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La Gazette N° 160 en date du 15 mai 2007

Par Jean-Paul Baquiast


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La publication reprend au 1er mai 2007

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon

Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Corruption

La corruption des administrations publiques face aux intérêts économiques ayant pignon sur rue n’est pas un défaut aussi visible que leur corruption par les organisations criminelles, mais ses conséquences peuvent être aussi graves. Sur ce plan, toutes les administrations européennes peuvent faire l’objet de tentatives de corruption, dont beaucoup réussissent. Il s’agit pour des industriels sachant parfaitement qu’ils fabriquent ou distribuent des produits néfastes pour la santé de leurs salariés ou des consommateurs, de continuer à le faire, en s’assurant le silence des autorités censées protéger l’intérêt général. On dénonce ces collusions coupables dans le domaine de l’agro-alimentaire, mais elles sont encore plus dangereuses quand elles autorisent la présence de produits dangereux dans les matières premières (on se souviendra du cas de l’amiante, encore utilisée dans de nombreux pays) ou dans les objets de grande consommation. Un pays comme la France, qui se prétend le champion de la protection des consommateurs et du principe de précaution érigé tous azimuts, semble être aussi celui qui aurait le plus de choses à se reprocher . On lira pour illustrer ce point « Pesticides, Révélations sur un scandale français » de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Fayard, 2007. Nous reparlerons sans doute prochainement de cet ouvrage, qui a suscité de fortes réactions des intérêts mis en cause. 14/05/07


Inquiétudes sur la pérennité de la croissance indienne

Le gouvernement indien commence à se préoccuper du fait que la forte croissance de l’économie creuse rapidement le déficit du commerce extérieur. En clair, l’Inde importe plus qu’elle ne peut exporter. Son déficit entre avril 2006 et avril 2007 a augmenté de 40%, pour atteindre 57 milliards de dollars. L’Inde est la seule au sein du groupe des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) à faire montre de tels résultats négatifs. Ce sont non seulement les importations en pétrole mais celles en produits manufacturées, qui sont responsables du déficit. La résistance des campagnes à l’installation d’industriels extérieurs, le manque de main d’œuvre qualifiée, se font durement sentir. Environ 42% de la population serait analphabète, contre 1% en Chine. Les infrastructures sont défaillantes, notamment en termes de transports. Or la roupie ne cesse de d’apprécier, contrairement à la monnaie chinoise et au dollar. Comment exporter dans ces conditions ?

Certains observateurs politiques indiens, comparant la situation du pays à celle de la Chine, regrettent que le gouvernement ne soit pas aussi autocratique que celui de Pékin. Sans être une démocratie parfaite, l’Inde doit tenir compte, au plan fédéral comme dans les régions, des réactions de la population. Nul n’ose accepter systématiquement, comme en Chine, de retarder de plusieurs générations l’accès des pauvres à un meilleur niveau de vie, pour favoriser les grands investissements. 14/05/07


L'enfer est-il exothermique ou endothermique?

Pour nos nombreux lecteurs qui croient dur comme fer à la réalité du ciel et de l'enfer, voici la réponse d'un étudiant à une question "bonus" de chimie posée à l'université de Nanterre (communiqué par un abonné et transcrit du PDF par CJ).

Question Bonus: « l'enfer est-il exothermique 1 ou endothermique 2 ?» (1 : évacue la chaleur, 2 : absorbe la chaleur)

La plupart des étudiants ont exprimé leur croyance en utilisant la loi de Boyle (si un gaz se dilate il se refroidit et inversement) ou ses variantes. Cependant, notre étudiant eut la réponse suivante:

" Premièrement, nous avons besoin de connaître comment varie la masse de l'enfer avec le temps. Nous avons besoin de connaître à quel taux les âmes entrent et sortent de l'enfer. Je pense que nous pouvons assumer sans risque qu'une fois entrées en enfer, les âmes n'en ressortiront plus. Du coup aucune âme ne sort.

De même pour le calcul du nombre d'entrées des âmes en enfer, nous devons regarder le fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde aujourd'hui. La plupart de ces religions affirment que si vous n'êtes pas membre de leur religion, vous irez en enfer. Comme il existe plus d'une religion exprimant cette règle, et comme les gens n'appartiennent pas à plus d'une religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont en enfer...

Maintenant, regardons la vitesse de changement de volume de l'enfer parce que la Loi de Boyle spécifie que «pour que la pression et la température restent identiques en enfer, le volume de l'enfer doit se dilater proportionnellement à l'entrée des âmes». Par conséquent cela donne deux possibilités:

1) si l'enfer se dilate à une moindre vitesse que l'entrée des âmes en enfer, alors la température et la pression en enfer augmenteront indéfiniment jusqu'à ce que l'enfer éclate.

2) si l'enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d'entrée des âmes en enfer, alors la température diminuera jusqu'à ce que l'enfer gèle.

Laquelle choisir ? Si nous acceptons le postulat de ma camarade de classe Jessica m'ayant affirmé durant ma première année d'étudiant «Il fera froid en enfer avant que je couche avec toi», et en tenant compte du fait que j'ai couché avec elle la nuit dernière, alors l'hypothèse doit être vraie. Ainsi, je suis sûr que l'enfer est exothermique et a déjà gelé… Le corollaire de cette théorie c'est que comme l'enfer a déjà gelé, il s'ensuit qu'il n'accepte plus aucune âme et du coup qu'il n'existe plus... Laissant ainsi seul le Paradis, et prouvant l'existence d'un Etre divin, ce qui explique pourquoi, la nuit dernière, Jessica n'arrêtait pas de crier "Oh....mon Dieu !...."

