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La Gazette N° 96 en date du 29 février 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Ouverture du site www.europe-puissance-scientifique.org
Manifeste et colloque pour l'indépendance de l'Europe
par les sciences et technologies de souveraineté

organisés conjointement par Automates-intelligents et Paneurope France

Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'avenir scientifique et technologique de l'Europe pourront visiter le site http://www.europe-puissance-scientifique.org que vient d'ouvrir notre revue Automates Intelligents, conjointement avec l'association Paneurope-France. Vous y trouverez un manifeste (un de plus direz-vous, mais pourquoi pas ?) ainsi que l'annonce d'un colloque en avril 2004. Nous y avons joint divers textes qui s'efforcent de justifier la démarche.
Après le colloque qui aura réuni, si tout se passe bien, un certain nombre de personnalités acceptant de se mobiliser sur ce sujet, nous envisageons de constituer un groupe de travail ou Think Tank virtuel qui continuerait à rassembler des documents et prévoir des actions dans la suite de cette première initiative. Nous espérons que la démarche débordera la France et pourra intéresser des collègues dans d'autres pays européens. Les textes en anglais, allemand et russe seront les bienvenus.
Bien entendu, ceux d'entre vous qui voudront nous adresser des messages, voire rejoindre le groupe pilote, pourront nous écrire via l'adresse fournie sur le site (mani.europepuissancescientifique at laposte.net) ou directement.
Un dernier point : nous considérons que l'enjeu de la souveraineté de l'Europe par la puissance scientifique doit dépasser les clivages politiques, si bien que nous visons à mobiliser sur ce sujet aussi bien des gens de droite que de gauche.
Merci de votre attention
Le 25 février 2004
J.P. Baquiast et C. Jacquemin


Le cabaret sauvage

Le débat organisé par France Culture le samedi 28 février au Cabaret Sauvage à la Villette sur l'avenir de la science a été un vrai succès. Mené de main de maître par les deux animatrices conceptrices, il a donné à de nombreux chercheurs de divers niveaux et origines la possibilité d'exposer leur foi en la science et la nécessité d'encourager cette dernière si l'on veut assurer l'avenir de notre société. On en a retiré la conviction que le Manifeste des chercheurs a engagé, depuis l'été dernier, un mouvement de fond qui ne s'arrêtera pas et qui engage bien plus de questions que celles des rémunérations et des postes. Nous sommes fiers ici d'y contribuer avec les moyens dont nous disposons, en lui donnant le prolongement européen qui nous parait nécessaire.

Par charité, ne mentionnons pas la pauvre Claudie, manifestement dépassée, une fois de plus..

France Culture a ouvert un forum de dialogue sur son site Internet, qu'il faut consulter. Les contributions sont généralement toutes intéressantes. Il faudrait d'ailleurs que nous en fassions une synthèse dans quelques temps, si précisément temps il y avait. Contributions généralement intéressantes, même celles des inévitables José Bové de l'anti-science, anti-OGM et anti tout, qui ne savent que vociférer. Mais il doit y avoir place pour tout le monde sous le soleil. 28/02/04

Le forum http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2004/recherche/forum_participer.php?forum_id=60110202&dossier_id=25000009&pagenumber=1


Plan national pour la diffusion de la culture scientifique et technique

Mme Haigneré annonce un plan national pour la diffusion de la culture scientifique et technique, impliquant divers ministères et associations. On lira sur le site Recherche le détail des opérations. C'est très bien et l'on ne peut que soutenir ces initiatives. Rappelons cependant que cela ne remplacera pas les crédits demandés pour les chercheurs, qui viennent de rejetter les propositions gouvernementales, considérées comme tout à fait insuffisante. Il est vrai que l'on ne peut à la fois payer des chercheurs et faire plaisir(pour plusieurs milliards d'euros au total) aux viticulteurs, restaurateurs, débitants de tabac et, même (osons le rapprochement) intermittents du spectacle 29/02/04
- Discours de la ministre http://www.recherche.gouv.fr/discours/2004/dplancs.htm


