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La Gazette N° 109 en date du 30 novembre 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

- Editorial de Automates Intelligents en date du dimanche 28 novembre: La science européenne n'existe pas. les gouvernements doivent la créer. http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/edito.htm
- Première réunion du conseil scientifique pour la préparation du Colloque espagnol consacré à la souveraineté technologique de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/colmadrid.htm
- L'Europe prise de vitesse par l'Inde dans la lutte contre la Babélisation http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/babel.htm


Quel avenir pour la France? Réponse: Sarkozy
29/11/04

On ne peut que s'étonner de constater le manque total de propositions relatives à l'avenir de la France et de l'Europe dans le show ayant accompagné le "sacre" Sarkozy. Alors que des questions majeures sont posées aux Français, Nicolas Sarkozy et son choeur de thuriféraires se sont bornés à répéter sans fin: l'avenir de la France, c'est Nicolas. Pas un mot concernant la vision de celui-ci sur l'Europe, confrontée d'un côté à l'Amérique de Bush et d'un autre à une explosion indiscutablement démocratique en Ukraine et peut-être plus tard dans d'autres pays ex-soviétiques. Pas un mot de ce qu'un Colloque autrement important au plan des idées, celui du Collège de France, évoquait au même moment: comment assurer la puissance scientifique et technologique de l'Europe? Pas un mot sur la Constitution? Bref, le vide.

Certains s'inquiéteront de voir 100.000 personnes (selon l'UMP) se mobiliser ainsi sur du vide. Les plus pessimistes y verront le début d'un pouvoir personnel. Déjà Nicolas Un perce sous Sarkozy, aurait dit Victor Hugo.

PS au 30/11: Je corrige, étant l'honnêteté même. Sarkozy, selon des assistants au show, aurait parlé de l'Europe comme une urgence pour la France. Tant mieux, s'il en parle, c'est qu'il sent que le thème est dans le vent.


Comment créer une science fondamentale à l'échelle européenne qui soit aussi compétitive que celles des autres grandes puissances ?
27/11/04

A la date de ce jour, nous disposons pour éclairer ce thème, souvent abordé ici, de deux nouvelles séries de propositions qui méritent d'être rapprochées. Les premières peuvent être déduites de l'intéressant Colloque du Collège de France, Science et conscience européenne, qui s'est clos aujourd'hui 27 novembre (voir http://www.college-de-france.fr/site/inf_pre/index.htm). Les secondes figurent parmi les propositions du Groupe dit Lamy, qui ont été élaborées à la demande du Parti Socialiste Européen afin de préciser les voies d'une Europe plus volontariste, voies non incompatible avec le Traité constitutionnel. Examinons rapidement ces deux sources.

Le Colloque du Collège de France

Nous ne résumerons pas l'ensemble des interventions. Bornons-nous à extraire les propositions les plus significatives faites par les orateurs de la première demi-journée (25 novembre) ainsi que par le professeur Baulieu en conclusion le 27 novembre à 16h30.

D'une façon générale, nous pouvons déduire des interventions une idée-force qui est assez révolutionnaire par rapport à l’opinion que l’on se fait généralement de la science européenne. Il faut créer une authentique recherche fondamentale européenne. Celle-ci, sauf dans des domaines précis (physique, astronomie, espace), n’existe pas en tant que telle. L'Europe, sous l'impulsion de la Commission, mène de nombreuses actions en matière de sciences appliquées à finalité commerciale mais elle ne dispose d'aucun titre ni crédit pour faire de la recherche fondamentale.

Or la recherche fondamentale reste incontournable. On connaît ses caractéristiques: être désintéressée (sans souci immédiat de retombées commerciales), s'attachant au long terme, couvrant l'ensemble des disciplines, etc. Malheureusement, les Etats-membres sont seuls compétents en matière de politique et de moyens concernant la recherche fondamentale. Il en résulte que les recherches ainsi conduites au plan national ont tendance à s'ignorer voire s'opposer. N'entrant pas en synergie, elles ne peuvent pas atteindre la taille critique nécessaire à la compétition internationale. Que serait par exemple la science américaine si elle était conduite de façon non cohérente au sein de chacun des Etats de l'Union?

Remédier à cette faiblesse fondamentale supposera une véritable mutation culturelle de la part des scientifiques et des gouvernements en Europe: se convaincre qu’ils devront cesser de s’ignorer voire se combattre les uns les autres, mais au contraire s’unir dans le cadre d’une véritable politique scientifique européenne globale, commune à l’ensemble des 25 Etats-membres sans exclusive et portant à la fois sur les recherches fondamentales et les applications technologiques.

Ceci supposera des changements très importants au niveau notamment des institutions européennes. Résumons ces changements, selon l'ordre de priorité tel qu’il ressort selon nous des interventions :

Créer dès le début 2005 un Conseil européen de la recherche (European Research Council ou ERC). La configuration et les moyens de celui-ci ont été précisés par plusieurs études dont notamment le rapport Mayor établi en 2003 sous la présidence danoise (voir http://www.ercexpertgroup.org/documents/ercexpertgroup_final_report.pdf). Ce Conseil devrait être l’autorité suprême en matière de définition des orientations de la recherche fondamentale européenne. Il devrait être composé uniquement de scientifiques reconnus et devrait disposer d’une large autonomie à l'égard tant des gouvernements que des institutions européennes (Commission, Parlement). Le professeur Baulieu a demandé en conclusion du Colloque que la décision de créer le Conseil soit prise immédiatement, qu'un budget minimum de 2 milliards d'€ lui soit attribué pour l'exercice 2005 et que l'équipe ainsi constituée se mette au travail immédiatement. Le Conseil ne travaillerait évidemment pas en ignorant les actions de recherche des Etats, de la Commission et des entreprises. Au contraire, il leur fournirait les bases de leur mise en synergie. Sans un tel organisme, il n’y aura pas de recherche fondamentale européenne capable de rivaliser avec celle des USA, du Japon et bientôt d’autres grands pays asiatiques. Et sans recherche fondamentale, il n’y aura pas de recherche- développement ni de puissance technologique.

