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La Gazette N° 138 en date du 15 mars 2006

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13602/index.htm

 

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Trous noirs ou étoiles à énergie noire (gravastars)? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/gravastar.htm
* Fusion GDF-Suez ou champions industriels européens? http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/03/fusion_gdfsuez_.html

* Chine-USA La guerre programmée http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/03/chineusa_la_gue.html
* Interview de Dominique Dutoit, co-fondateur de la société Memodata conceptrice du logiciel Alexandria http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/71/alexandria.htm . A lire absolument.


Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences, dont certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politique générale. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 

Grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies d'Exalead (société française, cela mérite d'être souligné... Il n'y a pas que Google sur cette planète en matière de technologie intelligente...).
Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.


Toujours grâce à Christophe, la Gazette s'enrichit par ailleurs du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.

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Wolfovitz big nettoyeur

Le nouveau président américain de la Banque Mondiale, le néo-conservateur et ancien faucon Paul Wolfovitz, est en train de transformer la Banque en filiale du Département d'Etat, de la CIA et des autres agences américaines. C'est ce qui se dit tout au moins chez ceux que depuis son arrivée, il a remerciés. Parmi ceux-ci, le vice-président pour l'Europe, poste tenu jusqu'en mai 2005 par le français Jean-François Richard, renvoyé, non remplacé et dont le poste vient d'être supprimé. Désormais les agences de la Banque à Paris, Bruxelles et Genève seront rattachées au vice-Président pour les affaires extérieures à Washington. Le message est on ne peut plus clair. Il frise la caricature. Mais l'Europe, apparemment, ne réagit pas.

Quant aux peuples "bénéficiaires" des prêts de la Banque Mondiale, ils n'ont qu'à bien se tenir. Ils savent qui il faut courtiser.


Les ONG. Pas d'angélisme, SVP

Henri Rouillé d'Orfeuil, ancien diplomate français et président de l'ONG Coordination Sud, publie un ouvrage bien documenté sur les ONG de part le monde: La diplomatie non gouvernementale. Les ONG peuvent-elles changer le monde? Editions de l'Atelier. Ce travail sera utile à tous ceux qui s'intéressent à l'intermondialisme et à l'altermondialisme, en montrant le rôle certainement utile qu'y jouent les organisations non gouvernementales. L'auteur distingue les ONG internationales comme Greenpeace ou Oxfam, les ONG dédiées à des thèmes comme la lutte contre le Sida ou la faim dans le monde, les coalitions nationales d'ONG comme Coordination Sud qui regroupe une centaine d'ONG françaises dédiées au développement, les fédérations d'ONG appartenant à une même famille comme la Cidse et enfin les réseaux de personnalité. Pour l'auteur, les ONG relaient fort utilement l'action des diplomaties nationales ou internationales, quand cette action existe. Dans le cas contraire, elles peuvent très utilement s'y substituer ou la provoquer.

Il n'y a pas grand chose à reprocher à cet espèce d'angélisme. Les ONG sont certainement indispensables dans ce monde barbare. Si elles n'existaient pas, il faudrait les inventer. Il faut cependant rester prudent. Beaucoup d'ONG cachent des intrusions d'Etats dans la vie internationale. Les Etats anglo-saxons (y compris ceux du Commonwealth) sont très experts en ce domaine. Ils sont rejoints aujourd'hui par les grands et moins grands Etats asiatiques. Nombre d'ONG sont par ailleurs des émanations directes d'Eglises, de sectes ou de mouvements religieux souvent fondamentalistes. Là encore, l'Amérique conservatrice est fertile dans ce genre d'intrusions, avec les ONG qui sous prétexte de lutte contre le sous-développement, interdisent l'avortement et le préservatif. Beaucoup d'ONG enfin sont de faux-nez pour les intérêts industriels qui les financent. Aucune ne peut se vanter de ne pas avoir, à un moment ou à un autre, été manipulées. Nous pensons en particulier à Greenpeace. Celle-ci est utile, mais par moment, elle semble prendre ses ordres directement dans les grandes agences de renseignement américaines. Les diplomaties européennes savent aussi, avec des moyens plus modestes, se faire relayer par des ONG judicieusement choisies.

Les ONG ont enfin tendance à la prolifération bureaucratique, avec leurs clans internes, leurs petits chefs et leurs rituels quasi religieux. Sur ce plan, elles ressemblent à beaucoup de nos associations. 14/03/06


La farce du téléchargement

L'expression n'est pas de moi, mais de Michel Alberganti. Celui-ci, que nous connaissons et apprécions à divers titres, notamment pour sa défense des logiciels libres, publie un article documenté dans Le Monde du 15 mars, où il montre le peu de fondement, sinon l'inanité du nouveau projet gouvernemental concernant le droit d'auteur sur Internet: http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-750471,0.html.

En voici la conclusion, que j'approuve tout à fait: " En s'inscrivant dans la logique, pour ne pas dire la stratégie, des industriels de la musique, le ministre de la culture prend le risque d'introduire, dans la foulée de la pénalisation du téléchargement, une remise en cause du droit à la copie privée. Son projet de loi protège en effet les systèmes de management des droits numériques (DRM en anglais), qui constituent des entraves à la libre utilisation des oeuvres dûment achetées.

L'issue de ce débat parlementaire, bien mal engagé, fixera le cadre de l'accès à la culture musicale au cours des prochaines années. Les entraves à la circulation des oeuvres profiteront essentiellement aux industriels, dont la vocation n'est pas la protection des artistes mais bien celle de leurs propres bénéfices".

