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La Gazette N° 93 (20 décembre 2003-15 janvier 2004)

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Nous avançons bien dans la mise en place d'un site consacré au Manifeste pour la souveraineté scientifique et technologique de l'Europe, dont vous aviez eu une version dans le précédent numéro. Il faut pourtant attendre un peu avant la mise en ligne, notamment pour ne pas percuter l'appel des chercheurs. Vous serez prévenus par cette Gazette, au cas où certains d'entre vous souhaiteraient signer ou faire connaître ce manifeste.

 

14 janvier 2004. Confirmation du programme spatial américain visant la Lune et Mars

Comme prévu, le Président Bush a présenté, du siège de la Nasa, le 14 janvier 2004, le nouveau programme spatial qu'il propose à la nation. Celui-ci comporte deux grandes phases : une réoccupation plus ou moins permanente de la Lune à partir de 2015, précédée de l'envoi de missions robotiques d'ici 2008 - l'envoi d'une mission habitée sur Mars une dizaine d'années après, elle-aussi précédée d'explorations robotisées dont le succès récent de Spirit ne constitue qu'un modeste précurseur.
A cette fin, dans l'immédiat, la Nasa devra développer un vaisseau sur le modèle de l'ex-capsule Apollo (Crew Exploration Vehicle) . Elle aura plusieurs usages : servir de capsule de sauvetage, envoyer des hommes dans l'espace proche, permettre l'exploration de l'espace profond. Les navettes seraient retirées du service d'ici 2010, et la Station Spatiale Internationale verrait son rôle réduit.
Ce programme devrait coûter sur 5 ans $12 mds, dont 11 mds proviendraient d'économies réalisées par la Nasa sur ses programmes actuels, ou permis par une amélioration de la gestion de l'Agence. Le coût total d'un programme Mars est évalué, très approximativement, à $60 mds, qui répartis sur 30 ans, entreraient sans difficultés dans le budget de la Nasa, qui est actuellement de $15,5 mds, augmenté de $1 md dans les 5 prochaines années.
Une Commission sera créée, présidée par l'ancien secrétaire à l'Air Pete Aldrich, pour établir un rapport précisant la mise en œuvre de cette nouvelle " vision "

Voir Communiqué de la Nasa http://www.nasa.gov/missions/solarsystem/bush_vision.html et tableau budgétaire http://www.nasa.gov/pdf/54873main_budget_chart_14jan04.pdf

Voici rapidement quelques commentaires :

- Beaucoup d'observateurs européens doutent de la sincérité de l'annonce, présidentielle, qui serait motivée uniquement par les échéances électorales : George W. Bush s'insèrerait ainsi, pour l'opinion, dans la lignée glorieuse de John Kennedy, ouvrirait des perspectives technologiques qui ne peuvent que plaire à l'industrie et finalement, ferait oublier les difficultés de la " démocratisation " de l'Irak. Mais il ne s'agirait que de promesses qui seront vite oubliées. Ils en concluent qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, le rapport de force entre la suprématie technologique et scientifique américaine et le reste du monde n'en sera pas modifié. Ces observateurs avisés oublient une chose, c'est que le projet Mars, comme beaucoup d'autres grands programmes américains, a été délibérément conçu par des stratèges qui voient loin et font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir et renforcer cette suprématie technologique et scientifique, dans tous les domaines. Le projet Mars sera pour ce faire une excellente locomotive. Au plan purement spatial, l'opération, telle qu'elle est identifiée dans le jargon politique américaine est sans ambiguïté : Renewed U.S. space dominance. Il s'agit donc bien de domination. Elle montre clairement au monde que la voie du spatial, maintenant et pour tout le siècle, sinon plus tard, sera explorée par les américains qui se seront unilatéralement attribué le titre d'ambassadeurs de l'humanité toute entière.