Pardon pour la touche machiste finale. Il reste que cet étudiant est le seul ayant reçu la note 20/20)


L'Europe puissance, un objectif refondateur pour les gauches européennes (en discussion interne)

Résumé. Certains éditorialistes estiment aujourd’hui que les partis socialistes européens devraient redéfinir ce que signifie la gauche, afin de l’adapter à l’évolution du monde. Le besoin de refondation est particulièrement ressenti en ce qui concerne le parti socialiste français, mais on peut penser qu’il intéresse l’ensemble des social-démocraties européennes. Si nous excluons le retour à l’extrême-gauche comme la fuite dans l’altermondialisme, qui ne peuvent être en aucun cas des options de gouvernement, que reste-t-il cependant à la gauche comme objectif refondateur. Nous défendons ici l’hypothèse que l’Europe n’étant pas capable aujourd’hui d’affronter la grande crise mondiale qui s’annonce, aux plans environnemental, économique et politique, les gauches européennes n’auront de crédibilité que si elles proposent des solutions permettant aux peuples européens d’y survivre dans les meilleures conditions.

A cette fin, nous pensons que c’est le concept d’Europe puissance – on pourrait reprendre aussi celui de Forteresse Europe si le terme n’était pas trop marqué d’esprit défensif – qui serait le mieux capable de mobiliser les gauches européennes. Observons d’emblée que cet objectif pourrait, et c’est heureux, mobiliser aussi ceux qui à droite comme au centre ne veulent pas s’abandonner aux mécanismes destructeurs de l'ouverture sans protections aux capitaux spéculatifs internationaux et aux importations non contrôlées. C'est ce type de libéralisme ou laisser-faire qui est en effet principalement défendu par les super-puissances rivales de l’Europe. Elles ne se l'appliquent pas à elles-mêmes mais elles s’en servent pour démobiliser leurs adversaires.

Concernant les institutions européennes, le concept d'Europe-puissance se traduirait par la mise en place d'instruments capables d'élaborer une planification écologique et une planification industrielle. L'une et l'autre se traduiraient par un "néo-dirigisme" ou "néo-colbertisme" européen, capable d'imposer des politiques communes, telles que la fiscalité écologique ou la mise en place de "champions" européens. Les mots employés ici, plnification, dirigisme, colbertisme, sont mis entre guillemets, car ils peuvent évoquer les politiques européennes d'après la seconde guerre mondiale, qui transposées en l'état, n'auraient pas de sens. Il ne faut pas se dissimuler en effet qu’une telle politique d’Europe-puissance pourrait entraîner des pratiques interventionnistes obsolètes. Beaucoup d’Européens n'en veulent pas car l'intitulé de cette politique leur rappelle les dictatures fascistes d'avant-guerre, les dirigismes d’après-guerre et plus encore le communisme stalinien au pouvoir pendant quarante ans à l’Est de l’Europe.

Les défenseurs de l’Europe-puissance doivent donc montrer qu’un tel objectif demanderait la mise en œuvre de méthodes entièrement renouvelées de gouvernement et de gestion économique, Il faudra proposer de nouvelles institutions, capables de leur donner la portée stratégique nécessaire. Alors les gauches de gouvernement (celles qui ont répudié toute référence au marxisme) pourraient y retrouver leurs valeurs et se rapprocher au moins tactiquement de ceux qui, au sein des partis européens de droite et du centre, se montreraient soucieux de la grandeur de l'Europe comme le Gaullisme l'était en son temps de la grandeur de la France.

La gauche de gouvernement, ou social-démocratie, se définit par des valeurs morales et comportementales. Elle n’en a pas le monopole mais elle les exprime avec une force particulière, en essayant de les mettre en pratique. Cependant, pour la grande majorité des citoyens, sympathisants ou non, elle se caractérise aussi et surtout par des objectifs politiques, principalement dans le domaine économique et social. Ces objectifs la distinguent clairement du libéralisme défendu par la droite classique. Dans les deux cas, il convient de s’interroger sur les mises à jour et actualisations qui s’imposent à la gauche, en France d’abord, mais aussi en Europe. Nous nous intéresserons dans cet article au point qui parait le plus difficile, la redéfinition des objectifs politiques des social-démocraties européennes, tels qu’elles pourront les présenter aux électeurs dans les futures campagnes électorales. L’article se place par facilité dans le cas français, mais nous voudrions que l’approche proposée puisse être comprise et discutée par l’ensemble des social-démocraties européennes.

Les Trente Glorieuses sont définitivement derrière nous

Jusqu’à la fin des Trente Glorieuses (années de reconstruction ayant suivi en France la fin de la seconde guerre mondiale) les objectifs politiques du socialisme, dans lequel se reconnaissait la gauche de gouvernement française (c’est-à-dire ayant de fait sinon dans le discours renoncé à la dictature du prolétariat et autres éléments de la vulgate marxiste) étaient simples à formuler et semblaient entrer dans le domaine du réalisable. Il s’agissait, en simplifiant, de défendre les revenus salariaux et, plus généralement, d’assurer une meilleure répartition des revenus globaux en faveur des plus démunis. La France disposait d’un secteur productif privé relativement dynamique. Il paraissait donc possible de chercher à imposer aux entreprises une politique des salaires et des mesures fiscales destinées à un meilleur partage des bénéfices de l’activité économique. La France disposait parallèlement d’un fort secteur productif public, mis en place à la Libération en conformité avec le point de vue "interventionniste" défendu dès 1936 puis à la Libération selon lequel le secteur public est le mieux à même d’investir pour le long terme et dans les domaines non susceptibles de profits capitalistes. Ce secteur public productif était protégé de la concurrence par un statut juridique lui assurant de larges monopoles. On pouvait donc faire appel à lui pour pallier certaines inégalités. Enfin, des organismes sociaux également publics, financés par des prélèvements obligatoires, mutualisaient la couverture des risques. Les diverses composantes du secteur public ainsi décrites finançaient une partie de leurs dépenses grâce à des prélèvements obligatoires (subventions budgétaires, tarifs aménagés…).