Dépenses militaires américaines

Le projet de budget pour 2005 présenté au Congrès par George W. Bush prévoit une augmentation de 7% des dépenses militaires, qui attendront 402 mds de dollars. La progression se poursuivra jusqu'en 2008, visant les 15%. Ces hausses, il est vrai, sont contestées par les défenseurs de l'orthodoxie budgétaire et par ceux qui voudraient se retirer du piège irakien. Notons cependant qu'une part importante de ce budget (difficile à évaluer mais indéniable - il suffit de voir l'inflation des programmes) va alimenter les diverses agences et universités travaillant pour la recherche scientifique et l'influence extérieure (voir ci-dessous). 29/02/04


Viols perpétrés par l'armée américaine

On lit dans Le Monde du 28/02/04, p. 4, le titre suivant : " Les plaintes pour viols se multiplient dans les unités américaines déployées en Irak ". Le naïf imagine qu'il s'agit de plaintes déposées par des Irakiennes. Mais il s'agit de viols et sévices à l'intérieur des unités américaines, perpétrés par des hommes contre les recrues femmes. Qu'en est-il dans les autres forces " occidentales ", y compris dans Tsahal ? Est-ce que, dans ces armées ou polices les femmes engagées y ont le droit de porter plainte ? Quid de la France ? 29/02/04


Ecoles coraniques, écoles judaïques

On a vu récemment à la télévision un reportage sur Israël au cours duquel était montrée une école destinée aux " étudiants " de la Thora et autres textes fondateurs de la religion juive. La scène semblait directement transposée d'une madrasa musulmane ou les " étudiants " du Coran passent des années, comme leurs homologues fondamentalistes juifs, à psalmodier un texte " révélé " et à discuter doctement sur son interprétation. Le tout avec les mêmes inclinaisons répétées du buste très proches du réflexe compulsif observé chez certains autistes Mais peut-on encore écrire cela aujourd'hui? 28/04/02


La France puissance industrielle

La lutte contre la désindustrialisation, ou si l'on préfère, le renforcement de la puissance industrielle, redevient un thème politique en Europe, au moins en France et en Allemagne. Le Président de la République consulte, la Délégation à l'aménagement du territoire conseille. On trouve sur son site web l'intégrale du rapport remis par elle sous le titre "La France, puissance industrielle. Une nouvelle politique industrielle par les territoires. Réseaux d'entreprises, vallées technologiques, pôles de compétitivité ".

Qu'en penser ? C'est très bien de rappeler l'importance de l'industrie. Le temps n'est pas très loin en effet où les gourous prétendaient que la prospérité reposait exclusivement sur les services financiers. C'est très bien aussi de rappeler que la France ne se désindustrialise pas à proprement parler (encore que récemment, des fermetures importantes, non prises en compte par la Datar, ont été enregistrées). Mais il y a industries et industries. On ne peut que se féliciter de voir exister en France de puissants pôles dans l'industrie alimentaire. Mais on ne peut que s'indigner de voir l'abandon sans réagir de secteurs stratégiques essentiels. La prise de contrôle d'Alcan sur Péchiney sera lourde de conséquences, craignent à juste titre les syndicats, en matière de délocalisation et pertes de compétences concernant des activités de recherches et de production fondamentale tant pour la défense que pour les industries civiles de pointe (aérospatial notamment). De même la prise de contrôle des fonds de pensions américains sur les industries travaillant notamment pour la défense nous mettra sous la dépendance directe de nos compétiteurs d'outre-atlantique.

Quant aux solutions proposées, elles sont certes tout à fait estimables. Rappelons-le, telles que les résume la Datar : " Identifier et mettre en valeur les pôles de compétitivité, encourager les réseaux d'entreprises, investir dans les ressources humaines, mieux assurer l'articulation industrie-recherche, favoriser la création et le développement des entreprises innovantes au sein des pôles de compétitivité, accompagner par des infrastructures de communication le développement des pôles de compétitivité, inscrire cette stratégie dans le cadre européen, établir un partenariat fort avec les régions".

