offrir aux utilisateurs américains, le passage à la version 6 est devenue obligatoire en ce qui concerne les systèmes de défense. Pour les Japonais et les Chinois, au contraire, l'implémentation de la Version 6 est un enjeu stratégique. Ces deux pays jouent en effet la carte de l'interconnexion massive des objets (Internet des objets) et des utilisateurs de l'Internet. Ils visent évidemment le marché mondial.

Les Européens ignorent la question au niveau des responsables politiques. Elle n'est étudiée que dans certains laboratoires. Les opérateurs ne veulent pas commencer à investir pour leur compte, de peur de tirer les marrons du feu pour leurs concurrents. Une prise de conscience géopolitique s'impose donc d'urgence. 28/05/07


Pour une Europe à deux vitesses

On nous reprochera d'insister lourdement. Pourtant, le sujet nous parait en valoir la peine. Il est temps que l'Europe des fondateurs manifeste clairement le refus du chantage mené par les Pays de l'Europe centrale et orientale pour déconstruire le projet européen. Il faudrait les mettre au pied du mur en les menaçant de construire sans eux une vraie puissance européenne, autrement dit une Europe à grande vitesse. Cette Europe devrait évidemment se découpler progressivement de l'Amérique, dont tout laisse penser qu'elle s'engage dans un naufrage historique.

La Chancelière allemande Mme Merkel avait annoncé devant la Cosac le 14 mai puis devant les représentants des 27 le 15, qu'il convenait de faire repartir le processus de réforme des institutions, l'Europe ne pouvant plus fonctionner sous le régime du traité de Nice encore en vigueur. Elle souhaite entre autres garder intact le paquet constitutionnel indispensable à ce fonctionnement : vote à double majorité, extension du vote à la majorité qualifiée, questions budgétaires, redéfinition du principe de subsidiarité. On peut penser que le projet de Traité simplifié proposé par le Président français (voir notre éditorial) devrait être considéré par la Chancelière comme un pas important dans la voie qu'elle préconise.

On sait que les nouveaux entrants, soutenus par la Grande Bretagne, s'opposent en principe à ces dispositions. Mais ils vont bien plus loin. Ils désireraient fait enlever tout ce qui pourrait faire de l'Europe une véritable entité géopolitique, y compris en termes symboliques : le terme de « constitution », la suppression du drapeau et de l'hymne européen, la désignation d'un ministre des affaires étrangères... Ils veulent en fait, sous l'influence évidente des Etats-Unis, revenir à la conception de l'Europe définie comme un marché ouvert sans ambitions politiques.

Pour ce qui nous concerne, ceci serait évidemment contraire à la conception que nous nous faisons de l'Europe (voir notre dossier dans ce numéro : Pour une Europe-puissance). Nous espérons que la France va défendre cette vision de l'Europe et par conséquent soutenir la présidence allemande lors du sommet européen des 21 et 22 juin.

Mais il faudrait faire plus, faire qu'au moins au niveau de l'expression politique, les défenseurs de la construction européenne, en France, en Allemagne mais aussi en Italie, en Espagne et chez les autres membres représentants l'Europe des fondateurs, manifestent clairement le refus du chantage mené par les PECO (Pays de l'Europe centrale et orientale) visant à déconstruire le projet européen. Il est temps de les menacer d'une sécession de l'Europe en deux, marquée par la mise en place d'un nouveau traité rassemblant les Etats voulant faire de l'Europe cette puissance que nous évoquons. Elle serait alors dotée d'un président, d'un ministre des relations extérieures, d'un ministre de la défense/sécurité, d'un budget et autres attributs de l'autonomie. Il s'agirait évidemment d'une construction plus ambitieuse que celle correspondant, en principe, au concept de gouvernement économique de la zone euro envisagé à Bruxelles par M. Sarkozy. Mais il pourrait en devenir une suite toute naturelle.

Les pays qui refuseraient d'entrer dans cette Europe renforcée (à grande vitesse) se retrouveraient laissés à eux-mêmes au sein de l'Europe actuelle (l'Europe à petite vitesse) et en proie aux agressions multiples d'un monde qui, de toutes façons, ne veut aucun bien aux Européens. Ils comprendraient vite leur erreur. Il serait très dommage que la Grande Bretagne ne participe pas au projet d'une Europe à grande vitesse, mais si elle s'y refuse encore longtemps, nous devrions faire notre deuil de sa présence.

*Cosac : Conférences des organes spécialisés dans les affaires européennes et communautaires des Parlements nationaux de l'Union.


