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La Gazette N° 132 en date du 15 décembre 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-13212/index.htm

 

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* L'Europe de l'espace relancée? Bien mais pourra mieux faire http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/69/reunionberlin.htm

 

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences. Il reprendra certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Rappelons aussi que Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog consacré aux questions de politiques générales. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ mais aussi Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/ et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiaitive sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.

J'ajoute, à la date du 15/12, que si on en parle moins, les progrès de la grippe aviaire et la virulence de la souche H5N1 ne cessent d'augmenter. Il faut moins que jamais renoncer à se préparer, y compris, comme je l'ai répété plusieurs fois, au niveau des collectivités locales.


La fusion projetée Gemplus-Axalto (Schlumberger)
14/12/05

Les fabricants Gemplus et Axalto vont fusionner leurs activités pour créer le numéro un mondial de la carte à puce: Gemalto. Les conseils d'administration des deux sociétés se sont unanimement prononcés le 7 décembre en faveur d'un projet de fusion amicale.
Axalto et Gemplus sont les deux plus gros fabricants mondiaux de cartes à puce avec respectivement: 24 et 21% de parts de marché en 2004. Ils sont suivis par l'allemand Giesecke & Devrient (G&D) avec 16%; le français Oberthur Card Systems avec 10%; et l'allemand Orga, racheté en septembre par Sagem Défense Sécurité, avec 6,%.

Les actionnaires de Gemplus détiendront 55,4% du capital du nouvel ensemble, qui sera dirigé par les deux patrons actuels, Alex Mandl, P-DG de Gemplus et Olivier Piou, directeur général d'Axalto. La prévision du chiffre d'affaires cumulé de Gemalto en 2005 devrait être de 1,8 milliard d'euro. Gemalto, dont le siège social restera immatriculé aux Pays-Bas, sera présent dans plus de 50 pays, avec ses principaux centres opérationnels en région parisienne et dans les environs de Marseille, et emploiera environ 11.000 collaborateurs.

Le phénomène de concentration et de prise en mains par les intérêts américains se poursuit donc dans le secteur. En 2001, Schlumberger a repris la division Bull CP8 pour créer Axalto. Gemplus quant à lui, était plus ou moins passé (difficile à dire dans ce monde opaque) sous contrôle en 2000 du fonds d'investissement américain Texas Pacific Group. Depuis 2003, il est dirigé par Alex Mandl, qui est aussi administrateur d'In-Q-Tel, un fonds d'investissement privé intégralement financé par la CIA.

Les représentants des deux entreprises présentent leur projet de fusion, encore soumis à autorisation des autorités de la concurrence, comme répondant à un souci de rationnalité économique dans le domaine des cartes à puce "bas de gamme". Il s'agit des cartes SIM pour la téléphonie mobile qui représentent 72% du marché. Mais d'autres applications de la carte, exigeant des puces bien plus sophistiquées, sont proches des industries de sécurité et de défense. Il s'agit notamment des cartes de crédit (18%) et des cartes d'identité électronique et de santé (1%). Ce dernier domaine sera en pleine expansion dans les années à venir, à la suite des décisions en cours ou attendues des gouvernements occidentaux visant à généraliser l'identification numérique (voir notre article La révolution de l'identité numérique http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/nov/id.html).

Or tout ceci, inévitablement, échappera en partie aux intérêts économiques et politiques européens. Mais les services chargés de l'intelligence économique n'estiment sans doute pas que l'opération soit de leur ressort. D'une façon générale, le projet de fusion, qui aurait dû susciter des articles au moins inquiets dans la presse française, a été à peine évoqué, et en termes très anodins (voir par exemple l'article du Monde en date du 07/12). Bien évidemment, les deux entreprises vont continuer à protester très fort de leur "patriotisme européen". Mais cela ne devrait pas suffire à rassurer. Comme elles produisent des biens et services essentiels dans le monde numérique et pour la guerre de l'information, elles échapperont de moins en moins à l'influence de la "global dominance "américaine. Mais silence. Il s'agit d'un enfermement soft.

* Gemplus http://www.gemplus.com/
** Communiqué sur l'opération http://www.gemplus.com/press/archives/2005/corporate/07-12-2005-axalto_gemplus_combine.html
*** Axalto http://www.axalto.com/


Transplantation de la face à Lyon. L'éthique a bon dos

Beaucoup de gens n'ont pas de sympathie particulière pour le Pr Dubernard, dont les ambitions politiques avortées dans sa bonne ville de Lyon avaient paru curieuses. Mais on ne peut qu'être de son côté et du côté de son équipe quand on entend les arguments plus minables les uns que les autres de ses contradicteurs. L'équipe a réalisé un exploit qui a montré au monde entier la bonne qualité de la chirurgie et de la médecine française - que le monde nous envie, je dis cela sans rire. Espérons que les suites de l'opération seront à l'unisson, mais, même en cas d'échec toujours possible, la réussite est d'ores et déjà indéniable.

Les plus jaloux et les plus malveillants sont les chirurgiens américains. Dans un article du NY. Times (http://www.nytimes.com/2005/12/06/international/europe/06facex.html?pagewanted=print), ils vont jusqu'à accuser les Français d'avoir gravement manqué à l'éthique. Quelle éthique, et qui est en droit d'en fixer les règles? La lecture de cet article persuade vraiment que les chirurgiens de Lyon se sont comportés en escrocs. Rien d'étonnant de la part de Français, sous-tend le journaliste.

Malheureusement, on voit partout en sciences se généraliser ce pouvoir occulte et irresponsable qui émane des donneurs de leçons en éthique. Tantôt l'éthique sert de prétexte à attaquer des confrères que l'on jalouse, comme dans le cas précité. Tantôt et c'est plus grave, elle permet une réintroduction des idéologies religieuses s'érigeant en juge de ce que la science doit faire ou ne pas faire. Le mal est dorénavant au coeur même de l'Union européenne, avec les récentes nominations de personnalités religieuses au Groupe européen d'éthique. C'est le président Barroso qui en effet vient de désigner cinq activistes de la droite catholique, très proches du Vatican et sans compétences scientifiques. L'ancien commissaire à la recherche Philippe Busquin, homme modéré et honnête s'il en fut, s'en est inquiété, déplorant particulièrement l'arrivée d'un certain Carlo Cassini, président du mouvement pro-life Italie et membre de l'académie pontificale pour la vie. Ce n'est donc pas sur ce nouveau Groupe européen d'éthique qu'il faudra compter pour encourager la recherche sur les cellules souches embryonnaires, pourtant essentielle au plan thérapeutique.

