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La Gazette N° 126 en date du 31 août/15 septembre 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Perspectives de l'industrie aérospatiale russe et coopération avec l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/67/actualite.htm#67h

**Voir aussi le site du Congrès espagnol sur la souveraineté technologique de l'Europe, auquel participeront Automates-Intelligents et Paneurope France (5 au 7 octobre 2005) http://www.soberaniatecnologica.com/

Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent dorénavant d'un blog. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/

Vous pouvez retrouver ce numéro sur notre site à l'adresse http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12608/index.htm


La taxe internationale sur les billets d'avions

Il est surprenant de voir le peu d'échos fait à l'annonce de l'accord franco-britannique sur le principe d'une taxe sur les billets d'avions destinée à financer l'assistance sanitaire au tiers-monde. Jusque là jugée irréaliste ou anti-économique, l'idée initialement proposée par la France et reprise à l'ONU par Jacques Chirac, représente une version tout à fait viable, au contraire, de l'ancienne Taxe Tobin. Au terme d'une réunion des ministres des finances de l'EuroGroup à Manchester, le 9 septembre, Gordon Brown, le ministre britannique des Finances, et Thierry Breton, son partenaire français, ont annoncéque leurs pays prendraient les devants pour mettre en place, dès 2006, une taxe sur les billets d'avion dont le produit, estimé à 10 mds d'euros, financera un fonds international pour la santé, et notamment la lutte contre le sida en Afrique. Il s'agira d'un prototype pour une future IFF (International Finance Facility) qui, alimentée par diverses autres prélèvements, viserait à consacrer au moins 40 mds par an d'aides sanitaires aux pays du tiers-monde. En bénéficierait notamment la Gavi (Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination). Le Chili et le Brésil se sont dits favorables, comme dans le principe d'autres pays européens. La question sera reprise au prochain sommet de l'ONU. Nous en reparlerons.

On peut penser que cette décision pourrait être exemplaire du rôle de puissance médiatrice que l'Europe pourrait jouer, dans un monde dominé par de grands intérêts égoïstes, comme ceux du pétrole. Certes, le domaine de la vaccination est un de ceux où l'Europe, France, Suisse, Grande Bretagne, ont beaucoup à gagner, grâce à l'excellence de leurs laboratoires et de leurs entreprises de pharmacie. Mais les vaccins coûtent cher et rapportent peu. Ce n'est pas uniquement l'intérêt économique qui a poussé à la décision de l'Eurogroup. C'est une vue certainement "altruiste" qui a guidé les diplomates européens. Ils ont d'ailleurs ce faisant damé le pion aux altermondialistes et notamment à Attac, promoteur initial de la taxe Tobin, qui sans doute vexée traite l'évènement par le mépris.

En ce qui concerne l'aspect institutionnel de la décision, nous pouvons souligner que celle-ci montre la capacité qu'aurait l'Eurogroup, en attendant une Constitution Européenne capable de muscler l'ensemble des 25, de prendre des initiatives bénéfiques à l'Europe toute entière. Mais ne rêvons pas. Une hirondelle ne fait pas le printemps. 11/09/05


Sous-marins franco-espagnols pour l’Inde ?

L’inde devrait confirmer, lors du passage à Paris de son Premier ministre Manmohan Singh les 11 et 12 septembre, la commande pour 2 mds d’euros de 6 sous-marins diesel-électriques de type Scorpène ainsi que de 36 missiles SM39. Les premiers résultent d’un développement en commun de la Direction des Constructions Navales (France) et du constructeur Izar (Espagne). Les seconds sont fabriqués par le missilier MDBA, filiale de EADS.
Les sous-marins classiques jouent encore un rôle considérable dans les stratégies de guerre offensive ou défensive sous-marine. Les Scorpène disposent de qualités d’autonomie et de discrétion qui en font des engins redoutables. Les seuls chantiers compétitifs sur ce créneau sont ceux précités et le constructeur allemand HDW qui offre le sous-marin U-209. Les sous-marins russes de la classe Kilo ont, eux, beaucoup vieilli.
On sait que la France avait précédemment livré au Pakistan des sous-marins de la classe Agosta qui ne sont plus proposés aujourd’hui. Le contrat avec l’Inde, contrairement avec celui avec le Pakistan, s’inscrit dans un partenariat stratégique plus complet, faisant de l’Inde, selon les termes du Président Chirac à New Delhi en 1998, un partenaire majeur en Asie du Sud. On voit que, comme nous le remarquions dans la brève précédente, l’Inde tient à conserver plusieurs partenaires stratégiques de par le monde. Rappelons que les Etats-Unis ne s’intéressaient pas jusqu’à présent aux sous-marins à propulsion classique. Mais il n’est pas exclu qu’ils changent d’avis, comme l’ont montré plusieurs tentatives de prise en main par des fonds US d’investissements de chantiers navals et de motoristes et équipementiers européens. 11/09/05

* Le Scorpene. Présentation http://www.naval-technology.com/projects/scorpene/


Nouvelles de l'aéronautique

Du bon et du moins bon pour les Européens, cet été, dans le domaine de l'aéronautique. Une bonne nouvelle, la vente par Airbus à la compagnie nationale indienne Indian Airlines de 43 Airbus pour 2,2 mds de dollars, ce qui montre que l'Inde, malgré les relations privilégiées qu'elle avait décidé d'établir avec les Etats-Unis, notamment dans le nucléaire, tient à conserver un certain équilibre avec l'Europe. Bonne nouvelle également, l'achat par Qatar Airways, confirmé le 10 septembre, de 60 A350, pour un montant de 10 mds de dollars. On sait que ce futur avion d'Airbus est destiné à relever le défi du Dreamliner de Boeing. Ajoutons en citant l'AFP qu'"Avec l'engagement de Qatar Airways, le programme A350, long courrier de moyenne capacité (environ 250 sièges), recense à ce stade huit clients pour 130 appareils, se répartissant entre la version A350-800 (à rayon d'action allongé), et A350-900 (de plus grande capacité). Noël Forgeard a confirmé qu'il tablait sur "environ 200 commandes fermes" du futur bi-réacteur long courrier A350, d'ici la fin 2005. "On a à peu près 200 intentions de commandes dans le pipeline qui vont se transformer d'ici la fin de l'année en environ 200 commandes fermes d'A350", a-t-il dit. Concernant le lancement du programme, prévu fin septembre, M. Forgeard a rappelé qu'une "vaste étude" était en cours pour s'assurer que "les ressources d'ingénieurs nécessaires pouvaient bien être réunies en temps et en heure". "Cette étude est en train de se terminer. Les orientations sont favorables", a-t-il dit.".

