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La Gazette N° 139 en date du 31 mars 2006

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13903/index.htm

 

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Les futures guerres pour les ressources naturelles http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/gaia.htm
* Nucléaire. Les chemins de l'uranium, présentation du livre de Pierre Morvan, suivi de Les dangers de l'uranium http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/morvan.htm

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences, dont certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 

Grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies d'Exalead (société française, cela mérite d'être souligné... Il n'y a pas que Google sur cette planète en matière de technologie intelligente...).
Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.


Toujours grâce à Christophe, la Gazette s'enrichit par ailleurs du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.

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Les Américains sont fous. Certains experts envisagent des frappes nucléaires préventives sur la Russie, la Chine…et pourquoi pas sur l’Europe ?
31/03/06

On aurait pu espérer que les extrémistes au pouvoir en Amérique tireraient la leçon de leurs échecs au Moyen Orient et dans le reste du monde pour en revenir à des stratégies de coexistence pacifique avec les autres grandes puissances. Mais il n’en est rien et ils ne s’en cachent pas. Dans la très sérieuse revue Foreign Affaires, deux « experts » évoquent l’éventualité selon laquelle, pour maintenir leur « domination globale », les Etats-Unis procèdent à des frappes nucléaires préventives sur la Russie et la Chine. S’ils ne bombardaient pas véritablement ces pays, ils devraient au moins les en menacer pour les réduire à la soumission. Ceci pour profiter du fait qu’ils ont actuellement une suprématie nucléaire suffisante mais que dans l’avenir celle-ci ne durera peut-être pas. Voir: « The Rise of U.S. Nuclear Primacy », de Keir A. Lieber et Daryl G. Press, dans le numéro de mars-avril 2006 (http://www.foreignaffairs.org/20060301faessay85204/keir-a-lieber-daryl-g-press/the-rise-of-u-s-nuclear-primacy.html ).

Il s’agit évidemment d’une idée folle, révélant la démence du complexe militaro-industriel et du pouvoir actuel. Mais elle est certainement répandue et étudiée dans les milieux politiques. Que des gens normalement constitués puissent envisager de faire des centaines de millions de morts innocents pour maintenir une suprématie ne reposant que sur la force brute est atterrant. C’est de plus d’une imprudence elle-même folle, car comme le montre le dossier constitué à ce sujet par Dedefensa, les militaires russes, soutenus par Poutine lui-même, en profitent déjà pour demander la réactualisation d’une force nucléaire qui est loin d’être hors jeu. Les Chinois, sans parler des Iraniens et autres Nord-Coréens, vont accélérer leur nucléarisation. Et l'Inde?

L’Europe devrait immédiatement réagir, en s’indignant et en demandant que les auteurs de cette thèse soient immédiatement désavoués. D’autant plus qu’en y réfléchissant, elle pourrait bien (ou tout au moins la France en son sein), est également frappée préventivement si elle ne s’agenouillait pas devant la menace américaine.

Les prévisions sur l’auto-destruction des sociétés technologiques terrestres sous l’effet de leur propre démence sont peut-être plus proches de se réaliser qu’on ne l’imaginait jusqu’à présent. Et l’agent de cette auto-destruction serait la plus avancée de ces sociétés technologiques, l’Amérique. Nous pensions naîvement que c'étaient les pandémies et les catastrophes environnementales qu'il fallait craindre pour demain. Quelle illusion!

Nous reviendrons sur cette question ultérieurement. Il faudra désormais l’intégrer dans nos réflexions sur l’avenir et l’attitude à adopter à l’égard des Etats-Unis. Une partie des articles de ce numéro devraient d'ailleurs pour bien faire être réécrits pour en tenir compte, mais nos lecteurs sont assez judicieux pour procéder aux-mêmes aux actualisations qui jugeraient utiles.

* Voir sur le site Dedefensa l'article Dr Strangelove est de retour http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2551 et les liens associés.


Les altermondialistes et écolos italiens contre l'Europe des grands réseaux
30/03//06

On sait que les gouvernements français et italien ont signé, le 29 janvier 2001, un accord pour la réalisation d'une nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin nécessitant le creusement sous les Alpes d'un tunnel de 53 km de long, troisième au monde sous cet angle. La décision a été ratifiée en 2002 par les deux Parlements. Elle a reçu le soutien de la Commission Européenne qui accepte de contribuer à son financement. Le tunnel servira d'une part au ferroutage, c'est-à-dire au transport de camions sur plateformes ferroviaires, d'autre part à des TGV voyageurs. Paris sera ainsi à quatre heures de Milan, au lieu de sept aujourd'hui, et Lyon deux heures de Turin. Ce tunnel n'est qu'un élément pour un axe ferré beaucoup plus important, long de 5 000 kilomètres, qui vers 2020 rejoindra Kiev (Ukraine) jusqu'à Lisbonne, via Ljubljana (Slovénie), Turin, Venise et Trieste.

Malheureusement ce projet qui est indiscutable au point de vue des intérêts à long terme des Européens, puisqu'il permet enfin d'offrir une concurrence viable à des transports routiers qui asphyxient les régions traversées, fait l'objet de bien des hésitations, notamment en ce qui concerne son financement. La France semble pourtant décidée à reprendre le projet, sous la pression des collectivités locales intéressées. Mais des oppositions violentes se font jour de la part des populations de la partie Italienne au débouché du tunnel, le Val de Suze. Les résistances sont menées par des groupements altermondialistes et écologiques. Derrière quelques critiques auxquelles il sera facile de répondre, ils veulent surtout préserver le train-train et les petits profits des intérêts locaux. Ce n'est pas la première fois que l'écologie cache le plus grand égoïsme des gens en place.


Un Airbus des satellites?
30/03//06

Nous évoquons ci-dessous les perspectives de rapprochement entre Alcatel et Lucent, et la question de savoir qui aurait le poids politique et géopolitique principal dans le futur groupe, des Européens ou des Américains. Mais nous mentionnons un problème tout aussi important, celui du devenir des activités satellites de Alcatel. Depuis plusieurs mois, M. Tchuruk veut augmenter le poids d'Alcatel dans Thales. Les discussions butaient toutefois sur la valorisation des actifs qu'il souhaite apporter : Alcatel Alenia Space, filiale commune avec l'italien Finmeccanica, et les activités de transport-sécurité. Un accord a finalement été trouvé mi-mars, valorisant l'ensemble à près de 2 milliards d'euros, ce qui a permis de faire avancer les négociations. Le futur ensemble européen d'électronique et de défense aurait un rôle stratégique qu'il ne saurait être question de soumettre aux aléas du marché. Il devrait être capable de rivaliser avec les industriels américains et dans l'immédiat poursuivre des développements stratégiques essentiels: le système de télécommunications militaire par satellite Syracuse et le programme Galileo, le futur système de navigation européen par satellites, destiné à concurrencer le GPS américain. Pour le PDG d'Alcatel, ceci pourrait facilement être déconnecté des activités de télécommunications d'Alcatel, fut-il uni à Lucent.