On espère que le futur European Research Center n'ira pas chercher ses recommandations de recherche au Vatican ou près de ce Groupe européen d'éthique - non plus qu'à La Mecque, évidemment. 12/12/05

* Groupe européen d'Éthique des Sciences et des Nouvelles Technologies http://europa.eu.int/comm/european_group_ethics/index_fr.htm


Petit dossier pour relancer un projet d'Europe puissance

Je vous présente, sur ce thème de l'Europe puissance qui me parait plus que jamais d'actualité, trois papiers successifs. Le premier, daté du 10/12, est de moi. Il vient en tête de ce dossier. Le second, daté du 11/12 (eh oui, nous travaillons aussi le dimanche) est une réponse que m'ont adressée des correspondants et amis s'inscrivant dans une mouvance que je qualifierais de "gaulliste sentimentale". Je n'y ai pas apposé la signature de son auteur, faute d'avoir pu en discuter avec lui à la date de ce jour. Mais beaucoup reconnaîtront sa grande qualité de plume, ainsi que la force de ses convictions, que je ne partage pas nécessairement. Le troisième texte, daté du 12/12, est le complément que je propose d'ajouter à mon texte initial, pour tenir compte des objections de ces correspondants. Il va de soi que toute cette argumentation, dont je ne me cache pas les faiblesses innombrables, s'adresserait aussi à mes amis de gauche, s'ils avaient la bonté de s'y intéresser.

Reprendre le thème d'une Europe puissance

Compte-tenu du fait que, si l'on en croit les chroniqueurs politiques, la Grande Bretagne sera de plus en plus a-européenne sinon anti-européenne, suivie en cela par divers pays dont peut-être l'Allemagne, ne devrions nous pas, à notre modeste niveau, reprendre le discours de la construction européenne, sous la forme qui s'oppose directement à l'Europe de Blair, celle d'une véritable Europe puissance, sans doute de type fédéral, une fédération des Etats-Unis d'Europe, dotée de tous les attributs de la souveraineté, technologique, militaire, diplomatique, etc. Pour concrétiser ce projet, nous pourrions sans difficultés proposer une constitution, des législations et des politiques communes adapatées à une telle Europe. Les européanophiles français, les déçus du Oui comme les déçus du Non, pourraient alors se retrouver unis pour la défendre.

On dira que ce projet n'aurait aucune chance d'aboutir. Mais peu importe. Il ne faudrait pas ce faisant nous efforcer de négocier des compromis tenant compte des sensibilités actuelles, affichées ou supposées, des divers gouvernements et opinions publiques. Il faudrait nous adresser, au-dessus d'eux et d'elles, en tout irréalisme de départ, à une opinion publique sympathique à ces thèses, opinion dont nous postulerions l'existence et que notre vision pourrait peut-être, si elle était partagée, contribuer à rassembler, un jour ou l'autre. N'oublions pas qu'en science politique comme dans toutes les sciences, un modèle, aussi farfelu qu'il soit, est auto-prédictif, c'est-à-dire qu'il sème les graines pouvant contribuer à sa réalisation.

L'irréalisme paie s'il repose sur un grand projet. Pour prendre un exemple, c'est bien ainsi que le précédent pape avait agi quand il avait préché à la Pologne et à l'Europe toute entière l'objectif de se défaire du communisme. Il aurait été réaliste, il n'aurait rien dit. Bien avant lui, quand les républicains français proposaient la République sous l'Empire, ils faisaient de même. Ils ont fini par être entendus.

Nous pouvons postuler qu'existent en Europe peut-être 5 à 10% de vrais fédéralistes, aujourd'hui découragés par le recul de la construction européenne. Ce serait à eux que nous devrions nous adresser en premier, espérant faire croître et rendre majoritaire cette vaillante cohorte, que ce soit demain ou dans 10 ans. JPB 10/12/05

Il faut abandonner le concept des Etats-Unis d'Europe

Le problème du fédéralisme est de ceux avec lesquels je me colletais déjà au Parlement européen, lorsque nos amis de la CDU voulaient nous faire admettre pour l'Europe (à 6) la Constitution de Bonn: le Bundestag, Parlement fédéral; le gouvernement élu par lui, Gouvernement fédéral et le Conseil des ministres réduit au rôle, purement législatif, du Bundesrat.

Depuis lors, Helmut Kohl, grand européen s'il en fut, a déclaré qu'il fallait abandonner le concept d'Etats-Unis d'Europe.

Pourquoi? parce que la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Pologne, pour ne citer que ceux-la, ne sont pas le Wisconsin, l'Oregon, l'Alabama et même la Californie. Il n'y a pas en Europe l'unité de langues qui permet un "melting pot. Ajoutons que les Etats qui avaient perdu leur indépendance, voire leur existence, sous la chape de plomb du communisme, n'ont aucune envie de la perdre à nouveau dans un grand machin européen.

Si nous avons soutenu le projet de Constitution européenne, malgré ses imperfections, c'est parce qu'il créait des institutions réalistes, dans un bon équilibre entre les souverainetés nationales et la souveraineté européenne, qui en était la résultante, mais ne les remplaçait pas.

Autre argument: s'il n'y avait pas eu la France, sa volonté propre, incarnée par son arme nucléaire, il y a beau temps que l'Europe dite fédérale serait une dépendance américaine.

Le point de départ de votre argumentation me semble inexact: ce n'est pas l'opposition anglaise qui a empêché la création des Etats-unis d'Europe, voulue par Jean Monnet l'américain et ses disciples. C'est la volonté de la France, incarnée par le Général de Gaulle et que ses successeurs ont maintenue (même François Mitterrand). [...].

