logo admiroutes


La Gazette N° 105 en date du 30 septembre 2004

Par Jean-Paul Baquiast


accueil "la gazette"

 

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à jp.baquiast arobase wanadoo.fr
- Lire la présentation

 

 


A lire aussi sur Admiroutes:
- Présentation et discussion du livre de Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/57/blamont.htm
- Le programme européen de financement de la recherche Eureka http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/57/eureka.htm


Les filles courageuses

C'est l'Europe toute entière, espérons-le, qui se réjouit de voir ses deux filles courageuses, Simona Torrera et Simona Pari, libres d'agir à nouveau selon leurs idéaux. 30/09/04


L'Europe des grandes projets

Jean-Louis Debré fait montre chaque jour de nouvelles qualités, que même ses opposants politiques devraient reconnaître. Son plaidoyer sur France-Inter le 30/09 pour une Europe des grands projets devrait plaire à beaucoup de partisans de l'Europe qui se plaignent de n'y trouver aucun élan mobilisateur. Il s'oppose évidemment ce faisant à un Sarkozy, dont les effets d'annonce budgétaire (diminuer la dette, par exemple) paraissent principalement conçus pour favoriser la carrière politique de leur auteur. Le concept d'Europe des grands projets, quoiqu'il en soit, nous parait mériter d'être repris et décliné, y compris à gauche. 30/09/04


Cour pénale internationale (CPI)

Dans le supplément du Monde dit Le Monde 2 en date du 25 septembre, on trouve un intéressant article montrant comment les américains font pression sur un certain nombre de pays (menaces de suppression de l'aide militaire et de l'aide économique) pour les dissuader d'adhérer à la Cour pénale internationale. A ceux qui sont déjà membres, ils imposent la signature d'accords d'immunité bilatérale (AIB) qui excluent les ressortissants américains de la compétence de la CPI. Ce qu'ont accepté 80 pays. Ce chiffre montre bien le poids écrasant de l'influence "politique" des Etats-Unis dans le monde. La CPI, rappelons-le, résulte d'un Traité multilatéral signé en juillet 1998 à Rome, visant à poursuivre les responsables de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. 27/09/04

* Etats parties à la CPI http://www.icc-cpi.int/statesparties.html


Si, Mr Pasqua, les Français s'intéressent à votre immunité parlementaire

Ce matin 27 septembre, on pouvait entendre sur France Inter le sieur Pasqua s'indigner des questions des journalistes sur le renouvellement de son immunité parlementaire, en prétendant que cela n'intéresse pas les Français. Je peux répondre que je suis français et que cela m'intéresse beaucoup. Je ne suis sans doute pas le seul. La veille, dans Interceptions (France-Inter), l'ex-juge Eva Joly observait que la pratique consistant, pour les hommes politiques français, à s'abriter des poursuites derrière leur immunité parlementaire était trop répandue, ce qui déconsidérait tant la justice que la chose politique. Dans le cas Pasqua, ce n'est pas seulement en effet lui-même qui est en cause, mais tous ses amis politiques (sans parler de ses grands électeurs) qui l'ont aidé à fuir - à vie hélas maintenant - les conséquences d'une éventuelle mise en examen. Après cela, on ne s'étonnera pas du slogan trop répandu chez les citoyens:"tous pourris". 27/09/04


Gouverner par la peur

Le Monde du 13 septembre, p. 4, a publié l'interview de l'essayiste américain Corey Robin, professeur de sciences politiques à la New York University. Celui-ci vient de faire éditer une Histoire politique de la peur (Fear, the History of a Political Idea, Oxford University Press). Il y montre comment, à travers l'histoire, les gouvernements successifs se sont appuyés sur des peurs collectives pour obtenir le soutien des peuples. Ces peurs étaient en grande partie créées ou entretenues par eux. Pour lui, les républicains, et même les démocrates, jouent aujourd'hui de ce réflexe pour se faire élire. Ceci ne veut pas dire, par exemple, qu'El Qaida ait été inventé par le pouvoir. Mais la peur que suscite le terrorisme lui parait disproportionnée, vu les autres risques menaçant les américains moyens: se faire révolvériser par un fou ou tuer sur la route, par exemple.

Il constate que plus généralement, les gens aiment bien se faire peur. Il reste à identifier le gène de la peur, ou plutôt celui d ela peur imaginaire. Qu'en pensera Jacques Blamont, auteur cité ci-dessus de l'ouvrage remarquable "Introduction au siècle des menaces".

