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La Gazette N° 129 en date du 31 octobre 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12910/index.htm

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* A propos de The Singularity is near de Ray Kurzweil http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/68/singularity.htm
* Unmanned ground vehicles aux Etats-Unis http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/68/actualite.htm#acf
* Vols habités en Chine http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/68/actualite.htm#ace

Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent d'un blog. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Citons Le Drakkar noir http://drakkar-bleu-noir.over-blog.com/
et influenzah5n1over-blog http://influenza.h5n1.over-blog.com/liste-article-blog.php

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiaitive sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Les irresponsables

L'émission de Antenne 2 Mots croisés, présentée par Yves Calvi (31/10/05) a longuement fait disserter sur la Grippe aviaire. Très bien. Mais elle avait de quoi décourager les malheureux responsables nommés par le gouvernement pour préparer notre pays, non seulement à la grippe aviaire, mais à une pandémie de grippe aviaire humanisée autrement dévastatrice. Des individus n'ayant pour eux que la volonté de se gonfler aux dépends des scientifiques présents sur le plateau n'ont eu de cesse d'expliquer que dans le cadre d'on ne sait quel complot, les Pouvoirs Publics affolaient inutilement les Français. Constamment, sous prétexte du fait que la grippe avaire n'avait pas encore pénétré en France, ils ont essayé, très soutenus malheureusement par Yves Calvi, de convaincre qu'il ne fallait rien faire et penser à autre chose. Que parmi ces irresponsables se soit trouvé le rédacteur en chef adjoint de Marianne ne surprendra pas ceux que les foucades permanentes de ce journal découragent de le lire. Mais les sorties de ce gros poussah de Claude Allègre, ancien ministre et prétendu scientifique, étaient plus dangereuses, car elles pouvaient plus facilement tromper les auditeurs. Le discours responsable selon lequel il ne faut pas affoler les foules mais pourtant se préparer, y compris au pire, discours que le gouvernement, apparemment, s'efforce de tenir, est pourtant du simple bon sens. 31/10/05


Le Dessein Intelligent à la française

Dans ma naîveté, je me félicitais du fait que cette peste intellectuelle qu'est la propagation du Dessein Intelligent dans la science américaine n'avait pas atteint la France - au moins officiellement. Combien me trompais-je, comme l'a montré la projection par Arte, sans aucune précaution de présentation, du "documentaire" Homo sapiens, une nouvelle histoire de l'homme du à Thomas Johnson. On y entend la tristement célèbre (au sein des paléoanthropologues sérieux) Anne Dambricourt Malassé y expliquer sa thèse vieille d'ailleurs de plus de 10 ans, selon laquelle la venue de l'homme moderne aurait été préparée par une suite d'évolutions morphologiques commencées il y a 40 millions d'années et inexplicables en termes de sélection darwinienne. De là à conclure que le doigt de Dieu a pris pied dans le mécanisme d'hominisation, il n'y a qu'un pas.

Or les commentaires ayant suivi cette émission montrent qu'il y a en France de nombreux milieux se disant parfois scientifiques prêts à redonner force à de telles imaginations, absolument pas démontrées. Ceci conduit à poser la question que l'on ne peut éviter en voyant les moyens très importants qui se dépensent aux Etats-Unis en faveur de l'ID. Qu paye pour tout cela? Qui a donc intérêt à faire croire au bon peuple que Darwin était un dangereux manipulateur? Quel complot se cache derrière ces controverses prétenduement scientifique? 31/10/05


Une écologie pour le socialisme

Dans Le Monde du 28 octobre, p. 14, un certain Géraud Guibert, membre du conseil national du PS, plaide pour l'urgente nécessité de définir ce que pourrait être une véritable politique écologique pour le parti, renouvellant les approches traditionnelles dans lesquelles selon lui les Verts se caractérisent par leur immaturité. Mais le lecteur alléché par ce vaste objectif sera déçu. A la lecture de l'article, on ne voit pas en quoi cette politique différerait de celle galvaudée par José Bové: refuser la mise en culture d'OGM en milieux ouverts, protéger chacun contre les pollutions, utiliser les crédits consacrés à l'EPR pour financer des énergies renouvelables, voici le genre de nouveautés proposées. Certes, tout cela devrait s'accompagner d'une "vision radicale de protection de la nature" et de "remise à leur place des intérêts privés", mais on doute que les électeurs se précipitent en masse pour soutenir de telles banalités. Manque une vue beaucoup plus systémique et plus scientifiquement fondée de l'évolution du monde actuel dans sa globalité. Mais ce serait sans doute trop demander. 31/01/10.


Suppression du Commissariat au Plan

On ne peut que s'associer à ceux qui protestent contre la suppression du Commissariat au Plan par le Premier ministre. Certes, le Plan avait perdu l'importance qu'il avait eu pendant les Trente Glorieuses, mais il restait un espace de confrontations entre points de vue différents concernant l'économique et le social. Pour le gouvernement actuel, qui se targue d'un retour au gaullisme fondateur, tout au moins dans le domaine industriel, la suppression du Plan parait venir à contre-temps. Il aurait été bien préférable de le renforcer et lui donner une nouvelle dignité.

