logo admiroutes


La Gazette N° 125 en date du 15 août 2005

Par Jean-Paul Baquiast


accueil "la gazette"

 

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à jp.baquiast arobase wanadoo.fr
- Lire la présentation

 


Attention
: suite à un bug d'origine externe, certains noms d'abonnés ont été perdus sur nos listes.
Que ceux qui souhaitent être réinscrits utilisent l'adresse ci-dessus

* numéro en cours de rédaction

Retrouvez ce numéro sur le site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12508/index.htm

A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:


Le PS a-t-il décidé de rivaliser de démagogie avec la droite à propos du prix de l'essence?

Quant on voit le PS français, jamais à court d'une bonne idée pour courir après les voix conservatrices, se joindre à ceux qui demandent au gouvernement de faire quelque chose pour compenser la hausse des prix du carburant, on ne peut que désespérer de la hauteur de vue de ce parti. Au lieu de se féliciter de voir le prix du pétrole grimper allégrement vers les 100$ le baril, en rappelant qu'il n'est que temps d'encourager sérieusement (à coup de détaxation notamment) les économies d'énergie et les sources alternatives, le PS se met à l'unisson des intérêts du lobby pétroléo-automobile. J'ai dans ces conditions une question à poser aux grands stratèges du PS. Il se tient en ce moment à Val d'Isère (15/20 août), le festival du 4/4 et de la consommation-gaspillage déchaînée. Pourquoi le PS n'a-t-il pas demandé à y tenir un stand, où il aurait expliqué qu'il est le meilleur rempart contre les attaques ignobles que suscitent les propriétaires de 4/4 et de grosses cylindrées dans certains milieux intellectuels rétrogrades? 15/08/05


Après l'Irak, l'Iran?

A la date de cette chronique (15 août 2005), le président G.W. Bush, après avoir paru accepter avec résignation l’annonce de la rupture (ou prétendue rupture) des négociations entre la troïka européenne et le gouvernement Iranien concernant la reprise du processus d’enrichissement (voir ci-dessous notre chronique précédente en date du 10 août Reprise des activités d'enrichissement de l'uranium en Iran), laisse à nouveau planer la menace d’une intervention militaire américaine.

Il semble bien que les faucons de Washington voudraient une attaque contre l’Iran. Manifestement les Européens, bien qu'embarrassés par les palinodies iraniennes, ne veulent pas se laisser entraîner dans une escalade qui serait catastrophique. C'est du moins la position, sinon des 25 Etats, du moins de la France et de l'Allemagne. Le Chancelier Schröder vient de condamner cette perspective et gagne ainsi des points dans l'opinion contre sa rivale Angela Merkel. Les Anglais semblent moins catégoriques, mais Tony Blair a sans doute assez de mal à gérer les suites de l'intervention en Iran pour ne pas s'encombrer d'une nouvelle intervention qui se présenterait dans des conditions bien pires.

Le principal argument d'une attaque contre l’Iran est le risque (il est vrai plus que probable à terme) du développement par l’Iran d’une arme nucléaire. Mais pour le moment l'AIEA, s'exprimant pour le compte de l'ONU, ne confirme pas cette hypothèse, comme le constate le journal américain The Independant: " The UN nuclear watchdog is preparing to publish evidence that Iran is not engaged in a nuclear weapons programme, undermining a warning of possible military action from President George Bush. [...] Iran is about to receive a major boost from the results of a scientific analysis that will prove that the country's authorities were telling the truth when they said they were not developing a nuclear weapon."

La question que les démocrates du monde entier, y compris aux Etats-Unis, doivent se poser n'est pas nouvelle, mais n'a jamais reçu de réponse: "Quelle force internationale peut empêcher les faucons américains (le lobby pétro-militaire en tête) de continuer à conduire le monde à des catastrophes de plus en plus étendues, qu'ils se révèlent incapables de prévoir à l'avance?" Il est évident que si les Américains poursuivaient la marche vers une confrontation militaire avec l'Iran, ils prendraient le risque d’un désastre qui ébranlerait non seulement les Etats-Unis mais l'Occident tout entier. Les Européens, pour leur part, auraient le plus grand intérêt de se démarquer au plus vite de l'aventurisme de Bush. Sinon ils renforceront dans le monde arabo-musulman le préjugé selon lesquel l'Occident tout entirer (les Croisés) a conjuré leur perte. 15/08/05


Soupçons sur la révolution Orange en Ukraine

Nous avons ici même salué l’avènement de la révolution Orange en Ukraine, la présentant comme une victoire sur la dictature policière de l’ancien régime et sur l’emprise d’une Russie encore totalitaire. Nul n’ignorait le rôle que la CIA et plus généralement la diplomatie américaine avaient joué dans ce succès, mais on pouvait admettre qu’il s’agissait d’un à côté inévitable de l’extension de la démocratie vers l’Est. On ne pouvait dans ces conditions qu’applaudir la tournée européenne des responsables du nouveau pouvoir ukrainien et se féliciter de l’accueil plutôt chaleureux qu’ils avaient reçu, notamment à Paris.

Sans revenir entièrement sur ces jugements, il faut peut-être aujourd’hui se persuader qu’ils étaient un peu simplistes. Il n’y a jamais en politique des bons d’un côté et des méchants de l’autre. Le scandale encore larvé qui a suivi la découverte du fait que le fils du président Viktor Yushchenko se comportait comme un voyou corrompu en faisant notamment trafic des insignes de la révolution révèle en fait les tares du nouveau régime, qui ne sont sans doute pas vraiment moindres que celles du régime précédent. Faute d’informations précises à ce jour, nous n’en dirons pas plus ici. Il suffit de garder en esprit que l’Ukraine n’est pas le paradis démocratique que les naïfs pouvaient s’imaginer.

De plus et c’est plus grave, elle est et sera de plus en plus, si la diplomatie européenne ne s’en mêle pas plus intelligemment qu’actuellement, le champ de manœuvre des intérêts économiques et militaires américains. Ceux-ci, comme ils l’ont fait au Moyen-Orient, n’hésiteront pas à prendre des positions aventuristes dont l’Europe sera la première à souffrir. Les Européens en ce qui les concerne, quelle que soit le jugement que l’on porte sur Vladimir Poutine intuitu personnae, doivent ménager des relations de coopération et de co-développement avec la Russie. S’aligner derrière les manipulations américaines au sein des régimes périphériques de la Russie, à commencer par l’Ukraine, ne contribuera en rien à grandir la position de l’Europe en Russie. 15/08/05

Sur la situation actuelle en Ukraine, on lira avec intérêt un article publié sur le site pacifiste américain Antiwar.com
http://www.antiwar.com/deliso/?articleid=6922


Les Européens ne peuvent pas refuser les mesures volontaristes d’intégration des représentants des minorités ethno-raciales nationales

Un certain nombre de sociologues et de politiques français commencent à penser que notre pays, jusqu’ici opposé aux mesures de type « affirmative action » à l’américaine, ne pourra pas les repousser longtemps. Nul de bonne foi ne peut refuser de constater que la majorité blanche et issue des classes favorisées (majoritairement masculine par ailleurs) continue à détenir tous les postes d’encadrement, dans l’administration, les affaires, la vie politique et même dans les domaines scientifiques et culturels. Or ceci sera de moins en moins supporté par les représentants de ce qu’il faut bien appeler les minorités ethno-raciales.