Ajoutons pour notre part qu'il n'est pas nécessaire d'avoir fait Sciences Po pour constater que les Etats-Unis jouent habilement de la peur du terrorisme pour rallier à eux le reste du monde occidental, lequel se laisse gentiment faire. 25/09/04

* Corey Robin http://academic.brooklyn.cuny.edu/polisci/robincv.htm


Alliance stratégique Boeing-IBM pour développer une technologie de guerre électronique dite Net-Centric

Les deux industriels précités viennent d'annoncer une alliance stratégique visant à développer une technologie permettant de coordonner par transferts électroniques diverses applications aéronautiques, spatiales, terrestres et maritimes de défense. Cette technologie est dite Net-Centric. Le projet sera conduit pour le compte du ministère de la Défense. Il vise un marché de 200 millions de dollars. Il est conclu pour 10 ans. La normalisation des messages, canaux et interfaces permettra d'optimiser l'emploi des forces. Comme le dit Jim Albaugh président et CEO de Boeing Integrated Defense Systems, dans le monde d'aujourd'hui, il ne suffit pas pour gagner d'avoir beaucoup de matériels, il faut totalement coordonner leur emploi. Le système sera en ce sens également conçu pour tirer parti de toutes les informations fournies par les différents systèmes d'écoute et d'intelligence.

Notre rubrique ci-dessous annonce un programme de recherche intéressant EADS. Mais avec quel constructeur informatique européen EADS pourrait-il s'associer pour développer une technologie Net-Centric? IBM-France? 25/09/04

* Boeing. News release http://www.boeing.com/news/releases/2004/q3/nr_040920t.html


Une fondation EADS pour la recherche

On s'interroge souvent sur le peu de goût des Français, industriels ou particuliers, à créer des Fondations destinées à financer des recherches. Evidemment, les malversations qui avaient provoqué le scandale de l'ARC ne sont pas sorties des mémoires, mais la vraie raison n'est pas là. Elle tient sans doute au fait que le recherche scientifique en France, surtout quand elle concerne des applications industrielles, n'est pas perçue comme statégique. On préfère encourager l'accès à la propriété ou autres dépenses non productives. La loi d'août 2003 destinée à renforcer les liens entre recherche publique et privée s'efforce de lutter contre ce manque d'intérêt et de stimuler les initiatives, visant notamment à la création de fondations. Il est donc intéressant de noter que le groupe franco-allemand d'aéronautique et de défense EADS vient de s'appuyer sur ce texte pour créer une Fondation dotée de 24 millions d'euros qui financera une trentaine de projets et de bourses dans l'aéronautique et l'espace. Ce n'est, dit Philippe Camus, coprésident exécutif, qu'un début. Il s'agit de ne pas se laisser dépasser par les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée qui ont des budgets de recherche bien supérieurs à ceux des pays européens cumulés. 25/09/04

* Communiqué d'EADS http://www.eads.com/frame/lang/fr/1024/xml/content/OF00000000400005/0/06/31000060.html


Jeremy Rifkin

Le journal Libération du 21 septembre a bien fait de publier un interview de l'essayiste environnemental américain Jeremy Rifkin. Celui-ci s'est fait le spécialiste des opinions à contre-courant. Il avait annoncé la fin du travail, puis vanté les avantages de l'énergie Hydrogène (dont il pensait que l'Europe devrait promouvoir en priorité). On lui a reproché son irréalisme, mais lorsqu'on se donne la peine de le lire, on s'aperçoit qu'à quelques détails près, il parle d'or. Il bouscule certes certains intérêts qui n'aiment pas cela, mais nous ne le lui reprocherons pas. Ce monsieur vient de publier un nouveau livre, The European Dream. Il y explique que les différentes valeurs politiques, sociales, économiques et morales inspirant selon lui les pays de l'Union Européenne sont celles dont le monde d'aujourd'hui a besoin. Le "rêve européen" devrait être reconnu et pourrait avantageusement, aux Etats-Unis même, remplacer l'ancien "rêve américain", reposant sur l'individualisme et la consommation. Ceci n'empèche pas Jeremy Rifkin d'apercevoir nos menus défauts, mais il n'en fait pas une raison suffisante pour s'opposer aux européens. 25/09/04

*Jeremy Rifkin, président de la Foundation on Economic Trends. "The European Dream: How Europe's Vision of the Future is Quietly Eclipsing the American Dream." Jeremy Tarcher editor août 2004. http://www.foet.org/JeremyRifkin.htm
**The Foundation on Economic Trends http://www.foet.org/