Faisons progresser le concept d'une souveraineté européenne, qui conjugue les souverainetés nationales, sans les effacer. Vous voyez bien que le moteur n'en est pas le fédéralisme, mais une volonté française que nous voulons faire partager aux autres. XXX 11/12/05

Souveraineté politique et technologique sont étroitement associées

Ne croyez pas que je prétende vous faire abandonner vos convictions profondes relatives à ce que pourrait devenir l'Europe. Je voudrais seulement préciser ce que je voulais dire, quitte à convenir après discussion s’appuyant non sur des expériences passées mais sur des visions pour le futur, que ce serait irréaliste.

Si quelques-uns d’entre nous prêchons (d'ailleurs in deserto) pour une Europe souveraine technologiquement, comme, exemple récent, dans le domaine du spatial, c'est parce que nous faisons la supposition qu'un certain nombre de citoyens et de forces nationales, dans chacun des pays européens, sont prêts à soutenir l'idée d'une Europe unie dans la volonté de l'indépendance non seulement technologique mais politique. Cette indépendance devra essentiellement s'affirmer à l'égard des Etats-Unis. Il faut donc le dire clairement, pour mobiliser ceux qu'exaspèrent en Europe la tutelle américaine. Il faut bien voir que si on ne cherche pas à s'affranchir de cette tutelle, tous les discours visant à la souveraineté technologique seront à la merci des pressions américaines qui sans arrêt détruisent les fragiles fronts de résistance européens. Ces pressions sont permanentes, sur les Etats, sur les grandes entreprises, sur les opinions. Jusqu'à ce jour, elles ont réussi. Si l'Europe est faible technologiquement, scientifiquement et politiquement, ce n'est pas seulement de la faute des Européens, mais du fait de la démobilisation continue qui s'exerce sur les esprits européens, notamment du fait des industries culturelles américaines (autrement dit la propagande américaine). On constate exactement le même phénomène, sous des formes différentes, en Amérique Latine.

Or, pour en revenir à l'histoire, que vous citez, De Gaulle, dès la guerre puis après 58, n'a pas fait des discours sur l'indépendance technologique de la France, mais sur la souveraineté française, qui exigeait entre autres certains investissements technologiques. C'est cet argument "patriotique" qui a obligé des industriels (je pense à Thomson et à la CGE, notamment) lesquels étaient fondamentalement américanistes, à s'intéresser momentanément aux filières technologiques nationales. Cela n'a pas duré parce que les successeurs de De Gaulle ont refusé de se placer dans une perspective politique de compétition avec le reste du monde et plus particulièrement avec les Etats-Unis, et ont prétendu en revenir à un libéralisme politique mou. Dans un tel cadre, seule la place de caniche des Etats-Unis, qui sied si bien à la Grande Bretagne, restait disponible.

Mais aujourd'hui, si un De Gaulle européen existait (un De Gaulle collectif?), ce serait une politique "souverainiste" à l'échelle européenne qu'il proposerait, dirigée contre des « adversaires » bien définis, c'est-à-dire les Etats-Unis, les seuls en fait qui refusent encore à l'Europe les moyens de cette souveraineté politique. Pour atteindre un tel objectif, le De Gaulle européen agirait sur deux fronts: celui des institutions, en proposant notamment une constitution "souverainiste européenne", et des politiques publiques de puissance dans les domaines industriels, technologiques et finalement scientifiques. J'emploie (avec prudence, c'est-à-dire avec des guillements) le terme de "souverainiste" car il est plus expressif que celui de souveraineté. Appliqué à l'Europe toute entière, il perd le sens archaïque que lui donnent les souverainistes français. Les citoyens européens ne choisiront jamais la voie des sacrifices pour financer ces politiques de puissance économique s'ils n'ont pas un objectif affectif fort à défendre, la souveraineté européenne "souverainiste" , ou si l'on préfère une sorte de nationalisme européen s'exerçant non pas à l'égard des pays faibles mais à l'égard des pays forts qui veulent en priver les européens. Pour que cet objectif sorte du domaine de la théorie pour passer dans celui de la pratique, il doit devenir simple, visible et compréhensible par tous.

On a bien vu que le concept d'Europe des Etats-Nations, auquel vous semblez attaché, n'a guère de sens à cet égard. On n'échappe pas avec lui à l'influence des nationalismes nationaux, eux-mêmes soumis aux influences américaines. C'est pour cette raison que beaucoup de gens, opposés à ces influences, ont voté Non au Traité constitutionnel alors qu'ils auraient voté Oui à un projet de souveraineté européenne qui auraient emprunté beaucoup de traits à ce que pourrait être une structure fédérale.

Vous dites que personne en Europe ne soutiendrait un tel projet de puissance, compte tenu de la diversité des intérêts, des cultures, des langues, etc. A mon avis vous faites erreur. Ceux qui le soutiendraient sont là potentiellement mais on ne veut pas les voir, aveuglé que l'on est par l'idéologie libérale d'inspiration américaine. Ce seraient d'abord tous les acteurs économiques, notamment industriels, qui reprendraient de la vigueur dans une ambiance de patriotisme économique à l'échelle européenne. Ce patriotisme ne les empêcherait en rien d'avoir des ambitions de présence voire même de conquête au plan mondial, de même que le patriotisme américain ne pénalise en rien les intérêts économiques de ce pays. A côté des acteurs économiques, on trouverait la foule désordonnée mais multiple des altermondialistes et adversaires divers de la mondialisation (lisons mondialisation à l’américaine), qui manifestent de plus en plus fort dans les enceintes internationales. Et on aurait peut-être aussi le tiers monde, si cette nouvelle Europe savait se positionner non en puissance hégémonique mais en puissance d’intermédiation.

Au plan des institutions, une telle Europe n’aurait pas à copier les constitutions fédérales existantes. Elle pourrait respecter un certain nombre de particularismes et de subsidiarités. Mais elle devrait de se doter de ce qui seul permet l'exercice de la souveraineté: un président, un gouvernement et un parlement commun, en charge des grandes questions. Appuyant ces institutions, il faudrait s’entendre sur des droits et réglementations communes, une monnaie unique, évidemment, mais aussi une fiscalité et des règles sociales et du travail communes, avec des mécanismes d’harmonisation efficaces entre les plus riches et les plus pauvres. On n’oublierait évidemment pas la politique commune de défense et de sécurité.

