La Gazette N° 116 en date du 15 mars 2005

Par Jean-Paul Baquiast


 

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La rédaction de la Gazette est suspendue jusqu'au 6 avril 2005


A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
- Propositions pour une politique européenne de la culture numérique par Hervé Le Crosnier http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/63/lecrosnier.htm
- Interview d'Etienne Paillard, Directeur Général de Varioptic http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/63/varioptic.htm

Automates Intelligents/La Gazette d'Admiroutes disposent dorénavant d'un blog. N'hésitez pas à y laisser des commentaires :
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/

Florence et Hussein

L'envoyée spéciale de Libération Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun al-Saadi ont disparu le 5 janvier.
Nous ne les oublions pas


 

L'Europe perd son rang dans le domaine spatial
11/03/05

Le diagnostic que nous avions formulé dans plusieurs notes précédentes (voir notamment L'espace, clef de la souveraineté européenne http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/espaceurop.htm) vient d'être confirmé par un expert indiscutable en la matière, François Auque, président d'EADS Space. Celui-ci, dans un article du Monde en date du 10 mars 2005, p. 19, rappelle quelques chiffres que nous avions nous-mêmes cités mais qui semblent n'inquiéter personne en Europe. Le gouvernement américain dépense 16 milliards de dollars par an (12 milliards d'euros) dans le spatial civil et la même somme dans le spatial militaire, à laquelle s'ajoutent 10 milliards de dollars pour la défense antimissiles. En Europe, le spatial civil bénéficie de 5 milliards d'euros et le spatial militaire d'un petit milliard. Aujourd'hui, selon François Auque, le lancement (ou le futur lancement) des programmes Galiléo * (3 milliards au total) et GMES (Global Monitoring for Environment and Security, initiative conjointe de la Commission Européenne et de l'ESA http://www.gmes.info/) ne doit pas être considéré comme permettant un rattrapage global. L'Europe continue d'être dans une phase de décroissance et de perte de potentiel. Les budgets civils et militaires sont soit bloqués soirt réduits, compromettant le maintien des compétences-clefs. Ainsi rien n'est prévu aujourd'hui, dans le domaine des lanceurs, pour prendre la suite des programmes Ariane-5, du missile balistique M.51 et du cargo spatial ATV. En 2008, l'Europe se retrouvera sans projets ni outils. Pendant ce temps là, sans parler des Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du Sud l'auront dépassée, notamment en termes de programmes de vols habités préparatoire à la conquête de la Lune.

Nous reprendrions volontiers ici la proposition faite dans un interview donné à notre revue par un autre expert, Roger-Maurice Bonnet. Il faudrait, le plus tôt possible (disons dès que sera acquis le vote favorable en faveur du Traité constitutionnel) que la France organise avec ses partenaires de l'Europe spatial un grand colloque de sensibilisation sur ces questions, de façon à ce que les responsables politiques qui continuent à manifester le plus grand mépris pour l'Europe spatiale commencent à ouvrir les yeux.

* La Commission européenne qui devait choisir ce mois-ci entre les deux consortiums candidats à la réalisation de Galiléo (soit EADS-Thales-Immarsat > Alcatel-Finmeccanica-Hispasat), s'est donné 3 mois de réflexion supplémentaires. Ce report est peut-être dû en partie aux luttes d'influence très malheureuses entre Français et Allemands pour la réorganisation à la tête de EADS, laquelle impliquera ou non Thales. Mais le programme déjà retardé de plusieurs années par rapport aux prévisions initiales, ne pourrait pas supporter sans dommages de nouvelles hésitations.


La justice interdit la Cène selon Marithé et François Girbaud
11/03/05

Je me bornerai à reproduire ce message d'un correspondant, que j'approuve, évidemment:

Voir dans "Libération" du 11/03/2005 http://www.liberation.fr/page.php?Article=281666
La justice interdit la Cène selon Marithé et François Girbaud

Extrait : " cette «affiche aux dimensions imposantes (...) constitue un acte d'intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes». Pire, juge le tribunal, frappant du goupillon sur la table, il s'agit d'une «injure faite aux catholiques».

On constatera qu'il n'y a pas une seule représentation religieuse, pas un personnage qui puisse faire penser au Christ en dehors de la mise en scéne. (sans jeu de mot). Pas un seul symbole religieux (coupe, vêtement ou autre ustensile..)
Cela signifie que l'église s'estime propriétaire d'une idée de représentation. Que cette représentation est propre à Léonard de Vinci dont l'oeuvre est je pense dans le domaine public. Ce qui est infiniment grave quant à l'avenir de l'interprétation de la propriété intellectuelle.

Cela signifie aussi que le tribunal donne raison à l'Eglise, sans se préoccuper aucunement des conséquences possibles de telles interdictions. Les gens de la mode et de la pub n'ont guère d'intérêt. De plus, de par le monde, il y a bien d'autres atteintes plus graves à la liberté d'expression, se traduisant fréquemment par la mort des journalistes et la fermeture des journaux. Mais il n'y a pas de raisons de commencer chez nous, même à propos d'évènements apparemment infimes.

Du coup, je publie la photo de l'oeuvre (!). On n'aura jamais autant parlé d'elle.

PS: Mais pourquoi l'Eglise ne s'en prend-elle pas à une autre "atteinte grave à son image", je veux dire le roman Da Vinci Code?


L’approvisionnement de la France en uranium
11/03/05

La question de l’approvisionnement de la France en uranium est régulièrement abordée, notamment par les milieux écologistes qui voient là une fragilité du programme électro-nucléaire du pays. On fait valoir que les réserves mondiales ne sont pas très importantes et surtout qu’elles se trouvent dans des pays étrangers avec lesquels la France n’entretiendra peut-être pas toujours de relations commerciales détendues. Les mêmes arguments sont évoqués par les opposants au nucléaire dans d’autres pays européens, notamment en Allemagne.

Cette question est revenue au premier plan de l’actualité en ce début d’année, à l’occasion de deux évènements. Le premier a été la polémique déclenchée par le réseau « Sortir du nucléaire » et le CRIRAD (Commission de recherche indépendante sur la radio-activité) à propos de la sécurité des mineurs employés par les sociétés Areva et Cogéma dans les mines d’Arlit au Niger. Aréva pense avoir démontré que l'irradiation des personnels ne dépasse pas les seuils admis. Le problème vient de la dispersion dans les villages voisins de ferrailles radioactives récupérées, que l'exploitant devra consigner. Le second évènement concerne l’accès d’Areva au gisement de Koongara en Australie, découvert par les prospecteurs de cette société dans un site appartenant au parc aborigène de Kakadu. Le droit d’exploiter la concession avait été suspendu en avril 2000 pour 5 ans. Aujourd’hui, la discussion continue, relayée par les autorités australiennes. Aréva qui ne souhaite pas exploiter dans le climat de tension actuel s’interroge sur l’attitude à tenir. Le gisement n’est pas très important et de faible teneur, mais c’est précisément dans la perspective de la relative rareté des ressources mondiales qu’il a de l’intérêt.