Je rappelle notre position sur le sujet, en faveur de la licence globale: http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/70/licence.htm 14/03/06


L'Europe des Nations

Un mot rapide sur ce thème inépuisable, inspiré par divers livres paraissant actuellement 1) et rappelant que le fait national est incontournable en Europe, que ce soit pour le temps présent ou pour demain. Je crois qu’il n’est pas question de discuter cette affirmation, non plus que discuter la tendance réflexe, dans chaque Etat national européen, à se méfier d’éventuelles emprises d’un autre Etat national européen ou d’un « gouvernement européen » qui prétendrait s’immiscer trop profondément dans les traditions et règles de droit dudit Etat national. Ce réflexe est si profond, si ancien, tellement inscrit dans les gènes, si l’on peut dire, qu’il serait vain de prétendre le nier, ni même prétendre le dépasser, sauf si…

Sauf si des motifs extrêmement forts obligeant à créer des solidarités entre Etats européens, au sein d’un gouvernement européen adéquat, l’obligeaient. Dans ce cas, l’Union sacrée pourrait s’établir. C’est ce qui s’était produit, entre les provinces françaises, du temps des guerres de la révolution et de l’Empire
, puis des deux guerres mondiales. Les antagonismes ou rivalités existant entre les provinces françaises se sont subsumées, si l’on peut dire, dans la défense de l’entité nationale comprise comme un tout.

Ce serait dommage d’attendre une nouvelle guerre mondiale impliquant l’Europe toute entière pour obtenir le même résultat entre les nations européennes. Si cependant des ennemis se déclaraient, éventualité toujours possible, on peut espérer que l’union se ferait entre les nations. Faut-il en attendant s’inventer des ennemis imaginaires, sur le mode largement pratiqué par les Etats-Unis pour resserrer les forces divergentes ? Peut-être pas, ou peut-être.

Il est clair également que si de nouveaux risques majeurs pesaient sur l’Europe, comme une grande pandémie ou des cataclysmes naturels, provoqués par l’homme ou non, les nations européennes trouveraient peut-être là une occasion de fusionner bien davantage qu’actuellement. Les pessimistes diront que de tels risques verraient se déchaîner les égoïsmes nationaux, mais nous pouvons ici faire le pari du contraire.

Plus intéressants encore seraient de grands défis scientifiques, technologiques et humains impliquant tous les Européens. C’est le rôle que pourrait jouer une aventure spatiale très ambitieuse, poursuivie tout au long de ce siècle, et mobilisant l’Europe en toute autonomie des autres puissances. Mais il y aurait bien d’autres grands projets qui pourraient avoir ce rôle. Nous en avons souvent parlé. Inutile d’en refaire la liste pour le moment. 14/03/06

1) Par exemple: La raison des nations, Réflexions sur la démocratie en Europe, de Pierre Manent. Gallimard, Février 2006.


Le Livre Vert européen sur l’énergie (Green Paper on a "secure, competitive and sustainable energy policy for Europe")

Après avoir publié en Novembre 2000 un Livre Vert sur la sécurité des approvisionnements énergétiques puis il y a un an un Livre vert sur les économies d’énergies (économiser 20% de la consommation actuelle, voir http://europa.eu.int/comm/energy/efficiency/index_en.htm), la Commission européenne vient de publier un Livre vert pour l’élaboration d’une politique énergétique commune. Le Président Juan Manuel Barroso et le Commissaire à l’énergie Andris Piebalgs le présentent conjointement dans un article de l’International Herald Tribune daté du 8 mars http://www.iht.com/articles/2006/03/07/opinion/edbarroso.php (mais pourquoi ce journal et non un journal européen ?).

La hausse des prix des combustibles, la dépendance à l’égard de l’OPEP et de la Russie, les incertitudes concernant l’état à long terme des réserves fossiles et l’urgence renouvelée d’une lutte contre les gaz à effets de serre justifient amplement le besoin d’une politique européenne commune en matière d’énergie.

Mais jusqu’à présent, la Commission n’avait pas fait grand-chose en faveur des objectifs proposés dans les deux précédents Livres Verts. Les préconisations en faveur des énergies renouvelables et des économies n’ont pas vu le jour ou n’ont pas été appliquées. Les efforts pour augmenter la transparence du marché intérieur et pour libéraliser les secteurs de l’électricité et du gaz se sont heurtés aux réticences des Etats et des syndicats. Les OPA et regroupements actuellement en cours dans le secteur marquent l’impuissance non seulement de la Commission mais de l’Europe toute entière à définir des politiques cohérentes d’achat, de production et de distribution. Des mouvements d’oppositions au nucléaire, comme Greenpeace, continuent par ailleurs demander de façon de plus en plus irresponsable la sortie du nucléaire. Que propose dans ces conditions le nouveau Livre Vert ? Résumons:

• Il identifie cinq objectifs globaux :
- parler d’une seule voix sur les grandes questions stratégiques
- diversifier l’appel aux sources d’énergies primaires
- devenir la région du monde la plus efficace en matière d’économies d’énergies
- devenir ma région du monde la plus efficace en matière de recherche et développement concernant les énergies faiblement productrice en carbone
- terminer la mise en place d’un marché intérieur de l’énergie en 2007

• Pour cela, le Livre Vert propose six domaines d’actions prioritaires pour l’élaboration d’une politique énergétique commune revigorée ("reinvigorated European Energy Policy":
- Une politique extérieure commune pour la sécurité des approvisionnements, supposant la création d’un Conseil Stratégique de haut niveau à la Politique Energétique (High Level Council Strategic Energy Policy group) destinée à améliorer l’efficacité des négociations notamment avec l’OPEP et la Russie. La Commission produirait par ailleurs une communication annuelle sur la sécurité des approvisionnements et s’efforcerait de créer une Communauté énergétique européenne élargie avec les Etats voisins.
- Une politique commune pour la sécurité des approvisionnements, incluant la mise en place d’un Observatoire Européen ( European Energy Supply Observatory) et d’un réseau d’alerte et de transmission entre les Etats (European Centre for Energy Networks)
- Un Plan stratégique européen pour les énergies propres
- Une action européenne globale pour les économies d’énergie
- L’achèvement d’ici 2007 des marchés uniques de l’électricité et du gaz, avec la mise en place d’un Plan Stratégique pour le Marché énergétique intérieur et l’interconnexion des réseaux de distribution nationaux (grid).