Désignons par ce terme des personnes qui ne sont ni blanches ni issues des classes favorisées*. Il s’agit de personnes que des critères communément reconnus, la couleur de peau ou le manque d’un cursus au sein des filières de sélection des classes dominantes, notamment, excluent inéluctablement du pouvoir. Ces personnes, que l’on qualifie a tort comme issus de l’immigration, sont en fait souvent de nationalité française depuis plusieurs générations, mais à de très rares exceptions, elles n’ont jamais pu sortir de leurs ghettos. Beaucoup d’entre elles cependant seraient parfaitement capables de partager les responsabilités de leurs concitoyens blancs, si on leur en donnait la possibilité. Le fait qu’elles en soient pratiquement empêchées aujourd’hui ne peut que les pousser à désespérer de la prétendue intégration offerte par la République française. Les 5 à 8 millions de leurs homologues, moins favorisés mais pouvant nourrir les mêmes aspirations d’intégration, ne pourront qu’en tirer la conclusion que la France les exclue. On devine ce que cela donne et donnera de plus en plus, dans les banlieues et ailleurs.

Il faut donc que la loi prévoie des mesures correctives obligatoires, intéressant tous les secteurs et toutes les activités. Certes de telles mesures ont leurs inconvénients, que ne manquent pas de dénoncer les tenants de l’immobilisme. Nous n’en parlerons pas ici. C’est de la nécessité d’agir qu’il faut se convaincre.
Si les autres pays européens ne semblent pas aussi crispés que la France sur le maintien des privilèges de la catégorie ethno-raciale blanche dominante (définie ci-dessus), ils auraient beaucoup à faire pour assurer une véritable intégration. La question devrait donc être traitée de façon harmonisée, non seulement en termes de principes juridiques, mais en termes concrets, dans l’ensemble de l’Union européenne.

* Il ne s’agit pas de parler de « race » encore que le concept de race, en biologie, n’ait rien à voir avec celui d’ « espèce » (l’espèce humaine), mais désigne plutôt des variantes au sein d’une même espèce. 13/08/05


L’Amérique de Bush en passe de devenir la contre-référence du monde scientifique

Il est dur pour nous de constater que l’Amérique est en train de perdre la référence de grande puissance scientifique universaliste qu’elle avait acquise depuis des décennies grâce au travail désintéressé et à l’ouverture d’esprit d’une très grande majorité de ses chercheurs et de ses intellectuels. C’est cette Amérique là qui avait fait que, malgré les dérives impérialistes de ses gouvernements successifs, beaucoup d’Européens dont nous étions lui avaient conservé leur estime. Hélas, elle est en train de devenir une référence d’obscurantisme scientifique, pas loin de disputer à la Curie romaine et aux régimes islamistes les plus intolérants leur haine de la raison et du débat scientifique. C’est évidemment l’actuel président G.W. Bush qui incarne ce nouvel esprit de fermeture, mais il n’est pas seul à le faire. Il est dans cette démarche soutenu par une grande majorité de ses concitoyens. Tous portent la responsabilité de ce que l’histoire qualifiera peut-être de « nouvelles années de plomb » s’étendant sur la science américaine en ce début de siècle.

Les offensives menées par l’actuelle administration contre la raison scientifique sont multiples. On connaît la véritable haine qu’encourent les biologistes et médecins voulant travailler sur les cellules souches embryonnaires et plus généralement visant une meilleure connaissance des phénomènes de la vie et de la reproduction. On a suivi également les tentatives pour imposer silence aux climatologistes dénonçant le réchauffement climatique et la responsabilité des choix énergétiques américains en ce domaine. Mais maintenant George Bush prend en main le plus mauvais dossier qui soit, celui de la défense du créationnisme (dit aussi aux Etats-Unis Intelligent Design) face au darwinisme qui pour l’ensemble de la science occidentale constitue actuellement le seul paradigme acceptable permettant d’expliquer l’apparition et le développement de la vie.

Voir le président des Etats-Unis, l’homme réputé le plus puissant de la planète, phare supposé pour des milliards d’humains moins éclairés, s’engager en un combat aussi douteux, est plus qu’attristant. C’est vraiment inquiétant. Où s’arrêtera la dérive intellectuelle rétrograde de l’Occident ? Comment l’Europe réussira-t-elle à ne pas accompagner l’Amérique dans cette déchéance ? Sommes-nous à l’aube d’un nouveau Moyen-âge ?

Si on veut éviter de dramatiser, il faut quand même sonner le rassemblement de ceux qui, en Europe, dans le reste du monde et (Dieu merci, si je puis dire) aux Etats-Unis même, refusent de suivre les prophètes du retour aux sorciers et aux croyances apocalyptiques. Il est rafraîchissant à cet égard de lire dans le New York Times du 5 août un article en ce sens dont je vous cite quelques lignes :

"In an interview at the White House on Monday with a group of Texas newspaper reporters, Mr. Bush appeared to endorse the push by many of his conservative Christian supporters to give intelligent design equal treatment with the theory of evolution.
Recalling his days as Texas governor, Mr. Bush said in the interview, according to a transcript, "I felt like both sides ought to be properly taught." Asked again by a reporter whether he believed that both sides in the debate between evolution and intelligent design should be taught in the schools, Mr. Bush replied that he did, "so people can understand what the debate is about."

L'auteur de l'article, manifestement, désapprouve la position du Président. Il donne la parole aux défenseurs du darwinisme. "...Creationism is a sectarian religious viewpoint, and intelligent design is a sectarian religious viewpoint," said Susan Spath, a spokeswoman for the National Center for Science Education, a group that defends the teaching of evolution in public schools. "It's not fair to privilege one religious viewpoint by calling it the other side of evolution."
Ms. Spath added that intelligent design was viewed as more respectable and sophisticated than biblical creationism, but "if you look at their theological and scientific writings, you see that the movement is fundamentally anti-evolution."
The Rev. Barry W. Lynn, the executive director of Americans United for Separation of Church and State, called the president's comments irresponsible, and said that "when it comes to evolution, there is only one school of scientific thought, and that is evolution occurred and is still occurring." Mr. Lynn added that "when it comes to matters of religion and philosophy, they can be discussed objectively in public schools, but not in biology class."


Le conseiller scientifique du président, John H. Marburger, a bien essayé ensuite de minimiser les propos de ce dernier, le mal était fait. Le monde scientifique est désormais convaincu que George W. Bush croit au créationnisme. Mais quand on sait que la plupart des chefs d’Etats modernes font appel aux lumières de voyants ou astrologues plus mal inspirés les uns que les autres, faut-il s’étonner ? 13/08/05


Faut-il rouvrir le dossier du 11 septembre?

On sait que, dès les premières semaines après les attentats du 11 septembre, certains représentants de la gauche américaine avaient suggéré que ces attentats, sans avoir été sans doute planifiés de bout en bout par l'administration de G.W. Bush, avaient peut-être été tolérés. Ceci pour donner un prétexte au pouvoir néo-conservateur d'affirmer son emprise sur la démocratie américaine et, plus immédiatement, de mettre la main sur les champs pétrolifères de l'Irak. Le soupçon avait été rejetté avec indignation non seulement aux Etats-Unis mais en Europe. Ceux qui l'avaient repris avaient été qualifiés d'obsédés de la théorie du complot, avant tout désireux de s'attirer de l'audience par les moyens les plus infâmes. Nous n'avions pas nous-mêmes fait écho à ces propos, faute d'éléments incontestables à fournir en appui de la thèse. Force cependant est de reconnaître aujourd'hui que le dossier va peut-être être ré-ouvert, suite aux déclarations d'agents de divers services secrets, y compris du Mossad, selon lesquels la Maison Blanche avait été avertie avant le 11 septembre des forts soupçons pesant sur le nommé Atta et certains de ses collègues, ultérieurement responsables comme lui des attaques-suicides. Mais elle n'en avait pas tenu compte et l'administration avait continué à "protéger" cette équipe, pourtant hautement suspecte dès avant les attentats. De là à penser que l'administration encourageait une attaque sur des citoyens américains pour dresser la nation toute entière derrière son président (comme jadis, selon certains historiens, Roosevelt avait fait avant Pearl Harbour) il n'y a qu'un pas.

