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La Gazette N° 94 en date du 31 janvier 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Ouverture du marché de l'énergie en Europe

A 5 mois de cette ouverture, j'avoue ne pas bien comprendre qui va aider EDF à financer les investissements colossaux que l'établissement public devra faire pour terminer l'exploitation des centrales actuelles puis les démanteler, mettre en place une nouvelle génération de réacteurs et finalement, désactiver les déchets nucléaires - sans parler d'une éventuelle participation à Iter ou à des programmes d'utilisation de l'hydrogène. Mais peut-être n'ai-je rien compris aux bienfaits de la libéralisation, non plus qu'à ceux de la sortie du nucléaire préconisée par nos amis Verts. 31/01/04


Think tank européen

La France et l'Allemagne ont proposé aux autres pays européens la mise en place d'une cellule d'étude ou Think tank chargée de réfléchir aux stratégies de politique économique, financière et commerciale que l'Europe devraient adopter sur la scène internationale. C'est excellent. L'économiste français Jean-Pisani-Ferry est un des promoteurs de ce projet. Un bon point pour lui, selon nous, découle du fait qu'il s'est doté d'un site Internet http://www.pisani-ferry.net/ . Mais ne peut-on craindre que sa formation et son expérience professionnelle ne le tienne éloigné des grandes questions de recherche scientifique et technologique qui seront en fait essentielles pour déterminer l'avenir de l'Europe en tant que puissance au 21e siècle. 31/01/04


Agence européenne de l'armement

Envisagée depuis longtemps, l'Agence Européenne de l'Armement est en train de se mettre en place. Le britannique Nick Witney en prend la direction générale (en alternance triennale avec la France). L'Agence comme son pendant le quartier général européen ont été créés par une décision intergouvernementale. Son président sera Javier Solana, le Mr Défense européen. Reste à se mettre au travail, entre les ambitions maximalistes de la France (qui nous paraissent très justifées) et celles minimalistes d'autres pays, toujours plus ou moins tentés par l'atlantisme. Affaire à suivre. Mais pour faciliter ce suivi, l'Agence devra se doter d'un site Internet, qui n'existe pas encore. 31/01/04


Anatomie de l'enfer

Le film de Catherine Breillat a certainement le mérite de montrer que certains hommes et certaines femmes n'en ont pas fini avec la tentation de fantasmer sur leurs organes sexuels respectifs. Mais on rappellera quand même que depuis au moins 500 millions d'années des milliards et milliards d'être vivants - et même encore aujourd'hui beaucoup d'humains tout à fait ordinaires - utilisent ces organes de la même façon que tous leurs autres appendices, c'est-à-dire, entre autres, en en tirant un plaisir certain mais sans en faire tout un plat. 31/01/04


Lire Disinfopedia, ces américains qui refusent la désinformation officielle.

L'excellent Infoguerre.com, auquel je vous conseille de vous abonner, rappelle régulièrement à ses lecteurs l'existence de Disinfopedia, le site américain qui rassemble beaucoup d'articles de gens refusant la désinformation officielle et proposant des politiques beaucoup plus modérées et démocratiques, tant au plan interne qu'international. Bien sûr, nul ne peut exclure que, sur l'un ou l'autre de ces sites, ne s'introduisent des désinformateurs. Mais on peut penser qu'ils seront moins nombreux que sur les sites gouvernementaux ou inspirés par les pouvoirs officiels.

Si on en croit Disinfopedia, beaucoup de ses pages font l'objet d'attaques visant à en détourner le sens - au profit de la droite néo-conservatrice évidemment. 31/01/04

http://www.disinfopedia.org/wiki.phtml
http://www.infoguerre.com/


La recherche scientifique française délibérément abandonnée par le gouvernement?

Selon les chercheurs qui ont eu des contacts avec les cabinets, notamment celui de la ministre de la recherche, le gouvernement aurait pris délibérément la décision de rendre impuissante la recherche scientifique publique. Il céderait à deux sortes de pressions. Celles du secteur privé, qui s'estime mieux capable que le public d'utiliser les crédits de la recherche - quitte d'ailleurs à ne plus faire aucune recherche - et celle des politiciens pour qui les chercheurs votent mal et n'ont aucun droit au ménagement. Jusqu'où ira la passivité de la nation, comme d'ailleurs celle de l'opposition, face à cette irresponsabilité? On préfère discuter des jours entiers sur les différences entre ostensible et ostentatoire. Pourtant la mort programmée de la science française est à la fois ostensible et ostentatoire, mais nul ne semble s'en étonner.

