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La Gazette N° 140 en date du 15 avril 2006

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14004/index.htm

NB.: La rédaction suspend son vol jusqu'au 15 mai.

Voir notre Supplément au n° 140, L'Amérique dangereuse http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14004/endofmad.htm

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Les futures guerres pour les ressources naturelles http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/gaia.htm
* Nucléaire. Les chemins de l'uranium, présentation du livre de Pierre Morvan, suivi de Les dangers de l'uranium http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/morvan.htm

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences, dont certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 

Grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies d'Exalead (société française, cela mérite d'être souligné... Il n'y a pas que Google sur cette planète en matière de technologie intelligente...).
Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.


Toujours grâce à Christophe, la Gazette s'enrichit par ailleurs du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.

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Le Rapport sur l'effet de serre de l'Assemblée Nationale

L'Assemblée Nationale française est tout à fait dans son rôle en attirant l'attention des citoyens et des pouvoirs publics sur l'effet de serre, ses conséquences désastreuses et les moyens d'en limiter la croissance. Une Mission d'information présidée par le député Jean-Yves Le Déaut et dont la rapporteure est la députée Nathalie Kosciusko-Morizet, a rassemblé les conclusions d'un nombre considérable d'experts. Ce rapport se présente sous la forme d'un document volumineux, abondamment illustré et néanmoins très manipulable, disponible sur le site de l'Assemblée. Les adinistrations et les entreprises qui nient encore le phénomène ou l'ignorent sciemment ne peuvent plus prétendre ne pas être informées. On aimerait entendre le Parlement débattre de cette question et des mesures à prendre, plutôt que s'éterniser dans des débats d'arrière garde sur le modèle social français. La plupart des actions proposées seraient d'ailleurs créatrices d'emploi et participeraient à la défense de ce modèle social. Ne nous faisons pas d'illusions, malheureusement. On ne parlera sans doute pas de ce rapport remarquable, ni à gauche ni à droite. Il faut le lire néanmoins, ne fut-ce que pour améliorer l'évaluation de fréquentation qu'en donne mon moteur de recherche (page rank) qui le situe à 0/10. http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i3021-tI.asp 15/04/06



Le "smoking gun"

Ceux qui en Europe ne croient pas à l'influence de la conjonction des intérêts militaires et industriels (armement, pétrole) dans les prises de décisions politiques devraient étudier le véritable cas d'école relaté par nos amis de DeDefensa (http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2602 ). Il s'agit d'un article publié par le général de l'US Air Force McInerney dans le Weekly Standard daté du 24 avril 2006 ( Target: Iran. Yes, there is a feasible military option against the mullahs' nuclear program.
http://www.weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/012/101dorxa.asp ) . Nous pouvons y voir la preuve incontestable, le "smoking gun" de la façon dont sont préparées depuis quelques années les stratégies internationales dans ce grand pays démocratique que sont les Etats-Unis. DeDefensa nous rappelle que "Le brave McInerney est un ancien de l’USAF, un super-faucon, très proche des néo-conservateurs, lesquels sont très proches de Lockheed Martin, lequel est le fournisseur favori de l’USAF. La boucle est d’autant mieux bouclé que McInerney est connu comme étant l’un des relais de l’USAF vers les milieux civils extrémistes et bellicistes".

L'article est consacré à exposer les différents moyens militaires dont dispose le Pentagone et plus particulièrement l'USAF pour neutreliser les capacités militaires et politiques de l'Iran. Je cite:
" What would an effective military response look like? It would consist of a powerful air campaign led by 60 stealth aircraft (B-2s, F-117s, F-22s) and more than 400 nonstealth strike aircraft, including B-52s, B-1s, F-15s, F-16s, Tornados, and F-18s. Roughly 150 refueling tankers and other support aircraft would be deployed, along with 100 unmanned aerial vehicles for intelligence, surveillance, and reconnaissance, and 500 cruise missiles. In other words, overwhelming force would be used.
The objective would be, first and foremost, to destroy or severely damage Iran's nuclear development and production facilities and put them out of commission for at least five years. Another aim would be to destroy the Iranian air defense system, significantly damage its air force, naval forces, and Shahab-3 offensive missile forces. This would prevent Iran from projecting force outside the country and retaliating militarily. The air campaign would also wipe out or neutralize Iran's command and control capabilities.
This coalition air campaign would hit more than 1,500 aim points. Among the weapons would be the new 28,000-pound bunker busters, 5,000-pound bunker penetrators, 2,000-pound bunker busters, 1,000-pound general purpose bombs, and 500-pound GP bombs. A B-2 bomber, to give one example, can drop 80 of these 500-pound bombs independently targeted at 80 different aim points.
This force would give the coalition an enormous destructive capability, since all the bombs in the campaign feature precision guidance, ranging from Joint Direct Attack Munitions (the so-called JDAMS) to laser-guided, electro-optical, or electronically guided High Speed Anti-Radiation Missiles (HARM) for suppression of Iranian surface-to-air missiles. This array of precision weapons and support aircraft would allow the initial attacks to be completed in 36 to 48 hours."

Mais comme on ne peut pas demander à un général de l'AF de penser, surtout quand il est conseillé par les vendeurs du lobby industriel, l'article n'évoque ni les morts iraniens ni les conséquences multiples et certainement catastrophiques, pour le monde entier et pas seulement pour l'Amérique qu'aurait une telle attaque. Les généraux de l'armée de terre, qui devinent mieux que leurs collègues aviateurs ce que signifierait cette nouvelle guerre, s'agitent en ce moment pour tenter de calmer le jeu. Mais seront-ils entendus par les faucons, plus faucons que jamais, au pouvoir à Washington? 14/04/06.


