logo admiroutes


La Gazette N° 118 en date du 1er mai 2005

Par Jean-Paul Baquiast


accueil "la gazette"

 

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à jp.baquiast arobase wanadoo.fr
- Lire la présentation

 

 


A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
Galiléo, l'apprentissage de la complexité stratégique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/63/denevegiordano.htm

Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent dorénavant d'un blog. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/

Florence et Hussein

L'envoyée spéciale de Libération Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun al-Saadi ont disparu le 5 janvier.
Nous ne les oublions pas


 

La Déclaration "Oui à l'Europe des projets"

Cette déclaration peut être signée en ligne par tous ceux qui souhaitent, tout en appelant à voter Oui, montrer les possibilités d'action ouvertes par la Constitution européenne, qu'il conviendra d'exploiter par une dynamique de projets.

Pour signer: http://www.europedesprojets.net/article.php3?id_article=1#article

Ingénieurs, chercheurs, responsables associatifs, cadres d’entreprises et d’administrations... nous voterons OUI lors du referendum sur le projet de constitution.

Comme de nombreux citoyens, nous sommes tous favorables à la contruction europénne mais nous constatons qu’elle est en panne depuis Maastricht, le dernier grand projet européen.

L’élargissement, le bancal traité de Nice, ont cruellement accentué les trois grandes faiblesses de la construction européenne : son déficit démocratique, sa timidité sociale, ses inconstances fédérales.

Sur ces trois points, la constitution apporte de nombreuses améliorations aux traités antérieurs

Plus de démocratie

La constitution institue un droit d’initiative populaire qui permet à un million de citoyens européens de proposer une loi européenne. Ceux qui connaissent la puissance virale d’Internet doivent prendre au sérieux cette promesse de "démocratie participative".

Le Président de la Commission sera élu par le Parlement européen. Ce nouveau pouvoir favorise l’emergence d’un espace public européen : les formations politiques européennes devront présenter un candidat à la Présidence et un programme.

Les Parlements nationaux obtiennent un droit de contrôle sur les législations européennes pour faire respecter les compétences respectives des Etats membres et de l’Union Européenne.

Le Parlement européen devient co-législateur à égalité avec le Conseil dans 80 domaines. Et votera désormais tout le budget. Comme il se doit dans une démocratie.

Plus de social

Les objectifs de l’Union incluent désormais : le plein emploi, le progrès et la justice sociale, le combat contre l’exclusion sociale, la lutte contre les discriminations, l’égalité entre les femmes et les hommes, la cohésion territoriale, le développement durable, la diversité culturelle et linguistique, la paix, la solidarité entre les peuples.

La Charte européenne des droits fondamentaux est constitutionnalisée et acquiert une forcejuridique contraignante.

L’Union se dote d’un gouvernement économique : la responsabilité de l’euro ne relève plus seulement de la Banque centrale européenne.

Les Services économiques d’intérêt général sont reconnus : une loi-cadre leur permettra d’accomplir leur mission de cohésion sociale et territoriale.

De nouvelles capacités d’action

L’Union reçoit une personnalité juridique.

Le Président du Conseil européen est élu pour 2 ans et demi : c’est le moyen d’assurer une stabilité nouvelle.

Le ministre européen des Affaires étrangères exprimera la parole commune des Européens sur la scène internationale.

La majorité qualifiée est étendue à 20 nouveaux domaines (justice, agriculture, sanctions financières contre les personnes ou les groupes criminels, énergie, certains aspects de la Politique Etrangère et Sécurité Commune).

Grâce à cette constitution, l’Europe reprend enfin sa marche en avant ...

Vers une Europe des projets

L’Europe de demain ne se construit pas seulement dans les institutions, les procédures ou les Traités.

Elle se construit dans les réseaux d’Universités, de recherche, d’entreprises, d’administrations ... Elle avance à travers des projets : Erasmus, Galileo, programmes spatiaux, interconnexion des administrations (IDABC).

C’est tout le sens des coopérations renforcées. Les traités en vigueur ne permettent les coopérations renforcées que dans certaines matières. La Constitution les autorise dans tous les domaines. La possibilité de veto d’un Etat-membre est supprimée.

Les Etats de l’Union qui le souhaitent pourront aller plus loin ... En matière de culture, d’environnement, d’éducation, de recherche ou de logiciel.