Un système d’économie mixte privé-public, très différent évidemment de l’économie administrée sur le modèle communiste qui à l’Est commençait à entrer en crise profonde, assurait donc à la fois la croissance économique et la protection sociale (Etat Providence). La droite venue au gouvernement dès le début des années cinquante puis sous le Gaullisme n’avait pas tenté de revenir sur cet équilibre. Elle n’avait pas cherché initialement à privatiser massivement le secteur public ni à réduire les réglementations protectrices dont il disposait. L’opposition de gauche, de son côté, dans sa composante social-démocrate, ne réclamait pas d’étendre le domaine de l’économie dite administrée. Elle se bornait, pour répondre aux « revendications » de ses électeurs, à demander que s’accroissent la part des revenus salariaux (la hausse du SMIG) et le montant des prestations sociales. Satisfaire avec prudence à ces demandes, afin de ne pas provoquer d’inflation, considérée depuis la guerre comme le mal absolu, ne paraissait pas susceptible de diminuer la compétitivité des entreprises privées et publiques. Protégées de la concurrence extérieure, celles-ci avaient de la réserve et pouvaient, même confrontées à un accroissement modéré de leurs charges, continuer à investir et à se développer. Ainsi, au travers d’inévitables turbulences, le modèle français, tant économique que social, paraissait durable.

Explosion de la concurrence internationale

Les difficultés ont commencé lorsque, sous l’effet de la concurrence internationale, provenant initialement des entreprises géantes américaines, un certain nombre d’industries stratégiques et de services publics français ont perdu des marchés, à l’extérieur et surtout à l’intérieur. Parallèlement, les protections douanières et fiscales qui contrôlaient l'entrée des biens et services sur le territoire national ont été abaissées sous la pression politique des Etats-Unis. Enfin le marché des capitaux a été progressivement ouvert. Obliger les Etats européens à supprimmer les protections réglementaires était devenu en effet pour les Etats-Unis un véritable objectif de guerre économique, comme il l'avait été au 19e siècle pour le patronat européen vis-à vis des pays que l'on n'appelait pas encore le tiers-monde. Il fallait pénêtrer sans barrières les marchés intérieurs et détruire les résistances provenant d’entreprises nationales plus petites. La Communauté Européenne, dont nous avons montré par ailleurs qu’elle avait été en grande partie encouragée par les Américains afin de les aider à imposer un grand marché ouvert, a joué sans hésiter le jeu du laisser-faire, au détriment d’économies qui, comme celle de la France, restaient en grande partie « régulées » .

Certes l’ouverture des marchés a permis diverses restructurations économiques et une élévation indéniable des niveaux de vie. Mais cela ne pouvait être durable. Sous la pression de la concurrence extérieure, réductions d’emploi, baisses de salaires, diminution des recettes fiscales et finalement accroissement des déficits budgétaires et de la dette publique devenaient désormais inévitables. Dans le même temps, la demande de biens de consommation qui ne cessait de se développer, sous l’influence d’un mode de vie gaspilleur encouragé en Europe par les industries culturelles américaines, ne pouvait plus être satisfait par l’offre intérieure. La demande se portait donc sur les biens et services importés, au détriment de la balance commerciale. Un cercle vicieux s’est alors instauré, plus particulièrement en France et dans les Etats européens du sud, cercle vicieux caractéristique des pays sous-développés.

Ce cercle vicieux se caractérisait et se caractérise encore par deux mécanismes complémentaires : la consommation intérieure s’adresse de plus en plus aux produits d’importation parce que les entreprises nationales ne sont pas de taille à répondre à la concurrence par la baisse de leurs prix de vente et la recherche de nouveaux produits – le secteur public économique et les administrations sociales ayant perdu l’essentiel de leurs recettes du fait de la baisse des impôts elle-même entraînée par l'évaporation de la matière imposable ne peuvent plus maintenir les grands investissements publics et le niveau de prestations estimés nécessaires par l’opinion. Accroissement des déficits, dévaluations, fuite du capital et des cerveaux à l’étranger en découlent inexorablement. Dans ces conditions, les revendications de la gauche, qui continuent à demander une hausse des salaires et du niveau de vie des plus défavorisés, paraissent de plus en plus irréalistes. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de production nationale pour répondre à la demande et que l’on ne peut indéfiniment acheter à crédit les produits étrangers. C’est dans le domaine des technologies de l’information et des produits high-tech que ce mécanisme de désindustrialisation et de perte de compétence s’est fait le plus rapidement et le plus cruellement sentir, dès le début des années 1980.

Dans les décennies suivantes, le mécanisme s’est accéléré, aboutissant à l’état d’horreur économique décrit par Viviane Forrester. Ce ne fut plus seulement la concurrence des multinationales américaines qui a contribué à ruiner les potentiels productifs nationaux, mais celle des entreprises à bas salaires asiatiques parfois installées aux portes de l’Europe. Les économies européennes, à l'exception d'un miracle allemand spécifique et fragile, ont désormais perdu une grande partie de leur compétitivité. L’économie mixte à la française et le modèle social français en découlant furent les premières victimes de la mondialisation de la concurrence et de l’entrée en masse des acteurs asiatiques.

Edgar Morin, dans un entretien avec Luc Ferry sur la complexité (Le Monde 2, 05/05/07) emploie à plusieurs reprises le terme d’esclavagisme (entreprises esclavagistes, économies esclavagistes) pour désigner les concurrents asiatiques des entreprises et économies européennes Il condamne ainsi des salaires plus de 100 fois inférieurs aux nôtres, le travail des enfants et plus généralement l’existence d’une réserve de main d’œuvre quasi inépuisable et prête à accepter n’importe quelles conditions de travail pour survivre. Dans ces conditions, comment résister à la concurrence ? Nous pensons pour notre part qu’il est sérieux de stigmatiser les pays qui font un vaste appel à leur réserve de main d’œuvre soit pour conduire de grands travaux (Le barrage des Trois Gorges, par exemple) soit pour fabriquer des produits manufacturés à bas prix.