Tout ceci donne l’impression d’un grand désordre intellectuel et d’une fuite vers des organismes de préconisation stratégique n’ayant aucun impact sérieux sur les comportements individuels des Etats ou de leurs entreprises énergétiques. Aucun programme précis visant notamment à accélérer la recherche et le développement des nouvelles sources d’énergie et de nouvelles technologies permettant de diminuer les consommations n’est envisagée. Cela n’est pas étonnant quand on constate que le budget commun voit ses actions structurelles et de recherche de plus en plus amputées 1).

Cette situation renvoie à la tendance générale des institutions européennes à tout réduire à l’économie, sa matière de prédilection, et plus particulièrement à l’ouverture des marchés intérieurs, supposée résoudre la plupart des problèmes. Les questions de production, non pas chez les pays actuellement producteurs, mais au sein des Etats-membres, ainsi que les dimensions politiques et géopolitiques liées à l’énergie, continuent à lui échapper.

Mais la Commission n’est qu’à moitié responsable. Les Etats devraient, dans le cadre d’une politique industrielle et d’une politique extérieure et de sécurité commune, se coordonner pour définir des actions communes. Le rejet du projet de Traité Constitutionnel les a désarmés au plan institutionnel mais des actions de coopération renforcée entre grands Etats demeurent possibles.
Ceci ne veut pas dire que l’Europe devrait se mettre collectivement, dans un domaine aussi sensible, sous une espèce de protection morale de l’Amérique, comme le premier ministre polonais l’envisageait avec une naïveté ou une duplicité aussi coupables l’une que l’autre, en demandant il y a quelques jours la création d’un Otan de l’énergie associant les Etats-Unis. 10/03/03

1) Il faut en effet mettre en relation cette liste de voeux sur l'énergie avec l'accord sur les perspectives financières 2007-2013 conclu entre les chefs d'Etat et de gouvernement, le 16 décembre 2005. Celui-ci ne permet pas de financer nombre de politiques voulues par l'Union européenne. Une « étude d'impact » confidentielle, réalisée par la Commission, à la demande du Parlement européen, qui doit se prononcer lui aussi sur l'accord budgétaire le démontre. Ce rapport lui a été transmis le 16 février (Voir Le Monde du 24/02/03).
Les dépenses liées à la stratégie de Lisbonne, que réclame le Conseil européen depuis 2000, n'augmenteront que de 66 % sur la période 2007-2013 (72,1 milliards d'euros), bien que le Parlement et la Commission avaient souhaité qu'elles doublent. Il est donc peu vraisemblable que l'Unon consacre 3 % de son produit intérieur brut à la recherche d'ici à 2010, comme prévu. Les travaux en matière de santé, d'énergie, de société de l'information et de nanotechnologies devraient en être affectés.
L'avenir des trente réseaux transeuropéens, considérés comme prioritaires pour mailler le territoire des 25 d'ici à 2020, est lui aussi menacé. Il faudra soit saupoudrer l'argent, à hauteur de 3 % ou 4 % par projet, « ce qui ne permet pas de créer l'effet levier nécessaire », soit n'en financer que quelques-uns.


Le rapport de l'Inserm sur les troubles de conduite chez l'enfant et l'adolescent

Ce rapport fait grand bruit. Il est caricaturé comme donnant la fiche d'identité du "bébé pré-délinquant", sinon du bébé délinquant. Il s'agit d'un gros document papier de 430 pages, présenté à la presse le 22 septembre 2005. On trouve le dossier de presse sur le site de l'Inserm à l'adresse http://www.inserm.fr/fr/presse/dossiers_presse/att00000407/DPTroubledesconduites.pdf . Un groupe interdisciplinaire e d'une vingtaine d'experts a été constitué, selon la formule des autres rapports présentés par l'Institut. Les troubles de conduite chez l'enfant, caractérisés notamment par l'agressivité, sont bien connus, notamment en milieux scolaires. Ils entraînent de nombreuses conséquences génantes voire désastreuses, pour les familles comme pour les institutions. La Canam (Caisse nationale d'assurances maladies) a demandé fort logiquement à l'Inserm s'ils pouvaient être identifiés et prévenus chez le jeune enfant, dès avant 3 ans, voire au niveau prénatal. Le rapport identifie les troubles et leurs symptomes, analyse les facteurs de risques, génétiques et environnementaux, propose des actions permettant de prévenir, détecter et traiter les troubles. Ceux-ci sont censés s'appliquer dès la petite enfance (de 0 à 3 ans), en liaison chaque fois que possible avec les parents. Des diagnostics approfondis et des traitements thérapeutiques peuvent s'ensuivre, notamment au plan pharmacologique.
(voir la suite sur http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/72/inserm.htm) 06/03/06


Réaction au Plan gouvernemental français de prévention et de lutte "Pandémie grippale"
http://www.grippeaviaire.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_pandemie_grippale_janvier_2006.pdf

Le gouvernement a fort bien fait de préparer un Plan en plusieurs phases permettant de prévenir puis de contenir une épidémie généralisée (ou pandémie) de grippe aviaire humanisée. Il faut lire (référence en titre) et étudier ce document, dès lors que l'on voudrait jouer un rôle utile à la collectivité au cas où les scénarios les plus noirs se préciseraient. Ce sujet, comme nous l'avions indiqué dans le premier dossier (http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/avr/grippe.html) que nous avions publié à propos de la grippe en avril 2005, comme dans les articles suivants, devrait dès maintenant devenir un thème de réflexion et de préparation pour tous les responsables de terrain, à commencer par les fonctionnaires locaux. Mais plus largement, comme le présent document gouvernemental l'indique, ceux qui voudraient jouer un rôle bénévole utile, au cas où ils auraient échappé à la maladie, devraient prendre contact avec les professionnels pour étudier comment ils pourraient se mobiliser.