Des coopérations dans un cadre unique, même si tous les 25 ne participent pas à chacune d’entre elles : cette Europe polycentrique est un modèle peut être plus attractif pour les autres pays et régions du monde que le super-Etat fédéral, calqué sur le modèle americain ou allemand, dont nous avons longtemps rêvé.

La France a un rôle à jouer dans cette Europe des projets et des coopérations. A condition de ne pas se mettre en retrait.

La Constitution renforce la capacité d’agir de l’Europe. Elle ne contient aucun recul : que des avancées.

Je voterai OUI le 29 mai.


Remarquable intervention de Lionel Jospin en faveur du Oui

Certains défenseurs du Oui craignaient un peu la façon dont Lionel Jospin allait les soutenir sur la 2 ce Jeudi soir. On peut penser qu'ils ont été pleinement rassurés. L'ancien Premier ministre a été remarquable. D'abord sur la forme, parlant avec calme et la plus grande clarté, mais aussi avec ce qu'il fallait de passion européenne pour entraîner l'auditoire. Sur le fond ensuite. Je ne reprendrai pas ici son argumentaire, qu'il faudra lire attentivement lorsqu'il sera publié dans la presse demain. Disons qu'il a su mettre en avant les grandes avancées politiques et sociales de la Constitution. Il a également rappelé que sans elle, les idées ou les projets auxquels peuvent tenir les Français n'auraient pas de chances d'aboutir. Ceux qui s'intéressent aux perspectives d'une Europe puissance scientifique et technologique ont par ailleurs applaudi à l'affirmation que sans le renforcement de l'Union, notamment face aux Etats-Unis, l'Europe de la connaissance et de la recherche ne progresserait pas. Le programme Galiléo a été évoqué, comme exemple des domaines où une souveraineté technologique est à construire. Les illusions et parfois les mensonges de ceux qui à gauche militent pour le Non ont enfin été clairement dénoncés.

Les électeurs de droite favorables au Oui auront été sensibles au fait que Lionel Jospin, sans rien retirer des critiques qu'il peut faire ou que le PS peut faire au gouvernement, n'a pas hésité à affirmer qu'il était au côté du Président de la République et de la majorité dans ce vote référendaire, puisqu'il s'agit de choisir un texte représentant un grand objectif commun à l'ensemble des partisans de la construction européenne, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Ajoutons que Lionel Jospin a réaffirmé, ce qui était utile, qu'il n'ambitionnaît pas à l'avenir d'autre rôle que conseiller du PS, dans les grandes circonstances. Il a très bien inauguré ce soir cette nouvelle carrière, dont le besoin n'est pas discutable.

Prenons nous à rêver. Les électeurs seront peut-être finalement sensibles à toutes les grandes voix qui les appelent à voter Oui. Il en faudrait peu pour que le destin de l'Europe parte dans la bonne direction 1). 28/04/05

1) Laissons à Fabius la triste gloire d'aller défendre le Non dans une Université américaine, chez ceux-la mêmes qui ne rêvent qu'à l'affaiblissement de l'Europe. En d'autres temps, on aurait parlé de haute trahison.


Les risques de l'accord Inria/Microsoft

On a appris récemment l'accord Inria/Microsoft, qui se préparait semble-t-il depuis longtemps. Cet accord consiste à introduire le loup Microsoft dans la bergerie des logiciels scientifiques évolués, nécessairement au détriment des laboratoires français et européens intéressés par de tels développements. Ce serait une catastrophe que Microsoft obtienne les droits de tels développements ou même se procure des informations lui permettant de développer plus vite que les compétiteurs français les produits concernés. Le problème se pose dans de nombreuses disciplines émergentes. On continuera cependant de discourir dans les salons sur la nécessité d'une politique d'intelligence économique. 28/04/05

Voir http://www.inria.fr/presse/pre136.fr.html


27 avril 10h30, l'A 380 s'est arraché du sol

Quel symbole devrait être pour les Français, s'ils avaient deux sous d'enthousiasme et de coeur au ventre, que la vue magnifique du plus beau, du plus majestueux des Airbus décollant de Toulouse, à l'heure dite, en accumulant les records. Comment ne pas y voir l'image d'une Europe capable de tous les défis, face au monde admiratif ou envieux. Comment ne pas oublier aussi que c'est grâce à la vision et à l'opiniâtreté des Français, de Noël Forgeard jusqu'au plus obscur technicien, que ceci a pu se faire, la France entraînant l'Europe vers le ciel.