Nous préférerons pour notre part réserver le terme d’esclavagistes aux entreprises plus ou moins clandestines installées en Europe qui emploient une main-d’œuvre immigrée, au mépris des réglementations du travail européennes, afin de fabriquer des produits souvent contrefaits et vendus en fraude. Que la Chine ou l’Inde (sans parler du Pakistan, du Bangladesh ou de l’Indonésie) disposent de centaines de millions de travailleurs potentiels susceptibles de travailler pour moins de 1 dollar par jour ne relève pas à cet échelle d’un quelconque délit d’esclavagisme ni de la part des entreprises asiatiques ni de celle des Etats. C’est un phénomène systémique mondial, d’ailleurs sans doute catastrophique au regard de l’avenir de la civilisation européenne si celle-ci ne fait rien pour se défendre. Il résulte d’une démographie non maîtrisée voire encouragée par certains mouvements politiques et religieux de combat. Autrement dit, c’est une des formes par lesquelles se manifeste la fragilisation de la position de l'Europe par rapport au reste du monde.

L’ Europe-puissance

Certains Occidentaux voudraient que les pays asiatiques réglementent leur marché du travail afin d’éliminer des concurrences qu’ils jugent déloyales. Mais ce serait aussi vain qu’attendre d’eux qu’ils réévaluent leur monnaie et limitent leur production pour diminuer les tensions sur les matières premières ou la production des gaz à effet de serre. La seule attitude réaliste, concernant les Européens, consisterait à mettre en place et blinder une Europe puissance 1) capable de résister à la concurrence asiatique. C'est ce que les Etats-Unis ont entrepris depuis un certain temps pour leur compte, avec le concept de "global dominance" qu'ils s'appliquent à eux-mêmes..
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Il ne s’agirait pas pour l'Europe, tâche impossible, d’interdire a priori les délocalisations ou les importations de produits à bas coûts. Il faudrait par contre que les Européens conduisent plusieurs politiques concourantes, bien loin du libéralisme actuel :

* créer et rendre fort un gouvernement économique de l’Europe capable de rationaliser en interne les activités productives et de les protéger, en tant que de besoin, par une frontière extérieure réellement étanche.

* investir massivement dans la recherche et la formation afin de reprendre la tête de la course à la connaissance et aux activités à forte valeur ajoutée (Stratégie dite de Lisbonne).

* mettre en place des politiques industrielles et d’exportation agressives dans les secteurs stratégiques.

* admettre enfin, ce qui sera le plus difficile, de financer de tels investissements par une épargne forcée portant sur les consommations gaspilleuses ou les produits importés dont le caractère dérogatoire à nos réglementations aura été reconnu. D’une façon générale, une décroissance des consommations non vitales devra être encouragée et les revenus ainsi dégagés réinvestis dans de grands programmes industriels et scientifiques.

Dès aujourd'hui et de plus en plus dans les prochianes années, ceci devrait se traduire par plusieurs séries de "politiques communes" de nature "dirigiste". La plus importante concernerait un dirigisme écologique et environnemental, seul capable d'inscrire l'Europe en tête dans la lutte contre le réchauffement climatique et la restauration des équilibres naturels, notamment en matière de biodiversité. La seconde viserait à constituer ou reconstituer des champions européens, dans les domaines industriels ou de service jugés indispensables à la survie à long terme d'une Europe indépendante. Il faudrait aussi, pour éclairer ces politiques, se donner les moyens d'évaluation et de prévision nécessaires, tel un grand Commissariat au plan européen.

Si ceci était fait, l’Europe dans sa totalité pourrait négocier, sinon de puissance à puissance, du moins avec de meilleures chances d’être prise au sérieux, avec la Chine, l’Inde et bien d’autres concurrents, les Etats-Unis en premier, chez qui de telles politiques régaliennes (dites de puissance) sont considérées comme allant de soi. Une politique de puissance, pour l'Europe, ne consisterait pas à refuser les investissements ou les importations asiatiques ou américains. Elle viserait par contre à ne rien concéder sans contreparties, ni sur le plan du commerce extérieur, ni sur celui du marché des capitaux. Dans des négociations globales débouchant sur des accords à long terme où chacun des partenaires trouverait des avantages, on pourrait espérer à la fois sauvegarder et enrichir l’emploi européen et contribuer à diminuer, dans les pays émergents, la masse flottante des salariés à 1 dollar par jour.

Mais on le voit, tout ceci est bien loin du libéralisme à tout va imposé à l’Europe par les puissances dominantes, pour qui ce libéralisme est une arme de guerre économique. Il est bien loin aussi de l’état d’esprit des opinions européennes, vis-à-vis notamment de la construction d’institutions capables de contribuer à la mise en place de l'Europ puissance ainsi esquissée.

L’Europe-puissance et les gauches européennes

Pour les gauches européennes, comme plus particulièrement pour la gauche de gouvernement française, représentée principalement par le parti socialiste, la situation ainsi décrite, qu’il serait vain de discuter, pose évidemment la question de la mise à jour des programmes sociaux-démocrates, auxquels de moins en moins d’électeurs font confiance. Il faudrait d'abord, pour la clarté des esprits, répudier clairement toutes références au marxisme léniniste. Faut-il demander au parti socialiste français d'aller ainsi clairement à Canossa, alors que pratiquement les références marxistes ne sont plus jamais utilisées pour justifier les choix poliitiques. Oui, car dans un certain nombre d'esprits situés à la gauche de la gauche, elles demeurent encore vivaces et condamnent ceux qui les défendent encore à l'irréalisme. Pour ce qui concerne les programmes politiques concrets, la même mise à jour d'impose. Elle a été demandée implicitement par une partie des dirigeants socialistes français. Il ne sert plus à rien de réclamer , surtout si c’est au sein de chacun des pays européens pris isolément, l’augmentation des salaires et de la protection sociale, elles-mêmes financées par une élévation des impôts. Il ne sert pas davantage de demander aux services publics, quand il en reste, dont les équilibres sont de plus en plus compromis, d’améliorer leurs prestations au service des plus défavorisés. A quoi bon enfin réclamer une augmentation sensible des budgets de recherche/développement si rien n'est fait pour procurer des ressources en contrepartie de ces nvestissements, aujssi nécessaires qu'ils soeint. Les agents économiques vers lesquels des gouvernements de gauche se tourneraient pour financer ou réaliser ces programmes s’évanouiraient immédiatement dans la nature. De tels objectifs ne pourraient être poursuivis qu'au sein d'une entité politique européenne globale, où ils seraient la contrepartie de politiques économiques et industrielles ambitieuses, destinées à restaurer des sources de richesses - c'est-à-dire tout le contraire des dérégulations et du libéralisme aujourd'hui présentés comme la seule solution de redressement possible pour l'Europe.