Quand à Mme Haigneré, il y a longtemps qu'elle aurait du démissionner. Elle ressemble aux autorités administratives de la collaboration, qui prétendaient que rester en fonction évitait le pire. 31/01/04


Quid de la séparation des pouvoirs?

Plusieurs des auditeurs d'Europe1 à qui Michel Field donne la parole de 19 à 20h ont réagi (comme moi, ce qui me rassure) le soir du 30 janvier, après avoir entendu l'incroyable intervention de Jean-Pierre Raffarin. Bien que celui-ci n'ait dit qu'une banalité, c'est-à-dire qu'il existe en France une possibilité d'appel, le ton était tel qu'il semblait exprimer d'une part une critique à l'égard des magistrats de première instance et d'autre part une menace voilée à l'égard des juges d'appel : attention, ne refaites pas l' "erreur " de vos collègues de première instance.
Si cela n'est pas une immixtion de l'exécutif dans le législatif, que l'on me dise ce que c'est. Condamner le jugement en premier ressort et laisser entendre que le jugement en appel sera différent est parfaitement contraire au droit constitutionnel. Dans un pays anglo-saxon, cela ne se passerait pas comme cela. Espérons que les magistrats ne se laisseront pas impressionner. Il y va de l'honneur de la magistrature. Sinon, la France rejoindra l'Italie de Berlusconi, pour qui les magistrats sont des fous dangereux.
Il sera intéressant aussi de suivre ce qu'il adviendra de la plainte de la présidente du tribunal, dont les micro-ordinateurs auraient été fouillés et qui aurait reçu des menaces de mort. Ceci ressemble aux méthodes du SAC. Dans quel pays serions-nous donc en train de retourner? 31/01/04.


La dématérialisation des marchés publics reportée?

On trouve sur le site de Legalis, en date du 29 janvier 2003, une info d'actualité selon laquelle la dématérialisation des marchés publics, promise pour janvier 2005, serait reportée à 2010. L'administration ferait valoir des difficultés techniques et juridiques non résolues. Si la nouvelle était confirmée, elle donnerait raison à tous ceux qui, comme moi, ont toujours soupçonné que ce n'étaient pas les difficultés techniques qui justifiaient les retards successifs, ce depuis 1995. C'était la peur des ordonnateurs publics et surtout celle des élus, de voir l'informatique rendre plus transparentes des opérations auxquelles, comme le deuil sied à Electre, sied l'obscurité. http://www.legalis.net/jnet/ 31/01/04


Pour un grand programme européen, l'ordinateur quantique

Ceci est la conclusion d'un article à paraître dans Automates-Intelligents

Les scientifiques reconnaissent que ces premières réalisations sont encore loin du but: produire un ordinateur quantique de grande puissance et manipulable comme un micro-ordinateur actuel. Ils comparent la situation actuelle de la recherche à celle ou se trouvait la connaissance de l'atome quand Marie Curie étudiait la désintégration du radium. Cependant, comme dans tous les domaines, les progrès seront d'autant plus rapides que les recherches disposeront d'autant plus de moyens. Pour cela, il faut que les décideurs institutionnels se persuadent de l'intérêt d'un tel ordinateur.

On retrouve dans ce domaine le même phénomène qui a marqué la prise en considération de la fusion nucléaire destinée à produire de l'énergie industrielle. Pendant des années, les réacteurs expérimentaux ont vivoté dans l'indifférence générale. Puis subitement, à la suite de l'intérêt manifesté par les Etats-Unis dans une ambiance de compétition avec l'Europe et le reste du monde pour la maîtrise de cette énergie du futur, le programme ITER semble devoir s'emballer.

