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La Gazette N° 107 en date du 31 octobre 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Ouverture du site Pan-europe.org http://www.pan-europe.org/

Grâce au travail de Christophe Jacquemin, le nouveau site de l'Union Paneuropéenne France a été ouvert au public le 18 octobre 2004. Ce site présente des informations propres à l'Association, ainsi que des actualités et une revue mensuelle en ligne, Europa++, dont la rédaction est assurée conjointement par Automates-Intelligents et l'Union Paneuropéenne.

Les lecteurs de la présente Gazette peuvent s'ils le souhaitent s'abonner sur le site à la revue Europa++, plus particulièrement dédiée aux enjeux de la construction européenne. Ils y retrouveront certains articles de la Gazette et d'Automates Intelligents, mais nous espérons que de plus en plus d'auteurs soumettront des articles originaux à Europa++


A lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

- Who Are We: : The Challenges to America's National Identity
par Samuel P. Huntington http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/58/huntington.htm


 

Hollywood et la guerre

Ceux qui n'auront pu visionner Arte le soir du 29/10 (Hollywood et la guerre) pourront s'informer grâce à l'excellent diorama proposé par la chaine sur son site http://www.arte-tv.com/static/c1/041029_usa/anim_fr/index.html . J'en extrais le commentaire suivant. Le dernier paragraphe mérite toute notre attention.:

Le cinéma américain entretient depuis toujours un rapport particulier avec le Pentagone et ne cesse de représenter la guerre. Quelle est la
nature des relations entre Hollywood et l’armée américaine ?
Qui influence qui ? Qu’est-ce que cette collaboration nous enseigne sur
le cinéma et sur la manière de faire la guerre ?

Documentaire (90') de Maurice Ronai et Emilio Pacull, réalisé par Emilio Pacull. Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici & Avro Hollande avec le soutien du Programme Media de la Commission européenne.

La longue collaboration entre Hollywood et le Pentagone a permis aux Américains de produire des films aux budgets gigantesques et à l’efficacité redoutable… Retour sur une association fructueuse, de la Première Guerre mondiale au conflit irakien, en compagnie de cinéastes, de militaires et d’agents des services spéciaux.
Depuis la naissance du cinéma américain, Hollywood n’a jamais cessé de représenter la guerre. Conscient du formidable outil de propagande que pouvait constituer la production de ces films, le ministère de la Défense s’est aussitôt rapproché des studios. Aujourd’hui encore, nombreux sont les films qui bénéficient de l’appui du Pentagone. En contrepartie les forces armées américaines jouissent d’un droit de regard sur les scénarios… Entre ententes cordiales et profonds désaccords, entre censure et propagande gouvernementale, ce film retrace les soubresauts d’une coopération fort complexe.

La guerre mise en scène. Nourri de larges extraits de films, le documentaire de Maurice Ronai et Emilio Pacull radiographie plus de soixante ans de cinéma de guerre américain et y décrypte l’influence du Pentagone. Le récit s’appuie sur de nombreux témoignages : des interviews de réalisateurs, de producteurs, de critiques de cinéma, mais aussi de membres du Pentagone, parmi lesquels Philip Strub, responsable des relations avec le cinéma. Sans détour, l’homme clef du système confirme que seuls les projets véhiculant une image positive des forces armées bénéficient d’aides ministérielles. L’accord entre Hollywood et le ministère de la Défense repose sur une équation simple : les producteurs peuvent disposer de tout le matériel nécessaire (porte-avions, sous-marins, images d’archives, conseils techniques…) à condition que les films magnifient l’armée, exaltent l’héroïsme, le patriotisme, la camaraderie… Cette “entente” fonctionne bien entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, donnant naissance à de nombreux films qui célèbrent l’invincible armée américaine.

Le jour le plus long, réalisé en 1962, marque l’apogée de cette complicité. Puis, la collaboration devient plus difficile pendant la guerre du Viêt-nam – vaste sujet à controverses… Hollywood et le Pentagone se rapprochent à nouveau dans les années 80. Symbole de ces retrouvailles : Top gun. Le réalisateur Tony Scott y réhabilite l’armée, célèbre sa supériorité technologique et offre à l’US Air Force un formidable spot publicitaire d’une heure trente !