Ceci dit, un article de Sciences et Avenir de mars 2006, p. 57, nous invite à ne pas nous faire d'illusions. Même si la France est un des pays du monde le mieux préparé, un examen plus approfondi montre que nous ne sommes pas véritablement prêts - surtout si l'on considère que le propre de ce type de menace est de découvrir et exploiter les lacunes de tout dispositif, pour les transformer en occasions de déroute. L'auteure de l'article, Elena Sender, s'appuie sur l'enquête de la Mission d'information de l'Assemblée Nationale sur les mesures préventives de lutte contre la grippe aviaire. L'enquête a commencé le 15 octobre 2005 et la Mission (président Jean-Marie Le Guen, rapporteur Jean-Pierre Door, députés), a publié un premier rapport le 26 janvier. Ce rapport est disponible sur le site de l'AN: http://www.assembleenationale.fr/12/rap-info/i2833.asp . Il étudie l'historique et les caractères de l'épidémie, les conditions de sa transformation en pandémie, les moyens de protection et leur disponibilité. Deux autres suivront, consacrés à l'épizootie et aux moyens hospitaliers. Il faut rendre hommage à l'extrême sérieux du travail réalisé et au fait qu'il soit communiqué au public sans dissimuler les réalités.

Mais les rapporteurs font un diagnostic sans complaisance. La France ne sera pas prête en cas d'une offensive brutale et massive débutant sur le sol européen. Sans même parler du vaccin, qui ne peut être fabriqué avant que la souche virale ne soit identifiée, des éléments d'intendance comme la disponibilité en masques de protection ne sont pas assurés. La demande sera mondiale et les stocks de polypropylène nécessaires pour que la seule entreprise française, Bakou-Dalloz, capable de fabriquer les masques de haute protection FFP2 en dispose suffisamment, ne sont pas assurés. A plus forte raison faut-il déplorer le fait que les industriels capables de fabriquer en France les antiviraux et le moment venu les vaccins (en l'espèce Sanofi Pasteur) n'aient pas reçu les crédits nécessaires pour mettre en place des unités et des méthodes de production (culture cellulaire) capables de répondre à des besoins urgents et massifs - ce qui ne serait pas le cas aux Etats-Unis où le même Sanofi-Pasteur aurait reçu d'importants financements de recherche.

Sciences et Avenir rapporte les propos du rapporteur de la Mission, à la suite de la première vague d'auditions: "Nous sommes prêts pour l'alerte mais pas pour une pandémie qui toucherait la France entière". Le président confirme: " La France a pris 10 ans dans la vue. Sans ce retard, nous utiliserions déjà la culture cellulaire pour les vaccins et d'autres antiviraux que le seul Tamiflu".

Faire bon usage du répit saisonnier, s'il y en a

Ce constat fait, il ne faudrait pas en rester là. Au cas où la pandémie n'éclaterait pas ce printemps, donnant un répit de quelques mois, il faudrait l'utiliser en France non pour s'endormir à nouveau mais pour préparer la future reprise des hostilités. Autrement dit, il faudrait que le gouvernement, les industriels et les professions de santé en profitent pour faire ce qui n'a pas encore été fait. L'action est à mener sur plusieurs plans. En France, il faut absolument aider l'industrie pharmaceutique à réaliser les investissements de recherche et de production nécessaires (ainsi que d'autres stocks, par exemple en antibiotiques pour lutter contre les infections opportunistes). Ceci suppose que les coûts et les risques ne soient pas laissés aux industriels, mais imputés sur les budgets publics, le tout sans compter - il ne s'agit pas d'économiser quelques centaines de milliers ou millions d'euros face à un risque qui provoquerait des millions de morts sinon davantage dans l'hypothèse la plus pessimiste.

Au plan européen, il faut convaincre les autorités communautaires de pousser au regroupement et à la collaboration entre laboratoires et industriels des différents Etats de l'Union, malgré les lois anti-trusts et autres obstacles administratifs. Au plan international enfin, il faut faire pression sur l'OMS pour qu'elle se dote d'un vrai droit d'ingérence sanitaire, afin d'éviter la non-déclaration de foyers infectieux. Mais comme on sait que les pays pauvres sont par eux-mêmes incapables de prendre les mesures préventives et curatives destinées à éliminer les virus ou, tout au moins, à les cantonner, il faut continuer à leur apporter une aide considérable. La conférence des donateurs qui s'est tenue à Pékin il y a quelques semaines avait recueilli 2 milliards de dollars de subventions. Mais ceux-ci ne sont pas prêts à être distribués, les vétérinaires et conseillers sanitaires ne sont pas formés, les populations restent inéduquées. C'est sans doute 10 fois plus d'argent que l'ONU et l'OMS devraient rassembler dès maintenant, avec de nombreuses brigades de volontaires, comme la France avait proposé d'en fournir.
On ne peut en effet demander à des villages où les volailles et les oeufs sont les seules nourritures protéinées, et qui sont déjà au bord de la famine, de tuer leurs élevages, sans contreparties, pour répondre aux injonctions de l'OMS. Il faudrait organiser de véritables ponts aériens d'aides alimentaires et logistiques, tout en persuadant les gouvernements locaux d'accepter ces aides et de les utiliser convenablement. On en est loin. La tâche à entreprendre est immense. 05/03/06


Elections présidentielles 2007 : bientôt la foire aux blogs
Christophe Jacquemin

Membre du CSA en charge du groupe de travail sur les nouveaux médias, Francis Beck déclarait récemment qu'"en application des nouvelles lois de 2004, les contenus diffusés sur les nouveaux supports de communications électroniques ne relèvent du champ de compétences du CSA que s'ils constituent des services de radio ou de télévision, ce qui n'est pas le cas du podscasting ou des blogs".
On peut en conclure que le temps de parole des candidats à l'élection présidentielle qui s'exprimeront via messages audio ou vidéo sur les blogs ne sera pas comptabilisé par le CSA...Il faut dire que cela aurait été une tâche herculéenne, sinon impossible.

