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La Gazette N° 103 en date du 31 août 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi dans Automates Intelligents:
Conscience primaire et conscience supérieure dans les super-organismes http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/57/consciencecoll.htm


 

Pour Christian Chesnot et Georges Malbrunot

En ce soir du 29 août, comme tous ceux qui ont la possibilité d'une parole publique, ne fut-ce que très modeste, je veux exprimer ma solidarité et celle, je l'espère, de tous les lecteurs de cette Gazette, avec Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Comme l'a dit très bien Jacques Chirac, la France entière est à leurs côtés.

Mais on n'oubliera pas cependant le journaliste italien et volontaire de la Croix Rouge Enzo Baldoni, victime quelques jours auparavant, dans le même pays, de son sens du devoir.


La mémétique à notre secours?

La mémétique prend du galon, ou devrait en prendre, quand on voit comment les slogans et les gestes aussi irresponsables que capables de provoquer des catastrophes se développent, dès que le milieu social et politique leur en donne l'occasion. Rappelons que pour la mémétique, ces slogans et gestes se répandent et se multiplient tels des virus en profitant des esprits et des organismes affaiblis pour proliférer. Il faudrait donc traiter ces virus langagiers et comportementaux comme on traite les virus biologiques ou informatiques : les isoler, développer des anti-virus, supprimer les conditions environnementales favorables à leur apparition ou à leur prolifération. Mais c'est là que la mémétique montre ses limites, car elle ne nous donne pas de recettes originales pour agir. Il y a longtemps que l'on connaît les risques d'une information trop largement répandue, sur les incendies de forêt, sur les agressions racistes, sur les attentats. Elle suscite des vocations en provoquant à l'action tous ceux qui n'avaient pas encore sauté le pas. Pourtant que faire ? Ne pas informer ? Ne pas réagir? C'est évidemment impossible. La presse et les Pouvoirs Publics ont bien sûr un devoir impératif, faire attention à tout ce qui peut pousser à la radicalisation des conflits, dont les mèmes profitent. Mais le remède n'est que théorique.

Les théoriciens des situations à risques ont beau jeu de montrer qu'aujourd'hui, dans les civilisations technologiques, la possibilité de provoquer des catastrophes majeures est de plus en plus à la portée des irresponsables, débiles mentaux ou terroristes suicidaires. Mettez une bombe au milieu de la place de la Concorde et donner à qui le voudra la possibilité de la faire sauter par Internet, c'est-à-dire anonymement, vous n'attendrez pas sans doute longtemps avant de la voir exploser. La radicalisation des conflits entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud, entre les religions et les philosophies, ne fait qu'accroître le danger. C'est pourquoi il faut effectivement se persuader que nul pays n'est à l'abri et se préparer sérieusement, aussi bien à prévenir les risques qu'à lutter contre leurs conséquences quand la catastrophe a eu lieu.

Quant à la science et plus particulièrement à la mémétique, nous en pouvons que l'encourager à approfondir ses recherches théoriques et pratiques. Mais en ce qui me concerne, je suis à court d'idées. Je penche plutôt vers le fatalisme, voyant tous ces évènements comme les péripéties de l'antagonisme entre les super-organismes, où le volontarisme anti-mèmes n'est qu'un mème comme les autres, malheureusement pas très virulent. 31/08/04

NB: Sans tomber dans une critique systématique de l'Etat d'Israël, on peut constater que le ministre de l'Intérieur de ce pays, qui avait jugé bon d'aller se recueillir devant le centre social juif incendié et faire la leçon aux magistrats français trop laxistes, devrait se sentir aujourd'hui obligé de s'excuser à l'égard de la France qui le recevait. Ceci dit, c'était l'ensemble de sa démarche qui était surprenante. Aurait-on imaginé un ministre de l'Intérieur d'un Etat arabe venir tenir le même discours lors d'une manifestation contre la profanation d'une mosquée.