Avec précision, le film révèle comment le Pentagone supprime (dans les scénarios qu’on lui soumet) les moindres aspects portant atteinte à l’image de l’armée. Et n’hésite pas à édulcorer certaines versions des faits qui discréditent ses troupes. Un véritable travail de censure
approuvé par des réalisateurs parfois peu soucieux de leur intégrité artistique. “Un bon film est un film qui montre que la guerre n’est pas
la bonne solution. Tous les films qui ont reçu l’aide de l’armée affirment le contraire…”, résume le journaliste David L. Robb. Compte
tenu de ces critères, des films comme Platoon, Apocalypse now ou Full metal jacket n’ont perçu aucune aide gouvernementale. En revanche, Pearl Harbor a fait partie des élus…

Aujourd’hui, le Pentagone se tourne vers les jeux vidéo et s’intéresse aux capacités acquises par Hollywood dans les domaines de l’imagerie numérique et de la simulation…


Le réseau pour la justice fiscale internationale: Tax Justice Network

L'organisation Tax Justice Network a été créée par quelques activistes croyant encore à la possibilité d'une action de moralisation à travers les relais d'opinion de la société de l'information. La décision a été prise par le britannique John Christensen, coordinateur de l'ONG, ce mois d'octobre, après l'European Social Forum de Florence en 2002 et le World Social Forum de Porto Alegre en 2003. L'objectif, sur le modèle de Amnesty International, est d'analyser et faire connaître les innombrables circuits permettant aux entreprises et aux particuliers, grâce à l'évasion fiscale, de dissimuler des centaines de milliards d'activités taxables ou de revenus, échappant ainsi à tout impôt et à toute réglementation nationale. Rappelons que l'évasion fiscale n'est pas la fraude. Elle est en principe légale, dans la mesure où elle utilise les lacunes et contradictions involontaires ou voulues des fiscalités nationales. Elle suppose quand même l'intention frauduleuse. Si je vais créer une entreprise grâce à un prète-nom dans l'Ile de Man (appartenant en principe au Royaume Uni, mais disposant du statut d'extraterritorialité juridique), c'est bien pour échapper à l'impôt sur les sociétés dans mon pays.

Tax Justice Networks espère sensibiliser les citoyens et les mouvements politiques et associatifs au problème, obtenir des informations précises sur les cas les plus significatifs, provoquer finalement un mouvement d'opinion qui aboutirait sinon à interdire, du moins à limiter les paradis fiscaux - étant entendu que les plus scandaleux sont ceux qui prolifèrent aux marges et avec la bénédiction des pays de l'Union européenne qui se prétendent par ailleurs être les plus vertueux.

C'est une action qui mérite d'être encouragée, bien que la tâche paraisse impossible. Mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre. J'avais indiqué précédemment, dans cette gazette que je préférerais la mesure consistant à remplacer les impôts par de la création de monnaie, ce qui assécherait tous ces flux clandestins. Mais il s'agit sans doute d'une utopie pire que les autres, car quel gouvernement voudrait vraiment désespérer les riches spéculateurs qui financent souvent leurs campagnes électorales. 27/10/04

* Tax Justice Network http://www.taxjustice.net/e/about/index.php Voyez le site, on y trouve beaucoup de choses intéressantes et il est possible de s'affilier.


Le marché de l'antiterrorisme

Selon un article du Monde signé Jean-Pierre Stroobants (21 octobre, p.1) le marché mondial de la protection contre le terrorisme est évalué aujourd'hui à 100 milliards d'euros, celui de la sécurité des systèmes d'informations à 50 milliards. Aux Etats-Unis, le département de la Sécurité Intérieure (Homeland Security ou DHS) regroupe 180.000 agents répartis en 22 agences fédérales. Son budget est de 40 milliards de $ dont 1,1 à la recherche/développement. On consultera à ce sujet la page Research and Technology du DHS http://www.dhs.gov/dhspublic/theme_home5.jsp . La question a été discutée par 200 experts américains et européens le 7 et 8 octobre au Centre de politique de sécurité de Genève, dans le Homeland Security Forum (voir programme dans http://www.gcsp.ch/e/meetings/Events/Homeland_Security/Homeland_Security/Brochure.pdf )

Il est difficile de savoir ce que Mister Ben Laden pense de tout cet argent dépensé. Peut-être ricane-t-il sous son turban. Mais le thème pose de multiples problèmes aux pays européens, comme le dit fort bien l'auteur de l'article du Monde. Les industriels européens de l'armement et de la sécurité sont évidemment favorables à ce que les Etats investissent dans ces domaines, dont les applications sont d'ailleurs plus générales que celles se limitant à la défense et à la police. Sinon, le retard qu'ils peuvent déjà avoir dans de nombreux secteurs par rapport à leurs concurrents d'outre-atlantique ne cessera de s'aggraver. Mais les stratèges gouvernementaux doivent s'interroger sur l'efficacité de telles dépenses. Certains doutent qu'elles puissent véritablement protéger le territoire ou les réseaux des Etats-Unis. A plus forte raison peut-on douter quand il s'agit des Etats de l'Union Européenne. Par ailleurs, se pose la question du financement. Les budgets publics devront-ils seuls supporter les dépenses? Un partage avec le secteur privé serait théoriquement envisageable.