Mais les sources qui voudraient rouvrir le procès sont-elles fiables? Le principal article à charge (http://www.wsws.org/articles/2005/aug2005/atta-a10.shtml) émane d'une organisation que beaucoup jugeront suspecte, la 4e Internationale américaine. Nous en extrayons le passage suivant: "This new revelation only reinforces the suspicion that the tragedy of 9/11 was not the result of an “intelligence failure” or an inability to “connect the dots.” High-level officials in the state apparatus took affirmative action to protect the Al Qaeda operatives and allow them to prepare a terrorist attack. Whether they knew the full extent of what Atta and his confederates would do on September 11 can be debated, but there is no question that a terrorist outrage within the United States served the political purposes of the Bush administration.
The new right-wing government desperately needed a Pearl Harbor-style event to shift public opinion and create the conditions where it could press forward with plans—already well prepared before 9/11—for military interventions in the Middle East and Central Asia, the two largest sources for oil and gas. Bush, Cheney & Co. ruthlessly exploited 9/11 as an all-purpose justification for right-wing policies at home as well, from tax cuts for the super-rich to unprecedented attacks on democratic rights.
In response to the Times report, it is necessary to demand answers to basic questions about September 11:
* Why were known Al Qaeda members permitted to enter the United States and carry out their plans?
* Who made the decisions which facilitated the work of the terrorists and why have they not been held responsible?
* Why have the facts about September 11 been covered up, not only by the White House and the intelligence agencies, but by congressional Democrats and the American media?


Cependant l'article cite d'autres journalistes, écrivant dans des organes de presse comme Times qui sont plus pondérés. Il serait naîf pensons-nous, de refuser a priori l'idée que le terrorisme islamique a servi et sert encore fort opportunément la droite américaine en lui donnant un prétexte pour étendre son pouvoir sur les Etats-Unis et sur le monde. Quand on sait avec quelle inquiétude les forces économico-poliitiques dominantes aux Etats-Unis voient venir la crise du pétrole et font tout pour s'assurer des approvisionnements face à la concurrence internationale, on ne peut pas s'étonner des "coups tordus" conduits à cette fin par la Maison Blanche ou ses services. Il n'est pas impossible que des apprentis sorciers, avant le 11 septembre, aient pu imaginer un coup de ce genre, dirigé contre des civils (peut-être avaient-ils cependant espéré que l'attentat serait moins sévère, nul n'ayant prévu l'effondrement des Twin Towers). La légende des armes de destruction massive de Saddam a bien été été un autre de ces coups tordus, entraînant des milliers de morts militaires américains.

La bonne question que nous devrions tous nous poser, aujourd'hui, consiste à se demander si le terrorisme islamique résultant de l'invasion de l'Irak, dont on fait grand cas, n'est pas lui aussi un peu gonflé ou manipulé par des irresponsables dans le camp occidental. Qu'il faille s'en défendre, comme le font jusqu'à présent avec efficacité nos propres services, est nécessaire. Mais qu'il faille le monter en épingle ne peut en aucun cas servir la cause de la démocratie, y compris dans les milieux musulmans. 13/08/05


La fin des tabous français

Laurent Mauduit, dans Le Monde du 10 août 2005 (« Une nouvelle économie sans le moindre tabou » p. 1) fait la liste d’un certain nombre de tabous qui jusqu’ici pesaient sur le débat économique et social français et qui selon lui, sont en train de tomber peu à peu. Il s’agit des tabous :
- du Livret A, refuge incontournable de l’épargne populaire,
- de l’impôt sur la fortune présenté comme un complément indispensable à l’impôt sur le revenu et à l’impôt sur les successions afin d’assurer la justice fiscale,
- du droit social et notamment de l’autorisation administrative préalable de licenciement,
- des services publics,
- de la réforme des retraites, réputée ni souhaitable ni possible,
- des fonds de pension susceptibles de remettre en cause les retraites par répartition,
- du SMIC, protecteur incontournable des salariés en bas de l’échelle des rémunérations.

Pour l’auteur de l’article, depuis une dizaine d’années, la gauche et la droite de gouvernement, sans le dire ouvertement, ont accepté de revenir sur ces tabous, en organisant leur contournement progressif. Le temps n’est plus loin selon lui où ils seront totalement levés sinon dans les esprits, du moins dans les faits. La France rejoindra alors ses voisins européens au sein d’une Europe acceptant un modèle économique et social très largement libéral.

Comment des lecteurs de sensibilité socialiste réagiront-ils à cet article ou à d’autres analogues qui ne manquent pas dans la presse de droite ? Le premier réflexe sera de dire que Laurent Mauduit parle comme le ferait le Medef, en affirmant pour hâter leur disparition que les résistances encore opposées par le modèle économique et social français à l’emprise de la mondialisation libérale sont en train de se dissoudre. On prétend que le chien est à moitié mort pour justifier le fait de le noyer.

Mais il nous semble qu’une autre lecture serait possible. Acceptons le fait que Laurent Mauduit ait raison, que les principaux des tabous énumérés ci-dessus soient effectivement en train de tomber, simplement parce qu’ils ne correspondent plus aux possibilités des économies européennes soumises non seulement aux contraintes de la concurrence mondiale mais aussi à la nécessité de repenser entièrement les modes de production et de consommation. En ce cas, la gauche française n’aurait, pas plus que la droite, intérêt à perdre de vue son appartenance à l’Union européenne. Ces prétendus « tabous » reposaient sur des idéaux de justice sociale, de protection du travailleur et du retraité qui ne sont pas propres à notre pays mais devraient s’imposer à l’ensemble des pays européens. Il faudrait alors trouver les moyens permettant de les assurer au mieux compte tenu des nouvelles contraintes mais aussi des nouvelles perspectives de l’évolution du monde global.

Mais alors, il faudrait aussi faire la liste des tabous que la pensée politique de droite veut imposer à l’Europe et qui seraient aussi nocifs à conserver que ceux de la tradition social-démocrate française : par exemple le fait que l’Etat ne doive pas intervenir dans les domaines de la politique industrielle et de la protection des secteurs sensibles ou stratégiques, la priorité à donner en matière d’aides publiques à l’agriculture (en France), à l’automobile ou à l’immobilier (surtout quand il s’agit d’encourager les résidences secondaires) et bien d‘autres tabous « de droite » dont la liste demanderait plusieurs pages.

Il est impossible en quelques lignes d’esquisser les voies qui pourraient être suivies pour se débarrasser de tous ces tabous, qu’ils soient de droite ou de gauche, sans accumuler les dégâts sociaux et économiques. Voici quand même quelques directions, déjà souvent esquissées dans cette revue. Elles reposent toutes sur l’incontournable postulat de départ que les Etats européens sont désormais obligés de s’entendre sur des solutions communes ou harmonisées au sein de l’Union européenne.

