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La Gazette N° 134 en date du 15 janvier 2006

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13401/index.htm

 

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Répression de l'échange de fichiers (peer to peer) ou Licence globale?
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/01/rpression_de_lc.html

* Rappelons à nos lecteurs que grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent en principe être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies de Google. Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences. Il reprendra certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politiques générales. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Quelle place pour une Europe superpuissance dans un monde multipolaire ?

NB: dans la suite de ce que nous vous avions proposé dans le numéro 133 de La Gazette, voici un extrait du Chapitre I de notre livre en cours de rédaction Le Monde a besoin d'une superpuissance européenne. Il s'agit de la section dudit chapitre proposant précisément des réponses affirmatives à cette question ambitieuse. JPB

Pour répondre à cette question, il faut s’interroger sur ce qui distingue l’Europe des autres pays et continents, faisant sa faiblesse actuelle mais aussi peut-être pouvant faire sa force de demain, à condition que les Européens eux-mêmes prennent conscience de ce que pourraient être leurs vertus spécifiques dans un monde qui va changer extraordinairement vite à échéance de quelques décennies.

Un système multi-agents adaptatif

La propriété unique de l’Europe est d’être constituée non seulement de 25 Etats tous différents les uns des autres (en attendant de nouveaux membres probables) mais de plus de cinquante entités culturelles et historiques à l’intérieur de ces Etats. Chacune de ces entités présente ses spécificités et pourrait donc devenir un pôle de développement original, dont l’activité spécifique bénéficierait à l’ensemble. On se trouverait là en présence, pour parler en termes informatiques, d’un système multi-agents adaptatif, un peu analogue à ce qu’est le système immunitaire dans l’organisme vivant. Un système immunitaire en bon état doit toujours pouvoir, en présence d’une agression extérieure (un antigène) générer l’anticorps approprié qui détruira l’agresseur. Ce système multi-agents pourrait aussi être comparé à un génome mutant en permanence, sur le mode aléatoire. Les mutations qui se révèlent aptes à faciliter l’adaptation du génome à des contraintes externes elles-mêmes aléatoires seraient conservées, les autres éliminées. Ainsi organisé, le système peut à la fois résister aux agressions et s’adapter aux changements du milieu. Concrètement, ceci veut dire que l’Europe, dans sa grande diversité, devrait être capable de trouver une réponse appropriée à n’importe quel type d’agression externe. Elle devrait également pouvoir générer en permanence des solutions nouvelles susceptibles de répondre aux nouveaux défis de l’environnement.

Nous avons indiqué plus haut que le niveau de vie et le niveau culturel moyen des Européens sont encore très élevés, comparés à ceux du reste du monde. L’avantage va certainement se réduire au fur et à mesure de la montée en puissance d’autres grandes économies, mais il laisse des marges de manœuvre dont il faudrait profiter dans l’immédiat. De plus, conséquence en partie de cela, les Européens sont de plus en plus connectés à Internet où ils ne se comportent pas en simples « touristes » mais en véritables producteurs. On vient ainsi d’apprendre qu’un Français sur 10 a créé son blog sur Internet – ce qui aurait été inimaginable il y a quelques années où l’on déplorait le retard français. Les contenus de ces blogs ne sont pas tous dignes d’un cours à la Sorbonne, mais la question n’est pas là. L’important est qu’un Français sur 10, généralement jeune, éprouve le besoin de s’exprimer et d’ouvrir des dialogues, c’est-à-dire de rassembler tout son potentiel intellectuel pour se comporter en sujet communiquant et pensant. Inévitablement, ces sujets s’impliqueront de plus en plus, en tant qu’acteurs, dans la société de l’information et des connaissances qui ne fait que commencer à s’installer dans le monde et en Europe.

Un autre point relatif à ce phénomène découle de la diversité culturelle européenne. Chacun de ses « blogueurs » européens s’exprime en général dans sa langue et non en anglais pourtant considéré comme l’outil universel de communication sur Internet. Certes, il faut utiliser l’anglais pour accéder aux sources actuelles ou pour communiquer aisément, dans une sorte d’esperanto universel. Mais en revenir à sa langue maternelle est important car celle-ci plonge aux sources mêmes de la culture et de la créativité. De plus, grâce aux futurs outils de traduction en ligne il sera de plus en plus facile de circuler d’un paysage culturel à l’autre sans passer par un anglais réducteur et envahi de « mèmes » américanistes, c’est-à-dire d’images structurantes provenant de l’idéologie américaine actuellement dominante.

Ajoutons que, chaque pays européen ayant, nous l’avons indiqué, des attaches linguistiques et culturelles avec un ou plusieurs autres pays hors d’Europe, le fait qu’un nombre de plus en plus grand de citoyens européens publient dans leur langue suscite un nombre beaucoup plus élevé de lecteurs dans le reste du monde. Ces lecteurs sont par définition des sympathisants sinon des alliés potentiels. L’expérience de notre revue en ligne Automates Intelligents confirme ceci. Nous ne publions qu’en français, à la fois pour une raison d’économie et par choix politique. Or la moitié de notre lectorat se situe hors de France, dans le monde francophone (notamment Québec, Maghreb et Afrique) et aussi dans le monde non francophone. Beaucoup de ces lecteurs s’adressent à nous et nous demandent parfois d’éditer leurs propres textes.

Pour être complet, il faut aussi mentionner que ces blogueurs et auteurs non professionnels sur Internet publient en dehors des circuits commerciaux, c’est-à-dire en fait (et sans qu’ils le sachent nécessairement) sous le régime de l’Open Source (Creative Commons Attribution License). C’est très important, dans un monde où la politique du brevet intellectuel est défendue par les majors de l’édition en ligne, qui sont essentiellement américains. Nous reprendrons ce point dans nos propositions concernant la politique culturelle de l’Europe, qui selon nous devrait favoriser en priorité l’édition en Open Source, quitte à rétribuer directement de façon minimale certains auteurs.

