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La Gazette N° 135 en date du 31 janvier 2006

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13501/index.htm

 

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Retour sur le concept de patriotisme économique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/71/patriotisme.htm
L'article est présent aussi sur notre Blog du Monde, si certains veulent réagir.
* Note sur la politique européenne de l'espace. Relancer la politique spatiale européenne
Pour une véritable souveraineté de l’Europe dans l’Espace
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/71/espace.htm

* Rappelons à nos lecteurs que grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent en principe être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies de Google. Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences. Il certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politiques générales. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Arcelor-Mittal

Nous renvoyons nos lecteurs à notre article sur le patriotisme économique
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/71/patriotisme.htm qui est trop long pour être repris ici in extenso, mais qui résume bien ce que nous pourrions dire aujourd'hui en commentaire (indigné) de la tentative d'OPA sur le sidérurgiste franco-luxembourgeois Arcelor. Jusqu'à quand les Européens accepteront-ils, sous prétexte de respecter les règles du libéralisme mondialisé, de se voir enlever les quelques atouts industriels et économiques qui leur restent? Ceci d'autant plus que les agresseurs, eux, ne respectent aucune de ces règles. Il faut savoir qu'Arcelor, poussé par les gouvernements européens les années précédentes, s'est donné une structure de capital comprenant 85% d'actionnaires "flottants", c'est-à-dire prèts à se vendre au plus offrant sans aucun souci ni de l'entreprise ni de ses salariés. Dans le même temps Mittal Steel est une entreprise familiale (le modèle rhénan à la mode indienne) ne comptant que 5% d'actionnaires externes, et donc inattaquable. La compétition est d'emblée faussée. La seule solution équitable, si les gouvernements européens concernés voulaient sauver les usines et les salariés d'Arcelor, qui d'ailleurs se portent très bien sans Mittal, serait d'interdire l'OPA ou même de racheter (d'une façon ou d'une autre) une part suffisante du capital d'Arcelor. Mais personne n'osera proposer cela, même ceux qui chez nous défendent le plus fort le patriotisme économique.

Quant à la Commission européenne, jusqu'à quand les pays européens disposant encore de quelques forces industrielles la laisseront-ils vendre l'Europe aux intérêts étrangers?. On ne peut que devenir souverainiste (ce dont je me garde cependant) quand on entend les discours irresponsables de la commissaire européenne en charge de la Concurrence, Neelie Kroes, au Forum économique de Davos le samedi 29: «Je suis contre les champions nationaux, pas franchement favorable aux champions européens, mais très favorable aux champions mondiaux présents en Europe.» Elle s'est permis d'ajouter: «Je regrette que, pour des questions électorales de court terme, certains politiques soient parfois tentés de remettre en question la concurrence. La compétition est un challenge, pas une menace». Est-ce que cette dame, dont la culture stratégique doit être proche du point zéro, s'imagine qu' Arcelor devenu une dépendance de Mittal Steel deviendra un champion mondial présent en Europe? Si en Europe restent quelques ateliers d'emboutissage pour faire des cocottes-minutes, nous aurons de la chance. Pendant ce temps là les salariés devenus des chômeurs ne seront pas capables d'être ces "consommateurs" sur lesquels les gouvernements comptent tant pour relancer la croissance européenne.

Mais la position de la commissaire exprime une triste réalité, laquelle découle en partie du Non français au projet de traité constitutionnel. L'Europe étant restée une simple aggrégation d'égoïsmes nationaux, il suffit qu'un Etat dépourvu d'industrie décide de s'opposer à une politique commune de défense industrielle pour que cette politique devienne impossible. 30/01/06


Si t'aimes pas la France, tu la quittes

Le 26 janvier, la digne Arlette Chabot animait sur Fr2 un débat consacré à l'identité française. Ce débat a remis en selle tous les arguments, bons ou moins bons, pour lesquels les Français, même issus d'une immigration récente, devraient être fiers de l'être. Il n'a par contre rien dit - et c'est dommage - des raisons pour lesquels les Français devraient être fiers d'être européens. Mais il a surtout offert à Philippe de Villiers l'occasion, sans guère de contradictions, d'attiser une fois de plus les haines raciales constamment en ébullition dans son l'électorat...et ailleurs. Ledit vicomte en était venu à s'étrangler de fureur en martelant son argument préféré; "Si t'aimes pas la France, tu la quittes". Ce jusqu'à ce qu'un "jeune des banlieues" lui réponde qu'il se sentait tout à fait Français, en droit d'avoir sa conception de la France et que si Philippe de Villiers n'aimait pas cette France là, il pouvait la quitter. Menace terrible qui devrait faire réfléchir. A force de couper la France en deux, on en arrivera peut-être à une nouvelle forme de révolution qui obligera les gens des châteaux à les vendre pour partir à l'étranger. Ils pourront, il est vrai, s'exiler à Bruxelles où ils retrouveront l'accorte défenderesse des sans-papiers, Emmanuelle Béart, qui comme Johhny Halliday semble trouver le climat fiscal de notre voisin tout à fait revigorant. 27/01/06


Le sommet de Davos prend peur

Selon des participants au sommet des riches à Davos, qui s'est tenu ces jours-ci, il s'est produit un évènement qui pourrait marquer l'arrivée du monde moderne dans une nouvelle ère (Lire http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2362). Régulièrement, depuis ses origines il y a une quinzaine d’années, la conférence de Davos était un hymne à la mondialisation comprise comme la dérégulation généralisée permettant une concurrence tous azimuts elle-même génératrice d’infinis bienfaits. Certes, ces bienfaits profitaient principalement aux multinationales et indirectement à l’hyper puissance américaine dont ces dernières étaient toutes plus ou moins issues. Les contre-sommets de Davos, sous la forme des Forums sociaux se tenant dans les pays pauvres, s’efforçaient de montrer que la dérégulation, c’est-à-dire la suppression des protections établies par certains gouvernements pour protéger leurs économies, multipliaient les dégâts collatéraux. Mais les puissants de ce monde ne tenaient aucun compte de ces avertissements.

Or ne voilà-t-il pas qu’à leur tour lesdits puissants de ce monde prennent peur devant la concurrence et la dérégulation. Cela tient à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et de quelques pays voisins comme la Corée du Sud. Ils semblent avoir découvert, en moins d’un an, que les quelques 3 milliards d’humains regroupés derrière des gouvernements de plus en plus décidés à disputer au capitalisme anglo-saxon la puissance économique vont commencer à représenter une vraie menace… Un des experts de Davos aurait dit à ses confrères : « la vraie peur que nous devrions ressentir, ce serait de ne pas avoir peur ». Peur de quoi ? Du libéralisme, de la dérégulation, de la mondialisation. Et que faire face à la concurrence montante et dérégulée des pays asiatiques ? Se protéger à nouveau derrière des barrières diverses et variées.