- Il ne peut y avoir d’emplois (ou si l’on préfère de revenus du travail) que si les pays occidentaux investissent massivement dans les secteurs économiques relevant de ce que l’on appelle de façon simplifiée la société de l’intelligence. Comme ces investissements ne sont que partiellement producteurs de bénéfices immédiats, il faut que les gouvernements et les entreprises s’entendent sur des actions concertées de grande ampleur capable de les faire financer et de leur faire produire des bénéfices. Ce n’est pas impossible. De façon différente, qu’ils se disent libéraux ou socialistes, nos concurrents le font, les Etats-Unis depuis longtemps, l’Inde et la Chine plus récemment.

- Ces investissements supposent des épargnes, autrement dit des sacrifices. Ceux-ci ne doivent pas porter exclusivement sur les travailleurs mais aussi sur les formes de consommation ou de production gaspilleuses (pensons au transport routier) qui pour l’essentiel sont encore les moteurs de la croissance en Europe occidentale. Les activités correspondantes doivent être découragées, notamment par la taxation, d’une façon évidemment uniforme sur l’ensemble de l’Europe, afin d’éviter les « détournements de trafic ».

- En ce qui concerne le travail et les activités de service, il faut admettre la nécessité de réaliser avec précaution mais rapidement l’espace social européen. De même que la France s’est construite sur la base de la mobilité des travailleurs et des entreprises d’une province à l’autre, il faudra que l’Europe accepte cette mobilité, entre les régions dites riches et les régions moins favorisées. Le travail devra suivre l’emploi, où qu’il se trouvera. Mais l’emploi ne sera pas nécessairement à l’autre bout de l’Europe. Il se réorganisera autour des futures zones d’investissement scientifique et industriel reposant sur les nouvelles sciences et technologies. Il est évident que pour le salarié français, très attaché à la permanence de sa résidence, qu’il appartienne au secteur privé ou au secteur privé, cette nécessité de mobilité, même réduite, imposera une véritable révolution culturelle. Mais les bénéfices pourraient en être rapidement perceptibles. De nombreux jeunes Français, à notre connaissance, ne demanderaient pas mieux que travailler en Allemagne, Espagne, Pologne… (sans parler de la Grande Bretagne).

- L’Europe, par contre, ne peut accepter la loi d’airain qui rejette à la misère ceux qui ne peuvent s’adapter, momentanément ou durablement, aux exigences de la formation, du rendement et de la mobilité. Il faudrait sans doute alors remplacer des protections nationales de moins en moins efficaces, comme le Smic et le RMI en France, par un système européen de revenu minimum garanti uniforme, suffisamment faible pour ne pas décourager la recherche d’emploi, mais suffisamment élevé (et accompagné de prestations en nature) pour éviter la grande exclusion et son cortège de fléaux sociaux. Son financement devrait faire l’objet d’un consensus entre tous les Etats européens.

- En ce qui concerne les services publics enfin, il conviendra de distinguer ceux supposant des investissements lourds et à long terme ne pouvant sans risque être assurés par le capital privé, et ceux susceptible d’une privatisation totale ou partielle. Dans la première catégorie on mettra en Europe, de façon prioritaire, les grands travaux d’infrastructure permettant d’économiser l’énergie et de protéger l’environnement. Pour les entreprendre et les gérer jusqu’à ce qu’ils deviennent rentables, des structures publiques européennes, nationales ou régionales seront longtemps nécessaires. Elles ne pourront pas se passer d’aides financières et réglementaires publiques prolongées sur plusieurs dizaines d’années. Si le terme de service public (pourtant fort noble) est considéré comme obsolète, il faudra en trouver un autre désignant la même chose.

Ceci dit, les propositions ci-dessus, qui s'efforcent de faire la balance entre ce que devraient admettre les programmes de gauche et les programmes de droite pour permettre à l'Europe de gagner en compétitivité, risquent de se heurter à ce qui a toujours fait la faiblesse des programmes de gauche. Les gouvernements dans le système représentatif sont particulièrement sensibles aux pressions des intérêts économiques établis qui refusent tout changement (dans notre exemple, les lobbies agricoles ou ceux de l'automobile, parmi de nombreux autres). Faire porter l'essentiel des sacrifices non sur ces intérêts mais sur les salariés les plus faibles, représente pour eux la voie de la facilité. 11/08/05


Reprise des activités d'enrichissement de l'uranium en Iran

Beaucoup de gens raisonnables commencent à penser que la communauté internationale devrait adopter face aux Etats désireux d'enrichir de l'uranium, que ce soit à objectif civil ou militaire, une attitude plus raisonnable que celle consistant à s'accrocher au vieux traité de Non-prolifération qui sera de moins en moins respecté (voir aussi ci-dessous Accord de coopération nucléaire entre les Etats-Unis et l'Inde). La nouvelle bonne attitude, selon eux, serait de distinguer deux catégories d'Etats, ceux qui ont ou veulent avoir l'arme atomique et ceux qui ne le veulent pas (en attendant de rejoindre le cas échéant la catégorie des premiers). Les premiers s'engageraient au maximum de transparence sur leurs travaux, à ne pas utiliser d'armes à titre offensif et surtout à éviter les disséminations aux mains d'organisations non étatiques possiblement terroristes. L'Agence de l'ONU (Agence internationale de l'énergie atomique, AIEA) serait habilitée à vérifier tout cela. En contrepartie ces Etats pourraient procéder à des échanges de compétences visant dans l'ensemble à donner à tout le monde un même niveau moyen de développement.

La raison d'une telle nouvelle attitude reposerait sur la constatation que des Etats responsables, fussent-ils réputés voyous, n'ont aucun intérêt à employer de bombes atomiques en première frappe dans des conflits avec leurs voisins, sous peine de rétorsion immédiate. Par contre, le monde entier a intérêt à empêcher l'utilisation de l'atome par des terroristes. Là est le vrai danger et là doit porter l'effort des Nations Unis et des Etats nucléarisés eux-mêmes.

La difficulté sur la voie d'une telle solution viendra des Etats-Unis. Ceux-ci n'accepteront jamais semble-t-il d'ouvrir leurs laboratoires et moins encore de renoncer aux développements qu'ils viennent de décider, notamment dans le domaine des mini-bombes à fort pouvoir de pénétration (mini-nukes). On peut estimer sans faire de procès injuste aux Américains que ce sont eux, actuellement, qui sont les plus grands responsables de l'aggravation du risque nucléaire à l'échelle mondiale. On pourrait presque croire qu'ils jouent de ce risque pour mieux asseoir leur suprématie sur les autres Etats. 10/08/05

NB. La thèse selon laquelle la détention de l'arme nucléaire par une trentaine d'Etats ne serait pas dangereuse pour le monde est présentée avec brio par le columnist américain William Pfaff (voir http://www.williampfaff.com/modules/news/article.php?storyid=52


Les implications du nouveau partenariat stratégique entre l’Inde et les Etats-Unis

Un article de Lora Saalman, en date du 05/08/05, dans le Power and Interest News Report (http://www.pinr.com/report.php?ac=view_report&report_id=341&language_id=1), résume bien le véritable changement de l’équilibre des forces entre l’Inde, la Chine, la Russie et l’Europe qui résultera très vraisemblablement de l’accord pour un partenariat stratégique qui vient d’être décidé entre les deux gouvernements indien et américain, suite à la réunion du 18 juillet 2005 entre le président G.W.Bush et le premier ministre Manmohan Singh. Cet accord marque un considérable renforcement du poids déjà très important des Etats-Unis en Inde et dans la région. On devrait parallèlement le considérer en Europe, notamment en France, comme un élément nouveau menaçant lourdement l’influence que les pays européens pouvaient avoir sur le sous-continent Indien.

