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La Gazette N° 100 en date du 30 juin 2004

Par Jean-Paul Baquiast


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Lire aussi dans Automates Intelligents:
André Staropoli. Les universités françaises face à l'ouverture européenne et à la mondialisation http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/55/staropoli.htm


Le programme Solar Power from Sun (SPS 04)

Ce programme, initialement conçu par la Nasa, puis abandonné par elle quand celle-ci dut en 2001 se concentrer sur les navettes et la station spatiale internationale, a été repris par l'Agence Spatiale Européenne et la Japan Aerospace Exploration Agency, ou JAXA. Une conférence Internationale se tient sur ce thème du 30 juin au 2 juillet à Grenade, Espagne. Des scientifiques de la Nasa y participent. L'objectif est d'étudier la mise en place de satellites qui concentreraient sur la Terre des rayons solaires non perturbés par l'atmosphère et l'obscurité nocturne, puisqu'ils seraient en orbite géostationnaire. La transmission se ferait par micro-ondes ou laser vers des stations terrestres situées n'importe où sur terre.

L'ASE et la Jaxa consacrent plusieurs millions d'euros au projet par an (?). Un fort courant d'opinion, aux Etats-Unis, se fait jour parmi les scientifiques et industriels pour que la NASA revienne dans un programme qui serait indispensable, à la fois dans la perspective d'un recours plus marqué aux énergies solaires, mais aussi dans la perspective d'obtenir de l'énergie pour les missions lunaires et martiennes prévues par le président Bush. Affaire à suivre. 29/06/03

- SPS 04 http://www.congrex.nl/04c15/


AZF de Toulouse

La revue de physique FUSION, d'Emmanuel Grenier, que l'on trouve dans les kiosques, présente ce mois-ci (numéro 100) une hypothèse originale expliquant l'explosion de l'usine AZF de Toulouse par l'effet d'un monopôle. Cette hypothèse est actuellement soumise à la justice. Elle a l'intérêt de montrer comment des phénomènes absolument peu probables peuvent, dans tous systèmes quels qu'ils soient, survenir et provoquer des effets inattendus. 30/06/04


La probable privatisation partielle de l'espace, un bien ou un mal?

On ne peut que saluer le succès inconstestable du SpaceShipOne qui a atteint en 90 secondes l'altitude de 100 kms, soit le sommet de la dernière couche d'atmosphère dite thermosphère. L'audace du concepteur Burt Rutan de la compagnie Scaled Composites n'a eu d'égale que celle du pilote sexagénaire Mike Melville. Cet évènement inaugure selon les experts l'ère du spatial commercial à but touristique ou utilitaire. Beaucoup de progrès restent à faire, mais l'évolution est parait-il inéluctable. Elle s'inscrit plus largement dans la volonté de privatiser un certain nombre d'activités de la Nasa. L'administration actuelle reproche à cette dernière la lourdeur de sa gestion et son manque de réactivité. Mais cette privatisation serait-elle compatible avec le maintien de missions qui seront nécessairement et durablement déficitaires, le projet Lune-Mars ou les missions scientifiques. La Nasa garderait-elle alors ce qui serait non rentable et concéderait-elle au privé les domaines plus ou moins étendus où celui-ci pourrait gagner de l'argent? Ce serait de l'écrémage spatiale dont la recherche scientifique désintéressée serait la première à souffrir. L'Agence ne voit donc pas ces perspectives d'un très bon oeil.

On peut penser cependant qu'il y a de la gesticulation, voire de l'intoxication, derrière ces menaces de privatisation. La Nasa est indispensable au gouvernement, notamment au DoD, pour développer discrètement des technologies et des politiques de puissance. Ce ne sont pas des firmes privées qui peuvent le faire, sauf dans le cadre de contrats de sous-traitance ne leur donnant pas beaucoup de liberté. Si j'étais la Nasa, je ne m'inquiéterais pas trop.

Pour les Européens, cependant, la question de la privatisation partielle de l'Agence Spatiale Européenne sera posée par ceux désirant récupérer des miettes de ses déjà maigres budgets. Décidément, la nécessité de définir une stratégie claire en ce qui concerne la politique spatiale européenne s'impose plus que jamais. 28/06/04


Bataille autour de la défense des libertés individuelles face aux menaces terroristes

La bataille fait rage aux Etats-Unis entre ceux qui voudraient multiplier et connecter les systèmes d'informations sur les données personnelles, afin de détecter de futures menaces terroristes, et ceux plus nombreux que l'on imagine qui refusent de voir la nation s'engager sur cette voie dangereuse pour les libertés individuelles. C'est le Total Information Awareness Project, piloté sous l'égide de la Darpa par le ténébreux amiral Poindexter, ancien conseiller à la sécurité de Reagan, qui a mis le feu aux poudres. Il s'agissait censément de connecter les fichiers personnels de 300 millions de citoyens afin de détecter les évènements suspects, le tout à grand renfort de logiciels de collecte et de gestion des connaissances. Nous avions signalé en son temps ce projet, qui a, devant les protestations venant aussi bien de la droite anti-fédérale que de la gauche, été mis en sommeil par le Sénat. Mais les entreprises et consultants (tel Zeichner Risk Analytics) faisant commerce de telles solutions ne se résignent pas et mènent campagne pour que des systèmes analogues, sinon plus performants le progrès technique aidant, soient de nouveaux mis en place. Ils arguent évidemment de la croissance continue des risques d'attentats majeurs - argument devant lequel il est difficile de rester indifférent.