Traité simplifié complété par des coopérations renforcées

Bien que défendant les avancées apportées par l'ex-TCE en ce qui concerne la mise en place d'institutions européennes réellement efficaces, nous pensons qu'il ne faut pas faire la fine bouche devant la proposition de la France, portée hier à Bruxelles par Nicolas Sarkozy et visant à faire approuver par tous les Etats-membres, dans les meilleurs délais et sans passer par la voie du référendum, un traité simplifié permettant de dépasser les blocages résultant de l'actuel traité de Nice. Faire accepter un tel traité simplifié par les britanniques et les hollandais serait déjà un exploit.

Nous souscrivons d'autant plus à cette proposition qu'elle a été accompagnée de celle visant à établir dans les meilleurs délais un gouvernement économique de la zone euro, n'associant cette fois-ci, sous le concept très riche de "coopération renforcée", que les seuls Etats composant ladite zone. Quels seraient les objectifs de ce gouvernement? Le président français a évoqué le renforcement de la défense économique de l'Europe face aux pays qui ne s'embarassent pas de libéralisme quand il s'agit de développer leur présence à l'international. Déjà d'ailleurs, le commissaire au commerce Peter Mandelson et la commissaire à la concurrence Neelie Kroes ont fait part de leurs réserves". Ces "réserves" sont pour nous l'indice que la proposition de Nicolas Sarkozy va dans le bon sens.

Mais nous pensons qu'à terme, il ne faudra pas en rester là. L'harmonisation des réglementations qui pourrait être réalisée par un gouvernement économique de la zone euro devrait être mis au service, non seulement de la défensive mais de l'offensive. Par ce terme nous désignons le lancement de tous les grands programmes technologiques et scientifiques seuls capables de remettre l'Europe au rang des grandes puissances dont nous avons fait la liste par ailleurs. La France aurait un rôle essentiel à jouer dans ce lancement, si son gouvernement en acceptait le principe. 24/05/07


Les amalgames suspects d'Amnesty International

On peut se demander à quelles pressions cède Amnesty International, dans son rapport 2007, quand elle s'en prend aux Etats laïcs, tels la France et la Turquie, qui interdisent le port d'emblèmes religieux dans les établissements d'enseignement.

Une certaine Mme Khan y explique:

« Il est déraisonnable, de la part des dirigeants occidentaux, de prétendre qu’un vêtement représente un obstacle majeur à l’harmonie sociale, Conformément au droit à la liberté d’expression et de religion, une femme doit être libre de choisir ce qu’elle souhaite porter. »

A ceci notre ami Michel Naud, président de Brights France, répond:

" Sous couvert de l'affirmation que les femmes sont les "premières victimes de l’intolérance religieuse", Amnesty international renvoie dos à dos les gouvernements fondamentalistes et les pays ayant inscrit la laïcité dans leur constitution (France et Turquie). N'en déplaise à nos donneurs de leçons je considère, avec Patrick Clugman que "à l’école publique il n’y a de place ni pour le voile ni pour la kippa. Car l’un comme l’autre lorsqu’ils sont portés par des enfants, ne sont pas l'illustration de la liberté. Qui peut affirmer qu'une jeune fille de quatorze ans est assez émancipée du poids de sa tradition et de l'autorité de sa famille d’abord pour savoir ce qu'elle veut, ensuite pour faire ce qu'elle veut? Car une jeune fille revêtue d'un voile sera considérée comme une musulmane avant d'être regardée comme une jeune fille, un petit garçon coiffé d'une kippa sera toujours un juif avant d'être un petit garçon. La République n'a pas de raison, au nom d'une prétendue tolérance qui n'est peut-être que de la faiblesse, d'accepter cette injustice. Elle réduirait alors les individus à des symboles." Ni croix, ni voile, ni kippa, l'école publique doit être tout simplement "l'école de la République, sans distinction religieuse, sans séparation communautaire, sans hiérarchie sociale."

Combien de temps faudra-t-il répéter cela face aux offensives permanentes des religions pour envahir l'espace public, y compris à travers la respectable Amnesty International, qui aurait bien d'autres combats à mener. 24/05/07

PS: Michel Naud signale par ailleurs que "La cour d'appel du tribunal d'Aquila (Italie) a confirmé hier, 23 mai 2007, la condamnation initialement prononcée contre Luigi Tosti, juge auprès du tribunal de Camerino, à savoir, notamment, sept mois de prison au prétexte qu'il refuse de sièger dans une salle de tribunal en présence d'un crucifix". Voilà à quels abus de droit on arrive quand un Etat ne respecte pas le principe de laïcité.