Les spectateurs de tous pays européens venus à Toulouse l'ont bien compris, qui n'ont pas ménagé leurs ovations. Quelle triste figure alors, quel repoussoir offrent les politiques carriéristes, de l'affreux Emmanuelli à l'irresponsable Marie George Buffet, qui continuent à faire campagne pour le Non afin de faire capoter le rêve européen. Ils auraient tiré sur l'Airbus au décollage qu'ils n'auraient pas fait mieux pour saboter notre avenir à tous.

Mais on se prend à rêver. Et si le Trois quatre vingt (comme commencent à dirent les initiés) avait emmené dans son sillage les hésitants et les craintifs, avant de les ramener à Toulouse, après un petit tour sur l'Atlantique, transformés en militants fanatiques de la cause européenne...27/04/05


Le pape et l'Europe Chrétienne

Il fallait s'y attendre, le si benoît Benoît XVI ne l'est pas tant que cela. Pas plus tard que ce jour, il vient de rappeler les racines chrétiennes de l'Europe et a déploré que la Constitution ne les reconnaisse pas. On dira qu'il est dans son rôle de chef de l'église catholique en lançant de telles propos, qui n'engagent que lui. Mais nous ne sommes pas de cet avis. Il s'agit d'une immixion flagrante dans les affaires politiques européennes. Au moment où beaucoup de pays, la France en premier, doute (à tort évidemment) de l'intérêt de faire progresser l'Union Européenne, il est scandaleux de brandir la perspective d'une Europe Chrétienne et plus précisément catholique. Veut-on éloigner de la construction européenne tous ceux qui, athées ou croyants d'autres religions, n'ont aucune envie de voir s'établir une collusion entre Rome et les institutions européennes.

Le gouvernement français, si prompt à dénoncer ceux qui poussent à voter Non au prochain référendum, ne devrait pas laisser passer cette manoeuvre pontificale. On aura vite fait de dire que derrière l'Europe chrétienne revendiquée par le pape se profile l'interdiction de l'avortement et des préservatifs, interdiction qui symbolise malheureusement l'essentiel du message catholique au monde moderne. 27/04/05


Un autre empire de la honte, le bagne du X

Le Monde2, supplément du Monde, en date du 23 avril 2004, évoque p. 9, dans un petit article de Frédéric Joignot, le bagne auquel sont soumises les "actrices" tournant dans les films et les vidéos X, dont l'industrie est de plus en plus prospère. Le développement de l'Internet lui a donné une importance jamais acquise auparavant, en permettant d'attirer sur les 280.000 sites du X (chiffre cité, datant de 2000 et certainement bien supérieur aujourd'hui), un nombre sans cesse croissant de clients prêts à payer. Le chiffre d'affaires du X serait de 10 milliards de dollars aux Etats-Unis. Or le scandale de la chose tient à ce que les femmes utilisées comme matière première de telles productions n'ont pas le choix. Venues de milieux pauvres, sans éducation, sans métier, elles sont obligées d'accepter les exigences des hardeurs, qui les ruinent physiquement et moralement en quelques mois. Ensuite on les retrouve, quand elles ne se suicident pas, dans la prostitution et la drogue, sources auxquelles s'alimentent souvent les mêmes "industriels".

Frédéric Joignot conseille à ceux qui veulent s'informer sans voyeurisme la lecture du livre de Richard Poulin, La Mondialisation des industries du sexe (Imago, 2005). On peut consulter aussi un article de la romancière Isabelle Sorente http://www.lattention.com/article.asp?ArtID=9&lk=sexe. La forme en est inutilement racoleuse, mais le fond est assez terrifiant. L'auteur s'inspire en particulier d'un film, "Shocking Truth", présenté au parlement suédois par une association, dans le cadre d'une réflexion sur la liberté d'expression et la pornographie. Il rassemble des confidences d'actrices, de policiers, de producteurs.

La question posée par Isabelle Sorente reprend et actualise en la transposant au monde du virtuel celle que suscite l'intérêt des clients pour le sexe commercial. Qu'est ce qui pousse tant de gens à consacrer tant de temps et payer tant d'argent pour obtenir des "plaisirs" qui, en ce qui concerne l’Internet, restent du domaine de l’imaginaire ? Les réponses sont multiples. On dira d’une façon générale que la masturbation, qui est l’activité sexuelle fondamentale des humains, ne s’accomplit bien que sur fond de fantasmes sado-masochistes. Pour cela, il faut des victimes qui souffrent. Les souffrances symboliques, c’est-à-dire entièrement simulées, sont moins excitantes pour le client que celles dont il peut se dire qu’elles ont réellement eu lieu. D’où l’intérêt d’assujettir de pauvres filles aux supplices évoqués par le X.

