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La Gazette N° 101 en date du 31 juillet 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi dans Automates Intelligents:
Miora Mugur-Schächter. Interview. http://www.automatesintelligents.com/interviews/2004/juin/mugurschachter.html


 

Le Livre Blanc sur le vin et sur son prétendu rôle protecteur de la santé

Le gouvernement semble sur le point de céder au lobby du vin en obéissant aux véritables diktats du groupe de travail ayant remis un Livre Blanc (je dirais plutôt Rouge vinasse) destinée à relancer la publicité sur le vin, avec des arguments pseudo-médicaux établissant son rôle protecteur en matière de santé publique. Ceux qui consomment raisonnablement du vin n'ont aucun besoin de publicité pour ce faire. Tout message public, surtout diffusé avec l'approbation parlementaire et gouvernementale, agira inévitablement comme une incitation à la consommation par des catégories de population déjà menacées par l'alcool. Le gouvernement actuel a tenu bon contre le lobby automobile, qui voulait éviter la lutte contre la violence routière. Il a finalement renoncé à céder au lobby alimentaire, grand défenseur de l'obésité en milieu scolaire. Il se déconsidérerait en cédant au lobby du vin. Si on veut que le citoyen ait du respect à l'égard de ses gouvernants, ceux-ci doivent savoir affronter l'opposition des intérêts privés s'en prenant à l'intérêt général. 30/07/05


Preparing for emergencies. What you need to know

Préparez vous face aux risques urgents. Ce que vous devez savoir. Tel est le titre d'une brochure que le MI5, autrement dit le Security Service britannique, vient de distribuer à 20 millions de citoyens du Royaume-Uni. Le document est également disponible sur Internet, y compris dans les langues régionales (écossais, gallois, etc.). Il recommande différentes mesures permettant de faire face quelques jours à une urgence d'une certaine ampleur: attentat, risque industriel, épidémie, etc. Les foyers devront notamment se doter de stocks d'eau, nourriture, vêtements, et plus généralement se préparer au pire.

Certains, notamment en France, critiquent cette démarche, qui disent-ils risque de créer des psychoses. Mais nous pensons qu'ils ont tout à fait tort. Les pouvoirs publics qui ne préparent rien font courir aux citoyens des risques graves. Ils sont donc coupables. Certes, les mesures préconisées paraîtront soit inutiles (en cas d'attaque majeure) soit superflues (on se souvient des gens qui faisaient construire des abris anti-atomiques dans leur jardin). Mais elles représentent une moyenne de bon sens. Il suffit de penser aux résidents des zones dites Sévéso. Que feraient-ils sans eau et vivres en cas de confinement prolongé, chose tout à fait possible, voire qui se produira certainement un jour quelque part. Le gouvernement britannique assure pour sa part que les prochains mois ne se passeront pas sans attentat majeur sur la Grande-Bretagne. En ce cas, il est de leur devoir de préparer les populations.

Pour ce qui concerne les français, ils pourront toujours télécharger la brochure anglaise, disponible à l'adresse suivante: http://www.pfe.gov.uk/pdfs/index.htm. Si l'un de vous m'envoyait une bonne traduction du document, je serais heureux de la mettre en ligne sur ce site. 27/07/04


Le Singularity Institute for Artificial Intelligence

La sortie du film I Robot est une bonne occasion donnée aux organismes qui étudient l'Intelligence Artificielle Evolutive de se faire connaître. On peut ainsi découvrir l'existence d'un Institut nommé Singularity Institute for Artificial Intelligence. Son objectif est de réfléchir aux implications de ce que certains philosophes des sciences américains appèlent la Singularité : une période, dans laquelle nous entrons, où les progrès des machines pensantes capables d'auto-apprentissage et d'auto-développement, sans les limites que connaît le cerveau humain, viendront en compétition avec nous. Ceci peut s'envisager dans le cadre de scénarios catastrophes, mais les hommes pourraient au contraire profiter de ces nouvelles possibilités des machines pour résoudre enfin les innombrables problèmes qui paralysent actuellement la croissance de l'espèce humaine. C'est ce à quoi vise l'Institut précité. On ne peut que souscrire à de tels objectifs. Du coup, je me suis abonné à leur lettre mensuelle d'information. 26/07/04

- SI for AI: http://singinst.org/index.html


Le Forum Innovations Report

Ceux qui ne connaissent pas encore ce forum consacré à recenser les innovations scientifiques et industrielles doivent rapidement le mettre dans leurs favoris. Il s'agit d'une action sponsorisée par un nombre impressionnant de groupes principalement allemands (voir la liste à gauche des pages). Les thèmes sont du plus grand intérêt.