Un ministre de la défense peu défendable

On ne voit pas par quels arguments on pourrait défendre le ministre de la défense qui jongle avec le droit électoral pour présenter toute sa famille aux prochaines élections législatives, afin de bénéficier des aides prévues. Nous avons des amis militaires qui estiment qu'un tel comportement décrédibilise l'action future de leur ministre. 24/05/07


Cross Language Information Retrieval

L'un des vice-président de Google vient d'annoncer un nouveau produit (ou service) intéressant une fonction très importante aux yeux des documentalistes et qui fait l'objet de nombreuses recherches, le Cross Language Information Retrieval (traduisons approximativement par moteur de recherche multilangues). Le produit de Google devrait en principe permettre de trouver un document quelle qu'en soit la langue et de le traduire à la volée. Si je veux un article en français à partir d'un original en anglais, j'obtiendrai un résultat en deux colonnes, l'une donnant la traduction en français et l'autre le texte anglais original. La traduction se fait en temps réel.

Google espère de cette façon, non seulement s'attirer de nouveaux clients, mais aussi "faire disparaître la barrière des langues entre les peuples". Noble ambition, que la Commission Européenne devrait mettre, elle aussi, dans ses objectifs. Sinon, l'omni-présence de Google deviendra encore plus omniprésente. 23/05/07

* Cross Language Information Retrieval : http://en.wikipedia.org/wiki/Cross-language_information_retrieval


Sauver Galiléo

Jugeant désormais qu'un choix politique s'impose, la Commission européenne a détaillé le 16 mai les scénarios de sauvetage du projet Galileo (le GPS européen), plaidant avec force pour un financement public complet des 30 satellites prévus, exploités par le privé une fois opérationnels.

Destiné à sortir de l'enlisement actuel d'un projet dont Paneurope n'a cessé de souligner le caractère de "technologie de souveraineté" (Galileo vise à affranchir les Européens de leur dépendance à l'égard du système militaire américain GPS), le scénario proposé impliquerait un achèvement complet du déploiement des satellites à la fin de l'année 2012, les premières utilisations concrètes étant lancées un an plus tôt. Ce choix devra être fait par les ministres des Transports des 27, qui doivent se réunir à Bruxelles les 7 et 8 juin.

Selon les souhaits de Bruxelles, l'Agence spatiale européenne organiserait d'ici à la fin de l'année un nouvel appel d'offres destiné à amorcer cette phase de développement. L'enveloppe de 2,4 milliards d'euros qui, dans le schéma initial, était à la charge des entreprises membres du consortium serait désormais financée par le budget communautaire, et au besoin par les États membres qui le souhaiteront, via leurs propres budgets nationaux.
Pour leur part, les industriels se contenteront d'exploiter le système de navigation par satellite, et cela à partir de 2013, date d'entrée en vigueur d'un nouveau contrat de concession, d'une durée de vingt ans. Sur 2007-2030, l'engagement budgétaire total de l'UE pourrait atteindre de 9 à 10 milliards d'euros. Les 27 devront notamment participer aux risques commerciaux du projet en versant des subventions d'exploitation jusqu'en 2030. Christophe Jacquemin 20/05/07

NB: Jacques Blamont, physicien, membre de l'académie française des sciences, a publié dans Le Monde du 12 mai, p. 20, un article en ce sens: L'Europe doit s'engager pour Galiléo. Il y déplore le refus du concept d'Europe-puissance par la plupart des Etats européens, qui veulent faire financer Galiléo par les entreprises, au lieu d'en faire un outil relevant de la puissance publique.


Paris-Berlin-Moscou.
Redéfinir la politique extérieure européenne (texte que Jean-Claude Empereur a accepté de co-signer)

Le sommet entre l'Union européenne et la Russie qui s'est tenu, les 17 et 18 mai à Samara, Russie, n'a pas permis de relancer les négociations en vue d'un nouvel accord de partenariat. Faute d'accord, celui signé en 1997 sera reconduit pour un an. Ce partenariat est important pour l'UE, dépendante de la Russie pour sa consommation en gaz et en pétrole. Il l'est aussi pour Moscou, qui réalise 52 % de ses relations commerciales avec l'Union tandis que 70 % des investissements étrangers en Russie viennent des pays qui la composent.

On peut discuter sur les causes apparentes de cet échec et en rejeter la responsabilité sur l'intransigeance tant de la Russie que des pays européens, notamment de l'Est. Il existe certainement des contentieux économiques portant sur l'énergie, les exportations de viande polonaise et autres causes mineures. Mais nous estimons que la raison fondamentale est autre. Elle est évidemment politique.