Des capacités ne demandant qu’à s’exprimer au profit du monde global

Au vu de ces diverses considérations, on peut penser que l’ensemble des entités politiques et sociologiques constituant l’Union européenne devrait pouvoir, dans un univers de plus en plus dangereux et incertain, bien mieux s’adapter aux risques et changements que des ensembles dotés peut-être de ressources plus abondantes, mais handicapés par leur monolithisme. Ceci pourrait se faire, au plan défensif comme au plan offensif, non seulement au bénéfice des Européens seuls, mais à celui du monde global, dont l’Europe ne peut se séparer. Nous avons évoqué précédemment la fin possible de l’Empire américain. Si cette fin survenait, ce serait parce que, enfermés dans leur langue, leur idéologie, leurs certitudes et même leur puissance (sans parler de l’illusion qu’ils semblent parfois se faire d’être guidés par un Dieu à eux), les décideurs politiques et économiques de l’Empire n’auraient pas vu se préciser les dangers ni pu développer en temps utile les défenses nécessaires. Au contraire, dans l’Europe beaucoup plus souple, contrastée, parcourues d’oppositions internes, il se trouverait bien face à de nouveaux périls quelque autorité plus éveillée que les autres pour sonner l’alerte et inventer une parade qui bénéficierait à l’ensemble.

La réactivité propre à un système multi-agents adaptatif qui nous semble caractériser l’Europe est renforcée par trois facteurs essentiels. Le premier est que chacun des sous-ensembles de l’Europe entretient avec les autres ensembles du monde des traditions de coopération voire d’amitié, doublées d’une bonne connaissance des problèmes respectifs. L’Espagne et l’Italie sont très proches des pays sud-américains et maghrébins, l’Allemagne et les pays de l’Est européens le sont de leurs voisins des frontières orientales, la France des pays moyen-orientaux, maghrébins et sub-sahariens, la Grande Bretagne de l’Inde et de l’Asie du sud-est, les Etats scandinaves du Canada et du monde arctique…On pourrait poursuivre et affiner l’exercice en dessinant sur un globe terrestre une sorte de réseau en toile d’araignée dont l’Europe serait le centre et dont les branches se prolongeraient dans le monde entier. Certaines de ces branches pourraient même s’interconnecter avec des correspondants aux Etats-Unis où quelques milieux libéraux sont restés attirés par l’Europe et respectueux de son désir d’autonomie.

Un deuxième facteur de réactivité tient au fait que l’Europe est uniformément composée de régimes démocratiques. La démocratie véritable, nous l’avons déjà indiqué, celle qui se traduit par une véritable autonomie des citoyens et des forces sociales face aux pouvoirs, celle dont découle le respect des libertés politiques et syndicales élémentaires, constitue une force considérable pour un Etat soumis à des contraintes d’adaptation. Certes, une démocratie parfaite n’existe nulle part, mais les démocraties européennes peuvent être considérées comme des modèles par tous les autres pays du monde – y compris peut-être par la démocratie américaine où ces dernières années les dérives autoritaires ont pris de l’ampleur . Ce type de démocratie à l’européenne est par ailleurs parfaitement adapté à la démocratie numérique qui se met irrésistiblement en place dans le monde dès que les réseaux d’échange se constituent et s’interconnectent. Même si les puissances ou superpuissances en compétition avec l’Europe paraissent faire peu de cas des institutions et moeurs démocratiques de l’Union, elles les envient certainement et souhaiteraient bénéficier des mêmes avantages de compétitivité. Mais la démocratie ne s’improvise pas au bon vouloir des dominants. Elle résulte de décennies sinon de siècles de conflits internes maîtrisés et sublimés.

Le troisième facteur de réactivité compétitive de l’Europe tient à son statut politique hybride. Celui-ci est loin d‘être parfait et devra être amélioré, comme nous le verrons. Mais d’ores et déjà il représente un ensemble unique au monde, souvent admiré à l’étranger, la conjugaison et l'articulation des différents niveaux de souveraineté, régional, national et supranational. Cette conjugaison permet d’éviter l’écueil d’un souverainisme national réducteur comme celui d’un fédéralisme supranational annihilateur. On a parlé de fédération d’Etats-nations. L’expression peut prêter à l’ironie, car prise au pied de la lettre, elle pourrait signifier l’impuissance – ce qu’elle est d’ailleurs trop souvent actuellement. Mais dans une perspective plus dynamique, la fédération d’Etats-nations pourrait symboliser la force d’une alliance concertée entre nations apportant à l’ensemble leurs capacités propres de mobilisation.

Ceci dit, il faut bien comprendre que tous les avantages de la diversité et de la réactivité, sommairement analysés ci-dessus, resteront virtuels si l’Europe ne met pas la puissance latente qu’elle représente au service d’un rôle spécifique à jouer dans le monde de demain. Il faudrait que ce soit un rôle dynamisant, risquons le mot, un rôle exaltant ? Comment le caractériser ? Le monde de demain sera très probablement un monde plus dangereux que jamais pour l’humanité, compte tenu d’un développement exponentiel des technologies qui ne s’accompagnera pas nécessairement d’une amélioration en proportion des capacités de gouvernement collectif des sociétés. Il faudra donc éviter les grandes causes de conflits qui naîtraient de la surdomination exercée sur les autres peuples par une hyperpuissance disposant de tous les leviers de contrôle. Si cette superpuissance était attaquée par un challenger voulant lui disputer la domination globale, la situation ne serait pas meilleure. Elle serait sans doute encore plus dangereuse. On retrouverait l’affrontement entre l’Est et l’Ouest qui fit trembler le monde dans la seconde partie du 20e siècle.

