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La Gazette N° 98 en date du 31 mars 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Ouverture du site www.europe-puissance-scientifique.org
Manifeste et colloque pour l'indépendance de l'Europe
par les sciences et technologies de souveraineté

organisés conjointement par Automates-intelligents et Paneurope France

Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'avenir scientifique et technologique de l'Europe pourront visiter le site http://www.europe-puissance-scientifique.org que vient d'ouvrir notre revue Automates Intelligents, conjointement avec l'association Paneurope-France. Vous y trouverez un manifeste (un de plus direz-vous, mais pourquoi pas ?) ainsi que l'annonce d'un colloque en avril 2004. Nous y avons joint divers textes qui s'efforcent de justifier la démarche.
Après le colloque qui aura réuni, si tout se passe bien, un certain nombre de personnalités acceptant de se mobiliser sur ce sujet, nous envisageons de constituer un groupe de travail ou Think Tank virtuel qui continuerait à rassembler des documents et prévoir des actions dans la suite de cette première initiative. Nous espérons que la démarche débordera la France et pourra intéresser des collègues dans d'autres pays européens. Les textes en anglais, allemand et russe seront les bienvenus.
Bien entendu, ceux d'entre vous qui voudront nous adresser des messages, voire rejoindre le groupe pilote, pourront nous écrire via l'adresse fournie sur le site (mani.europepuissancescientifique at laposte.net) ou directement.
Un dernier point : nous considérons que l'enjeu de la souveraineté de l'Europe par la puissance scientifique doit dépasser les clivages politiques, si bien que nous visons à mobiliser sur ce sujet aussi bien des gens de droite que de gauche.
Merci de votre attention
Le 25 février 2004
J.P. Baquiast et C. Jacquemin


Réintroduire le développement scientifique au coeur du projet politique
Une mission essentielle pour les Régions après le 28 avril.

Le refus du gouvernement Raffarin de prendre en compte les préoccupations des chercheurs face à la dégradation des conditions d’exercice de la science en France, a certainement contribué à la déroute de la majorité aux élections régionales. Les  Français, contrairement à ce que pensent certains, sont certainement attachés à la place de notre pays parmi les grandes nations scientifiques. La gauche, qui dispose désormais de la majorité dans les régions, doit selon nous saisir cette occasion pour  montrer qu'elle ne se comportera pas avec la même désinvolture que la droite dans ses relations avec les chercheurs. Elle le fera d’autant plus facilement qu’il existe indéniablement une sorte de mariage d’amour entre elle et la science, qui remonte fort loin dans l’histoire. Le socialisme a toujours encouragé les recherches scientifiques, non seulement parce que celles-ci fondent la compréhension rationnelle de l’univers, mais parce que leurs retombées peuvent apporter des améliorations essentielles à la situation des populations défavorisées.

C’est la raison pour laquelle les socialistes considèrent que l’essentiel de ces recherches doit être financé sur fonds publics, ou conduit dans des laboratoires échappant à la pression trop immédiate du marché. Le capitalisme libéral ne refuse pas la science, mais il la réserve aux domaines qu’il estime rentables à court terme. De ce fait, il en limite considérablement la portée.

Mais il y a une autre différence, essentielle, qui devrait distinguer la droite de la gauche dans l’approche des politiques scientifiques. La droite ne connaît pas le dialogue avec la société civile. Elle reste profondément autoritaire, persuadée que les « élites » traditionnelles sont les mieux à même de proposer les directions à suivre. Il n’est donc pas question d’en discuter vraiment avec les citoyens. Or les sciences et technologies sont, à tort ou à raison, souvent contestées, aussi bien en France que dans d'autres pays européens. C'est le cas notamment dans les milieux Verts ou altermondialistes qui constituent une part non négligeable de l’électorat rassemblé les 21 et 28 avril. Si la gauche voulait, comme nous le proposons ici, réintroduire le développement scientifique au coeur de son projet politique, il lui faudrait prendre toutes les précautions possibles pour éviter les malentendus et procès d’intention. Il n’y a pas de bons objectifs s’ils ne recueillent pas l’accord de la population. Ceci ne veut pas dire qu’il faudra renoncer à toute avancée scientifique ou technologique au cas où la population refuserait le changement. Il faudra par contre discuter, écouter et si besoin était s’accorder sur des solutions intermédiaires susceptibles de susciter des consensus. Nous pensons en particulier aux domaines de l’énergie et des biotechnologies. L’exemple montre heureusement qu’aucune population, surtout dans les pays européens où les gens sont ouverts au dialogue, ne s’opposerait en bloc à des évolutions nécessaires.

