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La Gazette N° 108 en date du 15 novembre 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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A lire aussi sur Admiroute - Automates - Intelligents:

*Editorial. Les priorités souhaitables d’une politique scientifique européenne
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/edito.htm
*Article. Révolution dans l'optique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/varioptic.htm
* Pétrole ou énergies renouvelables. L'Europe choisira -t-elle son camp? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/petrole.htm

 


 

Le rapport Camdessus
14/11/04

Le rapport (voir notre commentaire à chaud dans le n° 107 de la Gazette http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10710/index.htm ) est désormais disponible à l'adresse suivante http://www.ladocfrancaise.gouv.fr/brp/notices/044000498.shtml . Mais on peut se demander qui ira le lire. Il semble désormais mis au placard, malgré le nombre de grosses têtes qui ont contribué à son élaboration. L'adoubement de Nicolas Sarkozy lui aurait-il été fatal?


Le futur Internet de l'armée américaine
14/11/04

Les protocoles Internet permettent soit une communication universelle entre n'importe quel utilisateur d'ordinateur disposant d'un point d'accès, soit une communication en réseau privé entre utilisateurs disposant par surcroît d'une clef d'accès. On parle généralement en ce cas d'Intranet. Les Intranets sont de plus en plus utilisés au sein des administrations, des entreprises et de communautés d'abonnés pouvant être répartis dans le monde entier. En ce cas, les messages empruntent soit les canaux publics, mais sous forme protégée ou cryptée, soit des canaux privés dont l'accès est nécessairement protégé. Dans l'Internet public, on constate que le moyen débit (1 à 2 mbps ou mégabits par seconde ) se répand de plus en plus, à des prix de plus en plus bas. En France, via surtout l'ADSL, 6 millions d'abonnés moyen-débit sont recensés fin 2004 (contre 20 millions au Japon). Mais des offres dite d'Internet rapide (15 Mbps ou plus) commencent à apparaître. La plupart des usages grand public n'ont pas besoin actuellement de vitesses plus élevées, mais la course au débit se poursuivra cependant. Dans les Intranets fonctionnant sur des réseaux privés, selon le type d'usage, des débits beaucoup plus élevés peuvent être utiles, 100 mbps ou plus. De tels débits supposent, pour être utiles, des échanges entre matériels d'entrée et de traitement des données particulièrement sophistiqués.

C'est le cas en ce qui concerne les applications militaires. A cet égard, les perspectives étudiées par le ministère de la défense américaine intéressent non seulement les autres armées et polices mais aussi les industriels et les utilisateurs de l'Internet civil. Il est probable en effet qu'elles préfigureront ce que sera ce dernier dans une dizaine d'années. Le projet américain d'Internet militaire s'appelle GIG BE (Global Information Grid-Bandwidth Expansion ou Réseau d'information général très haut débit). Il a été conçu il y a six ans et les premiers essais ont eu lieu récemment. Le GIG-BE devrait devenir totalement opérationnel d'ici une vingtaine d'années. Le coût du projet est estimé à 200 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. La Defense Information Systems Agency du Département de la défense (DISA), le décrit comme devant permettre la mise en place d'un réseau à déploiement mondial dite Net-Centric. permettant de coordonner par transferts électroniques diverses applications aéronautiques, spatiales, terrestres et maritimes de défense. Nous avions déjà évoqué ce projet à propos de l'alliance Boeing-IBM destinée à en assurer une partie des développements (cf. notre brève du 01/10/04, Alliance stratégique Boeing-IBM pour développer une technologie de guerre électronique dite Net-Centric).

Le GIG-BE doit mettre en place un environnement haut débit ubiquiste destiné à améliorer le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, ainsi qu'à permettre le partage de l'information de commandement et de contrôle. La DISA améliorera à cette fin son actuel réseau, le Defense Information System Network (DISN), afin de lui permettre de fournir des informations à haut débit sur différents supports à des sites choisis se trouvant dans le monde entier. Environ 100 sites bénéficieront de ces capacités d'ici fin 2005. Ils sont situés aux Etats-Unis, dans le Pacifique et en Europe (sic). Les liaisons seront maillées pour renforcer la sécurité. Mais le système ne se limitera pas à cela. Tous les soldats pourront disposer d'"une image complète du champ de bataille, une vue de l'oeil de Dieu" sur le terrain, a indiqué Robert Stevens, un directeur du groupe américain de défense Lockheed Martin qui participe au projet. Le GIG fournira aux combattants sur le terrain des images mais aussi toutes les informations disponibles auprès des différentes agences de renseignement civiles et militaires américaines, concernant l'ennemi, le terrain, la météo. Le système devrait également fournir quasi instantanément des stratagèmes et des plans pour battre l'ennemi selon son attitude ou sa position à un moment donné. Le GIG-BE "permettra à des Marines dans leur véhicule blindé sur un terrain lointain, au milieu d'un orage, d'ouvrir leur ordinateur portable, de demander une imagerie de satellites espions et d'obtenir ce qu'ils cherchent en quelques secondes", a affirmé de son côté à des membres du Congrès, Peter Teets, sous-secrétaire américain chargé de l'armée de l'air (Source Yahoo ! Actualités).

Vu le coût du projet, que certains jugent pharamineux, même des consultants du Pentagone comme le bien connu Vint Cerf, un des fondateurs de l'Internet, s'interrogent sur sa crédibilité. Mais on peut penser que l'Administration américaine vise ce faisant, non seulement des applications militaires, mais les retombées civiles que les milliards de dollars investis permettront aux industriels sous-traitants de réemployer dans des produits destinés aux marchés civils, ce qui renforcera encore leur pééminence. Ne mentionnons pas non plus les bénéfices qu'apportera le réseau aux activités américianes dites d'intelligence économique.

Nul ne contestera le droit de l'Amérique de se lancer dans de tels investissements. On ne comprendrait pas par contre que les gouvernements européens ne fassent rien en contre-partie d'un tel projet. Il rendra obsolètes les systèmes de communication militaire mais, bien plus, il imposera aux utilisateurs Internet du monde entier les nouveaux standards et matériels de l'Internet très haut débit multimedia de demain. L'Europe a pratiquement perdu la guerre de l'Internet d'aujourd'hui. Ce n'est pas une raison pour accepter d'accroître encore sa dépendance dans l'Internet de demain. La plupart des européens ne l'ont pas encore réalisé, mais l'Internet est déjà et sera de plus en plus le sang et les poumons de la civilisation du 21e siècle. Accepterions-nous de confier la circulation sanguine et le système respiratoire de notre corps à une machine dont d'autres détiendraient les clefs?