L’ U.S.-India joint statement, qui vient d’être approuvé avec un an d’avance par rapport aux plans initiaux, représente un recul important au regard des prétentions américaines précédentes, visant à refuser à l’Inde les bénéfices conférés aux signataires du traité de non-prolifération (NPT). Il diminuera encore l’autorité de ce dernier et rendra plus dérisoires les mesures prises pour encourager de nouveaux Etats à le signer, le tout au détriment des prétentions américaines à empêcher l’accès de la Corée du Nord et de l’Iran à l’arme atomique. Mais ce ne sont pas les conséquences de ce « statement » sur un NPT déjà moribond qui nous intéressent ici, bien que ce soient elles qui aient retenu toute l’attention des commentateurs. Ce sont les effets possibles de la nouvelle coopération américano-indienne sur l’équilibre du monde qui méritent un suivi attentif.

Le revirement de la politique américaine à l’égard de la coopération technologique sensible à l’égard de l’Inde, jusqu’ici considérée avec suspicion, n’est acceptable par les Etats-Unis que parce que l’accord leur apporte des avantages considérables. La coopération américano-indienne générera d’importants bénéfices économiques et stratégiques pour les deux parties. En apparence, c’est l’Inde qui sera la grande gagnante des transferts de technologie envisagés. Elle est en train de devenir une super-puissance du 21e siècle, mais pour l’être complètement, elle a besoin de ce qui reste encore l’attribut de la puissance, que ce soit au plan militaire ou au plan civil, c’est-à-dire des technologies nucléaires et des programmes de missiles considérées comme des technologies duales. Les technologies nucléaires transférées serviront à doter l’Inde de potentiels crédibles en matière de production d’électricité et de fabrication de centrales. Les compétences en matière de missiles feront faire un pas de géant au programme spatial indien. Mais parallèlement, les unes et les autres lui permettront de construire des armes atomiques plus efficaces et de se doter de missiles à plus longue portée.

Jusqu’à présent, les progrès faits par l’Inde dans le nucléaire et le spatial ont résulté d’investissements purement nationaux, vu notamment l’interdit mis par les Etats-Unis à la coopération dans ces domaines suite au refus de l’Inde de s’engager dans le NPT. C’est ainsi que l’Inde s’est dotée seule d’un réacteur surgénérateur expérimental à Kalpakkam en juin 2005, faisant suite à un prototype installé en octobre 2004. C’est également seule qu’elle a développé son programme de lanceur et de satellites.

Cependant, depuis quelques années, les Etats-Unis et l’Inde s’étaient rapprochés en vue de mieux coopérer. En Novembre 2002 ils avaient convenu de créer un High Technology Cooperation Group (H.T.C.G.) chargé de faciliter les transferts de haute technologie et de discuter d’une future coopération nucléaire et spatiale. Ce Groupe s’est transformé en une initiative dite India-United States Next Steps in Strategic Partnership (N.S.S.P.), qui a débuté en janvier 2004. Enfin, en mai 2005, le secrétaire américain à l’énergie Samuel Bodman et le vice- président de l' India's Planning Commission, Montek Singh Ahluwalia, avaient mis en place 5 groupes de travail sous le thème du « Dialogue Etats-Unis- Inde sur l’énergie ». Ces thèmes comprenaient la question de la fusion nucléaire et des recherches fondamentales associées, bien que la fusion puisse conduire au développement de nouvelles bombes à hydrogènes. On dira qu’il n’y avait là rien que de normal, puisque dans le même temps, la Chine avait été acceptée, avec un fort appui européen (mais avec beaucoup de réticences américaines), comme partenaire majeure dans le programme international Iter, dont l’Inde ne fait pas encore partie. Finalement, en visant ouvertement les domaines de la défense, le ministre indien de la défense Pranab Mukherjee et le secrétaire à la défense américain Donald Rumsfeld ont signé le 27 juin 2005 un accord décennal de défense intitulé "New Framework for the U.S.-India Defense Relationship". Il s’agit de mettre en place un programme d’échanges commerciaux bilatéral, en matière de défense, incluent des transferts de technologie, des recherches et même des productions communes. La voie était donc balisée pour l’U.S.-India joint statement décidé au plus haut niveau des deux chefs d’Etat le 18 juillet dernier.

Les intérêts américains

Les avantages que l’Inde tirera du nouvel accord ne doivent pas cacher en quoi ce dernier sert les intérêts américains. Dans les mois prochains, les industriels pourront vendre de nombreux produits civils ou militaires aux Indiens. Mais à plus long terme, ils prennent une option favorable dans les très grands contrats d’équipement que l’Inde se préparer à mettre en concurrence. La compétition est vive, face aux offres des Européens, Israéliens et Russes. Ainsi l’ Indian Air Force a décidé d’acheter 126 nouveaux avions de combat durant les 5 prochaines années. Ce n’est pas un hasard si en mars 2005, les Etats-Unis ont autorisé Lockheed Martin à vendre à la fois à l’Inde et au Pakistan des avions F-16 qui peuvent porter des bombes nucléaires. Ils visent évidemment à ce que ces matériels soient retenus face aux propositions des Suédois, des Russes et des Français. Le marché sera d’au moins 3 milliards de dollars. Ils espèrent aussi intéresser l’Inde au système PAC-III de missiles de défense, qui peine à décoller aux Etats-Unis. On sait également que le domaine des nouvelles centrales nucléaires sera un espace mondial d'affrontement où les industriels américains espèrent bien faire la loi.

Mais le rapprochement stratégique avec l’Inde signifie beaucoup plus pour l’administration américaine. Il s’agit de montrer aux puissances de la région, notamment le Pakistan et la Chine, peut-être aussi au Japon, que les Etats-Unis ne sont pas décidés à se retirer de l’Océan Indien et de la zone, ni au profit de la Chine, super puissance incontestée de demain, ni au profit d’Etats proliférants comme le Pakistan, ni bien évidemment au profit des Russes et des Européens. L’alliance indienne sera précieuse à cet égard. Mais elle peut induire aussi des risques, que la gauche indienne ne manque d’ailleurs pas de souligner. Si la Chine prenait la nouvelle démarche américaine comme une mesure de plus destinée à l’isoler, les relations sino-américaines ne pourraient que se tendre encore, sans doute à terme au détriment des intérêts américains et de ceux de leurs nouveaux amis Indiens. Certains pronostiquent déjà que l’Inde risque d’être entraînée, malgré son profil traditionnel de non-alignement, dans une course aux armements avec ses voisins qui serait ruineuse

Aussi, vraisemblablement, l’Inde veillera à ne pas s’engager trop unilatéralement avec les Etats-Unis. Une certaine partie de son avenir commercial et scientifique repose sur de bons rapports avec le reste du monde, notamment avec l’Europe. Mais les Européens sauront maintenant qu’ils ne doivent pas considérer l’Inde comme un partenaire acquis d’avance. Elle était loin de l’être jusqu’à aujourd’hui, mais avec le grand frère américain en arrière-plan, elle le sera moins que jamais. 08/08/05


Les caméras de vidéo-surveillance : là encore, une émotion excessive

On ne fera croire à personne que si la France se dotait d’un parc de caméras de vidéo-surveillance (CCTV, close circuit television) équivalent à celui de la Grande Bretagne (soit 1 machine pour 2 adultes), nos libertés publiques seraient en grand péril. Là encore, la Ligue des Droits de l’Homme et d’autres associations de défense tel Privacy International se trompent véritablement de combat (à moins de seulement chercher à faire parler d’elles). Il y a bien d’autres choses à dénoncer en matière de droits de l’homme que la probabilité d’être filmé par de telles caméras. Sur des millions d’enregistrements, je n’ai personnellement aucun souci de voir figurer quelque part mon image, aussi sacro-sainte que celleci puisse m'apparaître. Je ne vois pas pourquoi d’autres quidams comme moi s’en inquiéteraient, sauf par une volonté maladive de se croire plus importants qu’ils ne sont.