Signalons dès lors l'initiative de l'université de Technologie de Compiègne qui vient d'ouvrir un "Observatoire de la présidentielle 2007" (http://www.utc.fr/rtgi/op2007/ ) visant à devenir un lieu de veille et d'analyse du web en cette matière. Seront ainsi proposés des outils mais aussi des études qui devraient alimenter un débat fécond sur les relations entre politique et internet. Le premier d'entre eux baptisé Tendançologue © permet de suivre le bruit médiatique généré par les présidentiables potentiels dans les différentes sphères d'informations que sont les journaux, les blogs et les newsgroups. Chaque jour à partir des résultats fournis par plusieurs moteurs de recherche spécialisés et généralistes sur le nombre de nouvelles ressources publiées dans les dernières 24 heures, la courbe de bruit médiatique de chaque homme politique est tracée et ceci pour chaque sphère d'information.

Ces courbes permettent de suivre les évolutions de leur visibilité dans le temps, de comparer les hommes politiques entre eux à un même moment mais aussi de voir comment le bruit médiatique circule entre les sphères (phénomène de retard ou d'anticipation de l'une sur les autres).

Le site propose aussi "La Blogopole" (contraction de blogosphère politique), visualisant l'ensemble des blogs de citoyens qui alimentent le débat politique en France c'est à dire aussi bien les hommes politiques, les militants que les commentateurs et analystes. Le site tentera d'en dessiner les contours à mesure que l'échéance des élections présidentielles approchera. La première cartographie proposée est celle des blogs d'hommes politiques à laquelle viennent s'ajouter quelques blogs d'analystes et commentateurs du débat politique sur le web.
05/03/06


Japon, le grand retour. Mais jusqu'où?

Eric Le Boucher, dans le Monde du 27 février, p. 2, nous rappelle utilement que le Japon n’est plus le pays vieillissant et en crise de croissance que l’on imagine encore en Europe. On se souvient qu'à l'inverse, vers la fin des années 1980, le Japon était présenté comme le modèle à suivre par les économies occidentales. Le MITI, ministère de l’Industrie, était omni-présent : pilotage énergique des secteurs de haute technologie, protectionnisme généralisé, encouragement à la recherche universitaire. Il soutenait aussi par de nombreuses mesures les industries produisant pour les grands marchés étrangers de consommation, comme l’automobile. S’y ajoutait l’espionnage économique systématique, chaque touriste à l’étranger étant censé rapporter grâce à l’inséparable appareil photographique dont il était muni, des informations précieuses sur l’économie et les moeurs des Occidentaux. Du côté du secteur privé, à côté d’activités traditionnelles impénétrables à la concurrence étrangère, les grands groupes, soutenus à l’exportation par les sociétés de commerce ou « Sogo shosha», joignaient un fort taux d’investissement de recherche à une politique sociale qui, disait-on, faisait leur force puisqu’elle garantissait très souvent l’emploi à vie. Tout ceci était aux antipodes de la déréglementation et de la fin de l’interventionnisme public que l’on commençait à vanter en Occident.

Il en résulta que la croissance et les succès commerciaux dans les secteurs de pointe, notamment en électronique, inquiétèrent fortement les Etats-Unis et l’Europe. Aux Etats-Unis, malgré la bienveillance traditionnelle manifestée à l’égard du Japon, allié précieux contre l’URSS et la Chine, des campagnes de dénigrement du Japon (le Japan Bashing) se développèrent partout, appelant à une énergique défense. Le livre à succès de Michaël Chrichton, Rising Sun, en était un bon exemple (http://www.crichton-official.com/sun/).

Puis vinrent la fin des années 1990 et le début des années 2000. Subitement, on annonça partout la fin du « miracle japonais ». Je cite Eric Le Boucher : « Il y a encore trois ans, le Japon semblait épuisé, trop vieux dans un monde asiatique en plein boom, son système bancaire plombé par des dettes, l'économie plongée dans une destructrice déflation, la classe politique, archaïque, poursuivie par une série sans fin de scandales. Les financiers de Wall Street le condamnaient avec la méchanceté de la proie survivante par une blague : « Quelle est la différence entre le Japon et l'Argentine ? Deux ans. »

Vint pourtant, tout récemment, le réveil, que décrit bien Eric Le Boucher : « une forte croissance, le plein-emploi, une insertion réussie dans la mondialisation, sans pour autant tout adopter du modèle libéral à l'américaine. Le Japon a trouvé la martingale. Sa croissance a été de 2,8 % l'an passé, le double de la France, son taux de chômage est de 4,6 %, les grandes entreprises bâtissent de nouvelles usines au Japon malgré les coûts, la confiance de la population est au plus haut » .

Les pays européens, et la France en particulier, peuvent-ils s’inspirer de l’exemple japonais pour rebondir ? On en doute. Le Japon continue à conjuguer, dans une forte ambiance de patriotisme économique patrimonial voire de nationalisme, deux recettes que pour le moment encore nous refusons, au moins en Allemagne et en France. La première est l’abandon du keynésianisme économique (intervention des budgets publics en faveur de la relance) et du modèle social protecteur. Ceci a permis d’incontestables économies réinvestissables dans la recherche. Le relais a été pris par les grandes firmes, notamment dans l’automobile et l’électronique. S’appuyant sur un toujours fort marché à l’exportation, elles augmentent considérablement leurs activités de laboratoires. Dans le même temps, sans toucher à l’emploi à vie, elles multiplient les sous-traitances et la flexibilité des recrutements.

Notons cependant qu’elles évitent systématiquement, ce faisant, d’importer au Japon de la main d’œuvre asiatique à bas- prix et même de délocaliser les ateliers. L’investissement technologique, nous l’avons souvent évoqué dans cette revue, se traduira prochainement par un appel de plus en plus grand aux robots autonomes, destinés à remplacer l’ensemble des humains dans les usines. Toyota Motors prévoit ainsi d’ici quelques années des ateliers entièrement robotisés, y compris au niveau des tâches dites nobles. Dans le même temps, pour compenser, les entreprises concevant et fabriquant les robots humanoïdes prennent une part croissante dans les statistiques d’activité. L’exportation leur est largement ouverte au plan mondial, car elles ont acquis une avance difficilement concurrençable, même aux Etats-Unis.