- D'autres observateurs, ou les mêmes, font observer que si, éventuellement, il s'agissait de renforcer la suprématie américaine, ce serait en vue d'une future confrontation USA-Chine, et non dans l'objectif de rabaisser l'Europe. Peut-être, mais tout le monde sait que ce que les Etats-Unis supporteraient le plus mal en ce moment, serait de voir l'industrie aéro-spatiale européenne, qui les agace profondément, renforcée par un projet Mars européen. Il doivent donc occuper le terrain martien, si l'on peut dire.

- Plus prosaïquement, le projet Mars ne sera possible que si la Nasa réforme profondément ses méthodes industrielles et de gestion. Il s'agit d'un objectif essentiel qui serait difficilement envisageable si l'administration ne mettait pas une forte pression sur l'Agence.

- Dans le cadre de cette réforme, l'abandon ou la mise en sommeil des ruineux programmes hérités de la décennie dernière, navettes et l'ISS, pourrait se faire sans choc dans l'opinion, un programme plus grandiose prenant le relais. Tant pis pour les japonais et européens qui avaient investi dans la réalisation de modules scientifiques devant s'intégrer à l'ISS. Ils pourront toujours faire appel aux Soyouz (rires).

- Cependant, dans la perspective d'une action politique visant à soutenir l'indépendance de l'Europe en renforçant ses ambitions technologiques et scientifiques, l'annonce de George W. Bush peut avoir du bon. Un programme Mars européen indépendant de celui des Etats-Unis apparaîtra de plus en plus justifié. Les budgets réévalués par la Nasa deviennent abordables pour l'Esa, d'autant plus que celle-ci est réputée bénéficier d'une gestion bien plus rigoureuse. Par ailleurs, les acquits de nos industries européennes de l'aéronautique et de l'espace, comme ceux d'autres industries (nucléaire par exemple pour la fourniture de moteurs atomiques destinés aux fusées, ou robotique pour la réalisations de robots autonomes), sans avoir l'importance de ceux immédiatement disponibles pour la Nasa, sont loin d'être négligeables. Enfin, l'effet d'entraînement d'un tel programme Mars européen sur l'ensemble des sciences et technologies concernées serait considérable, à une époque où la croissance européenne se languit.

Pour en savoir plus
- Le projet Aurora de l'ESA : http://www.esa.int/export/esaMI/Aurora/
Voir aussi More about Aurora :http://www.esa.int/export/SPECIALS/Aurora/SEMZOS39ZAD_0.html
- On consultera également le site très intéressant de nos amis de la National Space Society France, qui est très riche en données sur les programmes et outils spatiaux européens www.nssfrance.fr.st
- Rappelons enfin notre précédent
éditorial


Le budget de la recherche communautaire

La commission européenne veut doubler le budget de l'Union européenne consacré à la recherche. Elle demandera fin janvier 2004 aux Etats-Membres (EM) de faire passer ce budget de 3 mds d'euros à plus de 10 mds d'euros d'ici 2010. Ceci représenterait 10% de la recherche publique en Europe. Mais beaucoup de conditions pèsent sur cette perspective, notamment l'accord des EM relativement au budget global de l'Europe élargie à cette date: 1,24% du PIB en 2011 (ce qui donnerait en matière de recherche environ 13 mds d'euros), ou seulement 1% du PIB (soit 9 mds d'euros pour la recherche). Affaire à suivre donc.

Ces présentations par pourcentage du PIB (produit intérieur brut) des EM font confusion. La plupart des EM, notamment la France, ont décidé au Conseil européen de Barcelone (2000) que leurs budgets recherche devraient atteindre en 2010 3% du PIB global des Etats de l'Union, alors qu'il est actuellement à 1,9. Mais dans ces 3%, on inclut la recherche publique (1%) et la recherche privée (2%), selon des évaluations qui diffèrent selon les EM. Ainsi la France inclut dans sa recherche publique le nucléaire et l'espace (fort utiles mais qui ne suffisent pas à répondre aux exigences des autres secteurs). Par ailleurs, elle n'a que très peu de recherches privées. Son bon rang apparent (5e en 2003) est donc relativement trompeur. Il est par ailleurs difficile de la comparer à l'Allemagne ou aux pays scandinaves, pour ne pas parler des Etats-Unis ou du Japon.