Quelles sont donc les réserves ? Selon l’OCDE (voir http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/uranium.pdf) elles se trouvent en quantité notable dans 10 pays, les mieux dotés étant l’Australie (1 million de tonnes), le Kazakhstan (600.000 t.), le Canada (430.000 t.), l’Afrique du Sud (300.000 t.) et le Niger (227.000 t.). Ces chiffres paraîtront très faibles. Certes, la consommation mondiale actuelle est de 70.000 t par an, ce qui garantit une cinquantaine d’années d’approvisionnement à l’industrie mondiale. Mais qu’en sera-t-il si le parc des centrales augmente, notamment suite à des programmes chinois et indiens ? Il est vrai que les réserves dites prouvées dépendent du cours du kilogramme d’uranium. Actuellement à 40$, les réserves exploitables ne dépassent pas 1,7 millions de tonnes. Au cours de 130$ le kilo, elles pourraient doubler, sans parler d’éventuelles nouvelles découvertes (assez peu probables il est vrai, selon certains experts). Aujourd’hui, par ailleurs, les Russes ont écoulé leurs réserves destinées au militaire sur le marché mondial. Ceci soulage la demande mais le phénomène ne durera pas. En cas de nouvelles découvertes enfin, le délai d’exploitation d’un nouveau gisement est de plus de 10 ans.

On comprend donc que les pays ayant fait comme la France le pari (justifié à ce jour) de l’électro-nucléaire doivent rester attentifs à leur avenir. Il faudra économiser l’uranium dans les centrales futures et surtout lancer sans attendre les projets de réacteurs thermo-nucléaires à fusion. (nous ne mentionnons pas les solutions de surregénération type Super-Phoenix qui semblent définitivement abandonnées).

Or en ce qui concerne le thermo-nucléaire, l’Europe n’a pas encore pris la décision attendue depuis 6 mois d’installer Iter à Cadarache, face à l’opposition japonaise qui ne désarme pas. Mais il semblerait que la présidence néerlandaise souhaite trancher dans le vif avant la fin de son mandat en juin. On ne peut que le souhaiter.


L’architecture multi-coeurs (multi-core) des nouveaux micro-processeurs
10/03/05

Les appareils électroniques, qu’ils s’agissent des micro-ordinateurs ou de ceux utilisés dans le multi-média et l’électronique grand public, ont besoin de processeurs (ou puces) rassemblant le plus grand nombre possible de composants dans un volume de plus en plus petit. Leurs possibilités fonctionnelles en dépendent directement : possibilité de supporter des programmes de plus en plus complexes et de traiter des informations de plus en plus riches, rapidité et finalement coût. On sait qu’au terme d’une « Loi » proposée par Gordon Moore, cofondateur de Intel, en 1965, le nombre de transistors intégrés sur un même support allait pouvoir doubler environ tous les ans. La Loi de Moore a été vérifiée jusqu’à ce jour, sauf que le délai de doublement, à l’expérience, s’est révélé de deux ans environ. Le nombre des transistors intégrés dans une puce est passé de 2.000 environ en 1970 à 200 voire 400 millions aujourd’hui. Pour l’avenir, et tant que la dimension des composants ne diminuera pas au point que des effets quantiques se feront sentir entre leurs atomes, la Loi devrait continuer à s’appliquer.

Une difficulté, d’ailleurs connue depuis longtemps, se révèle pourtant de plus en plus difficile à traiter. Il s’agit de la dissipation calorique. Même sur des intervalles entre composants de plus en plus courts et pour des intensités de courant électrique de plus en plus faible, l’échauffement des circuits est tel que le processeur risque de fondre à l’usage. Ceci malgré des techniques de refroidissement de plus en plus efficaces. Il a donc fallu repenser l’architecture de la puce.

La solution étudiée depuis deux ans et annoncée récemment par les grands constructeurs (notamment lors de la dernière International Solid-State Circuits Conference en février 2005) consiste à fabriquer des puces comportant deux ou plusieurs cœurs sur le même support. Ces cœurs se comportent comme des processeurs distincts qui se répartissent les tâches afin de diminuer les contraintes de densité et de vitesse demandées par les applications gourmandes en instruction. De ce fait, accessoirement, la chaleur produite est moins importante et plus facilement dissipée. Les solutions sont complexes et nous ne les présenterons pas ici. Disons seulement que dans l’architecture baptisée Cell par IBM, Sony et Toshiba, le processeur est architecturé autour d'un coeur principal 64 bit Power (le processing Element ou PE) distribuant les tâches à huit unités d'exécution séparées (baptisées synergistic elements ou SPE. Ces puces sont déjà en cours de fabrication, notamment par IBM. L’architecture est similaire à celle d’un ordinateur massivement parallèle.

Les autres fabricants ne peuvent rester en arrière. Intel et AMD viennent d’annoncer des puces double-cœur pour stations de travail et serveurs. Ceci n’est qu’un début. La puce Montecinto multi-cœurs d’Intel est prévue pour la fin 2005. Ce nouveau processeur intègrera 1,7 milliard de transistors soit deux fois plus que dans les dernières versions du produit actuel d’Intel, l'Itanium. Il sera gravé en 90 nanomètres. Mais les cadences, et c’est un des buts de l’opération, n’augmenteront pas. Sun pour sa part prévoit deux produits voisins, Rock et Niagara

Les architectures multi-cœurs ne seront pas dans l’immédiat proposées dans les micro-ordinateurs grand public. Une des raisons en est que la demande des utilisateurs ne le justifie pas. Mais surtout, la nouvelle architecture obligera à réécrire, ou tout au moins à reconstruire les milliers de programmes applicatifs qui tournent actuellement. Les éditeurs de logiciels ne souhaitent pas à y être obligés sans s’être préparés. Ils tiennent en effet à maintenir captifs leurs clients. Néanmoins ils poussent leurs recherches. C’est le cas comme on pouvait le supposer de Microsoft. Les programmes futurs devront être conçus pour tourner en parallèle, ce qui multipliera les difficultés de conception et de contrôle de fiabilité. Il faudra donc développer des méthodes industrielles d’écriture et de contrôle. On évoque des « interfaces graphiques » permettant de générer du code à partir d’un cahier des charges écrit par le concepteur de programme. L’intelligence artificielle sera indispensable pour ce faire. Microsoft annonce des actions en coopération avec des laboratoires de recherche fondamentale.