Mais cette protection, tant reprochée aux pays européens il y a quelques années, pourrait-elle protéger l’empire américain ? On ne voit pas comment, puisque, générant des mesures de rétorsions, elle le couperait de ses sources d’approvisionnement et de ses marchés extérieurs. Réduit à ses seules ressources, l’Empire ne tiendrait pas cinq ans. On dira que nous Européens n’avons pas de quoi nous réjouir de ces perspectives. Nous serons les premières victimes de la ponction des pays asiatiques sur les matières premières et de l’invasion de leurs produits. Disons que chez nous le choc serait moindre et plus facile à étaler. Lorsque, comme le font les Etats-Unis, on consomme selon les secteurs près de 70% des ressources mondiales pour alimenter un mode de vie (réputé non négociable par le sinistre G.W.Bush) dont ne profitent que 6% de la population du monde, on est particulièrement fragile. Il est donc logique que les riches commencent à avoir vraiment peur.

Mais que vont-ils faire ? La peur est mauvaise conseillère et plus encore les intérêts menacés. Les démocrates du monde entier devront veiller à ce que dans les prochaines années ils n’engagent pas le monde dans des conflits destinés à freiner la montée en puissance des pays asiatiques.


Rapport sur les nanobiotechnologies

Faute de temps, je ne commente pas ce rapport pour le moment. Les curieux pourront aller sur le site http://www.ictaf.tau.ac.il/news.html


NextModernity Library

Signalons à ceux qui ne le connaissaient pas ce blog littéraire, scientifique et philosophique. Il présente principalement de courts interviews d'auteurs ayant écrit des ouvrages "modernes", c'est-à-dire traitant des thèmes d'une société comme la nôtre, de plus en plus pénétrée par les technologies de la communication. Les livres et les sites en traitant sont également référencés. Cette démarche complète bien celle de Automates Intelligents, d'autant plus que nos points de vue ne seront pas nécessairement similaires. A lire actuellement un interview de Joël de Rosnay, à propos du dernier livre dont il est le co-auteur: "La révolte du pronetariat, Fayard, 2006 "
Je reviendrai moi-même sur ce livre prochainement.

* http://nextmodernitylibrary.blogspirit.com/


Que faire des déchets nucléaires?

Le débat public sur le devenir des déchets nucléaires s'achève. Ceux qui n'ont pu participer aux débats, soit dans les sessions, soit par le web, peuvent dorénavant retrouver les contributions et les conclusions sur le site internet du Débat http://www.debatpublic-dechets-radioactifs.org/. Ce site n'est pas très commode à utiliser, mais les courageux ont de quoi s'informer. Pour notre part, que pourrions nous conclure? D'abord que ceux qui ont fait la mauvaise tête en refusant de participer sont des ...je vous laisse le choix du qualificatif. D'autre part que les options sont peu nombreuses et ne devraient pas poser de grands problèmes politiques, à moins de compliquer inutilement les questions.

La première option consiste à séparer les actinides à période radioactive longue (centaines de millions d'années) des produits de fission à durée de vie plus courte (1.000 ans environ). Les premiers seraient retraités dans un réacteur ad hoc par des flux de neutrons, afin de les transmuter en produits à durée de vie plus courte. Les autres seraient scellés et enfouis. Le retraitement est envisageable en théorie. En pratique, il nécessite des équipements dont on ne dispose pas actuellement. Il est possible qu' avec le renouvellement des installations de l'usine de La Hague et le développement des centrales de 4e génération et de Iter, ces technologies deviennent disponibles à un coût accessible dans quelques décennies. Mais il faudra attendre jusque là.

La seconde solution est l'enfouissement profond. Il existe semble-t-il assez de couches géologiques profondes pour recevoir des déchets qui de toutes façons seront stockés dans des conteneurs à longue durée de vie. Le laboratoire souterrain de Bure a permis d'étudier les propriétés de rétention du type de sous-sol envisagé. Cette solution présente, outre son prix, l'inconvénient de parier sur un lointain avenir comme si dans quelques décennies, de nouvelles solutions de retraitement n'étaient pas envisageables.

La troisième solution, dite d'entreposage de longue durée 'courte durée en fait comparée à la précédente) qui nous parait la meilleure, serait le stokage dans des entrepôts industriels convenablement protégés. La France, pour ce qui la concerne, ne devait pas envisager d'"exporter" ces stocks dans des pays plus réceptifs. Elle doit avoir le courage politique de ses choix technologiques et garder ses déchets chez elle. Les sites ne manquent pas, contrairement à ce que prétendent les adversaires du nucléaire. Dans quelques dizaines ou centaines d'années, le problème pourra être résolu par le retraitement ou les technologies dérivées. En attendant, les sites pourront être surveillés et maintenus régulièrement, afin d'éviter les fuites. Le spectre du terrorisme ne sera pas plus inquiétant en ce cas qu'il ne l'est pour les centrales nucléaires.

Mais le gouvernement osera-t-il affronter les campagnes d'opinions - que nous soupçonnons d'être artificellement gonflées. Il semble que les Français dans leur majorité soient favorables aux filières nucléaires françaises, qui honorent nos scientifiques et nos ingénieurs, sans parler des gains économiques. De plus, ils sont ou seront très contents de ne pas dépendre trop étroitement à l'avenir des approvisionnements en pétrole et gaz dont on voit aujourd'hui la fragilité. Ils doivent donc accepter les contraintes de cette non-dépendance. Il ne faudrait donc sans doute qu'un peu de persuasion pour les convaincre d'accepter le stockage temporaire des déchets. Je serais prêt pour ma part à héberger un container de matière radioactive dans ma cave, s'il n'émettait pas trop de becquerels.

Signé: le Nucléocrate, 23/01/06


Bienvenue à Nikita

On nous communique cette référence. Why not? http://www.espace2001.com/espace/SitePal/presentatrice-virtuelle.php


Accélération de la concurrence dans les semi-conducteurs. Les Japonais menacés réagissent. L'Europe laisse faire

On sait que les microtechnologies deviennent des nanotechnologies, ce qui oblige les fondeurs de semi-conducteurs, qu'il s'agisse de mémoires ou de composants de calcul, à dessiner des puces dont les motifs gravés dans le silicium seront de 45 nanomètres au plus (1 nanomètre = 1 milliardième de mètre). Le coût de réalisation de telles unités de production est aujourd'hui évalué à 2,5 milliards d'euros. On envisage les 10 milliards pièce dans quelques années. Il ne suffit pas en effet de faire des prototypes en laboratoire. Il faut les fabriquer en grande quantité avec une qualité et des coûts suffisants. Ceci provoque une augmentation continue du coût des usines dédiées à ces chaînes de production. Peu de compagnies peuvent aborder seules de tels investissements. D’où la nécessité où elles sont de se regrouper. Mais ces regroupements ne concernent pas seulement les moyens financiers, ils concernent aussi l’expertise. Au fur et à mesure que la gravure des transistors se rapproche du seuil limite de l’atome, la vieille Loi de Moore (selon laquelle la puissance des processeurs double tous les 18 mois), jusqu’ici non démentie, devient de plus en plus difficile à respecter.
Quel industriel peut se payer cela? Le marché estimé étant de 180 milliards d'euros en 2005, on pourrait penser que les candidats ne manquent pas. Mais la concurrence est vive. Trois acteurs dominent le marché, avec des chiffres d'affaires suffisants pour leur permettre d'investir sans trop de difficultés, l'américain Intel (15%), le sud-coréen Samsung (7%) et un autre américain, Texas instrument. Mais il faut compter aussi avec des challengers.