Mais comment faire pour instaurer de tels débats ? On sait que les collectifs de chercheurs vont dans le courant de l’année 2004, à leur initiative et peut-être aussi dans le cadre de groupes de travail mis en place par le ministère de tutelle, préciser la conception qu’ils se font de l’avenir de la recherche en France. Mais à notre avis, cela ne suffira pas. Le risque de l’enfermement dans des discussions de spécialistes sera grand. Le public ne se sentira pas immédiatement concerné. Il ne verra pas comment des politiques publiques scientifiques audacieuses pourraient changer son avenir

Dans le manifeste que nous avons mis en ligne il y a quelques semaines (www.europe-puissance-scientifique.org), ainsi que dans le colloque en préparation, nous montrons que l’Europe est sur le déclin en termes de puissance politique et économique, précisément parce qu’elle se refuse aux investissements scientifiques et technologiques qui fondent la puissance de ses rivaux, Etats-Unis, Japon et bientôt Chine. Ce qui nous paraît vrai pour l’Europe nous paraît l’être aussi pour la France. C’est de cela qu’il faut convaincre l’ensemble des Français, ceux notamment qui souffrent le plus de la mondialisation libérale et de la perte de potentiel de notre économie. Il faut leur montrer les nombreuses améliorations qu’apporteraient à leurs activités les retombées de recherches scientifiques dynamiques, notamment dans les sciences dites émergentes de l’informatique évoluée, des biotechnologies, des nanotechnologies et de la robotique intelligente.

Si comme nous l’espérons les partis de gauche mettaient à leur programme une grande politique scientifique, française et européenne pour les élections de 2007, ils ne devraient pas attendre les derniers mois précédant les élections pour en discuter avec les citoyens. C’est dès l’été  2004 que de telles discussions doivent commencer dans chaque région, sous des formes adaptées aux problèmes rencontrés par chacune de celle-ci.

Nous l’avons dit, les dernières élections offrent une chance extraordinaire au parti socialiste et à ses alliés. La gauche a maintenant, dans pratiquement toutes les régions et dans beaucoup de départements, la légitimité nécessaire pour associer les forces vives et, plus généralement, les citoyens et citoyennes de tous âges, à une grande réflexion sur ce que pourrait être le rôle des sciences et des technologies au service de leur avenir. C'est ce qu'ont déjà vu beaucoup de responsables. Citons Marcel Valls, député PS de l'Essonne (Le Monde, 28/29/03/04, p. 8) "Les régions de gauche deviendront des laboratoires pour préparer 2007". Il faudra que ces "laboratoires" traitent sans attendre du rôle des vrais laboratoires.

Nous ne pouvons ici entrer dans le détail des thèmes et des arguments qui devraient selon nous, dès après les élections européennes, être mis en discussion à l’initiative du parti socialiste et de ses alliés. Bornons nous à citer quelques rubriques.