On lira par exemple un article citant la découverte récente des possibilités des fullerènes pour conserver en état de superposition quantique des molécules dans des nanoparticules de carbone (Buckminsterfullerene ou “Buckyballs”), assez longtemps pour réaliser des milliers d'opérations avant décohérence. Le procédé a été développé par le Department of Material Science de l'Université d'Oxford. Il pourrait s'agir d'une avancée notable dans la voie de l'ordinateur quantique. 26/07/04

-Voir l'article http://www.innovations-report.com/html/reports/physics_astronomy/report-31300.html


Blinkx

Vous serez peut-être intéressés, au moment ou Google vient en bourse, par ce nouveau moteur de recherche http://www.blinkx.com/overview.php
Voir aussi http://www.guardian.co.uk/online/story/0,3605,1260983,00.html
Suis-je un naïf qui tombe dans tous les panneaux ou faut-il tester le téléchargement gratuit, quitte à introduire un loup dévorant dans la bergerie? 26/07/04


ETC Group

Le Groupe canadien ETC, Action Group on Erosion, Technology and Concentration (http://www.etcgroup.org/about.asp) milite en faveur du développement durable et de l'usage responsable des technologies. Il n'est pas sans intérêt de parcourir son site (en plusieurs langues dont le français). Le groupe vient de publier un dossier reprenant les mises en garde précédente relatives aux risques découlant de la dissémination de nanoparticules (risque dit en anglais grey-goo). http://www.etcgroup.org/article.asp?newsid=470

Le lecteur confronté à ces publications est toujours en droit de de demander qui finance ou pour qui exactement "roule" l'éditeur. Ceci n'apparaît pas clairement, mais ne retire rien à l'intérêt intrinsèque des textes ou des thèmes mis en discussion. 26/07/04


Le rapport de l'AFSAA sur les OGM

Au moment ou José Bové, Noël Mamère et autres sympathiques ou moins sympathiques irresponsables continuent à s'en prendre aux cultures expérimentales d'OGM, l'Association française pour la sécurité alimentaire des aliments vient de publier une étude réalisée sur 4 cas d'OGM, par compilation de la littérature scientifique existante. Il ne s'agit donc pas d'une étude originale menée à partir d'expérimentations de terrain sur commande de l'Afsaa. Mais les résultats en sont néanmoins intéressants. D'une façon générale, l'Afsaa conclut que les connaissances actuelles tant sur les aspects bénéfiques durables que sur les effets nuisibles sont insuffisantes pour définir une politique précise de développement des OGM. Aucun péril immédiat n'est néanmoins signalé.

L'Afsee recommande une démarche de bon sens: traiter les OGM comme on le fait depuis longtemps des médicaments, autrement plus dangereux s'ils ne sont pas prescrits avec précautions. Ceci veut dire multiplier les études et tests avant mise sur le marché. Les sociétés multinationales de bio-génétiques ne le font certainement pas assez, non plus que les laboratoires publics. Raison d eplus pour ne pas s'en prendre aveuglément aux cultures expérimentales.

Nous sommes persuadés en ce qui nous concerne que l'ingénierie génétique, tant dans le végétal que dans l'animal, ne cessera de se développer, de même que l'ingénierie pharmacologique et plus généralement toutes les recherches concernqnt le vivant. Refuser cela et refuser en conséquence les mesures permettant d'inclure ces nouvelles recherches dans le mouvement général d'acceptation des produits des sciences serait consternant. 26/07/04

- Le rapport http://www.afssa.fr/ftp/afssa/2004-SA-0246-B%E9n%E9fices-OGM.pdf


Pour l'Europe, une seule solution, voter oui au référendum, sans même examiner le projet de traité

Ceux qui font la fine bouche devant le projet de traité constitutionnel qui sera soumis au référendum l'année prochaine, et se demandent gravement si tel ou tel dispositif est ou non compatible avec leurs convictions européennes, se moquent du monde. Ils savent très bien que ce texte, fruit de compromis laborieux, ne sera pas réécrit, même à la demande de quelques gouvernements. Il faut donc le prendre tel qu'il est. Ils savent également que s'ils votent non, ils prendront le risque d'un recul historique de la construction européenne - qui, soit dit en passant, sera très bien accueilli par les Etats-Unis et autres blocs politiques qui ne souhaitent pas voir l'Europe émerger sous forme d'une puissance politique.