IBM, Toshiba, Sony

Le 12 janvier 2006, IBM, Toshiba et Sony ont annoncé qu’ils allaient unir leurs efforts pour réaliser une nouvelle génération de semiconducteurs. On sait qu’ils avaient précédemment développé en commun une « puce » baptisée Cell destinée aux appareils de toutes sortes connectés sur les réseaux multimédia. Le coût en avait été estimé à 400 millions de dollars. La PlayStation 3 de Sony avait été la première à l’implémenter. Il s’agit d’une console de jeux vidéo.

Mais les trois partenaires ne veulent pas s’arrêter là. Ils veulent désormais aborder le monde des nanotechnologies, en miniaturisant encore Cell et d’autres de leurs composants. On sait que les nanotechnologies ne sont pas maîtrisables sans d’importantes recherches fondamentales, puisqu’elles se situent à la frontière du monde quantique. Un programme de recherche estimé à plusieurs centaines de millions de dollars sur cinq ans sera donc entrepris au Yorktown Heights Research Center d’IBM, en liaison, c’est intéressant de le noter, avec l’Albany Nanotech Center qui est financé par le gouvernement.

L’objectif est de continuer à réduire la taille de la gravure des circuits sur les composants, ce qui diminue la consommation et l’échauffement. Aujourd’hui, elle est couramment de 90 nanomètres (le nanomètre étant égal à 1 milliardième de mètre). Le trio vise la taille record de 35 nanomètres.

Intel

Qu'en est-il du géant Intel, qui domine le marché mondial des semi-conducteurs? Il n’entend pas rester en arrière et réagit à toute annonce de ses concurrents. Aujourd’hui il réalise des puces à 65 nanomètres et est en train de construire deux nouvelles unités de production, à 3 milliards de dollars l’unité, pour aborder les 45 nanomètres.

IBM et ses partenaires espèrent développer de nouveaux matériaux qui minimisent les pertes d’électrons entre les circuits. Le nom générique en est high-k. Dans le même temps, ils vont améliorer les performances des matériels destinés au marché des applications multimédia grand public, les consoles de jeux en priorité, dont la puissance devrait doubler. Tout le domaine des portables sera concerné, notamment ceux permettant la télévision haute définition. L’offensive sera donc générale et si le marché répond aux offres, les gains seront considérables. La seule console PS3 de Sony devrait utiliser 100 millions de chips Cell dans les prochaines années.

Intel se dit tranquille. Il concentre ses efforts sur une nouvelle génération de processeurs multimédia pour PC, serveurs et mobiles (dite Viiv) annoncée récemment, dont les applications seront beaucoup plus nombreuses, puisqu’elles touchent le monde en pleine expansion des réseaux de traitement de l’information proprement dits.

Les autres Japonais

On se souvient que les Japonais, il y a 10 ans, étaient omniprésents dans les semi-conducteurs. Ce n'est plus le cas. Pour des raisons que nous n'analyserons pas ici, et ceci en dépit du soutien du ministère japonais des finances et de l'industrie METI, ils se sont laissés distancer. mais les connaissant, on savait qu'ils ne pouvaient pas ne pas réagir. C'est ce qu'ils font en ce moment. Outre l'accord Toshiba, Sony et IBM cité ci-dessus, les groupes Hitachi, Toshiba et Renesas Technology ont annoncé le 18 janvier la création d'une compagnie devant étudier la faisabilité de la construction d'une unité de production commune, qui fonctionnerait comme sous-traitante pour la fabrication de circuits intégrés. Baptisée Advanced Process Semiconductor Foundry Planning, cette société sera mise en place avant la fin du mois de janvier (voir http://www.digitalmediaasia.com/default.asp?ArticleID=12725 ). Même s'ils occupent les premiers rangs dans la mise au point de technologies de fabrication de semi-conducteurs, les groupes japonais, s'ils ne s'unissent pas, n'ont pas les ressources financières suffisantes pour les exploiter, contrairement à ce que peuvent le faire des sociétés comme Intel, précité.

L'Europe

Quid de l'Europe? Malgré une compétence scientifique certaine en micro et nano-électronique, les Européens semblent définitivement largués dans la course aux fonderies nanométriques. On ne voit pas, sauf erreur, le fleuron franco-italien STMicroelectronics http://www.st.com/stonline/ mettre en place à lui seul une nouvelle usine de 2 à 3 milliards d'euros. Ceci veut dire que l'Europe est et restera dépendante quasi indéfiniment des américains et des japonais pour l'acquisition de composants dont l'intérêt stratégique, y compris évidemment en matière de défense, est fondamental. On expliquera que le marché doit jouer et qu'il suffit à couvrir les besoins des industriels utilisateurs de composants. Mais la dépendance se traduit par l'incapacité de concevoir et surtout de vendre de nouveaux produits concurrentiels. D'où des pertes de revenus et d'emplois qui ne cesseront d'augmenter. L'Europe ne minimisera jamais ses retards sans des aides considérables de ses gouvernements.

Il faut savoir que Intel, Samsung et les Japonais eux-mêmes ne sont pas arrivés là où ils sont sans soutiens puissants de leurs propres gouvernements. Ce qui n'est évidemment pas le cas en Europe où aucun décideur ne semble s'intéresserr à la question cruciale des semiconducteurs. Si l'Europe ne dispose pas dans les années qui viennent de fonderies de nanocomposants en propre (c'est-à-dire non soumises aux pressions, infiltrations et autres efforts de destruction financière et politique de la part de nos amis étrangers), elle pourra dire adieu à son activité dans les calculateurs, grands et petits, comme plus généralement dans les mobiles. Certes, on pourra toujours contruire, comme Bull vient de le faire avec le calculateur Tera 10, de belles machines utilisant des composants ad hoc (customs). Mais cela ne créera pas un marché suffisant dans les hauts de gamme. Restera le bas de gamme, les puces pour colliers de chiens, par exemple. Et encore...18/01/06


Les soutiens publics à l'innovation...et la robotique?
22/01/06

On s'y perdrait, entre OSEO anvar http://www.oseo.fr/, l'Agence de l'Innovation industrielle AII http://www.aii.fr/, l'Agence Nationale de la Recherche ANR http://www.gip-anr.fr/ et divers fonds ministériels et régionaux. Heureusement, l'AII vient à notre secours en proposant un beau tableau synoptique http://www.aii.fr/soutien.htm. Il ne reste plus aux PME et aux inventeurs qu'à avoir une idée ou détenir un processus et s'inscrire quelque part là haut. Notre expérience montre que ce n'est pas si facile et quelques chercheurs en robotique que nous connaissons, faute d'avoir pu intéresser quelqu'un à leur projet, se préparent à partir aux USA pour répondre aux offres concrètes et sans formalités qui leurs sont faites. De plus, on entend dire que l'argent dont dispose ces organismes a été principalement redéployés d'autres budgets qui de ce fait ne financeront plus rien. Il est vrai que nous ne pouvons juger, devant la complexité des documents budgétaires.