L’Europe, de la puissance interdite à la puissance médiatrice et régulatrice

Aucun projet de redressement ne se concevra s’il ne s’insère pas dans un projet pour l’Europe. Il s’agira d’abord de l’Europe des 25, dont on peut espérer qu’elle sera dotée prochainement d’une constitution. Mais il s’agira aussi des relations qu’elle entretiendra avec ses voisins du sud et de l’est. Cette grande Europe n’aura de réalité que si elle se dote des moyens de la puissance économique, culturelle et politique. Or jusqu'à présent, les européens pénétrés de l’idéologie atlantique, s’estimaient interdits de puissance (expression empruntée à J.C. Empereur). Il leur suffisait de s'assurer, pensaient-ils, comme au temps du soviétisme, la protection américaine. C’est évidemment une vue de l’esprit. L’hyper-puissance américaine ne protège dorénavant plus qu’elle-même. L’Europe doit devenir - ou redevenir - souveraine. Pour cela, elle doit faire appel massivement aux sciences et technologies de souveraineté, en se rendant indépendante de ce que les Etats-Unis, la Chine et d’autres grands pays développeront pour leur compte. Ceci ne veut pas dire qu’une telle Europe devrait rivaliser en impérialisme avec ses concurrents. Au contraire, elle pourra viser à un rôle médiateur, d’abord entre les grands blocs du monde multipolaire, mais aussi entre le monde développé et le tiers-monde.

On dit souvent qu'il faudrait revenir à la régulation publique, dans un monde déréglementé par le néo-libéralisme. Peut-être, mais ce retour à la régulation ne peut s'envisager qu'au sein d'un ensemble géopolitique et économique suffisamment grand et puissant pour pouvoir, le cas échéant, se suffire à lui-même, vivre si nécessaire en autarcie. C'est le cas de l'Europe. Il n'y a que le Front National pour oser tromper l'électeur en proposant le retour au protectionnisme à l'intérieur des frontières de la France. Mais ce protectionnisme, sans être à rechercher systématiquement, serait tout à fait concevable à l'intérieur des frontières de la grande Europe. Dans beaucoup de cas, il s'imposera à titre temporaire pour protéger les développements des recherches qui seront engagées dans les secteurs stratégiques où les compétiteurs de l'Europe se seront donnés des situations monopolistiques, par exemple en informatique. Les nouvelles réglementations mises en place par l'Europe seraient souvent bien accueillies et adaptées par d'autres Etats n'ayant pas l'assise suffisante pour réglementer leur espace économique et sociale par leurs propres forces. On le voit très clairement dans le cas du combat que mène l'Union européenne pour limiter les abus de position dominante dont se rend coupable Microsoft, combat suivi attentivement dans bien d'autres pays.

La science européenne. Comment lui redonner son ancien statut d’excellence ?

Par science européenne, on entendra aussi bien les recherches conduites dans chacun des Etats européens que celles pilotées par l’Union européenne, au sein des programmes-cadres (PCRD), ou par les grands agences scientifiques actuelles (ESA, CERN..) ou futures. Ce sera la conjugaison et le mise en réseau de tous ces travaux qui permettront de redonner à l’Europe un rôle équivalent à celui des Etats-Unis et, plus tard, à celui des puissances émergentes (Chine, Inde...)

- Il faudra d’abord procéder, même sommairement, à des inventaires, montrant les forces et les faiblesses, pays par pays, ainsi que les perspectives d’évolution spontanées.

- On discutera ensuite des perspectives souhaitables : réforme éventuelle de la technique des PCRD (axée actuellement sur la recherche coopérative à finalité applicative et commerciale), pourcentage du PIB devant être affecté à la recherche, effectifs et qualifications des chercheurs, amélioration des relations avec les industries et le secteur financier, grands projets et programmes fédérateurs (ITER, Mars, etc.).

- Il faudra évoquer aussi la question essentielle du statut de la science au sein des institutions européennes : faut-il un ministre européen des sciences, une agence européenne de la recherche fondamentale....? Concernant cette dernière, qui parait effectivement indispensable, jouera-t-elle le rôle d'une Académie des sciences ou National Sciences Foundation, sur le modèle américain, ou sera-t-elle dotée de moyens de financements?

La science française

On retrouvera là l’essentiel des questions posées par les collectifs de chercheurs. Mais on s’efforcera de les éclairer à la lumière des débats précédents :

- Qui fait quoi en France ? L’ignorance quasi générale des forces et des faiblesses du dispositif de la recherche publique (recherche universitaire incluse) ne permet aucun débat de fond sérieux.