Ceci reposera en termes nouveaux la question des logiciels libres. Les produits développés par Microsoft en partenariat avec des chercheurs resteront-ils strictement propriétaires?. De l’autre côté, les développeurs du Libre pourront-ils disposer des ressources intellectuelles pour faire face à ces nouvelles exigences d’écriture? A priori, on ne voit pas pourquoi il ne pourrait en être ainsi. Mais il faut y penser dès maintenant. C’est semble-t-il ce que fait le monde Linux, qui a déjà obtenu que sur les puces multi-cœurs un ou plusieurs cœurs soient dédiés à l’hébergement du système d’exploitation Linux. C’est ce qui avait été annoncé à la dernière Linux World Conference tenue à Boston en février 2004.

Ce court article ne saurait se conclure sans un constat, répétitif depuis des décennies quand il s’agit de processeurs. L’Europe semble définitivement hors de course, sinon dans la recherche fondamentale (notamment dans la perspective des nanotechnologies), du moins en terme de produits industriels. STMicroelectronics développe certains produits multicore, mais d’ambition limitée. Au moins faudrait-il que l’Europe n’accroisse pas sa dépendance dans le domaine des logiciels appelés à tourner sur les architectures multi-coeurs


Pour en savoir plus
* Article du Journal du Net. IBM, Intel et Sun dévoilent leurs puces multi-coeurs http://solutions.journaldunet.com/0502/050209_multicore_demonstration.shtml
Voir aussi sur le même sujet Le Monde Informatique http://www.weblmi.com/sections/rss/technologies/infrastructure/integration/ibm_sony_et_toshiba3722/
* ISSCC février 2005 (International Solid-State Circuits Conference) http://www.isscc.org/isscc/
* Linux World conferences http://www.linuxworldexpo.com/live/12/
* STMicroelectronics . Produits et Applications multicores http://www.st.com/sitesearch/consult5/index.php?mid=29e7ebcb9fde302ae47c8901d3f0a269&l=en&q=multicore


Halte au massacre, halte au Jetpod
10/03/05

Est-ce faire preuve d'arriération mentale qu'accueillir avec plus que de la réserve le projet de Jetpod présenté par la société londonienne Avcen. Il s'agira d'un petit avion à décollage-atterrissage court (VQSTL) reprenant des solutions déjà mises en oeuvre par les chasseurs Harrier dès 1960. L'objectif est de proposer des solutions de remplacement aux transports urbains saturés. L'engin volera à 500 kms/h et à 200 mètres d'altitude, en emportant quelques passagers et leurs bagages. Il est annoncé comme particulièrement silencieux, mais on peut en douter.

Les citadins peuvent se réjouir. Dans beaucoup de villes, ils souffrent déjà des liaisons en hélicoptère. Que sera-ce si les Jetpods se multiplient. Et quid de la pollution, celle du Jetpod s'ajoutant à celle des autres véhicules sans la diminuer, hélas? Sans parler des crashs, car les turbines orientables ont fait beaucoup de dégâts dans le passé. Espérons que les écologistes et les édiles veilleront à défendre l'environnement urbain contre ces nouvelles agressions.

* Avcen http://www.avcen.com/index3.php


Les emprunts à très long terme de l'Etat
10/03/05

Ceux qui souhaitaient voir l'Etat, garant de l'intérêt général à long terme, s'engager à nouveaux dans une politique d'emprunt permettant de financer les grands réseaux publics, ont un début de satisfaction. L'Agence France Trésor, qui est le service du ministère des Finances gérant la dette de l'Etat, vient de lancer un emprunt remboursable en 2055. Il s'agira de contribuer à la mise en place des grands projets d'infrastructures qui ne sont rentables, comme une ligne TGV, qu'au terme de 20 à 30 ans. Les collectivités locales sont évidemment intéressées par ce projet dont elles seront à terme les premières bénéficiaires, en terme de croissance. Les investisseurs sont attendus, comme le montre l'étude préalable réalisée par AFT, de plusieurs origines. Nous citons AFT:
"- Royaume Uni/Irlande (29%), Pays-Bas (17%), Allemagne/Autriche (16%), Italie (11%), France (10%) et Scandinavie (6%), Etats-Unis (3%).
- La répartition par type démontre une demande dynamique de la part de toutes les catégories d’investisseurs avec les gestionnaires d’actifs (48%), les banques (21%), les assureurs (13%), les fonds de pensions (11%), les banques centrales (3%), les « hedge funds » (2%) et les « corporates » (2%).
- La demande est importante et récurrente. Pour 71% des investisseurs leur intérêt ne se limitera pas à cette seule émission".

Parallèlement, il fallait diminuer le" taux d'actualisation". Le concept est technique. Le taux d'actualisation permet de calculer les sommes qui seront remboursées au terme d'un emprunt. Il s'agit de ramener une recette ou une dépense à une valeur actuelle. Plus le taux est élévé, plus il est difficile de justifier l'investissement à long terme. Le Commissariat au Plan vient de recommander aux ministères et collectivités locales de diviser par deux, de 8% à 4%, le taux d'actualisation pour leurs projets d'investissements.

Tout ceci va dans le bon sens, pour ceux qui estiment que l'une des justifications de l'existence des collectivités publiques dans un monde de plus en plus déréglementé tient à la capacité de sauvegarder l'intérêt général à long terme. Nous souhaiterions que l'exemple français (encore bien modeste, mais allant dans le bon sens), soit suivi par d'autres pays de l'Union Européenne ou par cette dernière, en tant qu'institution. Une seule ombre au tableau, la faible participation attendue des fonds d'épargne français. Mais il s'agit d'un autre problème. Où va l'épargne française? Dans les résidences secondaires?