Renforcer le rôle du Forum européen stratégique des infrastructures scientifiques (ESFRI) qui doit définir les grands équipements nécessaires à l’indépendance de la science et de la technologie européenne. Une réflexion menée dans ce cadre aurait par exemple pu éviter les dissensions entre européens et les années perdues au sujet de Galiléo et de Iter.

Doubler dès 2005 le budget communautaire de la recherche et le porter à 10% environ du budget de l’Union en 2008. Parallèlement, porter le financement de la recherche à au moins 4% des PIB dans chacun des Etats-membres à l’horizon de 2010. Il faudra enfin mettre « hors des critères du pacte de stabilité » les crédits correspondants. Tous les orateurs ont signalé l'importance du massage qui serait ainsi porté aux opinions publiques, aux chercheurs et aux entreprises. La science cesserait d'être considérée comme une dépense, mais comme un investissement.

Mettre en place les projets et réseaux intégrés qui permettront aux financements nationaux d’entrer en symbiose plutôt que s’ignorer. Parmi ces projets et réseaux, mettre en place avec les industriels européens des plates-formes technologiques de développement sur le modèle de ce qui a été fait pour l’aéronautique et la microélectronique, couvrant l’essentiel des filières émergentes.

Créer un grand pôle de publication scientifique européen.

Traiter efficacement la question de la mobilité intra-européenne des chercheurs et des étudiants, ainsi que celle du brevet européen.

organiser des programmes de sensibilisation des opinions publiques et des lieux où discuter les divergences d'appréciation.

Les propositions du groupe Lamy soumises au Parti socialiste Européen

Parmi les propositions du groupe Lamy, celles concernant la science et la technologie européenne sont très voisines des précédentes. Elles évoquent cependant certaines finalités de recherche et de développement qui ne sont pas incluses dans les schémas précédents.

Accroître les investissements publics, d'ici à 2007, de 0,3 % du produit intérieur brut européen.
Doubler le budget européen de la recherche, tripler le nombre de bourses accordées aux chercheurs, faire passer d'ici à 2013 le nombre d'étudiants bénéficiant du programme Erasmus de 120 000 à 390 000.
Présenter une communication sur le futur industriel de l'Europe dans les secteurs stratégiques et y allouer 400 millions d'euros sur la période 2007-2013.
Faire passer de 6 % à 12 % la part des énergies renouvelables d'ici à 2010.
Lancer un programme de grandes infrastructures en identifiant dix projets précis.

Nos observations

Si le public présent au Collège de France a reçu très favorablement les propositions résumées ci-dessus, les suites qui leur seront données dépendront dans un premier temps de la façon dont les gouvernements nationaux d'une part, la Commission et le Parlement européens d'autre part les recevront et accepteront de les soutenir. Les interventions des deux ministres français le premier jour, Mme Haigneré et M. Fillon, n'ont rien laissé paraître de leurs intentions précises sur ce plan.

Le souci manifesté au Colloque de fonder véritablement une recherche fondamentale européenne compétitive n'est en rien incompatible avec les objectifs que nous défendons par ailleurs dans cette revue: rechercher la souveraineté scientifique et technologique de l'Europe. Maîtriser la recherche fondamentale est aussi nécessaire à l'Europe que maîtriser les technologies de souveraineté. Les unes ne sont d'ailleurs pas concevables sans les autres. On notera précisément que les organisateurs du Colloque au Collège de France ont annoncé la tenue l'année prochaine à Madrid d'un Colloque sur le thème "Industrie et Recherche".

Annexe 1

Compte-rendu sommaire des interventions faites dans la première demi-journée du Colloque du Collège de France (jeudi 25 novembre 2004). Nous ne résumerons pas les exposés des deux ministres français.

Jacques Glowinski, administrateur du Collège de France

Il rappelle l’importance de la recherche scientifique pour l’avenir de l’Europe. Il déplore le manque de moyens qui la pénalise et regrette plus généralement le manque d’intérêt de beaucoup d’européens pour la science.

Philippe Busquin, ancien Commissaire européen à la recherche.

Le rapport Wim Kok a justement rappelé le rôle essentiel de la recherche pour l’accès à la société des connaissances. Or la recherche doit être une compétence européenne partagée (le concept d’espace européen de la recherche). Elle ne l’est actuellement qu’en ce qui concerne la recherche précompétitive. Elle doit donc être traitée comme une valeur commune européenne et non un instrument de compétition entre Etats-membres.

Avec l’élargissement des frontières, le besoin d’harmonisation sociale s’accroît et avec lui, celui du partage de l’accès à la recherche. Il faut donc augmenter les budgets de recherche. La Commission a voulu doubler le budget européen (communautaire) de la recherche pour 2005, mais cela n’a pas encore été décidé par les Etats.
Or les comparaisons avec les autres parties du monde sont défavorables. Non seulement avec les USA et le Japon, mais avec la Corée du Sud, l’Inde, la Chine.

Plusieurs voies conditionnent le redressement :
- Favoriser l’acceptation sociale du progrès scientifique et technique. Il faut revaloriser le thème au plan culturel, tout au moins dans les anciens Etats-membres. Les nouveaux entrants sont beaucoup plus ouverts.
- Atteindre la masse critique, ce qui suppose de donner aux recherches une dimension européenne. Ce qui est fait dans chaque Etat est indispensable mais ne suffit pas.
- Concevoir la coopération avec l’industrie au plan européen et non plus national. L’industrie européenne n’est plus nationale mais européenne ou mondiale.
- Donner une visibilité européenne à l’excellence. Reconnaître les compétences au seul niveau des Etats n’a pas de portée. Il faut parler d’un « scientifique européen » comme on parle d’un « scientifique américain ».