Mais alors intervient EADS. Depuis plusieurs semaines, le groupe franco-allemand d'aéronautique et de défense convoite Thalès depuis longtemps. Il a donc proposé l'apport de son activité de satellites, Astrium, en échange d'une part de 20 % dans le capital. La constitution d'un acteur unique européen dans le spatial, a bénéficié immédiatement du soutien allemand. On pouvait penser que EADS, dans sa partie allemande notamment, prendrait très mal l'arrivée d'Alcatel. Mais les trois groupes se seraient tout récemment mis d'accord sur une participation commune à base de concessions respectives.

Cette idée de créer un "Airbus des satellites", rassemblant Français, Allemands et Italiens, aurait également les faveurs de l'Elysée. Le président Jacques Chirac et la chancelière Angela Merkel en auraient discuté lors du conseil franco-allemand, mi-mars. Si l'affaire évoluait en ce sens, il nous semble qu'il pourrait s'agir (disons le prudemment) d'une bonne (une très bonne?) solution pour la souveraineté spatiale de l'Europe. Les conseils d'administration d'Alcatel et de Thales devraient en discuter ce jeudi 24, quand nous écrivons ceci. Nous en reparlerons très prochainement.

Pour plus de détail, nous renvoyons à une dépèche de l'AFP en date de ce jour

Alcatel prévoit de porter sa participation dans Thales à 25% ou 30% du capital, contre 9,5% actuellement, en échange de l'apport de ses activités dans les satellites et les systèmes de sécurité, estimées à 1,8 milliard d'euros.

L'Etat français, qui détient 31,3% de Thales, compte sur cette opération pour sortir du mariage franco-américainAlcatel-Lucent la branche satellites d'Alcatel, jugée cruciale pour le secteur français de la défense, souligne-t-on de source proche du dossier.

Pour Alcatel, l'entrée dans Thales représenterait au passage un bouclier contre une OPA hostile, puisqu'il deviendrait un acteur du secteur défense, protégé par l'Etat français.

EADS a offert d'apporter son activité satellites Astrium à Thales qui, avec Alcatel Alenia Space, unirait ainsi l'Europe des satellites. En échange, EADS demanderait quelque 20% du capital de Thales.

Dans un mariage à trois, l'Etat français resterait premier actionnaire de Thales, avec 1% ou 2% de plus qu'Alcatel, selon une source proche du dossier.

Astrium et Alcatel Alenia Space sont de taille comparable (chiffre d'affaires d'environ 1,7 milliard d'euros) et chacun a ses atouts. Le premier se targue de l'appui de l'autre branche spatiale d'EADS, les lanceurs Ariane-5, comme partie d'une chaîne complète, comme pour son concurrent américain Boeing dont les satellites sont lancés par ses fusées Delta.

Quant à Alcatel, spécialiste réputé des réseaux de télécommunications, il s'affiche comme numéro 3 mondial et numéro 1 européen des satellites civils et militaires.

Face aux deux européens, qui représentent environ un tiers du marché, les trois poids lourds américains Loral Space, Boeing et Lockheed Martin conservent environ 45% du marché mondial des satellites commerciaux, qui a représenté 10,2 milliards de dollars en 2004, selon la revue The Space Review.


Faut-il enfin parler du Rafale comme du futur avion de la défense européenne?
28/03/06

Nos lecteurs supposent certainement que nous suivons attentivement tout ce qui s'écrit et se murmure, notamment sur le site de référence Dedefensa.org, concernant les malheurs du F35 JSF américain, Ils ont raison. Nous considérons en effet que la façon dont le complexe militaro-industriel US a instrumentalisé les ministères de la défense européens avec cet avion, ceci depuis bientôt 10 ans, est un véritable scandale. La façon dont les gouvernements européens se sont laissés instrumentaliser ne l'est pas moins. Ceci d'autant plus que le JSF s'était révélé depuis le début une lourde machine à gaz, inapte aux usages que les armées européennes pouvaient lui donner, coûtant le double des avions existants, livrable à des dates indéterminées et surtout imposant aux armées et aux industriels européens une soumission totale aux concepts technologiques et de commandement du Pentagone.

Le scandale était d'autant plus grand que la France, bien inspirée comme souvent, avait développé un excellent avion, le Rafale, polyvalent, immédiatement disponible et valant la moitié du prix du JST. Il avait évidemment le tort d'être français, c'est-à-dire de provenir du seul pays capable dans les 10 à 20 prochaines années de disposer d'une industrie de l'aviation militaire susceptible de concurencer l'industrie américaine.

Mais à quoi bon répéter cela dans cette gazette, tant qu'aucune perspective européenne ne paraissait s'ouvrir pour le Rafale? Voici pourtant que cette perspective pourrait s'ouvrir. Le Rafale pourrait, avec beaucoup de conditions suspensives, devenir un avion franco-anglais - disons même anglo-français - et de ce fait l'avion européen par excellence, si..si..

Nous suivions les contacts avec attention mais n'en parlions pas. Rien n'est pire que de saboter des négociations avec des considérations mal placées. Cependant la grande presse s'est désormais saisie du sujet, Alexandre Adler sur France Culture la semaine dernière, le chroniqueur aéronautique de Europe1 ce matin 28. Nous ne pouvons pas ne pas y faire à notre tour allusion. Certes, l'avenir reste très incertain. On peut tout craindre, notamment que les Américains, outrés par le risque de voir leurs "alliés" britanniques leur échapper, cèdent subitement sur toutes les demandes de ceux-ci. Les Anglais peuvent aussi vouloir ressortir des oubliettes l'Eurofighter, surnommé le mouton boiteux.

Mais on peut aussi penser que la restructuration des armées de l'air et des marines européennes autour du Rafale serait le symptôme de quelque chose d'autrement profond, systémique, l'émergence d'une Europe plus indépendante dans un monde qui sera de plus en plus multipolaire. On peut le penser. N'en disons pas plus pour le moment.

