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La Gazette N° 97 en date du 15 mars 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Ouverture du site www.europe-puissance-scientifique.org
Manifeste et colloque pour l'indépendance de l'Europe
par les sciences et technologies de souveraineté

organisés conjointement par Automates-intelligents et Paneurope France

Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'avenir scientifique et technologique de l'Europe pourront visiter le site http://www.europe-puissance-scientifique.org que vient d'ouvrir notre revue Automates Intelligents, conjointement avec l'association Paneurope-France. Vous y trouverez un manifeste (un de plus direz-vous, mais pourquoi pas ?) ainsi que l'annonce d'un colloque en avril 2004. Nous y avons joint divers textes qui s'efforcent de justifier la démarche.
Après le colloque qui aura réuni, si tout se passe bien, un certain nombre de personnalités acceptant de se mobiliser sur ce sujet, nous envisageons de constituer un groupe de travail ou Think Tank virtuel qui continuerait à rassembler des documents et prévoir des actions dans la suite de cette première initiative. Nous espérons que la démarche débordera la France et pourra intéresser des collègues dans d'autres pays européens. Les textes en anglais, allemand et russe seront les bienvenus.
Bien entendu, ceux d'entre vous qui voudront nous adresser des messages, voire rejoindre le groupe pilote, pourront nous écrire via l'adresse fournie sur le site (mani.europepuissancescientifique at laposte.net) ou directement.
Un dernier point : nous considérons que l'enjeu de la souveraineté de l'Europe par la puissance scientifique doit dépasser les clivages politiques, si bien que nous visons à mobiliser sur ce sujet aussi bien des gens de droite que de gauche.
Merci de votre attention
Le 25 février 2004
J.P. Baquiast et C. Jacquemin


Communiqué de la revue Vivant, retransmis à se demande

Vivant Editions
06 30 50 05 06
jj.perrier@noos.fr

 

Chère Madame, Cher Monsieur,

Aujourd’hui, les recherches sur le monde vivant forment un creuset où se mêlent de multiples enjeux scientifiques, sociaux, économiques, politiques, juridiques, et philosophiques. Analyser et comprendre « à la source » ces enjeux est devenu indispensable pour bâtir un monde vivable. C’est la raison d’être d’une nouvelle revue : Vivant.
Exploratrice
Diffusée sur l'Internet en langue française, Vivant sera un outil interdisciplinaire de réflexion et de débat.
Eclairer les interrogations issues des avancées scientifiques et des réglementations sur le « Vivant », ainsi que des relations parfois conflictuelles entre scientifiques, citoyens et décideurs ; esquisser des scénarios d’évolution ; aller à la rencontre des chercheurs et des penseurs, des idées et des innovations, de leur histoire ; décrypter les rapports de force dont la recherche scientifique, l'innovation industrielle et la politique de la recherche sont parcourues. Tels sont nos objectifs.
Indépendante et ouverte
Informer librement est un défi de plus en plus difficile à relever. Nous nous engageons pourtant à accueillir et susciter sans parti pris des points de vue contradictoires, des débats, des analyses, des enquêtes... Pour y parvenir et préserver notre indépendance, nous comptons avant tout sur les lecteurs de Vivant, dans leur diversité.
Des tarifs modiques
Nous vous proposons de vous associer dès maintenant à cette aventure collective.
Vivant sera diffusée d’abord gratuitement, puis le sera sur abonnement pour des durées modulables, à un tarif très accessible. Sa périodicité sera dans un premier temps mensuelle, puis nous l’espérons bimensuelle. Le premier numéro sera en ligne le 15 mars
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Voir aussi sur Admiroutes:
- Du Joint Open Source Project asiatique à un éventuel EuroLinux, par Jean-Paul Baquiast http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/53/eurolinux.htm
- Crédits de la recherche. 3 milliards d'euro sur 3 ans ou 20 milliards par an tous les ans? par Jean-Paul Baquiast et al. http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/52/edito.htm