Ce matin 22 juillet, Valéry Giscard d'Estaing expliquait comment les électeurs pouvaient s'informer sur le détail des dispositions d'un texte réputé difficile. Il est bien bon, mais dans l'esprit de ce qui précède, nous dirions que les électeurs n'ont aucun besoin de regarder le texte, puisqu'ils n'y changeront rien. Ce n'est pas non plus la lecture du texte qui les amènera à savoir s'ils sont favorables ou pas à son adoption. Ils n'ont qu'une seule question à se poser : suis-je pour la poursuite de la construction européenne ou pour l'arrêt et le retour en arrière. Dans le premier cas, je vote oui. Dans le second (ce qu'à Dieu ne plaise, car il faudrait être vraiment suicidaire pour agir ainsi) je vote non, et je n'ai plus que mes yeux pour pleurer. 22/07/04


Bonus-Malus

Quelle que soit la sympathie de principe que l'on puisse avoir pour une mesure visant à augmenter (d'ailleurs légèrement), le coût à l'achat des véhicules gros consommateurs de carburants, prétendre décider une telle mesure dans un seul pays de l'Union européenne relève de l'aberration bien française qui consiste à se croire seul au monde avec ses bonnes idées. Comme ceci ne peut que prendre la forme de mesures protectionnistes défavorisant les grosses cylindrées dont l'industrie allemande est particulièrement productrice, il fallait bien se rendre compte que, pour un motif certes honorable, on engageait une guerre politique et économique avec l'Allemagne, notre meilleure alliée en Europe - sans parler du fait que l'on s'asseyait intrépidement sur le principe qui est à la base des échanges intra-européens, celui de la non-discrimination (je ne parle même pas de l'OMC).

La seule façon de faire serait de négocier une telle mesure au niveau des 25, et pas seulement d'ailleurs dans le domaine des véhicules de tourisme, mais dans celui du transport routier. Une telle négociation n'aboutirait pas, dira-t-on fort justement. Certes, mais c'est bien parce que l'Europe dans son ensemble n'a pas encore pris conscience de son devoir plus global d'action en faveur de l'environnement et des sacrifices à consentir à cette fin, compensés il est vrai par les retombées positives qu'une telle détermination pourrait lui apporter. C'est là qu'il faut se battre, avec peut-être plus de chances de succès qu'en attaquant frontalement des intérêts bien organisés.

Ceci dit, rien n'empêche en attendant l'action psychologique. Je suis pour ma part tout à fait d'accord pour considérer les acheteurs de grosses cylindrées et autres 4/4 urbains, comme des beaufs arriérés, voulant compenser ce qui leur manque, dans la tête et ailleurs, par des effets d'esbroufe mécanique. 22/07/04


Décentralisation

Quand entendra-t-on les gens voulant vraiment réussir une décentralisation administrative productrice de véritables économies et simplifications, défendre l'idée de supprimer les départements (et les cantons dans la foulée). Mme Ségolène Royal a émis, timidement, cette idée lors du 7/9 de France Inter le 22 juillet. Qu'attendent les socialistes dans leur ensemble, et les autres, pour la soutenir fortement, plutôt que faire de l'obstruction sans aucun effet positif au Parlement ? 22/07/04

NB: je parle de suppression des départements et cantons comme circonscriptions administratives grandes consommatrices de ressources et pratiquement inutiles, non du nom et de l'entité culturelle que certains départements peuvent encore incarner. Ceux-ci disparaîtront bien d'eux-mêmes.