* Sur le Rafale, voir http://www.netmarine.net/aero/aeronefs/rafale/ . On nous reprochera de célébrer une machine à tuer et des dépenses militaires qui seraient mieux utilisées à financer des recherches fondamentales. Mais le problème n'est pas là. Le problème est de savoir où et à qui les pays européens achéteront des matériels militaires dont de toutes façons ils se doteront. Donneront-ils leur argent à une concurrence qui déjà les étrangle ou essaieront-ils de valoriser des ressources de compétence dont, pour le moment encore, ils ne manquent pas.


Eventuel rachat de Thomson
27/03/06

Que penser d'un éventuel rachat de Thomson par des fonds d'investissement américains? La Bourse y croît puisque le titre faisait l'objet d'une forte demande ce jour. Je lis dans la presse de la veille que des banques d'investissement seraient en train de constituer un consortium afin de préparer une offre de rachat, pour 5 milliards d'euros, du groupe français Thomson, spécialisé dans les technologies numériques pour les médias

Des fonds d'investissement ont été approchés ces deux dernières semaines pour rejoindre le consortium, selon l'hebdomadaire anglais The Business. Le fonds américain Silver Lake Partners (SLP) devrait prendre part à l'offre. En 2004, ce fonds avait investi 411 millions d'euros dans Thomson, sous forme d'obligations convertibles en actions, susceptibles de représenter 7,5 % du capital.

Serons nous en présence d'une opération permettant de renforcer un champion européen ou de confirmer son passage sous l'emprise américaine? Affaire à suivre, encore une. .


Pourparlers de fusion entre Alcatel et Lucent
27/03/06

Vendredi 24 mars, le groupe français Alcatel créé sur les restes de la Compagnie générale d'électricité (http://www.alcatel.fr/) a annoncé être engagé dans des discussions avec Lucent Technologies, l'ex-numéro un mondial des équipements de télécommunications (http://www.lucent.com/). Selon son bureau de presse press@alcatel.com ce jour : « Alcatel et Lucent confirment qu'ils sont engagés dans des discussions sur un projet de fusion qui serait établi au prix du marché. Aucun commentaire additionnel ne sera fourni jusqu'à la conclusion d'un accord, soit d'ici la fin des discussions. A cette étape il n'y a aucune certitude qu'un accord sera conclu ou que la transaction sera finalisée".

Ensemble, les deux groupes pourraient peser 21 milliards d'euros de chiffre d'affaires et compter 88 500 salariés. Alcatel vaut près de 20 milliards de dollars et Lucent affiche sur le New York Stock Exchange une capitalisation de 12,6 milliards. Le nouvel ensemble sera numéro un mondial sur les technologies dans les télécommunications fixes, numéro deux mondial des équipements de réseaux pour Internet, derrière Cisco et dans les mobiles, au coude à coude avec Ericsson derrière Nokia. Surtout, la future entité sera le seul groupe à maîtriser les technologies fixe-mobile. C’est important à l'heure où les opérateurs de télécommunications veulent proposer la convergence c'est-à-dire la transmission de la voix et des données quel que soit le réseau.

En 2001, une première tentative de fusion avait échoué. Les membres du Congrès américain s'étaient opposés au mariage, compte-tenu des activités dites sensibles de Lucent aux Etats-Unis. Depuis, deux problèmes demeurent : les «activités militaires» de Lucent Technologies, et les «Bell Laboratories» dépendant de Lucent dont le rôle dans l’innovation technologique, y compris dans le domaine militaire, est resté très important. Ces problèmes seront-ils jugés tels par le Congrès qu’ils devraient condamner la fusion. Mais si la fusion se traduisait par une prépondérance de Lucent dans Alcatel, ces mêmes problèmes pourraient peut-être disparaître subitement. Nous y reviendrons ci-dessous.

Aujourd’hui, de toutes façons, selon les experts, le renforcement de la concurrence impose des rapprochements aux équipementiers. Il faut d’abord compter avec la concentration des opérateurs de télécoms, clients de ceux-ci. L'annonce récente de l'union probable d'AT&T avec BellSouth, respectivement opérateurs numéro un et numéro trois aux Etats-Unis, confirme cette tendance. L'univers des équipementiers reste beaucoup plus fragmenté que celui des acheteurs. Même si Alcatel fusionne avec Lucent Technologies, les acheteurs américains comme AT&T, Verizon, Sprint ou Comcast demeureont en position de force.

Par ailleurs les équipementiers sont confrontés à de nouveaux concurrents chinois qui comptent souvent sur l'appui financier à l'exportation des autorités chinoises. Parmi eux les nouveaux sur le marché international Huawei et ZTE.

La concentration est aussi stimulée par les commandes d’opérateurs qui s'engagent dans une bataille décisive pour offrir des services intégrés de téléphonie, d'accès à l'Internet et de programmation télévisée. Dans ce contexte, le canadien Nortel Networks, qui ne parvient pas à surmonter ses problèmes de gestion parait vulnérable. L'allemand Siemens est souvent cité comme un partenaire logique pour Nortel.

Qui de Lucent ou d’Alcatel contrôlera l’autre ?

Les futurs associés parlent d’une « fusion entre égaux ». Mais il y a toujours l’un des deux plus égal que l’autre, dans de telles opérations. Qui prendra la direction du futur groupe ? On sait que le PDG français Serge Tchuruk prépare son départ pour atteinte de la limite d’âge au printemps 2008. On ne fait pas beaucoup de cas des chances de succession de ses collaborateurs immédiats chez Alcatel, qui semblent avoir été écartés par le PDG. Serge Tchuruk aurait proposé, selon la presse américaine, la direction générale du nouvel ensemble à Patricia Russo, la présidente de Lucent. Mais celle-ci ne parle pas français. Comme par ailleurs le siège du groupe resterait à Paris, viendrait-elle s’y installer ?

Au-delà de ces problèmes de personnes, la question est de savoir qui, de Lucent ou de Alcatel, passera sous le contrôle de l’autre. On pourrait penser vu le rapport des forces capitalistiques, que Lucent serait l’absorbé. Alcatel profiterait de l’opération pour s’étendre sur le marché américain, ce qu’il n’a jamais pu faire vraiment. Mais ce serait bien mal connaître le poids du complexe militaro-industriel américain. Nous n’avons pas d’informations particulières sur ce point pour le moment. Tout laisse penser cependant que la « victime », c’est-à-dire le contrôlé, pourrait être Alcatel. Ceci poserait la question, non seulement du « patriotisme industriel européen », autrement dit celle de savoir si Alcatel, bien que déjà très international, mériterait encore sa réputation de champion industriel européen ou si le groupe dominé politiquement par Lucent deviendrait un authentique « champion industriel américain ».