L’ambition d’un monde multipolaire

La seule solution d’équilibre stable serait ce que l’Europe a déjà appelé de ses vœux, un monde multipolaire. Le terme a été banalisé, mais il conserve toute sa force. Il s’agit d’un monde où un nombre relativement grand de puissances et superpuissances s’équilibreraient, sans que subsistent des foyers de dépendance absolue et de révolte. L’objectif serait de faire des nations du monde une sorte de démocratie globale relativement égalitaire, où chacune aurait sa chance et son droit non seulement à la parole mais au partage des responsabilités et des pouvoirs. Cependant cette situation, rêvée par les créateurs des institutions internationales, Société des Nations puis ONU, ne se réalisera pas spontanément. Il faudra qu’une ou plusieurs puissances, suffisamment fortes pour imposer leurs arbitrages, jouent en permanence le rôle d’intermédiateurs et de défenseurs de l’intérêt général de l’humanité, pour ne pas parler d’arbitre. L’Europe, du fait de sa diversité et de l’étendue des relations qu’elle entretient avec le reste du monde, pourrait être une de ces puissances d’intermédiation. Elle serait peut-être même la seule, à horizon prévisible, susceptible de l’être.

Bien entendu, ce faisant elle se heurterait à tous ceux prétendant jouer ce rôle pour leur compte, les Etats-Unis en premier lieu, qui depuis longtemps se voient comme les guides inspirés capables d’imposer la pax americana à tous les turbulents. Elle se heurterait aussi à d’éventuels Etats religieux ou à des sectes ou organisations mystiques se mettant en tête de convertir de force à leurs croyances ceux qui refuseraient de s’y soumettre de plein gré. L’Europe devra également affronter les groupes d’intérêts économiques qui disposant aujourd’hui d’un très large contrôle sur les technologies et les facteurs de production, voudront continuer à se les réserver en se cachant sous un masque humanitaire . Il lui faudra donc dans ces conflits s’efforcer de faire entendre et triompher la voix de l’intérêt général.

Nous avons évoqué en introduction et pour illustrer cette perspective l’exemple de ce qui sera inévitablement le plus grand des défis auquel l’humanité sera confrontée dans les prochaines années, la destruction des équilibres climatiques et écosystémiques. L’Europe a déjà montré le chemin à suivre car, seule de toutes les autres puissances, elle a pris et continue de prendre les initiatives nécessaires au contrôle des émissions de gaz à effet de serre. Ce faisant, elle s’est heurtée directement à de nombreux pays, y compris au plus puissant, les Etats-Unis. Mais elle n’a pas cédé et continue en ce moment même à mettre un certain nombre de moyens technologiques et d’efforts diplomatiques au service de cet objectif essentiel. Il faudra qu’elle poursuive et amplifie cette sorte de rôle pilote, car les problèmes ne feront que s’accroître. Mais pour être entendue, il lui faudra disposer elle aussi des ressorts de la puissance technologique, mise au service non de ses seuls intérêts égoïstes mais de l’intérêt général de l’humanité .

On conçoit que pour ce faire, l’Europe devra s’appuyer, plus que jamais, sur les organisations internationales existantes ou sur d’autres à créer. Si un gouvernement mondial pouvait progressivement voir le jour, ce serait à elle en priorité qu’il incomberait d’en faciliter l’émergence et les premiers pas, sans pour autant chercher à s’imposer comme leader ni même référence obligés. Elle n’interviendrait qu’en cas de carences manifestes ou impossibilité de trouver des accords entre intérêts divergents.

C’est en ce sens que nous proposons aux Européens de faire de l’Europe une superpuissance d’intermédiation à vocation mondiale. D’intermédiation car elle n’imposerait pas sa puissance à ceux qui n’en voudraient pas. Elle s’efforcerait seulement d’éviter les conflits et les crises chaque fois qu’elle le pourrait. Elle pourrait peut-être aussi, dans son intérêt d’ailleurs et non par altruisme ou pitié, aider à se faire entendre ceux dont la voix est trop faible. Mais superpuissance quand même car l’arbitrage sans armes et sans atouts n’est pris au sérieux par personne. Au contraire, il donne envie aux belligérants de s’en prendre à l’arbitre et le réduire au silence.

Si les Européens s’accordaient pour assumer cette grande mission, ils y gagneraient une estime d’eux-mêmes capables de leur donner l’unité et l’audace qui leur manquent encore. Mais nous l’avons dit et nous allons maintenant le voir plus en détail, cet espèce de rêve européen, pour reprendre le terme de Jérémie Rifkin, ne sera pas possible si l’Europe ne se donne pas les moyens de ce que nous avons nommés de grands projets de souveraineté, dans le domaine scientifique et technologique, le domaine sociétal et culturel, le domaine des institutions. C'est ce que nous allons examiner maintenant.


La recherche au Japon, en Allemagne...et en France

L'Ambassade de France à Tokyo signale que le Japon continue à être le pays au monde qui investit le plus de % de son PIB dans la recherche. Il est conscient que face à la concurrence américaine, chinoise, sud-coréenne, il ne sortira de sa récession actuelle que par le haut. Actuellement la recherche représente 3,5% du PIB, dont un quart est apporté par l'Etat. Cette part va être augmentée. Le ministre de la recherche vient d'annoncer un plan-cadre de 5 ans (2006-2010) doté de 180 milliards d'euros. Les axes prioritaires sont les sciences de la vie, les TIC, les sciences de l'environnement, les nanotechnologies et les nouveaux matériaux. Mais d'autres domaines figurent parmi les priorités, dont l'espace. Cet effort vise dorénavant à encourager la recherche fondamentale et l'appel aux étudiants étrangers, ce qui représente un changement culturel important pour les Japonais. Mais les investissements sont destinés à des clusters ou pôles d'excellence regroupant tous les acteurs, publics et privés.