La vraie question serait plutôt de savoir si ces caméras seront vraiment efficaces dans la lutte contre les crimes et délits. Sans doute mieux que rien, mais il serait dangereux de trop compter sur elles et oublier les mesures de police plus traditionnelles.

On se retrouve là un peu dans la situation des Américains en Irak. Confrontés à des formes de guerre aussi primitives que féroces, leurs experts militaires, poussés par les industriels high-tech, se lancent dans une course à la technologie qui parait bien dérisoire. C’est ce que dénonce avec justesse un article de De Defensa (http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1806) : « En même temps que les attaques contre les forces américaines en Irak sont de plus en plus efficaces et que l’on constate les effets grandissants de ces attaques sur la situation tactique, que font les Américains? Ils préparent leur riposte grâce à la high tech.
La description des mesures que les Américains sont en train de préparer est totalement surréaliste. Elle montre leur complète incapacité d’adaptation, et combien chaque événement fâcheux pour leurs armes est aussitôt suivi de conclusions fausses qui ne manqueront pas d’aggraver leur situation lorsqu’elles aboutiront à des mesures concrètes. Face aux attaques, les Américains ne cherchent que des mesures défensives derrière lesquelles ils tendent à s’abriter de plus en plus. Lutter contre les attaques ne relève que d’une chose : de la technologie la plus sophistiquée possible, toujours de plus en plus sophistiquée. L’hebdomadaire Aviation Week & Space Technology, dans sa livraison du 8 août, consacre un article à ces technologies qui vont changer le cours de la guerre, — une sorte de mythe des “armes secrètes” de Hitler en 1944-45, remis au goût du jour
. 1).
Il y a beaucoup de risques pour que ces découvertes mirifiques ne changent rien à la guerre que subissent actuellement les forces américaines. 05/08/05

l) Il s’agit de l’article New Anti-Car-Bomb Technology Being Fielded " The U.S. is introducing a new technology into the fight in Iraq that counteracts the effect of improvised explosive devices and bombs by making them ignite prematurely." (sur souscription) http://aviationnow.ecnext.com/free-scripts/comsite2.pl?page=aw_document&article=08015p06


Affaire des fœtus de St Vincent de Paul : une émotion indécente

Les médias français, supposés refléter l’émotion de l’opinion publique, ont fait preuve d’une rare indécence en montant en épingle la « découverte « de fœtus mort-nés non détruits dans une réserve de l’hôpital St Vincent de Paul et en mettant en accusation le milieu hospitalier. Au sein d'un monde où les milliers de morts s’accumulent tous les jours dans l’indifférence, en Irak, en Afrique et sur les routes, il est honteux de s’attarder sur de tels évènements. Claude Sureau, membre du Comité consultatif national d'éthique, a fort opportunément dénoncé, dans un article du Monde daté du 05/08/05, p. 7 (http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-677633,0.html), la "lâcheté" (le mot est de nous) des hommes politiques : « Nous sommes ici confrontés à une réaction gouvernementale du type "post-caniculaire". Tout se passe comme si, dès le premier dysfonctionnement, réel ou supposé, survenant dans le champ sanitaire ou éthique, les responsables politiques montaient au créneau médiatique et ce, uniquement parce qu'ils ont tous la terreur d'être un jour mis en cause devant la justice. Osons aller plus loin encore : avec cette affaire, nous sommes dans l'absurde du fait d'une application irréfléchie du principe de précaution. C'est, fort malheureusement, l'application du "principe de précaution politique" qui est à l'origine de cette affaire.
La personne qui la première a crié au scandale et qui a l’audace de prétendre interpeller le ministre afin d’obtenir des dommages-intérêts semble surtout mue par la perspective d’une substantielle indemnité. On ne fera pas croire que sa douleur, jusque là calmée, se réveille au point de justifier un pretium doloris. Quant à Patrick Pelloux, président de l’association nationale des médecins-urgentistes de France, que l’on savait volontiers démagogique, il reste fidèle à lui-même en criant avec les loups : il se dit « consterné » « Forcément, il y avait des gens au courant. Il faut faire tomber des têtes ».

Ledit Pelloux ferait mieux de se préoccuper de ce qui va se passer en Europe et en France lors de la prévisible et prochaine pandémie de grippe aviaire humanisée. L’appareil sanitaire sera débordé. Qu’il y réfléchisse dès maintenant et réserve ses indignations pour ce thème autrement dramatique. 05/08/05


La série Retour sur le Futur proposée par Le Monde

On a lu avec intérêt la série Retour sur le Futur, proposée dans « Le Monde de l’été » à partir du 2 août. Il s’agit de scénarios conçus par Michel Alberganti, mettant en scène de façon réaliste des humains des prochaines décennies aux prises avec un monde façonné par des sciences et technologies encore en émergence à l’heure actuelle. On y découvre la robotique, l’énergie-hydrogène, l’Internet, l’exploration spatiale…tels que l’on peut aujourd’hui les imaginer à horizon du demi-siècle, c’est-à-dire non sans a priori et risques d’erreurs, pouvant conduire à surestimer ou au contraire à sous-estimer la vitesse et la nature des changements. L’exercice est cependant intéressant. Les nombreux experts consultés doivent en principe garantir les grossières erreurs fréquemment commises par la grande presse sur de tels sujets. Mais il s’agit de scénarios optimistes, en ce sens que les grands conflits actuels ou prévisibles entre puissances à visées technologiques ne sont guère évoqués. L’humanité apparait globalement réconciliée dans un accès apaisé aux ressources du progrès. On aurait mal compris, il est vrai, que l’auteur brossât des tableaux apocalyptiques que nous aurions été les premiers à lui reprocher. 04/08/05

• Voir par exemple l’article Dans la main invisible du Net, de Yves Eudes, paru dans l’édition du 4 août : http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-677367,0.html


Le patriotisme économique américain

Comme prévisible, le groupe chinois China National Offshore Oil Company (Cnooc) (1) a renoncé à racheter le pétrolier américain Unolocal, devant la vague d’hostilité déclanchée aux Etats-Unis par ce projet. C’est finalement l’américain Chevron Texaco qui a fait l’opération. Différentes mesures et résolution avaient été prises au plan politique pour que l'OPA, jugée menaçante pour la sécurité nationale, ne se fasse pas. Il est évident que ce prétexte n’avait pas de fondement réel, Unocal ne contrôlant que 0,8% de la production de pétrole des Etats-Unis. Mais il s’agissait de montrer clairement à la Chine qu’il y a des domaines où elle ne doit pas s’aventurer. Déjà le rachat de la division d’ordinateurs personnels d’IBM par le chinois Lenovo avait inquiété, mais il n’avait pas provoqué de levée de boucliers. L’énergie et notamment le pétrole, dans un monde où l’Asie disputera sans aucun doute à l’Occident et notamment aux Etats-Unis l’accès aux dernières gouttes d’huile, est considéré outre-atlantique comme autrement sensible. La Chine a pris semble-t-il calmement le refus américain. Elle sait qu’elle n’est pas sans atouts pour le futur, alimentant par ses achats de devises une partie du déficit de la balance commerciale américaine et par ses fournitures à bas prix une grande part du marché interne de consommation aux Etats-Unis.