Au plan politique, l'Union européenne, face à la Russie, est partagée entre deux influences contraires. La première est celle des nouveaux entrants, Pologne en tête, pour qui l'entrée dans l'Europe ne doit entraîner aucun changement dans leur attitude de défiance, sinon d'hostilité avérée, à l'égard de la Russie. Pour eux, ni l'Union, ni même l'Otan, ne peuvent imposer de limites à leur souveraineté nationale. Or celle-ci, aujourd'hui, s'exprime par des engagements nécessairement reçus par les Russes comme hostiles. Ainsi en est-il de leur soutien au projet américain de missiles anti missiles (BMD) comme de leurs appuis en sous-main aux mouvements indépendantistes des pays voisins de la Russie. Ces positions expriment en fait ce que l'administration américaine voudrait voir adopter par l'Union toute entière : faire d'elle une plate-forme capable de contenir le retour de la Russie à la puissance, sur le plan économique, diplomatique voire militaire.

La soumission des pays de l'Est à l'égard de l'Amérique va de plus en plus loin. Ne vient-on pas d'annoncer la visite de G.W.Bush en Pologne pour acter l'accord intéressant l'implantation de la base de missiles américaine. Quand on pense que la Pologne reçoit un homme rejeté partout, aussi bien chez lui que dans le reste du monde, on mesure l'image désastreuse qu'elle donne et, avec elle, l'Union européenne toute entière. Il pourrait y avoir bien plus grave. Certaines sources indiqueraient que le président de la Commission Barroso, manipulé par des influences atlantistes en Europe, pousserait actuellement à une sorte de rupture avec la Russie, par son intransigeance et ses agressions de plus en plus précises à l'égard de ce pays. Alors la France et ses partenaires de la "vieille Europe" se retrouveraient engagés dans une nouvelle guerre froide, aux côtés d'une Amérique devenue dangereuse parce qu' irresponsable.

L'influence contraire, bien faible au demeurant actuellement, découle du désir de l'Allemagne de nouer des partenariats stratégiques à long terme avec la Russie. Sans faire preuve de faiblesse à l'égard de cette dernière, le gouvernement allemand voudrait au moins éviter les provocations inutiles et reprendre des dialogues constructifs. La France soutient en principe l'Allemagne dans cette attitude, mais elle n'a pas eu encore l'occasion, du fait des élections, de présenter à la Russie un point de vue cohérent sur ce que sera sa future position et celle qu'elle demandera à l'Union d'exprimer. Il faut espérer que la rencontre programmée entre les deux présidents Sarkozy et Poutine éclaircira les choses dans le bon sens. En attendant, les « libéraux » ou « atlantistes » au sein de l'Union européenne, par la voix du président de la Commission José Manuel Barroso, ne font rien, comme indiqué plus haut, pour que s'établisse le climat d'ouverture qui serait nécessaire.

Il ne faut pas être naïf. Si la mésentente grandissante entre la Russie et l'Europe fait les affaires de Washington, elle fait aussi celle des nationalistes russes toujours prêts à favoriser le repli de la « vieille Russie » sur elle-même, à l'écart des « influences pernicieuses » de l'Europe.

Nous pensons que l'Europe, et au sein de l'Europe, l'Allemagne et la France, ne doivent pas prendre acte de l'échec de Samara pour renoncer à reprendre les négociations avec la Russie. C'est en effet l'avenir même de la construction européenne qui est en jeu. Comme nous l'exprimons dans d'autres articles de ce même numéro, les grandes nations européennes que sont l'Allemagne et la France, fondatrices historiques de l'Union, ne peuvent accepter que les nouveaux entrants, poussés par les Etats-Unis, sabotent une perspective stratégique essentielle à cette même Union, la coopération – sur un pied d'égalité – avec la Russie (et son président). Pour nous, la question est claire : où les Etats-membres de l'Europe à 27 acceptent de se comporter d'une façon cohérente, les petits derniers renonçant à imposer aux autres des positions héritées de l'histoire qu'il convient maintenant de dépasser, ou l'Europe à 27 doit éclater.

Nous le disons nettement ici, l'extension irresponsable réalisée ces dernières années, sans poser de conditions aux nouveaux entrants autres que leur acceptation du principe du grand espace économique, signifie en fait la mort de l'Europe en tant que puissance, celle à laquelle nous sommes attachés. Nous montrons dans nos autres articles qu'une telle Europe puissance sera la condition inéluctable de survie de nos pays dans les crises qui s'annoncent.

