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La Gazette N° 122 en date du 30 juin 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* La Chine et l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/65/chine.htm
* Sur notre blog: Réactions aux plans dits ABC d'Attac http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2005/06/ractions_au_pla.html
* Hollywood, le Pentagone et Washington, par Jean Michel Valantin http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/65/valantin.htm

Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent dorénavant d'un blog. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
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Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/


Partenariat France Télécom et Microsoft

Selon un communiqué publié sur le site de France Télécom ce jour (http://www.francetelecom.com/fr/espaces/journalistes/communiques/CP_old/cp050629-2.html):

France Télécom et Microsoft annoncent un partenariat stratégique pour développer conjointement des services multimédia pour les entreprises et le grand public. France Télécom et Microsoft ont annoncé aujourd'hui la signature d'un accord de partenariat portant sur le développement conjoint de produits et services Multimédia. Ce partenariat stratégique entre deux leaders dans l'innovation, le premier opérateur intégré et le premier fournisseur au monde de logiciels, permettra de fournir aux utilisateurs finaux (entreprise et grand public...) des services interactifs sur des terminaux de plus en plus intelligents et interconnectés et de véritables produits et services de convergence entre le fixe et le mobile.

Je vous laisse découvrir la suite, dont vous pouvez deviner la teneur. Après l'Inria, France Télécom...29/06/05


Energies renouvelables. Les gouvernements européens sont-ils "nuls"?
28/06/05

On serait tenté de le croire, quand on voit l’incapacité de nos dirigeants à saisir à bras le corps la question des énergies renouvelables, afin d’en faire le principal objectif des politiques nationales et des politiques communes européennes dans les prochaines années.

Nous avons déjà signalé l’impuissance du gouvernement français à proposer aux agriculteurs, comme à ses partenaires de l’Union, un glissement progressif mais irréversible et fort, de l’actuelle PAC à une politique commune des bio-carburants et bio-matériaux. Il s’agit d’un enjeu majeur de ce siècle, sortir du tout-pétrole dont l’Europe ne peut être que la victime, et s’orienter vers l’utilisation de l’énorme potentiel « vert » européen en faveur d’une production de matières premières et d’énergies renouvelables aptes à diminuer la densité des gaz à effet de serre. De plus, comme indiqué par de nombreux experts, cette orientation soulagerait la pression concurrentielle exercée par les producteurs agricoles européens sur leurs collègues des pays pauvres en permettant à ces derniers de retrouver un rôle dans le domaine de l’agriculture de subsistance. Enfin, les technologies de l’utilisation de la biomasse (y compris le retraitement des déchets) pourront être exportées, au moins momentanément, dans des pays grands consommateurs de pétrole, Chine et Inde notamment, où elles seront à terme vitales.

Mais, comme le montre un article de Francis Meunier, dans Le Monde du 27 juin, p. 10 (Energies renouvelables, des décisions s’imposent), il existe bien d’autres domaines où il faudrait d’urgence reconvertir les potentiels industriels européens : les méthodes et processus permettant, non seulement de produire, mais aussi d’utiliser les énergies renouvelables.

Il s’agit d’abord de l’énergie éolienne. Divers pays européens commencent à prendre au sérieux cette filière, avec la réalisation de « fermes », notamment off-shore, disposant d’appareils de très grande dimension. Mais dans d’autres, notamment en France, les pouvoirs publics et les collectivités locales ont refusé d’affronter les divers intérêts qui mènent des combats d’arrière-garde contre ces équipements. Pourtant en France, selon l’Agence Internationale de l’énergie, le potentiel serait de 25% de la consommation annuelle d’électricité. On imagine les nouveaux emplois qui en découleraient. La filière photo-voltaïque, pour sa part, ne doit pas être négligée non plus, notamment pour l’équipement des immeubles en dispositifs de chauffage – et de climatisation. Là encore, 25% de la consommation d’électricité pourraient être économisés en France par des investissements finalement peu coûteux.