*Le GIG-BE, présentation http://www.disa.mil/main/prodsol/gig_be.html
*Voir aussi sur le site de la NSA http://www.nsa.gov/ia/industry/gig.cfm?MenuID=10.3.2.2


La dépréciation du dollar, arme de guerre américaine.
12/11/04

On sait depuis longtemps que l'administration américaine ne fera dans l'immédiat aucun effort pour enrayer la baisse tendancielle du dollar face à l'euro et au yen. Il n'est pas exagéré de dire qu'elle considère cette dépréciation comme une arme de guerre contre les économies concurrentes plus faibles, notamment celles des pays européens. Aussi bien la Réserve Fédérale, qui pourrait intervenir, ne prendra sans doute que des mesures cosmétiques.

Depuis longtemps également de nombreux économistes et hommes politiques européens appellent à une réaction de la Banque Centrale Européenne et des pays de l'euroland, c'est-à-dire des pays utilisateurs de l'euro. Les experts, jamais d'accord comme d'habitude, dissertent encore sur les véritables inconvénients et avantages de la baisse du dollar: perte de compétitivité pour les grands exportateurs traditionnels, mais en contrepartie pétrole moins cher, possibilité d'acquérir plus facilement des participations dans des entreprises américaines. A notre avis, le bilan est globalement négatif. Que le pétrole payé en dollar soit moins cher pour les acheteurs européens fera peut-être plaisir à certains utilisateurs, mais dans l'immédiat cela handicapera la recherche de solutions permettant de sortir du tout-pétrole, par exemple en développant les biocarburants (voir
Pétrole ou énergies renouvelables. L'Europe choisira -t-elle son camp? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/petrole.htm). Voici suffisamment de raisons pour militer en faveur d'une dévaluation compétitive de l'euro. Mais la question mériterait une discussion beaucoup plus ouverte et systématique.


Michel Rocard rapporteur du projet de directive sur la brevetabilité des logiciels
12/11/04 (merci à Cyril Rojinsky pour la référence)

Le Parlement européen (source http://www.legalis.net/) a désigné Michel Rocard pour être le nouveau rapporteur de la seconde version de la proposition de directive sur « la brevetabilité des inventions mises en œuvre par ordinateur ». Lors des premières discussions devant les députés européens, le 23 septembre 2003, l’ancien Premier ministre avait été l’un des opposants les plus fermes au texte de la Commission européenne. La nouvelle version élaborée par la Commission n’a pas encore été adoptée définitivement par le Conseil européen. Elle devrait vraisemblablement être inscrite à l’ordre du jour du prochain Conseil « Compétitivité » prévu en décembre prochain. Il y a de fortes probabilités que le texte qui a fait l’objet d’une position commune, le 17 mai dernier, soit définitivement approuvé.

Ce serait une mauvaise nouvelle pour la compétitivité européenne, de l'avis de la plupart des experts. En effet les grands éditeurs de logiciels, pratiquement tous non européens, prendraient appui sur ce texte pour faire la chasse aux logiciels libres, généralement considérés comme indispensables pour échapper à l'emprise sur les utilisateurs que constituent les logiciels dits propriétaires (dont les auteurs se réservent les codes sources).

L’entrée en vigueur du traité de Nice le 1er novembre dernier pourrait néanmoins introduire un élément d’incertitude car il modifie les règles de vote. De plus, certains Etats se sont montrés très critiques en interne. Les parlements néerlandais et allemand rejettent la position de la Commission européenne. Rappelons que sa seconde mouture n’a pas tenu compte des modifications substantielles introduites par le Parlement européen. Que se passera-t-il en cas de désaccord persistant entre le Parlement et la Commission ? Frits Bolkestein, commissaire qui a été en charge de ce dossier, avait menacé de retirer définitivement le texte.

Le Parlement français devrait évidemment se saisir à nouveau de la question. Rappelons que le rapport du député UMP Bernard Carayon (voir l'article ci-dessous "L'infodominance américaine) a fait du recours aux logiciels libres, dans son rapport sur l'Intelligence Economique, une exigence qui devrait s'imposer à tous les utilisateurs de l'informatique, publics ou privés, désirant disposer d'un minimum de protection.


La baisse des recrutements scientifiques aux Etats-Unis. Quelles opportunités pour l'Europe?
12/11/04 (merci à Marc Brandsma pour la référence au C.net)

Les autorités universitaires américaines s'inquiètent actuellement d'une diminution sensible des candidatures d'étrangers à des emplois de chercheurs aux Etats-Unis. Le phénomène n'est pas compensé par une augmentation des candidatures venant des nationaux. On noterait même, comme en Europe, en amont, une diminution des inscriptions dans les sections scientifiques des universités. La presse a fait écho à cette tendance. On l'attribue généralement, dans l'immédiat, à la lutte contre le terrorisme qui a considérablement compliqué et ralenti les procédures d'obtention de visa et de négociation des conditions de séjour, quel que soit le pays d'origine des candidats. La hausse du coût de la vie en Amérique du Nord est aussi à incriminer, malgré les taux de change favorables. Mais il semblerait que la science américaine perdrait dorénavant de son prestige, suite à la relative dégradation de l'image des Etats-Unis dans le monde. Elle apparaîtrait de plus en plus enrégimentée par un pouvoir s'éloignant des grands idéaux traditionnels de la connaissance partagée.

La recherche scientifique américaine dépend désormais tellement de l'apport des étrangers que des mesures de redressement seront certainement prises. Mais quel sera leur succès? En attendant, les pays européens devraient s'efforcer de drainer à leur profit une partie du flux qui se détourne des Etats-Unis. Mais cela supposerait des efforts considérables, tant dans les pays qu'au niveau des institutions européennes. Non seulement les modalités de prospection et d'accueil devraient être améliorées, sur le modèle de ce que fait le Royaume Uni qui est exemplaire en ce domaine (notamment grâce à l'action du British Council). Mais il faudrait aussi que des programmes de recherche suffisamment lisibles à l'étranger soient décidés et financés. Les chercheurs ne viendront pas en Europe pour faire du tourisme, mais pour participer à de grands programmes prestigieux. Le CERN en donne l'exemple, mais ce n'est pas suffisant.