Le Mondial de l'Automobile

On a beaucoup salué les embauches annoncées par Renault et PSA un peu avant le Mondial de l'Automobile. L'annonce de la commercialisation prochaine en France de petites voitures économiques à 7.500 euro environ a également fait les gros titres. Mais il vaudrait mieux pour l'industrie française et plus généralement européenne que nos constructeurs investissent davantage sur les (petites) voitures électriques ou mixtes, sur le modèle d'un constructeur Japonais que je ne nommerai pas. C'est là que devraient être les efforts de développement - à combiner avec la généralisation du biocarburant, comme indiqué ci-dessous. 25/09/04


Les Biocarburants en France

Lors de sa visite de l’usine Diester Industrie dans l’Oise, Jean-Pierre Raffarin a annoncé le 7 septembre 2004 le projet du gouvernement de tripler la production française de biocarburants (diester et éthanol) d’ici 2007. Ce plan gouvernemental répond à la directive européenne du 8 mai 2003 prévoyant d’élever la part des biocarburants dans l'essence et le gazole à 2% en 2005 et 5,75% en 2010 (actuellement, le taux d'incorporation est de 1%). Ceci est un premier pas, que tous les défenseurs des biocarburants attendaient. Mais la France demeurera très en retard sur des pays comme le Brésil, les Etats-Unis et l'Allemagne.

Il faut distinguer le remplacement des produits pétroliers par les bio-carburants de questions différentes: celles des économies d'énergie, de la pollution et des modes de transports. Même s'ils fonctionnent au diester, par exemple, les 4/4 urbains demeureront une aberration à combattre. 25/09/04

* Sur le sujet, on lira le dossier de l'ADEME http://www.ademe.fr/htdocs/actualite/DNE/Documents/1305_biocarb_dp.pdf et celui de l'Agence Française de

l'Innovation http://www.anvar.fr/actulettN27arti2.htm


Microsoft et le libre

Microsoft est tellement dominant dans les esprits qu'il ne peut pas lever le petit doigt sans provoquer un déluge de commentaires. Ce fut le cas lorsqu'il prit la décision (qualifiée par certains d'historique) de mettre à disposition de 60 gouvernements le code source de sa suite bureautique Office. Ceux-ci pourront s'assurer de l'absence de logiciels-espions dans ces programmes, et le cas échéant en faire écrire des développements spécifiques. Il s'agit évidemment d'un non-évènement. Les logiciels-espions, s'il y en a, sont partout et bien cachés. Quid alors de Window ou Open Access, le logiciel de messagerie (deux produits, signalons-le, que Wanadoo (c'est-à-dire aussi France Télécom) impose à ses cleints ADSL (sauf à ce que ceux-ci fassent des gymnastiques invraisemblables pour y substituer du libre). Quant à développer des versions libres de Office, autant proposer à un serrurier les plans de la Tour Eiffel pour lui permettre de la reconstruire dans son jardin.

L'évènement, le vrai, est que Microsoft est de plus en plus inquiet des progrès du libre, autour de Linux. Qu'attend l'Europe pour se lancer, comme la Chine et partners, dans un projet Open source commun aux 25 pays (voir à ce sujet notre article du 15/03/04 http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/eurolinux.htm


Iter

Nous avons plusieurs fois ici insisté sur la nécessité, non seulement de décider au plus vite du projet de réacteur de fusion nucléaire expérimental ITER, mais de le faire en Europe (à Cadarache) si les Etats-Unis et les Japonais continuaient à bloquer le projet en voulant imposer le choix du site nippon de Rokkasho-mura. Nous avions même adressé en son temps une missive dans ce sens au Président de la République. Lors du Colloque de Juin "Pour une Europe indépendante par les technologies de souveraineté" http://www.europe-puissance-scientifique.org/, nous avions répété le message devant le Premier ministre et le ministre de la Recherche, François d'Aubert, qui l'avaient repris dans leurs conclusions. Depuis, cependant, rien n'avait été annoncé, le lobbying américano-japonais très fort continuant à s'exercer sur les différents partenaires continuant à bloquer toute décision.

Un de nos lecteurs nous a expliqué en son temps que nous avions tort de soutenir ce projet "pharaonique", alors qu'existaient de grands besoins de recherche non couverts et, surtout, que la fusion nucléaire ne résolvait rien, en termes notamment de manipulation de produits dangereux (les neutrons rapides) et de gestion des déchets. Il a même fait état d'une conviction répandue dans certains milieux scientifiques selon laquelle l'ensemble du projet reposait sur une "intox" montée en son temps par les soviétiques et reprise par les industriels qui espèrent des contrats profitables. Mais l'argument ne nous a pas paru suffisamment étayé pour justifier un changement de position de notre part. Il y a de nombreux autres arguments, que nous ne pouvons reprendre ici, qui légitiment de tenter l'aventure... notamment au regard des bénéficies considérables que les générations futures pourront attendre d'une fusion nucléaire contrôlée.