La leçon de démocratie

Le peuple espagnol vient de donner à l'Europe entière une grande leçon de démocratie, à l'occasion des élections du 14 mars. Il est allé voter très majoritairement, ce qui montre sa foi en l'élection comme façon d'exprimer une volonté politique. Il n'a pas encouragé les extrêmes, comme on aurait pu le craindre après l'attentat du 11 février. Il a cependant, en sanctionnant le gouvernement Aznar, montré qu'en démocratie le mensonge politique n'est pas supportable. Enfin, en choisissant le PSOE, qui avait affiché sa volonté de reprendre la construction européenne en se désengageant d'un suivisme servile à l'égard des Etats-Unis, il donne les plus grands espoirs à ceux qui ne désespère pas de voir l'Union européenne repartir d'un bon pied vers l'unité. Souhaitons que la France suive de tels exemples de civisme et que, plus particulièrement, notre gouvernement, malgré qu'il ne soit pas du même bord que les socialistes espagnols, sache profiter de toutes les occasions de bonne coopération qui semblent s'ouvrir. 05/03/04


Terrorisme de masse et complexité

Suite à l'attentat du 11 mars à Madrid, tous ceux qui, comme nous, ont ne fut-ce qu'un atome de possibilité d'expression publique se doive de faire preuve d'une grande prudence, d'une grande déontologie. On serait tenté de ne rien dire, en attendant que les résultats de l'enquête se précisent, que l'émotion retombe. Mais d'un autre côté, si à tort ou à raison, on pense pouvoir apporter des arguments d'intérêt général à la discussion, il serait sans doute peu courageux de se réfugier dans un silence prudent.

Quel est le problème ? Il est important de répondre à cette première question préalable, car la suite en découlera. La piste Al Quaida est devenue la plus vraisemblable au matin du 13 mars 2004. Ceci confirme la présence et l'activité des réseaux salafistes au sein des pays européens. La France, pas plus que l'Espagne ou l'Angleterre, ne peut espérer bénéficier de la " clémence " des tueurs. On est donc tenté de penser que ce qu'il faut bien appeler la civilisation occidentale, avec ses qualités et ses défauts, est menacée par une attaque d'un nouveau genre, venue autant de l'intérieur que de l'extérieur. Le problème est alors : comment se défendre, sans renier les valeurs de cette civilisation occidentale. La question n'a rien de nouveau. Depuis le début du 20e siècle, elle a été posée dans les démocraties confrontées aux dictatures d'Etat ou aux minorités violentes. D'une façon générale, malgré quelques bavures, ce que l'on a nommé l'Etat de Droit a toujours été plus ou moins sauvegardé. Il l'est encore aujourd'hui. Mêmes si les démocraties européennes, pour ne citer qu'elles, ont encore bien des reproches à se faire, notamment au regard de l'exclusion dont souffre une partie de leurs populations, elles constituent dans le monde un îlot précieux de liberté, de rationalisme, de neutralité à l'égard des croyances et religions - ainsi, ne l'oublions surtout pas, de respect du droit des femmes. Quand nous parlons de démocraties européennes, nous incluons évidemment les populations d'origine extérieure, qui en constituent désormais des composantes essentielles et qui en adoptent les valeurs.

Or cet îlot semble bien désormais être devenu l'objectif à détruire pour des groupes constitués en réseaux informels qui prêchent le contraire : assujettissement des masses aux représentants de la religion, refus de la science comme façon d'essayer de comprendre le monde, maintien des femmes dans la dépendance, rejet de la démocratie et recours au terrorisme considéré comme la forme moderne d'une guerre sainte multiséculaire. Derrière cet appel à la guerre sainte, qui s'appuie sur des ressorts profondément ancrés dans le cerveau humain, il y a aussi le désir de s'approprier la richesse accumulée par l'Occident armé du rationalisme scientifique.