Les éleveurs et industriels américains de la viande

Nous avons déjà signalé ici les efforts que font certaines organisations de consommateurs aux Etats-Unis pour mettre en évidence et combattre la véritable opération de destruction de la santé publique à laquelle se livrent depuis des années les éleveurs et industriels de la filière viande, afin de ne rien perdre des profits considérables qu'ils engrangent du fait de leurs pratiques professionnelles et commerciales abusives. Ces intérêts sont évidemment soutenus très fortement par les représentants politiques et par une partie des administrations, notamment la FDA et l'USDA (ministère fédéral de l'agriculture). Il existe cependant aux Etats-Unis quelques contre-pouvoirs, bien faibles semble-t-il. Le NewScientist du 14 août 2004, n° 2460, p. 42, présente l'un de ces champions de la protection de la santé publique, un médecin nommé Robert Lawrence. Celui-ci est un des responsables du Center for a Livable Future, qui vient de lancer l'initiative du Lundi sans viande afin de commencer à sensibiliser les citoyens sur la nécessité de réduire leur consommation. L'article cite des chiffres effrayants, concernant la consommation animale annuelle pour 286 millions d'habitants : 35 millions de bovins, 100 millions de porcs, 8 milliards de poulets et dindes. Tout ceci produit une pollution considérable en matière de déchets divers (comme quoi la Bretagne n'est pas seule à souffrir des effluents de l'élevage industriel). Mais il y a plus grave dans la mesure où la viande elle-même n'est pas saine, comportant outre beaucoup de graisses de nombreux composants toxiques comme la dioxine et les antibiotiques (et encore, Robert Lawrence ne mentionne pas les craintes actuelles concernant l'ESB). Tout ceci contribue, conjointement avec les autres produits alimentaires, à l'obésité et à l'empoisonnement chimique et hormonal des consommateurs

Face à ces critiques, les industriels se sont organisés. Ils ont mis en place un Center for Consumer Freedom, qui rassemble les producteurs du tabac et les représentants des différentes filières animales et laitières. Ce Centre respire le fondamentalisme haineux, multipliant les insultes et les diffamations. On est très proche là des campagnes anti-avortement (pro-life). Ceci encourage un climat d'agression non seulement verbale mais physique à l'égard de ceux que le Centre nomme des extrémistes de l'environnement. Les mêmes intérêts dépensent par ailleurs la somme considérable de $34 milliards par an en publicité destinée à pousser à la consommation (à comparer au $2 millions dépensés par le National Cancer Institute pour recommander la consommation de fruits et légumes). On ne sait pas combien ils versent aux partis politiques.

Robert Lawrence est professeur de médecine préventive à l'Ecole de santé publique John Hopkins Bloomberg à Baltimore. Les citoyens américains devraient lui élever une statue, mais aussi les européens. Car, contrairement à ce que laissent croire nos propres industriels, nous sommes aussi victimes de ces pratiques. Malheureusement, personne n'en parle vraiment. Ceux qui, comme la Confédération Paysanne, s'en prennent à la " malbouffe ", se gardent bien d'attaquer les intérêts puissants. Ils préfèrent faucher quelques champs expérimentaux d'OGM. Cela ne fait de mal à personne.

PS : Ralph Nader, que nous présentions comme mort dans notre dernier numéro, est bien vivant. Mea culpa. Il se prépare même semble-t-il à rééditer son précédent exploit, faire réélire Bush en ne se retirant pas devant John Kerry 28/08/04

- Center for a Livable Future http://www.jhsph.edu/Environment
- Center for Consumer Freedom http://www.consumerfreedom.com/


Le libre et les SMS, nouveaux Eldorado?

Les industriels du disque et de la production audio-visuelle en ligne dépensent actuellement beaucoup d'argent, en lobbying et publicité, pour tenter de freiner le piratage, résultat notamment de la technique du peer-to-peer. Cet effort paraît rentable à court terme puisque divers pays adoptent actuellement des législations répressives qui enrôleront par force les offreurs d'accès dans la chasse aux fraudeurs. La répression ne s'arrêtera sans doute pas là puisque dans la foulée, les entreprises et les pouvoirs publics vont essayer d'atteindre aussi les copies de logiciels, les sites jugés dangereux pour tel ou tel motif et plus généralement tout ce qui gênera les intérêts économiques et politiques en place.

Ces législations, sur le plan de l'applicabilité, paraissent méconnaître les réalités des phénomènes de masse sur Internet. On pourra toujours réprimer, on n'empêchera rien, sauf à frapper quelques lampistes. Mais, en dehors de cet aspect des choses, le bon sens et la morale peuvent-ils défendre la répression ? On veut bien admettre la lutte contre les spams et les virus ou contre les propos délictueux, mais pas contre le partage des compétences et des savoirs qui est précisément la conquête la plus évidente de la société de l'information.