Nous pensons en tous cas que la question de la sécurité intérieure ou "sociétale" devrait être traitée en Europe par les gouvernements et les autorités européennes avec la même priorité et dans le même esprit que les questions de défense. Il faudra aussi que les commandes faites aux industriels soient supervisées par une Agence commune (sans doute celle de l'Armement) et enfin que les services de police et de lutte pour la sécurité intérieure se coordonnent en vue d'utiliser des technologies compatibles. On est loin de tout ceci. Les américains en tous cas surveillent de près ce que pourraient développer nos industriels et ne manquent pas le cas échéant de faire des offres "intéressantes" aux entreprises ou aux hommes faisant preuve d'innovation. Rappelons nous la triste aventure survenue à Gemplus. 27/10/04


Sortir les dépenses de recherche du pacte de stabilité

Avec un peu de retard, mais en ce domaine nul n'est à un jour près, nous devons saluer le Président de la République qui a défendu une idée dont nous étions faits les premiers promoteurs (ou presque), celle de ne pas inscrire les dépenses de recherche dans les dépenses publiques servant à calculer le plafond de 3% du PIB à ne pas dépasser au terme du Pacte de Stabilité. C'est à l'occasion du 50e anniversaire du CERN à Genève, le 19 octobre, que Jacques Chirac a exprimé ce souhait. Souhaitons que la France, en coopération avec les autres pays européens, fasse ce qu'il faut pour que ce voeu encore platonique devienne une réalité. Il y aura du travail à réaliser, vu le manque d'intérêt pour la science que manifestent un certain nombre d'Etats, surtout lorsque ladite science fait appel à des crédits budgétaires.

Rappelons à ce propos un autre chiffre. Les budgets de recherche propres aux Etats-membres représentent 95% du montant total des crédits consacrés à la science, tandis que le budget communautaire ne fait qu'un petit (trop petit) 5% du total. Autrement dit, il faudrait augmenter les financements sur les deux tableaux, en partant de l'idée juste qu'il ne s'agit pas de dépenses mais d'investissements rentables à terme. 27/10/04


La Sagem

Le Monde du 23 octobre, p. 14, a publié un interview de Grégoire Olivier, président du directoire Sagem. Il n'est pas d'informaticien français qui n'ait eu un jour ou l'autre à travailler avec cette entreprise française et ses produits. Nous sommes donc contents d'apprendre que tout va bien pour elle et qu'elle se développe à l'international, notamment dans des secteurs d'avenir comme la biométrie et la téléphonie mobile sophistiquée - sans parler du militaire. L'entreprise fait beaucoup de recherche et a du mal à recruter des ingénieurs expérimentés - ce qui montre qu'il y a encore de la place pour les gens compétents. On peut visiter le site Sagem http://www.sagem.fr/fr/index.html , il est trèsinformatif. J'écris tout ceci sans avoir reçu de marrons glacés, chocolats ou autres gratifications de la firme. 27/10/04

PS au 29/10: la presse de ce matin annonce le projet de rapprochement de la Sagem avec la Snecma, le motoriste français bien connu. Celui-ci fait dans le même temps l'objet d'une privatisation, la part de l'Etat dans son capital étant ramenée à 40%. Les deux entreprises ne seront pas fusionnées, mais pourront désormais travailler de façon complémentaire, notamment dans l'avionique. Cela nous parait une excellent nouvelle. Mais attendons la suite.
Voir communiqué de la Snecma http://www.snecma.com/fr/press/press_release/release.php?comm_id=470


Le slamming ou détournement de propriété de noms de domaines

J'ai reçu comme sans doute beaucoup de gens un courrier postal d'un prétendu Domain Registry of America DROA qui m'avisait de la péremption de notre nom de domaine et me demandait de souscrire d'urgence un réabonnement, à un prix d'ailleurs élevé. Conseil pris auprès de notre ami Christophe Olivier que je remercie à cette occasion, il s'agit d'une pratique frisant l'escroquerie, bien connue parit-il chez les internautes avertis. Je fais passer le message. Voir http://www.01net.com/article/209383.html 27/10/04