Parallèlement, je cite encore Eric Le Boucher : " le capitalisme nippon fait sauter l'intégration banque-industrie (43 % des entreprises cotées avaient un actionnariat croisé, avec une part des étrangers limitée à 6 %), introduit de nouvelles règles comptables, révise sa « corporate gouvernance », durcit les lois antitrust, crée des fonds de gestion et accepte les OPA, même agressives. Des restructurations s'engagent : les firmes pétrolières passe de 14 à 4, les papetières de 14 à 3, les banques de 15 à 3 ».

Mais la deuxième recette, que l’on ose encore à peine évoquer en Europe, y compris en France, est la volonté de conserver sur le sol national, à l’abri des OPA et autres espionnages économiques, les « cœurs de métiers » des entreprises technologiques. Toutes les tâches à haute valeur ajoutée, qu’il faut protéger du pillage, restent au Japon, ainsi que les laboratoires de recherche privés et universitaires associés. C’est le cas notamment de la fabrication des composants stratégiques. Le montage final peut lui être délocalisé, encore quelques temps et en attendant l’arrivée de la robotique évoquée ci-dessus, On constaté exactement la même politique en Inde et en Chine. Il faut garder chez soi tout ce qui représente une valeur d’avenir.

Ajoutons que, dans cette perspective, l’Etat n’a pas renoncé à son rôle traditionnel d’encouragement à la veille économique (dit aussi guerre économique) ni aux interventions politiques et diplomatiques musclées pour que le Japon joue un rôle de première grandeur dans les domaines du futur. On sait l’obstination manifestée par le gouvernement Japonais pour récupérer sur son sol le réacteur expérimental Iter. Cette obstination a été récompensée puisque le directeur du projet est japonais et prépare son installation à Cadarache. Il pourra ainsi veiller à ce que le plus grand nombre de retombées stratégiques se fassent au profit du site japonais de Rokkasho-Mura. On sait aussi l’importance que le gouvernement donne, à travers l’Agence spatiale japonaise Jaxa, à d’ambitieux programmes spatiaux (Jaxa http://www.jaxa.jp/index_e.html).

Il faut replacer dans la perspective des affrontements qui se préparent en Asie cette politique économique et industrielle continuant à intégrer grands groupes et administrations. Manifestement, les tensions entre un Japon toujours vécu comme nationaliste et ses voisins, Corée du Sud et Chine notamment, ne risquent pas de diminuer. Ceci d’autant plus que l’Asie continentale en pleine expansion concurrence de plus en plus le Japon dans l’accès aux sources d’énergie et aux débouchés. Jusqu’à présent, le Japon a bénéficié de l’appui apparemment sans failles du gouvernement américain. Les multinationales américaines comptent beaucoup sur des accords avec les firmes japonaises. Mais cet appui va-t-il durer si le Japon devient plus entreprenant et plus agressif. Nous avons vu dans un article précédant que dans les composants électroniques, par exemple, Intel et IBM ne semblent guère soucieux de renforcer la recherche japonaise en matière de composants à haute intégration. Par ailleurs, l’appui américain, si le Département d’Etat s’engage dans des politiques aventureuses, notamment à l’égard de la Chine (voire la présentation du livre de Jean-François Susbielle dans ce numéro) risque de devenir plus gênante qu’utile.

Il reste que le Japon ne semble pas avoir d’atouts suffisants pour se passer d’alliés et devenir à lui tout seul une vraie super-puissance. Ses handicaps demeurent, notamment en espace géographique, en matières premières et même sur le plan démographique. Il continue à éveiller la méfiance, sinon l’hostilité, de beaucoup de populations. L’alliance américaine lui sera sans doute longtemps précieuse, comme d’ailleurs réciproquement l’est pour les Etats-Unis, l’appui japonais – ceci y compris en termes militaires et quels que soit les risques de résurgence du militarisme samouraï, si le Japon réarmait vraiment.

Les Européens, pour ce qui les concernent, doivent reconnaître que faute d’avoir su développer des politiques de sortie de crise et de retour à la puissance politique, ils continuent à ne pas plus exister sur les écrans radars japonais qu’ils ne le font sur les écrans radars chinois – sauf en tant que sympathique but pour le tourisme d’entreprise. 03/03/06


L'intégration européenne selon le Premier ministre belge Guy Verhofstadt

Un lecteur me signale un interview du premier ministre belge Guy Verhofstadt dans Le Monde du 12 février, que je n'avais pas lu, non plus que son livre d'ailleurs (Excusez-moi, on ne peut pas tout lire en temps utile). Manifestement, les propositions du Premier ministre ne sont pas tous acceptables par ceux qui veulent construire une Europe Puissance, non-dépendante et souveraine. Mais elles méritent au moins d'être connues et discutées.

J'extraie ceci de l'interview, par Thomas Ferenczi et Jean-Pierre Stroobants:

"Q. : Vous publiez un livre, intitulé Les Etats-Unis d'Europe (Editions Luc Pire, Bruxelles), qui présente des propositions de relance de l'Union européenne. Pensez-vous que la Constitution soit morte ?

GV. : Morte, non, mais il est clair que sa ratification est en panne... En attendant, il faut réfléchir à l'avenir de l'intégration européenne, ce qui semble désormais quasiment interdit. ....
Mes propositions sont compatibles aussi bien avec les traités actuels qu'avec le projet de Constitution. Elles ne concernent pas principalement les institutions mais veulent exprimer une vision de l'Europe. Le moment est venu de choisir entre une Europe du libre-échange et une Europe politique. Si on opte pour la seconde, tentons de la faire à vingt-cinq. Si ce n'est pas possible, créons une fédération des Etats-Unis d'Europe avec les Etats de la zone euro. La Grande-Bretagne est exclue ? Personne n'interdit aux Britanniques d'entrer dans la zone euro. Il se peut très bien qu'ils rallient le mouvement s'il est lancé. Tenter de renforcer la zone euro n'est pas diviser.

Notre commentaire: jusque là, très bien.

Q.: Vous estimez que l'Union n'est pas aujourd'hui une Europe politique. Que proposez-vous de plus ?