Sélection à l'entrée des universités

Le sujet est aujourd'hui tabou, mais c'est bien dommage. On ne fera croire à personne qu'autoriser sans aucune sélection à s'inscrire en première années d'études supérieures soit bon pour l'Université ou pour les étudiants eux-mêmes. On le perçoit clairement aujourd'hui. Les inscriptions en psychologie ou en histoire se comptent par dizaines de milliers alors que les emplois possibles ne dépassent pas au mieux quelques centaines. Que feront les rejetés? Ils risquent de perdre des années avant de trouver un métier leur convenant. Est-ce leur rendre service? Dans le même temps, les universités peinent à trouver des étudiants en science, pourtant indispensables.

On voit ce que donne le système. Les plus acharnés aujourd'hui à maintenir le blocage des facultés sont ces mêmes étudiants de 1e ou 2e année en psychologie et en histoire. Ils n'ont rien à perdre en gâchant leurs chances à des examens dont la plupart d'entre eux ne pourront rien tirer. 14/04/06


Pétrole contre pourriture

Je prends le risque de me faire dire que, comme beaucoup trop d'éditorialistes, je considère comme coupables des individus qui ne sont que mis en examen. Il faudrait pour bien faire attendre que la justice se soit prononcée avant de s'indigner. Je m'indigne quand même, mais sans citer aucun nom. Disons seulement que, si les faits reprochés aux hauts fonctionnaires et hommes politiques français mis en examen dans l'affaire bien nommée par un confrère "Pétrole contre pourriture" étaient avérés, ils mériteraient une sanction exemplaire. C'est toute la haute fonction publique française, c'est une partie importante du parlement qui se trouvent salis. Salis par ricochet et par amalgame. Il suffit de lire les commentaires de la presse anglo-saxonnne pour voir ce qu'ils pensent, à juste titre en l'espèce, de notre diplomatie et de notre gouvernement. Tout se passe comme si la corruption de quelques responsables français dédouanait les Bush, Rumsfeld et Wolfowitz de leurs erreurs et de leurs mensonges. Les naïfs qui comme nous et comme la plus grande partie de la presse, avions soutenu la position française s'opposant à l'intervention en Irak recevons notre part de soupçon. On nous soupçonnera d'avoir "touché" des barils de pétrole. 14/04/06


Recherche et technologies, enjeux de puissance

Bien que ce thème soit l'une des tasses de thé de notre publication, nous devons confesser une ignorance. Il faut donc la réparer immédiatement. Elle portait sur un livre déjà un peu ancien mais qui garde toute son actualité: "La recherche et la technologie, enjeux de puissance" par David W. Versailles, Valérie Mérindol, Patrice Cardot, édité par Economica, 2003.
On en trouve une bonne présentation dans l'article de l'économiste Jean-Benoît Zimmermann, « La recherche et la technologie, enjeux de puissance par David W. Versailles, Valérie Mérindol, Patrice Cardot », Économie publique, 13-2003/2 - Mis en ligne le 4 janvier 2006, référence du 13 avril 2006, disponible sur : http://economiepublique.revues.org/document319.html

Valérie Mérindol, Commandant de l’Armée de l’air, a été chargée de mission « Etudes » à l’observatoire économique de la Défense entre 1998 et 2002. Elle publie des articles et participe à des séminaires sur le thème des stratégies reposant sur le recherche et la technologie, que ce soit dans le domaine civil ou militaire. Malheureusement, il ne semble pas que les bonnes idées qu'elle et ses collègues défendent avec persévérance soient très entendues. 12/04/06

Voici ci-dessous des informations sur le livre et ses auteurs publiées par le site Amazon

La recherche et la technologie ne constituent plus seulement un instrument privilégié de la puissance militaire, elles représentent une réponse aux enjeux de Sécurité au sens large. Cet ouvrage insiste sur les fondamentaux de la relation entre l'État, la science et l'industrie pour mettre en évidence les ressorts de la gouvernance des politiques publiques relatives à la recherche et à la technologie. Sont ainsi passées en revue les contraintes liées à l'évolution du tissu industriel et technologique, les modes de financement public et privé de la recherche, la complémentarité de l'action publique civile et militaire en matière d'innovation, les modes d'organisation de la recherche (en particulier à partir des réseaux de recherche et d'innovation). Ces mécanismes permettent de comprendre le nouveau cadre opérationnel de l'action publique, en particulier dans le cadre de la construction de l'Europe de la Sécurité, de la Défense et des politiques d'armement qui s'y rapportent. Les États-Unis bénéficient d'une approche globalisée et unique de toutes ces dimensions alors que les pays européens doivent encore réaliser la mise en cohérence de leurs stratégies et doctrines d'intervention publique. Ils semblent tout à fait démunis, en ce début de XXIe siècle, puisque les politiques publiques nationales ont montré clairement leurs limites face à une base industrielle et technologique de plus en plus européenne, sinon transatlantique. En dépit de toutes les analyses concernant le fossé (" gap ") technologique entre l'Europe et les États-Unis, le potentiel européen existe. C'est bien plus sur le plan institutionnel et financier que le gap est défavorable à l'Europe, ce qui pourrait conduire à terme à une dépendance technologique irrémédiable. La solution semble alors pouvoir être trouvée du côté de l'Europe, mais reste encore à définir le schéma européen pertinent qui permettra de faire face aux enjeux de puissance.

David W. VERSAILLES, Valérie MÉRINDOL et Patrice CARDOT participent régulièrement à la réflexion sur les politiques publiques de Défense et de Sécurité en France ou en Europe. Ils ont une expérience de l'enseignement et de l'animation de groupes de recherche au sein des différentes structures du ministère français de la Défense.


