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La Gazette N° 115 en date du 28 février 2005

Par Jean-Paul Baquiast


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A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

- Un "Grid" pour la réalisation d'une bibliothèque européenne virtuelle http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/gridbiblio.htm
- Le "Traité d'Athéologie" de Michel Onfray http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/onfray.htm

 

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Florence et Hussein

L'envoyée spéciale de Libération Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun al-Saadi ont disparu le 5 janvier.
Nous ne les oublions pas

Juliana Sgrena.

Nous ne l'oublions pas


 

Préparer les administrations publiques à leur future épreuve de vérité
28/02/05

Ceux qui ont la responsabilité de l'intérêt général du fait qu'ils exercent des fonctions administratives devraient dès maintenant réfléchir à ce que la collectivité attendra d'eux dans la future grande épreuve de vérité qui très vraisemblablement frappera le monde à brève échéance. Le message s'adresse aussi aux agents publics n’exerçant plus d’activités mais toujours en état de servir la collectivité.

Que risque-t-il de se passer ? Nous avons plusieurs fois ici et ailleurs évoqué le risque maintenant très probable d’une pandémie mondiale provoquée par la recombinaison génétique du virus aviaire A(H5N1) et d’un virus grippal humain. La mortalité résultant de cette pandémie, compte tenu de la complexité du monde moderne, ne pourrait rester limitée, comme le fut par exemple celle de la grippe espagnole de 1920, à 40 millions de morts. Elle dépasserait certainement la centaine de millions de décès, sinon le demi-milliard. Elle touchera donc l’ensemble du monde, y compris les pays européens. Elle se traduira par une désorganisation complète de l’ensemble des réseaux sanitaires, énergétiques, économiques, sociétaux de l’ensemble des pays. Dans chacun d’eux, on en reviendra à des situations connues par l’Europe centrale à la fin de la 2e guerre mondiale, où pratiquement plus rien n’avait survécu de ce qu’était le mode de vie antérieure. La situation sera même pire car à l’époque demeurait une économie rurale capable d’auto-subsistance, qui a complètement disparu aujourd’hui.

Ceci entraînera inévitablement un retour à la loi de la jungle, les plus forts s’efforçant de survivre aux dépends des plus faibles. Les conflits entre forts et faibles apparaîtront d’abord pour l’obtention des rares vaccins et anti-viraux disponibles. Mais très vite ils s’étendront à l’accès aux réserves de nourriture et d’énergie. Lorsque la désorganisation sociale aura atteint son apogée, on verra des groupes violents s’affronter les armes à la main pour survivre, au détriment des plus faibles. Ils ne seront pas les seuls, si l’on peut dire, car la destruction des services d’hygiène et de sécurité civile laissera proliférer des bandes immenses de parasites de toutes tailles, germes microbiens mais aussi rats ou chiens errants.

Alors les populations des pays occidentaux, confrontées à ces catastrophes, retrouveront sans doute leur réflexe traditionnel, consistant à se tourner vers les pouvoirs publics, administrations, services publics et organisations charitables capables de se mobiliser au service de l’intérêt général. Mais les serviteurs de la collectivité, recrutés et formés dans l’esprit du service public, se montreront-ils à la hauteur de leur rôle ? L’égoïsme ne l’emportera-t-il pas ? On le verra dès les premiers jours de l’accès aux vaccins, qui devront être réservés à ceux capables d’assurer la protection civile mais pas à leurs familles et relations. Au fur et à mesure que la crise s’étendra, que deviendront les réflexes de dévouement à l’intérêt général qui devraient être, plus que la recherche de la sécurité de l’emploi, la motivation première des fonctionnaires publics ?

Nous ne voulons pas dire que seuls les agents publics devront assumer le service de la collectivité. Comme dans toutes les crises de grande ampleur, on verra dans chaque profession, à commencer par les professions de santé, de grands désintéressements et de grands dévouements s’opposer à de grands égoïsmes. Ce que nous voulons dire par contre, c’est que les responsables des services publics devront être les premiers à donner l’exemple.