Soyons cependant optimistes. Ainsi on apprend (Le Monde, 07/01/06, p. 16) que l'AII a perçu à la fin de 2005, sa dotation de l'Etat, soit 1,7 milliard d'euros, à engager sur deux ans. L'AII dispose aussi d'un budget de fonctionnement de 3,8 millions d'euros pour 2006. Il lui reste à percevoir 300 millions d'euros pour des projets relevant des pôles de compétitivité.
Quinze projets devraient être lancés en 2006, dont cinq avant avril. Les sociétés « chefs de file », qui recevront les subventions et en assureront la répartition, pourront être de grosses PME, et pas seulement des grands groupes, comme prévu au départ.
L'Agence souhaite également ouvrir le dispositif à d'autres pays européens, quitte à les faire participer financièrement. Des entreprises allemandes ont déjà été retenues. Des firmes finlandaises, espagnoles, italiennes et britanniques pourraient suivre.

Les premiers projets devraient être les suivants : le moteur de recherche multimédia Quaero de Thomson (voir http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13401/index.htm#134e ); la télévision mobile sans limite (diffusion de la télévision sur téléphone mobile via des liaisons satellites et terrestres) d'Alcatel ; l'automotrice à grande vitesse d'Alstom ; Homes, pour la conception de bâtiments économes en énergie, de Schneider Electric ; Iseult, un appareil de résonance magnétique nucléaire de nouvelle génération de Siemens et du fabricant d'agent de produits de contraste Guerbet ; enfin BioHub pour la transformation et l'utilisation industrielle de dérivés céréaliers, dirigé par Roquette Frères, une grosse PME du Nord figurant parmi les plus gros producteurs et transformateurs mondiaux d'amidon. Il n'y a rien cependant sur la robotique autonome. Dommage. Mais on ne peut pas tout faire, répondra-t-on. Dommage quand même. Demain, il y aura davantage de robots que de produits à base d'amidon.


Dissuasion française …ou européenne

Nous vous proposons cet article malgré sa longueur. La question soulevée oblige à un exercice peu commun d'intelligence stratégique, dont les bons esprits devraient se réjouir. 21/01/06

La déclaration de Jacques Chirac à l’Ile Longue (texte intégral http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-732429,0.html) a fait couler beaucoup d’encre et fait l’objet d’interprétations diverses. Mais on peut penser qu’elle n’a pas encore été assez commentée. Ou, plus exactement, selon nous tout au moins, les questions que devrait évoquer cette déclaration n’ont pas toutes été posées, et moins encore discutées.

Reprenons d’abord les termes du président de la République, tels que rapportés par les agences :

La France pourrait recourir à des frappes nucléaires ciblées contre des puissances régionales si ses intérêts vitaux étaient menacés. Le chef de l'Etat a étendu la notion d'intérêts vitaux de la France à la protection de ses alliés et de ses approvisionnements stratégiques. Confirmant une évolution amorcée dans un discours prononcé en 2001, il a souligné que le choix de la France, face à une puissance régionale, ne se limitait pas à l'alternative "entre l'inaction et l'anéantissement".
Les dirigeants d'Etats "qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part", a-t-il déclaré. Cette riposte pourra être "conventionnelle" mais aussi "d'une autre nature". Le président a lié l'adaptation de la posture française à un souci de "crédibilité" vis-à-vis d'une puissance régionale face à laquelle "une menace d'anéantissement total" ne saurait suffire. Il a fait allusion sur ce point à la diminution de puissance de certaines têtes nucléaires, afin de pouvoir les utiliser sur des objectifs stratégiques limités, sans provoquer la destruction de villes entières.
"La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit", a-t-il dit.
Pour le chef de l'Etat, la force de dissuasion de la France, dotée de l'arme nucléaire depuis 1964, doit aussi bénéficier à ses alliés. Dans un monde "marqué par l'interdépendance croissante des pays européens et par les effets de la mondialisation", la "garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger".


Nous pensons qu’il convient d’examiner ces déclarations dans deux perspectives, la perspective traditionnelle qui est celle de la défense de la France, une perspective nouvelle qui est celle de la défense européenne.

Dissuasion nucléaire et politique française de défense

Posons quelques questions et essayons d’y répondre :

1. Est-il normal que le président puisse décider seul des questions relatives à la Force Nucléaire Stratégique (FNS), notamment sans
avoir préalablement consulté officiellement le Parlement, l’opinion et ses alliés? On répondra qu’il agit conformément aux attributions que lui donne la constitution et dans la suite de la tradition gaullienne, jamais remise en cause, selon laquelle, détenteur du feu nucléaire, il soit le seul maître d’en définir la doctrine d’usage. On peut relier cette question à la question plus générale de la riposte. En cas d’agression massive, précédée ou non d’une déclaration de guerre, le chef de l’Etat prendrait-il seul – ou tout au moins sans débats parlementaires - la décision de riposter ? Même si cette procédure parait peu démocratique, nous pouvons difficilement la contester. C’est la logique de la dissuasion à la française que de pouvoir frapper l’adversaire par surprise, sans le prévenir à l’avance par des débats internes préalables. Il était donc normal que le Président décide seul du tournant stratégique annoncé, après avoir cependant, on peut l’espérer, consulté ses chefs d’Etats-majors.

Certains se sont étonnés, dans une perspective plus immédiate, du fait que cette déclaration unilatérale de la France survienne lors de négociations difficiles de la "troïka européenne" et des Etats-Unis avec l'Iran. La France semble ainsi encourager la marche à la bombe dans laquelle on suspecte l'Iran d'être engagée. A notre avis, l'argument n'est pas sérieux. Si l'Iran veut se doter d'une arme nucléaire, les propos français ne changeront rien, ni en un sens ni en un autre. Nous pensons au contraire qu'il est bon d'avertir ce pays, comme d'autres ayant les mêmes intentions, que la France ne se limiterait pas, si elle était menacée, aux protestations verbales. Ce sont des questions dont il faudrait discuter au niveau européen, si l'Europe était capable d'élaborer une politique étrangère commune. Sinon, l'incohérence rêgnera. On en a un exemple avec les propos du représentant du parti social démocrate allemand, très critique (Le Monde, 21 janvier, p. 10) "Le SPD rejette par conviction tout recours au nucléaire" qui concède en même temps: "un Etat européen menacé par une attaque terroriste se devra de réagir". Oui, mais comment?

2. S’agit-il d’un vrai tournant dans la politique de défense de la France ou seulement d’un évènement lié à la conjoncture politique actuelle. On a dit que la déclaration de l’Ile Longue était un des derniers actes d’autorité d’un président en fin de mandat, voulant avant de quitter le pouvoir obliger ses successeurs à ne pas remettre en cause la FNS. Les adversaires de celle-ci affirment qu’elle coûte cher (3,5 milliards par an) et ne sert plus à grand-chose compte tenu de la disparition de l’URSS contre laquelle, en principe, elle était principalement dirigée. Ces sommes, pour certains militaires et de nombreux industriels, seraient plus utiles si elles servaient à moderniser les armements classiques, dont le retard technologique et les capacités se font de plus en plus sentir, tout au moins dans certains domaines. Nous pensons pour notre part que la déclaration du chef de l’Etat répond à un besoin depuis longtemps ressenti par les chefs militaires : repenser l’usage de la FNS, ceci d’autant plus que des investissements scientifiques importants sont entrepris pour la moderniser, sous la responsabilité de la DAM du CEA.