Dans un livre remarqué, "Smart mobs, the next social revolution" * le prospectiviste américain Howard Rheingold avait montré, en 2001, comment les moyens mobiles de communication, combinés avec des réseaux de plus en plus diffus et performants, allaient créer de nouvelles communautés sociales et de nouvelles activités susceptibles de bouleverser le schéma capitaliste classique. On a pu ironiser sur ces visions, en expliquant qu'il ne se passerait rien du tout, sauf une inflation assez superficielle de SMS, mais les changements sont en train de se produire sous nos yeux, y compris dans des pays où on ne les attendait pas **.

Aujourd'hui, Howard Rheingold a repris son bâton de pèlerin et met en évidence quelques-uns uns de ces changements. Il cite d'abord, en dehors du peer-to-peer, bien connu, trois catégories d'activités échappant à l'économie de marché classique et susceptibles de produire de nouvelles richesses au profit de nouvelles communautés d'utilisateurs. Le propre de ces activités est qu'elles enrôlent des gens qui apportent individuellement de la richesse, gratuitement et sans même le savoir, richesse qui bénéficie à tous. C'est le cas des éditeurs de pages web qui font des liens sur d'autres sites, liens qui sont repris, analysés et rediffusés par les moteurs de recherche tels Google.

Le second domaine cité est celui des logiciels libres. Ceux-ci représentent des millions de lignes fournies gratuitement par les développeurs bénévoles. 1% des utilisateurs acceptant de signaler un bug ou proposer une modification finissent par équivaloir à l'ensemble de la force de travail de Microsoft. Enfin Howard Rheingold mentionne les sites, éventuellement commerciaux, comme Amazon, qui accumulent et rediffusent les commentaires et propositions des lecteurs, créant ainsi de vastes bases quasi-encyclopédiques. Il évoque aussi l'encyclopédie en ligne Wikipedia, rédigée par des volontaires. Elle comporte 500.000 articles en 50 langues, alors que l'Encyclopedia Britannica dépense des millions de dollars pour fournir seulement 50 000 articles (dont la qualité n'est peut-être même pas meilleure, dira-t-on).

On objectera à Howard Rheingold qu'il se borne à reprendre le discours de ceux qui comptaient sur l'Internet citoyen pour changer les modèles économiques. Mais il ne s'est rien passé et les grandes firmes sont toujours en place, aussi arrogantes et monopolisatrices qu'avant. Il suffit de voir la pression qu'elles exercent sur l'Union européenne, par exemple, pour imposer à celle-ci la brevetabilité des logiciels. De plus, l'accent mis aujourd'hui sur l'économie "physique": tensions sur le pétrole, l'acier, les transports maritimes, suite notamment à l'emballement de la croissance en Asie, semble confirmer la perte relative d'importance de l'économie numérique. Mais Howard Rheingold répond que nous ne sommes qu'au début de la révolution silencieuse induite par celle-ci. Il prend comme exemple la télévision par Internet. L'attribution de fréquences à des émetteurs payants est dépassée. Il existe maintenant des technologies qui grâce au numérique permettent à de nouvelles catégories de broadcasts d'envoyer leurs paquets à travers le réseau au bénéfice de ceux qui voudront bien les récupérer, le tout gratuitement pour l'émetteur comme pour le receveur.

Ceci prendra toute sa portée quand des pays entiers, la Chine, l'Inde, le Brésil se serviront de ces facilités, au mépris des régulations nationales comme celles de la FCC, pour diffuser de nouveaux contenus et de nouveaux usages au sein de leurs populations, dès lors que celles-ci pourront accéder à Internet. Il faut compter dit-il, sur les centaines de millions de jeunes de 15 ans utilisant actuellement les SMS et la photo par Internet. En grandissant, ils ne s'en tiendront pas là et découvriront des utilisations beaucoup plus productives, soit dans le domaine de l'éducation et du loisir, soit pour de nouvelles formes d'activités économiques et administratives - pour ne pas évoquer le domaine des activités politiques. Pour des entreprises comme Do Co Mo au Japon qui enregistrent actuellement 100 milliards de SMS par mois, il s'agit déjà d'un revenu substantiel. Mais cela n'inclus pas toutes les retombées économiques et sociales qui en découleront.