Une question d'ordre stratégique est désormais posée non pas aux chercheurs mais aux autorités gouvernementales qui financent les recherches fondamentales en matière de physique quantique: convient-il de laisser les recherches sur l'ordinateur quantique se poursuivre dans un grand nombre de laboratoires, au rythme nécessairement lent que suppose l'expérimentation de techniques difficiles et souvent différentes, alors que les hommes et les crédits y affectés sont rares ? Faut-il au contraire changer de vitesse ? Si oui, comment ?

On ne s'étonnera pas de nous voir, dans cette revue, recommander ce dernier choix. Il faut bien voir que les industriels de l'informatique qui les premiers mettront sur le marché un ordinateur quantique performant prendront sur leurs concurrents une avance industrielle et commerciale considérable. C'est pourquoi chez IBM, les recherches sur le sujet bénéficient de moyens importants. Il en est de même concernant les moyens importants dédiés par Microsoft aux recherches concernant l'ordinateur topologique, forme la plus évoluée d'ordinateur quantique.

Mais les industriels informatiques ne sont pas seuls en cause. Dans un monde ou les technologies sont aussi et surtout de souveraineté, les pays qui disposeront en premier d'une industrie du calcul quantique compétitive en bénéficieront pour maintenir ou accroître leur influence sur le reste du monde. C'est ce qui, depuis 50 ans, s'est produit avec l'informatique classique, puis avec l'Internet. Les Etats-Unis ayant perçu l'enjeu de ces outils ont encouragé leurs laboratoires de recherche et leurs entreprises à s'en donner la maîtrise technologique et à en généraliser l'usage à leur profit, bien avant les concurrents. Chacun sait aujourd'hui que la capacité de la science et de l'industrie américaine à s'appuyer sur des réseaux de très grands calculateurs constitue l'un des principaux moyens leur permettant d'assurer leur suprématie.

Il est clair que l'histoire se répétera dans le domaine des calculateurs quantiques, comme sans doute dans celui des calculateurs à ADN, si ces derniers voient le jour avant les ordinateurs quantiques. D'ores et déjà les perspectives offertes par les calculateurs quantiques sont très attrayantes, dans les domaines de la cryptographie, de la recherche en base de données avec multiples entrées et, bien évidemment aussi, en calcul numérique, calcul dont les applications seront de plus en plus importantes. Plus généralement, toutes les modélisations supposant des calculs massivement parallèles, dans le domaine militaire, en bio-informatique, en économie et surtout en physique quantique elle-même (gravitation quantique), comme en cosmologie, pourront enregistrer des progrès d'efficacité considérable avec ces ordinateurs révolutionnaires. On peut imaginer aussi qu'implanter de petits calculateurs quantiques dans des robots autonomes devrait accroître sensiblement leurs capacités d'auto-adaptation. Ajoutons qu'apprendre à manipuler couramment les particules en état de superposition cohérente constitue le sine qua non de toutes les applications possibles de la physique quantique.

En Europe, les laboratoires travaillant sur l'ordinateur quantique sont relativement nombreux, comme le montre la carte établie par le Centre for Quantum Computation britannique http://www.qubit.org/phpscripts/places.php?cat=areaname&value=europe. Mais ils sont dispersés, abordent souvent des domaines très spécialisés qu'il sera difficile de mettre en synergie dans un produit final. De façon plus grave, ils ne sont certainement pas considérés comme prioritaires dans l'allocation des ressources budgétaires. L'Europe va-t-elle perdre la bataille de l'ordinateur quantique comme elle a perdu celle de l'ordinateur classique ?

Vu l'état actuel des connaissances, il serait contre-productif de vouloir regrouper plusieurs laboratoires dans un programme unitaire. Mais ceci ne veut pas dire que les Pouvoirs Publics ne devraient pas s'intéresser au sujet. Il faudrait que des projets précis soient encouragés au sein des programmes cadres de l'Union européenne ou dans des projets conjoints entre plusieurs pays, avec des méthodes d'évaluation et de diffusion des résultats communes. Pour cela s'affirme constamment le besoin d'engager un grand travail de sensibilisation. 27/01/04


Des centaines de millions de morts?