S'agirait-il d'un super-Etat fédéral? Si le terme de fédération fait peur et peut donner lieu à des malentendus, peut-être pourrait-on l'abandonner et en trouver un autre. Mais il faudrait se méfier de ne pas retomber dans l'informe institutionnel qui ne permet pas aux volontés de construction européenne de s'exprimer clairement. J'aurais bien utilisé le terme d'Empire européen, mais il est sans doute trop connoté "impérialisme" pour pouvoir séduire des démocrates.

Au delà de la terminologie, qui devrait entrer dans une telle Europe ? Je dirais que le premier travail consisterait à définir 3 projets conjoints, un projet constitutionnel-institutionnel, un projet technologique, un projet de société, puis à les répandre dans toute l’Europe en utilisant les ressources des réseaux de l’information, que vous oubliez en général. On verrait alors quelles populations se rallieraient à ce projet, et par conséquent quels Etats seraient tentés de le reprendre à leur compte. Peut-être pas le Royaume Uni, peut-être pas tel ou tel Etat de la nouvelle Europe, mais qu’en sait-on ? Quoiqu’il en soit, s’il n’y avait, avec la France (à supposer qu’elle ait adopté ce projet, que deux ou trois Etats partageant cette ambition, pourquoi ne pas commencer avec eux ? Cela serait le noyau dur rêvé en vain actuellement, rêvé en vain car aucun noyau dur ne pourra jamais se former autour de la mollesse ambiante.

Je pense que l’ambition esquissée ici dépasserait certainement nos capacités de création et de communication. Rien n’empêcherait par contre certains d’entre nous de la préciser dans un livre ou plusieurs livres et articles. A nos écritoires donc 1). 15/12/05

1) Pour ma part, je pourrais, avec des amis partageant ces idées, et si les conditions s'y prètent, reprendre un ouvrage édité par la collection Automates intelligents en 2003, qu'il suffirait de mettre à jour.
(voir http://www.automatesintelligents.com/collection/paneurope.html)


Le site interministériel français sur la grippe aviaire

Les services du Premier ministre ont pris la bonne initiative d'ouvrir un site "officiel" sur la grippe aviaire et les risques de pandémie, sur la situation dans le monde et sur les mesures prises en France pour faire face à des contaminations éventuelles. Sachant que, selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la France serait un des pays les mieux préparés, cette démarche s'imposait. C'est très bien. Peut-être cependant un petit préambule ne serait pas inutile, figurant en page d'accueil. Il faudrait y expliquer qu'un gouvernement responsable doit résister à deux types de pressions opposées: celles des professionnels divers (de l'agriculture, du tourisme...) qui cherchent à rassurer au risque de précipiter un désastre éventuel; et celles de certains esprits ou intérêts poussant au catastrophisme. Que le gouvernement communique sur la grippe aviaire ou sur les scénarios destinés à faire face à une pandémie de grippe humanisée ne doit pas être considéré, comme certains journalistes ont osé le dire, comme une manoeuvre destinée à faire oublier aux citoyens les difficultés de l'action gouvernementale en général. C'est un devoir de service public.

A cet égard, peut-être faudra-t-il, si les risques se précisaient, mettre aussi en exergue, en complément des mesures gouvernementales, les décisions prises au niveau des collectivités locales (régions, départements et surtout communes), qui auront jugé utile d'afficher des plans de lutte contre la pandémie. 08/12/05.

* http://www.grippeaviaire.gouv.fr/


Un plaidoyer pour une vraie décentralisation

Dans la brève ci-dessous consacrée à la dette publique (L’alibi de l’importance de la dette publique) j'évoquais les mesures de déconcentration adoptées par l'Etat suédois pour alléger les coûts de fonctionnement et les lourdeurs de l'administration centrale. J'y évoquais aussi les collectivités locales, comme secteur où des économies de gestion administratives ne seraient pas inutiles. Mais j'avais eu le tort d'oublier que les collectivités locales, et surtout les Régions, pourraient jouer un rôle considérable dans une modernisation administrative en profondeur. Le gouvernement actuel ne semble pas favorable à une telle évolution, compte tenu du fait que toutes les régions sont dirigées sauf une par des coalitions de gauche. Mais il faudrait dépasser ce détail de l'histoire (pour parler comme qui vous savez) et aborder réellement la question au fond.

C'est ce que vient de faire, selon moi, le président de la Région d'Aquitaine, président de l'Association des Régions de France (ARF) dans un article du Monde en date du 8 décembre 2005, p. 25. Cet article, opportunément intitulé Le verrou jacobin, montre que la volonté centralisatrice de l'Etat n'a en rien reculé, prend au contraire une ampleur de plus en plus tatillonne et compromet les chances d'évolution et d'adaptation en profondeur non seulement de l'administration mais de la société française toute entière. Son propos, que je trouve véritablement fondateur et qui se retrouve sur le site de l'ARF, vise à démontrer que l'Etat devrait se limiter aux questions régaliennes (police, justice, diplomatie, défense et sécurité), ainsi qu'à l'initialisation des grandes politiques publiques et des grands programmes stratégiques ou de recherche scientifique Il devrait aussi assurer un minimum indispensable de péréquation et de redistribution. En dehors de cela, l'Etat central pourrait parfaitement laisser les Régions agir en première ligne - quitte à les corriger en cas de dérapage ou lacunes.

Mais il faudrait en contrepartie que les Régions disposent de pouvoirs fiscaux et réglementaires beaucoup plus étendus et que le statut des élus locaux soit (définitivement) réformé afin qu'ils ne puissent cumuler des fonctions locales et des mandats nationaux. Ajoutons qu'il faudrait sans doute faire plus, en favorisant le regroupement de certaines régions pour leur permettre d'atteindre dans l'Union européenne un seuil d'efficacité suffisant. Mais dans ce domaine, mieux vaudra laisser les conseils régionaux prendre la décision de tels rapprochements, comme de rapprochements parallèles avec les régions européennes, plutôt qu'imposer des fusions par le haut.

Alain Rousset a donc raison de demander que l'on abandonne le spectre d'une décentralisation "pourvoyeuse de potentats locaux, de clientélisme voire de corruption". Les risques demeureront mais ils sont aussi grands, sinon moins visibles, au sommet de l'Etat. L'Europe toute entière vit au rythme de la décentralisation régionale et ne s'en porte pas plus mal. Le seul modèle que l'on cherchera à éviter est celui de certaines Régions espagnoles (en fait uniquement le Pays Basque et peut-être la Catalogne) qui paraissent prêtes à sortir du cadre national. Mais nous n'en serions pas là en France.