- Comment promouvoir la recherche avancée interdisciplinaire (fondamentale), en associant laboratoires et universités. Faut-il affirmer que l'on fait en France trop de recherche publique à vocation industrielle ou assimilée (atome, espace, défense) et pas assez de recherche fondamentale non finalisée? (Pour nous, la réponse est claire, il faut les deux. Les grands programmes servent à l'indépendance économique et politique, de plus ils obligent nécessairement à conduire des recherches en amont à très large spectre).

- Comment améliorer les relations entre la recherche publique et le secteur privé. Celui-ci, on ne le dit pas assez, ne se comporte pas comme il le fait aux Etats-Unis et au Japon. Il investit peu. Le secteur bancaire et les assurances n’encouragent pas les entreprises innovantes...

- Comment encourager les plates-formes régionales d’innovation et d’excellence associant public, privé et organismes de financement.

- Faut-il revoir les statuts et carrières des chercheurs du secteur public, entre le besoin de sécurité à long terme et celui de mobilité ?

- Faut-il et comment redéfinir le rôle des grandes agences nationales de recherche (CNRS, Inserm, etc.).

- Comment réformer l’enseignement et la pratique des sciences et des technologies dans le système éducatif, et ceci dès le primaire ?

- Comment augmenter la culture scientifique citoyenne ?

- Comment concevoir un grand ministère des sciences et des technologies, doté de quel type de budget?.

Sciences et technologies au service de l’innovation dans l’économie et de la compétitivité internationale

Il s’agit là d’un très vaste domaine de réflexion. Nous sommes persuadés qu’il n’y a pas de secteurs productifs qui ne puissent conserver ou regagner de la compétitivité en faisant appel aux applications des sciences émergentes, notamment technologies de l’information, biotechnologies, nanotechnologies et robotique évoquées ci-dessus. Il faut se rendre compte aussi que si les divers secteurs productifs, notamment agricole et industriel, pouvaient faire plus qu’actuellement appel aux nouvelles sciences et technologies, l’économie globale en tirerait de nombreux avantages : développement des énergies renouvelables, baisse de la pollution et des gaspillages, meilleure répartition des activités sur le territoire, etc. Ceci vaut la peine d’y réfléchir et d’en discuter.

Mais faire appel à ces sciences rencontre de nombreuses difficultés, notamment en France. La première est l’ignorance, aussi bien des patrons que des salariés et des représentants politiques locaux concernés. Un énorme travail de sensibilisation, accompagnant des formations professionnelles adaptées, serait nécessaire. La seconde difficulté tient à diverses pesanteurs : refus du patron d’investir (il préfère délocaliser), inquiétudes des personnels face à de nouvelles méthodes... Mais la troisième et plus importante difficulté tient au manque, au moins apparent, de moyens d’investissement. C’est là que l’Etat et les collectivités locales pourraient jouer un rôle accru par rapport à ce qu’ils font. Mais il faudrait aussi que les grandes entreprises consentent elles-aussi à investir, notamment dans les secteurs à risques.

Chaque département, chaque région française présente des caractéristiques propres, en ce qui concerne l’état de son potentiel économique. Ceci justifie que les réflexions et travaux que nous évoquons soient d’abord menés au plan local.

Sciences et technologies au service des grandes politiques publiques

Celles-ci resteront des voeux pieux si elles ne s'appuient pas sur les nouvelles sciences et technologies. Mais là comme précédemment, on rencontre l’ignorance, la peur du changement, le refus d’investir. Les coupables ne sont pas alors seulement les chefs d’entreprises ou les salariés. Ce sont aussi les hommes politiques qui décident de telles politiques, sans accepter les méthodes modernes permettant d’assurer leur succès.

Nous n’allons pas ici faire la liste des politiques publiques qui pourraient être véritablement révolutionnées si leurs promoteurs acceptaient de se donner des moyens technologiquement avancés. Bornons-nous à citer l’éducation et la formation professionnelle, l’insertion et le dialogue social, la création culturelle décentralisée, la coopération avec le tiers-monde... Mais aussi la défense de l’écosystème global, la transition énergétique, les transports publics, la lutte contre les risques majeurs...