Il s’agit de repenser cet usage, mais sans doute aussi de faire admettre par l’opinion (ou plutôt par la minorité supposée de l’opinion qui la conteste), et ceci grâce à une meilleure communication, l’existence même de cette arme. Faut-il s’élever contre une telle démarche ? Certainement pas. Les réflexions stratégiques, dans le monde entier, prennent aujourd’hui de plus en plus d’importance. Le nucléaire, avec les débats actuels sur l’application du traité de non prolifération (TNP), est constamment évoqué. Dans ce cas, la France doit-elle conserver un armement nucléaire ? Nous répondrons Oui, car c’est non seulement un attribut de puissance en général, mais aussi un très intéressant moteur de recherche technique et scientifique dont les applications civiles pourraient être nombreuses. Mais si la France conserve un armement nucléaire, il est bon d’en parler et, le cas échéant, de repenser autour de ce système d’arme une partie des stratégies de défense.

3. Si tournant il y a dans la politique de défense de la France, est-il important ? Nous répondrons à nouveau par l’affirmative. Jacques Chirac a fait connaître un changement majeur de la doctrine de dissuasion. Certes, le vieil objectif, répondre à la menace d’un Etat plus fort que la France (dissuasion du faible au fort) demeure. L’URSS a disparu, mais on peut toujours penser que dans l’avenir, d’éventuels candidats à sa succession pourraient apparaître. Chacun évoque évidemment à la Chine. Celle-ci n’est pas pour le moment menaçante, mais de mauvaises intentions pourraient lui venir. Il vaut mieux l’en dissuader à l’avance. Mais le vrai tournant annoncé réside dans le fait que la France se propose d’étendre la dissuasion aux Etats « voyous » susceptibles de menacer ses intérêts ou même de l’attaquer avec des armes de destruction massive, nucléaires ou autres ? Autrement dit, ce serait comme on l’a dit, la réplique du « fort au fou » ?

On voit qu’on entre là dans un jeu à multiples inconnues, où les probabilités d’usage de la FNS deviennent beaucoup plus grandes. Le nombre des Etats nucléaires, officiels ou inavoués, augmentera inévitablement. Rien ne permet d’assurer que ceux-ci resteront raisonnables. La tentation suicidaire, fut-elle gage de MAD (destruction mutuelle assurée), se répandra. La France ne saurait rester armée de son seul pacifisme face à des gens qui n’en tiendraient sans doute aucun compte. Mais dans quelles conditions pourrait-elle utiliser des missiles nucléaires ? Le débat se complique. Si nous étions attaqués par une arme nucléaire provenant d’un Etat clairement identifié, la riposte nucléaire s’imposerait, même si l’arme utilisée contre nous était de faible puissance. On retrouve le vieux principe selon lequel le premier qui utilisera demain le nucléaire signera sa propre mort, mort effective ou mort politique (mort politique aux yeux du reste de l’opinion mondiale). Celui qui riposte n’encourre pas le même opprobre, à moins que sa riposte ne soit disproportionnée en force. Mais a contrario ceci signifie qu’une riposte nucléaire à une attaque non nucléaire, fut-elle massive, resterait très difficile car elle risquerait de mettre son auteur au ban de l’humanité. C’est d’ailleurs pourquoi les Etats-Unis, tout en développant à toutes fins utiles des armes nucléaires tactiques (mini-nukes), se fieront longtemps encore à leurs armes conventionnelles, dont ils améliorent sans cesse les capacités, pour décourager les tentations d’agressions par des armes de destruction massive non nucléaires. La faiblesse de la France est qu’elle n’a pas de telles armes conventionnelles en quantité suffisante pour dissuader un agresseur éventuel.

La question devient plus difficile encore à résoudre quand on envisage la réponse à des agressions s’en prenant aux intérêts vitaux du pays hors de son territoire, par exemple des attaques menaçant ses approvisionnements en pétrole ou matière première. On verrait mal la France répondre par une bombe atomique à la destruction d’un champ pétrolière ou d’un pipe-line qui l’approvisionne. Ceci dit, le propre de la dissuasion à la française étant de laisser régner le doute, on n’imagine pas que la France dresse un catalogue de ce qui serait autorisé par elle, si l’on peut dire, sans provoquer de riposte nucléaire. En résumé, pour nous, dans les deux cas précédents, la riposte nucléaire pourrait entraîner des conséquences catastrophiques pour la France. Il faudrait donc – en principe- l’éviter.

4. Mais, dans l’esprit du Président de la République, s’agit-il d’aller plus loin que riposter à des Etats, c’est-à-dire s'agit-il d'utiliser la FNS pour étendre la dissuasion aux mouvances terroristes, appuyées ou non par des Etats dits voyous ? La réponse, en principe, parait affirmative. L’opinion la jugera sans doute légitime. Une bombe nucléaire sale, même employée par un groupe terroriste, comme d’ailleurs une attaque massive de type bactériologique ou chimique, reste une bombe nucléaire et mérite la rétorsion. Mais contre qui exactement exercer cette rétorsion? Les terroristes trouvant abri dans plusieurs Etats, la France ne pourrait songer à bombarder tous ces Etats. Les Etats-Unis eux-mêmes sont aujourd’hui confrontés à cette difficulté. Ayant détruit l’Afghanistan des Talibans et l’Irak de Saddam, ils hésiteraient beaucoup – et ils auraient raison – à détruire, surtout avec des armes nucléaires, l’Iran ou la Syrie, même si ces pays soutenaient ouvertement des agressions terroristes. Nous pensons pour notre part que la bonne réponse de l’Occident – a fortiori celle de la France - aux menaces terroristes, qu’il ne faut d’ailleurs pas exagérément grossir, demeure le renseignement et les moyens classiques. Ainsi, pensons-nous, même si la France ne l’annonce pas urbi et orbi, elle devra éviter d’utiliser la FNS contre des mouvances terroristes. Les conséquences en seraient infiniment plus graves pour elle, en termes diplomatiques, que le risque découlant d’une abstention annoncée. Ce faisant, elle se distinguerait donc nettement de la posture prise par les Etats-Unis, qui menacent au contraire les mouvements terroristes de toutes les rétorsions à la disposition de leurs forces militaires, y compris le nucléaire.

5. Ceci nous conduit à une dernière question. La nouvelle stratégie définie par le chef de l’Etat modifie-t-elle les relations de la France avec les Etats-Unis, directement ou à travers l’Otan ? (Nous reviendrons sur la défense européenne hors Otan dans la deuxième partie de cet article). Manifestement, Jacques Chirac, conformément à la tradition gaulliste, n’a pas évoqué la possibilité qu’avant d’agir militairement, en quelque sens que ce soit, la France puisse consulter les Etats-Unis ou même l’Otan. Ceci implique aussi, conformément à la même tradition, qu’elle ne se laisserait pas entraîner automatiquement dans des conflits, nucléaires ou non, engagés par les Américains et leurs alliés.