La social-démocratie, si elle renonce à des revendications utopiques, ne doit pas cependant prendre acte de l’apparente victoire du libéralisme mondialisé et rejoindre le discours de la plupart des droites européennes. Selon ce discours, il faudrait libérer les entreprises installées en Europe de toutes contraintes fiscales et sociales, renoncer aux services publics, même essentiels, pour les privatiser aux mains des entrepreneurs privés internationaux qui y verraient l’occasion d’y faire du profit spéculatif (au mépris évidemment de l’idée même de service public), et finalement n’encourager les activités économiques que dans les domaines ne demandant que peu d’investissement et de recherche, comme les services financiers et la distribution en Europe des produits et services conçus et fabriqués par des non-européens. Ces dernières années, ce fut un peu là le modèle anglais de développement, sur lequel d’ailleurs les Britanniques semblent en train de revenir. Mais il est évident que l’Europe ne peut compter sur de tels programmes pour conserver son identité, son indépendance et ce qui lui reste de puissance. Sans industrie et sans recherche/développement, pas d’avenir pour l’Europe, comme l’écrit justement Jean-Louis Levet (Economica, 2006). Aucun pays européen, fut-il pour le moment un peu mieux loti que les autres, comme l’est l’Allemagne, ne trouvera de schémas durables de développement en faisant confiance aux capitaux spéculatifs internationaux.

Nous sommes pour notre part persuadé que la solution résumée par le concept d’Europe-puissance s'appuyant sur des technologies elles-mêmes de puissance (défendu en particulier par l’association Paneurope-France) serait seule capable de sauver l’Europe. Le terme a été caricaturé par les libéraux mais la chose n’aurait rien d’original puisque, comme nous l’avons indiqué, il s'agit d'une solution déjà adoptée, depuis longtemps, par les grandes puissances, Etats-Unis et Chine en tête. Pour ce qui concerne la France, cette solution ferait appel aux traditions conjuguées du Gaullisme industriel et des grands programmes de la reconstruction post-1945, confiés à un secteur public regroupant les meilleurs compétences en matière grise dont la nation peut se flatter de disposer. Le secteur privé pourrait s'occuper du reste. Il ne manquerait pas de travail.

S’agirait-il alors d’une perspective de droite ou d’une perspective de gauche. Elle ne serait certainement pas de droite au sens classique car elle répudierait un libéralisme de démission consistant à abandonner aux acteurs économiques étrangers tous les secteurs d’avenir. Mais elle ne serait pas non plus de gauche au sens classique, car ses priorités ne serait pas la croissance de la consommation et la distribution des revenus, sauf pour pallier aux inégalités les plus criantes. Il s’agirait d’abord d’être productif et productiviste, ce qui signifierait travailler beaucoup, innover plus encore, investir dans les technologies émergents et, pour épargner, limiter au maximum les consommations somptuaires. Rappelons que de tels objectifs seraient parfaitement adaptés au monde de demain, où la crise environnementale mondiale exigera que l’Europe, comme les autres grands ensembles géo-politiques, s’oriente vers une véritable économie de guerre.

La gauche française pourrait-elle se rallier à de tels objectifs sans abandonner ses valeurs? Pourquoi pas ? Pourrait-elle convaincre les autres gauches européennes de la suivre dans cette voie, très inspirée d’un vieux colbertisme à la française qui fera peur à nos voisins dont la fibre social-démocrate est bien moins ambitieuse ? Peut-être, si les Français présentent les choses sans a priori dogmatiques.

Mais il y a plus et mieux. Nous pensons que les solutions raisonnables esquissées ci-dessus afin de construire l’ Europe-puissance, pourraient rallier une majorité des partis de gouvernement de droite et du centre, en France comme en Europe. L’approfondissement de la crise environnementale rendra à leurs yeux le libéralisme pur et dur de plus en plus insupportable. Les divergences d’approche entre gauche et droite ne disparaîtraient pas pour autant, mais elles ne porteraient que sur des points limités. Une gouvernance de salut public pourrait au contraire rassembler tous les Européens, de gauche comme de droite, désireux de sauver la patrie européenne commune à laquelle ils ont la chance d’appartenir 14/05/07.

1) Certains emploient le terme de Forteresse Europe, un peu dangereux car il semble centré sur des attitudes purement défensives.


Etats et religions unis dans les nouvelles guerres de conquête

L’Europe pendant des siècles a envoyé prêtres et soldats sous les mêmes bannières pour conquérir des territoires ou des zones d’influence, suivant d’ailleurs en cela l’exemple le plus connu, celui des Arabes en méditerranée. Aujourd’hui, les pays européens n’ont plus d’ambitions territoriales et le principe de laïcité ne leur permet plus – en principe - d’appeler les religions à soutenir leurs politiques diplomatiques.

Mais l’Europe est seule dans ce cas. Cela la désavantage manifestement face aux grandes manoeuvres expansionnistes de ceux qui lui disputent ce qui lui reste de richesse et de puissance. On sait depuis longtemps que les Etats musulmans et leurs militants islamiques s’efforcent de pénétrer par divers moyens les pays européens. Ceux-ci se défendent mal car dans leur souci de respecter la liberté des croyances ils laissent s’implanter des cellules visant ni plus ni moins qu’à la conquête de nouveaux territoires.