Dans le même temps, la grande coalition au pouvoir en Allemagne vient d'approuver le 10 janvier un programme de 25 milliards d'euros d'investissements d'"avenir" sur 4 ans, qui comprend 6 milliards en faveur de la recherche/développement. Un plan Stratégie High-tech Allemagne sera présenté. Il escompte un entraînement mobilisant 30 milliards d'euros au total sur la R/D. Ceci représentera 1;33 du PIB, contribuant à permettre à l'Allemagne d'atteindre son objectif de 3% du PIB consacré à la recherche en 2010.

Ceci oblige à rouvrir le dossier, qui n'était d'ailleurs pas fermé, de la Loi sur la recherche et des budgets de recherche en France. Si l'Etat persiste à ne pas augmenter - ou si peu - les postes et contrats de chercheurs, non plus que les crédits susceptibles d'être alloués aux projets, il condamne la recherche française à végéter. Ce qui retentit sur la recherche européenne et sur la croissance en général 1). Que le gouvernement ne s'abrite pas derrière les rigidités de la recherche française pour refuser les augmentations budgétaires. A ce niveau, tout est question de crédits. C'est bien ce qu'a compris le Japon, où les rigidités n'étaient pas moindres. Le soupçon entretenu par les chercheurs français, selon lequel le gouvernement, pour des raisons politiques, ne les aime pas, semble bien confirmé. Faudra-t-il attendre un hypothétique retour de la gauche au pouvoir pour voir la recherche française redémarrer? 15/01/06

1) Rappelons les résultats inquiétants présentés par le Tableau de bord européen de l'innovation 2005 concernant la place de la France au sein de l'Europe et de l'Europe dans le monde. La France continue à décrocher. La seconde aussi.
NB: Ce document ne semble pas encore en ligne à ce jour. On y trouve le rapport pour 2004 http://www.cordis.lu/itt/itt-fr/04-1/dossier.htm


Quelle recherche pour l’Europe ?

Jean-Paul Baquiast. Exposé prévu pour la journée Eurogroup du 24/01/06: Comment développer la valorisation de la recherche et de l'innovation? Maison de la recherche, 54 rue de Varenne, 17h30

Constat : Globalement, c’est-à-dire aussi bien au niveau de l’Union européenne que de chacun des Etats-membres, la R/D public-privé n’atteint pas les 3% des PIB. Elle est donc loin des 3,5 ou 4% enregistrés par les Etats les plus innovants. Il s’agit d’un véritable sous-développement dont il faut absolument sortir

Que faire ? L’Europe doit prendre conscience du fait que ce que nous appelons (Paneurope France, Automates-Intelligents) les technologies de souveraineté sont indispensables à son indépendance. Elle doit faire les sacrifices nécessaires pour les maîtriser en toute autonomie.
Cela suppose de nouvelles procédures de R/D, impliquant tous les acteurs, à commencer par les gouvernements.
Les Etats-Unis, mais maintenant la Chine, bientôt l’Inde, montrent la voie depuis longtemps.

Que sont ces technologies ?: On les connaît désormais : la bande des 4 NBIC (nano-bio, info-cogno) qui sont à la fois émergentes et convergentes. Nous y ajoutons les énergies préparant l’après-pétrole (y compris le nucléaire) et le spatial dans ses 4 dimensions : scientifique, commercial, vols habités et militaire.

Comment y développer et valoriser la R/D ? Il faut à l’échelle de toute l’Europe (on peut commencer par des « coopérations renforcées ») :

* un engagement fort des Etats et des crédits publics importants : augmenter la part Recherche du budget communautaire et les crédits de recherche des Etats-membres, ceci même s’il en résulte un accroissement (temporaire) de la dette.

* l’identification de grands programmes mobilisateurs contribuant à l’indépendance et à la souveraineté européenne. Exemples dans le spatial Galiléo ou GMES (au service de l’observation de la Terre) ou le nucléaire de 4e génération suivi d’Iter. Il en faudra au moins une dizaine d’autres.

* le renforcement des Agences européennes existantes et la création de nouvelles Agences, capables de dépasser les rivalités nationales.

* la mise en place de plates-formes technologiques (i.e. pôles de compétitivité) transnationales par grands thèmes, associant en réseaux labo publics et privés, grandes entreprises, starts up, organismes de crédit. Elles recueilleront en priorité les financements des Agences et de la Commission. Exemple pour les nanotechnologies: Minatec, mais à plus grande échelle et en plusieurs exemplaires en Europe.

* la mise en place d’un ou plusieurs Conseils européens d’orientation stratégique, tant pour la science fondamentale (European Research Council ?) que pour la R/D.

* une communication politique intense à tous les niveaux et sur tous les supports.

J’ajouterais si j’avais le temps :

* assurer une meilleure circulation et interdisciplinarité des hommes (et femmes)
* créer un grand pôle de publication scientifique européen pour faire face à l’écrasante domination de la publication anglo-saxonne, fut-elle en Open source comme la Public Library of Sciences.
* organiser des programmes de sensibilisation des opinions publiques et des lieux où discuter les divergences d'appréciation.
* rendre plus efficace le fonctionnement de l’Office européen des Brevets.
* moderniser les instruments monétaires et financiers en valorisant les atouts propres à l’Europe.