Le pantouflage dans de riches entreprises privées n'a aucune influence sur les convictions des anciens hauts fonctionnaire ou des ex-hommes politiques

La déontologie de la haute fonction publique française, telle qu'elle s'appliquait en principe jusquà ces dernières années, interdisait à d'anciens responsables de l'administration d'accepter des emplois au sein d'entreprises privées sur lesquelles ils avaient exercé des pouvoirs de tutelle. On devine pourquoi. Mais fariboles, dit-on maintenant. Pourquoi interdire le pantouflage (c'est ainsi que la chose se nomme) au risque de priver le secteur privé d'éminentes compétences. D'ailleurs, ce serait faire un mauvais procès à un haut fonctionnaire que le croire capable d'abandonner ses convictions une fois recruté par une riche entreprise. Prenez l'exemple de Gilles Johanet, cité par Le Monde du 10 avril, p. 3. C'est certainement dans le souci louable de "sauver la sécurité sociale" qu'après avoir quitté la Caisse Nationale d'Assurance-maladie, ce socialiste, conseiller-maître à la Cour des Comptes, invente le projet "Excellence Santé" pour le compte des AGF, son nouvel employeur. Je vous laisse découvrir de quoi il s'agit. Ceux qui y voient l'institutionnalisation de la médecine à deux ou trois vitesses sont ou malveillants ou mal informés.

Cela me fait penser à l'excellent ex-Chancelier Schröder, bien connu pour ses idées social-démocrates, qui a tout loisir dorénavant de les mettre au service du géant gazier russe Gazprom. 12/04/06


Les gourous indiens à l'assaut des média et du web

L'Inde, comme nul n'en ignore, est un grand pays spirituel. On peut presque dire que c'est un grand pays où les guides spirituels multiples abondent et se disputent les faveurs des pouvoirs et du bon peuple. Il faut bien vivre. Comme les télé-évangélistes américains, ils n'hésitent plus à utiliser les nouveaux médias interactifs pour se faire connaître. Voici l'exemple de l'immense Swami Nirmal Chetan, dont l'enseignement attire des millions de gens:
http://www.dalsabzi.com/Books/In_touch_with_masters/swami_nirmal_chetan.htm

Bonne méditation. Il semble que la terre des athées se rétrécisse de plus en plus. 12/04/06


Escalade entre l'Iran et les Etats-Unis

L'Iran semble tout faire pour provoquer de la part des Etats-Unis une attaque préventive sur ses sites nucléaires et de missiles. Le président Ahmadinejad multiplie, non seulement les déclarations provocantes, mais les démonstrations. Il y a quelques jours ont été lancés des missiles à partir de sites terrestres ou de sous-marins, qui semblent tout à fait capables de délivrer des têtes nucléaires à destination du Moyen-Orient et de la Méditerranée orientale. Par ailleurs, ce jour même 12/04, le gouvernement annonce avoir suffisamment de centrifugeuses pour se doter d'uranium enrichi à 3%. Selon les experts, cela ne suffirait pas pour réaliser une bombe atomique qui nécessite un uranium enrichi à 90% et plus, mais la poursuite de ces opérations pendant 2 à 3 ans, sinon avant, doterait l'Iran de capacités nucléaires militaires suffisantes pour semer la désolation dans la région. On peut alors se demander ce que cherche vraiment le gouvernement iranien. Se faire prendre davantage au sérieux ou plutôt, d'une façon beaucoup plus risquée, provoquer une frappe américaine. Dans la mesure où même Ahmadinejad ne semble pas décidé à se suicider, une telle frappe ne serait profitable pour lui que parce qu'elle dresserait contre les Etats-Unis non seulement le monde arabe tout entier, mais sans doute aussi l'Europe, la Chine et la Russie. La réprobation mondiale serait forte même si le Pentagone n'utilisait que des bombardements conventionnels guidés par une action de renseignement sur le terrain déjà apparemment en cours. Elle deviendrait maximum si l'Air Force ou la marine faisaient appel à des bombes nucléaires tactiques, comme les torpilles à forte pénétration anti-bunker du type B61-11. Comme nous l'avons déjà noté, le premier pays qui aurait recours à l'atome après 60 ans de banissement se mettrait au ban de l'humanité, au moins moralement. Les arguments relatifs à la dangerosité de l'Iran ne convaincraient personne, après les mensonges du département d'Etat relatifs aux ADM de Saddam.

Mais l'Iran n'est pas seule semble-t-il à vouloir faire monter la pression, jusqu'à provoquer contre elle une attaque américaine. Il semble que l'équipe Bush considère de plus en plus qu'attaquer l'Iran, avec des armes conventionnelles et même des armes nucléaires, permettrait à l'Administration actuelle de se tirer par le haut du guépier Iranien. Bush pourrait ainsi aborder les derniers mois de son mandat en se drapant dans les plis de la bannière étoilée et de la défense des démocraties. Certes, les rêveries des extrémistes américains ne font pas l'unanimité, y compris au Pentagone. On a vu que le fidèle allié britannique s'en est inquiété, par la bouche de Jack Straw. L'Europe serait également hostile, comme vient de l'annoncer, d'une voix faiblement audible, Mr. PESC, Javier Solana. Mais beaucoup d'observateurs pensent que cela n'arrêtera pas Bush, qui est décrit comme empreint désormais d'une vision messianique de sa personne, fortement colorée d'intérêts pétroliers. Tout peut donc arriver. On lira avec soin, pour y voir plus clair, l'excellent article du non moins excellent journaliste SEYMOUR M. HERSH, paru dans le New-Yorker du 8 avril 2006 (http://www.newyorker.com/printables/fact/060417fa_fact ) ainsi que les commentaires, toujours pertinents, de Phiippe Grasset dans Dedefensa http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2589

Les lecteurs nous demanderont peut-être ce qui serait le plus souhaitable, sinon pour la paix du moins pour l'avenir du monde. Que devrait notamment faire l'Europe, étant entendu que la carte de la négociation et de l'apaisement, jouée jusqu'à présent, n'a pas eu de succès? Faudrait-il continuer à prêcher, comme le feront sans doute la Russie et la Chine, potentiellement intéréssés au pétrole Iranien, l'abstention face à l'acquisition de la bombe par l'Iran? Le risque est évidemment que ce pays s'en serve un jour, notamment contre Israël. Alors il sera trop tard, même si une massive répartie occidentale raye en retour l'Iran de la carte. Mais a contrario, peut-on accepter de voir l'Amérique attaquer l'Iran en provoquant des vagues de catastrophes en retour, peu prévisibles aujourd'hui mais dont le monde, et l'Europe en premier lieu, seraient les victimes. Les solutions intermédiaires, comme celles consistant à espérer que des démocrates ou au moins des colombes prennent le pouvoir, tant en Iran qu'aux Etats-Unis, paraissent hautement improbables.