Nous conseillons à nos lecteurs anglophones de lire le long article - plutôt haineux à l'égard de ceux qualifiés de "privocrats", défenseurs supposés autocratiques des libertés individuelles - par le City Journal, connu pour ses tendances néoconservatrices: http://www.city-journal.org/html/14_2_what_we_dont_know.html. Nous ne pouvons le résumer ici, mais on y trouvera un bon état des lieux concernant les projets de systèmes de surveillance et les réactions qu'ils provoquent. La question est d'autant plus d'actualité que l'Union européenne vient d'accepter, au nom des compagnies aériennes, la fourniture de nombreuses données individuelles intéressant les passagers, notamment la carte de crédit. On se demande bien ce que les services américains vont faire de ces flots de données, même avec les outils logiciels puissants dont rêve le City Journal. On peut penser qu'elles seront exploitées davantage dans un but d'espionnage économique que de lutte contre le terrorisme. 28/06/04


Une grande première sur Tf1, la greffe de moelle épinière

La série américaine Les Feux de l'amour (version française de The Young and the Restless) , qui fait les beaux jours de nombreux fidèles de Tf1 à 14h, nous fait part en ce moment (fin juin 2004) d'une grande première, la greffe de moelle épinière pour combattre une anémie. C'est du moins ce que nous affirment à répétition les dialogues traduits en français. En réalité, les scènes filmées montrent une simple greffe de moelle osseuse. Il est étonnant que personne n'ai dit aux traducteurs qu'il ne fallait pas confondre moelle épinière et moelle osseuse. 28/06/04


Des chocs électriques guidés par laser pour incapaciter les manifestants

Le NewScientist n'hésite pas à porter un point de vue, disons, citoyen, sur certaines applications des nouvelles technologies qui lui paraissent dangereuses pour la démocratie. C'est ce qu'il vient de faire dans son n° du 19 juin 2004, p. 24, où il signale les risques découlant des nouvelles armes dites incapacitantes destinées à permettre aux forces de l'ordre de contenir les manifestants un peu trop agressifs. La Darpa ainsi que les polices des Etats-Unis et de divers pays européens, dont la Grande Bretagne, s'y intéressent. Il s'agit de donner des successeurs au célèbre Taser, que nous avions évoqué ici en son temps. Celui-ci est jugé peu efficace, car il électrocute les gens en leur envoyant des fils conducteurs propulsés par des fléchettes, qui se plantent où elles peuvent et ne dépassent pas la portée de 7 mètres. Le Taser aurait cependant provoqué aux Etats-Unis plus de 40 morts subites sur plus de 30.000 coups tirés (mais les victimes, selon la police, seraient mortes d'autre chose, probablement de mauvaise volonté).
Les successeurs au Taser ne manquent pas. Le journal en présente plusieurs, dont le plus impressionnant serait une sorte de bazooka proposé par XADS (Extreme Alternative Defence System) de Anderson, dans l'Indiana. L'idée est de projeter à plusieurs dizaines de mètres des gaz ionisés. Dans la version la plus évoluée, ce serait un laser qui ioniserait l'air et servirait ainsi de conducteur aux chocs électriques, soit 10 millions de mégawatts, intensité il est vrai limitée dans le temps à 0,4 picosecondes. La Croix Rouge et Amnesty International n'en sont pas moins horrifiées, et font valoir les nombreuses victimes, y compris parmi des non-manifestants, que de telles armes non léthales employées dans la foule pourraient provoquer. Mais quelle idée aussi de manifester ou se de mêler à des manifestants. 26/06/04
- Taser http://www.taser.com/
- XADS http://xtremeads.com/


Le dictionnaire de l'Académie Française en ligne

La presse a salué, à juste titre, la mise en ligne par l'Académie Française de la neuvième édition de son dictionnaire (de A jusqu'à Négaton). Il s'agit d'un travail important dû au laboratoire d'Analyse et traitement informatisé de la langue française, unité mixte du CNRS et de l'Université Nancy 2, également responsable de l'informatisation du Trésor de la langue française. Il ne faut pas hésiter à faire une recherche soi-même pour se persuader de l'intérêt de cette réalisation. 26/06/04
- Le dictionnaire de l'Académie: http://www.academie-francaise.fr/dictionnaire/index.html
- Le Trésor de la langue française http://atilf.atilf.fr/tlf.htm


Nicolas Sarkozy éventuel torpilleur de l'alliance industrielle et scientifique franco-allemande ?

Les vieux gaullistes et les autres, partisans d'une Europe puissance scientifique et technologique reposant en priorité sur l'alliance industrielle et scientifique franco-allemande, ne peuvent que s'inquiéter de voir Nicolas Sarkozy refaire en ce moment le coup qui avait si bien réussi à Giscard en 1973, soit tout faire pour démanteler à des fins politiciennes internes les alliances industrielles (Unidata à l'époque) entre la France et l'Allemagne. Le nouveau héraut de l'UMP plaide pour des accords élargis (incluant la Grande Bretagne et d'autres pays dont on a pu juger la fibre européenne). Il n'est pas loin de plaider aussi pour un retour de l'Europe sous l'égide des Etats-Unis, que beaucoup d'intellectuels américains et européens tentent aujourd'hui de présente, les excès de Bush oublié, comme un véritable " sort power ". Ce mot fait peur, quand on sait qu'il désigne non pas un pouvoir doux mais un pouvoir insidieux et manipulateur.
Nos amis allemands s'inquiètent à juste titre de voir la montée en puissance de Nicolas Sarkozy et de ses thèses. Mais à l'UMP on court à la soupe, et l'Elysée semble frappé de torpeur. Quant au PS, nous avons seulement droit aux états d'âme de Fabius face au projet de traité constitutionnel. 25/06/04