L'activisme nationaliste anti-russe des pays de l'Est de l'Union représente aussi bien un atavisme régional et historique qu'un désintérêt affirmé pour la cohésion communautaire. Tous ces pays nous disent, certains tout à fait explicitement, qu'ils n'ont aucune confiance dans ces organisations multinationales européennes (l'UE mais aussi l'Otan) pour assurer leur sécurité. Ils ont donc choisi le ralliement direct à l'Amérique. Par exemple, c'est l'argument des Tchèques et des Polonais pour traiter directement avec les Américains du programme BMD, sans passer par l'Otan (ni, encore moins, par l'UE). A l'égard de l'UE, ces pays ne se sentent aucune obligation de solidarité communautaire et ils agissent vis-à-vis d'elle selon le seul argument de ce qu'ils jugent être leurs intérêts nationaux. Ils se trompent certes, comme ils se trompent lorsqu'il s'agit de leur confiance dans l'Amérique, — mais c'est leur problème. Notre problème à nous est que leur entrée dans l'UE ne les a pas “européanisés”, elle les a “américanisés”. De ce fait, la sécurité et les relations avec la Russie constituant l'aspect le plus important de la “politique extérieure” de l'UE, le constat inévitable est que cette politique est aujourd'hui mort-née.

D'un mal pouvant sortir un bien, ceci peut être une bonne chose. Avec l'arrivée de nouveaux dirigeants en France et en Grande Bretagne (Gordon Brown), une nouvelle politique pourrait être proposée par la France, si possible en accord avec l'Allemagne. La politique classique de la France tient pour axiome que la puissance russe, située où elle est, est quelque chose qu'il faut ménager et avec laquelle il faut s'entendre. La politique européenne de la France parait donc toute tracée. Il faut faire un traité minimal pour en finir avec la paralysie européenne qui permet aux stratégies européennes internes et externes de se déployer sans opposition. Il faut disposer des outils européens qui marchent et les influencer dans leur fonctionnement au plus proche des intérêts français, ou franco-allemand s'il est possible. Mais au-delà de la France, il ne faut pas évidemment abandonner la perspective de s'associer avec des nations européennes évoluant ensemble au sein de l'Europe et utilisant les outils européens pour renforcer leur puissance collective. Il apparaît évident que l'Est de l'UE n'a rien à voir avec les six Etats fondateurs et qu'on doit en revenir, au sein de cet Six, étendus si possible aux membres de l'Eurogroup, au concept de “petite Europe”, qu'il soit désigné par le terme de “noyau dur” ou par un autre. L'essentiel sera qu'il devra s'agir d'une Europe puissance ne réunissant que les Etats s'accordant sur cet objectif.

Signalons à nos lecteurs le site de l'association Paris-Berlin-Moscou, où nous retrouvons certaines des idées qui sont les nôtres. http://www.paris-berlin-moscou.org


Plaidoyer pour l'Europe puissance

Ce texte est la reprise, sous une forme moins orientée politiquement, du texte publié dans notre numéro précédent

Nous défendons ici la thèse selon laquelle l'Europe n'étant pas capable aujourd'hui d'affronter la grande crise mondiale qui s'annonce, aux plans environnemental, économique et politique, les mouvements politiques européens dits de gouvernement, qu'ils soient de droite ou de gauche, n'auront de crédibilité que s'ils proposent des objectifs permettant aux peuples européens d'y survivre dans les meilleures conditions. A cette fin, nous pensons que c'est le concept d'Europe puissance - on pourrait reprendre aussi celui de "Forteresse Europe" si le terme n'était pas trop marqué d'esprit défensif - qui serait le mieux à même de mobiliser les opinions. Il s'oppose directement au libéralisme doctrinal ou laisser-faire, qui signifie l'ouverture sans protections aux capitaux spéculatifs internationaux et aux importations non contrôlées. Ce type de libéralisme est défendu par les super-puissances rivales de l'Europe, Etats-Unis en tête, qui ne se l'appliquent pas à elles-mêmes mais s'en servent pour conquérir le reste du monde.

Appliqué aux institutions européennes, le concept d'Europe-puissance se traduirait par la mise en place d'instruments capables d'élaborer, entre autres, une planification écologique et une planification industrielle. Celles-ci s'inscriraient dans un "néo-dirigisme" ou "néo-colbertisme" européen global, capable d'imposer des politiques communes, telles que la fiscalité écologique ou la mise en place de "champions" européens. Les mots employés ici, planification, dirigisme, colbertisme, sont mis entre guillemets, car ils peuvent évoquer les politiques européennes d'après la seconde guerre mondiale, qui transposées en l'état, seraient inefficaces. Elles entraîneraient des pratiques interventionnistes obsolètes dont beaucoup d'Européens ne veulent car elles rappelleraient les dictatures d'avant-guerre, les dirigismes d'après-guerre et plus encore le communisme stalinien au pouvoir pendant quarante ans à l'Est de l'Europe.