Un mauvais coup à Iter

Mes nombreux (?) amis scientifiques diront que je marche à fond dans le bourrage de crâne du lobby de Cadarache qui veut faire Iter quel qu’en soit le coût. Mais j'essaye de garder la tête froide, au contraire. On peut effectivement discuter du programme et de l'opportunité de le réaliser rapidement en Europe. Disons alors que les trois physiciens, Sébastien Balibar, Yves Pommeau et Jacques Treiner qui ont publié un article sur la question dans Le Monde du 24 octobre, p.1 (La France et l'énergie des étoiles) ) n'apportent guère me semble-t-il d'éclairage pratique à l'intention des décideurs. Au contraire.

Après avoir ironisé sur l'ambition de la France de faire mieux que le soleil, que nous disent-ils?
- Que la fusion thermonucléaire n’apportera pas d’énergie commercialement utilisable avant 50 ans. Peut-être. Mais à supposer que ce délai ne puisse être raccourci par une accélération des recherches, la date serait parfaite puisque c’est précisément vers 2050 que le pétrole tirerait à sa fin.
- Que les problèmes technoscientifiques à résoudre seront nombreux. Le premier sera de trouver des matériaux résistants aux neutrons rapides produits par la fusion, matériaux qui n’existent pas encore. Un autre sera d’obtenir du tritium (isotope de l’hydrogène) afin de le faire fusionner avec un autre isotope, le deutérium (afin de produire de l’hélium) alors que le tritium ne se trouve pas en grande quantité dans la nature et devra être fabriqué en continu à partir des neutrons rapides précités qui pour ce faire « casseront du lithium ». Or le réacteur expérimental Iter n’est pas actuellement conçu pour traiter ces deux problèmes.
- Que finalement, la machine Iter ne sera qu’un grand instrument de recherche fondamentale visant essentiellement à étudier le confinement dans un tore magnétique d’un plasma de gaz chauds ionisés. Or cet instrument coûtera très cher à la France et à ses partenaires, sans que l’intérêt d’un tel instrument comparé à celui d’autres équipements envisageables n’ait été discuté par un quelconque Comité d’évaluation de la recherche. Ce prix, ils le chiffrent à 130 millions d’euros par an pendant 30 à 50 ans, soit celui d’un avion de combat annuellement. Il est alors facile pour nos auteurs de montrer qu’une telle somme (personnellement, je trouve qu'elle n'est pas très élevée) pourrait être infiniment mieux employée dans d’autres domaines de la recherche ou de la technologie (énergies renouvelables, économies d’énergie, biologie, etc.). On connaît bien ce discours en France. Ceux qui le tiennent mettent toujours les scientifiques de leur côté mais, finalement…personne n’obtient le moindre sou.

Le coup de pied de l’âne, qui ralliera à l’argumentaire de nos auteurs non seulement les scientifiques mais aussi les contribuables, consiste à insinuer qu’Iter est, comme beaucoup de mégaprojets conduits en France, le produit d’une conjonction entre des politiques ou des bureaucrates supposés incompétents et des industriels ou des collectivités locales qui en espèrent des retombées immédiates sans souci de l’intérêt général. Ils assimilent ce projet aux 2 milliards de dollars dépensés par la France pour la plate-forme spatiale internationale ISS (sans grand profit vu le mépris manifesté par les américains pour leurs partenaires dans cette opération qu’ils ont décidé d’abandonner) ou aux 1,52 milliards consacrés au laser mégajoule destiné à la simulation des armements nucléaires. A supposer que ces chiffres soient exacts (j’ai des doutes concernant la participation française à l’ISS, mais je ne vais pas refaire les comptes), il serait mal venu de reprocher aux gouvernements successifs d’avoir engagé la France dans ces programmes. Ils correspondent indiscutablement à des dépenses de souveraineté au moins aussi respectables que des recherches plus immédiatement utilisables. Il faudrait de la même façon considérer qu’Iter rentre dans le domaine des dépenses de souveraineté, en rappelant les multiples arguments déjà exposés pour défendre ce projet (voir un de nos articles précédents http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/iter.htm.). Il suffit d’ailleurs d'observer l’acharnement que les américains et les japonais mettent pour détourner l’Europe et la Chine de s’engager dans la fusion thermonucléaire afin de s’en réserver le monopole pour n’avoir aucun doute à cet égard.