Nous pensons cependant que la logomachie actuelle visant à mettre en relief le rôle des régions, des réseaux d'entreprises, des plate-formes recherche-industrie, bien que très fondée, dissimule un besoin essentiel, que ni la Datar ni personne dans l'Etat n'évoque actuellement, celui de grands programmes publics de recherche développement dotés de moyens budgétaires nouveaux très importants, à l'image de ce que font les Etats-Unis, dans les domaines civils aussi bien que militaires. Sans de tels programmes, menés au niveau européen, les initiatives locales risquent de ne pas atteindre le seuil d'efficacité minimum. C'est bien d'encourager la verrerie de je ne sais quelle région à exporter des vases décorés, mais ce serait mieux d'amener nos pôles de R/D et d'enseignement à s'investir dans un grand programme spatial européen. 24/02/04

- Le rapport http://www.datar.gouv.fr/Datar_Site/DATAR_Actu.nsf/Frame/Actus?opendocument&ID=CLAP-5WBDG6&


L'Europe chaotique

Que l'on ne voit pas là sous ma plume (comme on disait à l'heureuse époque du journalisme d'opinion) une critique quelconque à l'égard du processus d'accrétion de l'Europe actuellement observable, mais au contraire un grand compliment. Des gens s'indignent d'entendre les chefs d'Etat de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni déclarer qu'ils vont prendre des initiatives communes en matière de défense, croissance et recherche - initiatives qui seront évidemment ouvertes à tous les autres Etats-membres. Mais ceux d'entre ces derniers qui se plaignent d'être tenus à l'écart n'ont qu'à prendre à leur tour des initiatives et faire des propositions intelligentes. Je suis persuadé que les 3 dits Grands européens ne les rejetteront pas. A 25, on ne peut pas espérer avancer tous ensemble en même temps, sous la conduite de quel chef d'orchestre d'ailleurs? Il faut admettre la diversité des propositions, dont émergera certainement un organisme final renforcé. Nous sommes là en face d'un phénomène de développement dit "chaotique", bien plus efficace qu'un développement linéaire. Mais qui connaît, dans le monde politique, ce concept de chaos, malgré les valeureux efforts que j'ai fait pour le populariser dans mon immortel ouvrage: Sciences de la complexité et vie politique. 21/02/04


Les prix Nobel américains soulignent la mauvaise foi de George W. Bush en matière scientifique

On trouve des esprits indépendants et honnêtes - comme on pouvait le supposer - chez les scientifiques américains, même lorsque ceux-ci ont bénéficié de contrats de recherche de l'administration. Une soixantaine de chercheurs de haut niveau, dont 12 Prix Nobel, regroupés dans une "Union of Concerned Scientists" ont mis en évidence les distorsions de l'administration Bush. Celles-ci portent sur le changement climatique, la contraception, la protection de la diversité biologique, la santé, etc. Dans tous ces cas, l'administration a fait état de résultats d'études justifiant ses décisions politiques, dont les scientifiques contestent le fondement.

On connait depuis longtemps, y compris en France, l'existence de telles manipulations, provenant soit des Pouvoirs Publics, soit des entreprises mises en cause par certaines expertises. Il serait intéressant que nous ayons, nous aussi, des tribunes libres permettant aux scientifiques de contester publiquement, arguments à l'appui, les affirmations "officielles". L'Amérique nous donne là une belle leçon de démocratie. 22/02/04
- Union of Concerned Scientists http://www.ucsusa.org/
- Présentation du rapport Scientific Integrity in Policymaking http://www.ucsusa.org/global_environment/rsi/report.html


Sciences et technologies de l'intelligence en Europe. La Berezina. Comment s'en sortir?

Ce texte est la transcription d'un exposé que j'ai fait le 14 février à Saint Nazaire, dans le cadre d'un séminaire organisé par l'UnionPaneuropéenne et consacré à l'Europe face aux sciences et technologies de souveraineté. Vous n'y découvrirez pas grand chose de neuf pour vous, je suppose, mais il n'est pas inutile de se répéter, lorsque personne ne vous entend.