Mauvaise nouvelle par contre, l'échec de Dassault à Singapour. Un contrat de 1 md de dollars était en négociation, concernant des Rafales. Singapour a préféré des F-15 américains. Faut-il s'en étonner? Certainement pas, quand on connaît les liens de cet Etat avec les Etats-Unis. Mais Dassault n'a pas encore réussi à vendre le moindre Rafale à l'exportation, ce qui n'est pas sans inquiéter l'avionneur. Il ne compte pour le moment que sur les contrats de l'armée de l'air et de la marine française. Si nous devions nous étonner, ce serait non pas du choix de Singapour mais du choix fait précédemment par l'armée de l'air néerlandaise, qui avait préféré au Rafale le Joint Strike Fighter (JSF) de Lockheed Martin. Vu les aléas financiers et techniques qui pèse sur ce dernier avion, le choix hollandais parait difficilement défendable, face au Rafale qui, selon les experts, devrait être supérieur dans la plupart des configurations. Sans être particulièrement va-t-en guerre et nationaliste, on ne peut que regretter le manque d'intérêt de certains gouvernements européens pour le Rafale, qui représente la dernière chance pour l'Europe de disputer aux Américains le marché des avions de combat (par charité nous ne mentionnerons pas l'Eurofighter qui dans la plupart des cas ne semble plus faire le poids). Certes, aujourd'hui, les experts commencent à s'interroger sur les besoins des armées après 2015, qui supposeraient sans doute des avions un peu différents des actuels Rafale, plus polyvalents et moins coûteux. Mais en aucun cas, le JSF ne devrait représenter la solution. Si l'Europe disposait d'un minimum de politique industrielle commune dans le domaine militaire, elle ferait étudier (par l'Agence européenne de l'armement?) les spécifications d'appareils de demain reprenant le meilleur des productions existantes, notamment celles de Dassault. Ne pas le faire serait renoncer à disputer les futurs marchés militaires aux Américains.

On pourra enfin mettre dans les possibles bonnes nouvelles, l'accord qui semble s'esquisser entre EADS et l'américain Northrop Grumman pour soumissionner en commun à l'appel d'offres de l'US Air Force en matière d'avions ravitailleurs (après qu'un premier contrat de 23 mds de dollars en faveur de Boeing ait été rejeté pour irrégularités). Il s'agit de répondre aux spécifications du programme dit KC 130 destiné à remplacer les actuels C-130 Hercules de plus de 40 ans d'âge. EADS dispose avec l'A330 militarisé d'un bon atout, qui lui a permis de remporter deux contrats significatifs, face à Boeing, au profit des armées de l'air britanniques et australienne. Mais il devra partager les responsabilités avec Northop, si l'affaire se fait, et par ailleurs faire construire l'avion aux Etats-Unis, à Mobile. La Chambre des représentants avait menacé de s'opposer à ce partenariat, motif pris qu'un industriel américain ne pouvait s'associer avec un industriel faisant l'objet d'un recours devant l'OMC. Il s'agissait de dramatiser le conflit entre Boeing et Airbus concernant les aides gouvernementales. Mais un adoucissement de la position américaine n'est pas à exclure, essentiellement du fait des avantages que procurerait à Grumman l'accord avec EADS. Un tel accord est évidemment, pour EADS, la seule façon d'espérer pénétrer le marché américain des avions ravitailleurs. Notons que EADS et Northrop Grumman coopèrent dès maintenant sur le programme du drone de surveillance à haute altitude EuroHawk et s'associeront également pour développer des avions de reconnaissance destinés à l'Otan et (via Eurocopter) un hélicoptère de militaire de recherche et sauvetage. 10/09/05


La superpuissance européenne, selon le German Marshall Fund

Le German Marshall Fund est un institut de recherche américain se disant indépendant, qui "s'attache à promouvoir les liens transatlantiques" - pour le meilleur profit supposé des deux parties. On ne prendra pas comme parole d'évangile ce qu'il peut annoncer. Néanmoins les résultats de l'enquête annuelle qu'il vient de publier sont intéressants. Il s'agit d'un sondage mené dans neuf pays de l'Union Européenne, aux Etats-Unis et en Turquie, entre le 30 mai et le 17 juin. Les Européens continuent à désapprouver la politique extérieure du Président Bush à 72%. Ils souhaitent en contrepartie, à 59%, que l'Europe s'affirme davantage, face aux Etats-Unis, notamment en matière de diplomatie et de sécurité. Les Américains, de leur côté, sont moins hostiles qu'auparavant à l'idée d'une "superpuissance européenne" (47% d'opinions favorables contre 41% en 2004). En ce qui concerne l'avenir, les Européens craignent le réchauffement climatique bien davantage que le terrorisme. Pour les Américains, c'est l'inverse.

