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La Gazette N° 133 en date du 31 décembre 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-13212/index.htm

 

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Galiléo, un affichage de la souveraineté européenne, par Jean-Paul Baquiast http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/70/galileo.htm
* Projet d' « Initiative pour des réseaux européens de calcul à haute performance » par Jean-Paul Baquiast http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/70/calcul.htm

Il faut indiquer également à nos lecteurs que grâce à une initiative de Christophe Jacquemin, tous les textes présents sur le site Admiroutes.asso.fr, et notamment les articles de la présente Gazette, peuvent en principe être retrouvés par une recherche faisant appel aux technologies de Google. Cela intéressera les historiens que vous êtes certainement. Il suffit de mettre un mot clef significatif dans le cartouche Recherche ci-dessus, puis cliquer et aller aux résultats. Faites LOLF, par exemple.

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences. Il reprendra certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politiques générales. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiaitive sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

 


Projet pour une superpuissance européenne

Nous présentons ici l'introduction (par nécessité provisoire), d'un court essai consacré à l'avenir de la construction européenne, auquel j'avais fait allusion dans le précédent numéro. Il reprendra en le mettant à jour et surtout en le complétant considérablement le contenu du petit livre que nous avions publié en 2003 dans la collection Automates Intelligents ( Jean-Paul Baquiast, Jean Claude Empereur. Europe paneuropéenne superpuissance). Ce futur travail sera cette fois-ci publié en libre accès, de façon à favoriser la diffusion des propositions que nous serons amenés à y faire. A ce jour, j'envisage de présenter les 4 chapitres qu'il devrait contenir, au fur et à mesure de leur rédaction, c'est-à-dire chapitre par chapitre, au format.pdf téléchargeable. L'ensemble terminé sera réécrit en vue d'une harmonisation finale et remis en ligne, si possible avant l'été 2006.

Le titre définitif en sera sans doute celui figurant en tête de cette rubrique, c'est-à-dire "Projet pour une superpuissance européenne". Si vous en avez de meilleur, je suis preneur.
Avec tous les voeux de la Gazette d'Admiroutes pour l'année 2006 à, comme on dit, ses fidèles lecteurs.
1er janvier 2006

Introduction

Compte tenu du fait que, si l'on en croit les chroniqueurs politiques, la Grande Bretagne sera de plus en plus a-européenne sinon anti-européenne, suivie en cela par divers pays parmi lesquels se comptera peut-être, hélas, l'Allemagne, les européanophiles convaincus, dont nous sommes, ne devraient ils pas reprendre le discours de la construction européenne, sous la forme qui s'oppose directement à l'Europe du grand marché, celle de Blair. Il ne s’agirait pas de relancer, comme certains milieux politiques européens le proposent actuellement (décembre 2005), le projet de Traité constitutionnel. La Constitution est morte et bien morte. Il faudrait proposer exactement l’opposé, c'est-à-dire de faire de l’Europe une véritable Europe-puissance et même une superpuissance. Celle-ci devrait sans doute être de type fédéral ou au moins confédéral, une confédération européenne transférant au niveau fédéral les pouvoirs de souveraineté indispensables, dans les domaines de la technologie et de la science, de la sécurité et de la défense, de l’administration et de la diplomatie…sans oublier les industries culturelles permettant de redonner à l’Europe l’influence internationale qu’elle a perdue.

Le terme de fédération européenne fait peur à beaucoup d’européanophiles (amis de l’Europe), car ils l’associent aux efforts historiques de la diplomatie américaine pour empêcher précisément l’émergence d’une Europe puissance sur un modèle qui aurait étendu à l’Union Européenne les concepts français de la puissance hérités du Gaullisme. Au contraire, ils voulaient favoriser une fédération européenne à la mode américaine qui aurait dilué les ambitions françaises dans un océan de petits Etats très pénétrés par l’atlantisme et aurait rendu l’Europe encore plus impuissante sur tous les plans qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Mais nous pensons que ce risque n’existerait pas si les fédéralistes européens partisans de l’Europe puissance proposaient un projet complet capable de conduire à la mise en place d’une véritable superpuissance européenne. Ce ne serait pas alors sur le concept de fédération qu’il faudrait se focaliser. Exclusivement juridique, il ne peut susciter que des malentendus. Ce serait sur celui de superpuissance. Si le projet de traité constitutionnel n’a pas soulevé l’enthousiasme dans les pays qui l’ont approuvé, s’il a suscité le rejet français, ce ne fut pas parce qu’il proposait une Union trop forte qui aurait mis à mal les spécificités nationales. Ce fut parce qu’au contraire il ne proposait pas une Europe suffisamment forte pour changer la place de l’Union dans le monde. Il aurait fallu que le projet de constitution non seulement précise le statut institutionnel d’une telle Europe puissance, sur un mode donnant plus de pouvoirs aux institutions européennes, mais aussi qu’il soit accompagné de propositions complémentaires ambitieuses, prenant la forme de grandes politiques collectives, dans tous les domaines de la souveraineté technologique, scientifique et culturelle.