Finalement, nous pensons que notre trio de physiciens joue un mauvais coup au pays et à l’Europe toute entière, au moment où les hommes politiques européens, après avoir longtemps hésité, semblent décidés à lancer Iter sur le site de Cadarache, même si les Etats-Unis et le Japon n’y participent pas. Attendre en tous cas, avant de prendre la décision, que « la recherche » ait résolu les problèmes de la résistance des matériaux aux super-neutrons et de la production du tritium est prendre le lecteur pour un sot. On sait très bien que, sans les exigences résultant du fonctionnement de ce grand équipement de recherche que sera Iter (pour reprendre les termes de MM. Sébastien Balibar, Yves Pommeau et Jacques Treiner), aucun programme scientifique ne s’attaquera à ces questions.
Mais ne confondons pas tout. La mise en place d’Iter ne devrait pas empêcher de militer, chez les chercheurs comme dans le public, pour la mise en place parallèle de l‘instance d’évaluation de la recherche qui est demandée par la communauté scientifique toute entière.


Le brevet européen

Pascal Lamy, encore commissaire européen au commerce (quel dommage que par esprit partisan, le gouvernement français n'ait pas demandé qu'il conserve des responsabilités dans l'exécutif européen) a rappelé dans le 7/9 de France Inter ce jour l'importance de la question du brevet européen. Par incapacité bureaucratique à s'entendre, les Etats-membres conservent des systèmes nationaux de brevets plus compliqués et inefficaces les uns que les autres. Les industriels n’ayant pas de système européen efficace et bon marché disponible vont donc se faire breveter aux Etats-Unis. Or quand on sait comment ceux-ci s’organisent pour tirer profit des informations qu’ils recueillent ainsi de la part de leurs concurrents européens, on ne peut que s’indigner de voir le peu d’intérêt politique qui s’attache à la question du brevet européen.
Cette question est à déconnecter de celle de la brevetabilité des logiciels. On sait que beaucoup d'utilisateurs de l'Internet et d'éditeurs utilisant les logiciels libres refusent à juste titre de voir se développer en Europe la brevetabilité des logiciels qui bénéficierait inévitablement exclusivement aux grands éditeurs américains de logiciels dits « propriétaires »

On trouve une note très complète sur le sujet du brevet européen ou communautaire dans http://www.progexpi.com/htm13.php3 Cette note est publiée par Progexpi, portail sur la propriété intellectuelle, dont nous ne pouvons que recommander la fréquentation à ceux qui s'intéressent à ces questions très importantes.
Sur la brevetabilité des logiciels, voir dans Progexpi (dont on n'est pas obligé de partager le point de vue) la page http://www.progexpi.com/htm49.php3 27/10/04


Le Salon Euronaval et la restructuration des chantiers français

Le thème de l'EADS Naval a été au centre des préoccupations du salon Euronaval qui s'est tenu du 21 au 25 octobre. La ministre de la défense, Mme Alliot-Marie, y a vigoureusement défendu la restructuration de l'industrie française. La Direction des constructions navales est désormais transformée en société et pourra se rapprocher de Thalès. Des négociations avec les chantiers de l'Atlantique sont en cours. Ainsi la France pourra montrer à son partenaire allemand qu'elle a fait comme lui l'effort nécessaire pour se réorganiser. Par ailleurs, en dehors de la coopération franco-allemande et la coopération avec la Grande Bretagne, la coopération avec l'Italie est confirmée avec un programme commun de 27 frégates multimissions dites FREMM. Le cas de l'Espagne a aussi été evoqué. On sait que dans ce pays s'exerce une forte pression américaine, peu connue du public mais qui pourrait à terme sinon compromettre du moins enlever beaucoup d'intérêt au futur EADS naval. Lookheed Martin et le chantier espagnol Izar coopèrent dans un programme de frégates anti-aériennes et étudient une coopération dans les sous-marins.
Le secteur intéresse manifestement beaucoup les Etats-Unis. La délégation américaine à Euronaval était de 80 personnes, selon Le Monde (27/10/04, p. 13). Le gouvernement US lance un programme de navires de surveillance côtière, le Littoral Combat Ship, pour 60 unités et 15 milliards de $. Ce programme pourrait être proposé aux pays européens comme l'a été le Joint Strike Fighter, avec les effets déstabilisants que l'on sait. L'Europe devrait en fait s'équiper comme nous l'indiquions ci-dessous d'une flotte normalisée de navires garde-côtes polyvalents (militaire, douane, gendarmerie, secours en mer) qui supposerait en amont une forte coopération entre les pays et les administrations concernées. On en est loin. Quelle agence européenne pourrait s'occuper de cela?