L'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne : l'auto-association stabilisatrice

A propos de la visite à Paris du Premier ministre Turc: sans vouloir comparer strictement les phénomènes d'auto-organisation au niveau biologique et au niveau politique, il faut évoquer le phénomène baptisé d'auto-association stabilisatrice pour conjurer les peurs fantasmées que provoque chez certains les perspectives d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Ce terme a été inventé par le " physiologiste intégrateur " Gilbert Chauvet, qui y voit une des grandes lois de l'évolution des organismes vivants. Des organismes complexes se créent par association d'organismes plus simples, aux propriétés différentes les unes des autres. Loin de voir ces partenaires déséquilibrés par cette association, on constate d'une part qu'ils se stabilisent du fait de leur union, mais aussi qu'ils donnent naissance à un nouvel organisme lui même plus stable, plus " durci ", c'est-à-dire mieux adapté aux contraintes de l'environnement. C'est ainsi que l'on explique l'apparition des différents organes caractéristiques des cellules complexes (par exemple les mitochondries) par association d'une cellule plus simple avec certains virus.

Comparaison n'est pas raison. Mais c'est exactement ce qui semble s'être produit au fur et à mesure de l'entrée de nouveaux membres dans l'Union. Ils ont stabilisé leurs fluctuations politiques, économiques et monétaires, tandis que l'Union se renforçait du fait de leur arrivée. Il est très probable que le même phénomène se produira avec l'entrée de la Turquie - celle-ci n'est pas si différente des autres pays européens que son arrivée puisse avoir l'effet contraire, faire imploser l'Union des 25 autres. 20/07/04


Manque de transparence à l'Agence Spatiale Européenne

On a beaucoup glose sur le manque de transparence de la gestion de la NASA, qui a été en partie responsable de sa perte de popularité, suivie de la baisse de ses crédits et des projets de privatisation de certaines applications. Mais les spécialistes européens de l'espace reprochent à l'Agence Spatiale Européenne le même défaut, à une toute autre échelle il est vrai. Ceci vient du fait que l'échec de l'atterrisseur martien Beagle 2, largué sans succès par la sonde européenne Mars Express (laquelle, heureusement, se porte bien) n'a pu être clairement expliqué. On a reproché aux britanniques, presque exclusivement impliqués dans ce projet, d'avoir refusé une enquête ouverte. En fait, une commission d'enquête a été mise en place. Elle a critiqué le management du projet, le manque de tests et surtout le manque de temps et d'argent. Elle a fait 19 recommandations visant à éviter le renouvellement de tels échecs. Mais le rapport complet n'a pas été rendu public. C'est dommage. Il est évident que l'ASE-ESA n'obtiendra le soutien des opinions et des gouvernements que si elle démontre en permanence, comme elle l'a fait, dans d'autres programmes, son excellence gestionnaire.

L'échec de Beagle 2, comparé au succès à ce jour du tandem américano-européen Cassini Huygens sur Saturne et Titan, a permis aux analystes de rappeler que l'on ne peut faire du spatial sans d'importants moyens financiers, beaucoup de temps de développement et de tests complétés d'une excellente gestion coopérative. C'est ce dont avait bénéficié ce dernier programme Cassini, avant que la NASA ne s'engage il y a quelques années dans une politique jugé aujourd'hui désastreuse, dite du moins cher, plus vite et plus efficace, qui n'a guère fait ses preuves.
Il faut se souvenir de cette nécessité, lorsque l'on discute au niveau des gouvernements européens des budgets de l'ASE. A rien ne sert de vouloir faire des économies si celles-ci mettent en danger l'essentiel des missions. 20/07/04


Déroute informatique dans la réforme de l'Etat ?