Le dernier titulaire du poste, Alain Etchegoyen, semble dire que cette décision avait été provoquée par des rapports récents qui n'auraient pas convenu à la ligne gouvernementale. On espérerait en haut lieu plus de docilité de la part du remplaçant, le Conseil d'analyse stratégique, lequel intégrera l'actuel Conseil d'analyse économique ainsi que le Conseil d'analyse de la société. Ce nouvel organisme est présenté comme un "outil de réflexion prospective qui éclairera le gouvernement sur tous les grands sujets". On ne voit pas par quel miracle il remplirait ce rôle mieux que les diverses cellules de prospective placées ici et là dans les administrations et les grandes entreprises - surtout s'il travaille sur le mode confidentiel. Le Conseil d'analyse économique n'a guère stupéfié par la nouveauté et l'audace de ses analyses, malgré que ses membres n'aient pas été avares d'articles dans la presse. On ne les avait pas attendu pour constater que la France prenait un retard dramatique faute d'efforts de recherche suffisants. Ni pour constater que l'intelligence économique n'avait pas encore été prise assez au sérieux. 31/10/01


La Pornographie

Alain Finkelkraut, que j'écoute sur France Culture le samedi matin faute de pouvoir écouter des éditorialistes moins répétitifs, s'en est pris ce 29 octobre au Dictionnaire de la Pornographie, que viennent de publier les Presses Universitaires de France. Le principal reproche qu'il fait à cet ouvrage est de faire accéder à la dignité de la matière universitaire ce qui, si on comprend bien sa pensée, devrait rester dans le secret des alcôves sinon dans la honte des comportements maudits. Je ne sais si, au cas où j'achèterais ce dictionnaire, je partagerais toutes les analyses des auteurs. Sans doute pas. Dans ce domaine comme dans tous les autres, le regard scientifique ou philosophique n'est jamais objectif, car la matière étudiée n'existe pas comme une réalité extérieure à l'observateur. Chacun de toutes façons doit se faire une opinion. Mais les efforts faits pour en parler sont très utiles. C'est ainsi que globalement les connaissances progressent. L'importance du sexuel et des comportements dérivés est telle qu'il faudrait non pas un dictionnaire mais une bibliothèque entière pour faire aujourd'hui le tour du sujet, avec un regard aussi scientifique que possible, c'est-à-dire aussi informé que possible des apports des nouvelles sciences dites de la complexité. Je me dis quelquefois qu'il faudrait sans attendre ouvrir une rubrique spéciale dans notre revue Automates Intelligents pour en parler en termes nouveaux. Mais sans doute la grippe nous frappera-t-elle tous avant que ce beau projet ne voit le jour. 29/10/05


Les mafias

Il faudra lire absolument le livre de Jean-François Gayraud, Commissaire divisionnaire, Le Monde des mafias, à paraître chez Odile Jacob et présenté par Laurence Luret dans le 7/9 de France Inter le 29/10. Ce qu'en a dit l'auteur devrait devenir la bible de tous ceux qui prétendent se faire une idée de l'organisation de nos sociétés. Elles sont soumises à des structures très puissantes, souvent bien plus fortes que les Etats eux-mêmes, qui vivent des activités hors la loi. On le sait en principe mais il est bon de le rappeler. Ces structures sont sinon secrètes du moins très difficiles à mettre en évidence. Elles sont à ajouter à l'immense listes des structures inconscientes, à base génétique, qui déterminent par ailleurs l'essentiel des comportements sociaux. Quand demandera-t-on au commissaire Gayraud d'animer sur ce thème un séminaire à l'Ecole Nationale d'Administration? 29/10/05


La Singularité

Ray Kurzweil vient de faire paraître un nouveau livre, The Singularity is Near (Penguin Group, 2005) qui explicite avec des arguments considérablement enrichis la principale thèse qui a rendu l'auteur célèbre depuis ses premiers livres: celle selon laquelle la convergence et le développement exponentiel des nouvelles technologies conduisent à l’émergence d’un monde complètement transformé. L’homme et les réseaux technologiques s’interpénétreront et se renforceront réciproquement d’une façon qui reculera sans limites prévisibles les frontières de la vie intelligente. Il appelle ce bouleversement la Singularité, parce que rien de ce qui était admis jusqu’alors ne demeurera valide et parce qu’en contrepartie tout ce qui était considéré comme impossible deviendra possible. Notre intelligence jusqu’alors confinée dans ses supports biologiques (le cerveau), deviendra progressivement non-biologique et des milliards de fois plus puissante qu’elle n’est aujourd’hui. Dans ce monde nouveau, les distinctions entre l’humain et la machine, entre le réel et la réalité virtuelle, s’estomperont progressivement. Les personnes pourront adopter des corps différents et multiplier les versions de leurs esprits. Ce faisant, les humains pourront contrôler le vieillissement et la maladie, éliminer la pollution, résoudre les problèmes de la pauvreté et de la faim dans le monde. De plus, cette révolution immense, selon Ray Kurzweil, pourrait se produire dans les 10 à 50 prochaines années, c’est-à-dire très prochainement à l’échelle de l’histoire humaine.