Les défenseurs de l'Europe-puissance doivent donc montrer que cet objectif demanderait la mise en œuvre de méthodes entièrement renouvelées de gouvernement et de gestion économique. Il faudra proposer de nouvelles institutions et méthodes, capables de leur donner la portée stratégique nécessaire. Ceci étant, nous pensons que ces méthodes pourraient s'inspirer du modèle français d'économie mixte convenablement modernisé. Les défauts de celui-ci ont été souvent mis en évidence mais ses qualités reparaissent aujourd'hui avec clarté. Pour dire franchement les choses, nous pensons qu'en Europe, la France, s'appuyant sur cette tradition néo-colbertiste, est le seul pays d'Europe capable de proposer un modèle de gouvernance et même de société capable de prendre le relais d'institutions dont le seul mot d'ordre consiste à laisser le champ libre aux fonds spéculatifs alimentés à des sources de plus en plus suspectes.

La crise du modèle français

Jusqu'à la fin des Trente Glorieuses (années de reconstruction ayant suivi la fin de la seconde guerre mondiale) les objectifs du modèle français étaient simples à formuler et semblaient entrer dans le domaine du réalisable. Il s'agissait, en simplifiant, de défendre les revenus salariaux et, plus généralement, d'assurer une meilleure répartition des revenus globaux en faveur des plus démunis. La France disposait d'un secteur productif privé relativement dynamique. Il paraissait donc possible de chercher à imposer aux entreprises une politique des salaires et des mesures fiscales destinées à un meilleur partage des bénéfices de l'activité économique. La France disposait parallèlement d'un fort secteur productif public, mis en place à la Libération en conformité avec le point de vue "interventionniste" défendu dès 1936 puis à la Libération, selon lequel le secteur public est le mieux à même d'investir pour le long terme, notamment dans les domaines non susceptibles de profits capitalistes. Ce secteur public productif était protégé de la concurrence par un statut juridique lui assurant de larges monopoles. On pouvait donc faire appel à lui pour pallier certaines inégalités. Enfin, des organismes sociaux également publics, financés par des prélèvements obligatoires, mutualisaient la couverture des risques. Les diverses composantes du secteur public ainsi décrites finançaient une partie de leurs dépenses grâce à des prélèvements obligatoires (subventions budgétaires, tarifs aménagés...).

Un système d'économie mixte privé-public, très différent évidemment de l'économie administrée sur le modèle communiste qui à l'Est commençait à entrer en crise profonde, assurait donc à la fois la croissance économique et la protection sociale (Etat Providence). La droite venue au gouvernement dès le début des années cinquante puis sous le Gaullisme n'avait pas tenté de revenir sur cet équilibre. Elle n'avait pas cherché initialement à privatiser massivement le secteur public ni à réduire les réglementations protectrices dont il disposait. L'opposition de gauche, de son côté, dans sa composante social-démocrate, ne réclamait pas d'étendre le domaine de l'économie dite administrée. Elle se bornait, pour répondre aux « revendications » de ses électeurs, à demander que s'accroissent la part des revenus salariaux (la hausse du SMIG) et le montant des prestations sociales. Satisfaire avec prudence à ces demandes, afin de ne pas provoquer d'inflation, considérée depuis la guerre comme le mal absolu, ne paraissait pas susceptible de diminuer la compétitivité des entreprises privées et publiques. Protégées de la concurrence extérieure, celles-ci avaient de la réserve et pouvaient, même confrontées à un accroissement modéré de leurs charges, continuer à investir et à se développer. Ainsi, au travers d'inévitables turbulences, le modèle français, tant économique que social, paraissait durable.

Les difficultés ont commencé lorsque, sous l'effet de la concurrence internationale, provenant initialement des entreprises géantes américaines, un certain nombre d'industries stratégiques et de services publics français ont perdu des marchés, à l'extérieur et surtout à l'intérieur. Parallèlement, les protections douanières et fiscales qui contrôlaient l'entrée des biens et services sur le territoire national ont été abaissées, tandis que le marché des capitaux était progressivement ouvert. Cette « dérégulation » s'est faite en grande partie sous la pression politique des Etats-Unis. Obliger les Etats européens à supprimer les protections réglementaires était devenu en effet eux un véritable objectif de guerre économique, comme il l'avait été au XIX<SUP>e</SUP> siècle pour le patronat européen vis-à-vis des pays que l'on n'appelait pas encore le tiers-monde. Il fallait pénétrer sans barrières les marchés intérieurs et détruire les résistances provenant d'entreprises nationales moins compétitives. La Communauté Européenne, dont on redécouvre qu'elle avait été largement encouragée par les Américains afin de les aider à imposer un grand marché ouvert, a joué sans hésiter le jeu du laisser-faire, au détriment d'économies qui, comme celle de la France, restaient en grande partie protégées.