Ces politiques auraient visé à faire de l’Europe la superpuissance globale qui manque aujourd’hui à l’équilibre du monde. Qui aurait pu refuser cela ? Dans cette perspective, un statut fédéral ou confédéral n’aurait pas fait peur. Il aurait été envisagé comme l’outil indispensable à l’émergence d’une puissance européenne à conquérir…exactement comme la constitution fédérale américaine est l’outil par lequel s’expriment les nombreuses politiques de puissance menées par les grands acteurs sociaux et économiques regroupés sous la bannière étoilée.

Nous pensons que si cette grande ambition avait été proposée aux Européens, elle aurait reçu un soutien unanime – sauf évidemment des représentants du parti atlantiste toujours prêts à combattre ce qui pourrait s’opposer à la domination américaine dont ils sont les serviteurs intéressés. En France, les partisans du Oui et ceux du Non (à l’exclusion des souverainistes attardés) se seraient retrouvés pour la défendre. Mais est-il trop tard pour revenir sur l’erreur de jugement des auteurs du projet de Traité constitutionnel et des gouvernements qui l’ont soutenus. Certainement pas. Il est au contraire plus temps que jamais d’envisager ce que pourrait être un projet d’Europe fédérale superpuissance. Répétons-le, nous sommes persuadés qu’une grande partie de l’opinion européenne serait prête à accueillir ce discours, comme le montre l’enthousiasme qui a suivi fin décembre 2005 le premier lancement d’un satellite Galiléo. Ce n’était pas l’exploit technique que beaucoup de gens ignorant les spécificités de la géolocalisation satellitaire saluaient, mais l’affirmation d’un début de souveraineté européenne, face notamment aux Etats-Unis qui avaient tout fait pour empêcher ce programme de naître. Aujourd’hui, ne pas relancer le thème d’une Europe superpuissance aboutirait à la mort progressive, par asphyxie, des pays européens.

On nous objectera pourtant qu’un tel projet, aussi fondé en bon sens qu’il soit, n’aurait aucune chance d'aboutir, vu qu’aucun mouvement politique d’envergure ne l’envisage, ni en France ni ailleurs en Europe. Peut-on prêcher seul dans le désert ? Nous répondrons que les grandes ambitions ne progressent pas en supputant les oppositions qu’elles risquent de rencontrer. Pour notre part, dans cet essai, nous ne chercherons pas à envisager de compromis tenant compte des sensibilités actuelles, affichées ou supposées, des divers gouvernements et opinions publiques. Nous voudrions nous adresser, au-dessus d'eux et d'elles, en tout irréalisme de départ, à une opinion publique pouvant être réceptive à ces thèses, opinion dont nous postulerions l'existence et que notre vision pourrait peut-être contribuer à intéresser. N'oublions pas qu'en science politique comme dans toutes les sciences, un modèle, aussi loin des réalités qu’il soit, est auto-prédictif, c'est-à-dire qu'il sème les graines pouvant contribuer à sa réalisation.

Nous postulons qu'existent en Europe aujourd’hui 5 à 10% d’électeurs qui seraient partisans d’un fédéralisme utile, c’est-à-dire qui verraient là le seul cadre juridique capable de renforcer la puissance européenne, jusqu’à en faire la superpuissance dont il rêvent. Ils seraient prêts pour cela à sacrifier quelques particularismes et égoïsmes nationaux, surtout quand les forces politiques s’en inspirant ont montré, ces dernières années, qu’elles ne contribuaient en rien, ni à la construction européenne ni même au progrès des nationalités qu’elles prétendaient défendre. Ce serait à cette minorité de citoyens que nous voudrions nous adresser en premier, espérant qu’elle pourra croître et devenir majoritaire, que ce soit demain ou dans 10 ans.