En Europe et plus particulièrement en France, on ne rencontre guère de commentateurs pour prendre au sérieux les hypothèses de Ray Kurzweil. On parle de science-fiction, sinon d’escroquerie intellectuelle (voire d’une forme particulièrement pernicieuse de la façon dont la super-puissance américaine veut convaincre le monde de sa prédominance absolue). Mais, ce qui est pire, la plupart des scientifiques et des décideurs paraissent ignorer complètement le thème. Nous pensons qu’il s’agit là d’un aspect particulièrement criant du mal français, qui fait douter que notre pays puisse un jour rejoindre le train de la révolution scientifique et technologique. Ce mal se caractérise par le scepticisme à l’égard des hypothèses présentées par d’autres que nous. Mais plus profondément encore, il s’agit de la peur des idées qui dérangent, cette peur cachant celle encore plus grande des modifications que les changements obligeront à apporter aux habitudes et positions acquises.

Nul n'est obligé de partager l'optimisme du livre. On peut même développer des hypothèses tout à fait contraires, selon lesquelles nous marcherions à grande vitesse vers des cataclysmes du type des Extinctions massives subies par la vie depuis au moins 500 millions d'années. Mais encore faut-il comprendre le raisonnement suivi par Ray Kurzweil. Il repose sur la constatation de deux règles apparemment évidentes mais qui n’avaient jamais été regroupées jusqu’à présent : les innovations technologiques se développent à un rythme exponentiel - les avancées obtenues dans un domaine d’innovation particulier fécondent tous les autres domaines et ceci dans des cycles ininterrompus d’enrichissement réciproque. Ainsi (première règle) l’informatique s’est développée de façon exponentielle depuis les origines (Loi de Moore) et sa croissance ne parait pas devoir s’arrêter. Ce développement exponentiel de l’informatique bénéficieà tous les autres domaines d’innovation (deuxième règle). Il bénéficie par exemple à la biologie ce qui a permis notamment le séquencement des génomes en des temps records. A son tour la biologie se développe de façon exponentielle, ce qui permet les progrès de la bioinformatique.

Un autre point important mis en évidence par Ray Kurzweil concerne la forme du développement exponentiel des innovations technologiques. Ce développement suit une courbe en S : d’abord très lent, quasiment invisible aux observateurs, puis brusquement accéléré et de nouveau ralenti lorsque les effets de l’innovation initiale sont épuisés. Mais d’autres innovations, induites par la précédente, prennent alors le relais. C’est ce qui s’est passé constamment dans l’histoire. Ainsi le téléphone fixe a démarré lentement, s’est brusquement généralisé puis aujourd’hui de nouveau ne se développe plus que lentement. Mais une nouvelle technologie, celle du téléphone mobile, prend le relais et va prochainement exploser sur le mode exponentiel dans l’ensemble du monde.

Le troisième point important découlant de ce qui précède est que les cycles d’innovation sont de plus en plus courts, du fait de la fécondation croisée de technologies de plus en plus nombreuses et se développant de plus en plus vite. Ainsi, il a fallu près de 40 ans à l’informatique pour devenir une technologie majeure, mais la convergence informatique-intelligence artificielle-robotique a donné en moins de 10 ans naissance à d’innombrables applications innovantes. Le mouvement ne fait que commencer. Il en fut de même dans l’histoire de l’humanité. Il a fallu des centaines de millions d’années pour passer du paléolithique au néolithique, quelques dizaines de siècles pour passer de ce dernier à la société industrielle et quelques décennies pour atteindre le stade de la société de l’information.

Ray Kurzweil résume tout ceci, dont il multiplie les preuves, par le concept de Loi du retour accéléré (Law of accelerating return). Il n’a pas de mal à montrer que les prévisionnistes, aujourd’hui encore, n’ont pas généralement pris conscience du phénomène. Ils sous-estiment la rapidité et la profondeur des changements qui se sont produits et continuent à se produire. Si bien que les décideurs politiques et économiques, à leur tour, sans mentionner les opinions publiques, sous-estiment ces mêmes changements. Ceci condamne les uns et les autres à toujours être pris de cours par les évènements.

Ce manque de pertinence dans la vision entraîne des résultats désastreux. Les premiers et les plus immédiats se traduisent par l’incapacité de procéder aux investissements collectifs dans les secteurs où ils seraient les plus aptes à produire des résultats de croissance, en fécondant l’ensemble des secteurs innovants. On traite de la même façon un investissement dans un ouvrage d’art (par exemple en France le viaduc de Milhau) dont les retombées de croissance sont arithmétiques et un investissement dans la bioinformatique ou les nanotechnologies, dont les retombées de croissance sont exponentielles. Il est évident que si les décideurs percevaient que les investissements dans les technologies émergentes pourraient produire en quelques années des résultats de 100 fois la mise, ils trouveraient moyen de dégager aujourd’hui les sommes nécessaires.