On sait que la Loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001 dite LOLF cache sous son aspect énigmatique un véritable pas en avant dans l'introuvable réforme de l'Etat, toujours annoncée, toujours repoussée. (Voir http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/reforme/LOLF17fev03.PDF) . Elle organise en effet la possibilité de définir des objectifs fonctionnels affichés par les services, dans le cadre desquels un certain regroupement de la gestion des moyens et une certaine pluri-annualité seraient autorisés. Un peu plus de responsabilité, un peu plus de souplesse et, on pouvait l'espérer, un peu plus d'efficacité… Malheureusement, tout ceci reposait sur la réécriture des applications informatiques de la comptabilité publique, en liaison avec celle des ministères (projet Accord et ses suites). Le ministère des Finances s'est lancé avec une telle maladresse dans ce vaste projet qu'aujourd'hui, tout paraît bloqué et que les services concernés envisageraient sérieusement d'en revenir plus ou moins totalement à une gestion manuelle…ce qui paraît une plaisanterie quand on connaît la complexité des opérations budgétaires et comptables. Ajoutons que la direction du budget, qui n'avait jamais accepté de voir diminuer ses responsabilités de contrôle a priori dans le cadre de l'annualité et d'un respect strict des compétences traditionnelles, fait tout ce qu'elle peut pour enlever toute portée à la Loi, en introduisant diverses procédures de contrôle qui n'étaient en rien prévues par celle-ci.

La conclusion de ceci est que, si réforme il y a, elle ne verra pas le jour, en pratique, avant 2007 à 2009…dans les meilleures des hypothèses. On peut se demander pourquoi un grand ministère, disposant de si nombreux moyens humains de toutes catégories (sans parler d'une Inspection générale des Finances que le monde nous envie) s'enfonce dans de tels échecs, comme la première PME venue abandonnée par son informaticien. Les réalistes sont convaincus qu'en réalité, l'administration française ne veut pas se réformer, ceci depuis le sommet des hiérarchies jusqu'aux employés d'exécution. De plus, aucun Premier ministre, aucun ministre ne veut s'engager, tant qu'il est en fonction, dans des projets de réforme, dont il ignore d'ailleurs les tenants et les aboutissants. Discourir, oui. La collection des discours réformateurs prononcés en interne par l'actuel ministre Nicolas Sarkozy est un véritable morceau d'anthologie, qui devrait être gravé en lettres d'or au fronton de Bercy. Mais mener des actions à long terme, il n'y a plus personne. 20/07/04


Lynndee England

Quitte à surprendre mes chers lecteurs, je dirais que j'éprouve une espèce de croissante sympathie pour la soldate américaine Lynndee England. Non pas que j'approuve le moins du monde sa participation à des actes de torture à l'égard de prisonniers irakiens. Mais je trouve qu'elle fait montre par ailleurs d'un tempérament et d'une joie de vivre qui transparaissent dans ses photos et qui nous changent agréablement des femmes de notables figées dont l'establishment américain se délecte (du style de Mrs Clinton, très estimable par ailleurs...). On retrouve en elle, semble-t-il, la tradition des joyeuses commères qui avaient fait la réputation de la Old and Merry England du 17e siècle, dont elle porte d'ailleurs vaillamment le patronyme - celles-là mêmes que les puritains et pisse-vinaigre de l'époque avaient fini par éliminer, le cas échéant en les brûlant comme sorcières. Aujourd'hui, on voit tous les bien-pensants tomber à bras raccourci sur la pauvre Lynndee, son dernier crime, pire sans doute que les autres, étant d'avoir posé nue et, dit-on, in actu, sur des photos qui circuleraient dans les milieux bien informés. On sent que tous les impuissants et misogynes de la société américaine vont s'en donner à cœur joie et satisfaire leurs instincts sadiques en suivant le procès et la condamnation de la soldate. Je propose pour ma part que la France lui accorde l'asile politique. Ceci n'est pas qu'une "private joke" .13/07/04


Un plaidoyer bien argumenté en faveur des énergies renouvelables

Beaucoup de ceux qui, en Occident, soutiennent le développement des énergies renouvelables en remplacement des énergies fossiles doutent encore que les premières soient réellement capables de faire face aux besoins croissants en énergie, même compte tenu d'hypothétiques campagnes d'économies. Certains, dont nous-mêmes, pensons que, sans le nucléaire, le défi n'est pas tenable. On lira avec d'autant plus d'intérêt le rapport tout récent (juin 2004) de la New Economics Foundation (NEF) intitulé The price of power: Poverty, climate change, the coming energy crisis and the renewable revolution. Ce rapport doit absolument être étudié (un de plus). Il est disponible en pdf sur le site de la NEF (http://www.neweconomics.org/gen/z_sys_publicationdetail.aspx?pid=182)