De ceci enfin découle la conséquence que la France ne peut compter que sur ses propres ressources, industrielles et militaires, pour assurer sa défense. Elle ne peut se mettre sous la dépendance technologique des Etats-Unis. On peut certes penser que la France restera en relation étroite avec les Etats-Unis sur les questions intéressant sa sécurité et celle du monde. Dans certains domaines, elle veillera à la compatibilité technologique des systèmes d’armes pour permettre d’éventuelles interopérabilités, mais elle continuera à refuser l’attitude britannique qui, dans le cadre de la « special relation » a subordonné une grande partie de son indépendance nucléaire et plus généralement technologique à la réutilisation des produits dont les Etats-Unis veulent bien lui laisser l’usage.

Pouvons nous ici, pour ce qui nous concerne, approuver la réaffirmation de cette volonté d’indépendance, si c’est elle que sous-entendait effectivement Jacques Chirac ? Certainement. Les dérives vers l’irréalisme autoritaire manifestées aujourd’hui par l’administration américaine légitiment, pensons nous, une prise de distance accrue à l'égard. de l'Amérique. Par contre des alliances stratégiques d’ailleurs prudentes pourraient être envisagées, au delà de l’Europe, avec d'autres Etats. Mais venons-en maintenant à la défense européenne, car c’est là que réside une des principales nouveautés découlant du discours de l’Ile Longue.

Dissuasion nucléaire et politique européenne de défense

Un changement profond, presque révolutionnaire, dans la doctrine stratégique de la France a été marqué par quelques phrases apparemment anodines du chef de l’Etat : la France pourrait étendre à ses alliés la protection de ses intérêts vitaux et de ses approvisionnements stratégiques. Ces alliés ne sont pas explicitement nommés. S’agit-il des Etats-Unis, voire de la Russie ? Pourquoi pas mais on peut penser qu’ils n’ont pas besoin de nous, sauf à nous engager dans des coalitions dont on vient de voir que le principe n’est guère en faveur du gouvernement actuel. Il s’agit donc alors essentiellement des Etats européens et plus particulièrement des Etats membres de l’Union européenne.

Une première question s’est posée tout de suite. Lesdits Etats européens alliés ont-ils été consultés préalablement à cette déclaration révolutionnaire du président Chirac? La réaction immédiate très prudente de la chancelière Merkel ferait penser que cela n’a pas été le cas, mais peut-être s’agit-il d’une façade. S’ils avaient été véritablement hostiles, Jacques Chirac l’aurait su et n’aurait pas sans doute formulé aussi clairement sa proposition, à moins de vouloir les forcer à discuter ouvertement de la défense européenne.

De toutes façons, la question importante est différente. Elle consiste à se demander si la politique européenne commune de défense et de sécurité, complétée d’une politique commune d’armement, qui se met péniblement en place, principalement à la demande de la France, gagnerait ou non à prendre en compte progressivement la FNS française et, le cas échéant, celle de la Grande Bretagne. Pour ce qui concerne la France, et à supposer qu’elle demeure dans une large mesure maîtresse de l’emploi de l’arme nucléaire pour ses intérêts propres, cette extension aurait beaucoup d’avantages. Comme la bombe est l’arme suprême, son européanisation partielle obligerait inévitablement les Etats qui l’accepteraient à s’unir dans une politique de défense et de sécurité véritablement européenne, celle que la France souhaite apparemment. De plus, les investissements et les normes techniques liés au nucléaire pourraient être au moins en partie partagés, ce qui réduirait les charges propres de la France et assurerait une meilleure efficacité des forces européennes.

Les gaullistes de l’ancienne tradition souverainiste s’inquiéteront inévitablement d’un tel partage de compétence, fut-il partiel. Jusqu’où ira le partage des capacités et de leurs modalités d’emploi ? Si nous sommes attaqués, devrons-nous demander l’accord de nos voisins pour riposter ? Ceux-ci pourront-ils, en ce qui les concerne, faire appel sans nous à des réponses nucléaires « appropriées » ? Convenons ici que, si la France et ses alliés européens souhaitent véritablement constituer une défense européenne autonome, dotée de moyens nucléaires, ces questions se résoudront au mieux dans la coopération. Les problèmes nés de la prise en compte de la FNS française seront plus difficiles à résoudre, mais pas très différents, de ceux résultant de l’engagement sous commandement unifié des corps européens qui vont nécessairement être de plus en plus nombreux dans les prochaines années. Dans ce cadre, les Etats conservent un droit à faire valoir et défendre leurs intérêts spécifiques, qu’il faudra nécessairement reprendre et réaffirmer quand il s’agira de nucléaire.

La vraie question est celle de savoir si les Européens veulent vraiment de l’offre que la France leur fait. Tout dépendra évidemment des conditions dans lesquelles ils pourront faire preuve d’autonomie de décision en cas d’urgence, ce qui nous ramène à la question précédente. Mais au-delà de cette question se pose celle plus fondamentale, quasi philosophique de leur attitude à l’égard du nucléaire. Certains d’entre eux, qui sont déjà fortement – et, disons le mot, irrationnellement - réticents à l’égard du nucléaire civil, verront sans doute très mal la perspective du nucléaire militaire…mais rien n’est certain avant l'ouverture de négociations sérieuses permettant de faire valoir avantages et inconvénients.

Pour préparer cette négociation, l'offre française, si elle recevait un début d'acceptation de la part de certains Etats, devrait faire dès maintenant l’objet d’un protocole d’alliance nucléaire stratégique. Il n’y aurait que des avantages à se mettre au travail le plus vite possible, sur des bases souples et révisables. Les Etats apporteurs de la force de frappe seraient évidemment fondés à poser des conditions assez restrictives d’emploi. Ajoutons que, sur le plan juridique, il s’agirait, dans un premier temps, d’une coopération renforcée compatible avec les traités européens actuels.

Plusieurs autres questions devraient dans cette perspective être abordées :

- Qui ferait partie de l’alliance nucléaire stratégique proposée par la France et d'éventuels alliés proches? Ceux qui accepteraient le protocole correspondant, évidemment. Idéalement, il serait souhaitable que ce protocole puisse être signé par l’ensemble des 25 Etats membres actuels de l’Union. Mais il ne faudrait pas que ce soit au prix de concessions qui en dénatureraient le caractère dissuasif.

- Que deviendrait dans cette perspective la position britannique? La Grande Bretagne rejoindrait-elle la nouvelle alliance stratégique, en lui apportant ses propres moyens nucléaires? Mais, ce faisant, imposerait-elle à ses partenaires des contraintes nées de sa relation spéciale avec les Etats-Unis, ce qui pourrait équivaloir à ruiner le dispositif de l’intérieur. On retrouverait là une attitude fréquemment employée par le Royaume Uni, qui serait inacceptable par la France.