Une seconde conséquence, tout aussi malheureuse, de l’aveuglement à l’égard de la Loi du retour accéléré, se traduit par le fait que les sociétés s’obnubilent sur leurs difficultés actuelles sans générer la confiance qui leur permettrait d’aborder le futur avec le dynamisme nécessaire à leur survie. Le climat social serait tout autre si les décideurs étaient capables de montrer que, grâce aux développements exponentiels des innovations technologiques, la plupart des problèmes actuels trouveront des solutions et que – tout aussi important – les craintes relatives aux risques futurs (même lorsque ceux-ci découleraient du développement de certaines technologies) pourront se révéler vaines grâce aux bons effets des innovations croisées. 29/10/05

* Nous faisons une présentation plus complète du livre de Ray Kurzweil dans la Revue Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/68/singularity.htm


L’extraordinaire fragilité des sociétés modernes

La montée en puissance de l’actuelle épizootie de grippe aviaire, et les présomptions de plus en plus concordantes concernant sa transformation, dans un délai indéterminé, en grippe aviaire humanisée, conduisent les responsables sanitaires, les autorités politiques et de simples citoyens conscients du problème, à élaborer des scénarios permettant à nos sociétés de sortir sans trop de morts de la crise attendue. Ces scénarios n’ont d’utilité que, si à côté des perspectives de contagions faibles ou modérées, ils envisagent aussi ce qu’il faudrait faire en cas de contagion sévère. Ceci veut dire que l’on doit préparer ce que l’on n’hésitera pas à appeler des scénarios catastrophes. Que se passerait-il dans l’hypothèse d’une pandémie gravissime, touchant par exemple 20 à 50 % des populations et provoquant le décès de 10 à 50% des malades ? Comment réagiront les sociétés atteintes ? Pourraient-elles même y survivre ? L’hypothèse n’est pas que de principe. Un article récent du New York Times n’hésitait pas à prévoir qu’en cas de pandémie grave, ce pourrait être la fin de l’orgueilleuse super-puissance américaine.

La question cesse alors de rester dans le domaine sanitaire, c’est-à-dire comment produire les vaccins et les anti-viraux ou comment traiter les malades. Elle devient très largement politique, et relève même, si l’on osait employer ce terme, de la science politique. Il faut regarder nos sociétés comme des systèmes complexes mais fragiles et évaluer les possibilités dont elles disposent pour se défendre des agressions externes. Nous ne sommes pas loin de la question que se posent les paléontologues lorsqu’ils s’interrogent sur la façon dont certaines espèces ont résisté aux grandes vagues d’extinction massive alors que d’autres y disparaissaient.

Or face à une menace de pandémie grippale de forte intensité, on ne peut qu’être frappé par le peu de résistance qu’offriront les sociétés modernes, qu’il s’agisse de celles des pays du Nord ou des pays du Sud. Les secondes ont certes des fragilités spécifiques, mais on retrouve aussi des traits généraux. Limitons nous ici au cas de la société française, considérée comme développée, bien informée et bien gouvernée. Un peu de prospective montre que, malgré ces atouts, elle risque de s’effondrer comme un château de cartes, de façon systémique si l’on peut dire.

Il faut bien mesurer en effet la nature précise du risque provoqué par le type spécial d’ « arme de destruction massive » auquel nous allons être confrontés. Il sera pire que ne le serait une attaque ABC classique. En effet, il s’écoulera une période de 3 à 6 mois (dans la meilleure des hypothèses), avant de pouvoir faire appel à des vaccins efficaces en quantités suffisantes. Il faudra dont tenir pendant ce délai en protégeant, sans vaccin, les personnes et entreprises jugées vitales pour le maintien d’un fonctionnement social minimum. Ceci ne pourra se faire que par des mesures d’hygiène draconiennes pour les uns et de confinement pour les autres, c’est-à-dire par des mesures d’organisation très précises et rigoureuses. Si la contagion se répandait doucement, le pari pourrait être gagné. Mais dans le cas contraire, le pire risquerait de se réaliser.

La fragilité de nos sociétés tient au fait que, comme des châteaux de cartes précisément, elles se sont construites spontanément en ne cherchant pas à se donner des fondements solides, à base d’organismes publics compétents. Tout a été fait pour diminuer les coûts, gagner du temps et faire vendre les produits les plus rentables, fussent-ils importés de l’autre bout du monde. Quant aux fonctionnaires de service public, il y en avait toujours trop.

C’est là que les pouvoirs publics et les responsables de toutes sortes, quand il en reste comme c’est encore le cas en France, doivent, ainsi que nous l’avions indiqué dans un article précédent, essayer de prévoir ce qui se passera lorsque les approvisionnements en vivres, en eau et en énergie, sans parler des télécommunications, s’arrêteront peu à peu par manque de moyens de transport et de personnels. Certains hôpitaux essaient aujourd’hui, sans trop d’espoir, d'imaginer comment ils pourront faire fonctionner leurs services d’urgence, avec des brancards posés dehors sous la pluie et dans le froid. Mais dans le cas évoqué ici, ce sera l’ensemble de la population, même bien portante, qui sera en situation d’urgence.