Nicholas Negroponte plaide en faveur de la simplification des logiciels et des matériels dans la micro-informatique

Chacun connaît Nicholas Negroponte, professeur de Media Technology au MIT et ancien directeur du fameux Media Lab du MIT. L'utilisateur informatique de base que nous sommes ne peut donc qu'applaudir quand, dans un article du NewScientist, (5 juin 2004, p. 26) il s'en prend à l'inutile sophistication des logiciels et des micro-ordinateurs. Il rappelle que si la loi de Moore avait été appliquée par les constructeurs aux micro-ordinateurs portables (laptops), ceux-ci devraient aujourd'hui coûter 6 dollars (ceci, soit dit en passant, n'est pas si évident qu'il ne paraît). De plus et surtout, dit-il, les logiciels vendus aujourd'hui sont infiniment plus lourds et plus coûteux que ceux utilisés au début de la micro-informatique, sans donner à l'utilisateur le moindre gain de productivité supplémentaire, ceci parce que chaque nouvelle version accumule de nouvelles spécifications et options que personne ne demande. Si bien, dit-il, que lui, Nicholas Negroponte, en 6 heures par jour et 365 jours par an de travail sur son ordinateur, estime faire la même quantité de tâches qu'il faisait en 1979 sur son Sony Typecorder.
Cette course à la sophistication inutile, qu'il baptise du néologisme de " featuritis ", se rencontre aussi, dit-il, dans les téléphones portables et plus généralement tous les outils technologiques. Il voudrait donc que les utilisateurs fassent pression pour obtenir des versions simplifiées et stables tant des matériels que des logiciels. Mais comme de telles solutions seraient bien moins chères, il doute que les industriels acceptent de les produire et les commercialiser.
Cet article, plein de bon sens, provoque cependant de l'étonnement. Quand on est un ponte, c'est le cas de le dire, de l'informatique, mondialement écouté, comment se fait-il qu'on n'essaye pas de faire pression sur les industriels pour qu'ils répondent enfin à ces exigences ? L'article que nous citons est quasi-psychédélique. Pas une fois il ne cite Microsoft, pas une fois il n'évoque les logiciels libres. Pas une fois il n'incite les utilisateurs désirant s'affranchir des producteurs à prendre en mains leur destin. Pas une fois il n'évoque le fait que la brevetabilité des logiciels, que les Etats-Unis sont en train d'imposer à l'Union Européenne, fait le jeu des entreprises (américaines) qui dominent ce marché au détriment des utilisateurs et pour le plus grand profit du Pentagone, grand écouteur devant l'éternel.
Pour nous Européens, cet article de Negroponte devrait être un argument de plus pour refuser la brevetabilité des logiciels et développer un projet comme celui que nous préconisons, un European Joint Open Source Project, au profit des utilisateurs finaux. Mais peut-on encore y croire ?
25/06/04


L'Europe devrait-elle ou non s'engager dans des programmes spatiaux lourds

Nous avons ici plusieurs fois évoqué la nécessité, selon nous, de ne pas laisser les Etats-Unis, suivis éventuellement par la Chine, s'engager seuls dans la conquête de Mars, elle-même précédée d'une réinstallation durable sur la Lune. Si le président Bush a annoncé cette initiative spatiale en janvier dernier, ce n'était pas seulement pour des considérations électorales, c'était parce qu'un tel programme aura des retombées civiles et militaires considérables, susceptibles de rendre plus écrasante encore la domination américaine dans les technologies de souveraineté. Les secteurs les premiers bénéficiaires en seront la robotique autonome, l'industrie des lanceurs, satellites, piles à combustible, etc., sans parler évidemment des études intéressant la vie dans l'espace ou la géologie planétaire. Le prestige qu'en tireront les Etats-Unis sera aussi un élément important en leur faveur dans la compétition géo-stratégique mondiale.

Mais G.W. Bush avait clairement annoncé que les dépenses relatives à cette initiative seront prises en charge par la Nasa, ce qui s'est traduit immédiatement par des coupes dans les programmes existants et par la mise en attente indéterminée de nombreux programmes scientifiques en cours de mise en place. Il en est résulté une grande agitation dans la communauté scientifique américaine mais aussi au sein des équipes qui espéraient être associées à ces programmes, dans de nombreux autres pays, y compris en Europe. Le désengagement à l'égard de la station spatiale internationale, la fin prématurée annoncée du télescope Hubble ont suscité beaucoup de protestations, qui ont obligé la Nasa à revenir partiellement en arrière. Mais d'autres programmes semblent définitivement compromis, à échéance de 10 à 15 ans tout au moins. On cite le programme dit Beyond Einstein qui devait mettre en orbite 3 observatoires destinés à étudier les trous noirs, l'hypothétique phase inflationniste postérieure au big bang et la non moins hypothétique énergie noire. Des projets devant succéder à ceux-ci ont été également suspendus : LISA, réseau de satellites destinés à étudier les ondes gravitationnelles, Constellation X, réseau d'observatoires censé être 100 fois plus puissant que les actuels télescopes en rayons X. Derrière tous ces projets, il y avait des équipes, des travaux préparatoires, des collaborations internationales qui se trouvent stoppés. C'est finalement toute la science de l'univers qui prendra des dizaines d'années de retard. Il y a là matière à réflexion. Une génération entière de scientifiques sera sacrifiée.