* Le discours de la ministre au salon Euronaval http://www.defense.gouv.fr/sites/defense/....salon_euronaval_2004/
** sur le Littoral Combat Ship, voir http://peoships.crane.navy.mil/lcs/default.htm; Voir aussi http://www.globalsecurity.org/military/systems/ship/lcs.htm


Rapport Camdessus

Ce rapport n’étant pas encore disponible sur Internet, nous nous bornerons à quelques questions s’appuyant sur les commentaires de la presse. Le ministre de l'Economie Nicolas Sarkozy y a vu, selon La Tribune (19/10) « trois choses capitales : qu'il y a urgence à faire des réformes dans notre pays, que la réforme n'est pas vue comme une punition, et que les effectifs de la fonction publique peuvent être réduits en échange de gains de productivité".
Ceci est difficilement contestable. Mais le rapport n’esquive-t-il pas plusieurs points essentiels ? Curieusement, cela ne semble pas avoir frappé le ministre.

La France ne travaille pas assez. C’est certainement vrai, mais beaucoup de gens, jeunes et préretraités qui voudraient commencer ou continuer à travailler, ne trouvent pas d’emploi parce que les entreprises n’embauchent pas ou licencient. Si elles ne le font pas, ce n’est pas seulement du fait des charges sociales et fiscales. C’est aussi parce que, globalement, ni la France ni l’Europe n’ont de véritables politiques publiques favorisant l’investissement.
Et dans quels domaines faudrait-il favoriser l’investissement ? Le rapport parle d’une « économie des connaissances ». Il fait des propositions (qui d'ailleurs n'ont rien d'original) visant à améliorer l'enseignement supérieur et la recherche. Très bien, mais tout ceci sur le mode américain, suppose des investissements publics importants dans les sciences et technologies émergentes, aussi bien dans l’industrie que dans les laboratoires publics et l’Université. De tels investissements, susceptibles d’entraîner l’investissement privée, ne se feront pas sans grands programmes visant à restaurer le poids de l’Europe en terme de souveraineté technologique et industrielle, que ce soit dans les domaines civils ou dans celui de la défense. Bref il fut faire comme les Etats-Unis depuis 20 ans. Le rapport cite souvent l’exemple américain, mais il semble ignorer cette base essentielle de la puissance américaine.

Sur le volet des dépenses et de la fonction publique, le texte plaide pour une meilleure gestion de la dépense publique, par : « l’affectation des surplus budgétaires à la réduction de la dette, la programmation pluriannuelle des dépenses, le resserrement du nombre de ministres et de leurs conseillers ». Il propose également de réduire le nombre de fonctionnaires, jugés "peu efficaces", en ne compensant par une embauche qu'un départ à la retraite sur deux ». Ceci là encore n’a rien d’original. On croirait relire le désormais célèbre (par sa démagogie débridée) « Notre Etat » de Roger Fauroux . Si cela n’a pas été fait aujourd’hui, cela ne sera pas fait davantage demain, tant du moins que de nouveaux modèles de développements relevant de la restauration de la puissance technologique de l’Europe ne seront pas présentés. Le passage sur la réduction de la Dette montre bien l’archaïsme des esprits des auteurs du rapport. Pourtant il vaudrait mieux cent fois s’endetter et investir dans la recherche plutôt que réduire la dette.

A côté de ces points essentiels, non traité, les propositions concernant le régime du travail et de la protection sociale qui pourraient être discutées par l’opinion si un grand projet européen était proposé en contre-partie, ne seront que des chiffons rouge agités devant le front syndical. Mais pouvait-on attendre plus de créativité de rapporteurs inspirés par l’esprit du FMI. Celui-ci, en dehors de la protection des placements américains dans le monde, n’a jamais sauvé aucune économie. 19/10/04


Eventuel EADS naval

Une négociation franco-allemande est en cours à propos d’un projet très important de création d’un consortium franco-allemand des chantiers navals sur le modèle de EADS et de sa filiale Airbus. On a nommé ce projet l’EADS naval. Il s’agirait de regrouper dans un ensemble commun les groupes français DCN-Thalès (auxquels on envisage de rattacher les Chantiers de l’Atlantique) et allemands Thyssen-Krupp-HDW. L’idée n’est pas sotte et aurait en tous cas la faveur des syndicats patronaux et ouvriers français, toujours très inquiets de l’avenir de la construction navale. Mais les Allemands et les Français s’étaient entendus pour réorganiser chacun de leur côté leur industrie, ce que les Allemands estiment avoir mieux réussi que les Français à ce jour. Ils ne veulent donc pas être engagés sans précautions dans une nouvelle construction où ils perdraient leurs avantages.