Six objectifs devraient être proposés pour demain :
- Faire de la recherche fondamentale (RF) à l’échelle européenne (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, la RF étant encore de compétence nationale). Ceci rejoint la question de la visibilité. A l’image de la National Science Foundation qui donne de la visibilité à la recherche américaine, il faut créer un Conseil Européen de la Recherche (European Research Council, ERC) qui financera la RF au plan européen global. Cela supposera de vaincre le réflexe national, en ce sens que les contributions nationales à l’ERC devront encourager l’excellence au niveau européen, sans se préoccuper de principes comme le « juste retour » et le soutien aux laboratoires nationaux. Le prochain Programme Cadre de Recherche (PCR) lancé en 2006 devra acter l’existence de l’ERC. Il faut donc très rapidement jeter les bases de celui-ci. Or il y a encore des résistances de la part de certains Etats.
- Généraliser la mobilité des chercheurs. Les institutions de recherche des Etats doivent être ouvertes à tout chercheur européen, et non réservées aux seuls nationaux.
- Mettre en place de nouvelles grandes infrastructures scientifiques, sur le modèle de ce qui a été fait par le CERN (physique), l’ESO (astronomie), l’ESA (espace). Un Forum européen stratégique des infrastructures scientifiques (ESFRI) a été créé afin de préciser les perspectives et besoins.
- Multiplier les projets intégrés. Le concept de Réseau d’excellence est encore trop limité géographiquement. Il n’a pas, sauf exception, de portée européenne.
- Obtenir le support des grands secteurs industriels européens, sous forme de plates-formes technologiques. Des exemples existent : aéronautique, microélectronique. Il faut en faire d’autres : hydrogène, environnement, etc. Mais certains chercheurs et parfois les Etats contestent encore ce principe.
- Mieux coordonner le cadre réglementaire communautaire : budget de la recherche, PCR, Charte européen du chercheur, brevet européen.
Ceci rejoint le projet de constitution. Pour elle, ce qui marquera en termes juridiques et politiques un progrès considérable, la recherche et l’espace sont des compétences européennes s’ajoutant aux compétences nationales.

Michael Sohlman, directeur général de la fondation Nobel

L’Europe doit prendre conscience de l’urgence. La part des PIB consacrée à la recherche le démontre : 2% en Europe, 3% aux USA et au Japon. De plus le PIB aux USA est supérieur de 40% à celui de l’Europe, ce qui impose à l’Europe de doubler le montant des crédits affectés à la recherche si elle veut atteindre le niveau des USA et du Japon et réaliser les objectifs du processus de Lisbonne. Est-ce possible ? Plusieurs questions sont posées.
- L’appel au privé. L’industrie devrait financer entre 1 ;5 et 2% du total. Le fera-t-elle ? La Table-Ronde des industriels européens (EITIRT) répond que les industriels investissent, mais pas en Europe. Leur apport y diminue en valeur relative.
- La fuite des cerveaux. Elle continue vers les USA et n’est pas compensée par des mouvements en sens inverse (sauf au profit du CERN en physique, et pour de courtes durées).
- La part des dépenses de recherche affectée aux recherches européennes. Aujourd’hui 95% des crédits sont affectés à des projets nationaux. Plusieurs réformes s’imposent : utiliser plus efficacement les procédures européennes de financement ; augmenter la part de la recherche dans le budget européen global (doubler) ; augmenter la part consacrée à la recherche fondamentale. Les PCR ne le font pas, ce qui pousse les grandes entreprises européennes à émigrer vers les USA compte tenu de la richesse de la culture en sciences fondamentales.

Le Colloque s’inscrit dans plusieurs initiatives européennes. Notamment le rapport du groupe Major relatif à l’ERC. 4 problèmes ont été signalés : mieux valoriser l’excellence au plan européen, augmenter les recrutement et améliorer les carrières, mettre en place de nouvelles infrastructures de recherche communes, développer celles des régions européennes faibles au plan de la recherche (ce qui parait contrebalancer le concept du développement de pôles d’excellence, mais peut se faire par la mise en réseau).
L’ERC ne réussira qu’à plusieurs conditions : l’autonomie en termes de choix scientifiques, un financement suffisant des Etats-membres, une gestion par un conseil scientifique indépendant et responsable.
D’autres initiatives ont soutenu ces objectifs : les déclarations de diverses académies des sciences, celles du Commissaire Busquin, le rapport Wim Kok, etc.
Mais il ne semble pas que les gouvernements aient encore pris conscience de l’étendue du problème. Le terme de Conseil Européen de la Recherche n’a pas été repris par le conseil des ministres Recherche à Bruxelles, qui a seulement parlé de «définir des mécanismes opérationnels».

Edouard Brézin, vice président de l’académie française des sciences

La crise de la recherche a été illustrée en France par le mouvement des chercheurs, très largement soutenu par ceux-ci mais aussi par la population. Le mouvement a abouti non à un rapport mais à des propositions, actuellement soumises au gouvernement.
Les propositions n’ont pas oublié la recherche en Europe. On sait le rôle que l'Europe a joué dans le passé pour la science fondamentale. Mais il faut poursuivre. D’où le soutien apporté au projet de ERC. Encore faudra-t-il que celui-ci échappe aux manœuvres nationales et mette en place de véritables collaborations européennes, sous forme de partenariats et non de projets nationaux concurrents.
Une urgence supplémentaire est à signaler : la nécessité de mettre en place un pôle fort de publications en Europe, rapprochant notamment les journaux nationaux quand ils existent, comme cela a été fait en physique avec la création en 1986 du Journal Européen de Physique (European Journal of Physics).