Mais on sait moins que d’autres Etats puissants utilisent aussi les religions pour étendre leur influence. Ne mentionnons pas la Chine et l’Inde plus loin de nous pour le moment. Limitons nous à l’actualité. La visite du pape au Brésil est clairement motivée par le fait que les Etats-Unis, un moment écartés de l’Amérique Latine, sous l’influence des mouvements révolutionnaires ou de la théologie (catholique) de la libération, sont en train d’y revenir sur une grande échelle par l’intermédiaire des religions méthodistes, pentecôtistes et évangéliques. Celles-ci, avec des méthodes proches de celles des sectes, sont importées d’Amérique du Nord et véhiculent l’influence économique, politique et culturelle des Etats-Unis. Il n’est pas impossible qu’elles s’attaquent ultérieurement, à plus grande échelle qu’actuellement, à l’Europe. Nous aurons donc à nous défendre, non seulement de la culture coca-cola et microsoft, mais de la culture des méga-churchs.

L’Eglise catholique d’origine américaine et les sectes véhiculées dans sa mouvance ont déjà d’ailleurs compris la leçon et commencé à s’attaquer à l’Europe, comme le montrent les méthodes de recrutement inadmissibles déployées notamment à l’égard des jeunes européens par de prétendus nouveaux missionnaires auto-proclamés.

On objectera que le Département d’Etat n’intervient pas directement pour pousser en avant les mouvements religieux américains, afin de reprendre le contrôle des opinions, en Amérique latine et en Europe. Pourtant ces mouvements disposent de beaucoup d’argent venant de fondations liées à l’establishment économique et politique nord-américain. Ces sommes font le pendant aux centaines de millions de pétro-dollars versés par les Etats du Golfe pour aider à la dissémination de l’Islam.

On voit que les laïques, en Europe, ont beaucoup de soucis à se faire. Bientôt ils ne seront plus que quelques attardés ne comptant que sur les lumières de la raison pour sauvegarder l’indépendance de nos institutions face aux fondamentalistes de toutes obédiences. 11/05/07


Hypothèses sur les raisons de l'échec de Ségolène Royal (texte provisoire, en discussion interne).

Voilà. Ce que laissait craindre la précédente chronique s'est réalisé. Le vote de la France s'est droitisé. Cela n'a rien de nouveau, car pratiquement sans interruption depuis la 2e Guerre mondiale la gauche a perdu les élections - si on laisse de côté l'intervalle Mitterand qui ne représentait pas un véritable succès de la gauche de coeur. Ceci oblige donc à s'interroger sur les raisons de ce nouvel échec.

Beaucoup de nos correspondants, y compris des femmes, ont dit n’avoir pas voté pour SR (elles ont voté pour Bayrou ou blanc au second tour), non pas par hostilité pour elle mais par un refus du PS et de son programme. Ces personnes n’étaient pas pour autant convaincues par le programme Sarkozy et elles ne le sont toujours pas. Cela pose une question, plus actuelle que jamais : que peut-être un programme de gauche pour la France d’aujourd’hui et en quoi un tel programme peut-il avoir assez de poids pour ne pas laisser entièrement le champ libre à la droite. Accessoirement, cela pose aussi la question de savoir si dans le programme de la droite, existent des objectifs qui pourraient être commun à ceux d’un programme de gauche, ainsi redéfini.

Bien entendu, la France n’étant pas seule en Europe et l’Europe n’étant pas seule dans le monde, formuler des propositions sur un programme de gauche renouvelé suppose de se placer en priorité sur ces deux plans : le plan mondial et le plan européen. Il ne serait pas prudent ici d’apporter à chaud des propositions sur ces diverses questions. Tout au plus peut-on faire quelques observations.

1. Concernant le PS et le refus qu’il suscite désormais chez trop d’électeurs. L’action de SR a été handicapée par les personnalités contestées qui se rangeaient derrière elle et qui auraient profité de son succès pour exercer le pouvoir sur des bases politiciennes, sans visions, par pur opportunisme. Leur échec était prévisible. Les éléphants dont on pressentait le retour, Fabius le traître et même Strauss-Kahn, qui tous deux sous un soutien apparent lui disputaient le rôle, n’étaient plus acceptables. Aucune idée neuve, même venant du second cité, DSK, n'avait été formulée. Ni eux ni le PS plus généralement n’avaient préparé le nouveau programme que le parti se devait de présenter. Ils se sont bornés à reprendre l’ancien programme, dont la plupart des dispositions étaient obsolètes, contradictoires et irréalisables. Chacun le sentait. Quand on veut gagner une élection, on s’y travaille longtemps à l’avance, et de façon aussi scientifique que possible. La sanction de l’impréparation a été qu’aucune stratégie à long terme, concernant les grandes questions de l’époque, n’ont été abordées.

Mais, qui, au PS, serait aujourd’hui capable de proposer un nouveau programme sur des bases qui paraîtraient stratégiquement crédibles au plan social, institutionnel, technologique, diplomatique et qui ne soit pas seulement la transposition d’un programme de droite ? Si de telles personnes existent, elles auraient intérêt à se faire connaître et commencer à travailler en toute clarté.

On objecte déjà que les électeurs se moquent des grandes idées et veulent être maternés, fut-ce par des promesses que personne ne tiendra. Nous ne le croyons pas. D'une part les électeurs ne sont pas idiots. D'autre part, l'opinion est faite par celle de quelques personnes capables de recul et de sens critique. Si celles-là ne sont pas convaincues, personne ne l'est.

2. Concernant SR elle-même. Des insuffisances évidentes l’ont décrédibilisée, malgré ses très grandes qualités et son effort évident de renouvellement du jeu politique. Outre qu’elle a supporté avec trop de patience le sabotage de sa campagne, évoqué ci-dessus, mené par de nombreux hiérarques du PS, elle a montré elle aussi une grande impréparation. Affirmer que l’on ne peut pas résoudre à l’avance toutes les questions et qu’il faut en discuter dans le cadre d’institutions politiques renouvelées est une bonne chose. Ne pas paraître avoir réfléchi aux grands enjeux du monde et du moment en est une autre. Trancher de questions difficiles avec assurance n’est pas meilleur. Elle a affiché une priorité au social et au compassionnel qui se justifie, mais qui tourne à l’incantation si cette priorité ne s’insère pas dans des perspectives stratégiques capables de la soutenir. Aucune des stratégies de puissance, aucun des grands programmes technoscientifiques qui permettraient à la France, comme à l’Europe, de défendre ses valeurs face à des superpuissances qui ne lui veulent aucun bien, n’ont été évoqués. Cafouiller sur la défense, sur le nucléaire, sur l'environnement, en ne s’élevant pas au dessus du niveau zéro de la « pensée » d’un José Bové, ne pouvait que déconsidérer SR vis-à-vis de l’électorat des cadres, des ingénieurs et des chercheurs, jeunes ou moins jeunes. Espérer recueillir les voix de l’extrême-gauche sans critiquer l’irréalisme voire le nihilisme trotskyste de leurs propositions n’était pas davantage acceptable.