- Qu’adviendrait-il de l'Otan ? Nous pensons pour notre part que si une véritable politique de défense européenne se mettait en place, utilisant des moyens nucléaires développés en toute autonomie par les Européens, l'Otan perdrait sa raison d'être L’Organisation ne conserverait à la rigueur un rôle que dans les rares cas où la défense européenne, telle que conçue par les Européens eux-mêmes et non définie ouvertement ou en sous-main par le Pentagone, nécessiterait des actions conjointes avec les Etats-Unis. Ceci dit, les amoureux de l'Otan pourrait se voir concéder le fait que sa coexistence avec un groupe d'Etats regroupés sous un parapluie nucléaire commun n'aurait rien d'impossible. Là encore, tout serait affaire de dispositions à négocier.
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- Faudrait-il limiter la future alliance stratégique aux seuls moyens nucléaires ? Nous sommes de ceux qui pensent qu’il faudrait l’étendre à la mise en place de moyens d’observation et de dissuasion qui seraient complémentaires et qui n’existent pas encore. Ceci signifierait d’abord des moyens satellitaires renforcés, des moyens d’intervention aériens et terrestres améliorés et, finalement, le début de réalisation d’un système de défense anti-missiles. Très coûteux et ne fonctionnant encore qu’imparfaitement, comme le montre l’exemple américain, un tel système ferait partie de la dissuasion avant la dissuasion. S’il permettait de faire l’économie d’une riposte nucléaire, son prix serait très vite amorti. On objectera que nous sommes en pleine utopie, compte tenu de la maigreur des budgets de défense. Mais les choses peuvent changer.

Conclusion

Les quelques considérations qui précèdent semblent montrer en tous cas que la construction européenne pourrait se faire bien plus vite que prévue autour de politiques de défense imposées par l’augmentation vraisemblables des risques de conflit dans le monde de demain. Dans cette perspective, l’offre de la France faite par Jacques Chirac à l’Ile Longue pourrait marquer le début d’une reprise dans la construction d’une puissance européenne, fondée sur des technologies de souveraineté, dont nous faisons valoir la nécessité dans cette revue. Nous pensons pour notre part qu’un changement éventuel de majorité, faisant suite aux prochaines élections françaises, n’entraînerait pas de conséquences négatives pour cette nouvelle politique, si elle se concrétisait réellement dans les mois à venir.

PS au 24/01. Finalement, la chancellière Merkel, lors de sa visite à Versailles, a donné l'impression que la proposition française d'étendre le parapluie nucléaire aux pays alliés lui convenait. On voit mal l'Allemagne, dans l'avenir, malgré son pacifisme légitime, renoncer à toute dissuasion crédible face aux furieux de toutes obédiences.


Lancement du projet de drone Neuron

Le programme européen de démonstrateur de drone de combat, appelé Neuron a été lancé le 17 janvier. Le contrat a été notifié par la délégation générale à l'armement à Dassault Aviation, qui est l'industriel chef de file de ce projet initié par la France en 2003. Cinq autres nations (Italie, Suède, Grèce, Espagne et Suisse) ont aujourd'hui rejoint la France, la Belgique ayant également posé sa candidature en septembre 2005. (voir http://www.dassault-aviation.com/defense/neuron/ )

Il s'agit d'un projet européen, qui illustre le concept de « coopération renforcée » dans le domaine militaire. La part de la France dans ce programme de 400 millions d'euros s'élèvera à 80 millions d'euros, le reste du financement étant partagé entre les industriels Saab (Suède), HAI (Grèce), EADS-Casa (Espagne), Ruag (Suisse) et Alenia (Italie).

Le Neuron est un démonstrateur d'UCAV ( Unmanned Combat Aerial Vehicle), autrement dit un avion de combat sans pilote chargé de missions de pénétration à grande vitesse, voire, dans l'avenir, de missions de défense aérienne. Dans un premier temps, il ne s'agira que d'un « démonstrateur technologique », qui ne répond pas à un besoin militaire immédiat, mais est chargé de démontrer la maturité et l'efficacité de solutions technologiques. Si ce programme est couronné de succès, Neuron pourrait ultérieurement faire l'objet de commandes industrielles. Long de 9,5 mètres, d'une envergure de 12,5 mètres et d'un poids de 6 tonnes, Neuron est doté d'une furtivité radar et infrarouge, et sa vitesse est subsonique (mach 0,8). Il sera piloté à distance depuis une station de contrôle au sol. Voir notre article précédent http://www.pan-europe.org/europa/v_04bis/actu_scientifiques.htm

Ce projet vient à point pour Dassault qui n'enregistre que des déconvenues, en ce moment, avec son programme Rafale. L'armée française envisage de réduire ses commandes, mais, plus grave, la voie de l'exportation lui semble toujours barrée. Ce n'est pas du fait de défauts intrinsèques de l'appareil, mais des pressions considérables qu'exerce l'administration américaine sur les pays acheteurs. Rappelons que ceux s'intéressant à la saga des F-35 Joint Strike Fighter et F/A-22 Raptor, faisant suite à celle des F-15 Eagle trouveront (en cherchant un peu) beaucoup d'informations sur le site de www.dedefensa.org. C'est dommage qu'aucun auteur de scénarios politico-diplomatiques n'ait encore exploité ces thèmes. 19/01/06


Décret anti-OPA et sécurité des systèmes d'information

Le décret visant la protection des secteurs jugés stratégiques par l'Etat a été publié au Journal officiel du 31 décembre. Désormais, les "investissements étrangers réalisés dans ces secteurs seront soumis à une autorisation préalable" délivrée par le ministère des finances. De même, une entreprise française ne pourra plus, sans en référer, délocaliser une activité sensible à l'étranger. Ce droit de regard s'applique, en premier lieu, aux domaines soumis au "secret-défense" tels que la recherche et la production en matière d'armement ou toute industrie fournissant le ministère de la défense. Le gouvernement a tenu à faire figurer dans cette liste les systèmes de technologies de l'information pouvant être utilisés dans le domaine civil et militaire.
Le décret concerne également la sécurité privée ainsi que la lutte contre "l'utilisation illicite, dans le cadre d'activités terroristes, d'agents pathogènes ou toxiques". Le gouvernement a ajouté à cette liste la production de toute prestation liée à la cryptologie et aux systèmes d'interceptions.

Le texte arrive un peu tard concernant des activités de cette nature déjà passées sous contrôle de fonds de financement ou de personnalités émanant de la CIA ou autres agences américaines. Suivez mon regard...

Mais comment nos amis savent-ils ce qui est intéressant pour eux? Parce qu'ils ont des yeux et des oreilles. A ce propos, on pourra lire le rapport du député Pierre Lasbordes sur la sécurité des systèmes d'information. Il résulte de ce travail que la confidentialité des informations stratégiques de nos entreprises n'est absolument pas assurée. Les gens curieux, d'où qu'ils proviennent, peuvent donc aller facilement à la pêche, comme on dit.

Le rapport, remis au Premier ministre, formule plusieurs propositions. Je cite:

- Sensibiliser et former à la sécurité des systèmes d’information
- Responsabiliser les acteurs
- Renforcer la politique de développement de technologies et de produits de SSI et définir une politique d’achat public en cohérence

- Rendre accessible la SSI à toutes les entreprises
- Accroître la mobilisation des moyens judiciaires
- Assurer la sécurité de l’Etat et des infrastructures vitales

En complément aux six axes de recommandations, afin d’amener notre pays à un niveau de sécurité et d’autonomie, il faut renforcer l’action de l’Etat et ses moyens humains et financiers en matière de SSI, rationaliser l’organisation des services de l’Etat et accroître la cohérence des actions des différents acteurs. Aussi est-il proposé :

- de recentrer le dispositif étatique sous l’autorité du Premier ministre afin de garantir la mise en œuvre des axes stratégiques et d’assurer la dimension interministérielle du dispositif ;
- de séparer les fonctions opérationnelles des fonctions d’autorité.