GV.: D'abord une gouvernance économique et sociale. Pour le moment, nous n'avons qu'une sorte de catalogue d'objectifs, la « stratégie de Lisbonne », qui, en vérité, n'est pas une stratégie. On s'est fixé des buts à atteindre, sans dire comment, et avec quels moyens. Il faut désormais développer, sur la base de la convergence, non de l'harmonisation, une politique économique et sociale cohérente, au moins à l'intérieur de la zone euro....

Notre commentaire: jusque là, toujours très bien.

GV.: En s'appuyant sur les compétences existantes, la Commission peut jouer le rôle de gouvernement socio-économique en rassemblant les commissaires responsables...

Notre commentaire: Plus du tout d'accord. La Commission serait irresponsable politiquement, bien trop divisée et sans doute aussi pas assez compétente pour assurer une telle tâche. Elle ne dispose pour le moment que d'un petit noyau de fonctionnaires chargés de tâches d'exécution. S'ils s'appuient sur des conseillers externes, ils font appel à des lobbies privés plus dangereux qu'utiles. Il faudrait l'équiper d'un véritable administration d'Etat, ce qui est impensable sans une réforme constituionnelle profonde.

Q.: Quelles autres idées avancez-vous ?

GV: Je propose de développer l'espace Schengen pour créer un vaste espace commun de sécurité et de justice. Ensuite, de bâtir une défense européenne pour en faire un pilier de l'Alliance atlantique. Nous pouvons aller plus loin que nos quelques expériences récentes de rapprochement, en nous interrogeant sur l'efficacité des dépenses militaires de l'Europe. Elles représentent la moitié de celles des Etats-Unis mais leur efficacité doit être de l'ordre de 10 % par rapport à elles.

Notre commentaire: Sur un espace Schengen élargi, pourquoi pas, s'il ne devient pas une passoire ? Sur une défense rendue plus efficace, certainement. Sur l'idée d'en faire un pilier de l'Alliance atlantique, cent fois non. Il est curieux de voir émettre une telle proposition de la part d'un homme d'Etat européen supposé responsable, quand on voit les dégâts commis par la politique américaine au MoyenOrient et ailleurs. Faudrait-il que l'Europe devienne l'instrument docile des folies américaines? Cette proposition ne peut qu'apporter de l'eau au moulin de ceux qui voient dans les projets d'Europe fédérale la main des Etats-Unis pour enlever toute autonomie politique à l'Europe. Ceux-ci en effet pourraient manipuler les petits Etats européens plus facilement que les grands Etats, et faire de l'Europe la vassale de l'Amérique.

GV.: Troisième proposition : une véritable diplomatie européenne, avec notamment des représentations communes dans les institutions internationales.

Notre commentaire: Oui, certes, mais qui en décidera? La Commission?

Q.: Quels alliés trouverez-vous pour votre projet ?

GV. : Le programme du gouvernement allemand propose un renforcement de la coopération dans la zone euro. Le président français a dit la même chose devant le corps diplomatique. On va voir ce qui va se passer en Italie. De toute façon, elle s'imposera dans quelques années.

GV.: Comment développer une économie compétitive face à la Chine et l'Inde sans stratégie économique commune ? Une des raisons du non français, et peut-être néerlandais [au projet de Constitution], est le sentiment que l'Europe n'avait pas la bonne réponse face au textile chinois ou au plombier polonais. Les vraies questions sont : comment rendre compétitives nos entreprises, quelle peut être notre approche commune des adaptations du marché du travail, comment éviter de tomber dans le dumping social ? Ce n'est pas en lançant quelques projets intergouvernementaux ou en essayant de sauver quelques éléments de la Constitution qu'on y répondra.

Notre commentaire: ces observations ne résolvent pas la question du statut juridique de l'Europe: rester dans les traités actuels, devenir une Fédération d'Etats-Nations (le projet constitutionnel éventuellement un peu renforcé dans le sens fédéral) ou devenir un véritable Etat fédéral conçu pour être une Puissance autonome (à supposer que ceci soit possible, dans l'état actuel des esprits- ce que beaucoup contestent). 02/03/06


Dans la presse

On trouve dans cette rubrique occasionnelle, sous forme de revue de presse, des extraits d'articles publiés sur Internet qui nous paraissent appeler des commentaires car concernant de près notre projet éditorial. Il ne s'agira évidemment que d'une sélection, bien trop réduite par rapport à l'abondance des textes méritant d'être signalés.

Les textes originaux sont présentés en italique marron, nos commentaires en noir.

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La Réconciliation transatlantique de circonstance, par Thomas Ferenczi
Article paru dans l'édition du Monde du 10.03.06

Rockwell A. Schnabel a occupé le poste d'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Union européenne de 2001 à 2005. Il a pris ses fonctions au lendemain des attentats du 11-Septembre et les a quittées après la visite de George W. Bush à Bruxelles, en février 2005, censée mettre fin aux désaccords provoqués par la crise irakienne. Il a donc été l'un des témoins privilégiés des vives tensions qui ont opposé les Etats-Unis à la "vieille Europe" brocardée par le secrétaire d'Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld. De cette expérience, M. Schnabel a tiré un livre, Europe - Etats-Unis : un avenir commun (Alvik Editions). On se dit, après l'avoir lu, qu'en dépit des hommages rendus au projet d'intégration européenne, l'incompréhension demeure.

Elle s'exprime en particulier dans les réflexions de l'ancien ambassadeur sur "l'Union européenne comme superpuissance géopolitique". M. Schnabel s'inquiète beaucoup des tentatives de l'Europe pour "rééquilibrer" la relation transatlantique. C'est ce qu'il appelle la "rhétorique euro-gaulliste". Certes il sait bien que tous les partenaires de la France ne partagent pas cette ambition, mais il craint que l'idée ne fasse son chemin dès lors que la menace soviétique a disparu. Pour lui, il est inacceptable que l'Europe se donne pour objectif de faire "contrepoids" à la puissance américaine. La perspective d'un monde "multipolaire" lui semble lourde de dangers.