L'Europe devrait-elle suivre cette voie ? Devrait-elle au contraire renoncer à Mars et lancer des programmes de substitution dans les domaines où la Nasa se retire ? Pourrait-elle éventuellement faire tout à la fois (étant entendu que si les Etats-Unis ne dépensaient pas 400 Mds de dollars par an dans des budgets militaires liés à la guerre en Irak, ils n'auraient eu aucune raison de sabrer dans les budgets de la Nasa). On conçoit que ces questions méritent, au plan européen, de nombreuses réflexions et discussions. Mais qui va s'y intéresser sérieusement, en l'absence d'une autorité crédible capable de programmer les investissements scientifiques à long et très long terme? 24/06/04


OGM ou CCB

On a lu avec beaucoup d'intérêt l'article sous ce titre publié par Le Monde du 18 juin 2004, p. 16. Il est signé de Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche à l'Inra, et de Richard Lewontin, éminent généticien des populations à Harvard. Richard Lewontin a été, avec Nicolas Witkowski, l'auteur de The Triple Helix (2000), traduit en français sous le titre de La Triple Hélice. Ce livre, écrit à la grande époque du programme Génome Humain, censé marqué le triomphe de la biologie moléculaire et du schéma simple : un gène, un caractère, a voulu montrer que les gènes (ou ce que l'on désigne par ce nom) ne sont qu'un des éléments de la construction des espèces et des individus, les deux autres étant l'organisme (l'entité dans laquelle s'exprime le gène) et l'environnement au sein duquel se développe cet organisme. Darwinien évolutionniste réputé " marxiste " par ses nombreux ennemis aux Etats-Unis, Lewontin s'est toujours élevé contre les vues simplistes imposées par les industriels des biotechnologies, ainsi que contre l'accaparement du vivant par ces derniers, notamment au travers de la brevetabilité " des inventions biotechnologiques ", pour reprendre le terme de la directive 98/44 de l'Union européenne qui en accepte le principe.

Dans cet article, les auteurs rappellent que ce que les non-spécialistes désignent du terme d'OGM correspond exactement à ce que les agriculteurs et éleveurs ont pratiqué en Europe depuis le début de la première révolution agricole (18e siècle). Il s'agit en effet de Clones Chimériques Brevetés (CCB). Dans cette terminologie, un clone est une population d'organismes génétiquement identiques, qui s'obtient par sélection artificielle, sans nécessairement faire appel au clonage reproductif à partir de l'ovocyte développé depuis quelques années seulement. Précisons seulement que les génomes des individus constituant une espèce clonée sont très globalement identiques, mais conservent quelques différences individuelles, ce qui n'est pas le cas d'un clone tiré de la duplication d'un oeuf, qui est sauf accident de reproduction aussi identique à celui du modèle que ne le sont les génomes de jumeaux vrais. Le terme de Chimère, quant à lui, s'applique à des assemblages de gènes provenant d'espèces différentes. Là encore, les éleveurs savaient le faire depuis longtemps. Enfin, le B de breveté rappelle que, de tous temps, ceux qui se livraient à la production de nouvelles espèces clonées supposées plus rentables voulaient s'en conserver la propriété.

Cette ancienneté dans la pratique l'absout-elle de toutes critiques. Certainement pas, pour les auteurs de l'article. D'abord parce qu'il s'agit d'un processus continu de réduction de la biodiversité (et aussi, souvent, de réduction de la rusticité des espèces obtenues). Mais ensuite parce que l'appropriation par les inventeurs des reproducteurs et semences obtenus, complétée, au nom du libéralisme, de l'interdiction faite aux paysans de réutiliser pour leur compte ces CCB, en fait un instrument très efficace d'augmentation des profits de l'industrie, dont font les frais les producteurs primaires d'abord, les consommateurs éventuellement ensuite.
Le lecteur est donc convaincu de la justesse de la conclusion proposée : " ces chimères génétiques brevetées ferment ainsi de façon irréversible le mouvement historique désastreux d'industrialisation et de privatisation du vivant ".

Le lecteur est convaincu, certes, mais il ne peut quand même pas s'interroger. Que mettre à la place du système capitaliste industriel qui a pris en main l'ensemble, pratiquement, de la production agricole mondiale ? On pourrait difficilement envisager de proposer le retour à une agriculture d'Etat qui appliquerait de sains principes respectant la biodiversité tout en favorisant l'élévation des rendements et la redistribution équitable des revenus aux producteurs. Les exemples d'agriculture d'Etat, dans l'ex-URSS ou ailleurs, ont montré les dérives immédiates qui en résulteraient. Voudrait-on alors en revenir au Moyen-Age de l'agriculture européenne, encore pratiquée de façon isolée dans certains pays à l'écart des courants commerciaux. La biodiversité existait certes, ainsi que le droit pour les paysans (en principe) d'utiliser leurs semences. Mais les espèces et variétés avaient des rendements insignifiants, des propriétés nutritives médiocres et véhiculaient d'innombrables parasites. Les historiens de ces époques dépeignent des campagnes - et des villes - qui étaient de véritables cauchemars.