Peut-on dramatiser et aller jusqu'à dire que, face à ce nouvel ennemi, la civilisation occidentale est menacée de mort ? Cela fut il y a trois ans le discours très contesté d'un Huntington [S.P. Huntington, Le choc des civilisations, trad. franç. Odile Jacob]. Répondre par l'affirmative justifierait alors qu'elle utilise les puissants moyens dont elle dispose encore pour éliminer l'adversaire, sans états d'âme. C'est un peu la position qu'ont pris et que continuent à défendre les néo-conservateurs américains. On peut craindre que l'attentat de Madrid ne renforce leur camp lors des prochaines élections, au détriment de John Kerry, plus proche que Bush de nos conceptions de la démocratie. Même en Europe, les partisans d'une réplique dure aux groupes préparant des attentats risquent d'être de plus en plus écoutés. L'Europe va-t-elle se militariser de l'intérieur ? Allons-nous, puisque l'on nous traite de croisés, reprendre l'épée et la bannière de la religion chrétienne pour nous préparer à une nouvelle bataille de Poitiers ?

Nous avons ici toujours partagé le point de vue de ceux pour qui les sciences dites de la complexité doivent aider à comprendre le monde, mieux que le retour aux pulsions tribales. Ces sciences, sans ouvrir des perspectives claires, proposent quand même quelques pistes. Pour notre part, nous en voyons plusieurs, qu'il faudrait approfondir :

- On peut considérer les Etats occidentaux, ou, à l'échelle de complexité supérieure, les sociétés occidentales, comme de super-organismes en compétition avec d'autres pour l'accès aux ressources du monde et à la survie. Ces super-organismes disposent d'avantages mais aussi de faiblesses organisationnelles. Citons la densification des habitats, la multiplication des déplacements, à travers des " hubs " où se croisent des centaines de milliers de gens, la recherche constante de la simplification des procédures qui rend inopérants les contrôles. Citons aussi, ce qui sera plus lourd de conséquences à terme, le développement des recherches scientifiques aboutissant inévitablement à la production, en sous-produits, d'agents de destruction massive toujours susceptibles de détournement par des éléments infiltrés.Il faut connaître tout cela et l'étudier. Jusqu'à présent, les avantages l'ont emporté, mais l'Occident est dans la situation d'une personne en bonne santé : toujours menacée d'attraper un virus émergent et de mourir.

- Or les internationales terroristes, surtout quand elles font appel à des militants acceptant le suicide pour mieux porter la mort chez l'adversaire, peuvent être considérées comme des virus mutants (Certains radicaux iront jusqu'à dire, mais nous ne les suivrons pas pour le moment, que ces gens n'appartiennent déjà plus à l'espèce humaine). Les individus et petits groupes qui les composent ressemblent en effet à des virus. Mais il en est de même des idées, croyances et images qu'ils secrètent. De telles entités symboliques, dans la perspective mémétique, se comportent comme des virus dotés d'une vie autonome, au travers des réseaux modernes de traitement de l'information. Ces différentes formes de virus, réelles et virtuelles, se sont adaptées au terrain offert par les sociétés occidentales. Elles deviennent capables de retourner contre celles-ci ce qui jusqu'à présent a fait leurs succès, c'est-à-dire leur complexité et leur puissance d'innovation.

- Quelle est l'ampleur du risque ? Va-t-on, comme certains scientifiques l'envisagent, vers un Doomsday, une Apocalypse généralisée ? Si nous revenons au terrain de la biologie, peut-on considérer qu'une attaque virale puisse détruire l'ensemble de la population à laquelle elle s'adresse. Tout peut arriver, évidemment. Mais les biologistes systémiques ont tendance à répondre que l'organisme attaqué finit en général par survivre, y compris en se transformant de telle sorte qu'il intègre et met à son service ses envahisseurs. Si ce n'avait pas été le cas, comment les organismes dits supérieurs, qui depuis qu'ils existent ont toujours fait l'objet d'assauts des micro-organismes, auraient-ils survécu jusqu'à ce jour ?