Selon un article de NewScientist du 24 janvier 2004, p. 8, il y nécessité impérieuse de protéger les populations asiatiques contre la grippe ordinaire, afin de diminuer leur sensibilité à la grippe du poulet (H5N1) laquelle pourrait provoquer une mutation combinant et amplifiant les propriétés pathogènes des deux virus. L'enjeu concerne l'ensemble des populations du monde. Une pandémie d'une forme recombinante de virus grippal (the next big one, comme on dit à l'OMS) pourrait tuer des millions sinon des centaines de millions d'humains dans le monde. Mais pour obtenir en grande quantité la version 2004 du vaccin anti-grippe, active contre la variété de celle-ci qui sévit en Asie (Fujian), il faudrait que les industriels du médicament abandonnent leurs droits de propriété industrielle sur la méthode permettant de fabriquer ce vaccin en grande quantité. La même difficulté apparaîtrait s'il devenait nécessaire de produire un vaccin contre un éventuel futur virus grippal mortel. Certes, en ce cas, les industriels abandonneraient sans doute leurs droits, mais les délais consacrés à négocier cet abandon seraient tels que des centaines de milliers de gens pourraient mourir dans l'intervalle. 26/01/04


Manque de gouvernance à l’Assurance-Maladie

Le Haut Conseil de l’Assurance Maladie, que préside Bertrand Fragonard, vient de remettre au ministre de la santé un rapport sur le fonctionnement de notre système d’assurance maladie. Ce rapport adopté à l’unanimité par les membres, y compris les représentants syndicaux, dénonce différents dysfonctionnements, dont le « manque de gouvernance » qui caractérise l’ensemble du système. Il fait de nombreuses propositions. Que restera-t-il de tout cela ? La question est si complexe que fort peu de gens, et moins encore d’électeurs, ne s’y intéressent vraiment. C’est bien dommage. Les courageux pourront lire le rapport sur le site du Haut Conseil 25/03/01 http://www.sante.gouv.fr/ass_maladie/haut_conseil/rapport/rapport_compo.pdf


Davos et Bombay

Il parait qu'il n'y avait pas de ministres français présents à Davos, alors que le gouvernement avait envoyé deux de ses membres au Forum Social de Bombay. Je trouve cela très bien. La France n'avait pas grand chose à gagner en écoutant religieusement à Davos le secrétaire d'Etat à la Défense américain faire la leçon aux européens ou bien les chefs des plus grandes entreprises du monde s'interroger sur l'avenir. Le discours est connu. Par contre, participer à l'entrée dans la société mondiale de la communication des masses indiennes jusqu'ici privées de parole méritait le déplacement. On a dit que Bombay était un aimable désordre, qu'il n'en était sorti aucune recommandation politique applicable. Sans doute. Mais c'était le monde tel qu'il est à 90% que l'on pouvait observer là. C'est avec ce monde là que l'Europe devra collaborer si elle veut survivre au cours de ce siècle. 24/01/04


WebFountain

Le web mondial se compose de milliards de textes de toutes formes, toutes origines et tous contenus. Depuis longtemps, les chercheurs s'efforcent de donner à ceux qui souhaitent retrouver une information des outils efficaces pour ce faire. Mais la tâche semblait impossible. Les meilleurs outils connus, c'est-à-dire les moteurs de recherche, se bornent à orienter la requête vers une petite sélection de documents contenant les mots objets de la recherche tels que précisés par le demandeur. Le moteur peut analyser, pour chaque requête, des millions de documents en quelques secondes. Mais il n'en restitue que quelques dizaines. C'est souvent déjà trop pour celui qui a posé la question, notamment parce que le moteur ne sait pas faire la différence entre les mots pertinents et ceux qui ne le sont pas. Si vous vous intéressez à hot-dog, vous ne vous intéressez ni à hot ni a dog. Les opérateurs booléens facilitent la sélection, mais le résultat reste très approximatif.

Aujourd'hui, IBM propose une solution permettant à des ordinateurs d'entrer dans le contenu des informations en ligne et de restituer avec, paraît-il, une grande sûreté, tous les documents susceptibles de concerner une recherche donnée : analystes économiques et financiers, observateurs politiques, vendeurs de données et, bien évidemment ; encore que cela ne soit pas dit, services de renseignement et de police. Les services seront vendus (voir ci-dessous), ce qui veut dire que seules les entreprises ou les administrations riches pourront en bénéficier.