Mariano Gago, ancien ministre de la recherche du Portugal

L’Europe doit se doter d’une identité stratégique en matière de recherche, qui élargira sa base identitaire actuelle limitée au politique et au social. La création de l’ERC concrétisera le thème de la science partagée, base de la nouvelle identité européenne. Plusieurs lignes d’action sont à retenir à cette fin :
- mettre en réseau les scientifiques et les non-scientifiques, de façon notamment à évoquer et traiter les controverses sociales portant par exemple sur les risques et sur l’action des Etats.
- Agir pour que davantage de jeunes s’intéressent aux sciences, en général d’abord mais en terme de possibilité de carrière ensuite. Il faut intervenir à l’école et en dehors.
- Développer les plates-formes de sensibilisation telles Euroscience.

Mais ceci doit se traduire en termes de décisions politiques, notamment dans les deux conseils européens stratégiques en matière scientifique, le Conseil Espace et le Conseil Compétitivité, qui se réunissent aujourd’hui et demain. Ils feront allusion à l’ERC, mais en termes trop vagues. En fait l’année 2005 sera celle des décisions capitales. Ou bien l’Europe affirmera sa vocation scientifique, ou bien elle abandonnera définitivement ses prétentions à être une puissance scientifique. Les thèmes sont connus : renforcer les budgets, créer l’IRC, lancer Iter…
Ceci suppose aussi la révision du pacte de stabilité pour en extraire les dépenses de recherche. Mettre celles-ci hors pacte sera un message très important pour les industries.
Mais la priorité ne porte pas seulement sur la recherche. Il faut renforcer l’éducation scientifique en la finançant davantage (3% du budget de recherche est consacré à l’éducation scientifique en Corée du Sud). Cela suppose le décloisonnement des systèmes nationaux et le lancement d’actions de culture scientifique générale.
En ce qui concerne la politique scientifique, là aussi il faut décloisonner. Beaucoup de pays européens n’ont pas encore de conseils nationaux pour la recherche, ni de systèmes d’évaluation valables. Plus généralement la concurrence génératrice de confusion règne entre les gouvernements, comme l’a montré l’exemple à ne plus jamais revoir des premières négociations relatives à Iter.
Il faut mettre en place des laboratoires distribués et des projets en réseau (à ne pas confondre avec de simples coopérations).
Il faut régler les problèmes communs, déjà évoqués : le statut du chercheur européen, le brevet européen, une politique commune de sécurité des données.
Il faut réformer les directions générales de la Commission s’intéressant à la science et aux technologies. On doit combattre les excès de la bureaucratie européenne

Notes

Rapport Federico Mayor sur l'ERC http://www.ercexpertgroup.org/documents/ercexpertgroup_final_report.pdf
ESFRI http://www.cordis.lu/era/infrastructures_forum.htm
Rapport ESFRI 2004 ftp://ftp.cordis.lu/pub/era/docs/esfri_annualreport_2004_en.pdf
European Journal of Physics http://www.iop.org/EJ/journal/EJP
Etats Généraux de la recherche (France). Le site du Comité d'Initiative et de Proposition. http://cip-etats-generaux.apinc.org/
Euroscience http://www.euroscience.org/

Annexe 2

Les principales propositions du groupe Lamy (source Le Monde 27/11/04)

• Rebaptiser le "processus de Lisbonne" pour l'appeler "Développer l'Europe" et adopter un programme de travail sur cinq ans pour sa mise en œuvre.
• Accroître les investissements publics, d'ici à 2007, de 0,3 % du produit intérieur brut européen.
• Proposer, d'ici à 2007, l'harmonisation de la base fiscale de l'impôt sur les sociétés.
• Avoir d'ici à 2013 une représentation unique de la zone euro dans les institutions internationales.
• Doubler le budget européen de la recherche, tripler le nombre de bourses accordées aux chercheurs, faire passer d'ici à 2013 le nombre d'étudiants bénéficiant du programme Erasmus de 120 000 à 390 000.
• Présenter une communication sur le futur industriel de l'Europe dans les secteurs stratégiques et y allouer 400 millions d'euros sur la période 2007-2013.
• Avoir un budget consacré à la politique de solidarité avec les régions les plus pauvres équivalent à 0,46 % du PIB européen.
• Réviser la directive sur le temps de travail et mettre fin à la clause d'exemption dont bénéficient les Britanniques.
• Adopter une directive sur les services publics incluant les principes d'égalité d'accès, de qualité et de financement des obligations de service public.
• Lier l'octroi des aides agricoles au respect des normes environnementales.
• Faire passer de 6 % à 12 % la part des énergies renouvelables d'ici à 2010.
• Prendre en compte les émissions dues aux transports et aux bâtiments dans le protocole de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre dans la période 2013-2017.
• Lancer un programme de grandes infrastructures en identifiant dix projets précis.
• Créer un corps de gardes-frontières européens.
• Faire adhérer l'Union à la convention européenne des droits de l'homme.
• Mettre en œuvre une politique commune de quotas en matière d'immigration légale.
• Protéger les données individuelles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.


L'identité européenne
26/11/04

A ceux qui s'interrogent sur l'existence et l'avenir d'une éventuelle identité européenne, l'observation du rôle joué actuellement par l'Union dans la crise ukrainienne serait assez encourageante. La Pologne a été particulièrement exemplaire. Au lieu de faire appel à G.W.Bush, ce qui aurait tout empiré, elle s'est tournée vers les institutions européennes. Celles-ci, jusqu'à ce jour, ont su très bien assurer (grâce notamment à la présidence néerlandaise) le rôle attendu d'elles. On a particulièrement apprécié les interventions de M. PESC (politique étrangère et de sécurité commune), Javier Solana. 1)

Par ailleurs, on a pu mesurer, grâce à l'enthousiasme démocratique de la population ukrainienne (celle de l'Ouest tout au moins) le poids d'attraction que représente l'image européenne, si peu considérée semble-t-il dans nos pays. Peut-être dira-t-on que la nouvelle Europe des 25 est née ces jours- ci aux frontières de l'Ukraine et de la Pologne.