La NEF est un Think Tank indépendant, basé en Grande Bretagne, constitué d'experts militants pour les solutions alternatives au développement capitaliste actuel. Elle a été fondée, en 1986 par les responsables du TOES (The Other Economic Summit). Le rapport explique que deux dangers majeurs menacent le monde actuellement, le réchauffement climatique et la pauvreté croissante du tiers-monde. Or le principal facteur contribuant à ces calamités est la volonté des pays riches de continuer à exploiter et faire exploiter les combustibles fossiles, malgré d'ailleurs les risques de diminution rapide des réserves de pétrole. N'envisage-t-on pas actuellement d'extraire (à grand frais et grands risques) du méthane des hydrates de méthane océaniques.

Le rapport montre au contraire que la multiplication de petits projets permettant d'obtenir de l'énergie localement, sans coûteux réseaux de distributions (grids) à partir de multiples sources, résoudrait sans difficulté les besoins à venir, largement au-delà d'ailleurs des estimations actuelles relatives à la croissance de la consommation. Les experts de la NEF ont fait des études aux résultats assez stupéfiants. Ils montrent, par type d'énergie, le rapport entre les usages actuels, le potentiel possible avec les technologies du moment et le potentiel théorique en fonction de technologies qui devraient être disponibles dans les prochaines décennies, si celles-ci sont développées. Les chiffres sont les suivants (en joules puissance 18 par an):
Hydroélectricité : 10, 50, 150
Biomasse : 50, 250, 2900
Energie solaire : 0,2, 1600, 3.900.000
Energie éolienne : 0,2, 600, 6.000
Géothermie : 2, 5.000, 140.000
Energie des marées : 0, 0, 7.400
On pourra sans doute contester ces chiffres, notamment ceux de la 3e colonne. Néanmoins, ils méritent d'être pris en considération et mieux connus.

Tout ceci n'est pas du rêve. Le rapport cite de nombreux exemples, pris notamment en Inde, Bangladesh, Chine et même Afrique, où de petites exploitations financées parfois avec les techniques du micro-crédit, permettent déjà de répondre aux besoins courants, en évitant l'achat et le transport à dos d'homme de jerricans de pétrole.

Même si, comme en France, on estime devoir continuer à poursuivre l'effort d'investissement dans les centrales nucléaires de nouvelle génération, l'étude et l'encouragement de telles applications devrait devenir une priorité, tant pour les actions de coopération technique que dans l'objectif de développer les technologies et industries capables de contribuer à équiper les pays pauvres, en attendant que ceux-ci aient pris le relais.

Voici aussi de grandes perspectives qui mériteraient d'être proposés aux européens par leurs dirigeants et ceux de l'UE. On en est loin. Regrettons en passant que les Verts français, plutôt que proférer des imprécations à tout va, ne publient pas ou ne fassent pas connaître et discuter de telles études, au profit d'un large public. 12/07/04

- NEF http://www.neweconomics.org/gen/
TOES http://www.ee.upenn.edu/~rabii/toes/


Le rapport du Sénat sur le rôle de la recherche comme moteur économique

Au moment où l'on discute de l'impact de la recherche scientifique sur la souveraineté technologique européenne (Voir notre colloque www.europe-puissance-scientifique.org) il est indispensable d'étudier le rapport du Sénat sur " Les incidences économiques d'une augmentation des dépenses de recherche en Europe ". Ce rapport, réalisé sous la direction de Joël Bourdin, sénateur de l'Orne, UMP, pour la compte de la délégation du Sénat pour la planification, qu'il préside, a été déposé le 30 juin 2004 et est disponible sur le web : http://www.senat.fr/rap/r03-391/r03-391.html.

Il faut féliciter Joël Bourdin d'avoir eu cette initiative et d'avoir réussi à produire un document si complet et bien documenté. On ne partagera pas nécessairement toutes ses analyses ou ses conclusions, mais l'ensemble est remarquable. Le rapport conclut, globalement, à ce que l'on pouvait prévoir : les dépenses de recherche sont éminemment utiles, tant en termes de produits finaux que d'emplois. L'objectif de 3% du PIB qui est visé pour 2010 mais qui est loin d'être assuré, dans aucun pays de l'Union, constitue le minimum à atteindre.