Le coût de la guerre en Irak
cité par Dedefensa

Une étude de deux économistes américains connus, Linda Bilmes (Kennedy School, Harvard University) et Joseph E. Stiglitz (Columbia University) annonce que la guerre contre l’Irak coûtera autour de $2.000 milliards (1) (voir http://www.csmonitor.com/2006/0110/dailyUpdate.html ) Elle a eu assez peu d'échos. Par contre, le journaliste Martin Wolf du Financial Times livre sa propre addition. Nous traduisons:

« A ce coût de $2.000, il convient d'ajouter: les coûts supportés par les autres pays, y compris ceux résultant de la hausse des prix du pétrole; les coûts résultant de l'établissement de liens auparavant inexistants entre les Irakiens et El Qaïda; les coûts découlant de l'augmentation des revenus des pays les moins sympathiques du globe, à commencer par l'Iran; les coûts résultant de l'abandon forcé par l'armée américaine de toutes autres options telles que mener des opérations terrestres ailleurs qu'en Irak, ou poursuivre les opérations en Irak avec de meilleures information et une meilleure préparation; les coûts résultant du fait de pousser au désespoir et à la rage un grand nombre de musulmans; les coûts résultant de la perte d'efficacité de l'appareil militaire américain ; les coûts découlant de l'éclatement de l'alliance avec les autres pays occidentaux; les pertes de vies humaines en Irak; le coût de la ruine de la crédibilité de l'administration américaine qui a justifié l'entrée en guerre contre l'Irak par de faux arguments - et finalement les coûts supportés par la réputation des Etats-Unis suite aux révélations concernant les tortures".

Apparemment, notre ami Martin Wolf a oublié le coût des pertes humaines supportées par le contingent américain, et les conséquences en ayant découlé sur le patriotisme des engagés et des familles. 13/01/06

1) A titre de comparaison, on estime le coût de création d'une usine de semiconducteurs modernes (nanocomposants) à 4 mds de dollars aujourd'hui et à 10 mds dans 5 ans - ce qui selon les experts interdit pratiquement à tout autre pays que les Etats-Unis de faire financer de tels investissements par ses entreprises.


La Turquie et l'Europe face à la grippe aviaire

Ceux qui prétendent que la Turquie ne doit pas appartenir à l'Union européenne parce que celle-ci n'a rien en partage avec la Turquie sont cruellement détrompés aujourd'hui. La Turquie est envahie par l'épizootie de grippe aviaire - en attendant craignons-le que celle-ci ne se transforme en pandémie humaine. L'Europe, de par ses relations de voisinage avec la Turquie, ne peut pas fermer ses frontières. Mais en contrepartie elle ne peut pas prendre de mesures administratives censées contenir la diffusion de l'infection et s'appliquant sur le territoire turc car elle n'a pas de pouvoir sur un Etat souverain extérieur à elle. Elle ne peut donc qu'attendre passivement la bonne volonté du virus. On dira que le problème se pose sur toutes les frontières de l'Europe, par exemple vis-à-vis de la Russie. Certes. Les virus n'ont pas de frontières. Mais dans le cas de la Turquie, il existe une imbrication de fait entre l'ouest du pays et les pays européens, notamment l'Allemagne, autrement forte que celle découlant du voisnage avec la Russie; Beaucoup de Turcs ont déjà de fait un statut européen et le virus en profitera. On ne pourra pas rejetter les Turcs malades comme des malpropres. 09/01/01


Que les pêcheurs laissent les poissons tranquilles dans le rail de la Manche

Je n'ai pas d'éléments pour dire ce que faisait et où était exactement le cordier français dont on déplore le naufrage, probablement par abordage. Je ne voudrais pas non plus accuser un équipage normand courageux et certainement compétent. Je présente au contraire toutes nos condoléances aux familles. Il faut quand même semble-t-il revenir sur les circonstances de cet accident.

Il est clair que les conditions économiques obligeant les pêcheurs à opérer tous temps dans le rail de la Manche ne peuvent que provoquer semblables naufrages. Le rail est une bande d'une quinzaine de milles nautiques de large allant de Dunkerque au sud d'Ouessant. Il se prolonge d'ailleurs jusqu'au cap Finisterre d'Espagne mais là il y a plus d'eau. Cela fait beaucoup d'espace et beaucoup de poissons dedans. Il est donc tentant d'y pêcher.

Mais c'est aussi une autoroute à cargos à qui les autorités européennes n'ont pas imposé d'autres contraintes que respecter un sens unique montant et descendant. Il y passe environ 200 navires par 24 heures, dont l'état et les capacités de veille sont souvent limites. Autoriser les activités de pêche dans le rail est donc une aberration. Un navire en pêche, qu'il pêche au chalut ou avec de longues "cordes" ou palangres garnies d'hameçons, est très ralenti et souvent pratiquement immobilisé. Ses possibilités de veille, avec des équipages réduits, sont très amoindries. S'ajoute à cela la fatigue due à des cadences qui ne sont pas loin d'être infernales, de jour comme de nuit. (NB: La carte jointe montre le rail dans le Pas de Calais).

Il faudrait donc que les autorités maritimes européennes ou nationales obligent ceux qui s'y risquent encore à se borner à traverser le rail et non à y pêcher (comme d'ailleurs, à un moindre degré, au large des Scillys). Ceci aura l'avantage d'économiser la ressource, qui en a bien besoin. 08/01/06


Le moteur de recherche franco-allemand Quaero

L'initiative franco-allemande de gestion des données multimédia, couronnée par le lancement d'un moteur de recherche baptisé opportunément Quaero, avait été annoncée en avril dernier par le président de la République, lors d'un discours à Reims (1). On en parle à nouveau du fait que le président Chirac l'a évoquée à deux reprises à l'occasion des voeux élyséens. Présentant le numérique comme «peut-être la plus profonde» révolution industrielle, le chef de l'Etat a expliqué que le lancement de Quaero allait permettre de «relever le défi mondial des géants américains Google et Yahoo».