Avec IBM, les solutions ne sont jamais simples ni réparties. La firme a mis en place un énorme complexe de processeurs, routeurs, disques et logiciels, occupant la superficie d'un demi-terrain de football. Le système est appelé WebFountain. Il sera mis en service en coopération avec l'entreprise Factiva de New-York, dont le métier est de vendre des informations économiques. Le projet emploie 120 personnes et coûte plus de100 millions de dollars. Il est localisé à l'IBM Almaden Research Center de San Jose. On peut se poser la question de savoir si des réseaux d'analyse plus légers fonctionnant en Grid sur le mode des systèmes multi-agents adaptatifs pourraient rendre les mêmes services. Mais se poser la question n'est pas y apporter une réponse opérationnelle.

Comment les documents sont-ils analysés ? Ceux-ci n'étant dans leur écrasante majorité pas composés de données préalablement structurées, telles que résultant de l'emploi de XML, le système doit convertir tout ce qu'il reçoit en un format qui permette leur analyse automatique. Pour cela des programmes dits "spider" ou "crawler" parcourent le web et archivent les pages qu'ils rencontrent dans des bases de données, qui occupent 160 terabits d'espace disque. Le web tout entier est parcouru en 1 semaine, mais les échanges plus épisodiques, tels que ceux hébergés sur des blogs ou produits dans des Chats, le sont quotidiennement. Les données sont ensuite transférées dans le cluster des processeurs centraux de WebFountain où ils sont soumis à l'analyse de 40 programmes appelés "annotators". Chacun des annotateurs recherche dans le document analysé les mots ou phrases qu'il peut reconnaître, qu'il identifie en cas de succès par un tag XML. Les annotateurs sont spécialisés par type de recherche.

Les documents une fois labellisés (ce qui peut multiplier leur longueur par 10) sont stockées dans des bases de données où ils sont soumis automatiquement à des procédures de data mining ou fouille de données, en fonction des informations recherchées. Certains annotateurs sont suffisamment complexes pour inférer le sens ou la signification des documents qu'ils analysent, si bien que ces derniers sont mémorisés dans des bases de connaissances (Knowledge bases) lesquelles peuvent ou non être mises à la disposition du public ou des clients payants. D'autres restent la propriété d'IBM et de ses partenaires privilégiés - par exemple ceux qui concernent la pétrochimie ou l'industrie pharmaceutique. Bien d'autres procédures utilisant l'intelligence artificielle permettent de faire la chasse aux ambiguïtés, rechercher les liens qu'un document ou un site entretient avec les autres et plus généralement fournir à la demande des diagnostics fins. On comprendra mieux le processus d'ensemble en grossissant l'image ci-dessus (source IEEE).

Le matériel informatique constituant le cœur de WebFountain voit sa puissance augmentée tous les 9 mois. Les promoteurs du système veulent en effet faire face à l'augmentation de la demande venant des grandes entreprises, cherchant à analyser leur image, connaître les activités et produits de la concurrence, réaliser rapidement des études de marché. Le service sera fourni par abonnement, dans un premier temps par Factiva, pour un coût variant entre 150 000 et 300 000 dollars par an. Tout ceci laisse espérer que WebFountain deviendra très rapidement incontournable dans le monde économique et, plus généralement, permettra à ses heureux utilisateurs de trouver dans l'univers du web l'intelligence que celui-ci, laissé à lui-même, ne peut fournir.

Le lecteur concluera de lui-même cette courte présentation. Les entreprises bénéficiant des services de WebFountain prendront sur les autres des avances qui risquent d'être définitives. Cela ne pourra que favoriser les firmes déjà riches et dominantes. Mais il faudrait être bien naïf pour penser qu'un tel système fonctionnera en toute transparence. La guerre économique étant ce qu'elle est, les entreprises américaines seront certainement "mieux servies" que leurs concurrentes du reste du monde. Quant aux usages qui seront faits du système en vue du renseignement (sous prétexte de lutte contre le terrorisme), il n'est pas nécessaire de faire un dessin. Il faut bien se persuader que tout document, y compris celui-ci qui vient d'être écrit, entrera dans le système, sera analysé, classé, utilisé et possiblement détourné sans évidemment que les auteurs n'en sachent rien.