Nous pouvons en retenir ici que le thème d'une plus grande indépendance de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis serait assez facile à faire admettre dans les opinions européennes. Mais plutôt que parler de superpuissance européenne dans l'absolu, il vaudra mieux parler d'une puissance s'affirmant dans les domaines scientifiques et technologiques, qui sont les seuls capables de fonder une véritable souveraineté. Faisons le pari que si la question avait été posée par le GMF aux Européens (êtes-vous favorables à l'indépendance de l'Europe par la souveraineté technologique?), ils auraient répondu massivement Oui? Quelle aurait été la réponse des Américains? Ne préjugeons pas ici et bornons-nous à suggérer au GMF de prendre ce thème comme sujet de son enquête 2006. 10/09/05

* Transatlantic Trends Overview http://www.transatlantictrends.org/


La bonne intégration des Italiens

Il est de bon ton aujourd'hui de vanter la façon dont les immigrés italiens se sont intégrés dans leurs sociétés d'accueil depuis le milieu du 19e siècle jusqu'aux années 30 - ceci aussi bien en Europe du Nord que dans les deux Amériques. Ce n'est pas faire un mauvais procès à nos amis Italiens que rappeler la façon dont c'est bien souvent traduite cette intégration: par la pénétration de la maffia dans tous les rouages des sociétés concernées. Que dirait-on si l'immigration d'origine africaine se manifestait de cette façon? 09/09/05


Le terrorisme synthétique au secours de G.W. Bush

Certains journalistes américains d'investigation (voir un article de Joseph P. Diaferia dans le On Line Journal http://www.onlinejournal.com/Commentary/090705Diaferia/090705diaferia.html) émettent l'hypothèse que, pour faire oublier sa gestion déplorable de la guerre en Irak et de la crise en Louisiane, G.W. Bush pourrait fomenter un faux attentat terroriste (synthétique, c'est-à-dire monté de toutes pièces) qui ressoudrait la nation autour de lui. Selon J. Diaferia, il aurait même été question récemment d'un faux attentat de type nucléaire, complot éventé par un général courageux qui l'a payé de son poste. Périodiquement, on soupçonne les plus radicaux des représentants de l'administration américaine de préparer ou d'annoncer de nouveaux attentats terroristes. Vu l'effet "positif" à leurs yeux, qu'ont eu les attentats du 11 septembre, ceci n'a rien d'invraisemblable. En sommes nous là cependant aujourd'hui? Ne tombons pas dans les excès de la théorie du complot, mais restons les yeux ouverts. 09/09/05


Les promesses d’Iter

Un de nos abonnés nous a annoncé sur un ton outragé qu’il renonçait à nous lire, vue notre prétendue mauvaise foi à nous réjouir de la décision internationale d’implanter un premier réacteur de recherche Iter à Cadarache. Laissons-le à son amertume et bornons-nous à constater que plusieurs experts éminents de la fusion viennent de s’exprimer récemment dans la presse, en mettant en évidence les défis passionnants que devront résoudre les ingénieurs et scientifiques travaillant sur le projet dans les prochaines années.

Le premier article émane de Michel Chatelier, responsable du département de recherche sur la fusion contrôlée au CEA (La Recherche, septembre 2005, p. 24). Le défi essentiel, confirme-t-il, concerne la résistance des matériaux. Même si le plasma est confiné par des champs magnétiques, il est enclos dans des chambres qui doivent résister à la chaleur et aux émissions de neutrons très énergétiques résultant du processus. La résistance à la chaleur pourra être assurée, selon l’auteur, par des « assemblages de fibres de carbone sur un substrat de cuivre, dans lequel de l’eau circulera à grande vitesse ». Plus difficile à résoudre seront les modifications du matériau produites par les neutrons produits par la fusion « cinq fois plus énergétiques que les neutrons de fission ». Ceux-ci « arrachent des noyaux d’hydrogène et d’hélium qui peuvent altérer les propriétés mécaniques de l’enceinte ». Les nouveaux matériaux à réaliser seront testés sous forte irradiation au Japon, dans le centre dont le Japon a obtenu la concession.

Michel Chatelier indique par ailleurs que la maintenance d’Iter sera assurée par des téléopérations robotisées. Nous avons déjà signalé dans notre revue cet aspect important du projet. Quant à la production de tritium à partir du lithium disponible dans la croûte terrestre ou dans la mer, elle ne devrait pas selon l’auteur poser de problème. Les approvisionnements seraient assurés pour des milliers d’années, contrairement aux affirmations du Réseau Sortir du nucléaire. Enfin, sur le plan économique, l’auteur renvoie à une série d’études de l’Union européenne (Fusion Power Plant Studies http://europa.eu.int/comm/research/energy/fu/fu_rt/fu_rt_pp/article_1281_en.htm) dont l’une met en comparaison les coûts des différentes solutions de production de l’énergie à échéance de 50 ans et en tire un bilan favorable (dans la mesure où ces coûts peuvent être estimés aujourd’hui).

Sur un autre registre, signalons l’article de Gérard Belmont et Stéphane Pasquier, physiciens non liés au CEA, (En réponse aux détracteurs d’Iter, Le Monde 3 septembre 2005, p. 13) dont la conclusion est que l’on peut être soucieux d’écologie et favorable au projet. Nous renvoyons à leur argumentation, que nous partageons depuis longtemps. (http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=913812
)

Signalons également que, selon nos sources, François d'Aubert, ancien ministre délégué à la Recherche, serait pressenti pour intégrer prochainement une structure intergouvernementale qui verrait le jour afin de suivre la mise en place du projet de réacteur expérimental de fusion ITER. Rappelons que François d'Aubert, durant ce mandat de ministre, a beaucoup oeuvré pour que le site d'ITER soit basé en France à Cadarache. 06/09/05


L'ouragan Katrina aura-t-il des répercussions sur les termes de l'affrontement entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin?