On ne peut donc que se féliciter d'apprendre que l'Europe pourrait enfin exprimer la volonté de réaliser un ITER sans les Américains et les Japonais, si ceux-ci n'évoluent pas, mais avec de nombreux autres partenaires de poids. La présidence néerlandaise de l'UE a annoncé le 24 septembre, suite à la réunion à Bruxelles des 25 ministres chargés des questions de compétitivité, sa volonté d'un partenariat "le plus large possible pour le projet de réacteur de fusion nucléaire expérimental ITER, actuellement bloqué par un conflit international sur le choix de sa localisation en France ou au Japon". Ceci en soi ne signifie pas que le projet serait décidé à Cadarache, car certains pays européens, dont la Hollande, ne semblent pas encore convaincus de la nécessité de se passer de l'accord des Américains et des Japonais. Pour la France au contraire, il est temps de prendre une décision, au plus tard en novembre, avec les premiers partenaires ayant accepté de se joindre au programme européen, soit la Russie et la France. D'autres pays ont été contactés et semblent favorables, le Brésil, l'Inde et la Suisse (d'autant plus qu'ils pourraient réaliser des modules industriels destinés au réacteur expérimental).

Pour augmenter la pression sur les adversaires de Cadarache, l'ancien commissaire européen chargé de la Recherche, le Belge Philippe Busquin - aujourd'hui remplacé par son compatriote Louis Michel - avait suggéré début septembre, avant son départ de la Commission, que l'UE prenne l'initiative de lancer elle-même le projet, avec "toutes les parties qui le souhaiteront". Le 24 septembre, les ministres européens ont demandé à la Commission d'"examiner les conséquences financières des différents scénario possibles pour ITER", sachant que la part du financement des coûts de construction du réacteur prise sur le budget communautaire "ne devra pas dépasser les estimations actuelles".

Le projet ITER est estimé à 10 milliards d'euros sur 30 ans, dont 4,75 milliards d'euros pour la seule construction du réacteur qui doit durer 10 ans. Ces sommes, nous l'avons plusieurs fois souligné, sont finalement relativement faibles au regard des bénéfices attendus.

Pour la construction, quelque 40% doivent être pris sur le budget communautaire. La France a confirmé vendredi qu'elle était prête à doubler sa participation financière au projet, pour la porter à 914 millions d'euros, soit 20% du coût de construction.
Si on devait enregistrer la défection du Japon et des Etats-Unis, les 20% d'argent manquant par rapport au montage initial du projet pourraient être compensés par des économies faites grâce à la réduction du nombre de pays participants (ou au contraire par la venue de nouveaux pays dans le projet) ainsi que par des coûts de fabrication de certaines pièces du réacteur diminués si leur réalisation se faisait par exemple en Chine ou en Russie, au lieu du Japon ou des États-Unis.

Les ministres doivent rediscuter du dossier le 25 novembre, lors de leur prochain conseil "compétitivité" à Bruxelles. Un conseil qui sera "décisionnel", assure le ministre français de la recherche François d'Aubert. Les ministres refusent tous de faire durer le blocage et "la détermination à ce qu'Iter soit construit sur le site européen de Cadarache est unanime", a de son côté affirmé le nouveau commissaire européen à la Recherche, Louis Michel.

Nous suivrons attentivement, comme on peut l'imaginer, l'évolution de ce dossier. On peut cependant se poser la question de savoir si l'Europe sera capable d'aller jusqu'au clash, le Commissaire européen ayant aussi réaffirmé le principe de "la volonté de l'Union d'aller de l'avant dans le cadre d'un partenariat international aussi large que possible qui devrait inclure dans toute la mesure du possible tous les partenaires".
Selon les sources diplomatiques, plutôt que d'envisager un cavalier seul, les Européens préfèreraient attendre l'issue des élections présidentielles américaines en novembre, la période électorale rendant peu probable un changement d'attitude des Etats-Unis sur le dossier.25/09/04

* Voir notre article du 21/12/2003 Pour un Iter européen http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/iter.htm