Lire
* Foreign-student enrollment declines
By Ed Frauenheim
http://news.com.com/Foreign-student+enrollment+declines/2100-1008_3-5447691.html
**Le rapport de la NAFSA: Association of International Educators http://www.nafsa.org/content/publicpolicy/forthemedia/enrollmentsurveyrelease04.htm
***British Council http://www.britishcouncil.org/


La "TVA sociale"
12/11/04

On désigne sous ce terme un projet consistant à remplacer les prélèvements sociaux portant sur les salariés et les employeurs par un impôt réparti sur l'ensemble des contribuables. L'hypothèse a été présentée ces jours-ci au Sénat à l'initiative du président de la commission des finances, le sénateur centriste Jean Arthuis. La mesure, qui serait véritablement révolutionnaire, au sens fiscal du mot, fait partie d'un important dossier sur les prélèvements obligatoires soumis aux sénateurs lors du récent "Débat sur les prélèvements obligatoires et leur évolution : pour une fiscalité plus compétitive". Il s'agit du Rapport d'information n° 52 (2004-2005) de M. Philippe MARINI, fait au nom de la commission des finances, déposé le 3 novembre 2004.

Selon le rapport, deux avantages majeurs sont attendus de la mise en place d'un dispositif de TVA sociale. Nous citons: "D'une part, il devrait entraîner une amélioration de la compétitivité relative des biens produits sur le territoire national et soumis à la concurrence étrangère sur le marché français. Les produits importés subiraient en effet l'augmentation de la TVA, ce qui provoquerait une augmentation de leur prix. D'autre part, un tel dispositif devrait accroître la compétitivité des productions destinées à l'exportation, qui bénéficieraient à plein de la réduction du montant des charges sociales pesant sur leur coût de revient puisqu'aucune TVA ne viendrait enchérir leur prix en compensation".

Toujours selon le Sénat: "une telle mesure serait de nature à enrichir le contenu de la croissance en emploi : selon la même logique qui a présidé à la suppression de la part de la taxe professionnelle assise sur les salaires, on assisterait à une déformation de la structure des prélèvements obligatoires en faveur des biens et des modes de production intensifs en travail. Les secteurs abrités de la concurrence et à forte intensité en main d'oeuvre devraient profiter largement de l'introduction d'une TVA sociale. Les secteurs exposés à la concurrence et qui affichent une forte sensibilité à la baisse du coût du travail pourraient gagner des parts de marché, tout en maintenant une localisation de leur production sur le territoire national. Les industries moins exposées à l'international ou relativement moins sensibles à la baisse du coût du travail devraient bénéficier de manière moindre de cette mesure ". Par ailleurs: " les règles communautaires encadrant la TVA ne paraissent pas constituer un obstacle à l'introduction d'une TVA sociale. Elles prévoient en effet que les Etats membres sont libres de fixer le taux normal, dès lors qu'il est au minimum égal à 15 %. Le Danemark a déjà adopté un tel système, sans que cela ait suscité d'opposition de la Commission européenne."

Ceci dit, la première réaction sera de rejeter cette proposition sans même l'examiner. Bouleverser le système des prélèvements sociaux et le remplacer par un impôt assis sur la dépense, c'est-à-dire d'une part proportionnel et non-progressif, d'autre part se répercutant immédiatement sur le coût de la vie, apparaîtra politiquement indéfendable aujourd'hui. La droite elle-même n'y serait pas favorable, comme le montre le débat au Sénat. Pourquoi la TVA et pas la CSG, demande le ministre des finances? Mais pourquoi, surtout, ne pas se procurer les mêmes sommes par la réduction des dépenses publiques, conformément aux engagements de la majorité présidentielle? On voit que dès que de telles questions sont posées, la discussion ne peut pas rester technique...Elle ne peut pas non plus progresser.

Pourtant, elle mériterait d'être reprise, mais dans une perspective de plus long terme et visant les prélèvements obligatoires au sein de l'Union Européenne toute entière. Il n'est pas envisageable pour le moment d'harmoniser les 3 grands types d'impôts en usage sous des formes différentes dans la plupart des Etats, sur le revenu, sur la dépense et sur la fortune. Il n'est pas envisageable non plus d'harmoniser les charges sociales, tant dans leurs assiettes que dans leurs montants. Mais il faudra bien que cela se fasse un jour, et plus tôt que l'on ne pense. C'est une question de survie à terme, aussi bien pour la compétitivité externe de l'Union que pour le renforcement de sa cohésion. Il serait donc souhaitable sans attendre de commencer à étudier des rapprochements possibles entre systèmes nationaux avec l'appel à des solutions véritablement innovantes. Faudrait-il remplacer les prélèvements sociaux par des impôts sur le revenu ou par des impôts, sinon sur la dépense, du moins sur certains types de dépenses? Le dossier du Sénat, dont le sérieux et l'objectivité ne peut être discuté, montre qu'il serait temps pour la France d'aborder cette question, aussi bien en interne qu'avec ses partenaires, notamment ceux de l'euroland. Même si les perspectives d'accord avec les autres gouvernements européens sont quasi nulles actuellement, il faut prévoir l'avenir. Serait-ce trop demander aux hommes politiques?

* La TVA sociale, avantages et inconvénients http://www.senat.fr/rap/r04-052/r04-052.html#toc229
** Le rapport d'ensemble http://www.senat.fr/Extense/........052.html#marker


Comment l'Europe va-t-elle peser dans les négociations entre l'Etat d'Israël et les Palestiniens?
12/11/04

La mort du vieux leader palestinien Yasser Arafat ouvrirait selon de nombreux observateurs une fenêtre de négociation qui pourrait débloquer le processus de paix entre Israël et la Palestine. De nombreuses voix se font entendre, notamment auprès du président Bush, pour que celui-ci ne manque pas cette occasion de remettre le poids des Etats-Unis dans la balance. Apparemment, c'est ce que le Premier ministre britannique Tony Blair est allé lui dire cette semaine. Il s'est concerté pour ce faire avec les dirigeants européens, qui l'auraient chargé de les représenter à Washington. Mais c'est surtout lui que l'on a entendu. G.W.Bush, on l'a noté, est resté très vague relativement à ses intentions précises. Il semble reporter une solution réaliste pour la création d'un Etat palestinien à 2009 au plus tôt, ce qui fait beau jeu des milliers de morts qui risquent de se produire d'ici là.