Quant à l'Afrique, elle a, plus encore que la France et l'Europe, besoin des énergies renouvelables. Un article de Mersie Ejigu, président de l'Alliance africiane pour l'environnement durable, le rappelle dans un article précédent du Monde (23 juin, p. 15). Ce Continent dispose des sources mais n'a pas les équipements. Elle pourrait avec un peu d'aide extérieure, les acquérir. Mais les pays développés préfèrent y investir dans les champs pétrolifères, générateurs, pour les Africains, non pas de revenus mais de conflits et de pollutions.

Pour ce qui concerne la France, la réorientation vers les énergies renouvelables ne devrait pas être considérée comme un argument pour refuser le nucléaire, qui demeurera indispensable afin de fournir la base de notre consommation en électricité. A cet égard, concernant l’avenir, on ne peut que se réjouir de la décision d’implanter le réacteur thermo-nucléaire expérimental Iter en Europe, et du soutien donné à ce projet par le gouvernement français et par la commission européenne. Mais cela ne suffira pas à définir une politique énergétique commune européenne.

Il ne suffirait même pas d’ailleurs de mettre en place des mesures de soutien aux énergies renouvelables qui resteront dispersées face aux oppositions et face aux besoins de soutien par les financements publics. Sortir du pétrole est un impératif mais n’est pas le seul. C’est toute une politique de reconversion des sociétés européennes leur permettant de maîtriser le réchauffement de l’éco-système qui dorénavant s’impose. Ce réchauffement, quoique l’on fasse, est désormais inéluctable. Il se traduira par de nombreuses conséquences dont certaines seront génératrices de catastrophes possiblement majeures : remontée du niveau de la mer et inondations, tempêtes non exclusives de sécheresses persistantes. Les gouvernements sérieux, sans parler des institutions européennes, devraient d’ores et déjà entreprendre les travaux à long terme permettant de pallier les conséquences les plus graves de ces phénomènes. On en est loin.

Voici pourtant de quoi nourrir intelligemment les discussions sur ce que devrait être l’avenir de l’Europe, concernant des sujets que les citoyens devraient être tout à fait capables de comprendre, malgré leur inculture proverbiale 1). Faudra-t-il laisser à Tony Blair le monopole de la vision européenne dans ces domaines essentiels ? 28/06/05

1) Rappelons que cette inculture, si elle existe, est le produit délibéré des industries dites culturelles à l’américaine, qui visent, selon le mot désormais incontournable de Patrick Le Lay, à libérer de la matière grise au profit des publicités en faveur de Coca-Cola et Mac Donnald's


Galiléo, enfin

Le même jour où était annoncé l'implantation d'Iter à Cadarache, nous apprenions que le projet européen Galiléo de positionnement satellitaire avait enfin été attribué à un consortium d'industriels européens. La Commission, pendant de longs mois, inspirée par un malheureux esprit de "mise en concurrence libérale", voulait ne choisir qu'un des deux groupes en présence, ce qui aurait condamné pratiquement le perdant à mort...et ce dont ladite Commission n'avait apparemment rien à faire. Mais finalement la raison a prévalu.

Le Galileo Joint Undertaking (GJU), créé par la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA), a annoncé, par communiqué, avoir sélectionné cette offre après avoir privilégié la piste de la concurrence entre les deux groupes. "L’évaluation de cette offre conjointe comparée aux deux offres individuelles a démontré une réduction significative de la contribution financière du secteur public et un accroissement des recettes commerciales prévisibles", peut-on y lire. Les deux groupes sont, d’une part, iNavSat - composé de l’Européen EADS, du Français Thalès et du Britannique Inmarsat - et, d’autre part, Eurely, qui comprend le Français Alcatel, l’Italien Finmeccanica ainsi que les Espagnols AENA et Hispasat. Dans un communiqué commun, Eurely et iNavSat ont salué cette décision. "La décision prise aujourd’hui par le GJU représente un pas important pour le programme Galileo", ont-ils souligné, remarquant que "la fusion des consortiums permettra de dégager de nombreuses synergies". 28/06/05


Décision concernant l'implantation du site d'Iter

(AFP) Les partenaires du projet Iter ont signé mardi 28 à Moscou une déclaration commune par laquelle ils choisissent la France, avec son site de Cadarache, pour accueillir ce réacteur expérimental de fusion nucléaire, un programme de 10 milliards d'euros étalés sur trente ans.