Le regroupement, en tous cas, devrait signer la fin des projets précédents d’Alcatel, visant à se renforcer dans l'industriel de défense français Thales, à hauteur de 30% comme envisagé. On peut supposer que les actionnaires américains n’y seraient pas hostiles, mais, sans parler de l’Etat français, EADS, qui avait le même objectif, afin de se diversifier dans la défense, n’accepterait sans doute pas l’opération. La partie allemande d’EADS, jusqu’ici réticente à un rapprochement avec Thales, pourrait changer d’avis. Mais dans l’entourage d’Alcatel, on indique que le mariage avec Lucent n'est nullement contradictoire avec une éventuelle montée en puissance d'Alcatel dans Thales dont il détient 9,5 % du capital. Une opération qui se traduirait, notamment par la cession par Alcatel de ses satellites à Thales. Serait-ce un début d’entrisme des américains dans Thales ?

On voit que les tenants et aboutissants de cette importante affaire ne sont pas clairs, tout au moins pour des observateurs extérieurs comme nous. Toutes informations seront les bienvenues. Il s’agit en effet d’une affaire à suivre, dont l’importance, en termes non seulement économiques mais d’affrontements géopolitiques, n’échappera pas à nos lecteurs


Un axe Russie-Chine ou un axe Europe-Russie-Chine ?
24/03/06

En tant qu’Européens, nous ne pouvons qu’être très attentifs aux rapprochements indéniables qui se mettent en place entre les deux grandes puissances que sont la Russie et la Chine et qu’illustre amplement l’actuel visite à Pékin du président Poutine. La Russie n’est plus une très grande puissance, mais elle conserve des éléments de puissance indiscutable : le territoire, les ressources en matières premières, notamment pétrolières et gazières, le reste d’un armement et d’une industrie militaire encore redoutables. La Chine va devenir, si elle ne l’est déjà, la 4e puissance économique du monde, mais elle accumule de nombreuses faiblesses systémiques qui ne manqueront pas de ralentir et fragiliser sa croissance. Les deux puissances pourraient en se rapprochant conjuguer leurs forces et devenir une vraie superpuissance, capable de concurrencer sur de nombreux points les Etats-Unis, surtout si ceux-ci s’enfoncent dans une politique étrangère qui ne fait que les affaiblir.

Il est certain qu’une alliance entre la Russie et la Chine pour exploiter ensemble les ressources multiples de l’Eurasie (du sud de la mer de Chine jusqu’à la Baltique) et pour renforcer leur coopération militaire pourrait représenter un changement important dans les équilibres du so-said monde multipolaire. En août dernier de grandes manœuvres conjointes avaient été conduites entre les forces des deux puissances. L’objectif affiché en était de renforcer la lutte contre le terrorisme, mais cela pourrait n’être qu’un début. Les moyens d’une guerre conventionnelle de grande ampleur pourraient être facilement mobilisés. Encore faudrait-il que les deux pays y trouvent un intérêt. Pour le moment la Chine est surtout orientée vers son développement économique et social. La Russie pour sa part cherche à valoriser ses atouts, dont le plus facilement mobilisable est l’énergie.

Pour l’Europe, une alliance stratégique russo-chinoise ne ferait qu’affaiblir le poids politique de l’Union, qui ne cesse de diminuer suite à la mise en sommeil de la constitution, au refus de se doter de politique industrielle et militaire commune et à un entrisme de plus en plus destructeur de la diplomatie américaine dans les pays de l’Europe de l’Est. Les Américains s’appuient en effet sur les forces anti-européennes et anti-russes de ces pays, Pologne en tête, pour tenter d’amarrer l’Europe à leur politique récente de containment de la Russie et derrière elle, de la Chine – ce qu’ils cherchent à faire en parallèle de l’autre côté du continent asiatique en tentant de recréer une Otan anti-chinoise et anti-russe avec le Japon, l’Australie, la Corée du Sud. Certains du Département d’Etat voudraient y rallier l’Inde. Le partenariat stratégique offert par Bush à ce pays en matière de technologies nucléaires civiles va dans ce sens. Mais l’Inde va certainement prendre le temps d’y réfléchir.

Mais l’Europe devrait-elle considérer qu’elle n’aurait pas sa place dans les alliances stratégiques de la Russie avec ses voisins ? On peut estimer que si la Russie se tourne vers la Chine, c’est parce que l’Europe depuis quelques mois ne fait guère d’ouvertures susceptibles d’encourager les plus européophiles de ses citoyens. Au contraire, tout semble fait pour exciter les nationalistes, notamment par des interventions intempestives (et d’ailleurs sans aucun effet pratique) dans les choix politiques de l’Ukraine, de la Biélorussie et d’autres pays frontaliers. On sait très bien que derrière ces interventions, relayées par des Etats européens tels que la Pologne manipulés par la CIA, se trouvent les Etats-Unis. Ceux-ci feraient mieux de s’occuper de leurs désastreuses affaires, au Moyen Orient ou en Amérique centrale et latine, plutôt que venir tenter de dresser l’Union européenne contre la Russie et bientôt contre la Chine.

Si l’Europe se ressaisissait, en se désengageant de l’Otan d’abord (voir notre article dans ce même numéro), en renforçant ses propres atouts technologiques afin d’en faire des arguments de coopération avec la Russie (pensons notamment à l’espace ou au nucléaire civil de nouvelle génération, sans parler de nombreux autres), si enfin des gestes de coopération sans allégeance étaient repris à l’égard du gouvernement russe actuel, l’Europe pourrait de nouveau compter dans le monde qui s’étend de l’Atlantique à la mer de Chine (en passant par l’Oural, évidemment). L’intérêt de l’Europe est clair : tout faire pour aider la croissance économique et la prospérité sociale de la Russie et de la Chine, sur la base de coopérations technologiques et énergétiques équilibrées. Ceci sans répéter les mots d’ordre fumeux des néo-conservateurs sur la croisade pour la démocratie dont on a bien vu les échecs en Irak 1) Certes, cela serait perçu avec la plus grande hostilité par les Américains, mais, encore une fois, est-ce à eux de décider à notre place ? Si le gouvernement français ne s’enlisait pas actuellement dans des conflits d’arrière-garde avec les syndicats et les jeunes, il pourrait et devrait sans attendre tenir ce langage. En 2007 il sera peut-être trop tard.