Et que deviendra dans tout cela l'Ecole Nationale d'Administration, demandera-t-on? Elle continuera à former de hauts fonctionnaires nationaux et régionaux, mais dans un esprit, précisément, moins jacobin. Les vraies bastilles administratives à renverser, dans cette perspective (hors les résistances des élus nationaux) seront les grands corps de l'Etat, que certains qualifient de véritables sociétés discrètes (sinon secrètes) s'étant emparé des leviers de la puissance publique et pas décidées à les lâcher. 08/12/05

* Le site de l'ARF http://www.arf.asso.fr/ . L'ARF nous pardonnera d'y avoir emprunté la photo de son président, mais cette initiaitve est bien utile pour contre-balancer l'inflation des images des candidats auto-proclamés à la présidentielle (surtout l'un d'eux).
* Lire l'article sur le site du Monde http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-718477,0.html


Tout (ou presque) sur la formation et l'enseignement à distance

Le site Thot (http://thot.cursus.edu/), qui existe depuis quelques années et que nous avions signalé dans les débuts de Admiroutes, prend de plus en plus d'ampleur. Il donne accès, en français et en anglais, à une quantité d'informations et de services concernant ce que l'on désigne dans notre belle langue le e-learning. On y trouve notamment la possibilité de s'abonner, soit dans une version gratuite soit, dans une version plus complète, payante, à des magazines très complets intéressant aussi bien les enseignants et établissements, les étudiants et même le grand public. Ainsi ne peut-on plus continuer à ignorer ce qui constitue sans aucun doute un enjeu majeur de la société de l'information.

Evidemment, sur de tels sites, des influences politiques et commerciales diverses peuvent s'exercer, sans que le lecteur en prenne toujours conscience. Mais ceci est préférable à l'ignorance complète, qui caractérise encore si l'on en croit les rumeurs une grande partie des enseignants français de toutes disciplines et de tous niveaux.

Cette initiative est-elle française? Evidemment pas, elle est québécoise. Bravo pour le Québec, qui a compris depuis longtemps le parti à tirer de la société de l'information pour défendre les spécificités linguistiques et culturelles, Et tant pis pour nous. Mais qu'en pense donc le ministère de l'Education Nationale?


Les illusions de Zaki Laïdi

Dans un livre intitulé La norme sans la force, L'énigme de la puissance européenne (Presses de Sciences Po) le politologue Zaki Laïdi voudrait apprendre aux Européens à dépasser les contradictions entre d'une part une compétition avec les Etats Unis ou la Chine en termes de puissance et d'autre part le refus de se mobiliser réellement, en consentant les sacrifices nécessaires. Pour lui, l'Europe est trop diverse pour se comporter en super-puissance parmi les autres. Plutôt que s'opposer stérilement à ces dernières, elle ferait mieux de tenter de s'imposer par ce qu'il appelle "la norme". Les Européens seraient en situation, selon lui, de proposer au monde entier des normes de réorganisation globale permettant de dépasser la souveraineté des Etats sans l'abolir. Il en dresse un catalogue étendu, où chacun pourra reconnaître une de ses valeurs préférées, fussent-elles globalement contradictoires, comme "la force socialisatrice du commerce" ou l'"adhésion à des valeurs non-marchandes".

Tout ceci nous semble relever d'une fuite en avant cachant une capitulation en rase campagne devant la force des autres. S'agit-il de naïveté ou de la manoeuvre délibérée d'une certaine cinquième colonne atlantiste dont l'Europe a toujours été le terrain d'accueil? Ne refusons certes pas les valeurs universelles ou universalistes, dans lesquelles nous pourrions prétendre nous reconnaître. Ne négligeons pas les théâtres diplomatiques ou d'opinion où nous pourrions les faire valoir. Mais restons sérieux. Sans puissance technologique et scientifique, sans investissements publics et privés massifs dans les industries spatiales, de défense, culturelles qui font la force des Etats-Unis et bientôt de la Chine, nos beaux discours sur l'Europe généreuse, patrie des normes humanistes, ne tiendront pas 1). Ceci d'autant plus que les Etats-Unis et les autres n'ont aucune envie de nous en laisser le monopole. On nous explique depuis longtemps que l'"american way of life" est le moyen choisi par Dieu tout puissant pour civiliser le monde. Le même discours se fait entendre en termes différents en Chine, au Japon et dans les grands pays musulmans.

1) Sans mentionner les normes industrielles et économiques, où sans de puissantes politiques industrielles, il est vain de prétendre organiser les marchés. Qu'en pense le NIST américain, National Institute of Standards and Technology (http://www.nist.gov/), producteur de normes d'où tout le reste, culture et éthique, découle obligatoirement? 08/12/05


Le soutien du Centre National de la Télévision, cheval de Troie pour les programmes américains?

Martine Delahaye, dans Le Monde du 03/12/05, attire fort opportunément notre attention sur la façon dont les grands du Broadcast américain utilisent à leur profit les mesures, pourtant bien timides, mises en place en France pour encourager la spécificité culturelle. On sait que le gouvernement américain, depuis 50 ans, a tout fait pour que les produits de l'industrie cinématographique et maintenant multimedia américains puissent se répandre sans restrictions en Europe. Les accords Blum-Byrnes de 1947 conditionnaient l'aide économique dite Plan Marshall à l'ouverture complète de l'Europe aux films américains (voir http://www.assemblee-nationale.fr/rap-info/i3197.asp ) . Les négociateurs US avaient parfaitement compris que le formatage des esprits permis par l'invasion des produits du cinéma de Sécurité Nationale et plus généralement de tous les produits des industries culturelles de l'époque, étaient la meilleure façon d'assurer la suprématie politique des Etats-Unis dans le reste du monde.

L'histoire se poursuit, note Martine Delahaye, avec la nouvelle chaîne Sci-Fi, pour science-fiction. Cette chaîne a commencé ses émissions en France le 2 décembre sur CanalSat. Elle appartient au groupe américain NBC Universal Global Networks, qui est diffusée en France depuis Londres.