Le rapport a le mérite de souligner que, malgré ces éléments incontestables, les politiques publiques européennes , notamment en France, ne font pas ce qu'il faut pour atteindre ce chiffre, déjà dépassé au Japon et en cours de réalisation aux Etats-Unis. Il reprend toute une série de recommandations qui insistent notamment sur le rôle des financements et des commandes publiques, ce qui rejoint en grande partie les demandes des chercheurs.

Le modèle utilisé pour la simulation est Nemesis, du Laboratoire Erasme de l'Ecole Centrale. Nemesis, New Econometric Model for Environmental and Sustainable development and Implementation Strategies, a été financé en partie par la Commission Européenne. (voir http://www.coe.ccip.fr/05/nemesis.htm)

On doit constater que malgré tous ces bons conseils, le gouvernement comme le Président de la République s'enlisent dans des querelles de succession, sans proposer la moindre orientation stratégique au pays - sauf, comme le fait le ministre des Finances, à opposer un non systématique aux demandes de crédits les plus fondées. 13/07/04


Réchauffement climatique. Que faire ?

Dans Le Monde du 25 juin, p. 20 (Réchauffement climatique. Est-il déjà trop tard ? ) les ministres britanniques et français des affaires étrangères, Jack Straw et Michel Barnier, ont réaffirmé leur volonté de lutter contre le réchauffement climatique. C'est une excellente chose de voir nos deux gouvernements unis dans la volonté de lutter contre ce phénomène mondial, au moins au niveau européen. Mais on ne peut se garder d'un scepticisme profond. C'est le protocole de Kyoto qui est en cause. Déjà considéré comme insuffisant, il est en passe de n'être appliqué que par l'Union européenne, ce qui suscite beaucoup de récriminations de la part des industries du continent, qui s'estiment pénalisées pour peu de résultats. La politique américaine, considérée à juste titre comme un exemple insupportable d'incivisme (j'assure ma croissance à tous prix, même si je pollue le monde entier) cache sans doute une stratégie plus subtile : développer des technologies innovantes destinées à traiter de façon beaucoup plus efficaces à la fois les nouvelles sources d'énergie, la dépollution et les économies. L'objectif est d'avoir des solutions industrielles qu'ils imposeront ensuite au monde entier, y compris par des normes réglementaires.
Pour les pays émergents, comme la Chine et l'Inde, cette stratégie américaine est plus séduisante que celle consistant à limiter actuellement leurs productions de C02, ce qui paraît pratiquement impossible. Ils peuvent au moins espérer être associé, sinon prendre la tête, des nouvelles technologies envisagées.

L'Europe ne peut certainement pas renoncer à ses efforts de mise en œuvre du protocole de Kyoto, qui de toutes façons ne lui seront pas inutiles : réduire les dépenses d'énergie, développer les énergies de substitution et, ajoutons-le, un nucléaire maîtrisé, sont de bonnes solutions. Mais elle devrait investir beaucoup plus systématiquement dans les industries du futur non polluantes ou dépolluantes, pour ne pas laisser aux autres le monopole de ces secteurs dont on est certain qu'ils seront une composante essentielle de l'économie mondiale au 21e siècle, face aux exigences contradictoires des dérèglements climatiques et des contraintes de développement. (Sur le même thème, voir aussi ci-dessous Le rapport de la NEF et Les bio-carburants) 12/07/04


Comment relancer l'agriculture africaine ?

Sur la question cruciale de la relance indispensable de l'agriculture africaine, nous disposons désormais du rapport demandé par le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan à des experts principalement africains. Ce rapport (Realizing the Promise and Potential of African Agriculture) est publié par le Conseil Interacadémique (IAC, InterAcademy Council) qui regroupe 90 organisations académiques. Il est disponible sur le site de l'IAC à http://www.interacademycouncil.net/report.asp?id=6959 .