Comment préciser le projet ?

Nous pensons que ceux qui soutiendraient un projet de superpuissance européenne sont déjà nombreux. Mais on ne veut pas les voir, aveuglé que l'on est par l'idéologie libérale d'inspiration américaine. Ce seraient d'abord tous les acteurs économiques, notamment industriels, qui reprendraient de la vigueur dans une ambiance de patriotisme économique à l'échelle européenne. Ce patriotisme ne les empêcherait en rien d'avoir des ambitions de présence voire même de conquête au plan mondial, de même que le patriotisme américain ne pénalise en rien les intérêts économiques de ce pays. A côté des acteurs économiques, on trouverait la foule désordonnée mais multiple des altermondialistes et adversaires divers de la mondialisation (lisons mondialisation à l’américaine), qui manifestent de plus en plus fort dans les enceintes internationales. Et le projet rallierait peut-être le tiers monde si cette nouvelle Europe savait se positionner non en puissance hégémonique à l’américaine mais en puissance d’intermédiation.

Au plan des institutions, une telle Europe n’aurait pas à copier les constitutions fédérales existant de par le monde. Elle pourrait respecter un grand nombre de spécificités nationales et de subsidiarités, dès que celles-ci, gages de diversité et de créativité, seraient des voies pour parvenir à une superpuissance globale. Mais elle devrait de se doter de ce qui seul permet l'exercice de la vraie souveraineté, non pas celle des paroles mais celle des actes: un président, un gouvernement et un parlement commun, en charge des grandes questions. Appuyant ces institutions, il faudrait s’entendre sur un maximum de droits et réglementations communes, une monnaie unique, évidemment, mais aussi une fiscalité et des règles sociales et du travail harmonisées, avec des mécanismes de convergence efficaces – c’est-à-dire progressives – entre les plus riches et les plus pauvres. On n’oublierait évidemment pas la politique commune de défense et de sécurité.

On nous dira : « Oui, mais vous tombez dans l’illusion juridique propre aux Français. Comment pouvez-vous croire qu’un parlement et qu’un exécutif de type fédéral ou confédéral seraient subitement capables d’insuffler à l’Union européenne cette volonté de devenir une superpuissance qui lui manque actuellement ? Ils seraient paralysés par l’opposition des nationalismes ». A cela nous répondrons que la volonté de devenir une superpuissance découlera de la popularité que prendront dans l’opinion les grands programmes de souveraineté technologique, scientifique et culturel auxquels nous avons fait allusion. Si ces programmes sont bien conçus, s’ils savent mobiliser les forces vives, ils imposeront d’eux-mêmes une volonté forte au sommet capable de les traduire en termes de décisions politiques, notamment réglementaires et budgétaires. Reprenons l’exemple du programme Galiléo déjà évoqué. Il était si bien défini qu’il a fait naître, de façon évidemment bricolée, le minimum de consensus politique de type fédéraliste nécessaire à son lancement effectif.

Mais quels seraient les Etats européens qui pourraient soutenir un tel projet d’Europe-superpuissance ? Il s’agit d’une question piège dans laquelle nous ne voulons pas nous laisser enfermer. Si on propose de construire une Europe puissance au sein de l’actuelle Union européenne, en regroupant des Etats déjà possiblement favorables à l’idée, comme ceux de l’Euroland (les Etats ayant adopté l’euro), on se fait accuser d’opposer les forts aux faibles, les grands aux petits et de créer de l’ostracisme. Si l’on propose d’emblée d’inclure tous les Etats de l’Union dans le travail de réflexion, on se fait répondre que les Etats Baltes ou d’autres de cette taille, supposés très pénétrés d’atlantisme, ne soutiendront jamais l’idée d’une Europe puissance, surtout si celle-ci se dote d’une force de défense autonome.