Le tableau ne serait pas complet si nous ne replacions pas l'antagonisme Iran-Amérique dans la perspective développée actuellement outre-atrlantique, au moins par la voix d'experts se disant sans mandats officiels, visant à atomiser préventivement tout potentiel nucléaire crédible, où qu'il se trouve dans le monde (voir notre supplément "L'Amérique dangereuse". 12/04/06

* Sur les B 61-11, bombes thermonucléaires par gravité, voir:
http://tonyrogers.com/weapons/b_61_11.htm


Mise en orbite réussie pour Vénus express

La satisfaction rêgnait le 12 avril au centre de contrôle de l'Agence Spatiale Européenne à Darmstadt. La sonde européenne venait de signaler sa mise en orbite réussie autour de Vénus, après un court suspense de 2 minutes nécessité par le temps d'acquisition du faible signal qu'elle envoyait après être sortie de l'ombre de la planète, à 125 millions de kilomètres de distance et après 5 mois de voyage. Ce premier rendez-vous réussi entre une mission spatiale européenne et la planète Vénus s'ajoute à une série de succès pour l'ESA: les mises en orbite des sondes Mars Express et Smart- 1 autour de Mars et de la Lune, ainsi que le posé de la sonde Huygens sur Titan, le plus grand satellite de Saturne.

Après un peu moins de cinq mois de voyage depuis la Terre, Vénus Express est arrivé auprès de sa cible avec une vitesse de 29 000 km/h. Son moteur principal a alors dû être mis à feu pendant 50 minutes pour ralentir l'engin de quelque 4 000 km/h et se laisser capturer par l'attraction de la planète. Vénus Express est désormais en orbite autour de sa cible et, après quelques vérifications, les instruments scientifiques vont pouvoir commencer leurs premières observations. Seul le spectromètre PFS, l'un des sept instruments embarqués, est en panne. Mais ses concepteurs n'ont pas abandonné tout espoir, et vont désormais disposer de tout le temps nécessaire pour trouver une solution.

La première phase d'étude de la mission est de deux jours vénusiens, ou 486 jours terrestres. Toutes les 24 heures, la sonde survolera les pôles Sud et Nord de la planète, au cours d'une orbite assez elliptique qui permettra d'alterner les phases d'observations proches et donc plus précises avec des phases plus éloignées permettant d'étudier de plus grands ensembles. La sonde Vénus Express, un engin de 1 270 kg, a pu être réalisée en un temps record par EADS Astrium – moins de quatre ans entre le concept et le lancement – et un coût réduit de 220 millions d'euros en reprenant de très nombreux éléments des missions précédentes Mars Express et Rosetta. Vu de l'extérieur, le satellite ressemble à Mars Express, avec des panneaux solaires plus courts, car l'ensoleillement est bien plus favorable autour de Vénus.

Contrairement à la majorité des missions spatiales qui regardent les surfaces planétaires, Vénus Express va principalement scruter l'atmosphère opaque qui dissimule la planète. Depuis la mission américaine Magellan, qui a terminé ses observations par radar de la surface vénusienne en 1994, aucun engin dédié n'avait plus jamais été envoyé vers l'étoile du Berger. La Nasa a depuis concentré la plupart de ses efforts vers Mars, une planète bien plus facile à explorer avec des robots mobiles.

* Voir ESA Portal http://www.esa.int/esaCP/SEM2GQNFGLE_index_0.html


Elections en Italie

Jamais les opinions n'ont paru à ce point également partagées en Italie, entre la droite et la gauche (ou plus exactement le centre droit incarné par Romano Prodi). Il s'agit d'un phénomène extrêment improbable en termes mathématiques, et qui pourtant vient de se produire, comme il s'était produit il y a quelques mois en Allemagne. Le blocage a cependant été évité, puisque Romano Prodi l'emporte d'une très courte majorité, tant à l'Assemblée qu'au Sénat. Silvio Berlusconi avait proposé une solution de gouvernement à l'allemande, qui a été refusé par la gauche, certaine d'avance qu'elle aurait débouché sur l'impossibilité totale de gouverner.

Conformément aux dispositions de la Constitution, les deux chambres élues doivent se réunir dans les vingt jours suivant les élections, soit à partir du 28 avril, pour désigner leur président et constituer les groupes parlementaires. Dans les quinze jours, soit avant le 13 mai, les parlementaires devront élire un nouveau chef de l'Etat: le mandat du président Carlo Azeglio Ciampi, élu pour sept ans en 1999, arrive en effet à son terme le 18 mai.

La première tâche du nouveau président de la République sera de charger le chef de la coalition victorieuse aux législatives de constituer le futur gouvernement.Ce dernier devra ensuite obtenir la confiance des députés et des sénateurs pour être investi. L'objectif est d'obtenir cette investiture fin mai ou début juin, à temps pour participer au sommet européen et pour présenter le nouveau document de programmation financière.

Mais plusieurs autres échéances électorales sont prévues en Italie: des élections municipales les 28 et 29 mai dans 1.267 communes, ainsi que le renouvellement des pouvoirs dans huit provinces et dans la région Sicile. Par ailleurs, avant la fin du mois de juin devrait être organisé un référendum sur la réforme constitutionnelle prévoyant un accroissement des pouvoirs du chef du gouvernement et la délégation de certaines compétences aux régions.