Revenons sur les conséquences possibles de la crise américaine actuelle sur les modèles politiques concernant le rôle de l’Etat face aux risques majeurs et plus généralement face aux grandes inégalités sociales. Deux pays européens importants, l’Allemagne et la France, vont être appelés à faire prochainement un choix politique déterminant. Il s’agira de remettre en cause des systèmes certes différents mais qui ont en commun de faire appel aux dépenses de transfert et aux investissements publics pour assurer un minimum de services collectifs visant l’intégration des plus défavorisés et plus généralement la cohésion sociale. Ceci se paye par des impôts et par des mesures de redistribution qui ont l’inconvénient, disent les libéraux, de peser sur le dynamisme des agents économiques et plus généralement sur la croissance.

Avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, on voit proposer au contraire un plus grand désengagement de l’Etat et une diminution sensible des charges sociales, supposés libérer les initiatives des entreprises privées. Ces programmes s’inspirent évidemment, même s’ils ne le disent pas ouvertement, du modèle britannique lui-même très ressemblant à ce que les néo-conservateurs tentent d’imposer aux Etats-Unis depuis leur arrivée au pouvoir.

L’incapacité de l’Etat fédéral américain à conduire des politiques de type New Deal visant la réduction des fractures sociales et de grands travaux d’infrastructure devrait faire réfléchir les électeurs et peut-être redonner une chance, tant en Allemagne qu’en France, à ceux qui veulent maintenir les services publics et les processus de transferts sociaux, quitte à les réformer en profondeur pour les rendre plus efficaces. Le Chancelier Schröder et ses alliés sauront-ils dans le court instant qui leur reste, exploiter cette perspective ? On le verra.

En France par contre, le débat ne pourra pas être évité. Il se posera non seulement entre la droite et la gauche, mais au sein même de la droite. On voit pas exemple que face aux promesses d’ailleurs très vagues du candidat Sarkozy visant à réformer – à abandonner – le modèle social français, une partie de l’opinion centriste et gaulliste appelle au contraire à relancer le rôle de l’Etat en faveur de l’investissement industriel, de la recherche et des grands travaux. On peut estimer que si l’actuel Premier ministre voulait lui aussi se porter candidat aux élections présidentielles, ce serait dans cette voie qu’il devrait se différencier de ses concurrents. Tout laisse penser que, le contre-exemple américain aidant, il recueillerait beaucoup plus de soutiens des électeurs qu’il n’était imaginable précédemment. 06/09/05


L'échec patent du libéralisme américain s'appliquant aux problèmes sociétaux va-t-il changer le regard porté sur les services publics?

Beaucoup de commentateurs politiques, en Europe mais aussi aux Etats-Unis, insistent sur la nécessaire prise de conscience que devrait imposer le désastre en Louisiane, concernant les bienfaits du modèle néo-libéral américain. Faire reposer les grands équilibres d'une nation et du monde sur le seul capitalisme du profit immédiat n'a jamais convaincu les défenseurs des services publics à l'européenne et devrait commencer à faire douter les plus endurcis des tenants du libéralisme, aux Etats-Unis même. L'évènement aura-t-il des conséquences politiques encore plus importantes, obligeant à revenir sur beaucoup des idées reçues concernant les services publics, les grands travaux, la nécessité de les financer par l'impôt? Verra-t-on le modèle européen de l'Etat, jugé en voie de disparition ces dernières années, revenir en surface (quitte à être modernisé afin d'être plus efficace). Nous en serions très heureux pour notre part, ayant toujours dit qu'il s'agissait là d'une voie essentielle à l'avenir de l'Europe et du monde. Mais l'évènement Katrina risque de n'être qu'un feu de paille, face aux tendances lourdes qui privilégient le poids des intérêts américains les plus égoïstes? Le dossier est en tous cas à suivre attentivement.
05/09/05


Après Katrina, John Bolton va-t-il poursuivre la politique de blocage des Nations Unies?

On sait qu'à la fin du mois d'août, l'ambassadeur américain aux Nations Unies, le néo-conservateur John Bolton, avait pratiquement réduit à zéro l'effort des autres pays membres visant à rendre l'institution plus efficace, dans la lutte contre les inégalités, la prévention des conflits et le contrôle des risques climatiques. Une résolution qui avait demandé des mois de travail et de grands efforts diplomatiques avait été anéantie par les 700 amendements proposés par John Bolton. Le principe directeur de ces derniers est que l'ONU ne doit rien faire qui puisse d'une façon ou d'une autre venir à l'encontre des intérêts américains dans le monde.

Aujourd'hui, les Etats Unis se voient, après le passage de l'ouragan Katrina, obligés d'accepter l'aide de l'ONU. Cela changera-t-il le sort du sommet du 14 au 16 septembre, présenté par les diplomates onusiens comme le plus important de l'histoire de l'Organisation. A cette date, près de 175 chefs d'Etat et de gouvernement doivent se retrouver à New York pour adopter une déclaration définissant les contours de la réforme de l'institution, tout en réaffirmant les ambitieuses promesses faites au monde en développement lors du passage du millénaire. On peut craindre que l'arrogance américaine soit telle que John Bolton et George W. Bush ne changent rien à leur attitude. 05/09/05

PS au 08/09. Aujourd'hui, l'ONU vient de sortir un rapport de 350 pages sur la pauvreté dans le monde avec une section consacrée aux États-Unis qui dénonce la situation sociale dans ce pays. Il y est affirmé qu'au regard de sa population la plus démunie, le pays est au niveau du Tiers-Monde. De quoi rabattre l'outrecuidance de John Bolton? (Lire dans The Independant l'article de Paul Vallely: "UN hits back at US in report saying parts of America are as poor as Third World" http://news.independent.co.uk/world/politics/article311066.ece).


Cyclone sur les Etats-Unis

Les ravages imposés aux Etats-Unis par le récent cyclone Katrina auront peut-être une retombée favorable, convaincre l’administration Bush du fait que le réchauffement du climat provoqué par le refus de restreindre la consommation d’énergies fossiles n’est pas anodin. Il se trouvera évidemment des experts pour expliquer que les deux phénomènes sont sans relation. Mais pour les scientifiques sérieux, Katrina comme plus généralement l’intensification des épisodes cycloniques dans le monde sont liés d’une façon ou d’une autre au réchauffement. Et cela ne fait que commencer.