Un rapide survol du domaine des sciences et technologies de l'intelligence dans le monde montre l'absence presque absolue de l'Europe. C'est un désastre en terme de compétitivité et de souveraineté, tant pour le présent que pour l'avenir. Il faut savoir en effet que plus de 50% des coûts de production hors salaires et hors immobilier dans les secteurs tertiaire et quaternaire sont consacrés à l'acquisition et à l'utilisation des produits de ces sciences et technologies, sans doute 60 à 70% dans la recherche scientifique. Ces pourcentages ne cesseront d'augmenter dans les prochaines décennies, jusqu'à atteindre probablement 90% en 2130. Or à qui s'adresse-t-on déjà, et continuera-t-on à s'adresser pour obtenir les ressources nécessaires (hors téléphone) : aux firmes sous contrôle des Etats-Unis pour 90 à 95% et au Japon pour le reste. 1)

En résumant beaucoup, quels sont les principaux domaines entrant dans cette vaste catégorie des sciences et technologies de l'intelligence, d'où l'Europe est pratiquement absente :
Les super-ordinateurs. Ils sont indispensables partout, notamment dans les grands programmes civils et militaires. Les super-ordinateurs utilisent encore ce que l'on appelle les technologies du silicium (dont les performances doubleront tous les 18 mois en application de la loi de Mourre ceci jusque vers 2015) (voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/52/superordinateur.htm). Ils utiliseront demain les technologies du bit quantique (voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/ordiquant.htm) et de l'ADN. Les super-ordinateurs sont mis en œuvre par des logiciels de plus en plus sophistiqués destinés à optimiser l'accès à leurs ressources, permettant notamment la synchronisation de calculs parallèles très distribués.
Les robots autonomes. Ceux-ci sont de plus en plus présents dans les applications industrielles, militaires, d'exploration et…domestiques. Avec l'apparition dans 5 ans environ de la conscience artificielle, les robots accompagneront partout l'homme. Ils se substitueront progressivement à lui dans de nombreuses tâches où leurs performances les rendront sans rivaux. (voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/machpens.htm)
Les nanotechnologies. Celles-ci consistent à manipuler directement les atomes pour réaliser la synthèse de nouvelles molécules, nouveaux matériaux et nouveaux outils (nanorobots). La prochaine génération de nano-objets sera constituée de réplicants moléculaires capables de se reproduire (en principe sous contrôle ! ) dans des milieux très différents. Les nanotechnologies vont coopérer très étroitement avec les bio-technologies, non mentionnées ici, notamment dans les applications thérapeutiques. Dans le domaine des nanosciences, l'Europe n'a pas perdu pied, comme dans les domaines précédents. Mais ses investissements et recherches sont très inférieurs à ce que font les Etats-Unis et ce que feront bientôt d'autres pays, notamment asiatiques.
Les sciences et réseaux de la cognition. Il s'agit d'abord de l'archivage et de la mise en réseau de toutes les connaissances humaines, lesquelles sont redistribuées selon des protocoles d'accès allant du classifié défense à l'accès ouvert (open source) en passant par le confidentiel d'entreprise. Il s'agit ensuite des méthodologies permettant d'améliorer les capacités d'apprentissage, d'innovation et d'adaptation des individus et des organisations (smart organizations). Il s'agit enfin des multiples réseaux d'espionnage militaire, politique et économique, bientôt complétés par les réseaux surveillant en temps réel les individus réputés dangereux pour la sécurité publique. Le tout est entièrement anglophone.

Il est clair que l'Europe, ayant abandonné depuis trente ans pratiquement toute ambition industrielle et de recherche dans ces différents domaines, dépend entièrement des industriels non européens d'abord, du pouvoir politique des Etats-Unis le cas échéant ensuite, pour accéder aux ressources indispensables. En période d'échanges économiques ouverts, elle obtient les outils dont elle a besoin 2), le plus souvent cependant ceux dits de seconde main. La pénétration des constructeurs et concepteurs de logiciels américains, aussi déontologiquement correcte soit-elle, n'est cependant pas sans poser de nombreux problèmes, que l'on préfère en général ne pas voir. Mais s'adresser à des fournisseurs étrangers se traduit par des coûts d'achat, de location et d'accès considérables (payés en dollars) auxquels on consent car on ne peut pas faire autrement.

En période de tension, l'Europe devient vulnérable à tous les chantages (comme on le constate actuellement à propos de la "dégradation" de Galiléo qu'exigent les américains) .

Que pourrait faire l'Europe pour réagir?