1) Sur ce plan j’ai entendu quelque part une observation profonde d’un Irakien. Ce dont l’Amérique, et les naïfs Européens à sa suite, se sont félicités, c’est-à-dire la forte participation des Irakiens aux dernières élections, n’avait rien à voir avec la démocratie rêvée par les néos-cons (plus c… que permis en l’espèce). Il s’agissait seulement de la volonté de se compter qu’éprouvaient les trois groupes en présence, chiites, sunnites et kurdes…avant de déclencher la guerre civile que tout semble laisser présager.


Le site de débat participatif de Ségolène Royal
24/03/06

La candidate non encore déclarée mais j'espère bien décidée à le faire Ségolène Royal a ouvert il y a quelques jours un forum participatif à l'adresse http://www.desirsdavenir.org/ . Le site me parait bien fait, d'un bleu très reposant et comportant des débats d'un bon niveau. Il n'y a pas de raison de négliger cette occasion de faire partager ses idées, si on estime en avoir dignes d'être comuniquées. Deux débats d'actualité sont ouverts dont l'un ne peut que nous intéresser: Téléchargement : comment concilier la rémunération des créateurs et la liberté des internautes ? http://www.desirsdavenir.org/index.php?da=10&debat=66 . Parmi les 6 débats permanents, j'en vois au moins deux qui touchent de près aux thèmes évoqués ici, La France dans le monde et Comment conjuguer environnement et développement? Mais il y en a un dont l'absence saute aux yeux: L'Europe dans le monde et la France dans l'Europe. Vais-je prendre ma plus belle plume pour le suggérer? Cela m'obligerait à reprendre des discours dont vous commencez sans doute à vous lasser, sur le développemement scientifique et technologique de nos vieux pays européens.


Le fanatisme islamique
24/03/06.

L'émission Envoyé Spécial de la 2e chaîne TV française, en date du 23/03, a présenté un reportage effrayant, tourné en caméra semi-caché, chez des groupes fondamentalistes islamiques danois. Certains de leurs imams, parmi lesquels on ne s'étonnera pas de trouver de blonds scandinaves d'autant plus extrémistes que fraichement convertis, annoncent clairement que les athées méritent pire que la mort. Etre chrétien ou juif, passe encore 1), mais se prétendre défenseur de la laïcité serait le pire des crimes, pour ces furieux. Quand on entend cela, on commence à croire inévitable la guerre des civilisations que nous voudrions tout faire pour éviter, afin de ne pas assimiler tous les musulmans à ces mêmes furieux. Sans en arriver jusque là, l'Europe devra bien pourtant décider de défendre ses valeurs autrement qu'en multipliant les excuses d'être ce qu'elle est.

1) encore que le malheureux Abdul Rahman sait ce qu'il en est, en Afghanistan, de se convertir au catholicisme après avoir été musulman. Il serait le premier converti à être jugé pour apostasie depuis l'éviction des talibans en 2001. La charia interdit à tout musulman de se convertir à une autre religion, sous peine d'être exécuté. Agé de 41 ans, l'accusé a abandonné l'islam pour le christianisme il y a 16 ans, alors qu'il travaillait pour une ONG chrétienne à Peshawar (Pakistan). Il a ensuite vécu 9 ans en Allemagne, avant de rentrer dans son pays en 2005, selon la presse allemande. Ayant des relations conflictuelles avec sa famille, il aurait été dénoncé par des proches, selon des sources judiciaires. L'Islam, religion de tolérance, proclament les juges Afghans. Rahman évitera l'exécution s'il plaide la folie. Mais ce dernier s'accroche à sa foi et préfère le martyr. Nous voilà retombés au temps des guerres de religions en Europe. Mais en l'espèce, et bien que désapprouvant le fanatisme, d'où qu'il procède, nous ne pouvons qu'être au côté de Abdul Rahman, même si de ce côté se trouve aussi G.W.Bush, lequel en fanatisme soft ne le cède à personne.

PS au 27 mars: au dernières nouvelles, Abdul Rahman devrait être libéré, sur intervention des diplomaties occidentales et du pape lui-même. Nous n'irons pas jusqu'à féliciter les autorités afghanes pour leur mansuétude.


Laisser l'Otan mourir de sa belle mort
22/03/06.
Le Pentagone et plus généralement l’administration américaine sont désormais dans ce qui apparaît comme une impasse militaire de première grandeur. La poursuite du conflit en Irak, dont rien ne laisse prévoir la fin, devrait affaiblir durablement l’armée américaine. Constituée d’un million d’hommes, celle-ci est incapable de maintenir sur une longue période plus de 150.000 hommes dans un conflit loin de ses bases. Or les effectifs engagés en Irak sont de 138.000 aujourd’hui. Au mieux, ils seront réduits à 100.000 dans un an. Deux rapports, demandés l’un par le bureau du Budget et l’autre par le Pentagone, confirment le risque d’affaiblissement profond de l’armée résultant de l’impossibilité de se retirer en temps utile. L’échec des campagnes de recrutement n’améliore pas les pronostics. Il n’est pourtant pas pensable d’en revenir à la conscription.

Le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld en est bien conscient. Il réalise que ses visions – au demeurant irréalistes – de Longue Guerre (a "long war") contre un terrorisme insaisissable, réparti dans le monde entier, ne seront pas réalisables sans appel à ce qu’il faut bien qualifier de main d’œuvre de remplacement venant des Alliés. Dans la désormais fameuse Quadrennial Defense Review publiée en février, il a fait mettre l’accent sur la nécessité de mobiliser des troupes étrangères afin de « partager les risques et les responsabilités découlant des challenges d’aujourd’hui ». Le document dénommé National Security Strategy publié le 16 mars est plus clair. Il faut que l’Otan s’engage davantage et pour cela, le nombre de ses membres permanents doit être augmenté. Cet objectif est présenté comme vital pour la politique étrangère américaine : « a vital pillar of U.S. foreign policy."

Pour cela Washington se tourne vers la “vieille Europe” et les nations qu’il avait si sévèrement condamnées après le 11 septembre. Il leur propose de construire un « consensus stratégique », ceci en dépit de l’affirmation lancée en 1999 de ne jamais faire dépendre la politique militaire américaine du vote de partenaires européens jugés peu fiables. Ceci signifie une reconnaissance implicite du fait que l’Amérique ne se juge plus assez forte pour agir seule. D’où dans l’immédiat l’intense pression faite sur le gouvernement néerlandais pour qu’il envoie des troupes en Afghanistan.