« Depuis que NBC et Vivendi Universal ont fusionné, il y a un an et demi, nous menons une politique agressive d'expansion internationale, explique Patrick Vien, président du groupe américain. La science-fiction est un genre de plus en plus important sur les chaînes généralistes ; c'est donc le bon moment pour lancer Sci-Fi Channel. Avec elle, nous ouvrons la deuxième étape de notre développement en France, qui avait démarré avec le lancement de 13e Rue. »

Sur les 15 milliards de dollars (12,73 milliards d'euros) de chiffre d'affaires qu'a enregistrés NBC Universal l'an dernier, 20 % proviennent des activités du groupe à l'international. « Un pourcentage que nous voudrions voir croître à l'avenir. Grâce à la publicité notamment, qui commence à nous arriver de manière vraiment importante », conclut le président.

Sci-Fi est la sixième chaîne d'origine américaine introduite en France par CanalSat au cours des trois derniers mois. Un hasard ? Non. « Aujourd'hui, raconte un producteur indépendant, si une nouvelle chaîne française demande à être distribuée sur CanalSat, on lui préférera toujours la chaîne d'un grand groupe américain. Pourquoi ? Pour pouvoir procéder à des échanges, des deals que ne peuvent passer de petites chaînes françaises sans le sou ou presque. » Exemple : une entrée sur le marché français peut ainsi se faire en échange d'un catalogue de films américains en exclusivité."

L'installation à Londres permet de ne pas avoir à se soumettre à la législation française, notamment d'échapper aux taxes françaises sur le chiffre d'affaires et aux obligations d'investissement, de production ou de diffusion d'oeuvres d'origines européennes, telles que les prévoit la législation française. On échappe aussi aux diverses mesures relatives aux contraintes quant aux jours et heures de diffusion de films de cinéma, aux obligations de signalétique en vue de protéger les enfants, etc.

Ceci, rappelle Martine Delahaye, n'a rien d'illégal. La directive européenne Télévision sans frontières (TVSF) laisse aux Etats membres une grande liberté pour choisir le niveau de réglementation qu'ils souhaitent appliquer aux chaînes relevant de leur compétence. Elle repose par ailleurs sur le principe de liberté de circulation des programmes audiovisuels, qui interdit aux Etats membres de s'opposer à la di ffusion d'une chaîne établie dans un autre Etat membre, sauf dans des cas limités et au terme d'une procédure compliquée.

Mais les distorsions de concurrence, comme les qualifient les responsables de chaînes de droit français et les producteurs indépendants, iront plus loin. " Une chaîne de droit français mais à capitaux américains peut-elle prétendre au soutien financier du Centre national de cinématographie (CNC) - qui sera d'autant plus important qu'elle disposera des moyens de sa maison mère -, pour produire in fine des oeuvres surtout destinées aux autres chaînes du groupe dans le monde ? Le risque étant de voir s'imposer des programmes formatés pour l'international mais financés en partie grâce aux règles de protection de « l'exception culturelle française ».

Le dilemme est de même nature que celui soulevé par le film Un long dimanche de fiançailles. Ce film aux capitaux extra-européens - en l'occurrence Warner France, filiale de la major américaine Warner Bros -, avait bénéficié du système de soutien financier français, accordé par le CNC, au motif qu'il est réalisé par un Français (Jean-Pierre Jeunet), tourné en France et en français. La justice, saisie par des producteurs français, a retiré l'agrément du CNC au film, en première instance et en appel. Le dossier est en cassation. ".

Qu'en conclure? Certains diront qu'il est impossible, dans l'état juridique et politique de l'Europe actuelle, d'élaborer une véritable politique commune de développement des industries culturelles et de l'intelligence. A plus forte raison est-il impossible de le faire dans un seul pays. Ouvrons donc largement nos cerveaux à la propagande politique et commerciale des Etats-Unis. Après tout, elle sait être non seulement divertissante mais instructive. Si c'est pour faire Le retour d'Astérix, à quoi bon? D'autres voudront continuer à réagir, comme la valeureuse association Ars Industrialis (http://www.arsindustrialis.org/). Nous nous plaçons dans cette minorité, évidemment. 08/12/05


La Chine et la technologie

Certains font la fine bouche à l’annonce des contreparties consenties par Airbus à la commande chinoise d’un certain nombre d’avions : le transfert en Chine d’éléments plus ou moins complets de la chaîne d’assemblage de ces avions. C’était pourtant une concession inévitable, sauf à voir les Chinois passer cette nouvelle commande à Boeing et obtenir de sa part des concessions identiques. Qu'aurait-on dit alors en Europe? La Chine, on le sait, n’hésite pas à mettre en concurrence ses fournisseurs occidentaux et, dans la meilleure des hypothèse, à faire marché égal avec eux. C’est ce qu’elle avait montré en passant il y a quelques semaines une autre importante commande à audit Boeing.

Ce qu’ont rappelé les gens d’Airbus, et que nous aimerions voir repris avec force par les gouvernements français et européens intéressés, c’est que l’excellence n’est jamais acquise et que Airbus compte profiter des retours de ce contrat chinois pour améliorer ses processus de fabrication et plus généralement les performances de ses futurs produits. Ainsi l’entreprise pourra-t-elle espérer être toujours en avance d’une guerre sur la concurrence.