Cette décision met fin à des mois de compétition acharnée entre le Japon et l'Union européenne, avec l'espoir de déboucher sur une nouvelle source d'énergie propre. Tokyo, soutenu par Washington et Séoul, s'est battu bec et ongles pour défendre jusqu'au dernier moment le site de Rokkasho-mura, dans le nord de l'archipel.

Le président Jacques Chirac s'est "félicité" du choix de Cadarache (Bouches-du-Rhône) pour accueillir le réacteur expérimental Iter et il se rendra jeudi sur le site, a annoncé l'Elysée dans un communiqué. Selon le chef de l'Etat, le choix de Cadarache est "un grand succès pour la France, pour l'Europe et pour l'ensemble des partenaires d'Iter".

"Le président de la République, qui a engagé le France pendant plus de deux ans dans cette négociation, se félicite de la conclusion de cet accord qui prend pleinement en compte les intérêts de l'ensemble des partenaires du projet", a indiqué l'Elysée.

Jacques Chirac a remercié la commission européenne et les membres de l'Union européenne "pour leur soutien sans faille dans la négociation", ainsi que "la Russie et la Chine qui, dès l'origine, ont soutenu la candidature de Cadarache".

L'Elysée a en outre annoncé que le chef de l'Etat "se rendra sur le site prévu pour Iter à Cadarache le jeudi 30 juin".

Jacques Chirac a également adressé "un message de remerciements au Premier ministre du Japon, M. Junichiro Koizumi, pour l'esprit de dialogue et de confiance mutuelle qui a prévalu tout au long des discussions et a ainsi permis d'atteindre un consensus international pour le choix du site d'accueil d'Iter", a ajouté la présidence.

Selon M. Chirac, qui souligne "le défi scientifique et technologique sans précédent", "cet accord ouvre la voie à la réalisation en France de cet équipement essentiel pour la recherche sur les énergies qui n'émettent pas de gaz à effet de serre".

" Le porte-parole adjoint du gouvernement nippon, Seiken Sugiura, a admis que le Japon se contenterait des compensations accordées au "pays non hôte". Le "pays hôte" assumera 50% des coûts de construction du réacteur, estimés à 4,2 milliards d'euros, tandis que le pays "non hôte" n'en financera que 10% et obtiendra la direction de la gestion d'Iter. Le site franco-européen de Cadarache avait les faveurs de Moscou et de Pékin".

Rappelons que la décision d'installer Iter à Cadarache était pour nous significative de la volonté de continuer à faire de l'Europe un acteur majeur dans les grands programmes technologiques. Nous avions d'ailleurs plaidé, en cas de non accord avec le Japon et les Etats-Unis, la réalisation d'un Iter purement européen, russe et chinois, ce qui ne paraissait pas hors de portée de nos pays. La participation des Etats-Unis et du Japon au projet, qui semble désormais acquise, est sans doute une bonne chose. Mais il ne faudrait pas qu'elle se traduise par une guérilla permanente interne, pour la définition des phases et le choix des sous-traitants. On veillera en particulier à ce que signifieront concrètement les responsabilités du Japon en matière de "direction de la gestion du projet". Nos amis japonais nous ont habitué à cacher un train sous un autre train. On sait ce qu'ils font en réalité derrière leur prétendue "pêche scientifique" à la baleine.

Ajoutons que lorsque Jacques Chirac se positionne en grand défenseur de l'Europe technologique, il est tout à fait dans son rôle. On aimerait le voir faire de même en ce qui concerne la politiques spatiale européenne. 28/06/05


Le plan de la Commission pour soutenir les nanotechnologies
(merci à Roger Grattery pour l'info)

La Commission européenne avait depuis plusieurs mois annoncé qu'elle considérait les nanotechnologies comme représentant une orientation stratégique importante. Elle a établi un plan destiné à soutenir les recherches dans ce domaine, que l'on trouvera à partir de l'adresse suivante http://www.cordis.lu/nanotechnology/. L'action est décrite dans la communication datée du 15 juin (voir http://dbs.cordis.lu/cgi-bin/srchidadb?CALLER=NHP_FR_NEWS&ACTION=D&SESSION=&RCN=EN_RCN_ID:23973&TBL=FR_NEWS