* Agence France Trésor. Communiqué du 18 fév. 05 : CRÉATION DE L’OAT À 50 ANS : LA NOUVELLE FRONTIÈRE DU MARCHÉ DE TAUX EN EURO http://www.aft.gouv.fr/aft_fr_23/communiques_27/communiques_2005_477/50_ans_962.html
** Commissariat général au Plan. Le rapport "Révision du taux d'actualisation» http://www.plan.gouv.fr/actualites/fiche.php?id=87


Les femmes turques et la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'Union européenne
09/03/05

Les adversaires de l'entrée de la Turquie ont trouvé de nouveaux arguments en voyant les policiers turques massacrer allégrement les manifestantes pour les droits de la femme dans les rues d'Ankara, lors de la journée des femmes. La sauvagerie avec laquelle ces "mâles" s'acharnaient sur des femmes à terre en dit long sur la haine profonde de ce sexe qui animent les hommes dans les pays orientaux - haine que l'islam même modéré ne réussit pas, ne cherche sans doute même pas à combattre.

Mais à l'inverse, il faut bien se dire que ces femmes seraient peut-être restées tranquillement dans leurs gynécées à subir les avanies des hommes si elles n'avaient pas l'espoir de voir leur pays rejoindre un jour l'Europe et leur sexe bénéficier des quelques droits qui lui sont reconnus ici. Faut-il alors les décourager de se battre? Ce serait criminel.


La saga des brevets logiciels (suite)
09/03/05

Essayons de faire le point des évènements récents, qui paraissent de plus en plus incompréhensibles pour les non spécialistes du droit européen et des logiciels.

Les faits

1. Le 8 mars dernier, la présidence du Conseil Compétitivité a décidé, suite à la demande de la Commission, que l’accord dit du 18 mai 2004 était adopté. Cet accord autorise pratiquement la brevetabilité des logiciels, y compris des « intentions » (revendications de programmes). Il est considéré par les adversaires des brevets comme particulièrement extrémiste. Il fragiliserait les développeurs européens qui seraient menacés de procès pour violation des quelques 30.000 brevets déjà déposés devant l’Office européen des brevets. L’accord n’avait pas jusqu’ici été adopté par le Conseil faute d’un accord manifeste des Etats-membres et du parlement européen.

2. Pour les adversaires des brevets, il s’agit d’une défaite difficilement récupérable. On a parlé de « jour de deuil ». Les procédures à prévoir avant l’adoption définitive de la directive risquent de ne plus permettre un retour en arrière, face à la dynamique déjà bien engagée de l’approbation. Ainsi l’Europe capitulerait devant les grands éditeurs de logiciels non-européens, qui sont derrière la campagne pour la brevetabilité. L’Europe sacrifierait ses perspectives d’indépendance économique et culturelle dans le monde numérique.

3. Pour certains membres du Conseil (et notamment pour un négociateur français éminent défenseur de la spécificité culturelle qui nous a autorisé à reproduire sa position), rien n’est encore joué : « Dans cette affaire, la présidence luxembourgeoise me parait au contraire adopter une position politique tout à fait conforme à notre vision de l'Europe. Elle ne cache pas que l'adoption hier d'une position commune sans nouveau débat n'a pour but que de permettre à la procédure de se dérouler et notamment au Parlement de délibérer.
Par ailleurs, elle refusait de voir remis en cause l'accord politique du 18 mai dernier ce qui aurait constitué un fâcheux précédent institutionnel.
Sur le fond, rien n'est réglé et les négociations vont naturellement se poursuivre à l'intérieur du Parlement et entre le Parlement et le Conseil.
Certains vont même jusqu'à considérer qu'il vaudrait mieux ne pas avoir de directive plutôt qu'une directive qui trancherait de manière trop abrupte entre d'une part l'intérêt des grandes entreprises de l'informatique et de l'autre les valeurs humanistes de l'Europe».

On peut accepter cette vue optimiste. Mais si ceux qui comme lui refusent le projet de directive dans sa forme actuelle ou même envisagent de ne pas réglementer du tout (ce qui parait effectivement une solution préférable à une directive trop favorable aux brevets) il faudra se battre, sur tous les plans, aussi bien dans les instances de Bruxelles qu’en termes de communication.

Notre interprétation

On constate en effet, et ce sera le second point de cette note, que la question des brevets logiciels révèle, plus que jamais, des partis pris ou des ignorances inquiétantes. Nous en relèverons trois.

1. Il ne faut pas que les défenseurs des logiciels libres fassent de l’adoption du projet de Directive par le Conseil Compétitivité un prétexte pour voter Non à la Constitution européenne. La même observation a déjà été faite à propos de la directive Bolkestein. Les négociations actuelles et les éventuels revers subis par les défenseurs de la spécificité culturelle se placent dans le cadre des traités précédents, qui continueront à s’appliquer en cas de refus du traité constitutionnel. On peut au contraire penser qu’une Europe plus forte au plan constitutionnel sera mieux à même de défendre les concepts d’indépendance économique, culturelle et technologique face aux empires extérieurs.
Il est certain que si la délégation française avait refusé de cautionner la décision du Conseil Compétitivité, elle aurait donné à tous l’impression que les autorités françaises se positionnaient en défense explicite des « valeurs humanistes de l’Europe ». Ceci n’aurait pu que donner davantage confiance aux électeurs à qui il est demandé de voter oui. Mais encore une fois, il ne faudrait pas que les déçus de la position française se transforment en adversaires de la constitution, car ils feraient une faute grave.

2. En effet, il faut bien rappeler ce qui se cache derrière toute cette affaire des brevets logiciels, que nombre de personnalités politiques et même de parlementaires européens n’ont pas encore compris. Les promoteurs des brevets, même s’ils ont recruté des soutiens chez de grands industriels européens, sont des éditeurs américains qui veulent conforter définitivement la domination déjà très grande qu’ils exercent dans le domaine des applications et services informatiques. Ils veulent dominer définitivement l’Europe et craignent comme la peste, comme nous l’avons indiqué dans de précédents articles, la créativité et la concurrence des éditeurs de logiciels libres. Nous ne citerons pas le plus grand des promoteurs de la brevetabilité, mais tout le monde le connaît. Or cette firme et ses semblables manoeuvrent à l’aise dans une Europe désunie, en multipliant les opérations de séduction gouvernement par gouvernement. Dans une Europe unie, doté notamment d’un exécutif et d’un parlement renforcés, les opérations de lobbying seraient plus difficiles (on peut du moins l’espérer) et l’opinion publique pourrait plus facilement en être informée et réagir.