Alors, le retour à une agriculture biologique moderne ? Mais ceux qui prônent le retour à une agriculture biologique savent bien que celle-ci ne sera jamais qu'un substitut coûteux à l'agriculture industrielle, au profit de quelques favorisés. De plus, l'agriculture biologique l'est plus par le refus de certains pesticides que par l'utilisation de semences traditionnelles. Il n'y a que dans les écoles d'agriculture que l'on trouve encore des variétés anciennes authentiques.

En fait, dans le terme CCB, ce n'est pas le Clone et la Chimère qui posent problème. Nous sommes engagées dans un mouvement globalement profitable de redéfinition des espèces vivantes, à commencer par l'homme, ainsi que des matériaux physiques et plus généralement de tous les composants de notre environnement. Mais ceci pourrait se faire d'une façon telle que les intérêts des diverses parties prenantes puissent en bénéficier, y compris le vivant lui-même pour lequel on commence à rêver d'une biodiversité artificielle prenant le relais de la biodiversité naturelle en voie de disparition rapide (pour des raisons qui n'ont pas toujours à voir avec l'agriculture industrielle). Ce qui pose problème est le B, le brevet, l'appropriation capitalistique. Il est de moins en moins admissible que des technologies et sciences de plus en plus puissantes soient de plus en plus monopolisées et déviées à leur profit par des multinationales de plus en plus poussées par la recherche du profit immédiat, au détriment du long terme et de l'intérêt général. Le problème se pose exactement dans les mêmes termes dans l'industrie pharmaceutique ou dans la production d'énergie. Il se posera bientôt dans le domaine des connaissances et de l'éducation.

Nous pensons, naïvement peut-être, que le moment est venu, grâce aux nouveaux outils de la communication et du dialogue, d'inciter à la discussion citoyenne des perspectives de la science et de la technologie, dans le cadre de véritables services publics (en concurrence entre eux) dont les investissements seront financés par l'impôt, de façon à pouvoir être aussi efficaces que ceux des multinationales faisant appel à l'épargne spéculative des actionnaires. C'est en tous cas dans cette direction que les politiques économiques et scientifiques européennes devraient selon nous être orientées. On est loin du fauchage des champs expérimentaux de l'INRA par des excités de la confédération paysanne. 23/06/04

- Sur The Triple Helix, voir http://www.complete-review.com/reviews/lewontin/tripleh.htm



La constitution européenne et la gauche

On ne peut qu'approuver, selon moi, ceux qui (tel Jacques Chirac) font de l'adoption du projet de constitution européenne par les chefs d'Etat un grand événement qui marquera l'histoire de l'Europe, sinon celle du monde. En conséquence, on ne peut que soupçonner de manœuvres politiciennes intéressées ceux qui, notamment à gauche, prennent des airs pincés en expliquant que cette constitution n'est pas conforme au modèle parfait qu'ils rêveraient. C'est prendre une lourde responsabilité, quand on s'appelle Laurent Fabius, qu'inciter les militants et électeurs socialistes à commencer à se ranger dans le camp du non lors de l'éventuel futur référendum, au prétexte que la constitution n'est pas assez sociale 1). Pierre Moscovici, dans le 7/9 de France-Inter le 23 juin, a dit ce qu'il fallait à ce sujet : l'Europe sociale, si elle se précise, le fera suite à une action continue, dans la durée, des forces de gauche, et non par le biais d'un article constitutionnel. Le PS ne doit pas se mettre en contradiction avec les autres gauches européennes qui se satisfont du texte actuel et demanderont à leurs militants de voter en sa faveur. 23/06/04

1) Je ne mentionne pas les fulminations d'un Henri Emmanuelli. On voudrait espérer que nul à gauche ne le prend plus au sérieux. Hélas


Le Citoyen, clé de l'Europe

Je me fais un plaisir de retranscrire ici la présentation par l'éditeur du second livre de Francis Massé, Le Citoyen, clé de l'Europe, aux Editions OUEST ÉDITIONS

" Le Citoyen, dans une Europe vue dans la globalisation et l'interdépendance, devient la clé pour maîtriser la complexité. Pour comprendre la profonde interdépendance du monde, il nous faut un regard neuf. Voir le monde autrement, sous un autre angle, d'un autre point de vue. Effet de serre, pollutions des mers par les hydrocarbures, terrorisme, inégalités profondes entre le Nord et le Sud, crime organisé, société de l'information et de la communication. La globalisation change les repères. Les coordonnées sont modifiées. Cet essai montre pourquoi tout procède aujourd'hui de la globalisation et comment les individus et les groupes de citoyens sont à même de mieux comprendre son fonctionnement, de quoi elle est constituée, ceci, pour agir dans les autres sphères publiques et privées et véritablement peser sur le cours des choses. Les individus et les groupes de citoyens, aujourd'hui véritables acteurs de la mondialisation, doivent bénéficier d'institutions efficientes et faciliter la diversité culturelle pour le bien commun.

Partir de la globalisation pour réformer l'Etat en Europe est le véritable fil rouge de cet essai ambitieux.

Dans la globalisation, l'Europe ne part pas sans atouts. Pour peu qu'elle accepte un nouveau mode de relation avec le marché et opère un sérieux renouveau de ses services publics, forces de cohésion.