On ne sait comment évoluera la situation, qui est très instable. Mais Bronislaw Geremek, ancien ministre des affaires étrangères de Pologne et député européen, a eu raison, lors du 7/9 de France Inter le 26/11, de rappeler que l'actuelle crise, extraordinaire de potentialités pour l'Europe et la démocratie à l'européenne, pose aussi la question des relations de l'Union avec la Russie. Ou bien celle-ci se transforme de plus en plus en autocratie, ou bien elle accepte elle-aussi de s'inspirer de l'identité européenne et peut-être, plus tard, de se rapprocher politiquement de l'Union. Cette perspective parait une des seules permettant de résoudre la question des relations entre la Russie et l'Ukraine, du fait notamment de la probable impossibilité pour la Russie d'accepter une perte de la Crimée, laquelle lui est indispensable pour demeurer une grande puissance.

1) On a dit que l'influence américaine s'exerce indiscutablement dans cette crise. Les Etats-Unis financent de nombreuses interventions en Ukraine, laquelle entretient d'excellents rapports avec eux, même sous l'égide de l'actuel gouvernement. Par ailleurs, ils agissent certainement en sous-mains, par Pologne et autres Etats européens interposés. Mais ce serait de la paranoïa qu'imputer ce vaste mouvement démocratique à la seule CIA.


Le sacre de Sarkozy
25/11/04

Je me sens un peu mesquin de le dire, mais comment ne pas partager l'émoi de certains députés UMP à constater que le futur "sacre" de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP coûtera à celle-ci, et finalement à la nation, la somme annoncée de 5 Millions d'euros. Pour cette même somme, Sarkozy aurait pu organiser une dizaine de colloques consacrés à la science et à la technologie en Europe. Son image, me semble-t-il, en aurait été considérablement augmentée. En tous cas, le sacre, si sacre il doit y avoir (mais au fait, pourquoi un "sacre"?), aurait été cent fois plus utile au pays et à l'Europe.

Autre chose concernant le même. Nous ne pouvons qu'approuver le président de l'Assemblée Nationale lorsqu'il reproche à Sarkozy son image de libéral et d'atlantiste. Ce serait grave pour le pays si Sarkozy entraînait dans cette voie l'ensemble de l'UMP.


Le prochain 11 septembre
25/11/04

L'India Daily cité ci-dessous met aussi en garde contre une possible vaste offensive d'Al Quaida contre les sources de pétrole et de gaz, particulièrement vulnérables. Ceci pourrait mettre à genoux les économies ne disposant que de cette source d'énergie. Le journal s'étonne de l'aveuglement des Etats-Unis face à ce risque, qui ne font pratiquement rien pour sortir de l'économie du pétrole.

- Bin Laden's secret paln for next 9/11? http://www.indiadaily.com/editorial/11-25e-04.asp


L'Inde super-puissance militaire?
25/11/04

Selon India Daily (quotidien indien bien informé dont la lecture est recommandée), l'armée de l'air Indienne (Indian Air Force) vient d'annoncer la première phase d'un vaste programme destinée à qualifier l'Inde comme une des super-puissances mondiales. Ce programme comporte des technologies spatiales (lanceurs et satellites) des armes furtives et guidées laser, des avions de combat sophistiqués, des techniques de propulsion par anti-gravité et autres solutions avancées.

L'objectif, selon le journal, serait non seulement de dépasser (run out) le Pakistan rapidement, mais d'entrer en compétition avec la Chine, la Russie et l'Amérique pour la domination de l'espace aérien asiatique.

L'IAF envisage dans un premier temps d'acquérir 125 avions de combat supersoniques pour remplacer ses actuels Mig 21. Une large consultation des fournisseurs potentiels sera entreprise, sur la base de spécifications qui seront fixées prochainement. Le choix privilégiera les transferts de technologie dans le domaine des pièces détachées et des logiciels, pour lesquels les codes sources seront demandés, afin de faciliter leur mise à jour.

Cette nouvelle appellerait de nombreux commentaires. Limitons-nous à ceux-ci:

- L'Inde, dont le PIB par habitant est un des plus faible du monde, trouvera les moyens de se doter d'une force aérienne puissante. Elle ne veut pas laisser son ciel, ni même le ciel asiatique au sens large, sous le seul contrôle des puissances voisines: Chine, Russie et Amérique. L'Europe, manifestement, aurait les moyens d'adopter la même politique en ce qui concerne son propre espace aérien. Encore faudrait-il qu'elle accepte le principe d'une force aérienne homogène.

- On peut imaginer les manoeuvres qui accompagneront les choix indiens, short list d'abord, contrat définitif ensuite. Que pèseront alors les industriels européens?

- L'IAF demandera l'accès aux codes sources des programmes fournis avec les matériels. Il s'agira d'une extension très significative, dans le domaine militaire, de l'approche indienne désormais affichée: exclure les systèmes propriétaires. Comment réagiront les industriels?

- L'article de India Daily http://www.indiadaily.com/editorial/11-18-04.asp
- Le site de l'Indian Air Force http://www.bharat-rakshak.com/IAF/


Coopération spatiale russo-européenne
25/11/04

L'agence russe Interfax-Military News Agency confirme que le Centre spatial TsSKB-Progress basé à Samara envisage de lancer la prochaine fusée Soyouz-2-carrier du centre spatial français de Kourou. Ce lancement prendrait place en 2008 et s'inscrit dans la coopération spatiale franco-russe, elle-même conduite dans le cadre de l'Agence Spatiale Européenne. Les négociations contractuelles sont en cours et le contrat pourrait être signé début 2005.