Les Européens n'aiment pas se l'entendre dire, mais ils sont confrontés à la situation qu'avait rencontré le président de Gaulle vers 1965 quand le State Department lui avait refusé l'accès aux calculateurs de l'époque, afin de se réserver l'arme nucléaire. IL dut se résoudre à faire concevoir et fabriquer sur place les matériels nécessaires. L'opération dite Plan Calcul, abondamment critiquée, avait cependant abouti vers 1972-73 à la mise en place d'une entreprise européenne, Unidata qui, si elle n'avait pas été abandonnée par le gouvernement français, serait certainement aujourd'hui de la taille et de la compétence de Airbus et Ariane Espace.

Si les gouvernements européens, associés dans l'Union européenne, veulent reprendre la maîtrise stratégique des secteurs énumérés ci-dessus, essentiels à la survie de l'Europe, les solutions sont simples, en termes politiques tout au moins :
Faire l'inventaire de toutes les ressources déjà disponibles ou potentielles dont les laboratoires et les entreprises européennes disposent dans les domaines concernés. L'exemple du physicien Albert Fert, médaille d'or du CNRS en janvier 2004, découvreur de l'électronique de spin et de la magnétorésistance géante, est typique. Ces découvertes n'ayant pas suscité l'intérêt des industries européennes, elles-mêmes ne disposant pas de commandes en ce sens, ont été exploitées par l'industrie électronique américaine 3). En France, le CEA comme de nombreux autres laboratoires, disposent encore, dans leurs cartons ou parmi leurs équipes, des ressources permettant de reprendre la course aux super-technologies de demain. Il est certain que le savoir-faire industriel acquis outre-atlantique par des années d'exercice ne se réinventera pas d'un seul coup. Mais il peut très vite être retrouvé, voire repensé par des équipes motivées. C'est de cette façon que les Chinois ont envoyé un homme dans l'espace. C'est de cette façon aussi, ne l'oublions pas, que les Airbus et les lanceurs Ariane ont été mis en production.
Financer sur budgets publics, hors des contraintes de l'OMC, par exemple dans le cadre de crédits consacrés à la R/D militaire ou à la recherche fondamentale civile, plusieurs grands projets s'inscrivant dans les filières énumérées ci-dessous.

A ce titre, nous proposerons en priorité les super-calculateurs "classiques" de nouvelle génération (viser le petaflop), l'ordinateur quantique, les robots ou systèmes conscients (voir nos articles précités) ainsi que des plate-formes ambitieuses en matière de nanotechnologies associées aux biotechnologies. 21/02/04

1)Ces chiffres, calculés par nous, sont très approximatifs, mais ils indiquent une tendance.
2) Pour le moment, l'Europe achète les ordinateurs dont elle a besoin à IBM ou à d'autres grands constructeurs. C'est parfait, mais cela ne suffira pas. Voir " Le nouvel ordinateur IBM power 4+ du CNRS http://www2.cnrs.fr/presse/communique/425.htm "
3) Voir le dossier concernant la remise de la médaille d'or du CNRS au physicien Albert Fert http://www2.cnrs.fr/presse/communique/425.htm


Le " sommet de Berlin " et la recherche en Europe

Durant le " sommet de Berlin " tenu le 18 février 2004 entre les chefs d'Etat Schroeder, Blair et Chirac, ceux-ci ont confirmé la nécessité de faire de la recherche scientifique européenne une des clefs de la croissance et de la prospérité. Très bien. C'est bon d'entendre dire à ce niveau ce que l'on s'échine à répéter tous les jours. Mais on ne doit pas oublier que cet objectif avait été annoncé précédemment par les deux Communications de la Commission, approuvées par tous les Etats-Membres, " Investir dans la recherche : un plan d'action pour l'Europe " du 30 avril 2003, suivant la communication " Plus de recherche pour l'Europe. Vers 3% du PIB " adopté en 2002. (voir http://europa.eu.int/eur-lex/en/com/cnc/2003/com2003_0226en02.pdf) Et que s'en est-il suivi ? La décision conjointe allemande et française de limiter le budget européen à 1% de ce même PIB. En Europe, on se croit face à un théâtre d'ombres : les gouvernements discourent et rien ne se passe. C'est le contraire aux Etats-Unis. Quand le gouvernement fédéral décide, tout le monde exécute, du moins quand la souveraineté nationale est en cause. 21/02/04
(Sur le budget européen de la recherche, voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/recheur.htm)