L’évènement doit aider les Européens, y compris le patronat français inquiet d’un prétendu « retour au nationalisme » à considérer avec plus de calme les appels au patriotisme économique lancé par le Premier ministre français à propos de l’affaire Danone. Au reste, selon Le Monde du 4 août, p. 7, l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris, SE Craig Stapleton aurait déclaré : « Je trouve cela bien. Nous connaissons aussi cela chez nous ». L’agro-alimentaire est en effet aussi stratégique pour la France que le pétrole pour l’Amérique. On devra comprendre que, dans l’avenir, un certain nombre de secteurs soient considérés comme stratégiques pour les Européens et devant donc rester le plus possible dans le patrimoine géo-politique de chaque pays, qu’il s’agisse de grandes entreprises ou de start-up innovantes, objets de toutes les attentions de l’intelligence économique.

Certes, si l’Europe fonctionnait comme elle devrait, c’est-à-dire en termes de puissance économique, industrielle, technologique et …militaire, ce devrait être de préférence au plan européen global que ce patriotisme devrait s’exercer. Peu importerait alors qu’une entreprise allemande rachetât une entreprise française ou espagnole si le nouveau potentiel ainsi formé restait dans l’orbite européen et n’était pas destiné à être vendu quelques mois après à des fonds de pension américains ou à des investisseurs chinois. Mais les choses sont encore loin malheureusement de se passer ainsi. D’où, malgré les critiques d’un Patrick Ricard ou un Michel Edouard Leclerc (que le patriotisme n’étouffe pas quand il s’agit d’acheter au plus bas à l’autre bout du monde), la nécessité de continuer à parler de patriotisme économique en France. Si le marché américain se fermait à certaines opérations de nos industriels, ce ne serait pas à titre de mesure de rétorsion, mais par volonté de se protéger. 04/08/05

1) Ne pas confondre avec Knock le Zout, en Belgique


CAFTA versus ACS

Ce qui se passe en Amérique Centrale et dans la zone Caraïbe est généralement ignoré par la plupart d'entre nous. On peut penser cependant qu'une évolution importante dans les relations de force entre les Etats-Unis et les Etats de la région est en train de se produire. Deux évènements significatifs doivent être observés. Le premier concerne le vote par la Chambre des représentants des Etats-Unis du traité de libre-échange avec la zone des Caraïbes (CAFTA) le 24 juillet. Le second est la réunion le 25 juillet de l’Association des États des Caraïbes (Association of Caribean States, ou ACS). Il s'agit sans doute d'un approfondissement de la confrontation entre les deux Amériques, celle que dominent les USA et celle qui, aujourd’hui, refuse l’influence américaine, soit la quasi-unanimité de l’Amérique du Sud, autour du Brésil de Lula et du Venezuela de Chavez.

Le CAFTA, acquis à une courte majorité au Sénat, contre les représentants des états américains sucriers, représente un effort d'ouverture des Etats-Unis vers les pays latino-américains, puisqu'il se traduira par une baisse des droits de douanes US sur les produits agricoles importés de ces pays. A terme cependant, le libre-échange profitant plus aux forts qu'aux faibles, il entraînera une augmentation de l'influence économique américaine déjà considérable au sein des pays signataires. Le plus important de ceux-ci est le Mexique. La signature du CAFTA sera présentée cependant par son gouvernement actuel comme une victoire.

L'ACS existe depuis plusieurs années déjà (1994) et fédère de nombreux pays, y compris de futurs signataires du CAFTA, qui veulent résister à l'influence économique et politique des Etats-Unis. C'est le président du Vénézuéla Géo Chavez qui en est aujourd'hui le principal inspirateur. Le sommet du 25 juillet a été un grand succès étourdissant pour Chavez et pour sa proposition d'un plan "PetroCaribe" qui offre une alimentation en énergie aux pays des Caraïbes à des conditions très avantageuses. Géo Chavez que les Etats-Unis et leurs alliés avaient considéré ces derniers temps comme politiquement mort repart de plus belle dans la contestation de la domination américaine et intéresse ce faisant de plus en plus le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. Il est vrai qu'il propose de mettre dans la balance le poids de son pétrole, argument percutant auprès de pays qui n'ont pas d'approvisionnement en propre.

L'avenir de l'affrontement est à suivre de très près. Les Européens, apparemment peu soucieux (sauf peut-être les Espagnols) de se rapprocher de l'ACS, peu soucieux aussi d'affronter les Etats-Unis en Amérique Latine, devrait y veiller de près. C'est tout l'avenir de leur politique latino-américaine qui découlera d'un bon ou d'un mauvais choix d'alliance. Pour la France, impliquée territorialement dans la zone Caraïbe, la question est particulièrement importante. Le bon sens semble recommander aux Européens, même si Chavez et certains de ses alliés (par exemple Castro) paraissent difficiles à vivre, une politique d'ouverture et de coopération qui n'hésite pas à se démarquer des positions de Washington. 05/08/05


Les fantômes de l'Unité 731

Faut-il revenir sur le passé. En principe, oui. C'est le rôle de l'historien. Il ne faut pas le faire pour faire renaître les haines mais pour comprendre non seulement les évènements anciens mais les réactions qu'ils suscitent sans doute encore dans les inconscients. A cet égard, l'oppression menée par le Japon impérial en Corée et en Mandchourie, ne doit pas être oubliée par les européens, plus préoccupés de ce qui s'est passé sur leur continent dans les années noires. Le film de Serge Viallet, Kizu, les fantômes de l'Unité 731, présenté par France 2 à 23h45, a constitué à cet égard un utile rappel. Il montre comment, dans un centre "expérimental", le Japon a développé des germes épidémiques et formé ses jeunes médecins et chirurgiens en utilisant des prisonniers politiques voués à une mort abominable. L'Etat-Major Japonais n'avait rien à envier aux méthodes du sinistre Dr Mengele et plus généralement des nazis. Des choses semblables se passent certainement encore dans le monde, mais, espérons-le, à plus petite échelle et sans l'approbation explicite ou tacite d'un peuple entier.

L'édition de ce documentaire est presque simultanée à la commémoration du lancement des deux premières bombes atomiques sur le Japon, et au rappel des violents combats de la guerre du Pacifique. On ne peut pas s'empêcher alors (mais peut-être a-t-on tort) de trouver des excuses aux Américains de l'époque. 01/08/05


Un partenariat des six plus grands pays pollueurs pour échapper à Kyoto

Les Etats-Unis font tout ce qu'ils peuvent pour rendre inopérantes les mesures pourtant bien timides du Protocole de Kyoto visant à fixer des restrictions quantitatives à la production des gaz à effet de serre. Leur thèse, comme nous l'avons rappelé plusieurs fois, consiste à dire que seules de nouvelles technologies de confinement du CO2 ou de lutte contre le réchauffement global permettront de contrôler l'accroissement des températures (voir notre article Solutions américaines pour lutter contre le réchauffement de la Terre dans ce numéro). Cette argumentation leur permet dans le court terme de ne rien changer à leur mode de vie hyper-consommateur et hyper-pollueur. A plus long terme, ils visent à vendre aux pays pollueurs, notamment asiatiques, sous prétexte de "transferts technologiques", de coûteuses solutions industrielles made in USA susceptibles de créer à leur profit des marchés dépendants.