C'est un modèle de précision et de bon sens, que tout occidental s'intéressant au tiers-monde devrait lire. Le rapport réfute l'idée que le salut viendra pour les agriculteurs africains d'une prétendue révolution verte à base d'engrais chimiques et de monocultures industrielles de blé, de riz et de maïs. Ces végétaux ne fournissent que 20% de la consommation, alors que des cultures traditionnelles, différentes selon les pays et les zones, pourraient répondre aux besoins, si elles étaient relancées dans le cadre de petites évolutions locales pilotées par les fermiers eux-mêmes (le rapport qualifie cela de " rainbow evolutions ") Quatre systèmes de culture sont proposés, mêlant les céréales classiques, le millet, le manioc, l'igname et les légumes. On planterait des arbres en alternance : notamment des cocotiers. Chaque pays devrait se doter de centres d'excellence et devrait s'efforcer de retenir les scientifiques qui pour le moment émigrent au Nord. Ce rapport a été présenté le 5 juillet à Addis Adeba et semble avoir recueilli l'attention des dirigeants africains. Mais les pays occidentaux soucieux de l'avenir de l'Afrique devrait s'en saisir pour transformer en les améliorants leurs procédures actuelles d'assistance technique. 12/07/04


Les bio-carburants

L'expérience des quelques pays qui ont expérimenté l'usage des bio-carburants dans le transport routier, est probant. Ces carburants sont peu polluants, mais surtout ils sont produits par la végétation, ce qui fait que le CO2 émis est repris immédiatement par le processus chlorophyllien. Ils ne demandent par ailleurs que peu de modifications mécaniques. On objecte que les surfaces agricoles sont trop rares pour nourrir l'humanité. Les consacrer à des productions industrielles accroîtrait le manque de terres. Mais il semble bien que l'argument soit faux. Les besoins alimentaires proviennent des pays du tiers-monde dont l'agriculture a été ruinée par la concurrence des producteurs des pays riches. Réorienter ceux-ci vers des productions non-alimentaires rentables pour eux permettrait (avec l'aide de la coopération technique internationale, car le mal est fait) de réhabiliter les agricultures traditionnelles et une partie du tissu social qui les entourait.

Mais un changement de cette ampleur ne peut se faire sans une intervention publique coordonnée. Au plan des agricultures européennes, il devrait s'agir d'une réorientation majeure de la politique agricole commune. Comme la conversion nécessitera des aides diverses, inévitables, il faudra les programmer. Il faudra aussi que les adaptations industrielles et les nouvelles technologies nécessaires soient prises en charge par les budgets de recherche. Voilà un exemple de ce qu'il faudrait discuter quand on parle de l'avenir de l'Europe, plutôt que s'affronter sur un mot ou deux du projet de traité constitutionnel. 12/07/04


La loi sur la bioéthique fait du clonage thérapeutique un délit

Le projet de loi de révision de la loi de bioéthique de 1994, après 5 années de discussion, a finalement été adopté par la commission mixte paritaire Assemblée Nationale-Sénat (CMP) et voté par le Parlement les 8 et 9 juillet 2004 (voir le rapport de la CMP http://www.senat.fr/cra/s20040708/s20040708H31.html#toc32). On retiendra que ce texte proscrit, non seulement le clonage reproductif mais aussi le clonage thérapeutique - ceci contre l'avis presque unanime des biologistes qui y voient un moyen de recherche essentiel, dont il n'y a pas de raison de laisser le monopole à des pays ayant une approche moins idéologique de la question. Le clonage thérapeutique est pour la première fois qualifié de délit, se félicite le ministre de la santé. On permettra néanmoins aux chercheurs français d'importer des cellules-souches (provenant d'où), de façon à mener quelques expérimentations très encadrées par la future Agence de biomédecine, à installer le 1er janvier 2005. Les recherches sont autorisées pour une période expérimentale de 5 ans.

Tout ceci nous rapproche d'une république dont les " valeurs " scientifiques seront définies par les autorités religieuses. Il n'y a pas de quoi être fier. Qu'en pense le Pr. Bernard Debré, dont nous avions cru comprendre qu'à l'instar de la plupart de ses confrères, il était favorable au clonage thérapeutique?

Sur la loi de bioéthique, voir notamment :
http://www.premier-ministre.gouv.fr/fr/p.cfm?ref=45026
Textes Assemblée nationale :
http://www.assemblee-nat.fr/12/dossiers/bioethique.asp dont texte du projet
de loi adopté : http://www.assemblee-nat.fr/ta/ta0763.asp


 

 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10107/index.htm