Le dossier médical informatisé

Dans Le Monde du 21 septembre, p. 22, à la rubrique Débats, le docteur Labayle met en garde sur les risques d'atteinte aux libertés qui découleront de la généralisation du dossier médical informatisé. A partir de l'actuelle carte Vitale, celui-ci comprendrait de plus en plus d'informations sur le profil de santé des patients. L'auteur de l'article envisage qu'il puisse ultérieurement comporter des analyses génétiques, voire à terme le génome tout entier. Inutile de s'étendre sur l'exploitation qui pourrait être faite de ces données par des employeurs ou des services de police. Les individus ne pourront pas refuser de fournir leur dossier, sauf à faire peser sur eux un soupçon qui serait aussi lourd à porter que des informations factuelles.
Mais que faire ? La carte Vitale et le dossier associé contribueront évidemment à une meilleure gestion des ressources de santé, laquelle est absolument indispensable. Rappelons que beaucoup de praticiens libéraux, la profession ne doit pas le nier, n'aiment pas cette perspective, sous prétexte des entraves qui pourraient en résulter à leur faculté d'exercice (liberté en fait d'abuser des failles des contrôles).

Au-delà de cela, la question des libertés individuelles face à la collectivité demeure. Dans Le Monde du 23 septembre, le docteur Vadrot, président de la commission des réseaux de l'Assistance Publique, répond à son confrère que le maximum de précautions ont été et seront prises pour éviter que des tiers fassent un usage non prévu par la loi des données médicales. Il faudra évidemment que ces interdits soient respectés, sous le contrôle des patients d'abord, mais aussi des médecins et finalement des tribunaux. Aujourd'hui, par exemple, il est interdit en France de refuser d'embaucher quelqu'un en raison de son origine ethnique. Les contrevenants sont poursuivis et s'y risquent de moins en moins. Il faudra faire de même concernant les données médicales.

Mais plus au fond des choses, il serait sans doute dangereux, sous prétexte d'éthique ou de principe de précaution, de limiter à l'excès le nombre des informations portés sur les dossiers de santé. A plus forte raison, il serait dangereux d'interdire les recherches en amont, génétiques ou autres, permettant d'enrichir la connaissance du profil sanitaire des individus. Dans un monde où le vivant sera de plus en plus analysé et modifié par des procédés relevant de la bioinformatique, l'homme ne pourra pas échapper au mouvement. Ceci d'autant plus que les résultats de telles recherches devraient être globalement utiles à la prévention des grandes maladies.

Il faudra donc qu'outre les médecins, les malades acceptent une certaine responsabilisation. Il est de nombreux domaines où, pour des raisons de sécurité collective, l'accès à certaines activités (permis de conduire, pilotage, etc.) est interdit aux porteurs de certaines pathologies ou invalidités. Si ces interdits sont progressivement étendus en fonction d'études médico-sociales sérieuses, qui s'en plaindrait. Ceci à plus forte raison quand ces invalidités auraient pu être prévenues par les individus eux-mêmes, confrontés à l'alcoolisme, à la tabagie, aux drogues, à la suralimentation.

Il est intéressant à cet égard de lire dans le même numéro du Monde du 21 septembre, un article du Professeur Luc Montagnier (Pour une médecine de prévention) qui recommande le renforcement, tout au moins dans les pays occidentaux qui en ont les moyens, des examens préventifs individuels. Il considère que, face à l'accroissement des facteurs environnementaux et comportementaux producteurs de pathologies, des tests biochimiques et moléculaires préventifs périodiques utilisant les techniques les plus modernes pourraient faire apparaître les risques de cancer, accidents vasculaires et maladies dégénératives. Cela coûterait un certain prix mais moins que celui de traiter ces affections une fois qu'elles se seront déclarées, chez des personnes encore relativement jeunes. En contrepartie d'ailleurs, on renoncerait à l'acharnement thérapeutique au " profit " de grands vieillards en fin de vie. Une moitié au moins des crédits affectés à la recherche biomédicale devrait selon l'auteur financer la mise au point de tels tests.

On approuvera généralement ces propositions, mais elles ont un corollaire. Il faudra bien mémoriser quelque part les résultats des tests, pour que patients et médecins puissent en faire un bon usage. D'où le caractère inéluctable du dossier médical informatisé enrichi, quoiqu'en pensent les défenseurs du bon vieux carnet d'ordonnances. 21/09/04


Chômage et monnaie

Je reçois d'un lecteur, Alain Grandjean, que je remercie, le message suivant:

"J’ai reçu votre gazette, n°104, incluant un plaidoyer un faveur de la création monétaire au niveau européen, en compensation de baisses fiscales prévisibles. Cet article m’a particulièrement intéressé ; l’association Chômage et Monnaie dont je suis le président vise à expliquer et à promouvoir cette création monétaire et étudie à la fois les mécanismes à employer (compte tenu des contraintes européennes) et les arguments à contourner.