Disons pour éviter ce piège que le premier travail consisterait à bien définir le type de puissance, débouchant sur la superpuissance, que nous envisageons d’offrir comme perspective à l’Europe. Qu’est-ce exactement qu’être une superpuissance ? Nous consacrerons à cette question un premier chapitre, intitulé Typologie des superpuissances. Aujourd’hui, le concept de superpuissance est associé aux Etats-Unis. On parle même d’hyperpuissance. Or les abus de puissance faits par ce pays depuis cinquante ans, plus particulièrement depuis une dizaine d’années, l’ont fait détester d’une grande partie des autres peuples. Voudrait-on que l’Europe rivalise avec les Etats-Unis, à supposer qu’elle le puisse, dans la volonté de dominer les autres ? Quant aux politiques passées de puissance européennes, les historiens font valoir les désastres qu’elles ont amenés au 20e siècle. Faut-il revenir à cela ?

Il nous parait clair que pour survivre dans le monde, il faut être puissant et même, de préférence, superpuissant. Le monde, selon une analyse évolutionniste que l’on retrouve dans toutes les sciences, est un théâtre d’affrontements. Les rapports de force sont les moteurs de son évolution, au plan biologique comme au plan politique. Mais il y a force et force. Il y a celle des armes, celle de l’intelligence et bien d‘autres. Nous pensons, peut-être avec un excès de vanité européenne, que l’Europe rassemble suffisamment de qualités et de diversité dans les qualités qu’elle pourrait offrir au monde un modèle de superpuissance d’un nouveau type, qui lui ferait bien plus d’amis que d’ennemis. C’est déjà un peu le cas aujourd’hui. Les quelques attributs de puissance qu’a conservé l’Europe lui réussissent plutôt au plan diplomatique. Au contraire, l’hyperpuissance américaine, qui conjugue dorénavant la brutalité et l’aveuglement, est en train de se faire haïr d’une grande partie du monde.

Mais être une superpuissance d’un nouveau type ne s’improvise pas. Il ne suffit pas d’y prétendre, il faut le démontrer. Pour cela, nous l’avons dit, l’Europe devrait être une superpuissance qui se distinguerait des autres, et notamment des Etats-Unis, par la nature des ambitions techno-scientifiques et sociéto-culturelles qu’elle se donnerait.

Pour concrétiser ce que l’on pourrait mettre sous ces termes, nous présenterons dans les trois chapitres suivants de cet essai trois projets susceptibles de bâtir une Europe superpuissance spécifique, autrement dit « à l’européenne »: un projet technologique, un projet culturel, un projet diplomatique, ce dernier visant notamment à renforcer les institutions internationales. Nous espérons convaincre nos lecteurs que ces projets pourraient ne pas rester franco-français. Ils devraient intéresser l’ensemble des pays de l’Union européenne, même les nouveaux entrants réputés sceptiques à toute puissance qui ne soit pas américaine. Ils pourraient y voir concrètement l’occasion d’investir en commun, percevoir des retombées et finalement, s’intégrer mieux encore à une Union qui aurait vraiment besoin d’eux.

A suivre:

Chapitre 1. Typologie des superpuissances

Fiche signalétique de la superpuissance
Les superpuissances dans le monde
La superpuissance de la misère et celle du crime organisé
L’Union européenne n’est pas une superpuissance
L’Europe peut-elle survivre sans être une superpuissance ?
L’Europe peut-elle ambitionner d’être une superpuissance d’un type nouveau ?


Voeux de Jacque Chirac et politique industrielle

Le président Chirac a dit, lors de ses voeux à la nation pour le premeir de l'an 2006, nous citons:

"La bataille de la mondialisation et de l'emploi, nous la gagnerons aussi par l'innovation, en allant au devant des progrès technologiques. Aujourd'hui, nous sommes confrontés simultanément à deux révolutions industrielles majeures : l'énergie, avec l'après pétrole qui est la grande affaire du siècle. Et le numérique.

J'ai décidé d'en faire les deux priorités de notre politique industrielle. La France sera pionnière. Elle agira pour entraîner ses partenaires européens dans la voie de la construction de l'Europe industrielle".