La base de Kourou permet grâce à sa situation près de l'équateur d'économiser sur la charge en carburant et d'augmenter la charge utile. Mais le Soyous devra subir des modifications l'adaptant au climat. La construction du lanceur commencera dès signature du contrat. Elle sera réalisée par TsSKB-Progress, sur financement principalement européen, notamment français. Le coût reste à finaliser après définition des spécifications de détail.

Le nouveau lanceur Soyouz-2 medium carriera été testé au Plesetsk Space Center dans la région d'Arkhangelsk le 8 Novembre 2004. Un modèle-test de vaisseau spatial a été mis en orbite. Le nouveau lanceur est une version modernisée de l'actuel Soyouz, cheval de bataille du programme spatial soviétique puis russe depuis les années 1960. Son bilan de sécurité est excellent. Il sera équipé d'un système informatique de contrôle moderne et nécessitera moins d'assistance humaine au lancement. Le système propulsif sera renforcé.

TsSKB-Progress se spécialise dans le développement, la fabrication et l'opérationnel de lanceurs de taille moyenne et de vaisseaux automatiques destinés notamment à l'observation scientifique de la Terre.

La collaboration qui se précise entre l'Europe et la Russie dans le domaine spatial sera d'une grande importance stratégique pour les deux parties.

- La dépèche de l'ESA http://www.esa.int/SPECIALS/Launchers_Home/SEMTE91A90E_0.html
- TsSKB-Progress http://www.starsem.com/soyuz/samara.htm
- Voir aussi en russe, pour les polyglottes http://www.samspace.ru/
- Le lanceur Soyouz http://www.starsem.com/soyuz/soyuz.htm


L’offensive de Microsoft contre les logiciels libres
22/11/04

L’opinion européenne avertie a remarqué la reprise de l’offensive tous azimuts menée par Boeing contre Airbus, avec l’appui non dissimulé de l’administration américaine. Les experts prévoient une guerre à outrance dans les prochains mois (voir http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1267&PHPSESSID=5e50a480a9615d8eb4bb5bc1c78f0209). Espérons que les gouvernements européens, comme le nouveau commissaire au commerce Peter Mendelson (que l’on soupçonne malheureusement de ne pas avoir la fermeté de son prédécesseur Pascal Lamy) ne se laisseront pas impressionner par les pressions américaines sur ce dossier capital.

Mais il en est un autre aussi capital bien que moins voyant. Il concerne la lutte que mène actuellement Microsoft, dans le monde entier, pour décourager les créateurs et les utilisateurs des logiciels libres, qui minent le quasi-monopole que Bill Gates s’était donné dans le domaine du logiciel. Certains y voient le signe que Microsoft est, de même que Boeing, sérieusement inquiet pour son avenir. Mais les jeux sont loin d’être joués.

Microsoft semble entrer dans une phase active de son combat contre le logiciel libre et contre les sociétés qui veulent en faire usage (aux rangs desquels on trouve notamment IBM). Il s'agit pour lui de préserver le quasi monopole qu’il s’est donné aussi bien dans les administrations et les entreprises que le grand public, place qui lui ouvre des possibilités de contrôle des flux d'informations individuels et gouvernementaux, ainsi que d’une bonne partie des usages qui en sont faits.

On constate actuellement le lancement de plusieurs offensives coordonnées.

* L'action médiatisée auprès des dirigeants et décideurs. C'est notamment le tour d’Europe que vient de réaliser Bill Gates, avec des haltes au plus haut niveau en France et en Espagne. Dans ce premier pays, le passage de la Ville de Paris au logiciel libre, qui semble dorénavant engagé non sans résistances internes par le maire, sera vécu par beaucoup d’autres collectivités comme un exemple à suivre. L’Espagne, pour ce qui la concerne, est le seul pays ayant voté contre la version de la directive légalisant les brevets logiciels, telle que retenue par le Conseil. Il s’agit de deux dossiers très importants pour Microsoft. Bill Gates a rencontré le président Jacques Chirac ainsi que le Ministre Espagnol de l'Industrie, lequel aura à donner les instructions à son représentant lors des votes ultérieurs au Conseil. On connaît par la presse les grandes lignes des propos de Microsoft. Il s’est présenté comme un acteur actif de la lutte contre la fracture numérique. C’est le même discours qu’il a tenu à l'UNESCO. (voir http://april.org/articles/communiques/pr-20041119.html)

* Une relance de la bataille pour les brevets. Lors d'une réunion tenue au sein de l'Asian Government Leader Forum, le président de Microsoft, Steve Ballmer, a invité tous les gouvernements au monde à considérer les risques juridiques consécutifs à l'utilisation du système d'exploitation Linux et des logiciels libres en général. Ceux-ci violeraient de nombreux brevets, ce qui pourrait entraîner des poursuites contre les auteurs et surtout contre les utilisateurs. De l’avis de juristes indépendants, il s’agit là de manoeuvres d’intimidation qui seraient inapplicables, non seulement de fait, mais en droit.
(http://solutions.journaldunet.com/0411/041122_microsoft_linux_omc.shtml).

Ceci contredit le discours des représentants de Microsoft selon lesquels il est tout à fait possible de faire coexister logiciels propriétaires et logiciels libres. C’est ce discours qui a été repris par Bill Gates lui-même devant les représentants des administrations françaises lors du raout offert dans les salons Gabriel le 17/11/04. Mais la menace a l’avantage de mettre en lumière l’intérêt essentiel que présente pour les développeurs et utilisateurs européens la non-brevetabilité des logiciels, Les décideurs politiques, surtout en Europe, devraient absolument se persuader qu'accepter cette brevetabilité, comme semblent le vouloir la Commission et beaucoup de gouvernements, serait une décision politique aux répercussions considérables car elle engagerait l'avenir de l'Europe comme puissance technologique et culturelle à travers la maîtrise de ses flux d'informations. Il est évident en effet que seuls les grands éditeurs américains de logiciels, Microsoft le premier, pourront faire breveter l’ensemble du champ des applications possibles, ce qui éliminera toute concurrence venant des éditeurs ou des communautés d’utilisateurs européens. Pour ceux-ci l’Open Source représente la seule possibilité de survivre de façon indépendante.