Utiliser l'euro pour défendre la croissance en Europe

Jean-Paul Fitoussi, pertinent comme à son habitude, explique clairement dans Le Monde du 20 février 2004, p. 1 et 16, ce qu'il faudrait faire pour résister efficacement à la baisse du dollar plus ou moins consentie volontairement par les institutions américaines. Le dollar en baisse, c'est-à-dire l'euro en hausse, pénalise gravement les exportations européennes et encourage l'importation en Europe de produits américains. La récession s'installe. L'inverse se produit quand le dollar est en hausse et l'euro en baisse. Les exportations européennes sont encouragées et l'achat des biens en dollars est découragé. La croissance repart. Le bon sens voudrait donc que, dans l'actuelle situation de déflation, la Banque centrale crée des euros et les mette en vente sur les marchés financiers, ce qui amènerait une amorce de dépréciation de l'euro, relayée par les détenteurs de réserves en euro. Ceux-ci vendraient leurs euros de peur qu'ils ne se dévaluent davantage. Comme l'indique notre économiste, la mesure est simple et sans danger, contrairement à celle inverse consistant à lutter contre une dépréciation de la monnaie nationale en rachetant celle-ci grâce à ses réserves de change. Pourquoi la BCE ne crée-t-elle pas des euros? Mystère? Peur venue du fond des âges devant l'appel à la planche à billet? Quoiqu'il en soit, depuis qu'il existe, note Jean-Pierre Fitoussi, l'euro a toujours évolué au contraire de ce qu'il aurait du faire, baissant en période d'inflation et montant en période de déflation. Le monsieur Economie européenne envisagé par le triumvirat UK, Allemagne et France lors de la réunion de Berlin du 19 février serait-il plus réactif?

Un de nos collègues, économiste, Joseph Leddet, milite pour sa part depuis longtemps pour que l'Union européenne, ou tout au moins les pays de l'Euro-groupe, fassent de plus grands efforts qu'actuellement pour proposer l'euro, dans des conditions acceptables évidemment, à de nombreux pays voisins, notamment en Afrique, Russie et, why not, Moyen-Orient? Cela renforcerait la puissance du bloc économique regroupé autour de l'euro, non en termes de taux de change, mais en termes d'échanges économiques. 20/02/04


Léotard et Juppé, même combat

On attendait mieux de François Léotard que clamer son "mépris pour les juges" suite à sa condamnation (Le Monde, 18/02/04). D'une part, il se rend ridicule, d'autre part il rejoint dans l'incivisme Juppé et toute la classe politique qui a soutenu ce dernier. Même combat contre les juges, qui ne font pourtant que leur métier. Digne et grand combat. Le crime ne s'en portera que mieux. 20/02/04


Projet de création d'une Agence européenne pour la recherche fondamentale

La présidence irlandaise a organisé à Dublin les 16 et 17 février un séminaire consacré à la promotion de la recherche fondamentale pour encourager la compétitivité. Ce séminaire a été présidépar la ministre irlandaise Mary Harney, elle-même présidente du Conseil des ministres européens sur la compétitivité. Claudie Haigneré, ministre français de la recherche, avait demandé à la Commission européenne de faire des propositions en ce sens.

En janvier 2004, la Commission européenne a publié une communication sur l'appui européen à la recherche fondamentale. Lors du séminaire de Dublin, industriels, scientifiques, politiques expriment leur point de vue sur :
* L'impact de la recherche fondamentale sur la compétitivité
* La vision de la recherche de base en Europe à l'horizon 2015
* Le besoin d'avoir une initiative communautaire dans la recherche fondamentale

La création d'une Agence européenne pour la recherche fondamentale, sur le modèle de la National Science Foundation, pourrait être envisagée. L'Agence réunirait des représentants des "communautés scientifiques et technologiques, du monde de l'entreprise et de l'université, à la fois dans sa stratégie et dans sa gestion". Elle serait financée par un système de "bourses accordées sur la base de la compétition entre les porjets, sur le critère de l'excellence".