Tout ceci laisse présager un avenir agité. Il Cavaliere ne semble pas décidé à respecter le minimum de décence démocratique dont son parti aurait bien besoin. Le point important à noter est que les oppositions réaffirmées n'entraînent pas de désintéressement des électeurs pour la vie politique. La participation a été une des plus fortes enregistrées. Elle ferait rêver bien des démocraties européennes. Nous observons également que le retour de Romano Prodi devrait être une excellente nouvelle pour l'Union européenne, où la présidence de ce dernier n'avait laissé que de bons souvenirs. Il avait en effet multiplié les interventions, discrètes mais efficaces, pour que l'Europe parle le plus possible d'une seule voix dans les circonstances critiques.

Notons à l'inverse que la défaite de Silvio Berlusconi, après celle de José Maria Aznar en Espagne et le départ du Portugais José Manuel Durao Barroso, fait perdre un allié européen de plus au président George W. Bush. Pour Berlusconi, l'encombrante "amitié" américaine passait manifestement avant le souci de renforcer l'Union européenne.

Nous souhaitons bonne chance et bon courage au nouveau chef du gouvernement Prodi. Nous sommes persuadés qu'avec les soutiens constructifs dont il a su s'entourer pour affronter cette élection, il saura faire face aux difficultés. A quand la même perspective en France? 12/04/05


Pour une science consciente de ses limites
09/04.06

Nos amis de la revue Matière Première et d'autres collègues ont a juste titre réagi dans Le Monde du 5 avril, p. 21, par un article sous ce titre, au "Manifeste pour une science sans a priori", publié dans ce même journal le 23 février. Sans avouer clairement leurs arrières pensées, les auteurs de ce Manifeste défendaient le droit pour les chercheurs de rechercher si la science nous donne des raisons de croire en Dieu. Or, je cite "l'histoire des sciences nous apprend que les discussions théologiques auxquelles nous invitent les auteurs du manifeste ne manqueront pas de dévoyer les résultats de la science au service d'une philosophie irrationnelle. Les sciences, telles qu'elles fonctionnent depuis la fin du XVIIIe siècle, ne sont pas structurées pour démontrer d'une manière active des propositions métaphysiques, morales ou politiques : elles ne s'occupent que de questions de faits appréhendables expérimentalement. C'est une conséquence du « matérialisme méthodologique » de la science. Si des résultats scientifiques sont utilisés par des acteurs religieux, moraux ou politiques, cela relève de leur volonté propre mais non des scientifiques dans leurs laboratoires, qui eux restent passifs au cours de ce processus. En d'autres termes, les religions sont libres de se servir dans le magasin des productions de la science, mais cet exercice ne relève pas du travail du scientifique ; c'est l'affaire des théologiens. Libre au citoyen ou à l'individu de participer au travail du théologien sur les implications métaphysiques de certains résultats de la science ; mais il ne peut le faire au titre de son travail de scientifique. Faire comprendre cela, c'est participer à la vie publique, en permettant à tous de penser les rapports éventuels entre science et spiritualité. Cet exercice sera d'autant plus pertinent que les délimitations des différents types d'affirmations sur le monde (scientifique, spirituelle, artistique, mythologique, etc.) seront désignées. Ne pas identifier la structure et les limites de chacun de ces types de discours conduit à l'impossibilité de penser et à des conflits apparents".

Les auteurs du Manifeste ne sont pas sans attaches qu'il faut connaître pour comprendre leur démarche: Je cite: "L'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), financée par la Fondation Templeton « pour le progrès de la religion », et dont la plupart des signataires du texte « Pour une science sans a priori » sont membres, transgresse régulièrement depuis dix ans ces limites, puisque c'est au nom de la science que ses membres discutent des implications métaphysiques de leurs découvertes, et non en tant qu'individus. L'UIP transgresse d'ailleurs les principes qu'elle affiche, en promouvant régulièrement des chercheurs qui incluent ouvertement leur quête métaphysique dans leur recherche scientifique. L'UIP a eu, pendant longtemps, des relations étroites avec les promoteurs du récent phénomène nord-américain « Intelligent Design » (ID) ou dessein intelligent."


Travaux pratiques à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
09/04.06

Pour de hautes études, ce furent de hautes études. Les universitaires des sciences dures n'ont pas pu s'empêcher d'ironiser gentiment sur les évènements de la semaine dernière. Les chercheurs de l'EHESS (http://www.ehess.fr/html/html/8.html) qui ont vu récemment leurs locaux et leurs équipements saccagés par des bandes de cas sociaux hétéroclites n'en revenaient pas. Les populations objets de leurs études venaient jusqu'à eux: sans-papiers, sans-logements, clochards, alcooliques, délirants doux et délirants violents, casseurs et pilleurs enfin. Bien plus ils se sont manifestés dans tous les échantillons de leur diversité et de leurs savoirs-faire. Les vrais chercheurs, les authentiques, après avoir pris la fuite, sont quand même revenus après l'orage et ont commencé à répertorier et analyser les tags, ordures, insanités répandus partout.

Je sais, je parle comme les policiers du quartier, qui semblent avoir laissé faire - ce qui n'était pas correct. Rappelons quand même aux chercheurs que les clefs USB permettent de sauvegarder à peu de frais des années d'étude, plutôt que les laisser en proie aux casseurs sur les ordinateurs de l'administration.


Les propositions de Lionel Jospin
05/04/06

Lionel Jospin a publié un article dans Le Monde ont certains ont vu son désir de retour dans la vie politique, face notamment à la popularité grandissante de Ségolène Royal. Très bien. J'ai donc lu attentivement cet article. L'auteur y déplore le manque de propositions du parti socialiste (ou des autres candidats non déclarés à la présidence), face à la crise que traverse aujourd'hui la nation. Très bien encore. Mais j'attendais que dans la fin de cet article, Jospin résume ses propres propositions. Nous aurions eu là du solide à méditer. Hélas, rien. On m'objectera que l'ancien Premier ministre qu'il est ne peut pas en quelques paragraphes esquisser un programme. Je soutiens le contraire. Quand on a de bonnes idées, quelques paragraphes suffisent à les énoncer. Jospin m'aurait demandé de lui faire un brouillon, je le lui faisais sans difficulté, et avec plaisir. Mais peut-être ai-je plus d'idées et de propositions à formuler que lui?