Les participants au projet, qui devrait être financé à hauteur d'une centaine de millions d'euros sur 5 ans (chiffre à confirmer) par l'Agence pour l'innovation industrielle, sont de grandes entreprises européennes parmi lesquelles France Télécom, Deutsche Telecom, Thomson (qui devrait être chef de projet), peut-être aussi Thalès et Bertelsmann. Mais on y trouvera aussi des Instituts, Institut national de la recherche en informatique et en automatique, l'Institut national de la recherche agronomique, le RWTH-AAchen et l'université de Karlsruhe. Enfin des starts up innovantes participeront au projet, dont les français Exalead, LTU, spécialiste de la reconnaissance de l'image et Vecsys, un professionnel du son.

Loin de se limiter au texte, qui représente encore l'essentiel des recherches sur l'Internet, Quaero entend réunir les meilleurs spécialistes de l'image, de la vidéo et du son afin de donner naissance à un moteur de recherche réellement multimédia. Capable de rivaliser avec les solutions de recherche sur tous types de documents déjà testées outre-Atlantique par Google ou Yahoo, Quaero a aussi pour vocation de faire émerger des applications de recherche sur d'autres supports que le Web. Le projet aura pour principales applications l'aide à la création et la production audio, vidéo, texte et image, l'archivage et la préservation du patrimoine multimédia, la création de bibliothèques numériques, des services de recherches multimédias, des services de transcription et de traduction et la protection et la surveillance de contenus.

Le montage, suivi de près par le ministère de la Culture, devrait être présenté à la mi-janvier. Il aura fallu un peu plus d'un an pour faire prendre l'assemblage d'entreprises visant à contester le quasi monopole américain. L'alerte avait été lancée, officiellement (2), par Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France, qui s'était ému en janvier 2005 que Google puisse s'arroger le droit de détenir le patrimoine universel écrit. Il avait alors appelé à une contre-attaque des bibliothèques européennes, avec un projet de bibliothèque numérique européenne, dont les débuts ne sont pas faciles, car il faut rassembler, outre les partenaires français généralement mobilisés par l'idée, des bibiothécaires et documentalistes européens aux traditions différentes - dont beaucoup d'ailleurs continueront à travailler avec leurs collègues américains et donc, en partie, avec le programme de Bibliothèque numérique de Google, Google Print.

Certains parlent déjà de machine à gaz, où les partenaires viendront chercher de l'argent sans obligation de résultat. Mais sauf à monter une entreprise centralisée sous une direction étatique, la formule semble inévitable. Il est trop tard pour refaire Google, lancé par deux jeunes ingénieurs. La place est prise. L'ambition du montage est de réaliser une mutualisation des moyens de recherche et développement afin de permettre à chacun des partenaires, dans son domaine propre, de tirer le meilleur parti de Quaero. On espère que la Commission européenne s'intéressera aussi à ce projet.

Affaire à suivre. Nous devrions disposer d'un document officiel, sous peu, et peut-être d'un site web. Ce serait la moindre des choses. Mais s'agira-t-il d'un Google killer, comme le disent certains journaux du Net - alors que ces mêmes journaux et d'autres viennent de consacrer de longs articles à nous expliquer l'énorme puissance de Google, qui lui conférerait une avance irrattrapable? 06/01/06

1);Christophe Jacquemin en avait traité en présentant les projets de l'Agence (voir http://www.pan-europe.org/europa/v_11-12/actu_politiques.htm#2 ). Voir aussi le site de Exalead http://corporate.exalead.com/enterprise/l=fr?p=societe_en-bref

2
) Nous disons officiellement, car cela faisait au moins 5 ans que les professionnels et utilisateurs français de l'Internet et des documents numériques dénonçaient, sans être écoutés, l'indifférence des Pouvoirs Publics à la montée inexorable des entreprises américaines dans le domaine des industries et des applications à base de documents, qu'ils soient académiques ou culturels.


Le Président de la République persiste et signe

Les sarkozistes semblent mal le prendre, allant si j'en crois la radio de ce jour jusqu'à souhaiter (peut-être un propos de fin de banquet) à Jacques Chirac le sort de Sharon...N'empêche que le Président parle de plus en plus d'or, au moins au sens que nous préconisons. Hier en effet il a fait deux nouvelles annonces que l'on croirait inspirées directement de nos écrits, l'une concernant le lancement d'une centrale nucléaire de 4e génération (voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/66/nucleaire.htm) et l'autre la fin du pétrole à la RATP et à la SNCF. Les chagrins diront que ces annonces n'engagent personne car les crédits de recherche ne sont pas encore au rendez-vous. Mais quand même... Il est essentiel pensons nous qu'un chef d'Etat européen aborde ces questions. On y ajoutera les propos sur le numérique (voir ci-dessus, Quaero).