Comme toujours, les optimistes diront que rien dans la démarche d'IBM et de ses soutiens n'est nouveau, que le web sera de plus en plus touffu et in-analysable, que les firmes européennes, de toutes façons, doivent s'en méfier. C'est possible, mais ce qui nous apparaît, peut-être à tort, c'est l'importance et la concentration des moyens rassemblés par le projet WebFountain. Nous ne connaissons pas les technologies déjà mises en oeuvre par les Etats-Unis dans le cadre de la guerre économique et la lutte contre le terrorisme, mais ce projet, de toutes façons, leur apportera un plus qu'il ne faut pas négliger. 24/04/01


Les futurs super-ordinateur du département de la défense américain

La Darpa, agence de recherche du département américain de la défense, a passé un contrat de 4,5 millions de dollars au Los Alamos National Laboratory pour étudier l'architecture, les composants et les logiciels des futurs super-ordinateurs dont aura besoin le DOD. En 2008, celui-ci voudrait disposer de machines capables de réaliser 1.000 milliards d'opération par seconde, soit 1 petaflop. L'équipe en charge de l'étude vient d'éliminer un gros bug qui génait le fonctionnement de l'ordinateur de Los Alamos dit Q, le second du monde en puissance. Elle a reçu en 2003 le prix de la meilleure publication au Supercomputing Conference.

Ceci montre bien que, tant que l'Europe n'aura pas de telles machines, conçues par de telles équipes, il lui sera vain de tenter de s'aligner sur les Etats-Unis, que ce soit dans le domaine civil ou dans le domaine militaire. Mais nous n'avons plus de De Gaulle pour s'en rendre compte et lancer un nouveau Plan Calcul. 23/01/03


Surexploitation de la mer

L’Académie des sciences a remis à la ministre de la recherche, le 15 janvier, un rapport de 500 pages sur l’exploitation et la surexploitation des ressources marines vivantes. On en trouvera les références et les principaux extraits à http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/rapports_html/RST17.htm
On ne peut pas dire que le gouvernement français ne soit pas bien informé. Mais ce n’est pas malheureusement la ministre de la recherche qui participe aux discussions communautaires concernant la protection des zones de pèche. C’est le très bassement électoraliste ministre de l’agriculture, avec le plein soutien du Premier ministre. 23/01/03


Pas de gueguerre pour Iter

C’est sous ce titre, quasi insultant, que l’ambassadeur du Japon en France défend avec virulence l’excellence du site de Rokkasho-Mura et ramène à zéro les atouts que les européens avaient prétendu trouver dans le site de Cadarache (Le Monde du 23/01/04). SE est irritée, semble-t-il, que la délégation européenne qui négocie l’implantation du site international Iter ait évoqué, je cite, « la possibilité pour l’Europe de mener seule ce projet, après que le secrétaire d’Etat au commerce ait annoncé le 9 janvier que les Etats-Unis soutenaient le choix du site japonais pour raisons techniques ».
Raisons techniques, mon c** ! Et est-ce habituel de voir un ambassadeur prendre parti si ouvertement dans un débat qui dépasse largement ses compétences diplomatiques.
Ce que je ne comprends pas, c’est que les européens, en général, et un représentant autorisé des autorités françaises en particulier, n’aient pas répondu immédiatement à l’ambassadeur, dans Le Monde d’abord, et dans un grand journal nippon ensuite. A force de mollesse, l’Europe perd toutes les batailles. 22/01/03

PS à la date du 31/01/04: Des représentants d'Euratom de diverses nationalités européennes ont enfin répondu dans Le Monde du 31/01/04 p. 19 (Tous unis pour Iter à Cadarache) aux attaques de l'ambassadeur du Japon. Ils montrent que le site européen n'a aucun des désavantages complaisamment décrits par S.E. et de nombreux avantages que le même avait oubliés. On dira que leur témoignage est suspect de partialité. Je me garderai bien pour ma part de le faire, compte-tenu des éléments du dossier auxquels j'ai pu avoir accès.