Il s'agit d'une révolution encore silencieuse mais qui devrait inquiéter les opérateurs, constructeurs et sociétés de service classiques, notamment aux Etats-Unis, habitués à régner sans partage. Ils risquent de perdre durablement la voie des innovations pour demain.. Seuls ceux qui sauront mobiliser, à fin commerciale ou pour l'action associative et bénévole, les nouveaux médias et les nouvelles pratiques s'en tireront.

Les craintes qu'exprime Howard Rheingold à l'égard de la durabilité de l'avenir du secteur des entreprises du numérique aux Etats-Unis seraient encore plus fondées si elles étaient formulées à l'égard de leurs homologues en Europe, qui cumulent le double désavantage du retard dans les technologies du portable et du retard dans la création de contenus. Il est triste de voir que les Etats européens et surtout l'Union européenne ne prennent pas assez conscience des nouvelles tendances et s'enferment dans le soutien à des modes de production archaïque sous prétexte de protection des éditeurs et des auteurs, au lieu d'encourager l'utilisation des logiciels libres et des technologies du tout-portable.

Pour terminer par un peu de philosophie, on ne peut pas s'empêcher de voir dans l'émergence à grande vitesse des communautés intelligentes décrites par Howard Rheingold la mise en place, échappant à toute volonté humaine bien arrêtée, de super-organismes nouveaux qui vont formater le monde de demain. C'est un des aspects de la méta-transition décrite non sans raisons par les gourous du numérique, trop ignorés chez nous, faute de la culture systémique minimum qui permettrait de lire les tendances lourdes sous le désordre apparent des changements d'usage. 30/08/04

* Smart mobs : masses, foules, communautés intelligentes.
**
Rappelons par exemple la défaite du président philippin Joseph Estrada, renversé pacifiquement en janvier 2001 par une "foule intelligente" qui a organisé des manifestations en utilisant massivement des communications par textos (SMS).

- Entretien entre Howard Rheingold et Robert Hof de BusinessWeek : http://msnbc.msn.com/id/5671750/
- Les site de Howard Rheingold http://www.rheingold.com/howard/ et http://www.rheingold.com/
- Le site de Smart Mobs : http://www.smartmobs.com/
- Notre article sur le Joint Open Source Project in Asia et pour un EuroLinux : http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/eurolinux.htm


Les contorsions de certains socialistes face au référendum sur le traité constitutionnel

On pensait avoir tout vu en matière de contorsions chez les personnalités socialistes refusant de s'engager clairement dès maintenant pour le oui au projet de traité constitutionnel européen. Mais on se trompait. Le redevenu obscur Jean Glavany (qui se souvient qu'il fut ministre de l'agriculture?), après avoir soulevé tous nos espoirs en nous annonçant (Le Monde du 28/08/04, p. 12) qu'il était favorable à, je cite: "une Europe puissante, solidaire et cohérente (??)", nous fait retomber de haut en nous expliquant qu'il mettra dans l'urne un bulletin, je cite encore: "frappé du drapeau européen avec le slogan Pour l'Europe sociale", lequel sera comptabilisé comme nul. On ne doute pas que cet acte décisif, venant d'un personnage aussi important, fera l'effet d'un coup de tonnerre dans le ciel jusqu'alors serein de l'esprit du scrutateur qui dépouillera ce bulletin et s'interrogera quelques secondes (espérons-le) sur la signification du message et sur la pile dans laquelle le ranger. Mais au delà? 28/08/04


Les souris marathoniennes

C'est effectivement, comme toute la presse le souligne, une nouvelle importante que vient de faire connaître sur le site de la Public Library of Sciences Biology une équipe américano-coréenne du Salk Institute, La Jolla, sous la conduite du Dr Ronald Ewans. L'injection d'un gène dirigeant la synthèse de protéines activant le développement des muscles sollicités par les épreuves de longue durée a rendu des souris capables d'efforts doubles de ceux de souris non traitées, le tout sans conséquence apparentes sur leur état de santé. Pour être plus précis il s'agit de décrire l'" Engineered expression of the peroxisome proliferator-activated receptor delta in skeletal muscle".