Pour ce faire, ils devraient être les premiers à se préparer à faire face aux immenses difficultés qu’ils auront à affronter. Les pouvoirs politiques, qui eux aussi sont au service de l’intérêt général, devraient d’ailleurs y réfléchir dès maintenant et oser en parler aux citoyens, plutôt qu’abriter leur incompétence derrière l’argument selon lequel il en faut pas effrayer la population par des risques qui ne se produiront peut-être pas. Certains pays se préparent à l'épidémie, notamment en Europe, mais assez mollement. Les dispositions à l'étude visent d'abord à suivre les progrès de l'épidémie, puis prendre des solutions d'isolement et de prophylaxie. Il s'agit aussi de commencer à préparer l'industrie pharmaceutique à ce qui sera la pierre de touche de son efficacité, produire des milliards de soses vaccinales dans des temps records. . Les experts pensent que les mesures envisagées sont encore loin du compte (http://www.euro.who.int/surveillance/cooperation/20050218_1).

Nous reviendrons sur ces sujets très graves ultérieurement. On pourra s’informer sur la grippe aviaire à partir de différents sites Internet, notamment celui de l’OMS http://www.who.int/fr/ . Mais un très bon dossier est aussi disponible dans le numéro 1049, février 2005, de Science & Vie « Grippe aviaire, six raisons de craindre le pire ».
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Percée française dans la voiture électrique
28/02/05

Le Salon de l’automobile de Genève donne à tous les médias l’occasion de présenter des pages dithyrambiques sur les nouvelles offres de l’industrie mondiale. Comme d‘habitude ce sont les modèles les plus gaspilleurs en énergie, frimeurs voire dangereux qui ont les faveurs des reportages – ce qui fait d’ailleurs souvent soupçonner des campagnes publicitaires déguisées en provenance notamment des producteurs de gros 4/4.

Il serait important pourtant de mettre en exergue des solutions qui, bien qu’encore expérimentales, paraissent seules susceptibles de résoudre les immenses difficultés qui résulteront à terme de la volonté de s’équiper de plus d’un milliard de futurs consommateurs. Une des grandes filières de solution en ce sens sera celle des véhicules tout électrique (où dont le moteur atmosphérique n’aura qu’un rôle d’appoint, celui de recharger les batteries en l’absence de prise de courant accessible).

Or il se trouve et il faut le dire que les seules voitures proposant une telle solution et susceptibles d’être mises en fabrication rapidement sont française. L’une est la BlueCar du groupe Bolloré élaborée en partenariat avec Matra Automobile Enginering et développée par la société Batscap à laquelle est associée EDF. Elle dispose de batteries de nouvelle génération au rapport poids/prix/capacité de stockage très amélioré. L’autre est la Cleanova présentée par la société SVE qui associe le groupe Henri Heuliez et le groupe Dassault. Cette voiture de taille plus importante (celle de la Scénic) avait déjà été présentée en 2004 sous forme d’un utilitaire destiné aux flottes institutionnelles. La Cleanova II va poursuivre l’exploration de ce marché, avec La Poste, différentes collectivités locales et le loueur Avis. Mais dotée d’une autonomie de plus de 400 kms (en utilisant le moteur de recharge des batteries) cette voiture devrait intéresser aussi les particuliers. L’autonomie pourra d’ailleurs être étendue dans l’avenir.

Les européens sont généralement sceptiques quand les « économistes alternatifs » affirment que des percées industrielles considérables, génératrices de nouveaux emplois qualifiés en nombre, pourraient découler de la recherche de produits de substitution à ceux des industries et sources d’énergie traditionnelles. L’exemple de ces deux voitures pourrait démontrer le contraire. Mais pour que l’essai soit transformé, l’aide des collectivités publiques, n’en déplaise aux libéraux, est indispensable au démarrage. Celles-ci, sans financer directement les industriels, peuvent faciliter de multiples façons le démarrage des nouveaux produits, par des infrastructures adaptées, des aides fiscales et des primes aux acheteurs – sans oublier l’équipement de leurs parcs.
Rien n’empêchera non plus d’amicales pressions gouvernementales sur les gros industriels traditionnels (ceux de l’automobile comme ceux du pétrole) pour qu’ils n’étouffent pas dans l’œuf ces jeunes pousses, mais qu’au contraire ils les aident.