- Que se passera-t-il cependant lorsque, comme probable, la virulence des terroristes augmentera brutalement, dans des conditions leur permettant de franchir nos barrières immunologiques traditionnelles ? Par exemple lorsqu'ils emploieront des armes de destruction massive dans des lieux concentrant beaucoup de populations. Il faut s'y préparer. Ceci provoquerait, en cas de succès, des dizaines de milliers de morts, sinon plus. Mais si les sociétés occidentales sont suffisamment cohérentes, elles s'en relèveront. Elles ont survécu à deux guerres mondiales, en apprenant beaucoup de choses à cette occasion qui font une part de leur grandeur culturelle aujourd'hui.

- Faut-il faire confiance aux modes de résistances rationnels (c'est-à-dire étudiés et mis en œuvre par des scientifiques compétents) ou à des formes de défense émergentes, non prévues et souvent non explicables ? Ce sont celles-ci qui provoquent en général la fin des épidémies : c'est ce qui s'est passé en Europe lors de la grande pandémie de la grippe espagnole, après il est vrai quelques 20 (?) millions de morts. Répondons sans ambiguïté, c'est-à-dire en abandonnant les pudeurs d'une conception purement théorique des droits de l'individu. Dans la mesure où nous disposons d'une intelligence collective et de puissants moyens de défense et d'attaque à la disposition de celles-ci, il serait irresponsable de ne pas se préparer à s'en servir. C'est ainsi que l'Europe, très en retard actuellement par rapport aux Etats-Unis concernant les moyens de la police scientifique (détecteurs d'explosifs, d'armes ABC) doit se donner rapidement des programmes de recherche importants pour rattraper ce retard. Il lui faut de même se doter de puissants moyens d'écoute, de type Echelon 1) De même on ne fera jamais assez d'exercices grandeur nature permettant de réagir à des attentats majeurs, dans des lieux et circonstances inattendus. Cela coûtera cher, cela gênera beaucoup de monde et provoquera d'innombrables protestations, mais il s'agira d'un investissement très rentable (utilisable également dans la perspective des risques majeurs civils). Mais à l'opposé nous ajouterons qu'il serait présomptueux et maladroit de ne pas laisser un rôle important à ce que l'on pourrait appeler l'auto-organisation inconsciente de nos sociétés. Elles pouront certainement générer elles-mêmes des anti-corps auxquels nous n'aurions pas pensé à l'origine. Il faudra faire confiance aux citoyens de la base, tout en les encadrant pour éviter les dérives. Ceci n'est pas dans la tradition des Etats, même libéraux.

- En termes concrets, un tel discours peut vouloir dire que les sociétés occidentales ne pourront pas éviter que les structures étatiques dédiées chez elles à la protection de la sécurité intérieure et extérieure fassent appel à leurs moyens classiques de lutte, éventuellement renforcés jusqu'aux limites de la tolérance démocratique, si la guerre avec le terrorisme s'intensifiait. Mais il ne faudra pas se limiter à cela. On risquerait de renforcer les rigidités et archaïsmes des sociétés occidentales (centralisation, démobilisation citoyenne), qui les ont sans doute rendues particulièrement sensibles aux nouveaux virus. On risquerait aussi de tarir l'émergence de nouvelles formes de résistances, qui pourraient à terme s'avérer beaucoup plus efficaces.