Contrairement à l'opposition, qui n'a rien vu de nouveau dans ce discours, nous pensons qu'il y a effectivement du nouveau, et de taille. Mais comme l'opposition, nous ne voudrions pas qu'il n'y ait là que des paroles. Comment ces louables intentions vont-elles se traduire dans les faits, ceci le plus tôt possible? 31/12/05


Bavez, crachez sur la France, cela peut toujours servir

Jusque là illustre inconnu, Nicolas Baverez était devenu subitement le chouchou des médias par son livre La France qui tombe (Perrin 2003). Il y produisait une longue liste des handicaps en train de ruiner notre pays. Les médias, qui réfléchissent peu, n’avaient pas remarqué que cette critique, dont la plupart des éléments étaient déjà archi-connus, n’apportait guère de solutions permettant de ralentir la chute annoncée. Il semblait que l’auteur pensait in petto à un homme providentiel, ayant peut-être son profil intellectuel. Mais cela ne suffisait pas à rassurer. La France tombait et sans espoir. Les historiens sérieux pourront s’interroger sur ceux, ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur, qui avaient intérêt à applaudir un tel défaitisme. Nous pensons pour notre part que le livre venait à point pour soutenir le point de vue atlantiste, toujours bien représenté en France, à une époque où notre gouvernement avait le tort de ne pas reconnaître le rôle civilisateur de G.W. Bush et de ses sponsors.

Or voici que Nicolas Baverez persiste et signe. Dans un article du 30 décembre 2005 (La France, « homme malade » de l’Europe, Le Monde, Débats, p. 20) il retombe dans la démarche qui lui avait si bien réussi. Il refait la liste de tous les facteurs et évènements qui en 2004 et 2005 enfoncent véritablement notre pays dans une, je cite, « agonie qui rappelle celle de la 4e République ». Rien n’améliorera la situation d’ici les prochaines élections françaises. Tout le monde a tort, personne n’a rien vu.

Bien des observateurs de la France, pourtant, trouve qu’elle ne réagit pas si mal, en tant que superorganisme, aux cahots rencontrés sur sa route. Elle demeure dans le monde, comme en Europe, une puissance de référence. Rien que voir comment les jeunes des banlieues, si honnis par les milieux bien-pensants, s’inscrivent sur les listes électorales et veulent s’intégrer, devrait rassurer. La situation en France n’est pas pire qu’ailleurs. Moins pire en tous cas qu’elle ne l’est aux Etats-Unis sous le pouvoir des néo-conservateurs et du « monstre » militaro-industriel. Conseillons en passant à ceux qui veulent être informés à la source sur les Etats-Unis l’excellent site de Philippe Grasset, dedefensa.org.

Le diagnostic épouvantable auquel se livre Nicolas Baverez lui sert, il est vrai, de tremplin pour lancer un appel aux Français, les conjurant de prendre en mains le moteur de la modernisation. Mais là, comme dans son livre, déception. On nous présente bien quelques grands objectifs à poursuivre, refonder la nation, changer l’Etat, transformer le modèle économique et social…j’en passe. L’ennui est que tout ceci ne se fera pas sans des mesures précises, liées notamment à l’affirmation d’une souveraineté technologique et scientifique européenne – pas seulement française – dont le lancement réussi du programme Galiléo donne un exemple. Mais l’auteur n’en dit mot.

Le lecteur mal intentionné en arrive à se demander pour qui notre auteur peut bien « rouler », comme on dit dans les milieux de l’intelligence économique. Est-ce pour les grands frères américains ? Ou pour un homme politique bien particulier ? Ou pour lui-même ? Ce doute empêche de prendre au sérieux le message catastrophique du polémiste et plus encore les remèdes de grande portée philosophique qu’il nous propose. On aime à penser que la France n’est pas à ce point malade qu’elle ait besoin de tels médecins. 30/12/05


Petite histoire française

NB: Toute ressemblance avec des faits ou personnages existants ne serait que pure coincidence. Mais souvent la réalité dépasse la fiction.

J'ai rêvé cette nuit (d''une façon si troublante que je me suis demandé un moment si c'était vraiment un rêve) que je lisais dans un journal d'information sur les nouvelles technologies, la bien belle aventure qui venait d'échoir à un jeune et brillant cadre français, nommé Victor. Je cite :

" Victor (31 ans) rejoint la firme Gros Minet Logiciels [un des leaders du logiciel dans le monde] en qualité de directeur du développement et des partenariats Editeurs de logiciels. Sa mission s'inscrit dans le cadre de la stratégie de développement à long terme de Gros Minet visant à favoriser l'innovation autour de ses plates-formes et plus généralement à renforcer l'économie du logiciel en France et en Europe.