Le méméticien, c’est-à-dire celui qui cherche à expliquer la sociologie en faisant appel à la science dite mémétique, raisonnera sur les images pornographiques elles-mêmes. Il s’agit bien de virus de l’esprit et du sexe humain qui prolifèrent sur les réseaux modernes. Mais leur prolifération suppose des milieux générateurs et des milieux récepteurs, de même que le virus de la grippe du poulet naît dans les basses-cours de l’Extrême Orient. Ce virus de la grippe se répandra et de transformera en pandémie chez les personnes entrant à son contact, grâce notamment aux voyages aériens. Etudier le virus est nécessaire mais s’interroger sur les basses-cours asiatiques et sur la sécurité sanitaire des échanges inter-humains est tout aussi utile. En ce qui concerne le X, étudier les « mèmes » pornographiques ne devrait pas faire oublier les femmes victimes de l’industrie qui les génère. 23/04/05


L’empire de la honte, de Jean Ziegler. Que pourrait faire l’Europe ?

Jean Ziegler ne se lasse pas de lutter dans ses livres contre l’exploitation de la masse des hommes par la petite minorité des riches et des puissants. Dans son dernier livre, L’Empire de la honte (Fayard), il montre à nouveau comment la planète qui (selon lui) pourrait nourrir toute sa population, compte encore au moins 1 milliards de personnes sous-alimentés ou mourant de faim – sans mentionner les centaines de millions de chômeurs du monde dit développé. Il attribue ceci au système capitaliste libéral devenu désormais la règle universelle, au sein duquel il faut pour survivre comprimer sans pitié ses coûts et maximiser ses prix de vente. Mais il ajoute à cette considération de type « systémique » une dimension morale, ou plutôt immorale, celle grâce à laquelle par exemple les grands patrons de multinationales touchent sans états d’âme des salaires qui pourraient permettre d’alimenter des milliers d’affamés du tiers-monde. Il appelle à l’ « insurrection des consciences », dont les deux ressorts devraient être la honte et l’utopie, cette dernière proposant ce que pourrait être une organisation différente du monde. Le Hourvari qui a accompagné cette semaine l'annonce de l'indemnité de départ du PDG de Carrefour peut faire espérer que l'impunité morale dont bénéficient les grands patrons n'est pas sans limite, même en France. Mais est-ce pour autant que cessera le systéme dénoncé par Ziegler?

Jean Ziegler, même s’il n’est pas reconnu par tous les altermondialistes (où les chapelles se développent au-delà du bon sens) est généralement considéré comme de bon conseil par les organisations internationales, notamment l’ONU et beaucoup d’ONG. Comment se fait-il cependant que les analyses telles que les siennes ne parviennent pas à être crédibles. Certes, nul ne nie ce qu’il dénonce, mais nul ne croît vraiment que l’insurrection des consciences, limitée à quelques uns par la force des choses, puisse changer grand-chose.
L’élection du cardinal Ratzinger à la papauté risque de confirmer ce pessimisme. Si l’église catholique pouvait conserver un certain sens universel, même pour les laïcs, ce serait par son message de générosité évangélique. On n’y croit guère en tant que facteur permettant de lutter contre l’égoïsme des puissants, mais on le préfère à celui d’une église intégriste crispée sur des valeurs d’un autre âge. Or c’est bien ce dernier type d’église, ménageant les puissants, qui a toujours eu l'appui du Vatican. On verra ce que sera la doctrine sociale du nouveau pape. Quant à eux, les quelques prêtres sud-américains ayant survécu à la renormalisation des hiérarchies catholiques en Amérique Latine ne semblent pas se faire d'illusions.

Mais à quels saints si l’on peut dire pourraient alors se vouer ceux qui, sans rejeter les appels à la morale, ne croient guère en leur efficacité et voudraient cependant œuvrer à la survie de l’humanité dans des conditions décentes ? En observant le monde et son histoire d’une façon très macroscopique, on est tenté de parler d’une évolution émergente. Je reviendrai sur ces mots qui peuvent paraître vide de sens, notamment quand je discuterai le livre récent du physicien américain Robert Laughlin, A Different Universe. Ce point de vue conduit à penser que si le monde est ce qu’il est, notamment impitoyablement dur pour les faibles, c’est parce que des lois émergentes nées de la coexistence pour la survie d’innombrables entités vivantes, l’organisent ainsi. Au plan humain, la dureté n’est alors d’ailleurs pas seulement le fait des multinationales mais de tous ceux qui, dans les structures étatiques et sociales, disposent d’un pouvoir sans contre-pouvoir.