Un EADS naval serait certainement une bonne chose, mais dans un domaine très difficile comme celui de la construction navale, cela suppose beaucoup d’études préalables, notamment sur les compétences à sauvegarder face à un marché dominé par la concurrence des chantiers asiatiques et les pressions américaines. On sait que le groupe d'investissement américain One Equity Partners (OEP) avait il y a 6 mois acheté le chantier naval allemand HDW spécialiste des sous-marins diesel-électriques . Ceci avait à juste titre suscité l'émoi dans les milieux de la défense, tant en Allemagne qu'en France. Aujourd'hui, ThyssenKrupp aurait repris le contrôle à partir d'un nouveau groupe fusionnant l'ensemble des chantiers allemands.

Ajoutons qu’un tel projet n’aurait pas de sens à terme sans des politiques publiques européennes volontaristes dépassant le seul domaine du militaire. Par exemple il faudrait développer un corps de Coast Guards européen musclé, doté de bateaux très performants, tous sur le même modèle, qui manquent absolument à l’Europe aujourd’hui. On pourrait aussi se demander si, dans un monde où de plus en plus de transports prendront la voie maritime, il serait raisonnable pour l'Europe de ne compter que sur les armements et les chantiers étrangers. Cela il est vrai lie la question de la construction à celle de la restructuration de la marine marchande. Mais faut-il s'en étonner?
19/10/04


Treizième conférence de la CITES

La 13e conférence de la Convention sur le commerce des espèces menacées (CITES) s'est terminée à Bangkok le 14 octobre à la satisfaction des participants. La protection est désormais étendue aux végétaux et poissons. C'est très bien ou plutôt mieux que rien. Car lorsqu'on voit le trafic qui dans le monde entier s'opère sur ces espèces, on reste sceptique. Plus une espèce est menacée et protégée, plus la contrebande est fructueuse, avec la bénédiction des autorités. En France même, il suffit de voir ce qui se vend et s'achète sous le manteau dans des endroits comme le Quai de la Mégisserie à Paris. Aussi bien de plus en plus de gens, y compris dans le monde scientifique, commencent à considérer que la disparition des espèces n'est pas un problème et que le besoin de biodiversité est un mythe. La vie se propage très bien sans cela. Affectivement, je ne suis pas de cet avis. Mais l'affectivité a-t-elle un poids quelconque contre les trafiquants. 19/10/04

* Communiqué de la CITES http://www.cites.org/eng/news/press_release.shtml


General Motors en Allemagne

Je soupçonne fortement (mais sans avoir étudié le dossier, j'en conviens) General Motors de licencier plus allégrement ses salariés européens, notamment ceux d'Opel en Allemagne, que ceux travaillant sur des sites américains. Comme quoi les entreprises européennes qui perdent le contrôle de leur capital au profit d'investisseurs étrangers ne font pas toujours une bonne affaire. C'est curieux d'ailleurs que le syndicat allemand de la métallurgie IGMetal ne le dise pas plus fort aux dirigeants d'Opel et au Chancellier.

* AFP 19/10: General Motors avait annoncé la semaine dernière 12.000 suppressions d'emplois dans les deux ans à venir en Europe, où il possède aussi les marques suédoise Saab et britannique Vauxhall et emploie au total 63.000 personnes. Opel doit à lui seul subir 10.000 suppressions de postes, dont 4.000 à Bochum, ce qui a mis le feu aux poudres.


Plan français contre le risque de pandémie de grippe aviaire

Le gouvernement a parfaitement raison de préparer les organismes de santé à faire face à une pandémie possible de grippe aviaire se transmettant d'humain à humain à grande échelle. Il vient d epublier un plan prévoyant un échelonnement de mesures en fonction du risque. Cela n'empêche pas une irresponsable, Marie Françoise Colombani, de signer dans Elle du 11 octobre un éditorial, Chair de poule, où elle se moque de ceux, OMS en tête, qui s'alertent de risques sanitaires imaginaires. On peut être certain pourtant qu'en cas d'épidémie déclarée et de raréfaction des doses de vaccins disponibles, elle serait la première à faire jouer ses relations pour être traitée en priorité, même si elle n'y avait pas droit. Quant au SARS, s'il ne s'est pas répandu, c'est parce que l'OMS a été vigilant. Mais certains de ses médecins experts en sont morts. 19/10/04.