Je serai donc heureux d’en savoir plus sur vos propres travaux. Les nôtres sont accessibles sur notre site www.chomage-et-monnaie.org . Par ailleurs, nous avons écrit en 1997 un bouquin « La monnaie dévoilée » publié chez L'Harmattan"

Je suis allé sur ce site, qui est très intéressant. J'ai eu la surprise d'y lire un éditorial d'Alain Grandjean qui dit (mais sûrement avec plus de talent) presque la même chose que mon petit article du n° 104. Je n'avais pas copié, je le jure croix de bois croix de fer. Mais les grands esprits se rencontrent, chacun le sait Je sens que nous allons travailler un peu ensemble cet important sujet. 21/09/04


Le rapport Landau sur les nouvelles contributions financières internationales

Revenons sur les propositions conjointes du président de la République française, du président Lula du Brésil, du président chilien Ricardo Lagos et du Premier ministre espagnol Jose Luis Zapatero (le groupe des 4) à l'ONU, le 20 septembre 2004, en présence et avec l'appui du secrtaire général Kofi Annan, et visant à instituer un "impôt mondial contre la faim". Ces propositions s'appuient sur les conclusion d'un groupe de travail diligenté par le gouvernement français, dont le rapport, dit Landau du nom de son président, vient d'être mis en ligne sur le web. Tous ceux que ce sujet très important intéressent doivent s'y reporter. Le rapport fait à peu près le tour de la question, depuis l'historique Taxe Tobin jusqu'aux perspectives possibles de mise en oeuvre. Les experts consultés représentent un panel de compétences très diverses. Jean-Pierre Landau est conseiller financier à l'ambassade de France à Londres.

Pour donner envie de le lire, voici le sommaire du rapport:
- Première partie : Plus et mieux financer le développement
Nécessité et utilité de l’aide
Générosité et attitudes vis-à-vis du développement
Le système actuel d’aide publique au développement
Mécanismes innovants de financement
- Deuxième partie : Quelle fiscalité internationale ?
La fiscalité internationale dans l’environnement mondial
La fiscalité internationale : rationalité économique, justice, équité
La fiscalité internationale : architecture
Taxe mondiale ou taxe régionale ?
- Troisième partie : Orientations
Les mécanismes d’encouragement aux contributions volontaires
Examen de diverses formules de taxation internationale
La lutte contre l’évasion fiscale
Les autres instruments
- Conclusion : comment avancer ?

Nous avions nous-mêmes ici, tout en faisant favorablement écho, notamment, aux propositions d'Attac concernant la Taxe Tobin, manifesté du scepticisme quant à l'applicabilité d'une telle mesure, qui supposerait pour éviter les innombrables fuites devant l'impôt qui ne manqueraient pas de se produire, un véritable consensus international, inimaginable en l'état du monde. Aujourd'hui, ces difficultés demeurent. Les Etats-Unis et certains pays européens qui jouent une partie de leur prospérité sur l'offshore financier et économique résisteront jusqu'au bout à ces propositions, sans parler d'autres Etats où la transparence est loin d'être la règle. Mais cependant...Si le groupe des 4 précité continuait à faire appel à l'opinion mondiale, si les institutions internationales, ONU en tête, mais aussi Banque Mondiale et Fonds Monétaire, si les ONG reprenaient sans se lasser le projet, il se produirait sans doute une évolution. Même les Etats-Unis et la Russie seraient obligés de céder, comme ils seront obligés un jour de le faire face au protocole de Kyoto et à ses successeurs. C'est la seule alternative face au message destructeur des terroristes.

Un point mérite d'être évoqué, car il pèse dans l'inconscient des occidentaux. Ceux-ci, face à la croissance démographique des pays pauvres, qui effectivement est une catastrophe globale, se disent qu'améliorer les niveaux de vie ne fera qu'augmenter la natalité. Mieux vaut, pense-t-on cyniquement, laisser les gens mourir. Mais tous les experts pensent que c'est seulement l'élévation du niveau de vie qui peut ralentir le rythme des naissances, notamment quand il s'agit de l'éducation des femmes. Fournir les 50 milliards proposés par le rapport contribuerait donc au renforcement du contrôle des naissances. Il n'y a pas d'autres voies.