On retrouve un peu la même situation actuellement au Pakistan, où près d’1 million de personnes, sauf erreur, sont menacées de mort dans les zones montagneuses détruites par le séisme, simplement faute de moyens de transport pour les atteindre, leur apporter vivres et tentes. Dans nos villes, il en sera de même. Tous les points où le citoyen trouve généralement des ressources, la pharmacie, la grande surface, la banque, seront fermés ou inutilisables.

Il ne faut alors se faire aucune illusion. Aussi civilisés que soient en apparence les gens, les vieux instincts de survie reprendront le dessus. Ceux qui n’auront plus rien iront se servir y compris par la violence chez ceux qui auront quelques réserves. Ceux qui ont vécu l’occupation allemande se souviennent du désespoir que pouvait ressentir un père de famille parisien, sans relations à la campagne et sans ressources pour s’approvisionner au marché noir. Beaucoup auraient tué père et mère pour trouver de quoi s’alimenter. Mais s’ils ne l’ont pas fait, c’est que la police allemande était là et aurait vite ramené les révoltés à la raison. Dans nos villes, il n’y aura sans doute plus de police en état de jouer ce rôle.

Aussi, répétons-le, il est du devoir de tous ceux ayant une quelconque responsabilité sociale, au niveau de l’Etat comme à tous les échelons des hiérarchies civiles, militaires, sociales et économiques, de s'organiser pour maintenir au mieux le fonctionnement des organismes auxquels ils participent. Selon nos informations, certains commencent à le faire. Les associations et les bénévoles de tous âges devront aussi se tenir prêts.

Mais, nous l’avons dit également dans l’article précédent, les citoyens individuels eux-mêmes devront se préparer, en stockant des vivres ou tout simplement du savon et des désinfectants - les associations caritatives le faisant pour les plus démunis. Aujourd’hui, il est encore possible de s'approvisonner sans provoquer des effets de rareté. Il ne faut sans doute pas attendre. La même chose devrait être faite en ce qui concerne les masques. Il s’agit d’un matériel qu’il n’y aurait aucune raison de réserver aux hôpitaux, sauf… sauf qu’au jour où cet article est écrit, et dans ma commune, les pharmacies n’ont plus de masques en réserve et n’arrivent pas à se faire réapprovisionner – ce qui est un comble quand on considère qu’il ne s’agit que de papier. Mais les industriels devraient avoir le temps de réagir d’ici la survenue de la crise majeure. 21/10/05


La course aux ressources de l’Arctique

Le réchauffement de l’océan ne fera pas que des victimes, ours blancs et autres Inuits. Il suscite déjà d’énormes convoitises. Une véritable course au trésor est engagée, entre nations polaires et nations qui voudraient ne pas se voir écartées du pactole. Dans un premier temps, c’est l’ouverture, au moins en été, des voies maritimes jusqu’à présent glacées qui intéresse les compagnies de navigation et les ports arctiques : Mourmansk-Churchill (baie d’Hudson, Canada) par le nord du Groenland et Alaska-Mer de Behring-Océan arctique par le nord de la Russie et de la Sibérie. Ces routes raccourciront de plusieurs jours les liaisons actuelles entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Elles créeront, lorsque des lignes régulières seront établies, de nombreuses activités côtières. Dans la suite de l’ouverture de nouvelles voies maritimes viendra celle de nouvelles zones de pêche. Les spécialistes des ressources halieutiques pensent que de nombreuses espèces, mises à mal dans les eaux actuellement libres, vont migrer vers le Nord et s’y multiplier – éventuellement au détriment d’ailleurs des espèces endogènes.

Le deuxième enjeu concerne l’appropriation des ressources du sous-sol, énergétiques et minérales. De nombreux gisements de pétrole et de gaz dont beaucoup sont encore inexploités existent ou sont suspectés en off shore des côtes des Etats arctiques. Ceux-ci veulent d’une part se faire confirmer leurs droits actuels et d’autre part s’en faire reconnaître de nouveaux. Il en est de même concernant l’accès aux gisements miniers nombreux des côtes et du plateau continental, jusqu’à présent inaccessibles de façon économique ou encore inconnus.

Mais cela pose la question des nouvelles frontières des Etats frontaliers. L’océan gelé de l’Arctique, jusqu’à présent couvert sur 7 millions de km2 de banquise permanente, a été réparti entre ses nations côtières (Islande, Scandinavie et Groenland, Russie, Etats-Unis et Canada). La fin de la guerre froide et la nécessité d’une compréhension globale du climat de la planète dans le contexte du réchauffement climatique ont abouti à la naissance, en 1996, du Conseil de l’Arctique et de l’IASC (Comité arctique international de la science). Le Conseil de l'Arctique est une instance de haut niveau située à Ottawa dont le but est de favoriser la coopération circumpolaire. Il a pour mandat de protéger l'environnement arctique et de promouvoir le bien-être économique, social et culturel des peuples du Nord. Il se compose des huit États de l'Arctique : le Canada, le Danemark, la Finlande, la Norvège, l'Islande, la Russie, la Suède et les États-Unis. C’est devant lui en principe que doivent être portées les revendications des Etats côtiers concernant l’extension de leurs droits sur les zones maritimes côtières, en fonction de l’étendue reconnue de la plateforme continentale. Mais celle-ci n’était connue jusqu’ici qu’approximativement. Le réchauffement incite les nations côtières à pousser leurs explorations et leurs revendications le plus loin possible vers le pôle Nord. D’ores et déjà, la Russie, après l’envoi d’un brise-glace au pôle, a prétendu étendre jusqu’à ce point son emprise territoriale – ce qui est évidemment contesté par les autres Etats arctiques.