Nous suggérons à l'Elysée de ne pas s'arrêter en si bonne voie et de mettre en épingle de la même façon deux autres éléments essentiels de souveraineté pour l'Europe, le calcul haute performance (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/70/calcul.htm ) et l'espace civil et militaire. La gauche, quant à elle, ne se ferait pas de tort (sauf chez les écolos antinucléaire attardés) en saluant la nouvelle vocation scientifique et technique de notre Président. 06/01/06


L'"infâme" (infamous) ex-professeur Woo Suk Hwang

Il semble désormais bien établi que le célèbre ex-professeur sud-coréen a sciemment falsifié les résultats annoncés à grand fracas en mai dans la revue Science, selon lesquels il avait créé 11 lignes de cellules souches embryonnaires humaines clonées. Rappelons que le grand intérêt supposé de cette opération était que pour la première fois étaient obtenues à partir d'un ovocyte (oeuf) de donneuse, énuclé, un embryon cloné disposant du capital génétique d'un patient souffrant d'une maladie héréditaire. L'ADN ainsi introduit pouvait être manipulé auparavant pour produire des gènes manquants ou supprimer des gènes nuisibles. Les lignées de cellules souches obtenues à partir de cet embryon, très rapidement détruit, devraient alors être compatibles avec le malade et produire chez lui, après multiplication et greffe, des effets thérapeuiques. Nous avions dès le début, comme beaucoup d'autres, signalé le très grand intérêt de cette expérience, qui ouvrait la voie à un clonage thérapeuthique attendu par une grande partie de la communauté scientifique

Ne revenons pas sur l'enquête de l'Université de Séoul dont la presse a informé le monde entier. Constatons seulement que de l'avis d'éminents biologistes, cette fraude ne remet pas en cause l'intérêt des recherches sur les cellules souches embryonnaires. Mais à qui imputer la fraude, en dehors de Woo Suk Hwang et, sans doute, de ses proches collaborateurs? Sûrement au climat de nationalisme scientifique qui anime la Corée du Sud. Il s'agit d'un pays jeune n'ayant pas la tradition de prudence des vieilles nations scientifiques. On se souviendra du génial Popof qui, selon la propagande soviétique, avait tout découvert avant tout le monde. Mais on a vu, même aux Etats-Unis récemment, que des falsifications de résultats de grande ampleur pouvaient s'immiscer dans les procédures pourtant strictes de contrôle.

Pour notre part, nous pensons que si la recherche sur les cellules souches embryonnaires et sur le clonage humain thérapeutique ne se heurtait pas aux interdits, relayés par les Etats, des religions traditionnelles, Eglise catholique ne tête, beaucoup plus de gens pourraient s'y adonner, et les contrôles croisés de résultats s'imposeraient d'eux-mêmes. Ni le nationalisme ni les Ecritures ne font de bonne science. 02/12/05

PS au 14/01/05: Signalons que sur France Inter ce matin le professeur Bernard Debré a confirmé son soutien total au clonage thérapeutique et son regret de voir que la législation française en ce domaine fait prendre de grands retards à la recherche nationale. Bernard Debré a récemment écrit La revanche du Serpent ou la fin de l'Homo Sapiens, nov. 2005.


Les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) indiennes à la porte de l'Europe

Si on pensait les portes de l'Europe blindées au niveau de ses SSII, avec sa bonne connaissance métier des clients et son bon niveau de prestation "nearshore" en Espagne et en Europe de l'Est, force est de constater que ceci est en train de tomber. Il y avait déjà le Maghreb. Et, selon Clarisse Burger, chef d'enquête à 01 informatique, "de plus en plus de sociétés européennes sembleraient être séduites par les prestations indiennes, du fait de leur expérience en gestion des grands projets informatiques anglo-saxons, leur haut niveau technique et leur prix compétitif". Qu'il s'agisse de Tata Consultancy Services, Infosys Technologies, Satyam, Wipro - SSII indiennes majeures -, elles sont déjà présentes depuis plusieurs années sur le vieux Continent où elles ont ouvert des filiales ou des bureaux de représentation.

En 2004, leur chiffre d'affaire cumulé atteint de l'ordre de 16 milliards de dollars, dont 78% réalisés à l'export - surtout aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Concurrencée en Europe par les pays "nearshore", les SSII indiennes ont riposté en s'implantant dans les pays européens à faible coût de main-d'oeuvre (par exemple Satiam en Hongrie). Elles investissent aussi en France et s'accaparent les "sociétés pivots" qui font l'intermédiaire entre l'Europe et l'Inde, et détienne un savoir-faire en développement. Citons par exemple la fusion récente de la société indienne Kpit Cummins avec la société française Pivolis, spécialisée dans les projets offshore...Christophe Jacquemin 01/01/06


L'après Kyoto n'est toujours pas réglé

Revenons sur un évènement qui a suscité peu de commentaires mais qui selon nous ne devrait pas passer inaperçu. Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler les non-conclusions de la conférence internationale sur les changements climatiques de Montréal (United Nations Climate Change Conference) laquelle a clos ses travaux le 20 décembre 2005. Pour beaucoup de négociateurs, ce fut un succès. Mais on comprend mal l’euphorie qui les a saisis. Faut-il ici être plus royaliste que le roi ? Même le représentant de Greenpeace a parlé, nous citons : « d’un évènement historique. Un grand pas en avant a été accompli. Les Etats-Unis ont été mis au pied du mur ». Certes, 40 décisions ont été prises, mais il s’agit de précisions techniques concernant la poursuite de la mise en œuvre du protocole de Kyoto jusqu’à 2012, notamment la façon dont le processus des échanges de permis à émettre pourra être étendu aux pays signataires de l’accord mais qui ne sont pas encore entrés concrètement dans le système.

Pour l’après 2012, qui était véritablement l’enjeu de la conférence, le seul acquis dont on puisse se féliciter est la résolution, acceptée non seulement par les pays déjà signataires du protocole mais par les pays jusqu’ici restés en dehors (Etats-Unis, Australie, Brésil, Chine) de continuer à dialoguer afin d’aboutir à des résultats « le plus tôt possible ». Mais ceci, sans aucun engagement ni quant à la date ni quant au contenu des pourparlers. Les Etats-Unis, qui s’étaient retirés du débat à ses débuts pour ne pas se voir imposer d’obligations, n’y sont revenu qu’à la condition expresse qu’aucun engagement ne serait envisagé.