Signalons un point essentiel. Le produit le plus stratégique dans les véhicules électriques est pour le moment et sans doute pour longtemps encore la batterie. Celles de la Cleanova sont fabriquées par la société française Saft (Société des Accumulateurs fixes et de Traction). Il s’agit d’un entreprise remarquable, première au monde dans son domaine, fournisseur d’un très grand nombre d’industries civiles et militaires de toutes nationalités. Or je m'étais laissé dire que la Saft faisait l'objet de convoitises en provenance d'entreprises non-européennes. Quelqu'un pourrait-il m'éclairer sur ce point, dont je ne trouve pas trace sur le site Internet de la Saft.

* Saft http://www.saftbatteries.com/


Le rapport de l’ONU sur l’évolution de la population mondiale
27/02/05

Il n’est pas possible de se livrer à des réflexions sur l’avenir de l’Europe sans prendre en considération les réalités démographiques. A cet égard, le rapport du
Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) des Nations unies présenté le 24 février devrait fournir la base de tout travail de prospective stratégique. Il s’agit du « World Population Change 1950-2050, the 2004 Revision ». Comme l’indique le titre, le rapport estime, compte tenu des données révisées disponibles aujourd’hui, l’évolution des grands chiffres intéressant la démographie mondiale pour les 50 prochaines années. Une certaine incertitude demeure évidemment sur les facteurs susceptibles d’influencer cette évolution et donc sur les résultats finaux, mais les chiffres obtenus paraissent dans l’ensemble indiscutables. Ils sont terrifiants…ou plus exactement ils seraient terrifiants si aucun changement dans les politiques mondiales n’était mis en œuvre dans les meilleurs délais – ce qui semble très improbable aujourd’hui.

Nous n’évoquerons ici que quelques points parmi de nombreux autres :

- La population mondiale passera de 6,5 milliards aujourd’hui à 9,1 milliards en 2050 (milieu de la fourchette). On estimera généralement qu'il s'agit d'une bonne nouvelle, car les prévisions faites au début des années 1990 parlaient d'une explosion démographique autour de 10 à 15 milliards d'habitants. La baisse de la natalité dans les pays les plus développés joue un rôle en faveur de la diminution des effectifs globaux mais aussi - ce qui n'a rien d'une bonne nouvelle - la hausse de la mortalité due aux maladies épidémiques. Ce qu'il faut voir est que l’augmentation de la population aujourd'hui prévue se situera principalement dans des pays qui n’assurent déjà pas leur équilibre alimentaire. Que va-t-il se passer ? Loin d’augmenter, les capacités de production de l’agriculture vont diminuer suite au réchauffement climatique et à la montée des eaux. Aucune augmentation des rendements n’étant par ailleurs prévisible à partir des techniques agricoles traditionnelles, il faudrait que des méthodes révolutionnaires permettant la production d’aliments de synthèse soient d’ores et déjà expérimentées. Mais qu’en serait-il alors de la facture énergétique ? Et qui assumera les coûts des investissements nécessaires ? Peut-on enfin compter comme l'UNFPA l'a toujours fait sur l'émancipation des femmes et la hausse de leur niveau de vie pour que le contrôle des naissances puisse s'étendre dans les pays les plus pauvres, Il faut y viser, mais ne pas trop se faire d'illusions. On voit en effet sous l'influence d'un retour des fondamentalismes et du maintien de la misère la situation des femmes se dégrader à nouveau dans de nombreux pays sous-développés.

- L’Inde suivie de la Chine vont devenir les pays les plus peuplés, 1,5 milliards pour l’Inde et 1,3 pour la Chine. Ils n’auront sans doute pas les mêmes difficultés alimentaires que les pays les plus pauvres (encore que...), mais ils exerceront sur les ressources en énergie et en matières premières du monde une pression sans commune mesure avec ce qui se passe actuellement. Leurs rejets polluants seront également multipliés d’une façon exponentielle. Peut-on espérer que des révolutions technologiques leur permettront de se développer autrement que sur le modèle des actuels pays industriels ? Peut-être, mais alors qu’attendent ces derniers pour prendre leur part dans les investissements en faveur de ces révolutions technologiques, sachant qu’ils n’auront plus dans quelques décennies ni le poids démographique ni le poids politique suffisant pour maintenir leur niveau de vie et leurs pratiques industrielles actuelles face à la demande de l’Inde et de la Chine ? Les Etats-Unis ont à cet égard une responsabilité particulière. Ils ne font actuellement aucun effort pour changer des comportements économiques consommateurs et pollueurs qui seront vite ressentis comme insupportables par le reste du monde. Ils ne font pas non plus d’efforts, alors qu’ils en ont les moyens, pour développer de façon désintéressée la recherche en faveur des nouvelles technologies. L’Europe, dans une moindre mesure, est également coupable de ne pas faire tout ce qu’elle pourrait faire pour changer les habitudes de ses ressortissants et investir dans les solutions de substitution.