Nous ferons cependant une mention particulière à la réforme de l'Etat et la modernisation administrative. On a beaucoup évoqué, depuis l'action du gouvernement Jospin, le rôle des technologies de l'information dans ce domaine. Un certain nombre de réalisations ont été faites, mais l'essentiel reste devant nous: l'instauration de véritables conditions permettant le travail coopératif efficace, l'atténuation des hiérarchies inutiles, l'encouragement à l'innovation. De plus, les TIC ne sont plus désormais seules en cause. D'innombrables technologies apparaissent maintenant qui permettront aux grandes missions publiques d'être conduites avec plus d'efficacité. Il faut les connaître et les expérimenter.

Les politiques de sécurité et de défense, intérieures et extérieures, constituent évidemment une part essentielle des responsabilités  régaliennes de l'Etat. Avec le développement prévisible (peut-être exponentiel) des actions terroristes et des guerres locales, il serait irresponsable de ne pas aborder ces sujets. Les nouvelles sciences présenteront à cet égard de nouvelles solutions et de nouveaux risques que les citoyens ne pourront plus ignorer. Il ne faut donc pas laisser le traitement de ces questions aux seuls militaires, ou à des services spécialisés. Il faudra intégrer, sur le modèle de feu la défense passive de la 2e guerre mondiale (pour ne pas mentionner les solutions de l'Etat d'Israël, qui furent longtemps des modèles du genre), les politiques de sécurité et de défense à la vie locale, en décentralisant sans doute, sous le contrôle du juge, certaines responsabilités.

La nécessaire réforme de l’approche des questions économiques et financières

Cette réforme ne peut plus être différée, compte tenu de la nécessité de consacrer de nouveaux et importants crédits publics aux sciences et aux technologies

Les collectivités publiques, étatiques, régionales ou européennes, ont deux possibilités leur permettant de financer les programmes scientifiques et technologiques: c'est l'impôt et c'est l'emprunt. On considère que les impôts ont atteint un niveau tel qu'ils ne peuvent plus être augmentés. Mais s'il s'agissait de dépenses véritablement vitales, on trouverait encore quelques marges. Or c'est le cas. Par ailleurs, de nombreuses dépenses, financées par l'impôt (national ou européen), correspondent à des priorités politiques à court terme, qu'il faudrait rediscuter. Prenons l'exemple de l'agriculture. Celle-ci ne serait-elle pas mieux protégée à terme par l'application de recherches visant à privilégier les productions génératrices d'énergies  et de biomatériaux verts que par des soutiens aux productions actuelles, qui coûtent des fortunes à la politique agricole commune ?

Il en est de même de l'emprunt. Certes, on ne saurait accepter que l'Etat emprunte (ou accepte un léger taux d'inflation) uniquement pour faire face à des déficits de trésorerie dus à une mauvaise gestion. Mais s'il emprunte, comme toute entreprise, pour se doter d'équipements ou de laboratoires productifs à terme, l'opération change entièrement de nature. Il faudrait donc alors  mettre en place, au plan national comme au plan européen, des dispositifs de financement à long terme adéquats.

Plus généralement, il faut bien se rendre compte que l'état de crise générale dans lequel s'engage le monde fait peser sur les sociétés occidentales une lourde responsabilité. Elles seront obligées d'accepter une véritable révolution dans leurs modes de comportements. Dans la meilleure des hypothèses, il faudra admettre une période d’austérité, en attendant que les investissements engagés, notamment dans les nouvelles sciences et technologies, aient pu produire leurs fruits. Mais il s’agira d’une austérité ne portant que sur les modes de consommation les plus gaspilleurs et les plus destructeurs, dont ne bénéficient finalement que des minorités. Elle sera compensé par un accès très élargi de tous au savoir et à la création.