Elle pourra d'autant mieux peser sur le cours des choses et apporter sa pierre à l'édifice mondial, qu'elle aura elle-même fixé la nouvelle architecture du continent, dans le cadre d'une souveraineté partagée entre l'Union et ses nations. Toutefois les valeurs sociales priment sur le marché. Elles émergent d'une République revivifiée intégrant le labeur et l'industrie des hommes, pour aboutir à une solidarité vécue qui ne se limite pas au seul périmètre de la société de consommation, ceci pour que l'ensemble des pays du monde profitent de la globalisation.

Contre le nihilisme, le Politique doit refaire surface. Pour gouverner et donner du sens. Mais il manque un fil conducteur général. En France, en Europe, la République, l'Europe, le Marché, les territoires, sont les éléments clés d'un débat public indispensable. Contre toutes les forces anti-démocratiques qui se développent sur le refus des réalités et pour asseoir l'Etat indivis, européen et national, comme sentinelle de la civilisation et partenaire de la société civile européenne en cours d'émergence.

Francis Massé, 52 ans, nourri d'une riche expérience professionnelle, nous livre ici après son premier livre, le silence politique, la poursuite de sa réflexion personnelle sur la réforme de l'Etat dans le contexte de la globalisation. Haut fonctionnaire, ancien élève de d'Institut d'études politiques de Bordeaux et de l'ENA, Francis Massé est directeur général adjoint au ministère de l'écologie et du développement durable. Il est également co-fondateur de l'Association pour l'optimisation du contrat-social (www.contrat-social.com).


Alcatel et Finmeccanica s'allient dans les satellites

Dans le domaine des industries de l'aérospatiale, on vient d'apprendre l'alliance d'Alcatel et de l'italien Finmeccanica afin de regrouper leurs activités satellites. Deux sociétés sont créées, Alcatel Alenia Space pour les activités industrielles et une seconde contrôlée par les Italiens, qui se consacrera aux services. Ceci fait du groupe le 3e mondial, devançant le 4, Astrium, filiale du groupe franco-allemand EADS. Ces 2 groupes européens cumulés font à peu près les 2/3 du chiffre d'affaire cumulé de leurs deux rivaux américains dans le domaine satellite, Lockheed et Boeing. C'est honorable.
Restent aux Européens à trouver les marchés nécessaires. Ceux-ci ne peuvent que venir majoritairement de programmes publics civils et militaires, comme c'est depuis longtemps déjà le cas aux Etats-Unis. D'où la nécessité de lancer ou relancer d'ambitieuses politiques spatiales et satellitaires européennes. 21/06/04


L'Etat français veut développer les logiciels libres

Le gouvernement annonce qu'il veut faire une place plus grande aux logiciels libres, notamment dans le domaine des logiciels bureautiques, des systèmes d'exploitation, des outils Internet et des messageries. C'est très bien mais il faut investir, en consacrant à cela les sommes considérables payées actuellement en redevance aux fournisseurs de logiciels propriétaires. On ne voit pas comment passer du domaine des intentions à celui des réalités sans la mise en place, au plan européen, de l'équivalent du Joint Open Source Project asiatique auquel nous avons fait plusieurs fois allusion (voir notamment http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/eurolinux.htm) 21/06/04


L'avion sans pilote Euromale

Ce nom est peut-être mal choisi, à une époque où l'on prescrit toute manifestation de sexisme 1) Mais il signifie Moyenne Altitude Longue Endurance. C'est le programme du futur drone que Dassault et EADS viennent de décider de lancer en association, sous l'égide du ministère de la défense français. L'objet annoncé n'est pas d'en faire un produit seulement français, mais une plate-forme de coopération européenne, en associant d'autres constructeurs autres que ceux déjà membres du consortium européen EADS. Saab, Ericsson, Fokker, Finmeccanica, notamment, ont été contactés. On sait que par ailleurs l'Israélien IAI a été appelé à apporter son expérience technique au projet. Le projet coûterait 300 Mns d'euros pour un chiffre d'affaire de 3 Mds vers 2012. Un prototype devrait être livré vers 2008. On peut penser qu'il s'agit là d'une réalisation concrète allant dans le bon sens, celui de la constitution non seulement d'une Europe de la défense, mais d'une industrie européenne de défense autonome.

Les drones sont des extrapolations professionnelles des modèles réduits d'avions qui font depuis presque un siècle la joie des jeunes et moins jeunes. Leurs applications sont principalement militaires ou intéressant la sécurité civile et l'exploration géographique. Un des premiers drones a été la " bombe volante " allemande V1, dont les capacités d'auto-pilotage étaient minimum. Bien plus sophistiqués, les missiles de croisières modernes sont au contraire capables d'effectuer de longs vols sans pilotage (même à distance) en se repérant seuls sur un territoire qui a été numérisé à l'avance afin de leur donner des références cartographiques précises.
Les drones peuvent être soit des avions classiques (à hélice ou réaction), soit des hélicoptères, soit éventuellement des ballons dirigeables. Comme ils sont très vulnérables, on peut envisager de les faire opérer à plusieurs. En ce cas, ils coopèrent de façon " intelligente ". Un certain nombre de projets visent à les miniaturiser, jusqu'à la taille d'insecte. Leur fonctionnement en essaim sera alors particulièrement utile.