- Parmi les pays industrialisés, les pays européens (à l’exception de la Grande Bretagne), le Japon et la Russie vont voir leur population diminuer, ou au mieux stagner. De plus cette population vieillira. Le nombre des octogénaires y sera multiplié par 4. Ce ne sera pas le cas des Etats-Unis, qui verront leur population augmenter. Qu’en conclure en termes de puissance comparée ? Même si on ne fait pas dépendre la compétitivité d’un pays du nombre et de l’âge de ses habitants, il est évident que les pays européens, à la population déclinante et vieillissante, risquent de ne plus pouvoir faire face à la concurrence des autres, les Américains du Nord d’abord, la Chine et l’Inde ensuite. L’Europe devrait donc dès maintenant faire face à son problème démographique.

Mais existe-t-il un problème démographique européen? Certains en doute, faisant valoir qu'elle "pèse" un demi-milliard d'habitants, ce qui n'est pas négligeable. Mais il faut voir qu'elle apparait encore comme peu peuplée aux pays
du Maghreb et de l'Afrique sub-saharienne, souvent surpeuplés, à la population très jeune et sans beaucoup de perspectives économiques. Elle est donc déjà et sera de plus en plus l'objet de l'immigration clandestine, laquelle cumule les inconvénients. Pour éviter cela, l'Europe devra recourir simultanément à des politique d'aide à la natalité autochtone (qui bien conçues ne sont absolument pas incompatibles avec la promotion de l'emploi féminin) et à des politiques audacieuses d’immigration et d’assimilation - sans mentionner les indispensables efforts pour maintenir en activité ou semi-activité des personnes agées tout à fait capables de rester intégrées dans le cycle de la production des services. Si l'Europe continuait à nier ses problèmes démographiques en continuant à se replier sur elle-même, elle courrait sans doute de grands risques à brève échéance. La question de l’adhésion de la Turquie à l’Europe devra aussi être examinée sous cet angle.

- Enfin, on ne peut passer sous silence le fait que le développement prévisible du sida et de diverses pandémies touchant une soixantaine de pays notamment africains y fera tomber l’espérance de vie d’une vingtaine d’années. Les pays riches vont-ils persister à ne pas investir davantage dans la prévention et le traitement de ces maladies ?
Nous n'évoquons pas ici le risque, désormais très probable, selon les experts, d'une pandémie mondiale due à l'explosion de la grippe aviaire mutante, qui pourrait faire plus de 500 millions de morts y compris dans les pays riches, et dont les effets globaux sur l'économie et la démographie seront énormes.

On pourrait conclure que face à cette contrainte démographique qui, comme le changement climatique, pèse sur l’avenir de l’ensemble de l’humanité, les affrontements stratégiques actuels ou futurs entre blocs devraient, sinon disparaître, du moins laisser place à des politiques de coopération qui bénéficieraient à l’humanité entière. Ce serait alors au plan des organisations internationales, sous l’égide et dans le cadre de l’ONU, que ces politiques devraient être étudiées puis mises en œuvre. Mais quels pays aujourd’hui pourraient tenir un tel discours sans être suspectés de parler à leur profit ?

Serait-il alors naïvement optimiste de dire que seule l’Europe pourrait le faire? Elle seule semble-t-il pourrait sans faire peur aux autres puissances prétendre jouer dans les années à venir, à travers l’ONU, le rôle d’un bon docteur (ou d’un bon père de famille) au service d’un monde de plus en plus mal parti.