Outre le Canada, propriétaire historique si l’on peut dire de l’océan glacial arctique au nord de ses côtes, les plus intéressés et les plus gourmands sont comme on le devine les Etats-Unis et la Russie. Les premiers font valoir de multiples raisons stratégiques et militaires pour multiplier les bases et les zones d’influence. Mais la Russie sera de moins en moins en reste. Le dégel apportera pour elle un accès inespéré aux ressources de la Sibérie. L’Union européenne est aussi très intéressée, mais par le truchement de ses Etats nordiques. Cependant ceux-ci, notamment le Danemark, qui exerce une semi-souveraineté sur le Groenland, ne semblent pas avoir l’intention de partager. Il en est de même de la Norvège, jusqu’ici hors de l’Union et très active en Arctique (
ci contre, carte Union Européenne)

D’autres grands pays n’ont aucune intention de se faire rejeter de la zone. C’est le cas de la Chine qui, au nom de la liberté des mers, entend faire naviguer ses navires dans les eaux qui se libéreront progressivement. La Chine négocie dorénavant des accords, notamment avec la Russie, pour devenir un partenaire à part entière. Le Japon manifeste les mêmes intentions.

Ce panorama pourrait sembler très satisfaisant pour l’avenir du développement mondial. D'autant plus que les nations concernées affichent à haute voix une ferme volonté de coopération au sein des groupes de travail spécialisés du Conseil de l'Arctique. Mais il a déjà et aura ses contreparties : pollutions multipliées par des facteurs aujourd’hui non calculables mais considérables, déculturation probable des populations nordiques autochtones, destruction accrue de la biodiversité arctique. On voudrait que le Conseil de l’Arctique, éventuellement relayé par l’ONU, impose des formes de développement durable, mais il parait illusoire d’y compter. Une nouvelle fois, on se trouvera devant une exploitation au couteau des milieux naturels.

Ajoutons cependant que le réchauffement des mers pourrait faire une bonne farce, de type apocalyptique, à tous ces spéculateurs sur le futur si, comme certains modèles l’envisagent, les eaux devenues chaudes au large du Labrador faisaient disparaître le Gulf Stream dans sa branche nord atlantique, ce qui ferait revenir la banquise sur toute l’Europe et l’Amérique septentrionales. 21/10/05


Les défenseurs de la diversité culturelle mondiale ont gagné une bataille mais pas la guerre

La Conférence Générale de l’Unesco a approuvé le 19 octobre 2005 à Paris la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, par 148 oui, 2 contre et 4 abstentions. Le vote est survenu à la suite de débats passionnés concernant l’opportunité d’un texte défendu depuis longtemps par la France.

Ce texte a pour ambition d'offrir une tribune mondiale et un socle en droit international à la notion de diversité culturelle. Il a suscité jusqu'au bout l'opposition des Etats-Unis, pour qui l'Unesco n'a pas vocation à servir d'enceinte pour régler des questions relevant du commerce international et du libre-échange. Seuls les pays clients politiques des Etats-Unis, le premier étant Israël qui a osé (osé) voter contre, ont soutenu la position américaine. Tous les autres pays, ouvertement et clairement comme le Canada, plus mollement pour d’autres, ont affirmé la nécessité pour les Etats de prendre des mesures protectionnistes afin de préserver leurs industries culturelles. Clairement, il s’agit de s’opposer à la pénétration, sous couvert de libéralisme et de mondialisation, des produits des industries culturelles américaines, lesquels bénéficient comme nul n’en ignore d’aides multiples au titre notamment des politiques de sécurité nationale.

L’idée se fait jour peu à peu, même si le terme proposé par Bernard Stiegler d’industries de l'esprit ou de l’intelligence n’est pas encore universellement admis, qu’il ne faut pas soumettre à la loi du marché et donc à l’emprise des plus puissants tout ce qui relève de la sphère de la culture, de l’éducation et même des divertissements, c’est-à-dire finalement de l’intelligence. L'Union européenne a décidé, voilà un an, de parler d'une seule voix sur cette question à l'Unesco, en obtenant un statut spécial d'observateur à la table des négociations pour la Commission de Bruxelles. Ainsi le représentant britannique a-t-il approuvé le texte bien que son gouvernement soit plus proche des thèses libérales américaines.

Ceci dit, l’assentiment a été d’autant plus facile que la convention n'a pas réellement de valeur contraignante. Pour certains elle ne donne pas d’arguments suffisants pour retirer les biens et produits culturels du champ de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). On sait bien que les entreprises dites culturelles américaines, qui sont souvent très proches des grandes multinationales technologiques de ce pays, vont continuer à exercer de très fortes pressions pour empêcher toutes décisions de protection des marchés nationaux. Les promoteurs français du texte et les organisations non gouvernementales qui se sont mobilisées pour la diversité culturelle, actifs notamment sur Internet, défendent le contraire mais en pratique se heurtent à l’indifférence de nombreux gouvernements, comme plus généralement à l’absence de politiques publiques budgétairement fondées pour développer des industries et des produits capables de s’opposer à ceux des Etats-Unis.