Mais comme indiqué dans la rubrique ci-dessous, il faudra que les promoteurs de ce grand projet montrent clairement à quoi et comment ils proposent de dépenser l'argent. Ce sera la seule façon d'intéresser, non seulement les pays bénéficiaires mais les pays contributeurs, qui pourraient y voir une façon d'encourager chez eux les fournisseurs de services et produits contribuant à diminuer le sous-développement et améliorer l'environnement.

De cela, le rapport Landau ne dit pas grand chose. Il faudrait en discuter avec des organismes plus au fait que les experts financiers des problèmes du tiers-monde. Citons l'IRD en France, parmi d'autres. On lira aussi avec profit les études présentées depuis 1995 par le Global Environment Outlook, qui en est à une version 3: http://www.unep.org/geo/geo3/ . Le GEO est une émanation de l'United Nations Environment Programme 21/09/04.

* Le rapport Landau http://www.ladocumentationfrancaise.fr/brp/notices/044000440.shtml


Quelle pauvreté dans le message aux Français!

Quelle pauvreté dans le message aux Français délivré le 20 septembre à 20h sur TFI par Jean-Pierre Raffarin: promettre dans une sorte de contrat d'adhésion le retour à l'emploi, l'efficacité de l'enseignement et la maîtrise de la hausse des prix. Ceci non seulement ne convaincra personne mais qui plus est sans doute n'intéressera personne. On peut espérer que, même dans la France d'en bas, il se trouve de nombreux citoyens qui attendent des perspectives autrement plus désintéressées et générales de leur gouvernement. La lutte contre le sous-développement mondial et tout ce qu'il génère comme risques stratégiques aurait pu être présentée par le Premier ministre comme un objectif aussi important qu'éviter de voir les grandes surfaces arrondir les prix aux 5 centimes supérieurs. Il aurait aussi été temps de reprendre un discours de soutien à la recherche scientifique, au moment où viennent à échéance les promesses de mise en place d'un vrai dialogue avec les chercheurs.

Quand il s'agit d'élever le débat, il faut reconnaître que le président Chirac est beaucoup mieux inspiré. Même si personne ne croit encore à la faisabilité d'un impôt mondial en faveur de la diminution des inégalités, il est bon d'en parler à l'ONU. C'est vraiment là l'image explicite de l'alternative proposée par la vieille Europe à la politique de lutte armée contre le terrorisme dont Bush et les républicains se font les champions, avec les succès que l'on constate. Bien sûr il faudrait, non seulement parler d'un impôt mondial, mais préciser à quoi et comment il pourrait être utilisé. Ainsi la perspective de financer des recherches concrètes en co-développement entre laboratoires du Nord et du Sud devrait être désormais étudiée à l'ONU. Les domaines prioritaires sont bien connus : la santé, l'accès à l'eau, les pratiques agricoles non destructrices, les énergies renouvelables et bien entendu les réseaux d'éducation.

Pourquoi Raffarin ne parle-t-il pas de cela aux Français ? On peut penser que si le président de la République avait fait le bon choix de remplacer ce dernier par Dominique de Villepin, le discours serait différent. Or quand le discours change, les réalités ont une petite chance aussi de changer. 20/09/04


La réélection de G.W.Bush serait-elle une catastrophe pour la construction de l'unité européenne?

On présente généralement la possible réélection de G.W.Bush comme une catastrophe, à la fois pour la paix dans le monde, la démocratie aux Etats-Unis et même la construction européenne. C'est le cas par exemple du n° 2080 du Nouvel Observateur, qui titre: Pourquoi il faut battre Bush? Sa réélection serait une catastrophe pour le monde et l'Amérique.

Il est certain, comme le précise le dossier proposé par le journal, que la réélection de Bush mettrait en place pour plusieurs années, sinon plusieurs décennies, ce qui ne serait pas loin d'être une véritable dictature droitière idéologique, économique et militaire. Les évolutions démocratiques seraient bloquées : droit des personnes, justice fiscale et sociale, protection de l'environnement, diplomatie respectueuse des différences. Bien pire, dans la ligne des erreurs magistrales déjà faites par le pouvoir, les terrorismes divers continueraient à profiter d'une aveugle politique de répression et d'intervention, ce qui mettra en danger le monde entier.

Cependant, la construction européenne, tant au plan des décisions institutionnelles que de l'évolution des esprits, en souffrirait-elle vraiment ? Il n'y a rien de pire pour l'unité de l'Europe que l'atlantisme mou de ceux qui ne se rendent pas compte que le " soft power ", selon le terme inventé par Joseph Nye, est tout aussi dangereux, parce que plus insidieux, que le pouvoir des armes et de l'économie. Par soft power, il ne faut pas comprendre une influence douce et humanisée, mais une influence s'exerçant par les différents canaux de la domination culturelle et intellectuelle (y compris des logiciels). Celle-ci laisse les adversaires bien plus désarmés que la brutalité guerrière d'un Dick Cheney. Mais elle vise exactement les mêmes objectifs.