Il s'agit d'un message que le socialisme moderne devrait être le mieux à même de faire entendre 29/03/04


Le renoncement européen aux 3% de PIB affectés à la recherche

Lors de la même réunion du Conseil Européen à Bruxelles, le commissaire à la recherche a pris acte du fait que les Etats-membres ne pourraient pas tenir l'engagement pris à Lisbonne de porter les dépenses de recherche à 3% du PIB en 2010. On s'n doutait, mais c'est très grave de le constater officiellement avec cette apparence de détachement. Ceci veut dire que l'Europe accepte sciemment de décrocher du train des autres grands pays, Etats-Unis et Japon en tête, qui atteindront et sans doute dépasseront ce pourcentage; Mais qui se préoccuppe de cela? 25/03/04


Les menaces terroristes au service de la construction européenne

Nous avons évoqué précédemment l'intérêt de la méthode systémique pour mieux comprendre l'évolution de la géopolitique. Sans faire vraiment de systémique, on constatera cependant que l'Europe en tant que système global se construira d'autant mieux qu'elle aura des ennemis. Les terroristes sont en train de jouer ce rôle. Le Conseil européen discute aujourd'hui à Bruxelles, avec une grande unanimité semble-t-il, de méthodes communes de lutte contre le terrorisme, ce qui devrait être couronné par la désignation d'un Monsieur Sécurité commun, notion peu pensable avant les attentats de Madrid. La montée en puissance du terrorisme islamique comme fédérateur de l'Union européenne ne doit pas faire perdre de vue le rôle que doit continuer à jouer en ce sens l'hyper-puissance américaine. L'Europe doit se construire sur plusieurs fronts. Les menaces sont très différentes mais il faut les traiter avec le même sérieux. 25/03/04


La carte à puce dans la lutte contre le terrorisme

Les médias ont signalé, comme une grande victoire de la technologie française, le fait que les Etats-Unis allaient prochainement utiliser la carte à puce Gemplus comme support d'identification destinée à la lutte contre le terrorisme. Ils ont seulement oublié que Gemplus était passé, depuis plus d'un an, sous contrôle américain. Jugée entreprise traitant des technologies sensibles, Gemplus a subi le sort de pratiquement toutes les firmes européennes travaillant dans le secteur de la défense: prise de contrôle par des fonds d'investissements au service de la stratégie de défense américaine et nomination d'anciens de la CIA ou de l'US Army aux postes stratégiques. Après une timide tentatvie de rébellion, les pouvoirs publics français avaient laissé faire la main-mise de G.W. Bush Jr sur Gemplus. 24/03/04

- Gemplus http://www.gemplus.com/
- Gemplus France http://www.gemplus.com/france/
- Voir aussi: Enregistré à la Présidence du Sénat le 16 avril 2003, PROPOSITION DE RÉSOLUTION tendant à la création d'une commission d'enquête sur la gestion depuis 1998 de la société Gemplus-Sa et sur l'avenir de la maîtrise et du développement en France des technologies de la cryptographie et des cartes à puce après la prise de contrôle de cette entreprise par des fonds d'investissement américains soupçonnés d'être étroitement liés à la CIA et à la NSA, http://www.senat.fr/leg/ppr02-261.html . Je suis incapable de dire ce qu'il est advenu de cette proposition.
- Article d'Infoguerre du 14/11/2002 e http://www.infocrise.org/article.php3?id_article=34


Lionel Jospin retarde d'une guerre

Le pauvre Lionel Jospin, dans son désir honorable de continuer à participer aux discours de ce temps, se trompe quand même de combat. Dans un long article du Monde daté du 24 Mars, extrait d'une conférence donnée il y a quelques mois dans une université américaine "Etats-Unis et France, pour une amitié plus sereine", il explique en termes mesurés, à ses hôtes, la raison des divergences apparues entre nos deux pays sur la question de la guerre en Irak. Mais la question n'est qu'accessoirement là. La vraie question, dont la gauche française doit comme tout le monde se persuader, est que l'Europe devra tout faire pour ne pas laisser aux Etats-Unis les leviers de commande du monde, notamment dans ce que nous appelons sur notre site http://www.europe-puissance-scientifique.org les sciences et technologies de souveraineté. Et cela, les Etats-Unis ne l'accepteront jamais de bon coeur. Mais Lionel Jospin sait-il bien ce dont il s'agit? Il pourra aussi lire, sur ce sujet, le court article d'un de nos amis: Les sources de la puissance américaine http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/53/puissancameric.htm 24/03/04


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-9803/index.htm