On ne voit donc pas dans ces conditions en quoi les Etats-Unis ont été « mis au pied du mur ». Ils ont fait triompher leurs positions sur toute la ligne. La seule chose qu’ils auraient pu faire et qu’ils n’ont pas faite aurait été de claquer la porte.

Pendant ce temps-là, les scientifiques continuent à tirer la sonnette d’alarme, de plus en plus fort. Mais on les écoute de moins en moins. Ils mettent en évidence d’inquiétantes preuves de l’accélération du processus de détérioration des équilibres climatiques, avec l’apparition probable et prochaine d’imparables mécanismes de feed-back. La fonte de la calotte glaciaire arctique va s’accélérer, la circulation océanique profonde commence à se ralentir avec la possibilité de provoquer dès cette décennie un petit âge glaciaire en Europe du Nord 1), le permafrost se réchauffant va libérer des quantités considérables de méthane qui ne feront qu’accélérer l’effet de serre, les cyclones, inondations et sécheresses prendront des ampleurs de plus en plus catastrophiques, des centaines de millions d’humains devront abandonner les franges littorales. Ces prévisions ne découlent pas de modèles théoriques mais d’observations sur le terrain ou par satellites. Pour ne pas en tenir compte, il faut être aveuglé par les intérêts économiques à court terme. Pourtant les évoquer provoque dorénavant une ironie générale. Jupiter aveugle ceux qu’il veut perdre.

Il n’y a pas que d’obscurs experts pour tenter d’alerter l’opinion. Jim Hansen, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la Nasa et conseiller climatologique de G.W. Bush, pourtant peu suspect de catastrophisme, annonce maintenant qu’il ne reste plus que 10 ans à l’humanité pour réduire « dramatiquement » ses émissions de gaz à effet de serre, si elle veut éviter les « convulsions climatiques » qui s’annoncent. La conférence de Montréal n’a pas permis de progresser vraiment dans cette voie.

Ajoutons que si les conférences sur les changements climatiques ne sont sans doute pas les lieux les meilleurs pour discuter des technologies permettant de ralentir le réchauffement, on regrette que celles-ci ne soient pas plus souvent évoquées, ne fut-ce que pour encourager les industriels qui commencent à s’y intéresser. 01/01/06

1) On aurait observé une diminution de 30% du volume des eaux alimentant le Gulf Stream à destination de l’Europe en quelques années (Atlantic conveyor). Les experts en discutent mais la tendance semble s’être affirmée cette année et pourrait s’accélérer.

* United Nations Framework Convention on Climate Change http://unfccc.int/2860.php


La fréquentation d'Automates Intelligents

Pour illustre un paragraphe du texte ci-dessus consacré à l'influence internationale des textes produits par des auterus hors des circuits commerciaux, voici les statistiques de fréquentation de notre revue Automates Intelligents, pour le dernier mois. La fréquentation de Admiroutes est du même ordre:

En moyenne : de l’ordre de 40000 lecteurs et plus de 100000 pages vues par mois.

De l’ordre de 68 % des lecteurs viennent sur le site via un moteur de recherche ; 23% par accès direct, 9% via d’autres sites pointant sur le nôtre.

Le site est lu dans 107 pays. La France représente 67% des lecteurs.

On trouvera ci-dessous la liste des pays, classée par ordre décroissant du nombre de lecteurs.

France ; Canada ; Belgique Maroc ; Etats Unis ; Suisse ; Suède ; Algérie ; Royaume Uni ; Tunisie ; Espagne ; Allemagne ; Pays-bas ; Italie ; Japon ; Autriche ; Côte D'Ivoire ; Luxembourg ; Sénégal ; Portugal ; Mexique ; Pologne ; Roumanie ; Russie ; Brésil ; Liban ; Inde ; Turquie ; Israël ; Finlande ; Hongrie ; Norvège ; Polynésie Française ; Rép. Tchèque ; Australie ; Chili ; Chine ; Uruguay, Monaco ; Danemark ; Nouvelle Calédonie ; Gabon ; Argentine ; Indonésie ; Thaïlande ; Taiwan ; Bénin ; Egypte ; Cameroun ; Grèce ; Irlande ; Singapour ; Vietnam ; Burkina Faso ; Bulgarie ; Estonie ; Lituanie ; Vénézuela ; Pérou ; Uruguay ; Emirats Arabes Unis ; Chypre ; Rép. Dominicaine ; Hong Kong ; Corée du Sud ; Koweït ; Rép. De Moldavie ; Mali ; Île Maurice ; Malaisie ; Nouvelle Zélande ; Slovaquie ; Afrique du Sud ; Yougoslavie ; Andorre ; Antilles Néerlandaises ; Colombie ; Croatie ; Macao ; Philippines ; Arabie Saoudite ; Ukraine ; Togo ; Kenya ; Rép. Islamique d'Iran ; Haïti ; Bolivie ; Bélarus ; Comores ; Géorgie ; Cambodge ; Islande ; Liechtenstein ; Madagascar ; Macédoine ; El Salvador ; Nicaragua ; Tanzanie ; Panama ; Papouasie - Nouvelle Guinée ; Slovénie ; Libye ; Tchad ; Vatican (Mon Dieu, mon Dieu. Pouvons nous espérer qu'il s'agisse du pape lui-même?); Rép. Arabe de Syrie ; Bangladesh ; Guinée ; Djibouti.

3783 abonnés à la lettre Automates Intelligents


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-13401/index.htm