Par contre, plus il s'avérera que l'Amérique prend des attitudes inacceptables, sur tous les plans, en cédant avec complaisance à une équipe de durs irresponsables, plus le monde entier et l'Europe en premier lieu seront obligés de marquer leurs différences. Prenons l'exemple de l'environnement. Le véritable attentat contre le climat mondial que représente la politique actuelle de l'administration fédérale finira bien par provoquer ici et là l'appel à une sorte de droit d'ingérence. Pourrait-on par exemple (tout petit exemple d'ailleurs) laisser sans réagir détruire le bouclier arctique américain, véritable patrimoine mondiale de l'humanité, au même titre que l'Antartique, sous prétexte d'exploiter les réserves de pétrole de l'Alaska ?

Si les Européens savaient y faire, les inepties dangereuses de l'Empire américain pourraient leur offrir une voie royale afin de marquer leur différence, ne pas le suivre dans la sorte de marche programmée vers le suicide qui semble désormais la sienne. Les démocrates américains sincères, on peut le penser, seraient les premiers à s'en réjouir. 19/09/04


La création d'une gendarmerie européenne

La décision que viennent de prendre plusieurs pays européens, dont la France, de mettre en place une amorce de gendarmerie européenne est une excellente chose. Celle-ci pourra intervenir, au nom de l'Europe, sur des théâtres où l'appel aux forces militaires plus classiques ne s'impose pas. C'est également le signe que, tout doucement, les indispensables coopérations militaires et diplomatiques commencent à s'organiser. 19/09/04


Quoi de neuf sur le web?

Nous présentons désormais ici, à titre d'information, quelques liens sur des sites publiant des articles d'intérêt stratégique. Il est évident que nous ne cautionnons là en rien, ni ces sites ni leurs propos. Il s'agit seulement de regarder un peu autour de soi. Je vous rassure également pour l'avenir, nous ne citerons aucun des nombreux sites dont l'inspiration ou les discours sont inacceptables au regard du droit français et de la morale internationale.

FutureHorizons http://www.futurehorizons.com/

Il s'agit d'une compagnie d'analyse économique spécialisée dans les semi-conducteurs et l'électronique. Elle est basée dans le Kent (UK) et dispose d'agences aux Etats-Unis, Russie et Japon. Elle publie des rapports bien documentés (sur souscription). Elle organise aussi des séminaires et manifestations.

Dans un rapport récent, la compagnie prévoit que le marché mondial de la robotique sera en 2010 de 75 milliards de $ (contre 6 en 2003), avec 55 millions de robots. Mais ce dernier chiffre n'est pas significatif, car il ne comprend pas les robots logiciels ou "immobots" incorporés dans les programmes, dont la présence sera générale.


National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), Biodefense Research http://www2.niaid.nih.gov/biodefense/

Le NIAID, qui fait partie des National Institutes of Health (NIH) américains, consacré une grande part de son activité à la Biodéfense, c'est-à-dire à la lutte contre des attaques terroristes de type biologique. Le site donne un panorama détaillé des actions et des acteurs. à destination des chercheurs, des médias et du grand public.

Certains prétendent que de telles informations risquent plus de susciter les attaques que pallier leurs effets. Sans tomber dans la paranoïa, on peut se demander cependant s'il ne serait pas utile qu'en France et en Europe, de façon coordonnée, un certain nombre de mesures défensives soit, non seulement décidées, mais mises par Internet à la disposition du public.


Centre for European Reform (on Line) http://www.cer.org.uk/

Le Centre for European Reform existe depuis quelques années en Grande Bretagne et rasssemble majoritairement les représentants des mouvements favorables à la construction européenne. Il publie tous les deux mois, sur son site, un bulletin d'information et de réflexion qui parait particulièrement bien fait et attrayant.

On trouvera dans le n° 38 de ce bulletin, oct.nov., un article de Nick Butler consacré à la politique énergétique que devraient adopter les pays européens ENERGY SECURITY: A NEW AGENDA FOR EUROPE . L'auteur ne croît guère à l'avenir du nucléaire et oublie totalement les perspectives de la fusion, malgré l'engagement historique de la Grande Bretagne dans ce domaine avec le Joint European Torus http://www.cer.org.uk/articles/38_butler.html


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10509