* les attaques directes contre les projets Open Source/Libres. Le cas récent de SCO en est à ce jour l'exemple le plus évident. Il s'agit pour Microsoft, comme avec le discours de Balmer, d'essayer d'enrayer par la peur les mouvements de migration hors de la sphère Microsoft. SCO est une entreprise de logiciel qui attaque des utilisateurs de produits Linux au prétexte que ces produits violeraient des brevets que SCO aurait déposés ou aurait rachetés. De nombreux observateurs pensent que SCO dans cet affaire agit en partie pour le compte de Microsoft.
http://solutions.journaldunet.com/0403/040308_sco.shtml http://solutions.journaldunet.com/0403/040315_sco_microsoft.shtml .

* Quatrième action : afin d'éteindre toute contestation possible, Microsoft utilise ses importantes ressources propres pour négocier avec ses détracteurs et éteindre toutes les plaintes en abus de position dominante. L'accord avec Sun, pour plus 1,5 milliards d'Euros au total, est exemplaire. Même le dénouement de l'action engagée par l'Union Européenne contre Microsoft peut être considéré comme une victoire pour la firme, car les attendus du jugement stipulent qu'en l'échange des informations permettant l'interopérabilité avec le monde Microsoft, cette dernière est en droit de percevoir une contrepartie "raisonnable et non discriminatoire" (RAND), le terme même utilisé par Microsoft pour justifier de faire payer les développeurs de projets de logiciels libres, qui ne le peuvent pas, afin d'empêcher l'interopérabilité entre le monde Microsoft et le monde du Libre.

Mais ne se laissent intimider que ceux qui le veulent bien. Les grands pays asiatiques promoteurs du Joint Open Source Asian Project n’en ont cure. C’est ainsi que le C-DAC, Center for Development of Advanced Computing, en Inde, vient de signer un accord de 3 ans incluant IBM et ITT pour développer des logiciels en Open Source, y compris dans le domaine très important des mobiles http://www.cdacindia.com/html/press/4q04/spot440.asp Le même C-DAC lance le « janabhaaratii project » autre projet en Open Source destiné à produire des suites logiciels en langage indien. http://www.cdacindia.com/html/press/4q04/prs_rl158.asp Il ne s’agit là que de deux exemples parmi de nombreux autres. Vu l’importance des marchés indiens, chinois et japonais, ces projets constituent la plus grande des menaces contre Microsoft. La firme de Redmont ne peut guère s’y imposer en force, comme elle l’a fait dans les Amériques et en Europe.

Pour en savoir plus
- voir le site No Software Patents http://www.nosoftwarepatents.com/fr/m/intro/index.html


Rapports au Premier ministre sur la perte de compétence de la France dans les hautes technologies
22/11/04

Le premier ministre a reçu du Conseil d'Analyse Economique (CAE) deux rapports signés de Jean-Paul Betbèze, Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi. Ils reprennent le constat fait depuis longtemps dans d'autres instances (sans mentionner notre revue), notamment par l'OCDE, l'Union européenne et les chercheurs scientifiques. La France est en train de sacrifier sa compétitivité en ne donnant plus à ses entreprises les moyens de pénétrer les marchés des hautes technologies. Sa part sur ces marchés, en prolongeant la tendance actuelle, sera négligeable en 2025. Les remèdes proposés sont eux-mêmes bien connus. Ils concernent autant les mesures prises au plan national que celles qui devraient être adoptées au plan européen.

Les deux rapports n'étant pas encore mentionnés sur le site du Conseil (http://www.cae.gouv.fr/), il est difficile d'en dire plus que ce que la presse en a rapporté. On peut par contre s'interroger sur le sort qui leur sera fait. Le CAE ne semble pas très écouté aujourd'hui. Ses rapports précédents n'ont guère entraîné de conséquences. De plus et surtout, on ne voit pas - sauf discours de circonstances - se mettre en place une véritable politique de soutien aux industries innovantes, aux pôles de compétitivité, à la recherche scientifique. Dans la mesure où toute dépense nouvelle étant désormais considérée comme exclue, on ne voit pas très bien comment la tendance s'inverserait. Ce ne sont pas des entreprises exsangues qui vont investir, du moins pour le moment. Le concept de souveraineté technologique que nous défendons s'appliquerait aussi bien à la France qu'à l'Europe. Il devrait devenir un thème permanent du discours politique comme de la pratique administrative. Ce n'est évidemment pas le cas.

Ceci dit, il est bien que des économistes tirent la sonnette d'alarme. On en aura parlé quelques instants. Rien ne serait pire que s'enfoncer dans la dépendance sans que personne ne s'en inquiète. Mais la route sera longue avant que les esprits ne changent vraiment.