C'est inutile de commenter les grandes conséquences qui pourront découler de telles recherches, sur les animaux, sur les hommes, sur les muscles de l'effort ou sur d'autres muscles et organes. On criera au scandale, mais il ne s'agit pas, semble-t-il, de processus très différents de ceux mis en oeuvre par la sélection naturelle, sur de plus longues durées il est vrai. 26/08/04

- Lire l'article http://www.plosbiology.org/plosonline/?request=get-document&doi=10.1371/journal.pbio.0020294


Un 11 septembre 2001 en Russie?

On peut s'étonner de voir la relative indifférence avec laquelle l'opinion occidentale semble (daprès la presse de ce jour) considérer le probable double attentat terroriste ayant frappé des avions russes. Ce serait en Europe occidentale que cette chose aurait eu lieu, les réactions auraient été on l'imagine sans commune mesure. Quant à celles des Etats-Unis...Pourquoi ce calme? Parce qu'il s'agit de victimes russes? Parce qu'il s'agit (sans doute) de terroristes tchetchènes, jugés moins affreux que les arabes? Parce que Poutine l'a bien cherché...Y aurait-il deux poids deux mesures? 25/08/04


Hausse du prix du pétrole

Nous devrions en France avoir toutes les raisons de nous réjouir de la hausse du prix du pétrole. D'abord parce que la France, avec son énergie nucléaire, est partiellement à l'abri et ne peut que se réjouir d'un avantage que les autres n'ont pas. D'autre part et surtout parce que cette hausse rend plus attrayants les investissements en énergies renouvelables, indispensables de toutes façons si l'Europe veut respecter les engagements de Kyoto. On dira qu'elle ne sera pas durable et qu'il est inutile de rechercher dès maintenant des solutions de remplacement. Mais on a tout lieu de penser que la fin de l'ère du pétrole, annoncée par des experts très sérieux, est effectivement à envisager sérieusement. Il n'est que temps de s'y préparer.

On dira que la hausse du pétrole risque de provoquer un arrêt dans la croissance mondiale, déjà bien faible. Mais où cet arrêt risque-t-il de se manifester en premier? Aux Etats-Unis. Si évidemment l'Europe restait à la remorque de la politique économique américaine, elle pourrait en souffrir. Mais si elle se saisissait de cette occasion pour se distinguer de la croissance à l'américaine, se serait excellent. Les Verts le disent et le répètent (peu repris il faut le noter par le reste de la gauche), une croissance fondée sur la consommation à tout va du pétrole et des industries mécaniques ne présente aucun intérêt. Si les prix des billets d'avion augmentent, il y aura un peu moins de tourisme, les délocalisations seront plus coûteuses, et alors ? Si les Etats-Unis éprouvent des difficultés économiques les obligeant à se serrer un peu la ceinture, qui s'en plaindra ?

Mais encore une fois, l'Europe ne pourra découpler son économie de celle des Etats-Unis que si elle investit dans des domaines à la fois producteurs de croissance immédiate et d'économies à long terme : les réseaux ferrés, les énergies renouvelables, les économies d'énergie. L'Europe du Nord semble bien avoir compris l'enjeu. Mais tant que la France restera les yeux fixés sur le Dow Jones, et le gouvernement tétanisé à la moindre initiative de dépense, il ne se passera pas grand chose en Europe. 26/08/04


Faune sauvage

Manifestement, tous les observateurs occidentaux qui prennent le risque de savoir ce qui se passe effectivement dans les parcs naturels d'Afrique, que ce soit à l'Ouest ou à l'Est, disent la même chose. Le braconnage organisé, conduit par des gangs armés militairement vendant les produits d'abattage aux riches acheteurs d'Asie, est en train de devenir incontrôlable. S'y ajoute la consommation de viande dite de brousse par les villageois massés aux frontières des parcs, tolérée sinon encouragée par des gardiens plus ou moins corrompus. Il ne restera sans doute dans quelques années que les quelques animaux transportés dans des zoos, où ils mourront de diverses maladies, sinon d'ennui.
Tout ceci est absolument décourageant. Mais il faut se dire que l'on ne voit que ce qui touche la grande faune. Des milliers d'espèces plus petites mais tout aussi utiles à l'écosystème disparaissent parallèlement, oiseaux, insectes et végétaux. Par contre, ce qui est rassurant ( ?) de nouveaux virus se cessent d'apparaître. On se prend à penser que s'ils pouvaient ratiboiser la moitié de l'humanité, la vie sur Terre ne s'en porterait que mieux.
PS : qu'on ne m'écrive pas pour me dire que je m'égare, je le sais. 25/08/04