La chute en plein vol de Villepin?
05/04/06

Rarement, dans l'histoire politique récente, on a vu un homme que l'on pouvait croire parti pour les plus hautes destinées, s'effondrer en si peu de jours. On imagine que, réfléchissant à ce tournant brusque de destin, et l'imputant peut-être à sa propre maladresse, Villepin songerait à disparaître corps et biens, changer de nom, de nationalité, de pays...Mais peut-être est-il indestructible, comme la plupart des politiciens. Affaire à suivre.

PS au 8 avril: apparemment, le Premie rministre serait décider à rebondir. Affaire à suivre toujours


La population française prophétique dans son refus du CPE
05/04/06

Dans l'article ci-dessous "Refus du CPE, opportunité pour la gauche", j'évoquais l'idée que, grâce, entre autres, aux manifestations anti-CPE, l'opinion française était peut-être en train de redécouvrir que le libéralisme est une ânerie et l'entreprise privée une duperie (je force un peu le trait, évidemment). Dans ce dépoussiérage indispensable de la pensée unique économique, imposée par les idéologues américanisés, les étudiants français pourraient porter sans le vouloir un message débordant largement les frontières de l'Héxagone. Non seulement ce message pourrait intéresser l'Europe (voir aussi ci-dessous l'article sur Axel Honneth) mais même l'Amérique. Plus exactement, il pourrait intéresser certains libéraux américains mais à l'inverse, il enfièvre déjà de haine (je n'exagère pas) la presse américaine conservatrice. Grâce à l'excellent site de Philippe Grasset, Dedefensa.org, dont je fais maintenant mon livre de chevet, nous apprenons en effet ce qui suit (pour suivre le fil, il faut comprendre l'anglais, évidemment):
(http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2572):

Dans l’article, publié ce jour sur notre site (http://www.dedefensa.org/choix.php?link_id=6452&comm=1), sur les réactions de la presse US aux manifestations français, se glisse un détail très révélateur que nous signalons à l’attention de nos lecteurs.

Voici le passage en question : « The Post reporter disparagingly notes the results of a recent poll by the University of Maryland on international policy attitudes showing that only 36 percent of French respondents felt that “the free enterprise system and free market economy” is the best system. This was the lowest percentage of any of the 22 countries polled and compared with 59 percent in Italy, 65 percent in Germany, 66 percent in Britain and 71 percent in the United States. »

(On peut retrouver ce passage directement dans l’article de Steven Pearlstein, du 22 mars, dans The Washington Post
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2006/03/21/AR2006032101741_pf.html)

Ces chiffres confirment le sentiment général, chaque jour renforcé, d’une extrême maturité d’opinion du public français sur cette question. Le fait le plus frappant est que ce pourcentage d’opinion est entretenu alors que l’essentiel de la presse écrite et audiovisuelle est, en France, très largement favorable au marché libre. On retrouve dans cette disparité public-presse celle qu’on mesurait déjà dans la campagne du référendum du 29 mai 2005. Cette durée du sentiment, voire son renforcement, implique qu’il s’appuie, dans le public français, sur une élaboration critique extrêmement structurée. (On n’en dirait pas autant des autres résultats des autres pays européens qui sont offerts en comparaison.)

Ce constat, au-delà des polémiques, confirme que la France constitue une exception par rapport au courant conformiste mondial et, peut-être, une exception prophétique (lire William Pfaff le 29 mars (http://www.iht.com/articles/2006/03/29/news/edpfaff.php): « In the longer term, there may be more serious political implications in this than even France's politicized students suspect. What seems the reactionary or even Luddite position might prove prophetic. ») .


Un intellectuel allemand à découvrir, Axel Honneth
05/04/06

Le Monde (2/3 avril, p. 16) est dans son rôle de découvreur en signalant à ceux de nos compatriotes qui l'ignoraient le travail remarquable conduit depuis plusieurs années par le philosophe allemand Axel Honneth. Celui-ci dirige l'Institut de recherche sociale de l'université de Francfort. C'est cet Institut qui a hébergé après la guerre de 1940 l'école de Francfort, où se sont illustrés les philosophes Theodor Adorno et Jürgen Habermas, dans les années 1960/70. Son message, post-marxien et défenseur de la Théorie Critique, a souvent paru trop complexe pour être reçu par les non-philosophes, encore que beaucoup des membres de cette école, avant et après 1968, se soient fait connaître par des critiques radicales de la société moderne.

Le point intéressant à signaler ici est que Axel Honneth, contrairement à Habermas, jugé généralement en France comme très conservateur, porte sur la société allemande et française un regard qui rejoint sans ambiguité celui des critiques de gauche faites à la société capitaliste libérale. Il explique notamment dans son interview au Monde que le mouvement français de protestation contre le CPE est la manifestation d'une prise de conscience en profondeur de ce qu'a d'inacceptable l'évolution que les prophètes de la mondialisation, c'est-à-dire de la domination par les plus forts, présentent pour nos sociétés comme un avenir inéluctable. Il dénonce ce faisant les idées reçues en France selon lesquelles l'Allemagne ferait montre d'une culture du consensus et de la négociation qui serait exemplaire. Pour lui, cette culture repose en grande partie sur le manque de perspectives concrètes de révolte, les mouvements sociaux ayant été depuis longtemps découragés outre-Rhin. Il soutient donc la lutte pour la reconnaissance, principal facteur d'émancipation sociale pour les défavorisés de toutes sortes.

Axel Honneth publiera un recueil de textes en français à La Découverte, sous le titre Les paradoxes du capitalisme (parution prévue septembre 2006). A lire.

Je profite de l'occasion pour dire avec quelle sentiment de honte nous avons appris que de jeunes Français ont molesté des stagiaires allemands hébergés par des établissements d'enseignement de la région parisienne. Nous aurions aimé entendre le ministre de l'Education présenter officiellement des excuses à l'Allemagne.