Les missions visent en priorité l'observation. Mais ils peuvent aussi délivrer des charges offensives ou à finalité pacifique. Avec la miniaturisation progressive des instruments d'observation, ils pourront devenir de véritables plate-formes d'observation et d'analyse multi-fonctions, se tenant ou non en relation temps réel avec leur base.

Les difficultés que doivent résoudre les drones tiennent à l'alimentation en énergie, pour les petits modèles qui ne peuvent embarquer beaucoup de carburant. Mais elles sont surtout relatives au pilotage - surtout quand les drones abordent des zones de navigation fréquentées. Le pilotage à vue par télécommande, pratiqué sur les modèles réduits, n'a que peu d'applications pratiques. Il faut que le drone soit suivi à distance, par exemple grâce à un répondeur radar, et qu'il puisse conserver en permanence, sans brouillage, la liaison avec le centre de contrôle. La localisation du drone ne pose pas de difficultés particulières, avec le GPS, encore faut-il que celui-ci ne soit pas brouillé. Signalons que, sur les territoires non couverts par le GPS et non cartographiés (par exemple sur une planète) on expérimente une technique complexe dite SLAM, localisation et cartographie simultanée, qui historiquement fut celle des premiers navigateurs non dotés de cartes marines fiables.

Les drones sont de bons candidats pour embarquer les systèmes de pilotage " conscients " que l'on étudie actuellement en vue d'en doter les robots autonomes qui auront pour mission de se comporter comme le feraient des équipages humains, là où la présence de ceux-ci n'est pas possible ou pas souhaitée. Ces systèmes, dits " cognitive systems ", font l'objet d'investissements importants de la part du ministère de la défense américain et de la Nasa. L'objet est d'avoir un automate non seulement capable de calculs sophistiqués, mais capable de se représenter lui-même, d'avoir des sensations et des sentiments (par exemple la peur, mère de la sureté). Dans ce cas, il pourra veiller lui-même à sa survie et au bon accomplissement de sa mission. Il est indispensable que l'Europe ne se tienne pas en retrait de tels développements, dont les retombées seront considérables.

1) Si vous cherchez sur euromale.com, vous trouverez tout autre chose que des drones. Le site à consulter est celui de EADS http://www.eads.net/


Bruno Latour et le principe de précaution

Dans un article du Monde daté du 13 juin 2004, p. 15, Bruno Latour s'est réjoui de l'introduction du principe de précaution dans la Constitution française. On sait que beaucoup de scientifiques et d'industriels ont craint de voir encourager ainsi toutes les campagnes visant à paralyser la recherche par des phobies anti-scientifiques dont la France a le secret - campagnes pouvant aussi cacher des intérêts conservateurs qui ne veulent pas se voir mis en cause. D'autres au contraire estiment que ce principe obligera à y regarder à deux fois avant de lancer de nouvelles applications dont les conséquences n'auront pas été mûrement étudiées.

Bruno Latour (voir http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/sep/latour.html) est l'avocat de ce qu'il a nommé l'écologie politique, laquelle suppose que tous les intérêts, y compris les plus conservateurs, soient représentés et appelés à discuter les politiques globales telles que celles intéressant l'environnement. Il estime que le soutien à la science ne doit pas être un devoir d'Etat. La recherche, écrit-il, est devenue un bien commun intéressant tout citoyen. Celui-ci " qu'il s'agisse de manger, de se soigner, de se déplacer, de communiquer, fait aujourd'hui de la politique scientifique et participe, qu'il le veuille ou non, à des programmes de recherche ".

C'est indéniable. Mais il est indéniable aussi que ce ne sont pas seulement les chercheurs qui cherchent le soutien inconditionnel de l'opinion, et dont il faudrait se protéger. Comment d'ailleurs le feraient-ils efficacement, n'ayant pratiquement accès à aucun moyen d'information collective sérieux. Aujourd'hui, ce sont d'innombrables lobbies économiques et sociaux (citons par exemple les représentants du secteur agricole, du transport routier ou, dans un tout autre domaine, ceux des milieux de l'audio-visuel) qui conditionnent l'opinion, sans se soucier un instant des précautions élémentaires qu'il faudrait prendre pour protéger le citoyen et son environnement physique et mental. On doute que la révision constitutionnelle les fasse beaucoup changer d'attitude.
20/06/04


L'Europe scientifique et technologique

Les élections européennes ont fait l'objet de multiples commentaires. Les partisans de la construction européenne ont déploré le peu d'intérêt des partis politiques nationaux et le manque de participation, concomitant ou consécutif, des électeurs. Mais on n'a pas suffisamment insisté sur le fait que si les uns et les autres ont paru médiocrement intéressés par l'avenir du projet européen, c'est que celui-ci n'a pas été présenté d'une façon qui parle aux imaginations. Le grand absent du débat a été et demeure le thème de la souveraineté scientifique et technologique de l'Europe des 25, développé dans notre dernier colloque.

Nous sommes persuadés que si cet enjeu avait été présenté clairement aux électeurs, ceux-ci y auraient vu deux intérêts essentiels : la perspective de retombées immédiates sur l'activité économique, l'emploi et par conséquent le social, d'une part, une matière à rêver aussi riche que le foot-ball ou la formule 1, d'autre part.

Nous pensons en ce qui nous concerne que, plutôt que pleurer sur les occasions perdues, il faut continuer à mener l'effort de sensibilisation que nous avons entrepris, en l'élargissant le plus possible à d'autres pays. C'est ce que nous allons faire. Nous vous en tiendrons informés.