Ce n’est évidemment pas seulement faire des économies d’énergie qui résoudra les risques. Il faut désormais vivre, notamment en termes d’aménagement du territoire et de grands travaux, avec la perspective des désastres naturels. Accepter de maintenir des villes comme La Nouvelle Orléans au dessous du niveau de la mer, à l’abri illusoire de digues plus ou moins mal entretenues, devient un non-sens. Ceci veut dire aussi des politiques publiques de grands travaux susceptibles d'être financées par l'impôt, ainsi que des services publics en état de marche. C’est le monde entier, y compris les pays riches européens, qui doivent désormais intégrer ces risques dans leurs plans de développement et leurs modes de vie.

A cet égard, l'Europe devrait ne pas trop se hâter de donner des leçons de prévention des grands risques naturels aux Américains. Les Hollandais peuvent sans doute être satisfaits de leurs systèmes de digues, mais que se passerait-il en cas de séisme sur la Côte d'Azur française, séisme jugé très probable par feu Haroun Tazieff? Et comment feront-nous face à la prévisible pandémie de grippe aviaire recombinante dont nous vous entretenons régulièrement dans ce magazine?

PS.: On pourra relire avec une certaine ironie l’infâme State of Fear, de Michaël Crichton (Avon Books 2004), qui explique que ce sont des « éco-terroristes » décidés à ruiner la richesse américaine qui provoquent des séismes et tempêtes destinés à justifier la réduction de la consommation de pétrole (voir http://www.crichton-official.com/). 02/09/05


Bibliothèque numérique européenne

Cette initiative française destinée à proposer une alternative européenne à la numérisation des ouvrages des grands bibliothèques mondiales entreprise – non sans allers et retours significatifs - par Google Print, se met progressivement en route. Le comité de pilotage créé en juillet 2005 vient de tenir sa seconde réunion le 30 août au ministère de la Culture. N’en disons rien pour le moment, faute d’informations suffisantes. La démarche semble comme toujours en France très bureaucratique et institutionnelle. De plus la participation des pays européens qui s’étaient dits intéressés par l’idée tarde semble-t-il à s’organiser. Mais le projet est très intéressant et il ne convient pas de le décrédibiliser par des critiques prématurées. A suivre donc.

PS. A la date du 7 septembre, Google annonce qu'il ouvre Google Print aux Bibliothèques européennes. Est-ce pour décourager ces dernières de collaborer à un programme européen?

* Lire le communiqué initial du ministère de la Culture http://www.internet.gouv.fr/article.php3?id_article=1895


Dibcom

Le producteur français de composants électroniques Dibcom annonce avoir levé 24,4 millions d’euros en capital risque pour développer des puces permettant la réception de télévision numérique sur des matériels portables, notamment téléphones. Il s’agit d’une filière engagée avec succès par Dibcom depuis 2000. Le créneau parait très porteur et il faut se féliciter de voir une entreprise française y jouer un rôle important. Renvoyons pour détails nos lecteurs à un bon article de ZD. Net http://www.zdnet.fr/actualites/telecoms/0,39040748,39257634,00.htm
Le site de Dibcom lui-même est malheureusement peu explicite pour les non professionnels non anglophones. Un petit effort de communication serait quand même utile. http://www.dibcom.net/


Grippe aviaire : il est scandaleux de traiter Jacques Chirac de « catastrophiste »

L’irresponsabilité de la « communauté scientifique et médicale française spécialisée dans le développement de la lutte contre l’expansion de la grippe aviaire » paraît atteindre des sommets. Certains représentants de cette communauté, selon Le Monde du 31 août 2005, p. 5, reprocheraient en effet au Président de la République de faire preuve de catastrophisme en prenant au sérieux, enfin, les risques croissants de pandémie et en décidant de premières mesures préparatoires.

Vu l’importance du sujet, je citerai ici contrairement à nos habitudes l’article de Jean Yves Nau dans son entier :

" Le chef de l'Etat et le chef du gouvernement français ont, lundi 29 août, tenu à montrer publiquement l'importance qu'ils accordent désormais à la menace sanitaire inhérente à la diffusion, par les oiseaux migrateurs, d'une nouvelle souche H5N1 de virus de la grippe aviaire.
Jacques Chirac a ainsi appelé, lundi lors de la conférence annuelle des ambassadeurs français, à "une réponse internationale vigoureuse et concertée" face à la grippe aviaire, "tout en annonçant que la France allait au plus vite" intensifier ses efforts pour se prémunir contre "le risque d'une crise sanitaire de très grande ampleur" . " L'Organisation mondiale de la santé -OMS- recommande déjà aux Etats de constituer des stocks de médicaments. La France, pour sa part, prend des dispositions en ce sens pour protéger ses populations, à titre préventif et de précaution", a-t-il déclaré.

Au palais de l'Elysée, on indique que M. Chirac, qui recevra dans quelques jours le directeur général de l'OMS, Lee Jong-wook, avait demandé au gouvernement d'examiner avec les organisations internationales compétentes et les multinationales de l'industrie pharmaceutique quelles mesures pouvaient être prises afin d'"accélérer le développement d'un vaccin".
Le premier ministre français, Dominique de Villepin, a réuni mardi matin 30 août, à l'hôtel Matignon, les différents ministres concernés par ce dossier pour "faire le point sur les mesures de prévention existantes face à l'épizootie qui touche l'Asie du Sud-Est et l'Asie centrale" . Au terme de cette rencontre les services de M. de Villepin ont annoncé que 200 millions de masques de protection seraient disponibles au début de 2006. Un délégué interministériel chargé de la coordination de l'effort national sera nommé lors du prochain conseil des ministres.
Jacques Chirac avait demandé au gouvernement, lors du conseil des ministres du jeudi 25 août, d'"appliquer pleinement le principe de précaution" concernant la grippe aviaire, et ce afin que chaque Français "soit protégé ou puisse être soigné en cas d'apparition de la maladie", tandis que Xavier Bertrand qualifiait de "faible" le risque d'expansion de l'épizootie vers la France. "Aucun obstacle, notamment économique ou financier, ne pourra être opposé à une mesure utile pour protéger la santé des Français" , a souligné le chef de l'Etat.