Des enquêtes post électorales montrent qu’une grande partie des voix qui se sont portées sur Sarkozy proviennent des retraités et personnes âgées (sauf d’une importante frange de jeunes adultes insérés ou voulant s’insérer dans la vie active), des commerçants, artisans et agriculteurs, de la France rurale en général. Aussi légitimes que soient ces populations à faire valoir leurs intérêts, on ne peut accepter qu’elles mènent seules le jeu. Or dorénavant elles risquent de peser lourdement sur la nouvelle majorité et de droitiser encore plus sa politique, dans le sens d’un conservatisme et d’une méconnaissance du monde global qui serait mortel pour la nation toute entière. Les futures élections à l’assemblée nationale ne feront que renforcer leur poids politique. Ainsi le changement voulu par Nicolas Sarkozy se transformera en véritable révolution conservatrice, dans ce qu’elle aurait de plus stagnant et moisi, selon l’expression de Philippe Sollers.

Mais la gauche à son tour ne pourra continuer à recueillir l’appui des jeunes, des cadres, des « élites urbaines » en général que si elle leur offre des perspectives concrètes où ceux qui veulent s’investir dans des stratégies gagnant-gagnant, selon l’expression, pourraient dès maintenant se rassembler et pousser à la prise de bonnes décisions. Sinon ces citoyens n’auront pas d’autres issues que rallier la droite, au moins dans ce qu’elle aurait de moderne.

3. Concernant un nouveau programme de gauche. Sans doute sous l'influence d'un esprit scientiste que l'on nous reprochera, nous pensons ici que la gauche de demain, en France comme en Europe, ne pourra construire un programme politique crédible sans l’appuyer sur une vision aussi scientifique que possible du monde, de l’évolution des systèmes biologiques et environnementaux, des affrontements entre super-organismes, du rôle actuel et futur de l’humain. Sur cette base, il faudra discuter de ce que signifie l’action volontariste, c’est-à-dire la capacité qu’ont les discours politiques et les programmes s’appuyant sur eux à modifier l’équilibre entre les forces en présence.

De plus, pour compliquer l’approche, se sera d’abord à propos de l’Europe et de la place que la France devrait y tenir que ces problématiques devraient être évoquées. Un socialisme franco-français serait impuissant, fut-il fait d'idées géniales. Il faut convaincre tous ceux qui en Europe n'acceptent pas le libéralisme et le capitalisme sans frontières que d'autres solutions sont possibles, refusant cependant l'irréalisme de l'alter-mondialisme. Vaste programme dira-t-on, et pas près d’aboutir. Sans doute, mais cela n'interdit pas d'essayer. Aujourd’hui, dans la société de l’information, ceux qui ont des idées peuvent au moins les exposer et les faire discuter.

Ajoutons que très probablement un tel programme d’action « scientifique » élaboré par la gauche intelligente regrouperait en grande partie ce que pourraient proposer des programmes également « scientifiquement » étudiés par la droite et du centre – ceci au moins quant à leurs aspects pratiques. Le contraire serait d’ailleurs inquiétant. 07/05/07
- 11/05/07


Les indécis ne devraient plus avoir de raison de douter face au choix de société proposé par Ségolène Royal

Le débat télévisé du 2 mai devrait selon moi donner un net avantage à Ségolène Royal sur Nicolas Sarkozy, au moins vis-à-vis des électeurs encore indécis qui se donnent la peine de réfléchir et ne votent pas à droite par tradition.

Sur la forme :

Ségolène Royal a montré que loin de s’effondrer face à un débateur réputé redoutable, elle tenait bon et mieux, prenait quand il fallait l’offensive. Autrement dit, son profil de chef d’Etat, capable d’affronter les crises les plus difficiles, souvent mis en doute y compris chez ses amis, s’est trouvé renforcé.
Nicolas Sarkozy a certes évité de trop montrer son caractère tranchant et autoritaire, ce dont ses supporters se félicitent. Mais son ton relativement apaisé du moment était plus inquiétant que rassurant. On pouvait penser qu’il s’agissait d’une consigne qu’il s’était donné pour l’occasion et, qu’en cas de succès à la présidentielle, il l’abandonnerait vite pour revenir avec une assurance renforcée à son autoritarisme.

Sur le fond :

Ségolène Royal a été la seule à évoquer les grandes perspectives stratégiques du futur. Elle l’a fait très vite, parce que les offensives de son adversaire ne lui en laissaient guère le temps, mais elle l’a fait. Ce faisant elle a montré sa conviction profonde dans ces domaines : la recherche scientifique, l’écologie, la lutte contre le réchauffement climatique, l’éducation, le dialogue avec les partenaires européens, etc. Par ailleurs, elle a proposé à nouveau sa vision de l’Etat de demain : négociateur, s’appuyant sur les organisations professionnelles et les collectivités locales, n’ayant pas réponse à tout d’emblée…mais cependant capable de défendre quand il le faudra les grandes valeurs de la République et de la démocratie – y compris en préservant les services publics.