Ceci dit, même si les observateurs ne font pas beaucoup de crédit à ce que pourrait être le rôle de l'Europe, il serait inadmissible que celle-ci, via ses organes diplomatiques, ne mette pas tout son poids dans la balance. Peut-on penser que des démarches discrètes sont en cours dans ce sens? La situation évolue vite ces jours-ci. Différentes autorités européennes, notamment Javier Solana (M. PESC, en charge de la politique étrangère et de sécurité commune) ont indiqué que l'Union serait prête à participer à une réouverture des négociations de paix. D'ores et déjà, elle s'implique, y compris financièrement, dans l'organisation des futures élections palestiniennes appelées à désigner le successeur de Yasser Arafat. Mais il faudrait faire plus, c'est-à-dire procéder à des gestes spectaculaires, à l'intention des opinions non seulement arabes mais aussi israéliennes. Un de ceux-ci avait été suggéré récemment dans un Libre-propos du Monde: que l'Union européenne propose officiellement à Israël et au futur Etat palestinien d'entrer dans l'Union - ou tout au moins d'engager avec elle une coopération renforcée. Les gens sérieux hausseront les épaules. Mais ce seraient pourtant des gestes de cette nature qui pourraient peut-être renverser le cours d'une histoire dont les perspectives restent bien sombres. C'est avec des symboles forts que l'Europe pourrait rappeler au monde qu'elle ne renonce pas à un rôle médiateur dans la zone.

PS au 15/10/04: Il semble précisément ce matin, mais touchons du bois, que dans un autre dossier chaud, celui de l'uranium iranien, les négociateurs européens, iraniens et de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) aient pu se mettre d'accord pour que l'Iran renonce sous contrôle à enrichir l'uranium, en échange de quoi elle bénéficierait d'une aide européenne pour développer le nucléaire civil.


Le Projet de directive Bolkenstein
11/11/04

L'organisation altermondialiste ATTAC, ainsi que d'autres ONG ayant participé aux Forums sociaux européens, appellent actuellement les européens à se mobiliser contre la reprise des travaux de la Commission visant à faire approuver le projet de directive dite Bolkenstein, laquelle s'inscrit dans la marche de l'Union européenne vers la libéralisation des services. Les négociations relatives à cette libéralisation sont conduites au sein de l'OMC dans le cadre de l'AGCS (Accord Général sur le Commerce des services). En quoi consiste le projet de directive? Frits Bolkenstein, précédent Commissaire européen au marché intérieur, est à l’origine de la proposition de directive européenne sur les services. Il vient d'être remplacé par l’Irlandais Charlie McCreevy, qui aura pour mission de la faire adopter par les Etats-membres. La "directive Bolkenstein" est un des héritages les plus controversés de la Commission Prodi. La pensée politique de son concepteur a le mérite d’être claire :Pour cela, il souhaite faciliter les échanges de services à l’intérieur de l’Union. Sa proposition de directive du 13 janvier 2004 vise « à réduire la paperasserie qui étouffe la compétitivité » et à éliminer les obstacles à la liberté d’établissement des entreprises européennes de service dans l’Europe des 25.

La directive s’appuie pour cela sur le principe du pays d’origine : une entreprise d’un pays de l’Union Européenne qui fournit un service dans un autre pays de l’Union ne sera plus soumise aux lois du pays où elle offre son service, mais à celles de son propre pays (art. 16) Ainsi, par exemple, une entreprise polonaise pourrait envoyer une équipe travailler sur un chantier en France. Ces employés seraient soumis aux conditions de travail polonaises (salaires, conditions de sécurité, ...). Elle pourra même utiliser une main d’œuvre issue d’un pays non-membre de l’Union, tel l’Ukraine ou la Russie (art. 25). Le statut des travailleurs intérimaires est un sujet de polémique : une agence d’intérim étrangère pourra-t-elle proposer son personnel en France, en le soumettant au droit du pays d’origine ? C’est ce que redoute la Confédération Européenne des Syndicats. Cette disposition facilite évidemment la tâche des entreprises. Elles n’auront plus besoin de connaître les législations des pays de l’Union. Elles pourront gérer leur personnel à l’étranger comme leur personnel national.

Les activités concernées par cette innovation sont nombreuses : distribution (vente au détail), construction, loisirs, services liés aux technologies de l’information, publicité, location de voiture, agences d’intérim, sécurité, audiovisuel, santé... Elles représentent 70% des emplois de service. Y échappent seulement les services fournis directement et gratuitement par les pouvoirs publics (art.4), c'est-à-dire essentiellement la police, l’armée et la justice. On voit que loin d'établir un espace social et de la législation du travail commun à l'ensemble des Etats, apportant à tous sinon les avantages des législations les plus protectrices, du moins un niveau moyen satisfaisant pour tous, la directive aura pour effet d'aligner les réglementations sur les moins protectrices, c'est-à-dire de réaliser un nivellement par le bas, toujours susceptible d'ailleurs d'être encore abaissé si tel ou tel pays diminue encore son niveau de protection. En application de ce principe, le projet de directive Bolkenstein veut limiter les réglementations mises en place par les pouvoirs publics locaux et nationaux, et les soumettre au contrôle de la Commission (art. 9 à 15). Celles-ci sont jugées en effet « archaïques » et « pesantes ». Leur grande disparité à travers l’Europe des 25 complique inutilement la tâche des entreprises exportatrices.

Des champs entiers des domaines considérés en France comme relevant des services publics seront ainsi alignés sur le moins disant en matière de réglementation sociale et du travail. Ce sera en particulier le cas de la santé. Les normes portant sur la qualité des soins vont disparaître. De même que celles qui réglementent les prix des médicaments ou les honoraires, où les effectifs minimum par rapport au nombre de patients. De plus la directive prévoit de supprimer l’interdiction de la publicité commerciale pour les professions réglementées (art.29). Demain, les médecins, pharmaciens, architectes, avocats, notaires... pourront prospecter de nouveaux marchés à l’aide de messages publicitaires dont il sera bien difficile de juger de la pertinence. On s'engagera ainsi directement dans la privatisation des systèmes non seulement de santé mais d'assurance-maladie. Un certain nombre de services relevant de l'éducation seront également touchés, en attendant que l'ensemble des appareils publics scolaires et universitaires soeint soumis à cette sorte de "libéralisation".

Peut-être pourrait-on admettre que la concurrence intra et extra-européenne introduite dans un certain nombre de services, y compris relevant de secteurs considérés en France comme administratifs, puisse apporter quelques avantages, avantages à la compétitivité de l'Europe en général ou avantages dans le cadre de certains Etats en particulier. Mais encore faudrait-il étudier ces perspectives attentivement et de façon largement ouverte aux négociations collectives. Ce n'est absolument pas le cas. Si on faisait un sondage auprès des citoyens relativement à ce qu'ils comprennent de l'AGCS et du projet de directive Bolkenstein, on verrait le résultat.