Ces déclarations et ces initiatives ont beaucoup surpris la communauté scientifique et médicale spécialisée dans le développement de la lutte contre cette nouvelle menace sanitaire. "Sur la base des dernières données scientifiques et médicales dont nous disposons, le chef de l'Etat n'est pas détenteur d'informations épidémiologiques qui permettraient de justifier a posteriori un discours au ton quelque peu catastrophiste , confie l'un des principaux responsables du dispositif développé depuis près de deux ans et qui fait de la France l'un des pays en pointe dans ce domaine. On peut aussi penser que ce discours vise pour partie à répondre à l'inquiétude sinon à l'angoisse des membres du corps diplomatique français expatriés dans des pays asiatiques, potentiellement plus exposés à ce nouveau risque. Et il est vrai que cette question vaut, aujourd'hui, d'être rapidement soulevée." Dans la matinée du 30 août l'hôtel Matignon annonçait que les produits nécessaires seraient " mis à la disposition des postes diplomatiques".

Dans un article du lendemain 1er septembre p. 12, Jean-Yves Nau précise la politique proposée par Matignon, notamment en matière de constitution de stocks d’antiviraux, les seuls moyens de contrôler l’épidémie en attendant la fabrication de vaccins adaptés ;

" Le premier ministre, Dominique de Villepin, a annoncé, mardi 30 août, une série de mesures drastiques contre le risque épidémique de grippe aviaire. Le président de la République, Jacques Chirac, a été entendu. Il avait demandé, lundi 29 août, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs français, une intensification de l'effort national.
Les mesures annoncées par Matignon visent notamment à prévenir les conséquences de la propagation de l'épizootie en cas de mutation du virus et de l'apparition de cas de transmission interhumaine de l'infection grippale.
Le gouvernement a annoncé que les dispositifs de contrôle sanitaire allaient être renforcés dans les aéroports français accueillant des vols internationaux, compte tenu du risque potentiel de dissémination du virus aviaire à partir des passagers des vols en provenant des pays d'Asie, où l'on recense de nombreux foyers épizootiques. Pour certains experts ce risque pourrait en définitive être plus important que celui représenté par les oiseaux migrateurs.
Les services du premier ministre ont encore annoncé que "les réserves de médicaments antiviraux et de vaccins seront portées aux niveaux requis pour assurer la santé de tous les Français en cas de pandémie" . Aucune précision chiffrée n'a toutefois été donnée sur ces deux points stratégiques essentiels, le contrôle et les réserves.

L'objectif affiché par le gouvernement se heurte aujourd'hui à une série de difficultés majeures, de nature à la fois scientifiques, techniques et financières. Aucun vaccin concernant la souche H5N1 (1) n'est actuellement disponible et, en cas de mutation virale, plusieurs mois seraient nécessaires pour que les deux multinationales ayant le savoir-faire nécessaire, Aventis et Chiron, puissent mettre au point une telle méthode de prévention collective.

A ce jour, un seul médicament produit par une multinationale pharmaceutique a prouvé son efficacité préventive et curative contre les virus grippaux de type H5N1. Il s'agit de l'oseltamivir, fabriqué par Roche, et commercialisé sous le nom de Tamiflu. Ce médicament est homologué pour le traitement de la grippe dans une cinquantaine de pays industrialisés. Au total, plus de 10 millions de personnes ont déjà été traitées par cette molécule.
En février 2004, la France ne disposait que d'un stock de réserve de 130 000 doses. Ces réserves avaient été constituées après l'importante épidémie de grippe aviaire survenue début 2003 aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. A la fin de cette année ou au début de 2006, ce stock devrait être de 140 millions de doses. Ce volume devrait permettre de traiter ou de protéger environ 14 millions de personnes.
Or, plusieurs des scénarios de modélisation statistique bâtis ces dernières semaines par les épidémiologistes de l'Institut de veille sanitaire (IVS) formulent des estimations notablement plus élevées.
Les personnes qui devront bénéficier, en priorité, de cette prévention médicamenteuse ont d'ores et déjà été identifiées. Il s'agit des professionnels de la santé, de la sécurité, des secours, des services publics, des transports, des communications et de certaines industries militaires.
En revanche, rien ne semble avoir été arrêté pour celles qui, pour des raisons médicales, sont plus que d'autres exposées aux conséquences d'une infection grippale. Les personnes âgées et les malades atteints d'affections de longue durée, que l'on incite chaque automne à se faire vacciner gratuitement, rentrent notamment dans cette catégorie. Se limitera-t-on à les traiter par Tamiflu une fois les premiers symptômes déclarés ? La France constituera-t-elle des stocks plus importants de ce médicament afin de pouvoir atteindre l'objectif visé par le gouvernement à la demande du chef de l'Etat ? Aucun responsable sanitaire ne peut, aujourd'hui, répondre à ces questions."

N’importe quelle personne au fait des questions épidémiques se félicitera de voir la France réagir enfin, à l’initiative du Président et du gouvernement. Mais les mesures envisagées restent bien insuffisantes. Ce n’est pas faire preuve de catastrophisme qu’imaginer les drames qui se produiront lorsque, dans la perspective presque certaine d’une pandémie de grande ampleur, il faudra répartir les 140 millions de doses de Tamiflu en cours de commande.
Cette question du Tamiflu est fondamentale, en l’attente, répétons le, de la mise sur le marché à très grande échelle de vaccins adaptés à des virus grippaux humains nouveaux pouvant résulter de mutations de l’actuel virus de la grippe aviaire.