Impériale Anne Lauvergeon
JPB 17/11/04

Les courageux qui ont veillé jusqu'à 1h du matin le 17/11 pour suivre l'émission France-Europe-Express consacrée aux problèmes de l'énergie n'ont pas été déçus. Ils ont pu admirer la performance de Mme Lauvergeon, PDG d'Areva (Cogema, Framatome, électronique). Présentée comme la femme la plus puissante du monde (hors Etats-Unis) par la presse, elle a fort habilement et manifestement avec une grande conviction plaidé la cause du nucléaire français, sous ses différents aspects, y compris les plus contestés par les Verts, comme le traitement des déchets, la construction d'une centrale EPR (european pressurised reactor) Siemens Framatome à Flamanville, les conditions d'extraction du minerai d'uranium dans le monde, etc. Ceux qui, comme moi, sont convaincus de l'intérêt pour la France et pour l'Europe de développer des filières d'énergie nucléaire, non exclusives de l'énergie renouvelable, pour sortir de la dépendance au pétrole-carburant, n'ont rien appris de nouveau...sauf que la peur de l'effet de serre se développerait dans les opinions européennes et ferait progressivement revenir sur l'hostilité à l'égard du nucléaire dans les pays qui avaient décidé d'en sortir. On peut penser par contre que les indécis ont peut-être commencé à se sentir ébranlés par les démonstrations d'Anne Lauvergeon. Nous ne les reprendrons pas ici. Retenons seulement de ses propos qu'elle déplore à juste titre que l'Europe des 25 ne soit pas encore capable de se doter d'une politique énergétique commune. Chaque pays se débrouille avec son héritage industriel et ses engagements à court terme, si bien que l'Union ne pèse absolument pas face aux grands intérêts internationaux dans le pétrole et le gaz, notamment américains et russes. Les possibilités de croissance contenues dans des programmes de développement des énergies renouvelables ne sont pas non plus optimisées, faute de marchés assez larges et de consensus sur les nécessaires subventions de démarrage. Anne Lauvergeon attribue ce manque d'intérêt pour une politique énergétique à l'incompétence technologique des gouvernements européens. Elle n'a pas tort, sous réserve que cette incompétence technologique ne se limite malheureusement pas à l'énergie.

Face à l'impériale Anne Lauvergeon, les défenseurs de l'anti-nucléaire, depuis le député Yves Cochet jusqu'au président de l'association "Sortir du nucléaire", faisaient mauvaise figure. Non pas parce qu'ils maniaient moins bien le verbe, mais parce que leur argumentaire, non renouvelé depuis une trentaine d'année, semblait désormais se limiter à de l'anathème. "Tout ce qui est électrique est mauvais, a cru par exemple pouvoir dire Yves Cochet, parce qui dit électrique dit nucléaire". Ils donnaient l'impression de croyants fanatiques, aussi dangereux finalement que d'autres fondamentalistes, incapables de se remettre en cause parce que vivant désormais uniquement de ces croyances. Les anti-nucléaires ont un rôle certain, obliger l'industrie et la recherche à prendre des précautions qu'elles ne prendraient peut-être pas si elles n'étaient pas sous une pression permanente. Mais s'ils paralysaient le développement de technologies et sciences indiscutablement porteuses d'avenir, ils deviendraient dangereux.

Notons que la question d'Iter a été ignorée par tous les participants au débat. Devinez pourquoi?

* Voir aussi sur la question des politiques de l'énergie: Pétrole ou énergies renouvelables. L'Europe choisira-t-elle son camp?
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/petrole.htm


Financements de la recherche médicale contre le sida
17/11/04

L'ambassadeur des Etats-Unis en France a rappelé, dans un article du Monde en date du 11/11/04, p. 22, que son pays était en tête dans la lutte contre le sida. La contribution américaine serait le plus forte du monde. Elle se monterait à 2,4 milliards de dollars en 2004, consacrés à la recherche médicale, les traitements et la prévention. Il n'y a pas de raison de contester ces chiffres. Le seul point - important - que font valoir les ONG engagées dans cette même lutte, est que le refus désormais officiel de financer les efforts pour faciliter les pratiques anticonceptionnelles et l'avortement enlève beaucoup d'intérêt pratique aux autres mesures de lutte, notamment dans les pays pauvres.

Cet argument a été développé dans un article publié par Le Monde du 17/11/04 (p. 23) émanant d'un membre de la commission Nord-Sud d'Act-up Paris. L'auteur confirme ce que l'on savait chez les associations européennes luttant contre le sida. Les dollars dépensés pour la prévention dans le cadre du Pepfar (Plan d'urgence présidentiel pour l'aide contre le sida) vont à des organisations principalement religieuses et à des pays qui acceptent de mettre en oeuvre les critères soi-disant moraux de l'Administration américaine (refus du préservatif et de l'avortement, encouragement à l'abstinence, etc.). Mais, ce qui est encore plus grave, la politique généralisée de lutte contre les génériques fabriqués à bas prix par certains pays du tiers-monde et risquant de concurrencer les médicaments des grandes firmes pharmaceutiques internationales se poursuit. Le directeur du Pepfar, un certain Randall Tobias, ancien PDG de la firme Eli Lilly, a obtenu de l'OMC l'application de prétendues normes de qualité à ces génériques, ce qui tend à les éliminer du marché. C'est ce que le Pr Debré avait qualifié de quelque chose comme (je ne cite pas): "sécurité pour les riches, arrêt de mort pour les pauvres". De plus, au plan bilatéral, les Etats-Unis multiplient les accords avec les pays du tiers-monde pour que ceuxc-ci s'engagent à proscrire ces génériques en échange de l'aide américaine. L'article ne s'en prend pas seulement au gouvernement américian mais aussi aux gouvernements européens, notamment à la France, qui tardent à verser les contributions promises au Fonds Mondial de lutte contre le Sida.

Sur ce point, notons que le président de l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (français), le Pr. Michel Kazatchkine, a estimé sur France Inter du 15/11 que les crédits nécessaires à la mise au point de vaccins préventifs contre le VIH devraient être de 2 milliards de dollars par an à l'échelle du monde. Les Etats-Unis en fournissent 700 et le reste du monde, dont l'Europe, seulement 100. Cela montre une fois de plus l'insuffisance des sommes consacrées à la recherche médicale en Europe, y compris bien entendu en France.

* US AID . PEPFAR http://www.usaid.gov/our_work/global_health/aids/pepfarfact.html
** ANRS http://www.anrs.fr/ L'ANRS lance actuellement une nouvelle campagne de recrutement de volontaires pour participer à des essais vaccinaux.


 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10911/index.htm