3. Les adversaires des brevets font aussi du lobbying, que certains négociateurs ou parlementaires européens trouvent excessif. Ceux-ci ont peut-être raison. Inonder les boites à lettre informatique de message finit par lasser. Mais il faut bien voir que c’est le lobbying de ceux qui n’ont pas les moyens de s’adresser directement et discrètement aux gouvernements et aux grands patrons. Si l’Internet n’existait pas, on ne les entendrait jamais. Ils ne peuvent donc baisser la garde. Il faut les comprendre, de même qu’il faut comprendre les débordements de communication des altermondialistes quand ils s’en prennent aux abus de position dominante des firmes mondialisées. C’est leur seule arme.


Le pape ne désarme pas dans sa lutte contre les idéologies du mal
07/03

Malgré ou à cause de la fragilité grandissante de son état de santé, le pape n'a pas renoncé a ravivé les incompréhensions graves que suscitent ses prises de position "morales" dans les milieux catholiques...Dans son dernier livre, "Mémoire et identité", Flammarion, il publie ses "souvenirs politiques". Mais et à l'occasion du rappel des crimes du nazisme, il évoque les autres idéologies du mal qui tentent "d'exploiter les droits de l'homme contre l'homme et la famille elle-même". Ce terme d'idéologie du mal rappelle fâcheusement le fondamentalisme néo-conservateur de G.W.Bush. On y retrouve, comme chez ce dernier, la lutte contre le mariage homosexuel et l'avortement. Que le pape n'encourage pas l'avortement, on peut le comprendre, mais qu'il le condamne en ces termes, condamnant du même coup la contraception, les préservatifs et finalement la liberté des femmes à décider elles-mêmes de ce qui les concerne, il s'agit plus que d'erreurs, il s'agit de fautes ...notamment au regard des problèmes qu'affrontent les femmes dans le tiers-monde.

Les athées s'en réjouiront sans doute, constatant que décidément l'Eglise ne changera jamais, mais ils auraient tort de le faire. Les fatwas du pape à l'égard de ceux qui, comme les athées et selon le Saint-Siège, "ne savent pas distinguer entre le bien et le mal et font abstraction de toute responsabilité éthique" sont aussi inadmissibles que celles des ayatollahs. Elles peuvent conduire aux mêmes lynchages. Les athées ont dix fois plus d'éthique que les croyants, car leur éthique est pesée et repensée tous les jours.

- Rappelons à cet égard, pour mettre un peu d'air frais, l'excellent Traité d'athéologie de Michel Onfray http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/onfray.htm


Risques de pandémie mondiale de grippe aviaire
07/03

Suite à l'article publié dans la précédente Gazette, ainsi que sur le Blog d'Automates Intelligents dans Le Monde, j'ai reçu le message suivant qui vous intéressera:

"Cher auteur de l'article, je partage les mêmes inquiétudes que vous, et je trouve votre texte très réaliste.Vos idées ne s'apparentent pas à du catastrophisme, mais évoquent une vision tout à fait possible et assez réaliste de l'avenir.
De mon côté, en Belgique j'essaie d'activer la prise de conscience de la gravité du problème, auprès des autorités scientifiques (santé publique) et politique.
Mon métier et mes antécédents d'étude me rendant quelque peu pertinent dans ce problème, je peux interpeller.
De plus j'ose encore croire et je participe de tout coeur, à un monde que j'ose espèrer meilleur et juste.
Bon courage pour votre travail, en espérant qu'il y ait de plus en plus des hommes de bonne volonté et conscient comme vous.
Bien à vous"

Dr Michel S.F. Vermeulen
_______________________________________
BELGIQUE

J'ai répondu ceci:

Cher Docteur Vermeulen, je suis heureux de recueillir votre approbation. Ici en France, de bons esprits m'ont répondu que, puisque l'académie nationale de médecine ne traitait pas de cette question, c'est qu'elle n'avait pas lieu d'être posée.
Nous serions heureux d'avoir plus de détails sur la façon dont vous alertez vos autorités et sur les suites données.
Bien cordialement
NB je ne donne pas ici, par discrétion, l'e-mail de ce correspondant.

* Nous reviendrons sur ces sujets très graves ultérieurement. On pourra s'informer sur la grippe aviaire à partir de différents sites Internet, notamment celui de l'OMS http://www.who.int/fr/ . Mais un très bon dossier est aussi disponible dans le numéro 1049, février 2005, de Science & Vie « Grippe aviaire, six raisons de craindre le pire ».
** On ne peut pas dire que les autorités françaises ne soient pas préparées. On trouve sur le site du ministère de la Santé divers documents sur la question, notamment un Plan gouvernemental de lutte http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/grippe_aviaire/grippe_aviaire.pdf . Mais on reprochera à ces travaux de ne pas toucher le public, ni même la plupart des professionnels de santé.


Les logiciels libres dans le domaine scientifique
07/03/05

Dans le même esprit que celui de la brève précédente, je relaie ici l'appel de chercheurs en faveur des logiciels libres dans le domaine scientifique. On conçoit bien que la publication des sources des logiciels scientifiques et plus généralement la philosophie du Libre devraient être considérées comme des impératifs majeurs par la communauté scientifique, au regard des enjeux de libre-accès mais aussi de contrôle d'éventuels piratages d'informations. Mais on rejoint aussi là la question de l'accès libre aux articles et publications.

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Call for contributions to libre software for scientific research topic of libre software meeting 2005 (in Dijon, France, July 5th to 9th).
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The Libre Software Meeting is a yearly free software event that takes place in France since 2000 (originating from Bordeaux, this event is
driven by volunteers from the free software community). The LSM 2005 takes place this year in Dijon, from July 5th to 9th: http://www.rencontresmondiales.org/

This message is a call for contributions for the "libre software for scientific research" session of the LSM.
http://www.rencontresmondiales.org/sections/conference/recherche_science

The goal of this topic is to highlight free software that is currently used in scientific research or that, by its quality, deserves a wider
adoption. The targeted audience are researchers willing to share their experience with respect to scientific free software and developers of these projects. We will provide much attention to interdisciplinary projects.

...
If you are considering coming and preparing a talk, please send us an
email at lehobey@free.fr before the end of March 2005.

Feel free to send this mail wherever or to whom you fill it is relevant (but beware of spamming people).

Please consider the opportunity of the libre software meeting (and its infrastructure) to a have a gathering of the developers of the
free software for scientific research you are involved with. We can help you in such a matter.