La véritable position de combat adoptée par l’administration Bush sur ce point, comme sur celui du Protocole de Kyoto ou du tribunal Pénal International, devrait éclairer ceux qui se refusent encore à voir la dureté de la lutte – de la guerre – menée par les Etats-Unis contre le concept de monde multipolaire et le rôle des organisations internationales. Certes, l’Unesco comme l’ONU ne sont pas exemptes de défauts. Mais ce sont aussi les seules tribunes et les seuls forces d’intervention susceptibles de s’opposer à l’unilatéralisme américain ou à de futurs condominiums partagés, avec d’autres Grands émergents comme la Chine, qui ne laisseraient aucune place aux petits et moyens pays.

En France, le Premier ministre a décidé (discours à la Foire Internationale d’Art Contemporain le 10 octobre) des mesures en faveur de la création, notamment l’allègement de la fiscalité sur les oeuvres d’art et les revenus des artistes. Un Haut conseil à l’éducation artistique sera par ailleurs mis en place, suite à une idée de Jack Lang privilégiant le rôle de l’éducation nationale dans ce domaine. Dominique de Villepin a aussi proposé la création d’un Centre européen de la création contemporaine dans l’île Seguin à Boulogne. Tout cela est bel et bon, mais on est encore loin de la véritable politique de soutien à la création culturelle européenne qui serait nécessaire, y compris à travers les grands médias audiovisuels.

Quant à l’Europe, comme on sait, la Commission n’estime pas vraiment que ce domaine doive entrer dans ses attributions, d’autant plus qu’elle se plaint de ne disposer que de crédits infimes à cet égard. La préparation du futur sommet mondial de la société de l’information qui se tiendra à Tunis en novembre montre que de bonnes choses y seront certainement dites (au delà de louanges au président Ben Ali) mais on peut encore douter que beaucoup de décisions concrètes en découle. Il semble en tous cas que la Commission européenne et les représentants des Etats-membres resteront confinés dans une approche totalement naïve de la culture. Les majors Hollywoodiens, Microsoft et le Pentagone peuvent dormir tranquilles. 21/10/05

• Sur la Convention, voir http://portal.unesco.org/en/ev.php-URL_ID=30298&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
• Sur le sommet mondial de la société de l’information, voir http://www.itu.int/wsis/index-fr.html
* Voir aussi sur le site de l'association Ars Industrialis, dont Admiroutes est membre, la position de Bernard Stiegler à propos du sommet de Tunis http://www.arsindustrialis.org/


Velcan Energy, une start up bien de chez nous

Velcan Energy, PME installée en France, avec un prolongement en Inde, vient d'être introduite en Bourse. Elle se spécialise dans le traitement de la biomasse pour faire de l'électricité, revendue à EDF. Une vingtaine d'usines, complétant les 3 actuelles, seront lancées en France. L'idée est excellente et le marché semble très prometteur. Pourquoi à terme ne pas couvrir la France de telles usines? Voici en tous cas une iniitiative comme il en faudrait beaucoup chez nous. 18/10/05

* Velcan http://www.velcan.fr/


Les Etats-Unis vont-ils refaire à l'A380 le coup du Concorde?

Le Wall Sreet Journal a fait état d'un rapport de l'autorité américaine de l'aviation civile faisant état de "turbulences" que provoquerait l'A380 à l'atterrissage et au décollage, ce qui ralentirait le trafic aérien. Pourquoi ne pas aller jusqu'à bannir l'avion des aéroports américains? Pendant ce temps, le contentieux se poursuit à propos des aides respectives que recevraient Boeing et Airbus pour leurs futurs 787 et A350. Airbus agace manifestement Boeing. En même temps que son conseil d'administration décidait le 6 octobre de lancer la fabrication du A350, il annonçait avoir déjà reçu 130 commandes pour cet appareil. Boeing, il est vrai parti avant, affiche 260 intentions de commande. Le marché est estimé sur 20 ans à 3.000 de tels bi-réacteurs long courriers. 18/10/05


Internetactu

Je croyais cette publication disparue, suite au départ du CNRS de son initiateur. Mais je me trompais, à mon immense honte. On la trouve à l'adresse http://www.internetactu.net/ avec de très nombreux articles portant sur l'actualité de l'Internet, ses enjeux, les usages innovants qu’il permet et les recherches qui en découlent - selon les organismes qui le patronnent, la FING et le CNRS.INIST. A lire. 18/10/05


Lancement d’un nouveau fonds de fonds technologique

L'État, la Caisse des dépôts et le Fonds européen d'investissement (FEI) ont annoncé le 13 octobre le lancement d'un nouveau fonds de fonds technologique (FFT) de 150 millions d'euros. Comme son nom l'indique, il prendra des participations dans d'autres fonds de capital-risque qui investiront eux-mêmes dans des entreprises innovantes. Le FFT est financé à parité par ses trois fondateurs. Il fait suite à deux autres fonds de fonds, qui avaient été lancés en 1998 et en 2000 avec le même objectif. Cette intervention de la puissance publique via un fonds de fonds a pour avantage de donner confiance aux autres capital-risqueurs qui hésiteront moins à investir dans les entreprises innovantes. Les effets se démultiplient en effet. Les interventions précédentes avaient permis de lever 1,3 mds d’euros à partir d’un fonds de fonds de 250 mns.