Il est donc étonnant de constater que rien de tout ceci n'est actuellement exposé et discuté, ni par la Commission ou la Parlement européen, ni par les gouvernements des Etats-membres, notamment en France. La marche vers l'AGCS avait paru un moment freinée par les hésitations des Etats européens, mais il ne s'agissait que d'une illusion. On connaît l'effet dit "de cliquet" qui la caractérise, comme en tout ce qui concerne les négociations à l'OMC. Il est toujours possible de retarder les avancées vers la libéralisation, mais jamais de revenir en arrière. Ce sont les firmes multinationales américaines qui poussent le plus à l'AGCS, espérant en obtenir les retombées de leurs avances technologiques et commerciales. Mais on voit à l'occasion de la circulaire Bolkenstein que beaucoup d'entreprises nationales européennes en espèrent aussi des avantages. Il s'agira pour eux d'une délocalisation rampante puisque, ayant installé une filiale dans un pays peu protecteur, elles pourront conserver leurs activités dans le pays d'origine, en y employant des personnels non protégés par les lois de celui-ci.

Comment les gouvernements qui appellent à voter oui au projet de traité constitutionnel européen peuvent-ils laisser se poursuivre des travaux qui fourniront aux citoyens des pays où demeure un minimum de protection sociale et quelques services publics encore valides les meilleurs arguments possible pour voter non?

Pour en savoir plus
* Le projet de directive http://www.europarl.eu.int/meetdocs/committees/empl/20040405/com_com(2004)0002_en.pdf
** Les dossiers et aux actions proposés par Attac. Voir notamment le Réseau des Collectivités et des Elus hors AGCS http://www.hors-agcs.org/agcs/article.php3?id_article=43


L'infodominance américaine et la protection des administrations publiques européennes
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 08/11/04

Dans un rapport remarqué présenté à l'Assemblée Nationale (Rapport d'information sur la stratégie de sécurité économique nationale », 9 juin 2004, ttp://www.assemblee-nat.fr/12/rap-info/i1664.asp), le député UMP Bernard Carayon, spécialisé dans les questions d'intelligence économique, avait souligné les risques que représentent pour l'intégrité des systèmes d'information des administrations publiques et des entreprises les logiciels du marché couramment utilisés par elles. Il demandait que la France se dote des moyens de lutter contre les intrusions étrangères ainsi rendues possibles. Ce thème avait déjà été présenté dans des communications précédentes. Voir notamment Gilles Carrez (rapporteur général) et Bernard Carayon (rapporteur spécial), «Rapport fait au nom de la commission des finances, de l'économie générale et du plan sur le projet de loi de finances pour 2004», 9 octobre 2003,
http://www.assemblee-nationale.fr/12/budget/plf2004/b1110-36.asp).

Nous extrayons de ces documents les précisions suivantes :
«Les microprocesseurs peuvent être également à la source de vulnérabilités importantes pour les systèmes qui les embarquent. L'intégration toujours plus grande de fonctions “dans le silicium” conduit à la mise en place de microcodes non maîtrisés (et difficilement détectables) avec des risques latents de backdoors (failles du système) ou d'autres dispositifs de surveillance et de prise de contrôle à distance. Récemment, la polémique au sujet de la Trusted Computing Platform Alliance * (TCPA), visant à intégrer au processeur une partie cryptée directement utilisée par le système d'exploitation, a mis en lumière ces enjeux. Les sociétés Microsoft et Intel comptaient ainsi pouvoir maîtriser le piratage des logiciels. Cependant, ces fonctionnalités pourraient également permettre à des personnes malintentionnées ou des services de renseignement étrangers de disposer d'un moyen de contrôler à distance l'activation de tout ou partie des systèmes à l'insu de leurs utilisateurs.»

Le rapporteur s'inquiétait également de la position «quasi-monopolistique» de Windows sur les systèmes d'exploitation. Remède proposé: «La montée en puissance des logiciels libres — notamment Linux — pourrait constituer un nouvel espoir pour ceux qui souhaiteraient amoindrir l'hégémonie de Microsoft. Les systèmes d'exploitation constituent une des sources de vulnérabilité majeure des systèmes d'information : c'est par leur intermédiaire qu'il est possible de pénétrer les systèmes, en utilisant les backdoors et des “vers” (chevaux de Troie). La France, comme la plupart des autres pays européens, présente une forte vulnérabilité technologique dans ce domaine et seule l'utilisation des logiciels libres de droit peut aujourd'hui encore constituer une parade possible.»

Autre segment des logiciels, relève ensuite le rapport, «les applications bureautiques constituent une cible privilégiée pour accéder à l'information . La productivité des entreprises dépend, pour une large part, de ces logiciels. Microsoft a réussi à imposer un standard — Microsoft Office — et les grands acteurs, comme Adobe, sont américains. Comme pour les systèmes d'exploitation, l'alternative à l'hégémonie américaine pourrait venir des logiciels libres. La France, pourtant fortement présente dans ce secteur avec Dassault Systèmes, reste technologiquement très vulnérable. Il conviendrait peut-être d'avancer l'idée d'une industrie nationale ou européenne du logiciel. En tout cas, il serait intéressant de mener une réflexion spécifique sur le mode de description des documents élaborés par ces logiciels pour faire émerger un format “neutre” de stockage, c'est-à-dire indépendant de l'applicatif ayant servi à le concevoir.».

Dans une question écrite présentée lors du débat budgétaire consacré au Ministère de l'Intérieur, en date du 2 novembre 2004 (voir http://www.assemblee-nationale.fr/12/cra/2004-2005/038.asp) Bernard Carayon a étendu le champ de ses mises en garde. On retiendra notamment de son intervention, qu'il faut lire en totalité, les passages suivants :
«Deuxième point : vous avez récemment déclaré que notre pays devait doter nos services de renseignement des meilleurs outils technologiques. J'ai souligné dans un rapport adopté par la Commission des Finances la pertinence de cette observation. Parmi les différentes technologies au service de la sécurité (la biométrie – un sujet qui prend une dimension toute particulière dans le cadre des politiques de sécurité que mettent en place certains pays, les technologies de sécurité des réseaux, les interceptions, etc.), les technologies d'analyse de l'information sont arrivées chez nous à maturité industrielle. Mais l'effort national, (financier et industriel) est dispersé, freinant la standardisation et l'interopérabilité entre les services, d'autant que chaque administration conserve jalousement son pré- carré d'évaluation et de décision. Dans tous les domaines (textmining, datamining, géo-intelligence), la taille critique fait défaut.
A l'inverse, l'effort américain s'est concentré et intensifié, aboutissant à un changement de paradigme technico- opérationnel.
Deux sociétés de taille moyenne dominent le marché : Verity (US) et Autonomy (GB/US) dont le système vient d'être retenu par la DGSE. Ce choix, en tant que parlementaire, m'a surpris d'autant plus que l'arrivée sur ce marché d'IBM et de Microsoft risque de renforcer un peu plus la dépendance technologique de nos services.