Best regard,
Dr Frederic Lehobey
(RMLL 2005 volunteer for libre software for scientific research topic)


Brevetabilité des logiciels
07/03/05

Pour info, de la part de l'Association April. L'histoire est loin d'être terminée, ou plutôt elle semble mal terminée hélas (voir le NB ci-dessous au 07/03/05)

Paris, le 6 mars 2005. Communiqué de presse.

Le Conseil « Compétitivité » examinera normalement lundi 7 mars sur proposition de la Commission Européenne une directive « brevets logiciels » particulièrement extrémiste.

Le texte soumis par la Commission à un vote sans débat (en « point A ») par les représentants des États membres de l'Union ne se contente en effet pas de ne retenir aucun des garde-fous introduits par le Parlement lors du vote en première lecture : il autorise également en plus les revendications de programme [1]

Son adoption placerait les développeurs européens dans une position très inconfortable. Ils risqueraient alors à chaque instant de se faire assigner en justice pour violation d'un brevet parmi les plus de 30 000 illégalement délivrés par l'Office Européen des Brevets (OEB) et auraient à divertir une partie importante de leurs budgets de recherche en dépenses juridiques. À l'heure où l'Union Européenne peine à respecter les objectifs fixés par le processus de Lisbonne, le choix de la brevetabilité illimitée, aujourd'hui du logiciel, demain des méthodes intellectuelles et commerciales, est donc pour le moins curieux.

L'Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre, l'Association pour une infrastructure informationnelle libre (FFII) et la Free Software Foundation France appellent donc le gouvernement français à prendre ses responsabilités et le chef de l'État, Jacques Chirac, à respecter sa promesse de campagne [3] de s'opposer à la brevetabilité du logiciel.

[1] FFII - Revendications de programmes: Interdiction de Publication des descriptions de brevets utiles :
http://swpat.ffii.org/papers/eubsa-swpat0202/prog/index.fr.html
[2] FFII - Les brevets logiciels en Europe : un rapide état des lieux :
http://www.ffii.fr/brevets_logiciels_europe_un_rapide_etat_lieux_article81.html
[3] ZDNet - Brevets logiciels: des éditeurs français interpellent le président Chirac :
http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,39152588,00.htm

NB au 7 mars

La présidence du Conseil adopte l'accord sur les brevets logiciels en dépit du règlement intérieur du Conseil ======================================================================
*Le 7 mars 2005 -- La présidence du Conseil a déclaré aujourd'hui que l'accord sur les brevets logiciels du 18 mai 2004 était adopté, ceci en violation du règlement intérieur, malgré le manque manifeste d'une majorité qualifiée des États membres et en dépit de demandes de plusieurs pays de rouvrir les négociations.*


Conclusion de mon correspondant:

L'accord sur les brevets logiciels est dramatique pour toutes nos industries
y compris culturelles. Voilà donc comment nous serons rapidement asservis et pillés. Je voterais donc NON à la constitution européenne et commence dès aujourd'hui à militer en ce sens.

Est-ce cela que voulait Chirac?


L'Europe sera-t-elle étranglée par l'industrie des moteurs de recherche américains?
07/03/05

Le président de la Bibliothèque Nationale de France avait il y a quelques semaines semé le trouble dans les esprits cultivés français, en affirmant que notre culture livresque risquait d’être mise en péril par la politique de numérisation des fonds de bibliothèques américaines lancée par Google. Il appelait à une politique européenne de numérisation pouvant offrir une contre-partie à cette approche qui risquait d’être orientée par des choix culturels et politiques d’inspiration anglo-saxonne, sinon exclusivement américaine. Nous avions fait écho à cette préoccupation légitime, en soulignant (notamment grâce à l’interview que nous avait donné Bernard Stiegler) que l’Europe ne devrait pas limiter ses ambitions à de simples numérisations, mais devrait concevoir une politique des industries culturelles ou plus exactement pour reprendre le terme de ce dernier, des industries de l’esprit) autrement plus ambitieuse, face à l’offensive tous azimuts des industries américaines.

Ceci dit, les esprits cultivés français ci-dessus évoqués semblent aujourd’hui avoir cessé de s’émouvoir. Google a expliqué qu’il était ouvert à une collaboration avec les bibliothèques francophones. Par ailleurs, a-t-il dit, la numérisation représente un tel travail que le livre numérique n’était pas près de se substituer au livre-papier. Les érudits pourront donc toujours se référer aux originaux sur les rayons des bibliothèques.

Nous aurions bien tort de nous rassurer. Il apparaît en effet, pour qui étudie le marché des entreprises numériques, que l’offensive de Google sur le « marché » du livre n’est que la partie visible, aujourd’hui, d’une offensive infiniment plus vaste menée non seulement par Google mais par les autres éditeurs de moteurs de recherche et de logiciels américains pour capter à leur profit tout ce qui empruntera les réseaux numériques. On lira la page entière consacrée à la question par Le Monde du 4 mars 2005, sous le titre « La réussite de Google suscite la convoitise de Yahoo ! et de Microsoft » (voir http://abonnes******id=890973). Nous ne ferons qu’un reproche à cet excellent dossier d’information du Monde, c’est qu’il ne se situe pas assez dans la perspective de l’affrontement entre l’Europe et le reste du monde concernant la survie dans le monde de demain. Il ne pose même pas la question de savoir comment la culture européenne et, au-delà de la culture, les activités économiques de l’Europe, pourront faire face à la concurrence mondiale lorsque ce seront les éditeurs américains, très vite suivis par les asiatiques, qui contrôleront les contenus des référencement sur Internet.

Le cycle infernal du plus offrant

Rappelons en deux mots de quoi il s’agit. Les naïfs s’étonnent de voir que la capitalisation boursière de Goggle atteint aujourd’hui 51 milliards de dollars. Comment ce « moteur » peut-il être profitable alors qu’apparemment il offre gratuitement ses services aux internautes en recherche d’information ? Et pourquoi l’autre grand moteur américain, Yahoo ! s’inquiète-t-il de la primauté de Google et cherche-t-il à reprendre le premier rang ? Pourquoi enfin Microsoft, qui ne faisait pas de référencement jusqu’à présent, veut-il y investir des milliards de dollars prélevés sur son fond de réserve considérable ? Pourquoi les valeurs Internet s'emballent-elles à nouveau au Nasdacq? C’est parce que les moteurs, Goggle le premier, vendent aux entreprises les plus riches la possibilité de se faire connaître par la fourniture de liens sur leurs sites et leurs produits. L’antique système des placards publicitaires est en voie de disparition, car peu de gens ne les ouvraient. Ces placards n’étaient pas assez ciblés. Aujourd’hui, les moteurs permettent de faire apparaître les références des entreprises aux internautes directement intéressés par telle ou telle question, qui seront donc plus facilement tentés de s’informer sur l’offre dans le domaine considéré.