Ce qui nous parait inacceptable est qu'un responsable américain se permette de vouloir interdire à l'Europe la possibilité de jouer un rôle indépendant des Etats-Unis dans le monde. Encore plus inacceptable est son refus d'un monde multipolaire où l'Europe pourrait s'exprimer sous sa seule responsabilité. Si le monde n'est pas multipolaire, il est américain en attendant d'être bi-polaire (compte-tenu de la probable future confrontation avec la Chine). C'est là que résident tous les dangers.

On aurait pu imaginer qu'au nom de l'apaisement des querelles entre l'Europe et les Etats-Unis, symbolisé par la visite de M. Bush à Bruxelles, M. Schnabel fasse un pas vers les thèses "euro-gaullistes" et tente au moins d'en comprendre les motivations. Non, il campe fermement sur ses positions et va jusqu'à condamner la proposition d'un quartier général européen distinct de celui de l'OTAN comme "un geste politique" et "une déclaration d'indépendance contre la domination américaine". Bref, si les relations entre l'Europe et les Etats-Unis sont en apparence meilleures, il est clair que sur le fond les divergences subsistent.

Je n'ai pas lu moi-même le livre du sieur Schnabel et je me garderai bien de le faire pour ne pas faire monter ma tension cardiaque. Il faut donc faire confiance à Thomas Ferenczy quand il rapporte les propos de l'ex-ambassadeur. Mais si celui-ci parle en toute bonne conscience d'une déclaration d'indépendance contre la domination américaine, cela en dit long sur à la fois l'étendue de cette domination et le fait qu'elle apparaisse tout à fait naturelle au personnage comme, je suppose, à tous les interlocuteurs européens qu'il a rencontré dans sa vie diplomatique.

C'est aussi ce qui ressort d'une étude collective de l'Institut d'études de sécurité, centre de recherche de l'Union européenne dans le domaine de la défense, publiée sous le titre Friends again ? EU-US relations after the crisis ("Amis de nouveau ? Les relations euro-américaines après la crise") et consultable sur le site de l'Institut (www.iss-eu.org). Dans sa contribution, l'ancien directeur du Centre d'analyse et de prévision du Quai d'Orsay, Gilles Andréani, reconnaît que le concept de "multipolarité" est "vulnérable à la critique, voire à la caricature", d'abord parce qu'il dégage "un parfum de Realpolitik", ensuite parce qu'il adresse aux Etats-Unis "un message subliminal négatif", en donnant l'impression qu'ils sont mis sur le même plan que la Russie, la Chine ou l'Inde. Cela ne rend pas moins légitime, à ses yeux, l'aspiration à une société internationale qui maintienne une "pluralité de centres de décision autonomes".

J'avais un moment eu peur que M. Andréani rejoigne l'ex-ambassadeur dans ses susceptibilités. Mais, avec il est vrai une infinie prudence, il a pris quelques distances.

Or cette idée, à en croire M. Schnabel, est rejetée par les Américains. On voit mal, dans ces conditions, comment la relation transatlantique pourrait connaître un réchauffement significatif. Nicole Gnesotto, directrice de l'Institut d'études de sécurité, a beau jeu de souligner, dans son introduction à cette même étude, que les rencontres destinées à sceller le rapprochement entre l'Europe et les Etats-Unis ne parviennent pas à masquer "le vide de cette réconciliation supposée". Les réflexes traditionnels, note-t-elle, sont de retour. Du côté américain, on insiste sur la primauté de l'OTAN. Du côté européen, on veut surtout éviter une crise avec l'Amérique. Dès lors, l'accalmie d'aujourd'hui relève plus d'une trêve de circonstance que d'une vision commune.

Sans vouloir mettre de l'huile sur le feu, beaucoup de gens en Europe, j'espère, commencent à penser que seule une crise avec l'Amérique permettrait de fonder solidement l'unité et la puissance européenne. Mais l'Amérique parait gouvernée aujourd'hui d'une façon si irresponsable que cette crise surviendra sans doute de son fait à elle. Les Européens pourront donc garder bonne conscience. JPB

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Manifeste publié dans Charlie Hebdo le 1er mars 2006

Je reprend volontiers, sur suggestion de nombreux lecteurs, ce texte qui ne me parait pas devoir choquer les croyants, qu'ils soient musulmans ou chrétiens. L'islamisme n'est pas à confondre avec l'islam. Mais je constate que ceux qui souhaitent la guerre des civilisations, y compris chez les fondamentalistes évangéliques américains, le grand prédicateur G.W. Bush à leur tête, font exprès la confusion. Les douze intellectuels - dont plusieurs menacés de mort et exilés en Europe et aux Etats-Unis à cause de leur positions laïques - qui ont décidé de signer ce manifeste veulent appeler ensemble à " une résistance idéologique contre l'intégrisme, ce nouveau totalitarisme qui menace le siècle". Nous y ajouterons personnellement l'intégrisme chrétien, qu'il soit évangélique (pas de préservatif pour les pays pauvres, etc. , etc. ) ou catholique (pas de photo de mode s'inspirant de la Cène, etc., etc. ) 02/03/06

Le manifeste des douze : "Ensemble contre le nouveau totalitarisme"

Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l'islamisme.

Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l'égalité des chances et de la laïcité pour tous.

Les évènements récents, survenus suite à la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s'agit pas d'un choc des civilisations ou d'un antagonisme Occident – Orient, mais d'une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l'islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l'obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L'islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l'égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son succès ne peut aboutir qu'à un monde d'injustices et de domination : celle des hommes sur les femmes et celles des intégristes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l'accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l'égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l'esprit critique par peur d'encourager l' « islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l'islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l'universalisation de la liberté d'expression, afin que l'esprit critique puisse s'exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes.

Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l'obscurantisme. »

Signatures :
Ayaan Hirsi Ali
Chahla Chafiq
Caroline Fourest
Bernard-Henri Lévy
Irshad Manji
Mehdi Mozaffari
Maryam Namazie
Taslima Nasreen
Salman Rushdie
Antoine Sfeir
Philippe Val
Ibn Warraq

 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13803/index.htm