Or notre retard peut être comblé, je vous l'assure, au prix d'une impulsion politique majeure et d'une mutualisation des expertises comme des investissements publics et privés ! Cette procédure pourrait ressembler, sans créer pour autant une structure supplémentaire, à ce que j'ai appelé un CEA des technologies de l'information, de la Communication et de la Sécurité.
L'enjeu est considérable et à notre portée : pour l'Etat et la protection des infrastructures critiques, pour la compétitivité de nos entreprises, pour la protection de l'intimité de la vie privée. A cet égard, et s'agissant justement des technologies d'analyse de l' information, il est urgent de conduire, derrière un leader par sa masse critique, une stratégie industrielle fédérant nos pépites technologiques. Urgent aussi, de construire une vraie doctrine de sécurité nationale à vocation duale, publique et privée, destinée à répondre aux menaces issues du terrorisme, de la guerre économique et de la cybercriminalité – trois domaines dans lesquels votre ministère entend jouer un rôle majeur.

Dans un contexte d'infodominance, c'est un devoir pour l'Etat d'assurer son autonomie d'action et de protéger la Nation. Cette politique passe par des commandes publiques, par l'élaboration de réseaux de confiance, et la création de fonds d'investissement spécialisés. La SSI constitue de surcroît un champ de coopération pour les pays de l'Union européenne : il est indispensable de placer des experts nationaux au sein de l'ENISA, l'agence européenne créée au début de cette année, de développer des standards et des investissements communs, et d'éviter ainsi, à l'avenir que des sociétés européennes comme ACOM soient rachetées par des Américains comme INTEL juste après avoir mis au point un processeur au standard RISC STRONGARM grâce à des financements communautaires»


Observons pour notre part qu'Autonomy - citée par Bernard Carayon - est une société anglaise qui a remporté un appel d'offres l'année dernière aux Etats-Unis (et devant bien des sociétés américaines). Il s'agissait de mettre en relation les différents fichiers numériques des intranets des "entités" s'occupant du renseignement, soit plus de 26 organismes, dont la CIA, la NSA, le FBI et autre NPIC...

Le moteur de recherche développé par Autonomy est incroyablement "intelligent"*** (selon les tests existant jusqu'à présent, c'est d'ailleurs le moteur le plus fin actuellement au monde, bien supérieur à google). Il ne demande aucun besoin d'indexation, le système peut traiter tout type de fichier (txt, rtf, pdf, html ou autre) et sait même transcrire automatiquement les dialogues émanant de fichiers vidéos*** (actualités télévisées par exemple - On voit d'ailleurs tout de suite l'avantage pour le sous-titrage automatique des films : la firme Disney ne s'y est pas trompée et a acheté le système après une démonstration qui n'a pas duré 10 minutes... ).
Autonomy développe aussi dans cet intranet général un outil qui permet de savoir quelle est la personne la plus pertinente à contacter dans le réseau sur un sujet donné. Et ceci, non pas en fonction de"l'organigramme" mais en fonction de l'originalité de ce que produit cette personne dans cet intranet. Le système envoie aussi de lui-même des informations à d'autres utilisateurs qui viennent d'être placées dans l'intranet, simplement parce qu'il "juge" que cela les intéressera, même si, à première vue, ceci peut sembler très loin des intérêts et préoccupations de ces utilisateurs. Mais en fait, le fonctionnement de l'ensemble se révèle toujours très adéquat aux besoins, selon ses utilisateurs. C'est donc une véritable machine de guerre économique.

Notes
* Trusted Computing Platform Alliance http://www.fact-index.com/t/tr/trusted_computing_platform_alliance.html
** Sur Verity et Autonomy, voir l'article de Bertrand Fraysse dans Challenges juin 2004 L'offensive de la CIA en France http://lemagchallenges.nouvelobs.com/articles/p227/a244747.html

*** Ceci dépendant toutefois de l'installation de certaines "briques" dans le système, augmentant ses fonctionnalités. La force d'Autonomy réside dans ses algorithmes de "pattern-matching", basés sur la théorie de l'information de Claude Shannon, les probabilités de Bayes (systèmes bayésiens) ainsi que les recherches les plus récentes dans le domaine des réseaux neuronaux.


Le Comité Economique et Social européen pour le oui à la constitution européenne
08/11/04

Le Comité Economique et Social Européen vient de rendre son avis sur le traité constitutionnel.
Le CESE entend adresser des "messages clairs à la société civile organisée de l'Union sur le contenu et la portée du Traité onstitutionnel". Pour le comité économique et social :

* "la méthode de la Convention" constitue "un pas en avant dans la démocratisation de la construction européenne".

Plus largement, pour le CESE, le traité permet :
* "Une Union plus démocratique qui reconnaît les citoyens comme souverains de la construction européenne"
* "Une Union qui protège mieux les droits fondamentaux des citoyens européens"
* "Une Union qui grâce à sa méthode et à ses politiques communautaires peut répondre aux aspirations des citoyens"

Cet avis a été adopté par 166 voix pour, 4 voix contre.

Le site du CESE http://www.esc.eu.int/pages/fr/home.asp


Combattre la réapparition de l'atlantisme le plus servile
05/11/04

Encore un mot sur les suites de la réélection de Bush, et puis nous passerons à autre chose. Il y avait quelque chose d'écoeurant dans la servilité avec laquelle les atlantistes de la classe politique française ont salué le succès de Bush. Je met dans le même sac l'inneffable Madelin, l'inévitable Sarkozy, le surprenant Lellouche et ...l'improbable mais bien là hélas Fabius. Même si l'on est pas tout à fait de leur bord, on ne peut que se tourner vers Bayrou, Villepin et Chirac (auxquels s'est heureusement joint François Hollande) pour nous protéger de ce bushisme bêlant et militer pour le renforcement de l'Europe. Mais resteront-ils fidèles dans l'avenir à ce qu'ils ont été ces derniers mois?