Google explique cela très clairement aux annonceurs potentiels. Il suffit de se rendre sur la page http://www.google.fr/ads/ pour comprendre. Par exemple le service Google AdWords « permet d'atteindre les internautes au moment où ils effectuent une recherche sur vos produits et services. Votre site Web enregistre donc des visites de clients potentiels ciblés. La tarification au coût par clic (CPC) signifie que vous payez uniquement lorsque les utilisateurs cliquent sur votre annonce. Elle permet également de contrôler les coûts plus facilement. ». L’exemple donné est « fleurs ». Faites Fleurs dans Google et, outre des références aux milliers de sites concernant ce thème, vous aurez sur la droite de l’écran les adresses d’entreprises faisant commerce de fleurs. L’internaute cherchant par exemple à faire livrer des fleurs n’aura que l’embarras du choix.

Yahoo.fr offre à peu près le même service. Mais il y a autre chose. Faites Flowers sur Yahoo ! Vous constatez que le terme est référencé 93,100,000 fois, la liste étant notons le en passant édité en 5 centième de seconde (ce qui parait incroyable). Mais qui vient en premier des 93.100.000 références, c’est un certain
1800-Flowers.com - Your Florist of Choice (Nasdaq: FLWS)
Flowers, unique gifts, gourmet foods, sweets, plants & Specialty Boutique items presented by 1-800-Flowers.com, a leading online provider of fresh-cut flowers, bouquets & specialty gifts.


Est-ce un hasard ? Non. C’est parce que 1800-flowers.com a offert le prix le plus élevé pour être référencée en tête, suite aux enchères organisées par Yahoo pour vendre des mots-clefs significatifs aux annonceurs, mots clefs que ceux-ci insèrent dans les méta-données de leurs sites, invisibles aux internautes mais lues automatiquement par le moteur. Ni ces mots clefs ni ces tarifs ne sont évidemment publiés.
Google fait évidemment de même. Faites Flowers sur Google (version anglophone), vous retrouvez en tête en 2e de liste notre ami 1800-Flowers.com - Your Florist of Choice . Mais le premier de liste, ayant sans doute payé plus cher, est un certain www.virtualflowers.com/.

Ceci dit, sur cette page de Yahoo!, à droite de l'écran (c'est là qu'il faut regarder en premier si on veut comprendre les "trends") vous trouvez aussi quelque chose d’intéressant, c’est le référencement d’un certain Artifical Flowers, China exporter for artifical flower - Flowers,Mannequins,strawball www.PolyExport.com. Autrement dit, il s’agit d’une entreprise chinoise visant le marché mondial (considérable) des fleurs artificielles.

Que peut fairel’Europe, sinon verser sa dîme aux américains ?

Que conclure de ce qui précède ? Nous le ferons très vite, pour ne pas allonger l’article, mais nous reviendrons sur la question ultérieurement.

* Les moteurs actuels dominant le marché du référencement, rejoints par ceux qui veulent y venir avec de très gros moyens, par exemple Microsoft et enfin par ceux qui ne resteront pas en reste, nous pensons notamment aux moteurs asiatiques, tous ces moteurs donc vont faire la loi. Tout passera par eux et pour passer par eux, il faudra payer. Ceux qui paieront le plus cher seront seuls à survivre. Certes les moteurs continueront, on peut du moins l’espérer, à référencer des sites ne payant pas pour l’être, comme l’est par exemple AutomatesIntelligents ou Europa++. Mais pour être référencés gratuitement de cette façon, ils devront générer du trafic, c’est-à-dire avoir des lecteurs. C’est un peu normal. Pour avoir des lecteurs, outre le bouche-à-oreille, ils devront se faire connaître et peut-être aussi un jour faire de la publicité. Ils seront sans doute alors tentés à cette fin de s’adresser aux moteurs. Ainsi ils entreront dans le cercle infernal du plus offrant.

* L’accès aux sites et aux contenus, dès lors qu’il faudra passer par les moteurs pour ce faire, deviendra un enjeu commercial. Qu’il s’agisse d’entreprises, de musées, de bibliothèques, d’ONG, il faudra payer. Et qui paiera le plus, sinon ceux qui grâce à la mondialisation dominent déjà économiquement et culturellement le monde ? Ne cherchez pas, il y aura sans doute de moins en moins d’européens dans le lot.

*- Que pourrait alors faire l’Europe ? De bons esprits ont suggéré de demander à l’Union européenne de financer la mise en place d’un méta-moteur européen, distinct de ses concurrents américains et des filiales européennes de ceux-ci. Mais quand on sait ce que coûterait l’investissement initial (des milliards d’euros) on peut douter des chances d’aboutir. De plus, comment cette entreprise financerait-elle ses coûts de fonctionnements ? Par la publicité ? On retomberait dans le système infernal évoqué plus tôt. Par des fonds publics, par de bonnes œuvres ? On peut en douter.

* La bataille pour la survie dans le" monde mondialisé " de l’économie et de la culture numérique (elle-même étant synonyme d’esprit) est-elle donc déjà perdue pour l’Europe ? Certains s’y résigneront, de ce côté de l’Atlantique. Ils continueront à faire les yeux doux à Google, à Yahoo !, à Microsoft…et à payer. D’autres, de plus en plus rares sans doute, s’efforceront de chercher des solutions permettant de sauver un minimum d’indépendance et de souveraineté. Mais comment ? Le débat reste ouvert.


Quousque tandem Melanchon Emmanuellique abutere patientia nostra?
04/03/05

On peut se demander jusqu'à quand durera la patience de François Hollande et de ses amis partisans du Oui au référendum sur le traité de constitution européenne (Oui qui rappelons-le avait été acquis par un vote majoritaire des militants). Quand on voit les gesticulations de ces deux "affreux" cités dans le titre de cette brève, ainsi que de quelques autres plus obscurs, on ne peut que s'interroger sur leurs motivations. Ils prétendent agir par idéal socialiste, mais on sent bien qu'ils sont tout contents de saisir cette occasion pour ressortir des oubliettes où leur vide politique et personnel était en train de les enterrer. Si les exclure provoquait une scission, ce dont je doute (dubito) ce ne serait pas un malheur. Mieux vaut être clairs et moins nombreux que nombreux et confus.