Ce plan, nous citons: "établit clairement ce que la Commission et les Etats membres doivent faire pour que l'Europe reste un acteur de premier plan dans ce domaine. Les actions portent notamment sur les investissements dans les N&N, le renforcement des infrastructures, la formation d'experts interdisciplinaires, la commercialisation, le dialogue avec la société, les préoccupations en matière de santé, de sécurité et d'environnement, et la coopération internationale". Selon le Commissaire Potocnik: "La nanotechnologie est un domaine clé où l'Europe occupe une position de tête, et nous devons consolider cette position. La nanotechnologie représente un potentiel énorme pour l'industrie européenne et pour la société en général, de sorte que la recherche dans ce domaine doit bénéficier d'une stratégie claire et d'une action décisive. Dans le même temps, nous devons prendre en compte tout risque éventuel en matière de santé, de sécurité et d'environnement et y réagir dès que possible".

Le potentiel auquel se réfère le Commissaire à la science pourrait se chiffrer à des centaines de milliards d'euros pour la décennie en cours, selon des analystes. La Commission engagera des crédits dans le cadre du 7e PCR. Elle demande aux Etats de financer le plus grand nombre possible d'actions complémentaires ou spécifiques, notamment par la mise en place d'infrastructures de type "plates-formes technologiques" . Le financement devrait englober les fonds privés et publics et se baser sur les articles 169 et 171 du Traité CE, les fonds structurels et la Banque européenne d'investissement (BEI).

Nous ne sommes pas certains que l'Europe, comme le dit la Commission, tienne la tête dans le domaine des nanosciences et nanotechnologies. Mais de toutes façons, elle doit viser à disputer le premier rang à ses concurrents. Ceci dit, les actions envisagées ne risquent-elles pas la dispersion, le manque d'évaluation et d'application, sinon un abandon pur et simple à la première difficulté. C'est là, comme dans les autres domaines véritablement stratégiques, qu'il faudrait une action forte et continue menée par un ou plusieurs organismes spécifiques, peut-être de type Agence, qui donnerait aux chercheurs et industriels européens une impulsion analogue à celle qu'ils reçoivent aux Etats Unis de l'administration fédérale.

NB: On constatera en attendant que, comme toujours, des opposants aux sciences et technologies font de l'agitation pour inquiéter l'opinion et susciter la peur. C'est le cas d'un groupe d'activistes plus ou moins anonymes, le PMO, qui manifeste à Grenoble contre les projets des pôles Minatec, Biopolis et Nanobio. Il est normal de chercher à connaître les implications sociales et économiques des technologies, mais ceci ne donne pas tous les droits, notamment celui d'agresser les chercheurs et les collectivités locales. Pour qui exactement roule le PMO? Que veulent-ils? Du chômage? Le site quoiqu'il en soit, n'a rien de convaincant http://pmo.erreur404.org/ 17/06/05


Retour au clientélisme électoral

Le gouvernement donne un très mauvais exemple avant les élections de 2007. Il commence à accéder à toutes les sollicitations des groupes de pression qu'il pense susceptibles de lui apporter des voix. Les associations de lutte contre la criminalité routière en donnent une illustration. Le ministre des transports Dominique Perben vient en effet d'annoncer un arrêt dans l'équipement du réseau routier en radars, dont le nombre sera limité à 1000. De l'avis général des associations, ceci sera reçu comme un message par les automobilistes, selon lequel ils peuvent recommencer à enfreindre les limitations de vitesse.

Les domaines dans lesquels le gouvernement va pouvoir revenir sur des interdictions de bon sens ou sur des prescriptions de bon usage vont se multiplier dans les prochains mois. Mais la majorité n'en profitera sans doute pas. Sa démagogie n'entraînera probablement aucun vote favorable pour elle aux élections de 2007. Le gouvernement a pu constater lors des élections précédentes que les lobbys dont il avait flatté les exigences ont pratiquement tous voté contre lui. L’histoire se répétera en 2007. Il ne gagnera pas de voix de ce côté-là et il perdra, plus que jamais, le soutien des citoyens responsables.