Nicolas Sarkozy n’a rien fait de tout cela. Il s’en est tenu aux quelques mesures répétées jusqu’à la nausée et dans lesquelles il prétend trouver un remède à tous les maux : libérer et détaxer les heures supplémentaires, supprimer la moitié des fonctionnaires, diminuer les impôts portant sur les contribuables les plus aisés…

Le sort du vote sera-t-il changé par ce débat ? Espérons le. Mais en France le poids des conservatismes est si fort que ceux désireux d’éliminer une vraie réforme politique, telle que définie par Ségolène Royal, l’emporteront vraisemblablement. Il suffit de voir l’empressement pour courir à la soupe mis par les parlementaires de l’UDF, ex-amis de Bayrou. Ce serait bien dommage pour la France. 03/05/07, 09h.


Un rapport de diplomates français pour l'intervention active au Moyen Orient

Par un texte publié sur Internet, des diplomates français demandent au futur président de la République d'adopter en urgence une politique volontariste au Moyen-Orient. Ce rapport, à quelques transpositions près, devrait intéresser tous les membres de l'Union européenne.
Dans une démarche encore inhabituelle mais que nous ne pouvons qu'approuver, un groupe de diplomates français en activité a publié sur Internet, au nom d'Avicenne, un rapport destiné au futur président de la République. Ce rapport incite à une politique volontariste de la France au Moyen-Orient et au Maghreb.

Il saute aux yeux, à la lecture du texte, que les considérations et les propositions qu'il contient seraient recevables, non seulement par le président de la République Française, mais par les Institutions européennes et les autres Etats-membres. L'Union européenne, même si elle n'est pas dans sa totalité aussi impliquée que la France dans les événements dramatiques qui se déroulent au Moyen-Orient, ne peut leur rester indifférente. Il lui faut savoir, au-delà des discours compatissants et des condamnations verbales, intervenir directement dans le traitement des problèmes globaux nés des échecs de l'intervention américaine dans cette zone. Ce ne sont pas seulement la France et les Etats méditerranéens de l'Union qui sont concernés, mais l'Union toute entière. Celle-ci subira de plein fouet les conséquences de l'aggravation permanente de la situation au Moyen -Orient et de la contamination qui en découle pour le Maghreb.

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des propositions présentées par les diplomates français. Il suffit d'inciter nos lecteurs à les lire, en remplaçant chaque fois que nécessaire le mot France par celui d'Europe (d'Europe à vingt-sept). Bien entendu, la participation au règlement du conflit israélo-palestinien s'imposera en priorité. Mais c'est plus généralement tous les équilibres (ou déséquilibres) dits euro méditerranéens qu'il conviendra d'aborder. Un tel programme devrait constituer la première priorité de la politique étrangère et de sécurité commune qui pourra résulter de la relance actuellement en négociation du traité institutionnel européen.

* Le rapport d'Avicenne (pdf, 26 pages) http://blog.mondediplo.net/IMG/pdf/Rapport_Maghreb.pdf


A propos du Je refuse de Bronislaw Geremek

Le monde politique européen a pris très majoritairement pris parti en faveur de Bronislaw Geremek, élu polonais au Parlement européen, historien distingué, ancien ministre et militant depuis les origines du combat de Solidarnosc contre le régime communiste polonais. Comme l’on sait, celui-ci vient de refuser de signer, pour une nouvelle fois, la déclaration prévue par la loi dite de « lustration » selon laquelle il n’a pas collaboré avec les services secrets. Il encourt ce faisant la sanction d’être privé de son mandat de député. Pour justifier ce refus, Bronislaw Geremek explique (Le Monde, 27 avril 2007, p. 1) que « la loi dans sa forme actuelle viole les règles morales et menace la liberté d’expression, l’indépendance des médias et l’autonomie des universités. Elle engendre une sorte de ministère de la vérité et de police de la mémoire. Elle désarme le citoyen (entre 400.000 et 700.000 individus) face aux campagnes de calomnie en affaiblissant la protection légale de ses droits ».

Faut-il ici ajouter sa voix à toutes celles qui encouragent cette personnalité polonaise éminente à ne pas céder à une loi qui pourtant a été votée dans des conditions régulières ? Même si l’on n’apprécie pas la politique suivie par les frères Kaczynski et la majorité au pouvoir, il s’agit d’affaires intérieures polonaises sur lesquelles en principe les autres Etats de l’Union, non plus que les institutions européennes, n’ont pas à intervenir. Mais est-ce bien le cas ? L’Union européenne s’était déjà mobilisée lorsque le gouvernement autrichien, sous l’influence de Jörg Haider, avait paru prendre des positions d’extrême droite ou d’extrême populisme jugées peu compatible avec l’esprit de la démocratie européenne. On peut penser que la loi de lustration polonaise, si elle ne rencontrait pas d’opposition, intérieure ou extérieure, pourrait conduire à l’instauration en Pologne d’un régime lui aussi incompatible avec la philosophie politique de l’Union.

C’est en effet une contrepartie aux avantages qu’apporte à un pays sa participation à un ensemble qui le dépasse. Il ne peut plus se permettre de faire n’importe quoi, comme s’il était resté en dehors du groupe. Il doit respecter un minimum de consensus et de convenances communes. Il en est de même dans le domaine diplomatique et militaire. La plupart des gouvernements européens n’ont pas apprécié d’être mis devant le fait accompli, par la Pologne et la Tchéquie, s’agissant de l’installation sur leur territoire, qui est aussi le territoire européen, de bases anti-missiles imposées par les Etats-Unis.

Au-delà de la défense tout à fait légitime de Bronislaw Geremek, on peut estimer qu’il est temps pour les institutions européennes et les autres Etats de rappeler fermement aux nouveaux entrants que la participation à l’union, si elle s’accompagne de droits, comporte aussi des devoirs. Parmi ceux-ci figure l’obligation de tenir compte des points de vue des partenaires, afin de ne pas affaiblir la communauté dans sa totalité. La population polonaise semble l’avoir compris, mais pas encore, manifestement, son gouvernement.


Alliot Marie perd toute mesure

J'avais conservé une certaine estime pour Michelle Alliot Marie. Je l'ai évidemment perdue en l'entendant reprocher à Ségolène Royal" de changer d'opinion comme de jupes". Dans le sordide sexiste, on ne fait pas mieux.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/07-16004/index.html