* On lira le rapport sur le site de l'UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la population. Ce rapport comprend bien plus d'informations et de propositions que ce qui est évoqué ci-dessus. Ceci pour dire qu'il faut l'étudier très attentivement http://www.unfpa.org/swp/swpmain_fre.htm


Le langage administratif
27/02/05

Au moment où plusieurs personnalités francophones demandent par un Manifeste * à l'Union européenne de donner au français le statut de langue de référence pour les textes juridiques internes, il parait plus que maladroit de prétendre simplifier le français administratif et juridique traditionnel. On sait que ceci correspond à une volonté plusieurs fois manifestée par le ministère français de la Fonction Publique. Elle a donné lieu récemment à la production, sous l'égide du COSLA (Comité d'orientation pour la simplification du langage administratif) d'un "Lexique des termes administratifs", suivi d'un "Petit décodeur" édité par les éditions Le Robert. Dans les deux cas, il s'agit de traduire en français "normal" plusieurs milliers de termes considérés comme appartenant à un jargon technique qui ne serait plus nécessaire aujourd'hui. Or lorsque l'on regarde les "traductions", on constate qu'elles sont imprécises, longues et parfois inexactes. Personne n'y gagnera, notamment pas l'"usager". On peut certes expliquer à celui-ci ce que signifient les termes mais il faut pensons-nous ne pas faire la chasse aux vieilles expressions quand elles sont encore bonnes...ceci même à l'âge de l'Internet.

* Manifeste en faveur du français, langue judiciaire européenne

Les soussignés :

- constatant que, par suite du récent élargissement de l'Union européenne, le nombre des langues nationales s'y élèvent à vingt, et que les adhésions prévues ou probables vont porter ce chiffre à vingt-trois ou vingt-cinq ;
- reconnaissant que chaque Etat membre, par respect de sa dignité et pour préserver la diversité de l'Union, a droit à ce que sa langue soit tenue pour langue officielle ;
- prévoyant que, pour rendre possible le fonctionnement des institutions, le nombre des langues de travail devra être forcément limité, en usage sinon de droit, et de manière variable selon les organismes directeurs, délibérants ou administratifs de l'Union ;
- considérant qu'il est indispensable, pour l'homogénéité du droit européen, l'application des accords et le règlement des litiges, que l'Union choisisse une langue de référence ;
- estimant que la langue française, comme jadis le latin, est celle qui offre, grâce à son vocabulaire, sa syntaxe et sa grammaire, le plus de garanties de clarté et de précision, et qui réduit au minimum les risques de divergences d'interprétation ;
- rappelant que, par coutume constante depuis l'origine, c'est en français que la Cour de Justice de Luxembourg instruit les cas qui lui sont présentés et qu'elle rend ses arrêts ;

demandent au Conseil européen de convenir que, pour tous les textes ayant valeur juridique ou normative engageant les membres de l'Union, la rédaction déposée en français soit celle qui fait référence.

Maurice Druon, de l'Académie française, ancien ministre, ancien député européen
Otto de Habsbourg, ancien député européen
Mario Soarès, ancien Président de la République du Portugal, ancien député européen
Bronislaw Geremek, ancien ministre des Affaires étrangères de Pologne
Siméon de Saxe Cobourg, Premier ministre de Bulgarie
Dora Bakoyianni, maire d'Athènes
Adrian Nastase, Premier ministre de Roumanie
Suzanna Agnelli, ancien ministre des Affaires étrangères d'Italie
Federico Mayor, ancien ministre de l'Education d'Espagne et député européen, ancien directeur général de l'UNESCO
Kiro Gligorov, premier Président de la République de Macédoine
Antoinette Spaak, ministre d'Etat de Belgique, ancien député européen
Et, au titre de Secrétaire général de l'Organisation Internationale francophone, Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal


L'Europe doit-elle encourager Bush à provoquer Poutine?
24/02/05

On pourra donner deux lectures différentes de la surprenante provocation à laquelle s'est livré G.W. Bush à l'égard de Vladimir Poutine, lors de leur entrevue à Bratislava (Slovaquie) en conclusion de son voyage en Europe. Manifestement, il a voulu adopter, aussi bien vis-à-vis des nombreux atlantistes européens que vis-à-vis des populations des républiques russes encore "soumises" au pouvoir du Kremlin, la posture du chevalier blanc de la démocratie politique. Il n'a pas hésité à appeler ces populations à suivre l'exemple de l'Ukraine et rejoindre le camp occidental, lequel camp comporte certes l'Union Européenne mais aussi et surtout l'Amérique, toujours prête à se battre pour la liberté. On aurait pu penser que ce discours, très bien accueilli à Bratislava et dans l'Europe de l'Est, aurait été rejeté avec violence par Vladimir Poutine. Mais celui-ci s'en est tenu à une réplique très modérée. Qu'en penser? Bush a-t-il eu raison de titiller l'ours russe au seuil de sa tanière?