- Que seraient alors ces nouvelles formes de résistance ? Voit-on aujourd'hui l'amorce de leur émergence ? C'est difficile à dire. Il est certain que la mobilisation spontanée de la population, comme dans la grande manifestation espagnole du 12 mars, relayée par tous les médias, ou au travers des réseaux d'associations et d'organisations virtuelles, ne sera pas inutile. L'individu devenu conscient du rôle qu'il peut jouer dans la lutte contre le terrorisme quotidien, deviendra plus résistant, de même que l'est une cellule biologique vaccinée contre un germe pathogène. Mais les risques sont grands aussi que chacun, loin de chercher des solutions progressistes pour mener cette lutte dans le cadre de la démocratie et des sciences nouvelles, en revienne aux vieux réflexes suicidaires de la chasse à l'Autre et au faciès. C'est pourquoi la lutte contre les terrorismes ne peut pas laisser indifférents les militants de la société civile démocratique et de l'altermondialisme. Ils peuvent s'impliquer différemment de ce que font les services " officiels ", mais ils ont un rôle à jouer, dans le respect des valeurs qui sont les leurs. Car les fondamentalistes, eux, ne respectent aucune de ces valeurs.

- D'autres facteurs pourront jouer. Nous avons cité les mèmes secrétés par les internationales terroristes, qui leur servent de puissants auxiliaires. Il ne faut pas renoncer, pour ce qui concerne l'Occident, à diffuser nos propres concepts et images, nos propres mèmes, en espérant que certains d'entre eux pourront trouver des points faibles dans le super-organisme adverse. Mais il faudra le faire dans le désordre, sans a prioris moralisateurs ou au travers des organes de propagande gouvernementaux ou commerciaux dont on peut certifier d'avance qu'ils rateront leur cible. Entendons par là que les discours et les comportements d'un Bush ou d'un Aznar ne seront pas les meilleurs porte-parole mémétiques de l'Occident, dans la lutte contre les salafistes. On ferait davantage confiance pour cela à des organisations comme 20 ans Barakat, association de femmes algériennes militant contre leur assujettissement au sein du prétendu Code de la famille. Dans un autre ordre d'idées, la mise en place d'une école doctorale en Afrique, avec la collaboration d'universitaires occidentaux, aura autant d'influence, au moins localement, qu'une chaîne en arabe de la Voix de l'Amérique. De telles entreprises, bien qu'apparemment marginales, frappent au cœur de ce qui fait le moteur actuel des terroristes fondamentalistes.

Nous laisserons là aujourd'hui la réflexion d'inspiration systémique ainsi ouverte. Nous aurons malheureusement l'occasion d'y revenir ultérieurement. 14/03/04

1) Remarquons que le gouvernement espagnol se croyait bien protégé d'Al Quaida, sous le parapluie du système Echelon américain et de la coopération avec les agences fédérales. On a vu ce qu'il en a été. On ne se protège bien que soi-même, avec une surveillance technologique et humaine de proximité, et en coopérant avec les voisins, plus intéressés que de lointains alliés à la défense de la sécurité commune. revenir d'où l'on vient


Comment sauver vraiment la sécu - et si les usagers s'en mêlaient. L'exemple des médicaments

Ce livre récent de Philippe Pignarre [La Découverte], présenté dans le 7/9 de France Inter du 13 mars, montre bien comment il serait possible de faire des économies importantes dans les dépenses de la sécurité sociale sans rien retirer à la qualité des soins. L'argument est intéressant, au moment où les chercheurs scientifiques voient opposer le niet gouvernemental à leurs légitimes demandes. L'auteur est un ancien de l'industrie pharmaceutique. Il sait donc bien ce dont il parle. Rien ne permet de penser qu'il veuille par ce livre régler des comptes avec ses anciens employeurs. Il se borne à préciser ce que beaucoup de gens savent déjà. Les patients, en France, ne sont pas responsables du déficit de la sécurité sociale. Ils consomment sans doute un peu trop, mais la question n'est pas là. Les responsables sont les industries du médicament, qui ne cessent de mettre sur le marché de nouvelles spécialités alors que les anciennes, génériques ou pas, sont au moins aussi efficaces. Les tests comparatifs sont rares et non publiés, si bien que les malades se croient mieux soignés en payant des prix, dit Philippe Pignare, de 35 à 100 fois plus élevés (taux qui paraît incroyable au lecteur non informé). Les médecins ont évidemment une part de responsabilité dans ce mécanisme de consommation, quand ils prescrivent sans raisons sérieuses les spécialités nouvelles. Ce qui est plus triste encore, c'est que ces surprix ne sont pas utilisés pour faire des recherches vraiment coûteuses, ou peu rentables, comme celles qui seraient nécessaires pour faire face aux maladies émergentes (grippes…) ou aux pandémies frappant le tiers-monde. Elles servent surtout à accroître les bénéfices des actionnaires - ce qui explique en partie les sommes dépensées actuellement en publicité par les deux antagonistes de l'OPA inamicale que vous savez.