Il reste que, comme nous avons pu faire l’expérience indirectement à propos d’ « idées de projets » réellement innovantes que nous avons pu connaître, que les procédures permettant d’accéder à ces prêts restent obscures pour la plupart des chercheurs souhaitant fonder des start up. Au contraire, les fonds américains, notamment ceux soutenus par le département de la défense, déroulent de véritables tapis rouges. 18/10/05


Pôles de compétitivité

Extrait d’un communiqué de presse du Premier ministre en date du 14/10/05 : "Le Premier Ministre, a installé ce vendredi 14 octobre le nouveau Comité interministériel d’aménagement et de compétitivité des territoires.
En élargissant les missions du CIADT le gouvernement affirme une exigence : l’unification des stratégies industrielles et d’aménagement du territoire pour renforcer la compétitivité et la cohésion de notre pays. L’installation du CIACT matérialise l’engagement pris devant les Français le 8 juin par le Premier ministre de mieux anticiper et accompagner les mutations économiques"
. La suite sur http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/communiques_4/communique_relatif_comite_interministeriel_54150.html

Le gouvernement a ainsi validé 55 projets de pôles de compétitivité sur 66 lors de cette réunion à Matignon du Comité interministériel d'aménagement et de compétitivité des territoires (CIACT, ex-CIADT). Outre l’important volet Transport de cette réunion, que nous ne commenterons pas, se trouve ainsi pérennisé le concept déjà présenté de pôle de compétitivité. On sait que cette démarche, indiscutable dans son principe (regrouper les activités de même nature afin de bénéficier d’effets de seuils), se heurte à de nombreuses critiques. La première concerne le nombre des pôles au regard des crédits et aides allouées. Ne va-t-on pas disperser les actions, pour faire plaisir au plus grand nombre possible d’électeurs ? Nous pensons sur ce plan que, si le risque existe, comme toujours dans de tels domaines, la possibilité d’aider, même par de petites sommes, des entreprises innovantes aux besoins initialement réduits, n’est pas à négliger. Mais il faudra ensuite que du capital risque ou des aides bancaires prennent le relais. En faveur d’un grand nombre de pôle joue aussi l’argument selon lequel il n’y a pas de raison de refuser à tel région ou département un label de compétitivité, sauf à le rayer progressivement de la carte de la France qui progresse.

Plus contestable voire dangereux est le principe du zonage, qui consiste à réserver les exonérations fiscales et allégements de charges sociales aux seules entreprises groupées physiquement dans le pôle labellisé. Ce principe risque d’obliger à se déplacer des entreprises implantées ailleurs, ou à décourager de nouvelles implantations. Il se comprend mal à une époque où le travail en réseau devrait pouvoir dans beaucoup de cas créer des synergies entre entreprises sans les forcer à se regrouper. Ce devrait être les projets de recherche et non la localisation géographique qui marquerait l’appartenance à un pôle. Mais on conçoit que pour les bureaucraties qui vont gérer ces questions, lesquelles n’ont généralement pas la compétence technologique pour en juger et qui sont soumises par ailleurs aux pressions des élus, un critère simple de décision, tel que l’implantation territoriale, soit plus facile. Pour éviter de probables dégâts dans l’avenir, il faudra que les premières aides et leurs résultats soient évalués dans un délai de 2 à 3 ans, afin de rectifier le tir si nécessaire.

Observons enfin que les collectivités locales, notamment les Régions, après avoir été réticentes, semblent vouloir s’impliquer dans le dispositif, sur la base, en Ile de France, de 1 euro pour 1 euro. C'est très bien. Mais il faudra les associer aux comités de pilotage, même s’il ne s’agit pas de co-gestion. Il faudra aussi qu’elles se dotent de leur côté de conseillers scientifiques et industriels compétents. On voit trop d’aventuriers, au niveau des collectivités locales comme d’ailleursau niveau des organismes nationaux , se présenter auprès des entreprises en se faisant forts de leur faire attribuer une aide grâce à leurs relations, contre une ristourne plus que généreuse. 18/10/05


SNCM

Inutile de revenir sur un désastre. Mais quand les défenseurs des services publics comprendront-ils pas qu'avec de telles références en tête, nul citoyen censé ne puisse soutenir l'intervention de l'Etat dans le domaine économique?. La gauche devrait d'urgence définir des formules juridiques et sociologiques qui mettent les entreprises à l'abri des malversations politiciennes et syndicales. Pour moi, j'ai passé l'âge de prétendre proposer des solutions. 15/10/05


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12910/index.htm