Pour les uns, la réponse sera affirmative. Poutine est en position difficile, y compris face à sa propre opposition libérale. C'est le moment où jamais de pousser l'avantage. La survenue de "révolutions oranges" dans un certain nombre de républiques ex-soviétiques ne peut qu'être favorable à l'Occident en général et à l'Union européenne en particulier. Bravo donc à G.W.Bush, qui n'hésite pas, du haut de sa puissance, à dire tout haut ce que les européens pensent tout bas.

Mais pour d'autres, et notamment pour ceux qui en Europe militent en faveur d'une Europe indépendante dans un monde multipolaire, l'intrusion de Bush dans l'espace politique qui sépare encore l'Union Européenne de la Russie et des républiques voisines ne peut pas être considérée comme une bonne nouvelle. D'abord, si les Etats-Unis s'intéressent à la région, ce n'est pas pour y promouvoir la démocratie en elle-même, mais pour y promouvoir leur influence. Influence politique sur les jeunes démocraties orientales et sur les oppositions libérales internes aux régimes autoritaires de la région, mais aussi, mais surtout, influence économique. Il s'agit de mieux contrôler les sources de pétrole et de gaz, les voies de communications, les marchés de consommation en émergence, le tout au profit des entreprises américaines. Ceci ne se fera pas, contrairement aux illusions des atlantistes européens, main dans la main avec l'Union européenne, mais contre elle. Les Etats-Unis, malgré les protestations d'amitié réitérées par G.W. Bush, ne veulent pas d'une Europe se renforçant à l'Est. Ils veulent encore moins d'une sorte d'axe politique et économique entre Bruxelles et Moscou. Le fait (qui me parait contraire aux usages diplomatiques, mais peut-être suis-je naïf) que Bush n'est pas hésité à lancer son missile anti-Poutine d'une plate-forme appartenant à l'Union européenne montre bien que l'Europe, pour lui, n'existe que comme une commodité à manipuler au service de ses intérêts.

De plus, l'Union européenne a-t-elle intérêt à soutenir le cow-boy Bush quand il s'en prend à Poutine, sans davantage réfléchir aux suites de tels gestes qu'il ne l'a fait quand il a envahi l'Irak. Si Poutine se libéralisait en douceur, pourquoi pas? Mais on risque au contraire de le voir se raidir et là, qui serait gagnant? Certainement pas l'Europe. Bien pire, il pourrait être remplacé par des nationalistes excités s'appuyant sur l'armée et sur l'arsenal nucléaire. Ce ne serait certainement pas alors l'Amérique, Otan ou pas Otan, qui protégerait l'Europe de la multiplication des ennemis à l'Est - pas davantage qu'elle ne protège l'Europe de la multiplication des terroristes islamiques générés par ses agressions au Moyen-Orient.

Tout ceci pour dire qu'une véritable diplomatie européenne, appuyée sur une puissance technologique et économique respectable, s'impose aujourd'hui pour faciliter la transition de l'Europe de l'Est, Russie comprise, vers des alliances de long terme avec l'Union européenne. Si cette diplomatie et cette puissance étaient un peu plus visibles, l'Europe pourrait se passer des bons offices de Mr Bush.


Jack Lang au secours de la recherche scientifique française
19/02/05

Jack Lang a fait un chaud plaidoyer en faveur de la science et du soutien à la recherche scientique lors de son passage ce jour 19 février à l'émission de France Culture du samedi 12h45, La rumeur du monde. A la question de savoir si, comme candidat à l'exercice du pouvoir et confronté à la crise de l'éducation nationale, il privilégierait la formation des élites notamment scientifiques ou le comblement de la fracture éducative, il a répondu qu'il ne fallait pas choisir entre ces deux orientations. Ce n'était pas de sa part je crois un tout de passe-passe dialectique, car il a fort bien expliqué que la France manquait cruellement de jeunes s'intéressant aux études scientiques, alors que, dans les quartiers dits défavorisés, il y aurait de nombreux candidats à des études scientiques sérieuses (pas seulement technologiques) si le système éducatif leur en donnait les moyens.