Cet ambitieux programme d’élargissement de l’Otan, “ambitious agenda", a été présenté par l’ambassadrice américaine à l’Otan Victoria Nuland dans un interview au Financial Times du 24 janvier 2006. Les Etats-Unis veulent constituer une force mondialement déployable susceptible d’opérer du Moyen Orient à l’Afrique et au delà. D’où la nécessité d’intégrer à l’Otan le Japon et l’Australie. L’Otan ne sera donc plus orientée seulement vers la défense de l’Europe (défense contre qui d’ailleurs ?) mais deviendra potentiellement globale. Les empereurs romains qui avaient constitué des légions nombreuses composées de mercenaires des pays conquis se seraient certainement reconnus dans cette grandiose politique.

Avec une inconscience certaine, lors de la conférence sur les politiques de sécurité-défense tenue à Munich début février, Donald Rumsfeld, assisté de son prédécesseur William Cohen ont expliqué que les Etats-Unis envisageaient de réduire de 20% les effectifs de leurs troupes opérationnelles au sein de l’Otan, ce qui serait compensé par des armes high tech. Il faudrait donc que les autres membres de l’Otan prennent leur relève, tant en hommes qu’en moyens budgétaires.

Mais soyons sérieux. Comment dans ces conditions les pays européens pourraient-ils accepter de continuer à coopérer avec l’Amérique au sein de l’Otan, ceci d’autant plus que les néo-conservateurs au pouvoir à Washington sont absolument imprévisibles. On peut tout craindre d’initiatives irresponsables destinées à mener unilatéralement la guerre contre la terreur dans telle ou telle partie du monde. L’Europe s’y trouverait de fait associée et serait la première à subir les retombées désastreuses qui en résulteraient. Malgré la diabolisation du fondamentalisme musulman et des actions terroristes en provenant, les néo-cons ne réussiront certainement plus désormais à recréer l’union sacrée qui s’était instituée dans les années soixante contre les Soviétiques (dont la puissance avait d’ailleurs sans doute, dès cette époque, été exagérée).

Les membres européens de l’Otan sont déjà mis au pied du mur. Les Etats-Unis n’ont pas réussi à rétablir la paix en Afghanistan. S’ils s’en retirent complètement, jamais les contingents européens même renforcés ne réussiront à mieux faire. Ils supporteront des pertes de plus en plus sévères et les électeurs feront pression pour que les gouvernements engagés se retirent, comme l’ont déjà fait l’Espagne et l’Italie.

Nous pensons pour notre part que si une crise se préparait à l’Otan, ce serait une excellente chose. Cette construction artificielle datant de la guerre froide n’a plus lieu d’être – sauf évidemment pour les Américains qui voudraient s’en servir pour continuer à briser l’unité militaire européenne naissante et imposer leurs matériels (tel le F35 JST) bien qu’ils se révèlent particulièrement mal adaptés aux besoins opérationnels et aux budgets européens.

Mais tous les Européens ne partagent pas encore ce point de vue. Certains, y compris en France, continuent à estimer que l'Otan, et plus particulièrement la présence des Etats-Unis au sein de l'Otan, peut encore les protéger. Aussi, il faudrait argumenter. Contre quelles menaces l'Otan pourrait-elle protéger l'Europe? Le terrorisme? N'en parlons pas. La Russie? L'argument est plus valable. La Russie encore fortement armée pourrait être prise de lubie offensive. Mais on peut craindre que l'Amérique ne sacrifie pas son armée pour s'opposer à une invasion de l'Europe par les Russes. Si cette invasion l'inquiétait, elle pourrait aussi bien riposter de chez elle, sur le modèle de la massive retaliation à l'honneur durant la guerre froide. Le même raisonnement s'appliquerait concernant une très improbable guerre entre l'Europe et la Chine.

Il serait donc temps, pensons nous, que la France et ses alliés de la « vieille Europe » reprennent langue avec les Nouveaux Européens pour les convaincre que c’est une politique européenne de sécurité et de défense autonome qui sera la mieux à même de protéger l’Europe de menaces toujours possible. Le parapluie de l’Otan, quant à lui, ne sera plus bon qu’à leur attirer la foudre.

Mais cette politique devra s’accompagner d’une véritable politique industrielle d’armement intéressant le plus grand nombre possible de pays européens. C’est cela que craint finalement le plus le gouvernement Bush et c’est donc cela qu’il faudrait faire. Le chemin est encore loin en ce sens, vu la pénétration des intérêts industriels américains dans les entreprises stratégiques européennes. On en a un excellent exemple avec la société britannique BAE, qui peut être considérée, pour tout ce qui concerne ses activités militaires, comme un simple sous traitant du Pentagone. Les armements terrestres européens et les chantiers navals militaires sont dans la même dépendance.

Au plan des hauts commandements militaires européens, on retrouve les mêmes adhérences. La plupart des officiers supérieurs, formés aux Etats-Unis et entraînés sur des matériels américains, seraient tétanisés à l’idée de se retrouver sans leurs anges tutélaires. Il est certain que la meilleure chose à faire serait alors de leur proposer une retraite bien méritée afin de promouvoir de jeunes cadres plus indépendants.

On voit que les Européens ont un long chemin à faire pour conquérir l’indépendance. It’s a long long way to Tipperary. Raison de plus pour commencer sans attendre.


Le Forum mondial de l'eau
16/03/06

Le quatrième Forum mondial de l'eau s'est ouvert à Mexico le 6 mars 2006, le premier Forum s'étant tenu en 1997. Les statistiques justifient l'importance de ce sujet pour la communauté internationale: un habitant de la planète sur cinq est toujours privé d'accès à l'eau potable et près de 40% de la population mondiale ne bénéficient pas de système d'assainissement de base. On compte 3 900 décès quotidiens liés à l'insalubrité de l'eau. Les perspectives sont sombres. La disponibilité en ressources était de 170 000 m3 par an et par habitant il y a cinquante ans. Elle devrait tomber à 5 000 m3 en 2025. De plus la qualité de cette eau se dégradera sans arrêt. Une petite fraction seulement en sera directement potable.

On attribue cette situation à des facteurs démographiques et environnementaux sur lesquels les autorités gestionnaires des ressources en eau ont peu d'action : l'augmentation de la population et son entassement croissant dans des mégalopoles ingérables en termes de services publics de base, le changement climatique, le développement d'innombrables pollutions industrielles. Mais, selon les experts des Nations Unies, il faut compter aussi avec «les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l'absence d'institutions appropriées, l'inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements».