L’état de l’université française

Le Conseil d’analyse économique, qui officie près le Premier ministre, vient de publier sous le titre « Education et Croissance » un rapport sur l’Université française qui montre clairement que la capacité d’innovation du pays va s’effondrer si la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche n’augmente pas. De ce fait, la France déjà en retard dans la compétition scientifique et technologique mondiale ne va pas voir sa position s’améliorer. Pour remédier à cela, dit le CAE, il faut de nouveaux moyens budgétaires, une meilleure organisation et, bien évidemment une forte volonté politique. Or on ne voit pas le gouvernement, déjà empêtré dans les justes revendications des chercheurs, entreprendre tout cela à la fois. En conséquence de quoi, nous nous éterniserons quelques années de plus parmi les pays d’ »imitation » (selon le terme des rapporteurs, Elie Cohen et Philippe Aghion) au lieu de rejoindre les pays d’ »innovation ». C’est bien ainsi que se gère une boutique, n’est-ce pas ?
On pourra peut-être consulter le rapport sur le site du conseil, quand les services du Premier ministre prendront le temps de le mettre en ligne. http://www.cae.premier-ministre.gouv.fr/ 20/01/03

NB au 31/01/04. Jean Grisel de Paris 7 m'informe ce jour que le rapport du CAE est en ligne sur le serveur de l'université http://www.diderotp7.jussieu.fr/2004/01-CAEeducationcroissance.pdf
Avec l'aimable autorisation du CAE


La France gérée comme une boutique

Le président de l’Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré, souvent présenté comme légèrement demeuré, a chaussé les bottes de son père en reprochant au gouvernement de gérer la France comme une boutique. Il a parfaitement raison. Jean-Pierre Raffarin trouve l’attaque « déloyale ». Mais qui peut citer la moindre grande ambition proposée aux français par le gouvernement ces temps-ci ? Même ce qui faisait un peut rêver, la recherche scientifique française, est bradée aux boutiquiers sinon, purement et simplement, sacrifiée.


Le Paradis Muet

Dans une chronique théâtrale du Monde (15 janvier 2004), Michel Cournot s’en prend à la nudité intégrale des acteurs qui jouent « Le Paradis Muet » de Patrick Rambert au Théâtre national de la colline. A force d’avoir été « progressiste » ou supposé tel, Michel Cournot serait-il devenu "réactionnaire" comme une chaisière de Saint Sulpice ? Je n’ai pas de chance. J’allais proposer que, pour supprimer la tentation de porter le moindre symbole ostentatoire, enseignants et élèves viennent aux cours nus et épilés. L’administration leur aurait fourni des peignoirs de bain, évidemment. 17/01/04


Prostitution

On peut se demander si le ministre de l’intérieur espère vraiment être cru quand il affirme une baisse de 50% de la prostitution à Paris. Comme le disent les édiles, cette activité a seulement changé de lieux. Pourquoi alors travestir les faits si ouvertement ? On parle volontiers de « mensonge d’Etat » à propos de Bush et Blair. Ne sommes nous pas, en beaucoup plus réduit, devant la même situation ? Mais Nicolas Sarkozy s’adresse-t-il à tous, ou seulement aux électeurs des beaux quartiers, à qui il veut montrer son efficacité. La voix d’un habitant du 16e arrondissement pèse plus, en termes d’influence politique, que celles de dix ressortissants des proches banlieues. 16/01/04


Les autoroutes de la mer

Un bon point pour une fois aux Pouvoirs Publics et collectivités régionales qui lancent le programme d’autoroutes de la mer ou meroutage, avec l’appui des institutions européennes. Comme nul n’en ignore, il s’agit de transporter sur des navires rouliers les camions ou remorques dont les propriétaires accepteront de ne pas franchir les cols alpins et pyrénéens et de prendre la voie maritime. Les armateurs français sont favorables au projet, ainsi que les ports concernés. Cela leur procurera un appréciable trafic. Mais il faudra construire de solides navires tous temps. Certes, les riverains se plaindront, mais les zones portuaires et arrières-pays ont été désertées depuis 50 ans. Elles pourront supporter un peu d’activité, à condition que l’on aménage quelque peu les plate-formes pour ne pas entasser les camions dans les villages, comme cela se voit aux alentours des ferries transmanche. 15/01/04


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-9401/index.htm