Au delà de cela, invité par Jean-Marie Colombani, il a convenu que le parti socialiste, les Verts et plus généralement d'ailleurs tous les mouvements politiques avaient acquis une culture anti-scientifique extrémement dommageable. La peur du progrès, s'exprimant par un principe de précaution exacerbé, est désastreuse pour l'Europe, et plus particulièrement pour la France. Il a assuré que dans le programme du PS pour 2007, qui commence à être mis au point, il s'efforcerait d'introduire des dispositions favorables à la science fondamentale et appliquée ainsi qu'à l'enseignement supérieur scientifique.

Ceux qui comme nous s'intéressent à l'avenir de la science en France ont pris note, même s'ils ne font guère confiance à Jack Lang. Mais on peut douter que le PS partage ces vues. Dominique Strass Kahn, qui avait "100 minutes pour convaincre" le 14 février, en a fort peu parlé. Quant aux autres présidentiables...motus. Noël Mamère, chez les Verts, est un peu plus positif, mais il semble bien être le seul de son avis, encerclé qu'il est par les José Bové de service.


Les néoconservateurs à la recherche d'un nouveau Pearl Harbour.
19/02/05

Les milieux pacifistes américains s'inquiètent de voir que l'Administration Bush, au lieu de reconnaître l'échec en Irak et de chercher un retrait honorable, poussent en permanence à l'aggravation des conflits en Moyen Orient. L'échec en Irak est pourtant reconnu, y compris par le patron de la CIA lui-même, Porter Goss. Il vient d’admettre que l’intervention américaine a permis à des milliers de combattants endurcis de se former et de se disperser, rendant la menace terroriste de plus en plus dangereuse. Par ailleurs, l’installation d’un gouvernement chiite ouvertement anti-américain à Bagdad ne peut être présenté comme un succès par G.W.Bush. Aussi, pour assurer leur fuite en avant, les néo-conservateurs chercheraient actuellement à provoquer de nouveaux conflits. Pour cela un nouveau Pearl Harbour serait le bienvenu pour eux. Le bombardement par Israël des usines atomiques iraniennes et les conséquences immenses qui en résulteraient pourrait être ce nouveau Pearl Harbour. Les gesticulations anti-syriennes américaines, suite à l’attentat contre le président libanais Hariri dont les auteurs restent inconnus, préfigurent peut être des manoeuvres pour en provoquer d’autres. On constate également que le 18 février, avec une communauté de vue touchante, la CIA, le FBI et le secrétaire d’Etat Donald Rumsfeld lui-même annoncent l’imminence d’une nouvelle attaque de grande ampleur d’Al Quaida sur le territoire américain. Ont-ils des informations précises ou s’agit-il d’intoxication ? Pour Anti-War.com, la réponse ne fait pas de doute http://www.antiwar.com/orig/manion.php?articleid=4875.

Quand Mme Rice, faisant le délice de l’assistance parisienne lors de son show à Sciences-Po, annonçait que désormais les Etats-Unis et l’Europe se reconnaissaient les mêmes ennemis et devaient s’entendre pour mener une lutte commune, pensait-elle à tout cela ?


Le rapport de l’Inserm sur l’efficacité des psychothérapies
17/02/05

On sait que ce rapport, sous la pression inadmissible des psychothérapeutes, a été retiré du site du ministère de la santé à la demande du ministre. J’espérais le trouver sur le site de l’Inserm. Vain espoir. J’ai donc envoyé le message suivant :

"Envisagez vous de publier sur le site de l'Inserm le rapport sur l'évaluation des psychothérapies que votre ministère de tutelle a retiré de son propre site, sous la pression des représentants de ces dernières. J'estime comme scientifique et contribuable être frustré de ne pouvoir accéder à un document public de cette nature.
Bien à vous"


Mais hasard ou non, je reçois cette réponse (qui en passant me confirme dans l’idée qu’il vaut mieux utiliser un Logiciel Libre qu’un logiciel propriétaire)

HTTP Web Server: Lotus Notes Exception - Error validating user's agent execution access Possible cause: the agent signer may not be allowed to execute agents.

Je profite de l'occasion, puisque nous en sommes aux psychanalystes, pour vous communiquer un échange avec une correspondante que j'avais gardé pour moi jusqu'à ce jour.