Aussi seuls les écologistes naïfs se sont-ils étonnés de la signature à Vientiane le 28 juillet 2005 d'un "Partenariat sur le développement propre et le climat dans la zone Asie-Pacifique" associant les Etats-Unis, la Chine, l'Inde , l'Australie, le Japon et la Corée du Sud. L'objectif affiché est de mettre en oeuvre en commun des énergies propres et développer les échanges technologiques. Il est très louable dans l'absolu mais comme le dit Steve Sawyer de Greenpeace, " ceci n'a rien à voir avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il n'y a pas d'objectifs, pas de réductions, aucun contrôle des émissions, rien de contraignant". Il ne s'agit pas de remplacer Kyoto, proclament les signataires, mais qaund on sait qu'il faut déjà préparer l'après-Kyoto, en adoptant pour 2012 des mesures de restrictions plus ambitieuses pouvant intéresser 200 pays, comme on en discutera à Montréal en novembre sous l'égide de l'ONU, le "Partenariat" est un alibi qui permettra aux Etats-Unis de continuer à refuser d'entrer dans la procédure de Kyoto, en espérant s'allier la Chine et l'Inde. Ces dernières ont ratifié Kyoto, mais n'ont pas d'obligations à respecter avant la 2e phase.

L'Europe dispose évidemment là d'une carte à jouer, notamment dans ses relations avec la Chine. Elle aussi peut cofinancer des centrales à charbon ou à fusion propres destinées à ce pays, en contrepartie d'une ratification effective et dûment appliquées des restrictions quantitatives d'émission de l'après-Kyoto.

Quant à l'Australie, on ne peut que s'étonner (s'indigner) de la voir continuer à refuser les contraintes de la limitation de production de CO2, alors que par ailleurs, elle constate déjà des risques de destruction de ses barrières coraliennes liés au réchauffement et à l'augmentation d'acidité de la mer. 30/07/05


Des robots jockeys protecteurs des droits de l'homme
CJ 29/07/05

Nous sommes définitivement entrés dans l'ère des robots. Vous en doutiez ? Et pourtant ceux-ci commencent à s'immiscer partout, même au sein du sport préféré des riches Emirats arabes : les courses de chameaux. Perchés sur leurs montures, et pour la première fois(1), 7 robots se sont affrontés le 13 juillet dernier à Doha (Qatar).
Contrôlés à distance par leurs propriétaires, ces jockeys-robots savent donner les coupsde reins adéquats, mais aussi cravacher l'animal pour le forcer à accélérer.

Cet événement est incroyablement fondateur car c'est la première fois que des robots viennent ici défendre les droits de l'homme. En effet, la plupart des pays du golfe persique impliqués dans ces courses utilisent traditionnellement des enfants comme jockeys, enfants approvisionnées par des trafics avec le Bangladesh, le Sri Lanka ou le Pakistan, enfants maintenus le plus souvent affamés pour ne pas peser trop lourd sur leur monture. En décembre dernier, face à la pression d'organisations militant pour des droits de l'homme(2), les officiels du Qatar ont proscrit le recours à de telles pratiques et interdit l'usage de jockeys enfants.

Dès 2004, sous l'impulsion du Sheik Abdullah bin Saud avait été lancé un projet de robot jockey auprès de la société K-Team, basée à Genève(3), machine qui se présente maintenant sous la forme d'un androïde de 26 kilogrammes, bien moins lourd qu'un homme.
Un marché vraiment prometteur lorsqu'on sait que les émirats arabes unis ont à leur tour annoncé en avril dernier l'usage de robots dans les courses et que, depuis mai, le sultanat d'Oman a banni le recours aux enfants comme compétiteurs.

Conclusion en forme de leçon philosophique : faudra-t-il finalement user systématiquement de subsituts de nous-mêmes pour enfin résoudre tous les problèmes de la planète ?

(1) Notons que des essais pour la mise au point des robots avec les ingénieurs s'étaient déjà tenus en mars 2004, donnant lieu à une course.
(2) Et même si le Qatar a toujours nié avoir recours à de tels agissements...
(3) Société bien connue des laboratoires, notamment par la commercialisation du robot Khepera.

Pour en savoir plus
K-Team : http://www.k-team.com/ktps/portfolio/folio.html


Echange avec un correspondant

J'ai reçu le message suivant::

" Cher Monsieur, votre lettre est toujours extrêmement intéressante et apporte souvent des éclairages pertinents sur des sujets très divers.
je me permets cependant de réagir à votre article dont j'inclus un court extrait ci-dessous :

"Nouveaux attentats à Londres. Ceux qui ont voté Non au référendum constitutionnel peuvent se réjouir. Ils ont considérablement nui à la possibilité qu'auraient eu les Etats européens de travailler ensemble efficacement à la lutte contre le terrorisme..."

Ayant voté Non au référendum, pour des raisons à la fois politiques et juridiques, je trouve particulièrement infamant que vous supposiez que les
électeurs du Non aient pu se réjouir en quoi que ce soit des attentats londoniens. Par ailleurs, je doute fort que le vote Oui, s'il l'avait
emporté en France, ait pu changer quoi que ce soit à ces attentats. Bien à vous, un lecteur fidèle."

J'ai répondu ceci:
"Merci de votre intérêt. Tenez compte de mon ton, qui est toujours un peu too much, pour éviter l'ennui (du moins je l'espère). Le "Ils peuvent se
réjouir" est du même ordre que le "tu peux être content" ou "tu l'as bien cherché" que l'on dit à un enfant qui a fait une bêtise malgré les mises en garde.
Ceci dit, au fond des choses, je reste persuadé qu'avoir voté Non n'a en rien facilité la lutte contre le terrorisme et autres agressions. Mais chacun sa thèse,
évidemment."


Quoi de neuf sur le Web?

L'Amérique n'est pas que la patrie des va-t-en guerre, comme on est malheureusement tenté de le penser quant on constate la recrudescence des appels au renforcement du budget militaire et des prises de positions diplomatiques agressives émanant de l'establishment économico-politique. Elle abrite aussi de nombreux bons esprits qui veulent prendre du recul, voire qui s'opposent par le recours à la raison aux appels militaristes.

Citons pour illustrer ceci deux sites que nos lecteurs auraient intérêt pensons-nous à inscrire dans leurs favoris:

Le PINR, Power and Interest News Report. http://www.pinr.com/index.php
Le PINR fait appel à un nombre impressionnant de commentateurs de haut niveau politique et diplomatique, provenant de divers pays, y compris des Etats-Unis. Les analyses sont libres d'accès. La politique du PINR est résumée par le texte suivant, qu'il n'est pas besoin de traduire: "The Power and Interest News Report is an independent organization that utilizes open source intelligence to provide conflict analysis services in the context of international relations. PINR approaches a subject based upon the powers and interests involved, leaving the moral judgments to the reader".

Antiwar.com http://www.antiwar.com/

Il s'agit d'un site tout différent, de type militant. Il rassemble de nombreux organismes ou auteurs qui luttent contre la montée du militarisme aux Etats-Unis et dans le monde, sans jamais cependant, nous semble-t-il, tomber dans la démagogie pacifiste. Antiwar.com a évidemment beau jeu aujourd'hui à dénoncer la guerre en Irak et l'aide considérable apportée par la politique américaine aux différents mouvements terroristes islamiques.

 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12508/index.htm