On peut admirer par ailleurs à cette occasion la versatilité exceptionnelle du chef de l'État. Après avoir annoncé à grand fracas qu'il mettait la lutte contre les accidents de la route parmi les grands projets du quinquennat, il oublie tout simplement ses engagements et se comporte à nouveau, triste à dire, comme un démagogue de bas étage. 21/06/05


Augmentation des relations sexuelles non protégées chez les homosexuels

Les statistiques annonçant que le nombre des relations sexuelles non protégées ne cesse d'augmenter dans la population homosexuelle donnent à s'interroger sur la nature humaine. Comment se fait-t-il que des individus, notamment ceux se sachant séropositifs, persistent à ne pas prendre de précautions, mettant en danger leur vie et celle de leurs partenaires? Goût du risque voire tendance suicidaire ? Ceci doit faire méditer sur le peu d'efficacité des recommandations faites par les autorités sanitaires en matière de santé publique et de comportement dangereux. Les populations visées ont manifestement une tournure psychologique ou sociologique telle qu'elles ne sont pas sensibles aux messages qui leur sont adressés. On doit même penser que dans certains cas, ces messages ne font que renforcer leurs addictions. Raison de plus pour rester sceptiques quant à l'efficacité des politiques publiques si elles ne s'accompagnent pas d'études approfondies sur les motivations des populations concernées. 21/06/05


Nouveau retard prévisible concernant la loi sur la recherche

Les chercheurs constatent que le nouveau ministre délégué à la recherche, François Goulard, prend tout son temps avant de soumettre le projet de loi, en chantier depuis maintenant presque un an, d'abord au Conseil économique et social fin juin pour avis, puis au Parlement en septembre. Il consulterait, selon le journal Libération, des personnalités dont la compétence et le bon sens en matière de recherche et d'enseignement supérieur ont fait leurs preuves dans le passé : nous pensons en particulier à l'ineffable François Devaquet.

On peut regretter une fois de plus que les changements de gouvernements ne se traduisent pas par la conservation de l'expérience acquise par les ministres précédents. Apparemment François Goulard est obligé de tout réapprendre sur la recherche, alors que son prédécesseur semblait être avoir, après de longues discussions avec les différentes parties prenantes, commencé à percevoir l’importance du problème et l'urgence qu'il y avait à régler ces questions. Pourquoi alors l’avoir remplacé ?

Dans un domaine aussi essentiel à l'avenir de la France et de l'Europe, le sujet devrait de toutes façons mobiliser publiquement Matignon et l'Élysée. Le Premier ministre a certes annoncé lors de la clôture du salon du Bourget le doublement des crédits de l’Agence pour l’innovation industrielle, portés à 1 milliard d’euros et ceci dès son installation en juillet 2005. Il a également envisagé la création d’un MIT à l’européenne regroupant les meilleurs chercheurs de l’Union. Mais on peut craindre que ces annonces, dont la seconde semble assez floue, ne répondent pas aux préoccupations des chercheurs. 21/06/05


Tony Blair n'a raison que sur un point

Dans la campagne qui entreprend contre les Etats souhaitant une Europe moins libérale et plus orientée sur le social et le long terme, Tonu Blair n'a qu'un bon argument, c'est le poids des dépenses du passé dans le budget européen, au détriment des dépenses du futur. Autrement dit, il a beau jeu d'expliquer que l'Europe sacrifie son avenir en continuant à financer la politique agricole commune et la cohésion, au lieu de la recherche, de l'éducation etde la culture. Mais il serait plus convaincant s'il acceptait de sacrifier sa "ristourne" en faveur du financement de tels objectifs, à condition que la France et les autres Etats consentent des transferts équivalents de ressources à partir des crédits dont ils bénéficient. Du coup, le budget communautaire de la recherche pourrait s'accroître dès cette année d'une petite dizaine de milliards. Nous avons examiné ces questions dans le n° 121 de la Gazette. 19/06/05