Avant de rejoindre l'éditeur, il exerçait la fonction de directeur-adjoint à Taratata-Transfert, filiale de l'Etablissement Public de Recherche en nouvelles technologies Taratata. Auparavant, il avait travaillé au département fusions acquisitions de Ma Très Très Grande Banque, avant de rejoindre la direction générale de l'Endroit, en tant que responsable du financement des entreprises innovantes à fort potentiel de croissance. Victor est agrégé de sciences économiques et sociales. Il a également étudié le droit, la philosophie et la psychologie."

Dans mon rêve, je lisais aussi un message venu par Internet qui circulait au sein d'un Organisme de coordination visant à faciliter le maintien et le développement du web, où l'intéressé, fort content de lui, annonçait à ses amis sa nouvelle vocation. Il était signé, ô prodige, de Victor:

« Il y a 6 mois, je recevais un email un peu mystérieux... s'ensuivit un échange téléphonique...puis la rencontre d'une personnalité très remarquable au sein d'un grand cabinet international d'executive search (comme on dit pour ne pas dire "chasseur de têtes")... et enfin la mise en relation avec....Gros Minet!

J'ai signé.

Il faut dire que la mission qui m'est proposée est du plus haut intérêt. Avec l'aide de mon équipe, je vais piloter l'ensemble des partenariats et des relations de Gros Minet avec les éditeurs de logiciels français ainsi qu'avec les acteurs clés de leur écosystème (centres de recherche, capital risque, associations professionnelles, pouvoirs publics...). Cette mission s’inscrit dans le cadre de la stratégie de développement à long terme de Gros Minet visant à favoriser l’innovation autour de ses plates formes et plus généralement à renforcer l’économie du logiciel en France et en Europe.

En rejoignant le leader mondial du secteur, extraordinaire modèle de réussite économique pour tous les éditeurs de logiciels, je vais beaucoup apprendre. Je vais aussi avoir l'occasion, tout en servant les intérêts de développement à long terme de Gros Minet, d'aider les meilleures entreprises françaises du secteur à innover et à croître, qu'elles soient déjà de grandes sociétés ou encore des start-up. Comme vous le savez, c'est grâce à IBM que Gros Minet est devenu un géant. Et bien j'espère que demain, ce sera grâce à Gros Minet que plusieurs de nos éditeurs français deviendront des champions mondiaux. Je suis heureux que me soit offerte une telle occasion de poursuivre mon engagement au service de notre économie du logiciel.

Je quitte mes fonctions de Directeur adjoint de Taratata-Transfert après quatre ans et demi passés au contact de Taratata. J'y ai beaucoup appris et j'y ai connu des personnalités exceptionnelles. Je suis fier d'avoir été membre de cette institution, et pour longtemps encore, de rester son ami.

Je prends mes nouvelles fonctions dès demain, lundi 12/12, au siège de Gros Minet France. Et le 18/12, je pars à l'étranger pour 3 mois : deux mois au siège de Gros Minet Corporation à Seattle puis un mois dans la Silicon Valley à San Francisco. Retour en France fin mars.

A très bientôt

Victor

Director of Business Development
& Software Partnerships
*Gros Minet France* "

Bizarre ce rêve. D'autant plus qu'il fait suite à un autre, vieux de quelques mois, dans lequel notre modeste publication se faisait un ou deux ennemis à Taratata en ayant suggéré que la grande générosité de Gros Minet, qui avait consenti à l’Institut un financement de quelques centaines de milliers d’euros, n’était peut-être pas due uniquement à un sens aigu de l’altruisme et du service public. La firme à la marque du gros Chat s’introduisait ainsi au cœur des systèmes d’information des laboratoires de Taratata et de ses Spin-up.

Le débauchage du nommé Victor n’en serait-il alors qu’une modeste et visible conséquence ?

Mais pourquoi tout cela vient-il animer l'écran blanc de mes nuits noires? Je devrais être blindé. Certes, dans mon administration d’origine et de mon temps, il était plus que répréhensible de pantoufler dans une entreprise qui était de près ou de loin en rapport avec le service auquel on appartenait. Mais les moeurs ont changé.

Par ailleurs, j'ai compris depuis longtemps pourquoi il y a tant de Français favorables à l’emprise des Etats-Unis sur le potentiel économique et culturel de l’Europe. J'ai cessé de m'en indigner. J'en arrive même à penser qu'il est bien naïf de prêcher pour la souveraineté technologique de la dite Europe. Ce sont les dollars américains qui font la loi ici comme ailleurs dans le monde.

A la santé donc du brillant Victor!


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-13312/index.htm