Ce sont évidemment les pays pauvres du tiers monde qui sont essentiellement victimes de cette situation. Mais les pays émergents, en pleine croissance économique par ailleurs, le sont et le seront de plus en plus. La pénurie d'eau menace ainsi gravement la Chine et l'Inde. Pour ce qui concerne la première, on commence à considérer que les autorités se heurteront là à une difficulté qui risque d'être insurmontable dans les prochaines années. L'inégalité dans l'accès à l'eau, notamment potable, qui frappe la plus grande partie du continent chinois, risque de provoquer des révoltes qui ne pourront pas être contenues. On ne voit pas en effet comment
résoudre le problème. Si une politique de plus en plus agressive d'accès aux réserves extérieures de pétrole et de gaz pourra pallier en partie le manque de ressources nationales, il n'en sera évidemment pas de même en matière d'eau. L'appel aux nouvelles technologies de dépollution, comme le développement de la désalinisations de l'eau de mer, resteront des solutions très coûteuses en énergie et de peu de productivité.

Le Forum ne va pas cependant traiter ces questions de fond, qui relèveraient d'autres instances internationales. Il va surtout se focaliser sur l'étude des meilleures méthodes permettant la gestion économique de l'eau. La France dispose d'une expérience certaine en ce domaine, à la fois par la mise en place de structures décentralisées associant Agences de Bassin et collectivités locales, et par l'appel à des industriels privés qui ont acquis une grande maîtrise des processus techniques de production et de distribution. Mais on a souvent, parfois à juste titre, critiqué le poids excessif que prenaient dans la vie politique locale (voire nationale)
ces véritables empires qu'étaient devenues les sociétés concessionnaires du service public de l'eau, Générale des Eaux et Lyonnaise des Eaux, pour les désigner par leurs anciennes dénominations.

Beaucoup de pays ne veulent pas importer tel quel le modèle de gestion des eaux à la française. Mais ils se méfient aussi de solutions donnant trop de poids à des collectivités régionales et locales facilement tentées par la corruption ou la démagogie politique. Le problème se complique encore quand deux Etats souverains se disputent l'accès à des bassins pluviatiles ou fluviaux communs. Les accusations de détournement des ressources ou de pollution se multiplient et peuvent générer des conflits locaux.

On attendra les conclusions de l'actuel 4e Forum mondial de l'eau pour les commenter. Le mot d'ordre du « Droit à l'eau pour tous » va de nouveau être réaffirmé. Mais il risque de rester du domaine des bonnes intentions si les facteurs plus généraux de la crise de l'eau, que nous évoquions au début de cet article, ne sont pas traités par ailleurs. Mais comment le seraient-ils, dans le monde actuel ? En attendant et plus modestement, pour Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI et auteur d'un rapport sur l'eau en 2003, «il faut aujourd'hui se demander où est la demande et adapter l'offre». Autrement dit, partir des besoins réels des populations avant de décider d'un quelconque investissement. Cela conduit beaucoup d'experts à considérer que l'échelon pertinent pour gérer l'eau est l'échelon local, même si l'Etat doit rester le régulateur.

* Le site du 4e Forum http://www.worldwaterforum4.org.mx/home/home.asp
* Partenariat français pour le 4e Forum http://www.eau-international-france.fr/mexico/


L'adaptation aux changements climatiques doit-elle devenir prioritaire par rapport à la lutte contre le réchauffement? 16/03/06

Beaucoup d'experts des pays en développement considèrent qu'il devient prioritaire, face à la rapidité de propagation des effets négatifs du réchauffement, de préparer ce que l'on nomme désormais l'adaptation à une évolution considérée comme inéluctable. Autrement dit, même s'ils admettent qu'il faille continuer à lutter dans le cadre du protocole de Kyoto et de ses suites, contre la production des gaz à effet de serre (GES), ils ne se bercent plus d'illusion. Les mesures préventives, aussi indispensables soient-elles, resteront toujours en dessous des besoins. Ceci du fait de la résistance des principaux pays pollueurs à modifier leur mode de vie. Les mécanismes plus ou moins catastrophiques enclenchés par le réchauffement se produiront donc inéluctablement. La seule bonne attitude est de s'y préparer et de mettre en place, alors qu'il est encore temps, le maximum de mesures palliatives.

Pour les Indiens, ceci passe par des mesures, extrêmement lourdes et longues mais indispensables, visant à repenser la nature et la localisation des cultures vivrières, à gérer du mieux possible la pénurie croissante des eaux agricoles et potables, à protéger les zones côtières et leurs populations, à lutter contre de nouvelles épidémies. Ces mesures relèvent en priorité des Etats nationaux concernés, mais les experts considèrent qu'elles devraient en parallèle être abordées systématiquement au plan international, d'autant plus que les causes et les remèdes ne sont pas limités par les frontières. Ils souhaiteraient donc que l'IPCC ne se focalise plus sur les seules mesures de réduction des GES, mais aborde aussi, peut-être prioritairement, les mesures globales d'adaptation.

Les pays occidentaux riches adoptent des positions plus nuancées, qui révèlent en partie la force de leurs égoïsmes nationaux. D'abord, ils sont moins exposés que les pays pauvres des zones arides ou inondables aux effets du réchauffement. Ils pensent en tous cas pouvoir s'y préparer progressivement. Ils ne souhaitent pas se voir engagés dans des politiques internationales d'adaptation coûteuses dont les effets pourraient être incertains. Aux Etats-Unis cependant, le thème de l'adaptation est relativement bien accueilli car les responsables politiques et ceux des lobbies industriels y voient une façon d'échapper aux contraintes obligatoires du protocole de Kyoto. De plus, ils répètent dans toutes les instances internationales consacrées à ce problème qu'ils sont en mesure de fournir (vendre) des technologies innovantes permettant de produire des miracles en matière d'adaptation.

En Europe au contraire, on reste à juste titre attaché à la nécessité de renforcer et systématiser les nombreuses mesures destinées à limiter la production des GES. Pour beaucoup d'experts européens, accepter de s'adapter aux changements climatiques reviendrait à s'avouer déjà battu dans la lutte visant à minimiser ces mêmes changements. Certains néanmoins commencent à envisager sérieusement les adaptations qu'il faudra mettre en ouvre en Europe même. C'est le cas des autorités de gestion du Grand Londres, qui souhaiteraient voir dès maintenant engager des travaux visant à protéger celui-ci contre des inondations désormais considérées comme inévitables. Refuser de prévoir semblables catastrophes, dans
les autres pays européens, serait criminel. Il va falloir que les opinions et les gouvernements s'y résolvent

* Voir sur le thème de l'adaptation le dossier spécial de la revue Indienne Current Science n°3, 2006 http://www.iisc.ernet.in/currsci/feb102006/314.pdf
J'en profite pour conseiller la lecture de cette excellente revue scientifique indienne. En dehors d'informations générales, on y trouve le point de vue des chercheurs indiens (et, en filigrane, du gouvernement) sur de nombreuses questions intéressant les stratégies scientifiques. http://www.iisc.ernet.in/currsci/welcome.htm