Les loups

L'acharnement de la majorité actuelle contre les loups est vraiment révoltant. On me dira que, bien à l'abri derrière mon ordinateur, je n'affronte pas ces monstres déchaînés dans les montagnes. Mais en fait, face aux lobbies des éleveurs de brebis, à mettre dans le même panier que les chasseurs, chirurgiens et autres gaspilleurs des ressources naturelles, le gouvernement cède à l'électoralisme le plus vile. Rappelons que les loups n'inquiètent personne, ni en Italie ni en Espagne. Mais dans ces pays, les locaux n'ont pas décidé de s'approprier les espaces sauvages, en y relâchant sans protection leurs troupeaux. Les montagnards y survivent pourtant aussi bien qu'en France. Quant à moi, par mesure de protestation, je vais m'abonner au mouton néo-zélandais, un peu gras certes mais qui n'inscrit pas de loups à son tableau de chasse. 24/08/04


Le libre-arbitre est une illusion

Un livre récent, qui nous a paru remarquable à de nombreux points de vue, traite du libre-arbitre, parmi les vingt problèmes non résolus auxquels se heurte la science contemporaine [John Vacca, The World's 20 Greatest Unsolved Problems Prentice Hall 2004]. Pour l'auteur de ce livre, qui a consulté de nombreux scientifiques, le libre-arbitre est effectivement une illusion. Nous sommes déterminés en tout, selon des modalités que les neurosciences font de plus en plus apparaître. Il en déduit que toutes les législations fondées sur le concept de responsabilité des individus, accompagné de sanctions en cas de dérogations aux règles, devraient être repensées. Il ne s'agirait pas de ne pas sanctionner. Les règles et les sanctions sont indispensables à la survie des sociétés. Elles existent de fait dans les super-organismes animaux . Par contre, la culpabilité dont on charge les déviants aux règles, en cherchant à les convaincre qu'ils auraient pu faire le Bien au lieu de faire le Mal, ne présente que des inconvénients. Il vaudrait mieux s'en prendre aux causes, innombrables malheureusement, qui les ont déterminés à se comporter de façon asociale. Ce point de vue, sous la plume d'un auteur américain, dans une société de plus en plus moralisante, est intéressant. 24/08/04


La fin programmée de l'Empire

Voici maintenant qu'Alexandre Adler annonce la fin de l'expansion américaine et le retour au monde multipolaire si souvent évoqué par la diplomatie française. C'est dans "L'Odyssée américaine ", chez Grasset. Il faut lire le livre, ne fut-ce que pour le discuter, car les prévisions dans ces domaines sont fragiles. Déjà Emmanuel Todd avait annoncé (Après l'Empire), quelque chose d'analogue, qui ne se produit pas très clairement. La question, nous semble-t-il, n'est pas de savoir si la puissance américaine reculera, car ce sera quasiment obligé avec la montée en puissance de la Chine et de l'Inde. La question est, notamment pour nous, de savoir si elle reculera suffisamment vite pour qu'elle cesse de fasciner l'Europe au point de retirer à celle-ci toute velléité de puissance pour son compte.
L'Europe est comme un chacal. Tant que le gros éléphant garde toute sa vigueur, elle rentre sous terre. Elle ne commencera à prendre confiance en elle que lorsque ledit éléphant se sera bien empêtré dans les tourbières où il s'aventure. Mais ce n'est pas encore le cas. Tous ceux qui prédisent l'enlisement et la perte d'influence oublient l'immense avance scientifique et technologique dont se sont dotés les Etats-Unis, accompagnée de tout le dispositif culturel et diplomatique qui leur permet de dominer non pas le monde, mais ce qui comptera dans le monde de demain. C'est aujourd'hui le pouvoir néo-conservateur et chrétien évangéliste qui bénéficie de tout cela, mais il ne faut pas se faire d'illusion, rien ne changera au fond si John Kerry et les démocrates prennent le relais.
Il est vrai que nos analystes politiques, en Europe et plus particulièrement en France, ignorent pratiquement tout de ce qui concerne les sciences et les pouvoirs qu'elles confèrent aux rares Etats qui en ont compris l'enjeu pour la survie. 24/08/04