Mais au delà de cela, sur quelles forces politiques le grand dessein de la souveraineté scientifique et technologique de l'Europe pourrait-il aujourd'hui s'appuyer ? Nous pouvons exclure d'emblée les mouvements souverainistes, les populistes et même les libéraux, pour qui ces matières sont affaire d'initiative privée et d'investisseurs inspirés par l'idéologie atlantiste, c'est-à-dire par le refus d'aider l'Europe à s'ériger en compétitrice efficace des Etats-Unis. Les Verts, de leur côté, que ce soit en France ou dans les autres pays européens, ne sont pas hostiles a priori aux sciences et aux techniques, mais ils y mettent tant de réserves et de contradictions internes qu'il ne faut guère attendre d'eux de messages constructifs à l'égard de l'opinion publique.

Par contre, les partis de gauche, sociaux-démocrates et communistes (ou ex-communistes), complétés de nombreux centristes attachés à l'idée européenne, comportent beaucoup de militants bien informés du besoin de politiques industrielles et de recherche/développement menées avec le soutien des pouvoirs publics voire dans le cadre de services publics à la française. Ils devraient donc pouvoir se faire les promoteurs de l'Europe scientifique et technologique. On y ajoutera, plutôt à droite de l'échiquier politique cette fois-ci, les partisans d'une politique de défense et de souveraineté industrielle européenne, mobilisant notamment ce qui reste des complexes militaro-industriels nationaux. L'action de ceux-ci, dans la confrontation mondiale, demeurera longtemps indispensable à condition de se faire plus transparente et surtout plus ouverte aux coopérations intra-européennes.

Il faut absolument que, dans les mois qui viennent, ces deux ailes politiques trouvent moyen de s'entendre sur un ensemble de projets communs qui pourront revivifier les institutions européennes et, notamment, donner matière à débats utiles au sein du Parlement européen. Nous pensons que la France devrait à cet égard, s'appuyant sur une longue tradition historique, prendre le plus grand nombre d'initiatives. Le gouvernement actuel en sera-t-il capable ? On peut en douter, voyant par exemple avec quelle désinvolture il semble se désintéresser aujourd'hui du sort du projet Iter, sans parler de beaucoup d'autres. La politique clairvoyante affichée au colloque il y a quelques semaines par le ministre de la recherche semble aujourd'hui devoir rester au stade des promesses, faute de volonté de financement.

La parti socialiste, aidé des alliés qu'il trouvera dans la gauche, notamment au PC (sans oublier les syndicats), dispose par contre d'un créneau extrêmement favorable. Il a tous les arguments nécessaires pour justifier la mise en place d'une ambitieuse politique européenne et nationale en vue du développement scientifique et technologique. Même s'il ne dispose pas des ressources du pouvoir, il peut considérablement aider à la prise de conscience en organisant des débats et en préparant des dossiers sur les grands sujets prioritaires : l'énergie, les sciences et technologies de l'information et de la communication, la robotique, le vivant, l'environnement, l'éducation et l'enseignement supérieur, sans oublier l'espace et la défense. Les organisations de défense de la recherche auraient bien tort de ne pas l'aider dans cette prise de conscience, même si pour des raisons légitimes elles souhaitent rester apolitiques. Il y a gros à parier que ce faisant, l'opposition de gauche augmentera considérablement le crédit dont elle paraît jouir auprès des citoyens, en précisant les objectifs concrets qu'elle entendra défendre dans les années qui viennent.

Ajoutons, pour revenir sur le thème des services publics, que la défense de ceux-ci ne se justifiera que dans la perspective de telles ambitions collectives. Seules ces structures pourraient, avec l'appui des gouvernements européens, orienter l'épargne collective vers de grands programmes d'investissements à vingt ou trente ans, que l'on ne saurait confier au capitalisme international. Les syndicats d'EDF, plutôt que couper les compteurs des personnalités, feraient mieux de présenter de tels arguments, auxquels chacun sera sensible.

Ajoutons que, dans La Lettre de l'Expansion du 11 juin, le député UMP Pierre Lellouche, chargé de suivre le dossier Iter, reproche au Premier Ministre de ne pas appuyer l'offre européenne des crédits promis afin de contrebalancer les sommes considérables dégagés par le Japon et les Etats-Unis. Le Newscientist, pour sa part (29 mai, p. 5), s'inquiète de ne plus entendre parler des négociations, ce qui lui laisse craindre que les jeux ne soient faits en faveur du Japon. Si ceci se révèlait fondé, ce serait une perte historique pour l'Europe et la Russie, dont le gouvernement français porterait en grande partie la responsabilité.


Le collectif des chercheurs lance un manifeste européen

Le collectif des chercheurs Sauvons la recherche s'intéresse maintenant à la recherche européenne et lance un manifeste européen et un questionnaire. Il porte essentiellement sur le rôle de l'European Research Council. Le dossier est déjà assez riche et devrait continuer à s'enrichir. Bonne initiative à suivre. J'ai signé en ce qui me concerne http://fer.apinc.org/sommaire.php3
Dommage pourtant qu'il n'aborde pas les questions cruciales de souveraineté technologique et scientifique de l'Europe, objet de notre dernier colloque. 09/06/04


 

 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/04-10006/index.htm