Voici beaucoup de termes que nous avons déjà entendus. Cependant, la nouvelle serait bonne, si les Etats pouvaient passer des intentions aux réalisations dans un bref délai, et dégager les ressources et l'autorité politique dont cette Agence aura besoin pour s'imposer aux particularismes nationaux. On attendra d'elle, également, une intense politique de communication destinée à convaincre les citoyens européens de l'importance de la recherche fondamentale.

Ajoutons qu'il ne faudra pas trop séparer recherche fondamentale et grands programmes scientifiques et technologiques. On conçoit aisément, par exemple, que le développement de Iter ou d'un programme Martien de vols habités fera un considérable appel aux recherches dites fondamentales. 20/02/4

- Communiqué du ministère de la recherche http://www.recherche.gouv.fr/discours/2004/dublin.htm
- Le site de la présidence irlandaise http://www.eu2004.ie/templates/homepage.asp?sNavlocator=1 Malheureusement, je n'y ai trouvé à ce jour aucune information sur cette réunion. Le sujet n'intéresse-t-il pas la présidence irlandaise?


La nébuleuse des organisations américaines qui contribuent à assurer la domination mondiale des Etats-Unis

L'un de nos amis, Jean-Claude Empereur, a dressé un tableau très convaincaint de la nébuleuse des diverses organisations américaines qui coopèrent à assurer la domination mondiale des Etatds-Unis. Vous pourrez le consulter en faisant http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/JCE.PDF .Le tableau sera considéré comme obscur par les non-spécialistes. L'auteur en fera prochainement un commentaire. On pourrait tout aussi bien rédiger tout un livre sur le sujet. Nous le ferons peut-être. Mais pour comprendre ce qui se cache derrière ces différents sigles, il suffit de rechercher sur le web le site de chaque organisme, lesquels ont le bon goût, à la mode américaine, d'annoncer (avec sans doute comme toujours un brin d'intox) qui ils sont et ce qu'ils font. On découvrira ainsi In-Q-Tel, l'agence de capital risque de la CIA (http://www.in-q-tel.com/ ) dont je suppose que peu de français connaissaient l'existence.

Ce qui est intéressant dans cette structure multipolaire, c'est que chacune des organisations n'obéit pas à des consignes systématiques venues du gouvernement. Elle choisit seule sa propre stratégie dans son champ d'activité, avec une préoccupation commune: faire que les Etats-Unis conservent, dans tous les domaines, une avance d'au moins 5 ans sur le reste du monde. Nous sommes typiquement en présence d'un super-organisme dont le comportement d'ensemble se construit par émergence. 20/02/04


Un parti Vert européen

Un certain nombre d'organisations et d'hommes politiques écologistes européens ont décidé de travailler à la création d'un parti Vert européen qui unifierait les positions et propositions de cette mouvance encore malheureusement très dispersée. Une réunion qui se veut fondatrice a été organisée les 21 et 22 février à Rome. Bonne initiative, à suivre.

Si je peux me permettre une suggestion, ce serait que les Verts européens ainsi unifiés mettent en avant des projets très précis: mise en place d'une Agence européenne de l'environnement, soutien à des recherches scientifiques européennes destinées à développer les économies d'énergies, les énergies nouvelles, l'agriculture durable et la coopération avec le tiers-monde dans ces domaines. Sans cela on s'en tiendra aux discours.

On pourra consulter sur ce sujet, tant qu'il sera en ligne, un excellent article de Bernard Guetta. 20/02/04


Pourquoi la Chine atteint-elle de si fort taux de croissance?