PS au 290/08/04. Suite aux reportages publiés par Le Monde de ce jour et consacrés au fondamentalisme évangélique américain, je me demande si la fin de l'Empire ne viendra pas des excès de celui-ci, véritablement insupportables pour un esprit européen. On peut évidemment craindre, comme le dit Alfred Ross, directeur du Centre d'Etudes pour la démocratie, The Institute for Democracy Studies*, cité par Le Monde, que la conjonction de ces furieux **(qui seraient plus de 30 millions) et du pouvoir militaro-industriel et politique néo-conservateur leur permette de mettre durablement la main sur le potentiel industriel et scientifique des Etats-Unis. Alors on risquerait de voir se mettre en place pendant des décennies une dictature morale et politique à côté de laquelle celles de l'Argentine et du Chili paraîtraient bien pâle. Mais on peut penser que, sauf à déclencher des guerres atomiques pour se maintenir au pouvoir, une telle dictature néo-conservatrice finirait par céder devant la coalition des opposants intérieurs et surtout extérieurs, qu'il s'agisse d'autres fondamentalistes (la guerre des civilisations) ou de pays souhaitant profiter des excès de l'Empire pour accélérer sa chute; pays d'Asie et peut-être, pays européens.

* The Institute for Democracy Studies http://www.institutefordemocracy.org/ . On lira avec profit le dernier livre de IDS, sont le titre parle tout seul: The Assault On Diversity: An Organized Challenge to Racial and Gender Justice. Cela, c'est l'Amérique telle qu'on l'estime.
** Voir par exemple la Mc Lean Bible Church http://www.mcleanbible.org/home_flash.asp ou les Promise Keepers http://www.promisekeepers.org/ ou encore Priests for Life, organisation intégriste anti-avortement http://www.priestsforlife.org/

 


L'influence de la France dans l'Union européenne

Il est certain que la France par sa maladresse presque volontaire (celle principalement du président Chirac) n'a rien fait pour disposer d'une audience convenable auprès de la Commission européenne (alors, comme nous l'avions indiqué précédemment, qu'elle avait une carte à jouer importante avec l'excellent Pascal Lamy). Mais ce qui est fait est fait. Même si le Commissaire aux Transports, plein de bonnes intentions mais effectivement ne parlant pas anglais, ce qui est pour le moins curieux, ne pourra pas faire grand chose pour à lui seul redresser l'audience de notre pays, bien d'autres possibilités restent offertes. Si vraiment la majorité, comme l'opposition, voulaient vraiment privilégier la construction européenne, il faudrait faire feu de tous bois, par exemple, envoyer à Bruxelles des fonctionnaires ardemment désireux de construire l'Europe en commun avec leurs collègues des autres pays...et, bien entendu jeunes et compétents (n'insistons pas). De même les députés européens élus par la France devraient se mobiliser pour non seulement assister aux séances du Parlement et participer aux commissions, mais faire assaut d'idées et de créativité, plutôt que comme certains préparer leur retour en France. Enfin, dans le domaine crucial de la Recherche européenne, le gouvernement devrait aider beaucoup plus qu'il ne le fait les laboratoires et industriels français à participer aux appels d'offres, plutôt que multiplier à leur égard les difficultés bureaucratiques. Ajoutons pour terminer (bien que le sujet soit loin d'être clos) qu'un bon dépoussiérage et un passage à l'heure des réseaux de la Représentation Permanente française et plus généralement de tout le dispositif administratif français nous interfaçant avec l'administration communautaire, à commencer par le SGCI ( Secrétariat général du comité interministériel pour les questions de coopération économique européenne) seraient indispensables. Je ne parle même pas des gens de la direction du budget toujours prompts à bloquer la moindre initiative, sous prétexte d'éviter les dépenses mais en fait le plus souvent pour assurer leur pouvoir sur le reste de l'administration. 22.08/04 -