Le système américain n'est pas meilleur, que certains voudraient imposer en France. Les dépenses sont principalement couvertes par des assurances privées. Peu leur importe de rembourser des médicaments trop chers s'il se trouve une clientèle prête à payer le prix demandé sans discuter. Les autres se débrouilleront avec de l'aspirine.

La solution de bon sens, que recommande Philippe Pignare, serait de rendre vraiment aux assurés la gestion des budgets sociaux, en leur donnant la capacité de provoquer des expertises et faire des propositions. Ceci sous le contrôle de l'Etat, à supposer que celui-ci veuille vraiment jouer un rôle de régulateur et que ses représentants ne se mettent pas au service des industriels et des médecins les plus conservateurs. 13/03/04.


Démission

Ce soir 9 mars, on saura si le gouvernement accorde les 550 postes de chercheurs titulaires demandés par le collectif Sauvons la recherche http://recherche-en-danger.apinc.org/ ou si, face à un refus du gouvernement, les 800 à 900 directeurs de laboratoires signataires démissionnent de leurs fonctions administratives, comme ils l'ont promis.

Qu'en penser ? Manifestement, le débat se radicalise en se politisant, les symboles comptant maintenant tout autant que les chiffres budgétaires. Le Premier ministre n'hésite plus à apparaître comme le représentant d'une droite dure qui ne concède plus rien à ce qui est présenté comme inspiré par une idéologie de gauche : créer des emplois permanents. On peut craindre que pour lui comme pour son électorat, défendre la recherche publique soit considéré comme politiquement moins rentable que défendre l'entreprise privée - restaurateurs et débitants de tabac compris. C'est ce genre de jusqu'au boutisme libéral qui a conduit en Grande Bretagne le Thatchérisme à l'échec, en accumulant les dégâts dans le pays.

Pour les chercheurs, le symbole est tout aussi fort. On ne comprendrait vraiment pas qu'ils renoncent maintenant à leur combat pour la science, sans avoir rien obtenu. En attendant, leur mouvement offre, sans vraisemblablement l'avoir voulu, une occasion en or à la gauche, qui pourrait manifester clairement le rôle qu'elle entendrait donner à l'investissement scientifique si elle revenait au pouvoir. Mais il ne semble pas que la gauche soit en état de saisir cette opportunité.

Refuser la création de 550 emplois permanents (ou 430 selon la façon de compter) est d'autant plus surréaliste que ce sont des dizaines de milliards de crédits publics qu'il faudra dans les années à venir consacrer aux grands équipements et aux grands projets de recherche, ces crédits étant complétés de montants au moins équivalents venant des financements privés. Ce ne sera pas à la France seule d'assurer ces investissements, qui devront être décidés et conduits à l'échelle de l'Europe toute entière. Mais la France devra y jouer son rôle, à hauteur des ambitions d'une grande puissance scientifique européenne, soit pour au moins 30%. On voit donc que les 3 milliards annoncés par le gouvernement pour les 3 années à venir (1 milliard par an) sont loin du compte, d'autant plus que nul ne sait s'il s'agit d'une promesse ferme engageant les budgets publics ou si le gouvernement compte sur un hypothétique relais de financements privés.