* Le plan gouvernemental, CR du conseil des ministres du 13 octobre http://www.premier-......prevention_lutte_51337.html


La semaine du Goût

La Semaine du Goût, énième du nom, fait l'objet de nombreux flashs d'information sur les différents médias, publics ou privés. On nous y explique comment de généreux restaurateurs et autres nutritionnistes veulent notamment former le goût des enfants des écoles. Très bien, mais on ne dit pas assez que c'est la Collective du Sucre qui patronne cette oeuvre de bienfaisance. La dite Collective, pourtant, ne se cache pas. Mais curieusement, nul ne remarque son rôle dans la campagne pour le goût. Il est vrai que le sucre, c'est comme le vin. Cela ne tue que ceux qui ne savent pas en user avec modération. Sans doute que plus tôt les enfants apprendront à consommer sucre et vin, moins vite ils deviendront obèses et alcooliques.

Mais il est des lapsus révélateurs. Sur la page d'accueil du site référencé ci-dessous, que lit-on (à la date du 18/10 à 23h) dans la rubrique Récrés du goût? Je cite: "Animateurs, institueurs, pour l'animation de vos ateliers, téléchargez les fiches pédagogiques "Récrés du Goût" Institueurs ? Eh oui, s'ils bourrent leurs élèves de sucre à la récrée.

* http://www.legout.com/default_home.htm


Coopération scientifique et industrielle entre la France et Israël

Les autorités françaises rappellent, à l'occasion du voyage de notre ministre des Affaires Etrangères en Israël ce jour que, si des différents existent entre les deux pays au plan diplomatique, la coopération scientifique et industrielle entre eux est excellente. Il s'agit d'une tradition historique, qui s'explique par diverses raisons, notamment l'excellence des équipes israéliennes. Cette coopération ne se limite pas à la France, mais s'étend à l'Europe en général. Elle intéresse notamment l'armement et des projets stratégiques comme Galiléo. Elle reste cependant faible au regard des véritables symbioses existant dans de nombreux domaines entre Israël et les Etats-Unis.
Nous dirions que tout ceci doit être mené avec tact, au regard notamment des impératifs d'intelligence économique. Mais dans l'ensemble, on ne peut que se réjouir d'un tel état de fait. 18/10/04


Forum social européen

Le FSE de Londres s'est terminé le 17 octobre à midi. Pendant 3 jours, 20.000 personnes venant de 70 pays ont débattu de sujets divers dans environ 500 réunions animées par 250 intervenants. Rendez-vous a été pris pour le Forum 2006 à Athènes. Comme d'habitude, aucun compte-rendu global ne sera produit. Certains participants, notamment français, auraient voulu qu'à défaut, 4 ou 5 grandes orientations soient définies et présentées comme des objectifs politiques à atteindre pays par pays ou dans les instances internationales. Par exemple la lutte contre les gaz à effets de serre. Mais ceci n'a pas été retenu. On en concluera inévitablement que le FSE préfère les discours aux engagements concrets dans l'arène politique. C'est dommage

En matière de discours, rien n'a manqué: pour la fin de la guerre en Irak, la paix en Palestine, le désarmement. On a même entendu des militants islamiques s'emparer de la tribune pour conspuer, une nouvelle fois, la loi française contre les signes religieux à l'école, présentée comme organisant la chasse aux femmes voilées dans la société française. Il parait que le distingué Bernard Cassen, d'ATTAC, qui participait aux débats, avait voulu rétablir une vérité un peu maltraitée, mais qu'il a été réduit au silence par les barbus musclés qui avaient pris en main la réunion et la défense du droit des femmes à vivre soumises. Il est évident que, lorsque par un souci louable de démocratie, on laisse la parole à tout le monde, cela finit pas se savoir et des gens n'ayant rien de démocratique en profitent. 18/10/04

* Le site du FSE, à ce jour, n'est absolument pas utilisable comme instrument d'information. On verra ce qu'il en est dans quelques semaines http://www.fse-esf.org/fr/

 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10710