Certes l'ouverture des marchés a permis, en France comme dans le reste de l'Europe, diverses restructurations économiques et une élévation indéniable des niveaux de vie. Mais cela ne pouvait être durable. Sous la pression de la concurrence extérieure, réductions d'emploi, baisses de salaires, diminution des recettes fiscales et finalement accroissement des déficits budgétaires et de la dette publique devenaient désormais inévitables. Dans le même temps, la demande de biens de consommation qui ne cessait de se développer, sous l'influence d'un mode de vie gaspilleur encouragé en Europe par les industries culturelles américaines, ne pouvait plus être satisfait par l'offre intérieure. La demande se portait donc sur les biens et services importés, au détriment de la balance commerciale. Un cercle vicieux s'est alors instauré, plus particulièrement en France et dans les Etats européens du sud, cercle vicieux caractéristique des pays sous-développés.

Ce cercle vicieux se caractérisait et se caractérise encore par deux mécanismes complémentaires : la consommation intérieure s'adresse de plus en plus aux produits d'importation parce que les entreprises nationales ne sont pas de taille à répondre à la concurrence par la baisse de leurs prix de vente et la recherche de nouveaux produits – le secteur public économique et les administrations sociales ayant perdu l'essentiel de leurs recettes du fait de la baisse des recettes fiscales, elle-même entraînée par l'évaporation de la matière imposable, ne peuvent plus maintenir les grands investissements publics et le niveau de prestations estimés nécessaires par l'opinion. Accroissement des déficits, dévaluations, fuite du capital et des cerveaux à l'étranger en découlent inexorablement. Dans ces conditions, ceux qui continuent à demander une hausse des salaires et du niveau de vie des plus défavorisés, paraissent de plus en plus irréalistes. Tout simplement parce qu'il n'y a plus de production nationale pour répondre à la demande et que l'on ne peut indéfiniment acheter à crédit les produits étrangers. C'est dans le domaine des technologies de l'information et des produits high-tech que ce mécanisme de désindustrialisation et de perte de compétence s'est fait le plus rapidement et le plus cruellement sentir, dès le début des années 1980.

Dans les décennies suivantes, le mécanisme s'est accéléré, aboutissant à l'état d'horreur économique décrit par Viviane Forrester. Ce ne fut plus seulement la concurrence des multinationales américaines qui a contribué à ruiner les potentiels productifs nationaux, mais celle des entreprises à bas salaires asiatiques parfois installées aux portes de l'Europe. Les économies européennes, à l'exception d'un miracle allemand spécifique et fragile, ont désormais perdu une grande partie de leur compétitivité. L'économie mixte à la française et le modèle social français en découlant furent les premières victimes de la mondialisation de la concurrence et de l'entrée en masse des acteurs asiatiques.

Revenir à la Puissance

Certains Occidentaux voudraient que les pays asiatiques réglementent leur marché du travail afin d'éliminer des concurrences qu'ils jugent déloyales. Mais ce serait aussi vain qu'attendre d'eux qu'ils réévaluent leur monnaie et limitent leur production pour diminuer les tensions sur les matières premières ou la production des gaz à effet de serre. La seule attitude réaliste, concernant les Européens, consisterait à mettre en place et blinder une Europe puissance capable de résister à la concurrence asiatique. C'est ce que les Etats-Unis ont entrepris depuis un certain temps pour leur compte, avec le concept de "global dominance" qu'ils s'appliquent à eux-mêmes.

Il ne s'agirait pas pour l'Europe, tâche impossible, d'interdire a priori les délocalisations ou les importations de produits à bas coûts. Il faudrait par contre que les Européens conduisent plusieurs politiques concourantes, bien loin du libéralisme actuel :

* créer et rendre fort un gouvernement économique de l'Europe capable de rationaliser en interne les activités productives et de les protéger, en tant que de besoin, par une frontière extérieure réellement étanche (ce qui supposera de renforcer les moyens de lutte contre les fraudes).

* investir massivement dans la recherche et la formation afin de reprendre la tête de la course à la connaissance et aux activités à forte valeur ajoutée (Stratégie dite de Lisbonne).

* mettre en place des politiques industrielles et d'exportation agressives dans les secteurs stratégiques.

* admettre enfin, ce qui sera le plus difficile, de financer de tels investissements par une épargne forcée portant sur les consommations gaspilleuses ou les produits importés dont le caractère dérogatoire à nos réglementations aura été reconnu. D'une façon générale, une décroissance des consommations non vitales devra être encouragée et les revenus ainsi dégagés réinvestis dans de grands programmes industriels et scientifiques.