Transferts de technologies dans le nucléaire. Areva versus Westinghouse
16/03/06

Les milieux bien informés ( ?) font courir à ce jour l'information selon laquelle Areva aurait perdu un contrat du siècle (lisez un assez gros contrat, soit 4 premiers réacteurs) en Chine, face à son concurrent américain Westinghouse. La raison en serait qu'Areva n'aurait pas consenti à livrer aux Chinois la technologie des centrales nucléaires de nouvelle génération (type EPR) qu'elle propose à l'exportation. Ce qu'aurait accepté de faire l'industriel américain. Supposons que cette raison soit la bonne, et que les Chinois n'ont pas retenu Westinghouse pour une toute autre raison, c'est-à-dire pour céder aux amicales pressions du gouvernement américain et afin d'obtenir d'autres avantages en contrepartie (notamment que cesse la pression américaine en faveur de la réévaluation du yuan).

Que penser alors de l'obstination d'Areva ? Garder ses secrets de fabrication est-il une bonne façon de se positionner à l'exportation dans un monde où le transfert de technologie parait le complément incontournable de tout contrat d'achat? On sait que Airbus pour sa part n'a pas craint récemment de donner à la Chine un certain nombre d'informations lui permettant de fabriquer localement les avions qu'elle venait de commander. Boeing au contraire s'y serait refusé, ce qui aurait été une des raisons de son élimination. Nous ne pouvons pas répondre à la place d'Areva. Il est certain que l'industriel français, en dehors du marché chinois, peut espérer vendre ses centrales dans un certain nombre de pays. Le nucléaire civil redevient une priorité et la compétence française est indiscutablement la meilleure du monde (voir sur ce sujet http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2504). Si Aréva avait accepté d'emblée de permettre à la Chine de concurrencer son offre sur les marchés mondiaux, ceci aurait paru assez suicidaire.

Mais on aurait pu faire un autre raisonnement. Les deux prochaines décennies vont voir se livrer une véritable guerre pour la maîtrise des nouvelles générations de centrales nucléaires. Les Etats-Unis, par la bouche de G.W. Bush, ont déjà clairement affiché la couleur. Ils veulent dominer ce marché comme ils dominaient celui des industries du pétrole. La France est à ce jour leur seul concurrent sérieux. Mais d'autres apparaîtront, par exemple les Japonais. Or les
centrales de technologies EPR, ou AP 1000 en ce qui concerne Westinghouse, seront dans quelques années remplacées, au moins au niveau des bureaux d'études, par les centrales dites de 4 e génération (voir l'article que nous avons consacré à ce sujet dans cette revue). Il aurait peut-être été intéressant pour Areva de capitaliser sur les revenus obtenus à l'exportation des EPR en Chine afin d'accélérer les recherches et investissements concernant la 4e génération. De même, ces revenus auraient peut-être permis à la France d'accélérer les travaux relatifs aux technologies de traitement des déchets, voire même ceux intéressant certains aspects du programme Iter. Mais, répétons-le, nous n'avons pas ici tous les arguments permettant de juger la question avec pertinence.

On remarquera par contre que le gouvernement américain, qui semble dorénavant considérer que la Chine sera son adversaire privilégié dans les prochaines années, et qui lui avait refusé l'accès à des industries pétrolières présentées comme stratégiques, semble bien négligent en matière de nucléaire. Celui-ci ne serait-il pas stratégique ? Ou alors ce ne serait qu'à l'intention des Européens que le Département d'Etat ferait de la Chine un épouvantail ?


Pandémie de grippe aviaire et conséquences économiques
16/03/06

Le gouvernement français, nous ne pouvons que nous en féliciter, prend depuis le début au sérieux les conséquences plus ou moins catastrophiques qui résulteraient d'une explosion de pandémie grippale susceptible de faire des centaines de milliers sinon des millions de morts. Mais on ne peut s'empêcher de penser que les simulations faites actuellement pèchent encore par beaucoup de timidité.

En voici un exemple. La presse nous apprend que la DILGA (Délégation interministérielle à la lutte contre la grippe aviaire), présidée par Didier Houssin, a demandé à l'Inspection Générale de l'Administration, qui dépend du ministère de l'intérieur, d'étudier l'action de l'Etat en situation de pandémie et l'impact des mesures réglementaires qui seraient prises. Un effet important de ces mesures a fait l'objet de projections. Il s'agit de prévoir les responsabilités juridiques et financières que prendrait l'Etat en imposant des mesures de confinement à leur domicile d'un certain nombre de salariés. Ni ceux-ci, ni les employeurs ne pourraient logiquement se voir imposer les conséquences du manque à gagner qui en résulteraient dans les secteurs concernés. L'Etat est donc invité à évaluer les coûts budgétaires qui résulteraient de la mise en cause de sa responsabilité, et la façon dont ceux-ci pourraient être couverts en partie par les assurances.

Ceci est très bien. Mais ce type de prévision a aussi quelque chose de surréaliste. On a l'impression de se trouver en face d'un plan de préparation à une guerre totale, du type de celle
qu'ont vécue les Etats européens durant les deux guerres mondiales, et qui se limiterait à étudier comment les salaires des militaires appelés au front seraient versés. La pandémie, sans sa forme la plus grave, qu'il faut prévoir, se traduirait par l'arrêt de tous les services publics courants, le blocage de tous les circuits économiques habituels, des conséquences dramatiques, non seulement économiques mais humaines et politiques, difficilement imaginables. Ce seraient donc des mesures exceptionnelles, dérogatoires à tous droits de temps de paix, que nous aimerions entendre envisager par la DILGA mais aussi par les autres autorités de l'Etat. Que le gouvernement ne se réfugie pas derrière le prétexte de ne pas affoler les populations pour ne pas le faire.

Car face à la pandémie, comme l'ont rappelé les médecins spécialistes, nous serons alors plongés au cour d'une véritable guerre, dont les habitants trop gâtés des pays européens ont perdu depuis longtemps le souvenir. C'est le devoir du gouvernement de rappeler ce que ce terme de guerre signifierait. Le maintien le moment venu de la cohésion sociale et de la moralité publique en dépendra.

La peste de 1720 à Marseille. Vue de l'Hôtel de Ville par Michel Serre.
Voir le site Iconographie de la peste de Marseille, par Regis Bertrand
http://www.mmsh.univ-aix.fr/recueil/htmlbertrand/winbertrand.html


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13903/index.htm