* Sur l'école de Francfort http://www.chez.com/patder/histoire.htm
* Axel Honneth (en allemand) http://www.ifs.uni-frankfurt.de/people/honneth/


Création en France d'une autorité nucléaire indépendante
02/04/06

Le projet de loi "sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire" a été approuvé en première lecture par l'Assemblée Nationale le 30 mars. Le texte prévoit la création d'une Autorité indépendante de Sûreté Nucléaire (ASN) qui participera au contrôle des activités nucléaires et de protection, ainsi qu'à l'information du public. L'ASN se substituera à l'actuelle Direction générale à la sûreté nucléaire et à la radio-protection qui dépend de 3 ministères. Elle sera constituée de 5 membres nommés, 3 par le Président de la République et 2 par les présidents de l'Assemblée et du Sénat. Un Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire est crée par ailleurs, composé de 9 membres. Les anti-nucléaires diront que tous ces experts seront soumis au pouvoir. Mais on peut penser que leurs responsabilités seront telles, vis-à-vis de la nation, qu'ils sauront adopter des points de vue indépendants. On notera que le nucléaire militaire échappe à la compétence de ces organes. Est-ce une bonne chose?

J.Y. Le Déaut, député PS qui avait milité dans le sens de cette création, semble pour sa part satisfait. Affaire à suivre attentivement,

* L'ASN dispose déjà d'un site: http://www.asn.gouv.fr/


Refus du CPE, opportunité pour la gauche
01/04/06

Il est probable que la crise française actuelle, qui prend de plus en plus d’ampleur, à la surprise de tous les observateurs, pourrait représenter une opportunité pour la gauche. Mais encore faudra-t-il en tirer parti. Car cette crise sera aussi, n’en doutons pas, une opportunité pour la droite dure et l’extrême droite. Le débat à gauche ne peut donc rester académique.

Voici quelques propositions pour ce qui me concerne :

1. L’engagement profond, dans le camp des anti-CPE, d’un grand nombre de jeunes et très jeunes, mais aussi de parents et plus généralement de salariés et fonctionnaires, montre que la France manifeste le rejet profond d’un monde façonné par le capitalisme financier international et la concurrence sauvage qu’il impose partout.

Faut-il attribuer ce rejet, comme on le dit trop facilement, au refus de s’engager dans la vie active, à un désir frileux d’être recruté sur des emplois publics garantis à vie, au repli dans le sein idéalisé d’une France traditionnelle ignorant l’Europe et le monde ?

Faut-il au contraire y voir, comme le disent de plus en plus des éditorialistes de la presse européenne, la réaction très saine d’une grande nation indépendante, qui a toujours refusé les comportements moutonniers et la propagande distillée à longueur d’années par les médias et façonneurs d’opinions américains? Cette grande nation, en cherchant instinctivement à se donner un avenir meilleur, rendrait aussi service à l’Europe et même au monde. Pour le moment, ses réactions ne seraient que des signaux d’alarmes (le canari des mineurs gallois du 19e siècle, dont la mort permettait de détecter la présence de grisou). Mais elles pourraient susciter l’apparition de véritables solutions constructives.

2. Dans cette dernière hypothèse, que pourraient être ces solutions :

- Définir de nouvelles régulations publiques. Il ne s’agirait pas de vouloir conserver le « modèle social français » sans modifier les règles actuelles du libéralisme qui le rendent inapplicable. Il faudrait définir une économie régulée moderne, dont ce modèle ne serait qu’un des aspects, un autre étant l’importance donnée aux grands investissements collectifs de long terme, supposant la coopération d’institutions publiques démocratiques (associant les citoyens) et d’entreprises publiques et privées à vocation nationale et internationale. Il ne s’agirait pas évidemment de refaire l’ex URSS ni le dirigisme français des Trente glorieuses. Des techniques de prévision stratégique et de gestion seraient à réinventer, sans parler de réformes administratives et politiques. De plus le cadre européen serait très souvent indispensable. Sous ces conditions, il serait légitime d'évoquer le patriotisme économique et industriel, ainsi que dans certains cas un protectionnisme intelligent – ce que font d’ailleurs toutes les grandes puissances.

- Donner la priorité aux investissements scientifiques et technologiques et aux formations correspondantes. Pour que ces nouvelles économies régulées aient les moyens de leurs ambitions, elles devront relancer l’investissement public et privé dans les sciences fondamentales et appliquées, ainsi que dans toutes les grandes technologies et grands investissements que nous disons ici de souveraineté. Ce sont ces secteurs qui pourront très vite créer des emplois de tous niveaux et une croissance reposant sur la production et non sur l’achat des produits étrangers.

- Susciter de grandes ambitions collectives. Cela pourra se faire par le biais de grands projets scientifiques et techniques, mais aussi par des programmes humanitaires ou culturels ambitieux. On ne s’adressera pas seulement aux égocentrismes nationaux mais au monde entier.

- Relancer sur ces bases la construction d’une Europe forte, indépendante et politiquement souveraine.

3. Si la gauche française veut montrer aux électeurs français comme aux citoyens européens qu’elle est capable de répondre à ces objectifs, elle doit impérativement les faire discuter en profondeur. Soigner le casting des candidats aux élections présidentielles ne suffira pas. Le travail fait sur les réseaux sera très important. Sur ce plan, il faut saluer le sérieux avec lequel Ségolène Royal, non seulement au service de son propre avenir, mais pour le pays tout entier, a entrepris d’utiliser le web afin de créer des discussions et faire émerger des propositions. Il ne s’agit encore que d’un début, mais il est de bon augure. Espérons que les sujets qui nous intéressent ici y seront abordés.
(http://www.desirsdavenir.org/).


On trouve dans cette rubrique, sous forme de revue de presse, des extraits d'articles publiés sur Internet qui nous paraissent appeler des commentaires car concernant de près notre projet éditorial. Il ne s'agira évidemment que d'une sélection, bien trop réduite par rapport à l'abondance des textes méritant d'être signalés.

Les textes originaux sont présentés en italique marron, nos commentaires en noir.