La Grande Bretagne compte commander à EADS ses avions ravitailleurs. Italy no
03/03/05

Le ministère de la Défense britannique vient d'annoncer que le consortium Air Tanker, piloté par EADS, était son favori pour la fourniture d'une flotte d'avions-ravitailleurs destinés à la Royal Air Force. Le contrat serait d'une vingtaine de milliards d'euros, portant sur une livraison de ravitailleurs A 330-200 dérivés de l'A 330 civil, à livrer pendant les 27 prochaines années. EADS détient 40% de Air Tanker, ses partenaires étant Thalès, Rolls-Royce et Cobahm. 50% de la valeur ajoutée sera britannique.

On ne peut qu'applaudir à cette décision, et souhaiter que l'exemple britannique soit suivi par les autres armées de l'air européennes. On concevrait mal que dans la perspectives d'opérations conjointes, les avions ravitailleurs ne soient pas interchangeables. Le même besoin s'exprime dans le domaine du transport de personnels et de matériels, mais il reste beaucoup à faire pour en convaincre l'ensemble des Etats Européens.

Hélas, nous apprenons par les soins de Boeing que l'armée de l'Air italienne vient de commander ses propres avions ravitailleurs à l'avionneur américain. Il s'agit du KC 767 A. Ecoutons le général Giovanni Sciandra, commandant de l'Air Force Logistics Command italien. Il en pleurait d'émotion dans sa casquette ornée de 3 étoiles lors du dévoilement de l'appareil, le 24 février dernier, sur le site de Boeing à Wichita. Selon cette voix autorisée, "The KC-767A program represents the fulfilment of one of the most important goals in the Italian Air Force transport and support fleet modernization process," "As a transportation platform, the KC-767A will increase the expeditionary capability of the Italian Air Force." (voir http://www.boeing.com/news/releases/2005/q1/nr_050224m.html). Encore un coup de poignard dans le dos?


La France n'aurait pas bien compris ce qu'est le modèle américain pour l'innovation (selon des experts américains)
03/03/04

« Comment utiliser le modèle américain pour éclairer les débats français sur la recherche et l'innovation ?» tel était l'intitulé du cycle de conférences organisé conjointement par l'ANRT (Association nationale de la recherche technique) * et la FAF (French-American Foundation) tenu à l'Institut français des relations internationales (Ifri) à Paris. Les intervenants américains se sont fait un devoir de montrer que les stratèges français qui réfléchissent à l'avenir de la recherche et de l'innovation en France se tromperaient complètement. Le modèle américain n’est pas celui décrit en France.

Mais peut-on les croire ? On est obligé, même sans mauvais esprit, de constater que l’intervention de la FAF se produit au moment précis où la France, après des années de pensée unique libérale inspirée par le Softpower américain, semble se décider à engager quelques politiques industrielles, d’ailleurs encore bien timides.

Ecoutons nos « amis américains ». Selon Charles Wessner, directeur du programme technologie et innovation à l'Académie des sciences américaine (National Academy of Sciences), Jean-Louis Beffa, dont le rapport de septembre 2004 a servi de base au projet d'Agence de l'innovation industrielle annoncé en début d'année par le président Jacques Chirac, n’a pas compris la stratégie américaine : «Le rapport Beffa entretient le mythe selon lequel les investissements militaires américains financent le développement de technologies civiles » «C'est un effet qui existe, mais les retombées qui découlent des recherches militaires sont en fait très limitées. Même le meilleur bombardier furtif du monde ne va pas aider à construire un avion civil.»

Charles Wessner prend ses interlocuteurs français pour des naïfs. Quand on voit par exemple que le Département de la Défense et la Darpa financent des contrats considérables à Boeing lui permettant de développer un avion sans pilote robotisé (voir notre brève du n° précédent) on soupçonne que Boeing ne va pas garder ces crédits et les résultats de ces recherche dans un compartiment étanche, mais qu’il va en faire profiter les développements destinés à rendre son DreamLiner 387 plus compétitif, en termes techniques comme commerciaux, face à son rival l’A 380 d’Airbus.

Autre mythe courant, selon Charles Wessner : celui selon lequel l'innovation aux Etats-Unis découlerait d'une politique fédérale rationnelle. L’innovation ne serait pas tirée par les programmes fédéraux, mais par le dynamisme des universités et des petites entreprises. Le succès américain tient à trois interventions. Il y eut tout d'abord la loi Bayh-Dole en 1980, qui permit aux chercheurs des petites entreprises et des universités de conserver les brevets de leurs découvertes, même quand celles-ci étaient financées par des fonds fédéraux. Puis la révision de la loi antitrust en 1984 permit aux entreprises de mener des recherches en commun avec les universités, sans la crainte de plaintes en justice. Enfin, l'implication croissante des universités dans la recherche et l'innovation fut soutenue par un assouplissement des règles d'immigration pour les chercheurs étrangers, alors que les jeunes Américains se détournent de plus en plus des carrières scientifiques.

La France devrait s'inspirer de cela pour améliorer des rapports souvent difficiles entre les chercheurs du public et les industriels, plutôt que se focaliser sur les crédits, notamment sur l'objectif de 3% du PIB pour les dépenses de R&D. "Ce 3% est un chiffre totalement arbitraire qui ne promet aucune avancée pour l'innovation". Voici qui fera plaisir à nos budgétaires. Si la France ne finançait plus du tout de recherches et faisait confiance à l’assouplissement des structures de recherche, elle rejoindrait enfin les Etats-Unis dans le niveau d’innovation.

Voici une vision qui de nouveau va à l'encontre des conclusions du rapport Beffa, lequel préconise la création de nouveaux grands programmes industriels, comme Airbus ou Ariane dans le passé, au sein desquels les grandes sociétés entraîneraient les PME dans leur sillage. Il suffirait d’encourager par quelques réformes juridiques les collaborations entre les petites entreprises et des laboratoires universitaires pour voir fleurir les idées nouvelles. Pour le reste, nous achèterons nos avions et nos lanceurs à l’industrie américaine qui ne demandera pas mieux que les fournir.

Espérons que ceux qui s’occupent en France de la politique de recherche et d’innovation industrielle ne se laisseront pas décourager par ces bons conseils. Ils paraissent trop bien intentionnés pour être tout à fait honnêtes.

* L'ANRT est l'association qui avait produit un rapport très négatif sur la politique spatiale française avant le lancement de la fusée Ariane 5 10 tonnes le 12 février dernier.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-11603/index.htm