Pour information: Ci-dessous notre contribution à l'éditorial du numéro 9 de Europa++ daté du 20 juin, revue à laquelle nous collaborons (voir http://www.admiroutes.asso.fr/europa++/magazine/9/index.htm)

La nécessaire souveraineté scientifique et technologique de l'Europe

Europa++ est née de la rencontre de deux projets, le projet politique de l’association PanEurope-International et le projet éditorial de la revue Automates-Intelligents. Au nom de cette dernière, après le temps de réflexion nécessaire à la prise en compte du rejet du Traité Constitutionnel Européen par la France et la Hollande, nous voudrions vous proposer quelques lignes d’action pouvant nous l’espérons redonner un peu de tonus à ceux de nos lecteurs qui continuent à souhaiter l’approfondissement de l’Union Européenne. Il serait trop facile en effet, pour les partisans du Oui que nous avons été, de nous borner à ironiser sur l’impasse où se sont mis pour longtemps nos adversaires, lesquels ont obtenu exactement ce qu’ils ne voulaient pas, c’est-à-dire la pérennisation de la partie III du traité et le rejet aux calendes grecque des parties I et II organisant une Union politique et établissant une Charte des Droits.

Que pourraient être ces lignes d’action ?

1. L’urgence aujourd’hui, pour les pays européens, consiste à rattraper le retard qu’ils ont pris dans de nombreux domaines, face aux Etats-Unis et aux deux géants asiatiques. Ce retard porte d’abord sur le niveau des dépenses de recherche fondamentale et de recherche/développement. Chaque Etat, individuellement ou en partenariat avec d’autres, peut faire beaucoup pour combler ce retard. De même, l’ensemble des Etats pourraient, comme le propose avec pertinence le Premier ministre britannique, s’accorder sur une augmentation substantielle de la part du budget communautaire consacréé à la science, soit en augmentant leurs contributions nettes, soit en acceptant des redéploiements à partir des actuelles contributions. Les gouvernements n’en ont pas pris le chemin le 18 juin à Bruxelles, mais cela peut changer.

Nous attendons du gouvernement français que celui-ci, plutôt que s’affronter aux autres sur la politique agricole commune, reprenne ce discours en mettant sur la table d’ambitieuses propositions assorties des ressources correspondantes. Il le peut et il le doit. Le sommet du G8 consacré à l'environnement et au tiers-monde doit en être l'occasion. L'Europe unie derrière la présidence britannique y a des messages essentiels à porter.

Prenons un autre exemple, celui de l’Espace. Si le Salon du Bourget a marqué le succès des avionneurs européens, il a aussi marqué la prolongation de l’atonie des projets européens déjà engagés et toujours retardés faute de crédits. Il a surtout marqué l’absence totale de nouveaux projets ce qui signera à terme la mort de l’industrie européenne des lanceurs et des satellites.

2. Aucune politique de recherche/développement ne peut avoir de suites industrielles, économiques et sociales si elle n’est pas gérée dans le cadre d’une politique très ferme de protection contre les concurrences extérieures provenant de pays ouvertement protectionnistes en ce qui les concerne, les Etats-Unis mais aussi la Chine et l’Inde. L’Europe peut très bien, à l’OMC et ailleurs, organiser sa défense économique. Cela supposera sans doute la mise en place d’Agences spécialisées, analogues à l’Agence Spatiale Européenne, fortement soutenues par les Etats contributeurs au lieu d’être livrées à elles-mêmes face aux pressions et lobbies extérieurs.

3. Plus généralement, tant enfin que les gouvernements nationaux n’auront pas repris à leur compte les objectifs de ce que nous avons appelé avec nos amis de Paneurope-France la recherche de la souveraineté scientifique et technologique de l’Europe, les opinions ne s’y intéresseront pas. En France, dans la prévision des futures élections, c’est ce discours que nous voudrons entendre en priorité venant du gouvernement comme des mouvements d’opposition. Le reste viendra de surcroît.

On trouvera dès maintenant dans ce numéro des articles précisant ces divers objectifs et suggérant des solutions.

Jean-Paul Baquiast, Christophe Jacquemin


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-12206/index.htm