L'Europe doit penser à la guerre par Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du Monde du 28.03.06
Commentaire JPB.

Face à la guerre, de Louis Gautier
La Table Ronde, 440 pages

C 'est un livre qui se veut une somme sur la guerre, et qui se rapproche de cette ambition par des approches multiples : ouvrage de réflexion éthique et historique sur la polémologie, essai politique et polémique sur la politique de défense. C'est aussi un livre militant qui veut réveiller une gauche française qui a trop tendance à se satisfaire du consensus hexagonal paresseux qui prime sur les questions de défense. C'est enfin un cri d'alarme lancé à une Europe politique trop pusillanime pour se doter des attributs de puissance adaptés à la dangerosité du monde.

Cette réflexion sur la guerre apporte sa pierre à des travaux encore mal vus par les sciences humaines françaises, qui insistent sur le rôle structurant des conflits dans l'évolution des sociéts humaines et dans leurs processus constamment accérés de complexification scientifique et technologique. Les pacifistes (dont font évidemment partie les gens raisonnables) craignent que de tels propos n'encouragent les complexes militaro-industriels à demander de plus en plus de crédits. La guerre serait présentée comme une fatalité inévitable, sinon une fatalité heureuse. Les Etats-Majors pourraient aussi être incités à peser davantage sur les choix gouvernementaux, afin de faire privilégier les attitudes agressives plutôt que les recherches de compromis négociés. Mais en termes systémiques, refuser d'analyser la façon selon laquelle les guerres, ou même les préparations à la guerre, déterminent notre devenir quotidien, serait de l'aveuglement. On le voit clairement par exemple quand on observe la politique américaine, bien illustrée par les deux articles consacrés à cette dernière dans le supplément à ce numéro (http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14004/endofmad.htm). Ceci n'empêchera pas de prendre le maximum de précautions pour que des guerres véritables n'éclatent pas ou que celles en cours (sous le nom trompeur d'"affrontemens localisés", se résorbent. L'Europe comme l'indique l'auteur, doit jouer un rôle pilote à cette fin.

L'auteur, Louis Gautier, a été directeur adjoint du cabinet de Pierre Joxe, alors ministre de la défense, puis conseiller de Lionel Jospin à Matignon. Son livre a le premier mérite de combler un vide, tant il est vrai qu'en France, comme le souligne ce spécialiste des questions stratégiques et militaires au Parti socialiste, la réflexion politique à ce propos est pauvre et rare. Le débat stratégique est évoqué dans de discrets colloques, mais il est inaudible dans le débat public, et de facto banni au Parlement. La démonstration de Louis Gautier vise à souligner les risques de la politique de l'autruche adoptée par une Union européenne trop sûre de s'être débarrassée des menaces de la guerre.

Cet état d'esprit découle « de l'absence de vision stratégique commune aux Européens et de la déliquescence de leurs capacités stratégiques », ajoute-t-il. La gauche, reconnaît Louis Gautier, a sa part de responsabilité. Certes, les deux septennats de François Mitterrand ont permis de purger son passif politique sur ces sujets, mais à quel prix ! « A la fois pour ne pas gêner l'exécutif et asseoir l'autorité de la gauche au pouvoir, le Parti socialiste et ses alliés se sont comportés, comme la droite, en «partis godillots» », estime-t-il. L'absence de débat politique à ce sujet est « une paresse qui ne prépare pas à l'exercice des responsabilités », insiste-t-il.

Au-delà du cas français, c'est le problème du rapport de l'Europe à la puissance qui est posé. Il y a là un paradoxe, explique-t-il, puisque les Européens sont militairement engagés dans les conflits, mais se refusent à reconsidérer leurs politiques de sécurité. Résultat, l'Europe laisse le champ libre à une hyperpuissance américaine qui a pourtant besoin d'un contrepoids, « non sous la forme des ennemis qu'elle débusque névrotiquement, mais sous la forme d'un allié autonome et fiable ». L'Europe « empêchée », est-elle tétanisée par l'échec du référendum ?

Voir Louis Gautier rejoindre, aves le poids de ses convictions socialistes, le discours sur l'Europe puissance et la nécessité d'assurer celle-ci par des politiques de maîtrise des technologies de souveraineté, y compris dans le domaine militaire (ce qui inclut des secteurs très importants de la souveraineté spatiale), ne peut que nous réjouir.

Raison de plus, propose Louis Gautier, pour réagir : « Ne faisons pas de l'unité politique le préalable pour la mise en place d'une Europe de la défense ; faisons au contraire des progrès de celle-ci le moteur de celle-là ! », suggère-t-il. La réflexion de Louis Gautier l'entraîne à se pencher sur les relations transatlantiques, sur la question des frontières de l'Europe, sur la violence et le droit d'ingérence. Socialiste, il reprend le flambeau des droits politiques et d'association des militaires, pour constater qu' « un réflexe de défiance perdure qui conduit à priver 340 000 militaires des mêmes libertés que les autres citoyens au motif qu'ils pourraient en mésuser ».

Européen, il estime que la crédibilité de la politique de défense des Etats-nations n'a pas d'autre avenir que dans l'Europe. Or la France hésite encore à faire pleinement le choix de l'intégration de sa défense dans l'Europe. « Il n'y a pas d'avenir pour les forces nucléaires françaises à moyen terme sans un cadre stratégique européen », assure-t-il. Le Face à la guerre de Louis Gautier propose une réflexion souvent brillante sur bien des sujets, et pose quelques questions dérangeantes à une institution militaire soucieuse de statu quo, et à un monde politique indifférent aux questions de défense. Puisse son livre contribuer à secouer la léthargie du débat stratégique français !

Et secouer le refus de poser clairement le rôle de la participation de l'Europe à l'Otan, tant que celle-ci demeure un instrument des Américains pour instrumentaliser les politiques extérieures et d'armement d'un certain nombre d'Etats européens. La pensée de la gauche sur cette question est totalement illisible.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14004/index.htm