Elle:
Je participe à un forum de psychanalyse et me confronte régulièrement aux polémiques en ce qui concerne les neuro-sciences et la psychanalyse (notamment lacanienne). Je me suis permise d'envoyer un extrait d'un de vos articles (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/58/freud.htm) que j'ai trouvé sur votre site signé de votre nom. Il a été bien mal reçu. Je me heurte constamment à ce qui se dit et répète à propos du Penisneid (envie de pénis). On n'y démord pas d'un pouce de la suprématie du Signifiant, de la Lettre, des formules de la sexuation. Il se fait que j'aborde les questions à partir de Derrida mais aussi à partir de mon expérience (1° d' infirmière, 2° de ma cure analytique, 3° de ce que je considère concerner la vie insérée, enserrée dans la complexité des exigeances sociales, politiques, juridiques).

Moi
"Chère madame, merci de votre message et de l'attention que vous portez aux articles de notre revue.
Je dois dire que l'intolérance des psychanalystes ne pousse pas à les fréquenter. Il est vrai qu'ils défendent leur gagne-pain.
Le "Répliques" de Finkelkraut du 22 janvier sur France Culture a donné une nouvelle preuve de cette intolérance. Le nommé Charles Melman, opposé à l'honnête Joëlle Proust, s'est quasiment permis de dire que la biologie, évoquée par cette dernière, n'était que de la sociobiologie néodarwinienne, autant dire du nazisme scientifique. Quant à Finkelkraut, qui a prétendu, soit parce que c'était vrai, soit pour se donner une posture, ne pas savoir ce que sont les neuro-sciences, il ne s'est pas montré digne du titre de philosophe dont pourtant il se pare à tous bouts de champs".


Vingt Régions européennes refusent les cultures d'OGM
17/02/05

Que l'on soit ou non favorable à l'interdiction des cultures d'OGM, il est intéressant au plan de la réflexion sur le fonctionnement politique de l'Union Européenne de constater que, dans une Charte adoptée à Florence le 4 février 2005, 20 Régions européennes ont refusé d'appliquer les décisions de la Commission européenne autorisant les cultures transgéniques. Il y a tout lieu de penser que cette sorte de fronde organisée pourra se reproduire dans l'avenir à propos d'autres décisions communautaires. On ne voit pas en effet quelles sanctions juridiques ou politiques pourraient faire rentrer les récalcitrants dans le rang.

Mais on peut aussi espérer que les Régions les plus dynamiques ne se limiteront pas à des actes d'opposition. Elles pourraient aussi, dans le cadre d'une sorte de coopération renforcée interrégionale, mettre en oeuvre des programmes de développement dans les domaines de leurs compétences (voire au delà de ces domaines) par exemple pour promouvoir des applications des sciences et des technologies nouvelles.


Alcan dépèce Péchiney, comme il fallait s'y attendre
17/02/05

Selon un document interne que Le Monde s'est procuré (Le Monde, 15/02/05, p. 1) le Canadien Alcan est en train de transférer hors de France tout ce qui a quelque valeur spéculative dans les sites industriels de l'ex-Péchiney, et de fermer le reste. Alcan, on s'en souvient, avait pu acheter Péchiney il y a un an suite à une série scandaleuse d'erreurs de la part de la précédente direction. A ces erreurs s'était ajoutée la passivité inadmissible du gouvernement de l'époque, encouragée par une monumentale absence de vues stratégiques. Personne en France n'avait vu la reprise industrielle en Asie et notamment la montée des achats chinois. Personne non plus ne s'était posé la question des approvisionnements stratégiques de l'industrie européenne aéro-spatiale et de défense en produits fins de l'aluminium. Aujourd'hui, les cadres français sont en train de se faire débarquer, les sites de se faire délocalisés, les syndicats en train de pleurer. La France est vraiment un triste pays. Quand l'administration se mêle de l'économie, on obtient l'affaire du Crédit Lyonnais et les 600 millions d'amende que le contribuable devra payer dans l'affaire Executive Life (sans jamais espérer connaître les bénéficiaires français de l'opération, qui ne font plus parler d'eux et qui ne restitueront pas un sou). Quand ce sont les patrons qui gèrent leurs affaires, le nez fixé sur les profits annuels, on obtient l'affaire Péchiney. Le grand responsable de tout ceci est le manque de culture de la stratégie à long terme dans un univers où nul ne fait de cadeau aux imbéciles. Mais c'est aussi le manque de transparence et de contrôle démocratique.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/05-11502/index.htm