Dès aujourd'hui et de plus en plus dans les prochaines années, ceci devrait se traduire par plusieurs séries de politiques communes de nature "dirigiste". La plus importante concernerait un dirigisme écologique et environnemental, seul capable d'inscrire l'Europe en tête dans la lutte contre le réchauffement climatique et la restauration des équilibres naturels, notamment en matière de biodiversité. La seconde viserait à constituer ou reconstituer des champions européens, dans les domaines industriels ou de service jugés indispensables à la survie à long terme d'une Europe indépendante. Il faudrait aussi, pour éclairer ces politiques, se donner les moyens d'évaluation et de prévision nécessaires, tel un grand Commissariat au Plan européen.
Si ceci était fait, l'Europe dans sa totalité pourrait négocier, sinon de puissance à puissance, du moins avec de meilleures chances d'être prise au sérieux, avec la Chine, l'Inde et bien d'autres concurrents, les Etats-Unis en premier, chez qui de telles politiques régaliennes (dites de Sécurité Nationale) sont considérées comme allant de soi. Une politique de puissance, pour l'Europe, ne consisterait pas à refuser les investissements ou les importations asiatiques ou américains. Elle viserait par contre à ne rien concéder sans contreparties, ni sur le plan du commerce extérieur, ni sur celui du marché des capitaux. Dans des négociations globales débouchant sur des accords à long terme où chacun des partenaires trouverait des avantages, on pourrait espérer à la fois sauvegarder et enrichir l'emploi européen et contribuer à diminuer, dans les pays émergents, la masse flottante des salariés à 1 dollar par jour.

Mais on le voit, tout ceci est bien loin du libéralisme à tout va imposé à l'Europe par les grands Etats, pour qui ce libéralisme est une arme de guerre économique. Il est bien loin aussi de l'état d'esprit des opinions européennes, vis-à-vis notamment de la construction d'institutions capables de contribuer à la mise en place de l'Europe puissance ainsi esquissée.

Les mouvements libéraux européens pensent que pour résister à la concurrence internationale, il faudrait libérer les entreprises installées en Europe de toutes contraintes fiscales et sociales, renoncer aux services publics, même essentiels, pour les privatiser aux mains des entrepreneurs privés internationaux qui y verraient l'occasion d'y faire du profit spéculatif (au mépris évidemment de l'idée même de service public), et finalement n'encourager les activités économiques que dans les domaines ne demandant que peu d'investissement et de recherche, comme les services financiers et la distribution en Europe des produits et services conçus et fabriqués par des non-européens. Ces dernières années, ce fut un peu là le modèle anglais de développement, sur lequel d'ailleurs les Britanniques semblent en train de revenir. Mais il est évident que l'Europe ne peut compter sur de tels programmes pour conserver son identité, son indépendance et ce qui lui reste de puissance. Sans industrie et sans recherche/développement, pas d'avenir pour l'Europe, comme l'écrit justement Jean-Louis Levet (Economica, 2006). Aucun pays européen, fut-il pour le moment un peu mieux loti que les autres, comme l'est l'Allemagne, ne trouvera de schémas durables de développement en faisant confiance aux capitaux spéculatifs internationaux.

Nous sommes pour notre part persuadé que la solution résumée par le concept d'Europe-puissance s'appuyant sur des technologies elles-mêmes de puissance (défendu en particulier par l'association Paneurope-France) serait seule capable de sauver l'Europe. S'agirait-il alors d'une perspective de droite ou d'une perspective de gauche. Elle ne serait certainement pas de droite au sens classique car elle répudierait un libéralisme de démission consistant à abandonner aux acteurs économiques étrangers tous les secteurs d'avenir. Mais elle ne serait pas non plus de gauche au sens classique, car ses priorités ne serait pas la croissance de la consommation et la distribution des revenus, sauf pour pallier aux inégalités les plus criantes. Il s'agirait d'abord d'être productif et productiviste, ce qui signifierait travailler beaucoup, innover plus encore, investir dans les technologies émergentes et, pour épargner, limiter au maximum les consommations somptuaires.

Rappelons que de tels objectifs seraient parfaitement adaptés au monde de demain, où la crise environnementale et politique mondiale exigera que l'Europe, comme les autres grands ensembles géo-politiques, s'oriente vers une véritable économie de guerre. Le temps risque de venir rapidement où s'imposera le besoin de gouvernements de salut public rassemblant tous les Européens, de gauche comme de droite, désireux de sauver la patrie européenne commune à laquelle ils ont la chance d'appartenir.


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