Les pseudo-valeurs morales
05/11/04

Si fort est l'emprise sur les esprits français de l'idéologie américaine la plus conservatrice que les médias en viennent à parler de la réélection de Bush comme un retour en force des valeurs morales. Or que sont ces valeurs morales? C'est l'interdiction de l'avortement, la prière érigée en institution, sur fond de peine de mort, d'encouragement à la détention des armes à feu et d'égoïsme sacrée dans la consommation-gaspillage de 60% des ressources mondiales. Il serait temps de rappeler que pour nous, y compris pour les athées, la morale, c'est autre chose.


Bush 2, défi et chance pour l’Europe politique et scientifique
03/11/04 .

Après la réélection de G.W. Bush et la confirmation de la majorité républicaine au Congrès, de nombreux commentateurs font état du fait qu’une nouvelle Amérique, mal connue des européens, est en train de s’installer durablement. Comment caractériser cette Amérique, et que serait la nouvelle Europe qui devrait se construire face à elle ?

Une nouvelle Amérique

En simplifiant beaucoup, on dira qu’il s’agit d’une Amérique :
- pénétrée par la religion, ignorant la séparation des églises et de l’Etat et refusant la laïcisation de la société (90 millions d’évangéliques actifs, en constante augmentation, se croyant inspirés par Dieu en toutes circonstances).
- autoritaire au plan politique, c’est-à-dire acceptant la restriction des libertés publiques pour mieux lutter contre le terrorisme, mais, ce qui peut paraître contradictoire, encourageant les citoyens à disposer d’armes individuelles de plus en plus sophistiquées.
- « réactionnaire » au plan social, c’est-à-dire favorisant les riches et ceux qui réussissent au détriment des pauvres.
- impériale au plan diplomatique, c’est-à-dire convaincue de la nécessité de réorganiser le monde par la force en fonction de ses intérêts.
- sans freins internes institutionnels. Les forces issues des élections de 2004 pourront se comporter comme un parti unique disposant de tous les pouvoirs constitutionnels, administratifs et juridiques.

Au regard de ses relations avec le reste du monde, toujours en simplifiant, on dira qu’il s’agit d’une Amérique aveugle:
- aveugle à l’intérêt pour elle d’un renforcement de l’Europe dans les domaines politique, scientifique, économique et monétaire. Elle consacrera donc beaucoup de moyens à lutter contre ce renforcement.
- aveugle à l’évolution du Moyen Orient, c’est-à-dire continuant à penser pouvoir remodeler les Etats de la région comme elle a voulu le faire en Irak, et refusant de régler la question Israélienne par la création d’un Etat palestinien sous contrôle international.
- aveugle à l’évolution de la Chine et de l’Inde, c’est-à-dire refusant de voir que ces Etats, disposant déjà d’une écrasante supériorité démographique, l’auront rattrapée dans quelques décennies en termes de PIB (Selon Clyde Prestowitz*, la Chine passera d’un PIB de 2000 mds de $ actuellement à 16.000 mds en 2025 et l’Inde de 700 à 5000 mds, tandis que les Etats-Unis passeront de 12.000 mds à environ 24.000 mds en 2025). Cet accroissement de puissance des pays asiatiques n’a aucune chance de pouvoir se faire dans la coexistence pacifique avec les Etats-Unis.
- Aveugle à la nécessité de prendre la tête de la lutte contre les grands risques mondiaux menaçant la planète: réchauffement global, disparition des énergies fossiles, développement des grandes épidémies et de la biodiversité. Pour ce faire, elle devrait accepter des réductions drastiques de la consommation intérieure et des reconversions économiques profondes de l’appareil productif, ce qu'elle a jusqu'ici refusé, par égoïsme électoraliste.

Cette Amérique s’oppose à une Amérique devenue minoritaire, libérale et ouverte au dialogue international, celle que les Européens avaient appris à apprécier. Pierre Rosanvallon parle désormais d'une "Amérique des grands écarts". Malheureusement, l'Amérique libérale est désormais hors jeu, tout au moins officiellement.

Mais, fait à ne jamais oublier, la nouvelle Amérique fondamentaliste, autoritaire et aveugle continue à s’appuyer sur ce qui a depuis la deuxième guerre mondiale permis aux Etats-Unis de devenir une hyper-puissance sans rivaux. Ceci lui évitera sans doute l’implosion que certains commentateurs lui prédisent. Il s'agit d'une double domination:
- la domination économique. Selon Business Week (été 2004), 58 des 100 premières multinationales sont américaines. Certes, elles ont délocalisé voire abandonné au reste du monde, notamment à l’Asie, une partie de leurs activités traditionnelles, mais elles se sont renforcées dans les services et les technologies émergentes.
- la domination technologique et scientifique. L’Amérique investit en tête dans la recherche et l’innovation (2,8% du PIB contre 1,9% dans l’UE). Ceci inclut aussi bien les recherches fondamentales financées notamment par les budgets publics civils et militaires que les applications. L’objectif est clair. C’est ne laisser à aucun pays au monde la possibilité de prendre de l’avance sur les Etats-Unis, dans quelque domaine que ce soit (full spectrum dominance).

Une nouvelle Europe

Il s'agira d'une Europe n'hésitant pas, sans faire de l'anti-américanisme systématique, à se positionner systématiquement en alternative de cette nouvelle Amérique.

Elle devra montrer qu’elle offre d’autres solutions que celles énumérées ci-dessus (sauf en ce qui concerne le soutien à la recherche scientifique et à l’innovation technologique). Elle s’adressera ce faisant à ses propres citoyens, aux autres parties du monde (Moyen Orient, Asie, Amérique Latine, Afrique) mais aussi à l’Amérique libérale devenue minoritaire, pour qui elle pourra s'efforcer d'être un pôle d'attraction..

Dans cette perspective, l’Europe sera
- au plan du rapport aux religions, laïque (séparation des églises et des institutions) mais aussi multi-confessionnelle (ceci incluant évidemment la reconnaissance de l’athéisme comme valeur philosophique et morale).
- au plan politique, libérale mais refusant le droit des citoyens à user d’armes ou de toutes pratiques dangereuses pour la collectivité.
- au plan social, luttant contre l’exclusion et favorisant l’intégration et la réintégration, par l’éducation, l’habitat, une protection sociale compatible avec les ressources collectives.
- au plan diplomatique, favorable à la négociation et à la coopération entre pays et ONG, notamment par l’intermédiaire des institutions internationales, celles existant actuellement, à renforcer ou d’autres à créer (par exemple en matière d’environnement).
- Au plan constitutionnel et « systémique », disposant de freins internes face aux dérives autoritaristes ou populistes. La diversité des pays et des gouvernements favorisera à cet égard, non l’immobilisme mais l’ "auto-complexification stabilisatrice", celle d’un organisme vivant capable de développer chaque fois que nécessaire des immunités protectrices.