Ce que l’on aimerait aussi entendre, c’est que Airbus, pas plus que Boeing, ne maintiendront leur prédominance sans bénéficier d’importants contrats de recherche/développement de la part de leurs gouvernements respectifs. C’est évidemment ce dont bénéficient, dans le cadre des dépenses militaires, tous les industriels de l’aérospatiale américaine (sans mentionner les Chinois). C’est ce qu’il faudrait aussi garantir à nos propres industriels, sans considération d’économies qui en l’espèce seraient fort mal venues. 06/12/05


L’alibi de l’importance de la dette publique

La façon dont le ministre des finances et plus généralement le gouvernement utilisent l’argument de l’importance de la dette publique française pour justifier le refus de financer des dépenses manifestement indispensables à l’avenir de la nation relève de la mauvaise foi politicienne. Au sein de l’Union européenne et du groupe euro, le montant de la dette n’a qu’un sens indicatif, dès lors qu’elle ne dépasse pas sensiblement celui des autres pays de l’Union, ce qui est le cas. Les journaux qui en discutent semblent

Certes il serait malsain de voir le déficit de l’Etat, celui des collectivités locales et celui de l’assurance maladie augmenter sans cesse, car cela signifierait que le montant des dépenses de fonctionnement dépasserait durablement celui des recettes et ce d’une façon croissante. Dans ce cas, il faudrait donc diminuer les dépenses, soit en supprimant les dépenses de fonctionnement vraiment improductives, soit en mettant en œuvre des réformes de structures qui supprimeraient des causes systémiques de dépenses inutiles. Mais dans les deux cas, les décisions ne peuvent être improvisées. Elles supposent au contraire d’être discutées et mises en œuvre dans des programmes politiques à long terme.

Prenons l’exemple de la fonction publique, nationale aussi bien que territoriale, présentée comme la grande responsable des déficits. Il serait tout à fait légitime de discuter d’une refonte de l’Etat sur le mode suédois, dont on a beaucoup parlé ces jours-ci et sur laquelle nous reviendrons. L’Etat social-démocrate suédois s’est reconverti ces dernières années en déléguant la plupart de ses fonctions d’exécution à des agences publiques soumises à une gestion, sinon de type entrepreneuriale, du moins beaucoup plus décentralisée et responsable que celle pratiquée par les ministères nationaux. Il en est résulté, apparemment sans baisse de la qualité du service, des économies de gestion qui ont permis de financer d’importants investissements de recherche générateurs d’emplois. On pourrait envisager la même chose en France, sous réserve de la prise en compte de certaines de nos spécificités. On pourrait également envisager dans ce pays de diminuer le poids de structures administratives locales superposées qui n’apportent pas grand-chose de plus aux deux seuls niveaux vraiment utiles, celui de la commune et celui de la région.

Mais on voit bien que le gouvernement qui aborderait d’emblée de telles réformes serait immédiatement fusillé par ceux qui ne veulent admettre aucun changement. Il faudrait par contre en discuter dès maintenant, notamment dans la perspective des élections de 2007, ceci aussi bien à gauche qu’à droite.

Ce n’est évidemment pas dans cette voie que s’oriente Thierry Breton. Quand il fustige les Français responsables de déficits budgétaires historiques, que propose-t-il ? D’affecter au service de la dette les quelques 5 à 8 milliards que rapportera la privatisation du secteur autoroutier, soit 8 milliards pour une dette de 2.000 milliards…C’est de la plaisanterie, qui cache un calcul tout différent. Dans un pays qui mettrait à sa vraie place le développement de la recherche publique et de l’innovation industrielle, ces milliards devraient au contraire être immédiatement affectés aux deux agences de recherche qui viennent d’être crées, ainsi qu’au recrutement de chercheurs pour lequel la Loi sur la Recherche, de plus en plus tronquée au fil des mois, n’apporte aucune perspectives. De telles dépenses seraient évidemment beaucoup plus aptes à produire à terme des bénéfices, et donc des rentrées fiscales, que si elles allaient se perdre dans un trou sans fond.

Mais pourquoi le gouvernement ne comprend-il pas un raisonnement aussi enfantin ? C’est là que nous pouvons le soupçonner de ne pas « aimer » ni la recherche ni les chercheurs, qu’ils soient publics ou privés. Il n’y voit sans doute pas des soutiens très énergiques dans la perspective des futures élections.

Tout au contraire, les restaurateurs sont l’objet de tous ses soins. On ne se pose pas la question de l’augmentation du déficit qui résulterait de la prise en compte de leurs revendications en matière de baisse de la TVA, pas davantage que l’on ne s’était inquiété du poids du milliard et quelque à eux versé par le budget il y a quelques mois pour leur permettre d’augmenter l’emploi salarié…somme qu’ils se sont bien gardés d’utiliser à cette fin.

Si telle est la position du gouvernement actuel, on aimerait alors entendre les représentants de l’opposition, qui aspirent à le remplacer, adopter un discours plus favorable, non seulement à des économies bien pensées, mais au réemploi de ces économies en faveur des investissements de recherche et d’enseignement supérieur. On aimerait les entendre envisager, comme les Suédois précisément, de porter à 4% du PIB le poids de telles dépenses dans les années à venir. Hélas, ce n’est pas le cas. 06/12/05


EADS Space supprime 700 emplois

C'est ce qu'annonce François Auque, le président de cette filiale lanceurs et infrastructures au sol de EADS. La réduction d'emplois, sur les 4.500 que compte l'entreprise, sera échelonnée sur 3 ans. La responsabilité en tient au fait que les programmes Ariane 5, ATV (véhicule de transport) et M 51 (missile balistique) arrivent en fin de développement, et que rien n'est programmé par l'Europe spatiale pour leur donner suite. Français Auque avait annoncé, dans le colloque récemment consacré à l'espace au Sénat http://www.automatesintelligents.com/manif/2005/crespaceprogramme.html, que ce processus de décroissance surviendrait inévitablement, faute d'une relance de la recherche développement destinée à préparer les futures générations d'engins. Les réductions d'emplois affectent particulièrement les ingénieurs des bureaux d'étude. Tout cela laissera le champ libre aux Etats-Unis et à la Chine. 05/12/07


La grande distribution

Il faudrait lire, évidemment, le dernier livre de Jean Bothorel et Philippe Sassier La grande distribution : Enquête sur une corruption à la française, chez Bourrin Editeurs. Il relate en détail l'emprise qu'exercent quelques grandes marques, 2 ou 3 au maximum, sur l'ensemble de la société française: producteurs, consommateurs, hommes politiques et médias. Ces entreprises, évidemment, ne se font pas concurrence mais exercent un intelligent oligopole qui leur a permis de devenir une des premières forces politiques françaises, d'autant plus efficace qu'elle est discrète. On dira que Jean Bothorel est un activiste de la dénonciation, ancien (plus ou moins) poseur de bombes pour le compte du Front de Libération de la Bretagne (rien du tout au regard du FNLC, qui sévit en Corse et ailleurs). Mais cela ne retire rien à la pertinence de son analyse.