Risque de raz de marée géant

Le Professeur Bill McGuire du Benfield Grieg Hazard Research Centre ( University College London, Grande Bretagne) attire l'attention de la communauté scientifique sur le risque de voir un raz de marée géant submerger les côtes africaines, européennes de l'ouest et américaine, suite à l'effondrement dans la mer d'une partie du volcan Cumbre Vieja aux Canaries. Ce morceau d'ile paraît de plus en plus instable. De plus, une éruption toujours possible pourrait contribuer à provoquer sa chute. Le professeur estime que les gouvernements ne prennent pas assez au sérieux ce risque, qui pourrait provoquer des millions de morts, suite à des vagues de dizaines de mètres traversant l'atlantique à la vitesse d'avions à réaction. C'est un des Global Geophysical Events ou Risques Géophysiques de grande ampleur que, selon les experts, les gouvernements devraient prendre au sérieux, au moins autant que les risques terroristes. Mais dans le cas du Cumbre Viejo, que pourrait-on faire ? Surveiller ? Oui. Evacuer ? Illusoire. 19/08/04

- Benfield qui sponsorise le BGHR est un groupe de conseil en réassurance travaillant dans le domaine des risques majeurs. On peut espérer qu'il ne tire pas la sonnette d'alarme, via le Pr Mc Guire, uniquement pour des raisons économiques. Voir le Benfield Grieg Hazard Research Centre http://www.benfieldhrc.org/


Des remèdes pour faciliter l'élimination de produits radioactifs disséminés par des " bombes sales "

Les Etats-Unis s'orientent tout doucement vers l'éventualité d'avoir à lutter contre les effets de " bombes sales " terroristes frappant leur territoire (ainsi que ceux provenant d'accidents sur les centrales). La Food and Drug Administration vient d'approuver la mise sur le marché de médicaments destinés à faciliter l'élimination des plutonium, americium ou curium qui seraient disséminés par de telles armes. Il s'agit d'éléments radioactifs contaminants par contact ou inhalation, dont il faut débarrasser l'organisme au plus vite afin d'éviter des cancers à long terme. Que faudrait-il faire en Europe à cet égard, concernant non la protection des personnels exposés déjà prévue (du moins on l'espère) mais celle du grand public ? Rien du tout, ce qui serait évidemment dramatique en cas de survenance effective d'un attentat pouvant toucher des milliers de personnes et rendre invivables pendant des années les sites frappés ? Préparer des stocks importants de décontaminants, au risque de rendre crédible sinon même de précipiter un attentat à la bombe sale ? On peut craindre en effet que, dans le domaine du terrorisme, imaginer un risque suffit parfois à provoquer l'événement. Il existe assez d'isotopes radioactifs en circulation, accessibles à des déséquilibrés pour que ceci ne soit pas impossible - sans parler du chantage à la bombe imaginaire. 19/08/04

- Voir ABCNews http://abcnews.go.com/wire/Living/ap20040811_1043.html


Des nanosystèmes au service d'armes nucléaires miniaturisées

Le Jane's nous informe des projets du département de la défense américain visant à utiliser des nanodétonateurs et autres nanosystèmes pour miniaturiser à l'extrême les futurs explosifs atomiques jugés nécessaires dans la lutte anti-guerilla ou contre des bunkers très protégés. Ce seraient là les nouvelles versions des mini-nukes auxquels travaillent les spécialistes de l'armement nucléaire. On estime que de tels nanodétonateurs, introduits dans des obus, seraient non seulement plus petits mais plus robustes que des systèmes plus classiques, sans perdre leur capacité à déclencher l'explosion de la charge atomique proprement dite. Il s'agirait d'une avance importante dont bénéficieraient les armées américaines, dès lors que l'utilisation d'armes atomiques, même miniaturisées (1 à 5 kt quand même!), serait admise - ce qui relancerait évidemment de façon sûrement incontrôlable la prolifération. D'autres perfectionnements sont envisagés, notamment dans le domaine des isomères nucléaires. 19/08/04.

- Voir Researching the weapons of the future: ‘micro-fusion’ weapons, par Andy Oppenheimer http://www.janes.com/regional_news/americas/news/jcbw/jcbw040813_1_n.shtml

 


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10308