Sur le Tamiflu, nous souhaitons citer in extenso ce qu’écrivait dans son blog http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/, dont nous avons recommandé la lecture à tous nos abonnés, un spécialiste européen de la grippe le Dr Vermeulen.

Grippe aviaire et traitement:11.04.2005

L’ Oseltamivir ou Tamiflu ( de son nom déposé ), fabriqué par la firme Roche, constitue une des seules solutions pour affronter les premiers moments douloureux de la pandémie de grippe aviaire. Il permettra de sauver énormément de vies humaines, en attendant qu’un vaccin puisse être mis au point, pour prévenir les dégâts du virus mutant définitif. La mise au point du vaccin à partir du virus mutant responsable de la transmission interhumaine peut prendre environ 5 mois, ensuite commencera la production industrielle après plusieurs autres mois........Il faut seulement 3 mois pour que l’infection se répande sur notre planète. La pandémie de grippe est inévitable suivant les spécialistes, mais on ne peut pas prédire quand celle-ci débutera. Ce dont on est sûr, c’est que les jours sont comptés pour le début de ce fléau. Actuellemment , on parle d'un début pouvant se situer dans les mois à venir.Suivant les prévisionnistes scientifiques, les plus pessimistes, le nombre de morts pourrait se situer aux environs des 150 millions, et l’on peut imaginer avec une très grande inquiétude, que tous les services et administrations dont dépend l’activité d’un pays, seront paralysés par le grand nombre de gens non actifs simultanément : les malades et les morts .Il est donc impératif pour sauver les populations de la Terre, de disposer de suffisamment d’Oseltamivir, et pour cela de faire sauter le verrou de l’exclusivité de la fabrication du Tamiflu par la firme Roche, afin de permettre à toutes les firmes pharmaceutiques compétentes de combler l’insuffisance de production du médicament. Ainsi nous pourrons espérer couvrir les besoins énormes des populations du monde. Il y a des lois économiques concernant les brevets relatifs aux médicaments dans le cadre des accords de l’Organisation mondiale du commerce sur la propriété intellectuelle, ce qui est juste en temps normal. Mais ne peut-on pas concevoir, dans le cadre d’un avenir menaçant, la fabrication d’un unique générique par les différentes firmes pharmaceutiques possédant les capacités de fabrication et de production de l’ Oseltamivir ? Le temps court et nous traînons, empêtrés dans nos problèmes quotidiens, et à force d’entendre parler de ce problème , celui ci s’efface de nos préoccupations.

Il est évident de reconnaître comme prioritaire le principe de constituer des réserves accrues et suffisantes d’Oseltamivir , pour réaliser une première ligne de défense face aux premières vagues de la pandémie virale, mais il y a l’argent. Il est le nerf de la guerre, mais pas le nerf de la vie. Il est plus commode d’être riche que pauvre , mais il vaut mieux être vivant que mort. Mais alors, que faire ?Il faudrait définir des accords économiques entre la firme Roche et les autres firmes pharmaceutiques intervenantes .Ces accords devraient tenir compte de l’effort de chacun dans la production du médicament et considérer une faveur particulière au découvreur du principe actif. Mais ceci est une affaire de spécialiste et j’avoue mon incompétence en la matière pour régler les litiges des conflits d’intérêts. Mais face à une menace qui concerne l’avenir de l’humanité, j’ose espèrer que la sagesse humaine permettra de surmonter les problèmes d’intérêts économiques. Finalement la question posée est : faut-il laisser à une seule firme les bénéfices de la sous-production d’un produit vital pour l’humanité, dans le seul but de respecter les lois du commerce et de l’argent, et ainsi laisser sombrer l’humanité dans un sort funeste ?Je serais heureux que d’autres personnes sensibles à ce problème, puissent contribuer à développer cette réflexion, avec le souci de la faire évoluer pour aboutir à une action concrète...Dr Michel S.F.Vermeulen"


De ce fait, nous avons posé au Docteur Vermeulen la question suivante, qui selon nous se posera en fait à tous les citoyens conscients :

Cher Docteur Vermeulen, en France, les esprits bougent un peu, comme vous le constatez vous-même.
Mais lentement. Le Président Chirac a demandé de constituer des stocks de masques et de doses de Tamiflu, mais dans le meilleur cas, celles-ci ne pourront que traiter (préventivement, si j'ai bien compris) 10 millions de personnes. Quid des autres. Les "autorités de santé" réagissent d'ailleurs négativement, en qualifiant J. Chirac de "catastrophiste" , ce qui est un comble (Le Monde du 31 août p. 5).

Ceci me conduit à vous poser une question: serait-il bon de recommander aux personnes, familles ou groupes sensibilisés au risque de la grippe aviaire d'acquérir préventivement dès maintenant des doses de tamiflu, à supposer que celui-ci soit disponible sur le marché? Je constate que certains sites proposent aujourd'hui de l'acheter en ligne, sans prescriptions
http://www.drugdelivery.ca/s3353-s-TAMIFLU.aspx
La démarche serait peu sociale, en ce sens que ne pourraient en profiter que les gens "aisés". Elle pourrait aussi encourager la création de stocks spéculatifs. Mais elle aurait peut-être l'intérêt de créer un marché plus important pour Roche et d'éventuels fabricants de génériques.
Avez-vous envisagé une telle recommandation en ce qui vous concerne? Que conseilleriez vous à nos lecteurs?

Je vous communiquerai ici la réponse du Docteur Vermeulen, dès qu'elle me parviendra. 02/09/05

(1) Il n’existe pas de vaccin pour l’homme car la souche identifiée au Vietnam (H5N1) est différente de celle qui provoque les épidémies de grippe humaine. De ce fait, le vaccin actuel contre la grippe ne fournit malheureusement aucune protection contre ce virus. Mais cette vaccination permet d’éviter aux personnes exposées au virus H5N1 une co-infection avec un virus humain, situation à haut risque de recombinaison génétique entre les 2 souches. Son indication est actuellement très limitée : avant tout le personnel exposé aux possiblités de contamination (éleveurs, abatteurs, équarrisseurs, vétérinaires…).