Nous avons expliqué dans la revue Automates-Intelligents et sur le site www.europe-puissance-scientifique.org pourquoi l'Europe devra consacrer de tels crédits à la recherche. Aux Etats-Unis, le budget fédéral affecté aux sciences atteint 3% du PNB, objectif que l'Europe s'était fixé à horizon de cinq ans mais qu'aucun des pays européens n'est près d'atteindre. Plus récemment, l'accroissement du budget fédéral de défense, qui dépasse 600 milliards de dollars par an, s'est traduit par un budget de 300 milliards consacré aux sciences et technologies. Celles-ci sont à priorité militaires, mais en fait elles sont considérées comme duales, c'est-à-dire comme ayant la vocation de développer des produits et applications destinés à conquérir les marchés internationaux. L'Europe ne survivra jamais en tant que puissance autonome si elle ne fait pas un effort équivalent. Son niveau économique, contrairement aux apparences, le lui permet parfaitement. (voir http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/declar.htm). C'est cette bataille là qu'il convient dès maintenant d'engager.

Dans ces conditions, on ne comprendrait pas que la ministre déléguée à la recherche ne démissionne pas, à l'instar de ses chercheurs, si ceux-ci le font. Ce serait pour elle le meilleur moyen de soutenir la science à laquelle elle se veut fidèle. Il est dans une vie des occasions uniques où les destins basculent. Ceci semble être le cas pour elle aujourd'hui. Restera-t-elle dans l'histoire comme la Jeanne d'Arc de la recherche? 09/03/04

PS à la date du 13 mars. Les directeurs de labo ont démissionné. Bravo. Claudie Haigneré est toujours là. Sur le sujet des crédits de la recherche, voir notre éditorial dans Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/52/edito.htm


20 ans barakat

C'est le titre du mouvement, 20 ans cela suffit, que des associations de femmes algériennes courageuses lancent actuellement pour obtenir l'abrogation de l'infâme Code de la famille institué il y a 20 ans par le gouvernement algérien. Il ne s'agit pas en fait d'un code de la famille, mais d'un code de la mise en tutelle complète de la femme. ..ce code s'accompagnant d'ailleurs d'une misère d'une autre nature pour les hommes, qui se refusent ainsi toutes possibilités d'harmonie avec les femmes. J'ignorais moi-même les détails de ce code, et à quel point il est révoltant. On comprend mal qu'à 300 kilomètres de l'Europe, des femmes acceptent encore de telles sujétions. On comprend encore moins que des filles françaises musulmanes cèdent à la pression islamiste en manifestant contre le voile. Voudraient-elles se voir appliquer le code de la famille algérien ? Bon succès en tous cas au mouvement 09/03/04
http://www.planet-dz.com/_En-Cours/SEPTEMBRE03/20ans-barakat-cd.htmstatut