Nous mentionnons l'ouvrage car selon les auteurs et l'éditeur, il fait l'objet d'une quasi censure dans la presse et l'audio-visuel, pour ne pas déplaire à la grande distribution. On dénonce volontiers en France la mise en condition des esprits, via TF1 et autres organes de presse, qu'exercent les Mac Donnalds, Coca-Cola et autres Microsoft. Mais ne faudrait-il pas étudier les formes plus subtiles de l'influence qu'exerce la grande distribution, influence dont il n'est pas sûr que l'économie et la société française bénéficient réellement? 05/12/05


A quand les Etats-Unis d'Afrique?

Le terme d'Etats-Unis d'Afrique est une image, évidemment. Il existe une Union Africaine, actuellement, mais celle-ci est encore loin d'approcher l'efficacité de l'Union européenne, même si celle-ci est elle-aussi encore loin de jouer le rôle d'une grande puissance dans un monde de plus en plus muiltipolaire. Cependant la récente réunion internationale Afrique-France, qui vient de se terminer à Bamako, a montré comment les 30 chefs d'Etats africians, qui avaient fait à la France l'amitié de participer, étaient encore loin de former un tout cohérent, susceptible de défendre les intérêts de l'Afrique dans sa totalité.

On voit très bien ce qui se passe actuellement. Les grands Etats qui mettent aujourd'hui en priorité absolu la nécessité de renouveller leurs sources d'approvisionnement en pétrole s'intéressent énormément aux Etats africains disposant de gisements en exploitation et de réserves. Ce sont d'abord les Etats-Unis, suivis par la Chine, l'Inde, le Japon et aussi certains pays européens. Mais, à travers leurs puissantes sociétés pétrolières, ces Etats ne vont pas faire grand chose pour aider à la prise en compte des besoins de développement globaux du continent. Au contraire. Ils vont tout faire pour conserver l'essentiel des bénéfices et empêcher l'apparition de forces politiques susceptibles de s'opposer à eux. L'Afrique, potentiellement très riche en ressources pétrolières et minérales, ne sera même pas capable de se donner la force de négociation que l'OPEP avait permis aux pays du Moyen-Orient d'acquérir il y a trente ans.

L'Union européenne pourrait jouer un rôle plus marqué pour aider l'Afrique à émerger en tant que puissance politique globale, ne fut-ce que pour éviter qu'elle ne devienne définitivement le bastion avancé des impérialismes américains et chinois. Mais elle ne sait ou ne veut pas le faire. Elle s'enlise dans de timides politiques d'assistance alors que l'essentiel de l'argent dont aurait besoin l'Afrique se trouve chez elle mais ne lui appartient pas. Cet argent est en train de partir, une nouvelle fois, dans la poche des grands puissances mondiales. 05/12/05

* Union Africaine http://www.africa-union.org/home/Bienvenue.htm


Code de conduite pour les marchés d'armement européens

Les ministres de la défense européenne réunis à Bruxelles le 21 novembre ont voulu semble-t-il marquer qu’ils ne renonçaient pas à la construction d’une Europe politique. Ils ont adopté pour cela un « code de conduite» volontaire entre Etats-membres acceptant d'ouvrir leurs marchés d'armement à la concurrence, sur la base de la transparence des appels d'offres.

Ce code intervient dans un domaine particulièrement peu transparent, soumis à la fois aux pressions des industriels et des partenaires commerciaux des pays européens. Les unes se traduisent par ce que l’on nomme généralement la préférence nationale, les autres par des frais d’approche et commissions jamais publiés. Les pays européens, il faut le dire, n’ont pas le monopole de ces pratiques. Ce sont elles qui font la force compétitive des entreprises du secteur militaro-industriel américain, notamment. S’y ajoute, dans le cas des Etats-Unis, des pressions ouvertes sur les acheteurs à l'initiative de l’administration fédérale et ses représentants diplomatiques.

Cependant que l’Europe veuille s'organiser est une excellente chose, surtout si cela se fait, comme cela semble être le cas, dans la perspective d’une démarche commune aux 25 Etats-membres, visant à éviter les concurrences inutiles, les double emplois et les pertes diverses en matière d’équipements de défense

Le code sera mis en oeuvre et contrôlé par l'Agence européenne de défense à partir du 1er juillet 2006. C’est une véritable révolution que l’Agence, malgré un budget ne dépassant pas 23 millions d'euros, parait la mieux apte à mener. En provoquant la concurrence, le code de conduite devrait entraîner une baisse les prix pratiqués par les industriels de l'armement, ce qui devrait générer des économies budgétaires, et permettre d'affecter un surplus de crédits pour de nouvelles capacités militaires de l'Union européenne. Rappelons que ces budgets dépassent chaque année les 30 milliards d'euros. Comment concrètement se passera cette concurrence ? Conduira-t-elle à un émiettement dangereux des offres, à une baisse de qualité, à un manque de suivi des systèmes ? On voit que le champ des négociations entre industriels et tutelles politiques demeurera considérable.

Aux Etats-Unis, c’est le département de la défense et ses diverses agences qui sont chargés d’organiser les appels d’offres et les décisions des services acheteurs, pour des montants plus de dix fois supérieurs. On admire en général leur efficacité au service de la rationalité des choix budgétaires; mais les initiés soupçonnent que là aussi, beaucoup d’opérations occultes se produisent au bénéfice d’entreprises ou même d’hommes politiques bien vus par le pouvoir.

En France, le code prévoit, un peu sur le mode américain, la création d'un « portail » unique sur Internet, géré par l'Agence européenne de défense. Les Etats devront s’y informer respectivement, tant sur les appels d'offres (dépassant 1 million d'euros) que sur l'attribution des marchés. L'Agence européenne exprime ces « coopérations renforcées » dans le domaine de la défense qui s’imposent de façon pragmatique, même si le projet de traité constitutionnel qui les prévoyait explicitement semble provisoirement reporté. 01/12/05

PS au 05/12. Sur le thème de l'Europe de la défense, chemin possible vers une Europe, on lira l'article de Mme Alliot-Marie dans Les Echos du 5 décembre: Relancer l'Europe par la défense. http://www.lesechos.fr/info/rew_aero/4352066.htm


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-13212/index.htm