Bilan énergétique des bio-carburants

On conçoit que les groupes industriels et intérêts financiers impliqués principalement dans la production, la transformation et la distribution des produits pétroliers et dérivés ne voient pas venir d'un très bon oeil la concurrence future des bio-carburants. Que ceux-ci soient obtenus à partir de produits agricoles de type oléagineux et sucrier ou par dégradation des bio-masses et bio-déchets de toutes sortes, ils fourniront non seulement du gaz et de la chaleur, mais aussi des carburants liquides utilisables dans les moteurs actuels, sans grande transformation de ceux-ci. Le débat sur la viabilité de ces solutions s'articule essentiellement sur les coûts comparés des produits pétroliers et des bio-carburants. Dans l'état actuel du marché, les premiers, bénéficiant de dizaines d'années d'investissements, coûtent moins chers que les seconds, pour lesquels toutes les infrastructures sont à construire. Aussi bien, les défenseurs des carburants verts demandent-ils à juste titre des détaxations permettant de financer ces dernières. Ces détaxations et aides seraient comparables dans leur démarche aux aides déjà apportées par quelques gouvernements aux achats de véhicules électriques ou hybrides. Il est intéressant de noter qu'en France, le monde agricole, jusque là très réticent, commence à envisager la reconversion de certaines cultures et demande en conséquence, non sans légitimité, une diminution des taxes portant sur les bio-carburants, pour favoriser leur achat. (Voir par exemple l'article de Bernard Layre, président du syndicat des jeunes agriculteurs, dans Le Monde du 25 août 2005, p.15: Détaxons le carburant vert). En fait, il ne faudrait pas se borner à détaxer mais à remodeler en partie la Politique Agricole Commune afin d'encourager toute une série de productions et pratiques alternatives, notamment en matière de bio-carburants et de produits biologiques issus de l'agriculture.

Mais le lobby pétrolier ne renonce pas pour autant à faire appel au soutien de l'Etat. La nouvelle loi sur l'énergie (US Energy Policy Act) signée le 8 août 2005 par le président George W. Bush, après son adoption par le Congrès fin juillet, est présentée comme devant renforcer l'économie américaine. Elle avait été initialement proposée par l'administration Bush en 2001, mais elle a mis quatre ans pour être votée par le Congrès. La loi prévoit dans ses 1.724 pages des dispositions variées, jugées par l'opposition démocrate comme généralement clientélistes et inefficaces. Parmi celles-ci les unes vont dans ce que les européens qualifierait de bon sens, notamment l'encouragement à la recherche en matière de bio-carburants et la reprise du programme de centrales nucléaires. Mais l'essentiel vise en fait à encourager la recherche et la production dans le domaine pétrolier, sous forme notamment de multiples subventions et détaxations au profit des industriels. Elle ne privilégie aucunement les économies d'énergie. Il s'agit d'orientations très lourdes de conséquences à long terme, face auxquelles le reste du monde devrait réagir, alors que la lutte contre la production de C02 est de plus en plus considérée comme prioritaire pour l'humanité si elle veut éviter les effets catastrophiques du réchauffement climatique. La loi ne prévoit pas encore explicitement, mais on peut craindre que ceci soit mis en oeuvre prochainement par certains pétroliers, malgré les risques, l'exploitation des hydrates de méthane sous-marins. Il s'agirait, selon les scientifiques du domaine, d'un véritable crime contre l'avenir de la Terre.

On peut en attendant suspecter que le vote de cette loi ne fera pas cesser les campagnes de dénigrement des bio-carburants conduites à l'instigation des groupes pétroliers. Nous lisons ainsi dans le Science et Vie de septembre 2005, p. 30, que selon une étude réalisée par une problématique équipe de chercheurs en écologie de l'université de Cornell (New-York), la production d'éthanol ou biodiésel demanderait une consommation d'énergie supérieure de 30 à 120% aux économies qu'elle pourrait engendrer. Dans ces conditions, le lecteur peu critique conclura qu'il vaut mieux en rester au bon vieux pétrole. Si cependant on regarde la façon dont les dépenses ont été évaluées (carburant, engrais, irrigation) on constate qu'aucune ne fait appel à des solutions innovantes permettant d'échapper à la tyrannie des pétroliers et des fabricants de produits chimiques. Un simple exemple: pourquoi ne pas envisager d'utiliser du bio-diésel plutôt que du gasoil pour la production des oléagineux considérés? Et pourquoi poser d'emblée le postulat que cette production polluera sols, air et eau par l'usage d'engrais et de pesticides traditionnels? Il est évident que la réorganisation d'une partie des filières agricoles autour des bio-carburants et de la biomasse devra s'accompagner de réformes profondes des pratiques de production et de conservation des ressources naturelles, eau, sols et air notamment, en faisant appel aux nouvelles technologies.

Ceci dit, la question du bilan énergétique des bio-carburants, au regard de la consommation en énergie fossile nécessaire à leur production, est une vraie question. Elle ne peut pas être écartée par les promoteurs des nouvelles bio-énergies. On attendra d'eux des estimations précises et des recommandations aux producteurs. Avis en particulier à Daniel Collard, présenté par Le Monde du 30 août 2005 comme le "défricheur du pétrole vert", qui fera visiter au Président de la République le site de la future usine d'éthanol de Bazancourt, développée par Cristal Union, union de coopératives sucrières. 30/08/05

* U.S. Energy Policy Act. Signature. Communiqué de la Maison Blanche http://www.whitehouse.gov/news/releases/2005/08/20050808-6.html
* Sur Cristal Union http://www.cristal-union.fr/presentation/histoire.asp

 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12608/index.htm