Les Intouchables

Ghislaine Oppenheimer s'en prend, dans un livre qui commence à faire parler de lui, au système français de la haute administration, incarné notamment par l'Inspection générale des finances [C.Oppenheimer, Les Intouchables, Albin Michel, 2004] . L'école nationale d'administration (Ena), qui forme les cadres supérieurs de celle-ci, a souvent été critiquée, ainsi que le mode de classement final. Le système sélectionne chaque année, sur des critères qui n'ont que peu de choses à voir avec l'aptitude à gérer pratiquement les administrations, une quinzaine de jeunes gens affectés dans ce que l'on appelle les Grands corps : inspection des finances, conseil d'état, cour des comptes. Les quelques 150 autres élèves sont nommés dans les ministères, à des postes beaucoup moins prestigieux. Aucune des nombreuses propositions de réforme de l'ENA et de son fonctionnement qui n'ont pas manqué de surgir depuis 1968, et que nous avons nous-même relayées ici, au moins concernant les plus récentes, n'ont pu faire changer ce mode de sélection et d'affectation. Ceci montre bien que nous sommes là en présence d'un processus profondément ancré de reproduction de la domination, comma aurait dit le défunt Bourdieu.
Mais ce n'est pas seulement cela que critique Ghislaine Oppenheimer. A juste titre, elle s'en prend à l'incompétence notoire des inspecteurs des finances non pas dans l'inspection des finances, qui devrait être leur seul métier, mais dans la gestion des entreprises publiques, au sommet desquels ils cherchent à pantoufler dès que possible. Inutile de reprendre ici la liste des catastrophes dues à cette incompétence, Crédit Lyonnais, Vivendi, France-Télécom, etc…S'imaginer tout savoir de naissance alors que l'on ignore tout, surtout à l'international, ne peut que provoquer l'échec. La responsabilité des choix désastreux a été il est vrai partagée entre les inspecteurs détachés dans les établissements publics et la direction du trésor du ministère de l'économie et des finances, elle-même aux mains de l'inspection des finances. Les conseils et injonctions de cette direction n'ont en rien éclairé les dirigeants ou, à l'autre bout de la chaîne de décision, les ministres.
On peut ajouter que le juridisme étroit du Conseil d'Etat, qui tient d'une main de fer l'organisation de l'appareil administratif d'Etat, et dont les membres sont également recrutés dans la " botte " des promotions de l'Ena, n'améliore pas l'adaptabilité de la nation aux nouveaux enjeux du monde. Ceux qui ont connu les réunions interministérielles arbitrées par Matignon se souviennent sans peine des innombrables conseillers techniques de ministres défendant des dossiers essentiels en environnement, santé, sciences, équipement, réduits au silence par un jeune auditeur du Conseil d'Etat, représentant le Premier ministre, dont le seul mérite était de savoir couper la parole à des gens moins habitués que lui à ce genre de cérémonie.
Faut-il pour autant supprimer l'Ena, pour permettre à la France de mieux s'insérer dans la construction européenne - de même que certains voudraient supprimer le Collège de France pour rajeunir l'esprit de la recherche scientifique ? Sans doute pas, mais supprimer les grands corps ou modifier radicalement leur mode actuel de recrutement et de fonctionnement, sans aucun doute. Mais qui s'intéressera à cette question aujourd'hui ?
04/03/04


Les grands équipements en Europe

Sur le même site de France-Culture concernant l'avenir de la recherche scientifique en France, on trouve ce message très significatif: "Une politique européenne des Très Grands Equipements, nous la réclamons vigoureusement dans notre installation ! L'unique source nationale de neutrons, Orphée/LLB, à Saclay, est gérée conjointement par le CNRS et le CEA, et à la disposition de tous les scientifiques français et européens. A la suite des gels de crédits de 2003, le CNRS s'est désengagé, et faute d'entente entre les 2 organismes, nous risquons la fermeture fin 2005. Or une telle décision ne devrait être prise qu'au niveau national au moins, et dans une perspective européenne. Nos collègues étrangers sont stupéfaits de ce choix de la France de fermer un réacteur récent, qui est parmi les meilleurs mondiaux dans sa catégorie, à un moment où tous les pays industrialisés investissent largement dans cette technique (Allemagne, GB, USA, Japon), montrant à l'évidence une appréciation très différente de ces pays sur le devenir de la diffusion neutronique."

- Le réacteur Orphée au Laboratoire Léon Brillouin: http://www-llb.cea.fr/


Devedjian

Lu sur le site de l'excellent forum de France Culture sur la recherche en France:
"Devant l'incessante campagne de dénigrement de la recherche française, on a envie de vérifier les chiffres de Nobel cités par Devedijan. D'après le site http://www.nationmaster.com/graph-T/peo_nob_pri_lau, et après avoir ajouté les médailles Field qui récompensent les mathématiciens, on trouve 1 prix pour 1 million d'habitants aux USA, contre 1 pour 1,05 millions d'habitants en France.
(USA: 270 Nobels, 11 médailles, 280M d'habitants, contre 49/8/60 pour la France). La différence n'est pas significative.Mais
tout le monde a entendu la petite phrase assassine, et la plupart retiendront que les chercheurs français gaspillent le si précieux argent public..."



 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-9703/index.htm