Quelque-uns de mes correspondants me demandent pourquoi la Chine peut afficher des taux de croissance de 8% et plus, dans un monde qui ne dépasse guère les 5% sinon moins. Pourquoi peut-elle bâtir des lignes de gratte-ciels bien plus riches que notre propre Défense, dans au moins une dizaine de villes portuaires? Sans être expert, je dirais que c'est parce que la Chine est en train de se positionner comme atelier industriel du reste du monde, grâce à ses faibles coûts de production. Et pourquoi a-t-elle de faibles coûts de production? Parce que 800 millions de Chinois ruraux sont prêts à venir travailler en ville pour des salaires infimes - qu'ils préfèrent encore à la solution consistant à mourir de faim dans leurs campagnes. Le réservoir donc n'est pas encore tari. Il lui faudra au moins 50 ans pour cela. Cela pose évidemment un problème majeur à l'Occident. Les Etats-Unis s'en tirent pour le moment en accélérant leurs programmes de recherche-développement, d'ailleurs confiés en grande partie à des équipes scientifiques chinoises expatriées de très grande qualité (s'américaniseront-ils à terme? c'est une question). L'Europe ne sait encore que se battre avec les anciennes armes, de moins en moins efficaces.

Mais les observateurs de la Chine font valoir que des menaces importantes pèsent sur la croissance chinoise: la diminution drastique des ressources en énergie et en eau, la pollution en augmentation, la baisse de la production agricole, le manque d'espace géographique utile à l'intérieur de frontières politiquement imperméables. On mentionne aussi, à juste titre, la menance de pandémies de grande ampleur. Bref, le paradis écnonomique chinois reste fragile. Des coopérations entre la Chine et l'Europe pourraient offrir aux deux parties un peu d'air. 19/02/04


Appel contre la guerre à l'intelligence

Ceux qui voudraient encore signer cet appel des Inrockuptibles le trouveront sur le site de ce journal http://www.lesinrocks.com/inrocks/galeries/appel/appel.html . Ils rejoindront ainsi les 20.000 (ou plus) signataires. Beaucoup de gens se trouvent réunis dans cet appel, même s'ils proviennent d'horizons différents. On ne peut pas dire que ce sont tous des représentants de l'intelligence, pas plus du moins que d'autres qui ne se proclament pas tels. L'appel prolonge celui des chercheurs scientifiques. Nous trouvons évidemment les préoccupations de ces derniers bien plus importantes pour l'avenir de la nation et de l'Europe que celles des intellectuels rassemblés par les Inrockuptibles. Mais un appel n'empêche pas l'autre. Il est significatif de voir le gouvernement accumuler ainsi les opposants faisant métier de compétences intellectuelles. Le Club Dialogue et initiative, composé d'amis de Jean-Pierre Raffarin, répond il est vrai à l'attaque en déclarant la guerre à ceux qui "refusent le bon sens économique". "Le refus des réformes, de l'Europe, de la mondialisation, illustre une nouvelle idéologie, celle de la fermeture et du déclin..." Ceci sent beaucoup la bataille de mots, qui jette un voile sur des démarches politiques ne voulant pas s'avouer clairement. En attendant, les chercheurs, qui sont les plus intéressants pour l'avenir, selon nous, attendent toujours une réponse à leurs justes demandes. 19/02/01


Les contrôleurs aériens et les réformes

Tous ceux qui ont une quelconque connaissance des embarras du ciel de l'Ile de France et des risques majeures pouvant en découler, n'ont aucun doute sur la nécessité d'assurer une coordination globale du trafic au niveau régional. Or une timide proposition en ce sens venue de la direction de l'aviation civile et soutenue par de nombreux professionnels échoue parce que les contrôleurs d'Orly ne veulent pas déménager. On peut craindre que, même si cette réorganisation avait été précédée de mois de négociations, le refus des intéressés aurait été le même. Le gouvernement, comme les précédents, a reculé devant la peur d'un blocage durable au moment des vacances scolaires. L'impossibilité de la moindre réforme de bon sens est une nouvelle fois illustrée. On ne voit pas bien quand les circonstances seront jugées politiquement favorables pour relancer la réorganisation.

Il faut savoir, il est vrai, que ce qui se passe à Paris est reproduit à échelle 10 dans le ciel européen. Cela fait longtemps qu'il aurait fallu réorganiser dans le cadre global de l'espace aérien européen les systèmes de contrôle aérien nationaux. Mais tout le monde s'y refuse et la malheurese Agence Eurocontrol n'y peut rien. Encore une fois, faudra-t-il attendre des crashs à répétition pour réagir? Quand on parle d'obligations de service public, il y a vraiment là quelque chose de plus urgent à traiter que la restriction du droit de grève. 18/02/04

 


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-9602/index.htm