Ceci admis, en ce qui concerne la puissance économique et le rôle de la recherche et de l’innovation, l’Europe devra accepter sinon le modèle américain proprement dit, du moins la compétition permanente avec l’Amérique, afin de lui disputer par exemple le nombre des multinationales et l’importance des investissements productifs, y compris dans l’industrie. Elle devra aussi et surtout comprendre l’importance de la RD civile et militaire, en y consacrant plus de 3% de son PIB afin de rattraper son retard.

Dans ses relations avec le reste du monde, l’Europe devra éviter de suivre l’Amérique dans ses aveuglements. Au contraire, elle devra montrer le visage d’un Occident médiateur et « généreux ». Elle s’appuiera pour ce faire sur son modèle politique (la constitution européenne) et monétaire (l’euro), ainsi que sur ses valeurs internationalistes.
Il faudra donc définir des politiques européennes spécifiques :
- vis-à-vis du Moyen Orient et plus généralement du monde arabo-musulman.
- vis-à-vis d’Israël et de la Palestine, en se proposant comme garant de l’intégrité réciproque des deux peuples.
- vis-à-vis de la Chine et de l’Inde, en jouant ce que l’on pourrait appeler le co-développement compétitif.
- vis-à-vis du tiers monde, en favorisant l’accès libre aux connaissances ;
- vis-à-vis enfin des grands risques menaçant la planète, en prenant la tête de la lutte contre ces derniers: prévention du réchauffement global et de la destruction des écosystèmes, économies d’énergie, développement des énergies renouvelables (y compris la fusion nucléaire), lutte contre les pandémies ;

Dans ces conditions, si l’Europe sait se séparer de l’Amérique de Bush 2 lorsque celle-ci se mettra elle-même en danger et mettra en danger le reste du monde, si elle sait au contraire montrer au monde l’exemple d’un développement différent ouvert sur l’extérieur, le succès des conservateurs aux élections de 2004 lui aura offert une chance inespérée de se définir elle-même face à un contre-modèle qu’elle refusera.

Il s’agira bien d’une chance inespérée, mais aussi d’un défi majeur, car l’Europe ne pourra pas faire tout ce qui vient d’être énuméré sans des réformes profondes et des sacrifices convenablement partagés par tous.

* auteur de Rogue Nation, American Unilateralism and the Failure of Good Intentions, président de l'Economic Strategy Institute http://www.econstrat.org/, cité par Le Monde du 3/11/04.


Salauds de chasseurs
02/11/04

Salauds de chasseurs, et honte au ministère de l'écologie. Je cite sans commentaires Libération de ce jour : "La dernière représentante femelle de sa race, a été abattue lundi par un chasseur dans les Pyrénées. Cannelle était une ourse a part; l'unique représentante connue de la souche pyrénéenne en vallée d'Aspe. Lundi, elle a été abattue par un chasseur près d'Urdos, alors qu'elle circulait avec son ourson. A Paris, le ministère de l'Ecologie explique: «Les chasseurs ont agi en légitime défense, la femelle protégeait son petit et a chargé les chiens, en blessant un. Un des chasseurs a alors tiré».
Qu'attend le ministre de l'Ecologie pour démissionner. On dira que la voix d'un chasseur vaut bien la vie d'une ourse, qui avait eu le malheur de "blesser un chien", chasseurs et chiens étant venus la poursuivre dans son territoire.

Quant on a vu les cadavres de jeunes loups tirés les jours précédents à la demande des éleveurs de moutons-chasseurs des Alpes, sur ordre du ministre de l'Ecologie, on peut en effet s'attendre à tout d'une telle administration et d'un tel gouvernement. On dira qu'il s'agit de petits évènements. Mais ils sont révélateurs. Personnellement, je ne vois pas de différence, dans le mépris manifesté à l'égard de l'environnement, entre Raffarin et Bush.

PS au 15/11/04. Depuis, les pouvoirs publics, depuis le Président jusqu'au ministre de l'Ecologie, se sont beaucoup agités pour manifester leur affliction devant la mort de l'ourse Canelle. Mais que les chasseurs et autres bergers ne s'inquiètent pas. Ils seront toujours entendus par les hommes politiques, contrairement aux défenseurs d ela nature, qualifiés de bobos naïfs.


Etats Généraux de la Recherche. Colloque de Grenoble
02/11/04

Il est trop tôt pour tirer ce jour toutes les conclusions utiles des travaux conduits, dans un grand enthousiasme, à Grenoble suite à l'énorme dossier rassemblé par le Comité d'Initiative et de Proposition.

Dans l'immédiat, signalons le compte-rendu résumé de la Table-Ronde consacrée à l'Europe de la Recherche. Le thème en était principalement de réfléchir à ce que devrait être le futur European Research Council, ERC, qui devrait voir le jour en 2008. Le but de l'ERC sera de compléter dans le domaine de la recherche fondamentale, le rôle incitateur tenu jusqu'à présent par l'Union Européenne dans celui des recherches pré-compétitives.

Nous proposerons dans les jours qui viennent nos propres réflexions concernant les conclusions à tirer de ces Etats Généraux.

* Le site du Comité d'Initiative et de Proposition. Ce site est très riche notamment en matière de présentation audio-visuelle. C'est un modèle de ce qu'il faudra faire à l'avenir dans les manifestations de ce genre http://cip-etats-generaux.apinc.org/
** Une table ronde internationale pour une Europe de la Recherche
Symposium B : Europe de la recherche, jeudi 28/10 à 17h30. CR résumé
http://cip-etats-generaux.apinc.org/article.php3?id_article=687
*** Discours du ministre de la recherche http://www.recherche.gouv.fr/discours/2004/degrfda.htm
**** Discours du ministre de l'éducation nationale http://www.recherche.gouv.fr/discours/2004/degrff.htm


Colloque Science et conscience européenne
02/11/04

Le Collège de France a pris la bonne initiative de faire discuter en son sein des perspectives de la science européenne, les 25, 26 et 27 novembre prochains. Il s'agit de donner un contenu à l'espace de recherche européen, notamment à l'intention de la jeunesse. Les intervenants seront en majorité des personnalités scientifiques et politiques des divers pays européens. Nous espérons trouver, à l'attention de ceux qui ne pourront se rendre au Colloque, des synthèses des exposés présentées sur le site du Collège de France.

* Annonce et programme du Colloque
http://www.college-de-france.fr/media/inf_pre/UPL31735_colleurop.pdf

 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10811