Je ne voudrais pas faire d'ironie sur un sujet aussi sensible, mais cela fait plusieurs années que nous entendons faire ces recommandations et que des personnalités de grande qualité ont été nommées pour s'en occuper. Mais il semblerait que les fuites perdurent. Allez savoir pourquoi. 19/01/06

* sur le site de Pierre Lasbordes http://www.lasbordes.fr/article.php3?id_article=165
* Le rapport http://www.lasbordes.fr/IMG/pdf/26_novembre_doc_definitif.pdf


La TVA "restauration"

Il y a beaucoup de gens, j'espère, que réjouit la perspective de voir passer à la trappe la baisse de la TAV promise imprudemment par Jacques Chirac aux restaurateurs. Si on considère que le coût de cette baisse pour le budget serait d'environ 3 milliards par an et que la recherche scientifique se voit refuser par le gouvernement le petit milliard de plus qui pourrait changer beaucoup de choses à son avenir, une telle baisse aurait été véritablement scandaleuse. N'oublions pas d'ailleurs que les restaurateurs avaient déjà reçu du pouvoir, pour compenser le recul de la date d'entrée en vigueur de la baisse promise, un milliard d'indemnités destiné à leur permettre d'augmenter l'emploi dans la branche. Le milliard est allé apparemment dans leurs poches sans contreparties. Aujourd'hui ces honnêtes gens envisagent de se rattraper en sucrant des congés imprudemment promis à leurs employés. Cela me confirme dans ma résolution de ne m'alimenter que de boites de conserves, partagées avec mon âme soeur sur un coin de bureau. 19/01/06


Le statut des dockers

Il faut renoncer à l’illusion que la concurrence interne entre Etats-membres permettra d’éviter de résoudre les nécessaires questions d’harmonisation réglementaire. Prenons l’exemple du statut des dockers jugé trop protecteur et donc trop coûteux par divers ports européens. Proposer comme l’ont fait la Commission et le Parlement au début de 2006 de le « réformer » en autorisant les armateurs et les ports à faire appel aux équipages des navires (équipage du tiers-monde et sans aucune protection sociale) pour remplacer les dockers ne peut que mettre le feu aux poudres. On se refuse à penser que des négociations envisageant des solutions sur la longue durée pour diminuer les coûts de manutention ne pourraient pas être engagées. C’est de cette façon que se sont modernisés d’innombrables secteurs professionnels européens.17/01/06.


La durée de travail en Europe

Quelles que soient les solutions institutionnelles qui seront adoptées pour faire face aux exigences de gouvernance d’une Union européenne aux ambitions renforcées, on ne pourra pas éviter de traiter les grandes questions qui se posent à tout ensemble géo-politique confronté à la compétition internationale. Il faut y réfléchir dès maintenant pour ne pas être taxé d’irréalisme.

Nous évoquons constamment ici la concurrence américaine. Elle demeurera. Mais dans quelques années, on découvrira sans doute que la véritable concurrence à laquelle se heurtera l’Europe dès la prochaine décennie viendra de la Chine et de l’Inde. Nous y faisons souvent allusion, mais sans insister suffisamment sur le fait que ces deux Etats-continents affronteront (pacifiquement souhaitons-le) l’Europe sur deux plans : une réserve de main d’œuvre d’environ 500 millions de travailleurs pour chacun d’eux, prêts à travailler pour des salaires inférieurs d’au moins 1/5e à ceux des occidentaux – une maîtrise de plus en plus poussée des nouvelles sciences et technologies, avec le déploiement d’appareils industriels, commerciaux et bancaires de qualité au moins égale aux nôtres. Ce déploiement, outre qu’il concurrencera directement nos propres industries, pèsera lourdement sur les sources de matières premières et d’énergie, en jouant d’un effet de masse hors de portée des producteurs européens, même s’ils se regroupent.

Nous faisons le postulat que, malgré ces handicaps liés à la taille, les pays européens unis dans la volonté de maîtriser le spectre entier des technologies de souveraineté, pourront au moins résister à la pression – sans, bien évidemment, prétendre s’isoler systématiquement 1) derrière des barrières de protection. Mais il faut dès maintenant ne pas hésiter à envisager toutes les mesures, aussi désagréables ou impopulaires soient-elles, qui permettront à l’Europe de valoriser ses atouts, notamment humains. Il faudra le faire au niveau de l’ensemble des Etats-membres, sinon des distorsions en faveur des Etats les plus libéraux détruiront les capacités de l’Union à former un front technologique et industriel commun.

Les premières de ces mesures concernent le temps de travail. Il parait évident que le modèle français des 35 heures ne pourra pas être conservé en l’état, mais cela ne signifiera pas qu’il faudra en revenir sans nuances à des durées de travail de 40 heures et plus. Les Européens devraient réactualiser, compte-tenu des possibilités offertes par le travail en réseau et la formation continue « intelligente » , le système qui avait été envisagé en France dans les années 1970, c’est-à-dire le trois-temps. Sur une journée de 24 heures, on pourrait concevoir que 6 heures soient consacrées au travail productif proprement dit, 2 heures à des formations continuées la vie durant, 2 heures à des loisirs intelligents (selon le modèle dit de l’édutainment ) et le reste à la vie personnelle, Ce modèle, aménagé pour eux, devrait permettre aux jeunes de s’engager plus tôt qu’actuellement dans des activités professionnelles sans pour autant interrompre leurs études, y compris au niveau des 3e et 4e cycles.

Il faudra aussi agir sur la répartition de ces activités dans l’année. Les grands programmes et les grands équipements s’accommodent mal d’arrêts obligés pendant les week-ends et les grandes vacances. Autrement dit, il faudra organiser la production continue 12 mois sur 12, en rémunérant mieux ceux qui travailleraient pendant des périodes socialement prisées.

Enfin, on n’échappera pas au recul de l’âge de la retraite. Christian Blanc (http://www.christian-blanc.net/) a raison de dire qu’il jugera du sérieux des hommes politiques à leur engagement sur cette question. La retraite à 67 ans aujourd’hui, voire à 70 ans sinon plus selon les professions, devra être considérée non seulement comme un impératif incontournable mais comme un bien pour les individus en bonne santé. Avec l’allongement de la durée de la vie, il resterait aux plus actifs encore 10 ou 15 ans de loisirs créatifs. L’intensité et la durée du travail en fin de vie professionnelle devront cependant être adaptées à l’âge et aux capacités des intéressés. 2) 17/01/06

1) Nous précisons « systématiquement » car il est entendu que pour pallier à des déséquilibres momentanés ou artificiellement provoqués (comme ceux résultant actuellement de la sous-évaluation de la monnaie chinoise), les pays européens devraient ne pas hésiter à adopter en rétorsion toutes mesures de protection utiles.
2) Mais quelle est la couleur de Christian Blanc?


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13501/index.htm