Or le propre de l’émergence, c’est qu’on ne peut pas la modéliser ni par conséquent la prédire. On peut seulement la constater. Mais quelle conclusion en tirer ? Faut-il se résigner à accepter le monde comme il va ? Les choses sont sans doute plus compliquées. Si l’évolution systémique du monde conduit à l’émergence de plaidoyers comme ceux de Jean Ziegler et des altermondialistes en faveur d’une autre organisation globale, c’est parce que les germes de cette organisation existent déjà et cherchent à se faire jour. Les idées qui commencent à circuler concernant la façon dont cette nouvelle organisation pourrait se construire sont à étudier et répandre. Face aux menaces globales qui pèsent sur l’humanité aujourd’hui, on peut espérer qu’un certain nombre d’hommes et même d’institutions et d’entreprises, où qu’ils soient dans le monde, réagiront d'eux-mêmes afin d’éviter l’apocalypse, le doomsday. Il ne s’agira plus de morale et d’altruisme, mais de survie pour tous. Si cela se produit, nous constaterons l’existence d’une réaction systémique émergente, dont le succès ou l’insuccès demeureront pourtant imprévisibles.

Ceux qui croient réalisable le « rêve européen », conçu comme apport d’éléments de contre-pouvoirs dans le système de domination unilatérale qui asservit aujourd’hui le monde, y verront quelque espoir de remèdes aux maux dénoncés par Jean Ziegler. C’est d’ailleurs dommage qu’il n’y fasse pas vraiment allusion dans son livre. Certes, les multinationales européennes, comme d'ailleurs les Etats européens, sont aussi dures que les autres. Mais si la constitution que nous espérons voir adopter par les Français le 29 mai favorisait la montée en puissance d'une opinion européenne plus diverse et plus démocratique, les abus de position dominante pourraient peut-être devenir plus difficiles. 20/04/05


Un Président aux abois

C’est à l’approche de la défaite que les peuples jugent leurs chefs. L’incapacité de Jacques Chirac lors de son intervention du 15 avril, à endosser et faire partager le rêve européen a désolé l'Europe entière. Mais les gesticulations des Premiers ministrables survenues au début de cette semaine vont encore plus loin, donnant véritablement l’image d’un Président aux abois, réagissant comme une poule ivre au lieu de tenter de redresser la barre. Même si Villepin ne serait sans doute pas capable de répondre à toutes les critiques faites au gouvernement, son discours serait mille fois plus mobilisateur que celui de Raffarin. Pourquoi alors s’accrocher à ce dernier ?

Au cas de plus en plus à craindre de succès des Non, Chirac passera dans l’histoire, aux yeux des citoyens européens qui devront sans doute attendre des décennies avant que ne reprenne la marche en avant de l’Union, comme celui qui aura sabordé, par incompétence et suffisance, le rêve mis sur les rails voici 50 ans. Les néo-conservateurs américains seront bien les seuls à s’en réjouir. 19/04/05


Apologue

On raconte qu’au siècle passé, une expédition d "'ethnographes" européens (on parlait de Blancs à cette époque) fut capturée par un des rois dont ils exploraient les vastes territoires. Ils furent incontinent ligotés et mis dans une vaste marmite à moitié emplie d’eau sous laquelle un feu fut allumé. Apparemment satisfait de cette première opération, leurs gardiens se dispersèrent entre les arbres pour faire la sieste.

Une discussion s’éleva parmi les ethnographes. Pour les uns, les Oui, il fallait engager une action collective immédiate, par exemple renverser la marmite en s’y balançant, ce qui éteindrait le feu et leur permettrait peut-être ensuite de se libérer de leurs liens. Mais les autres, les Non, argumentaient qu’ils ne savaient pas où cela les mènerait et qu’il valait mieux attendre, d’autant plus que leur situation n’étaient pas insupportable. Un vote eut lieu. Les Non l’emportèrent.

La conversation se poursuivit quelques temps, puis l'eau vint à ébullition et les ethnographes furent cuits et mangés, à la grande satisfaction des peuplades attirées par l’évènement. 17/04/05


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-11804/index.htm