De plus, comme nous venons de le dire, le budget européen de la recherche n'atteint pas 10% de ces totaux, ce qui montre son caractère relativement cosmétique. Le Commissaire Busquin a raion de dire qu'avec de tels budgets, l'Union Européenne ne peut pas assurer d'actions de grande ampleur et continues, contrairement à ce que font les Etats-Unis (voir son interviw dans Le Monde du 13/01/04).

Sur la recherche communautaire en général, on lira notre article en date du 14 janvier 2004, à paraître dans Automates-Intelligents). 13/01/04


EADS

Si on voulait mettre EADS à genoux, on ne s'y prendrait pas autrement. Dans Le Monde du 12 janvier (p. 12), Philippe Camus, président exécutif du groupe aéronautique et spatial européen EADS, indique que la dépréciation continue du dollar est en train de menacer la rentabilité des produits fabriqués en Europe. Pourrait être ainsi compromis la commercialisation par sa filiale Airbus de l'A380. EADS a fait de grands efforts de réduction de coûts (1,5 milliards d'euros) mais la dépréciation du dollar de 30% en un an lui coûte quelques 3 milliards d'euros. EADS ne manquerait pas de parades, notamment en délocalisant certaines de ses productions dans la zone dollar.

EADS n'est pas seule à protester contre l'inertie des autorités monétaires européennes face à l'appréciation de l'euro. Ce sont les fleurons de l'industrie de la zone euro qui sont menacées. Mais la Banque Centrale Européenne explique que la baisse du dollar n'a pas que des inconvénients. Evidemment, tout ce qui achète et consomme du pétrole en profite. Mais s'agit-il des secteurs les plus porteurs pour l'Europe industrielle de demain ? Les Etats aussi sont responsables. La France et l'Allemagne n'hésitent pas à affronter la commission européenne en ne respectant pas le pacte de stabilité, mais apparemment leurs gouvernements se désintéressent des pertes et risques de disparition menaçant l'appareil industriel du Continent. Quant aux américains, si la réserve fédérale fait l'innocente, en disant qu'il faut laisser jouer les forces du marché, il est plus que probable que l'Administration et les grands du secteur industriel poussent en sous-main à la baisse du dollar, voyant qu'ils peuvent ainsi atteindre, peut-être durablement, la puissance industrielle européenne.


Mars sera américain

Mars sera une planète américaine. Le président Bush annonce clairement son intention de faire du débarquement d'un américain sur Mars la nouvelle frontière que le pays doit se fixer pour les prochaines années. Il s'agit non seulement de fédérer et augmenter les moyens de recherche civils et militaires, mais de créer une vague d'enthousiasme dans le pays, analogue à celle ayant accompagné les premières missions lunaires. Les européens commencent à dire, selon certains articles, qu'il vaudra mieux jouer le rôle de second (ou troisième, ou quatrième...) sous les ordres des américains plutôt que développer un projet martien européen, ce qui serait tout à fait possible. Voir notre éditorial ci-joint

Rappelons que si l'Esa a obtenu un succès notable avec la mise en orbite de sa sonde Mars Express, l'échec du petit atterrisseur Beagle 2 a été pratiquement le seul thème évoqué par la presse. Pendant ce temps, le succès du débarquement du robot Spirit de la Nasa a retenu l'attention du monde entier. Nul ne mentionne cependant le fait que, pour cette expédition, la Nasa disposait d'au moins 12 fois les crédits de l'Esa. 13/01/04


Iter, 9 janvier 2004

Le secrétaire d'Etat américain à l'énergie affiche hautement sa préférence pour le site Japonais. Les réactions européenne et française restent confuses, au moins à en croire les dépêches. Les Français seraient cependant "furieux". Retenez-les, j'ai peur d'un éclat.


La pétition des chercheurs français

Rappelons, bien qu'il ne s'agisse plus d'une actualité, que plus de 3500 chercheurs ont envoyé au Premier ministre une pétition intitulée "La recherche publique est sinistrée. Organisons-nous pour la sauver". Des patrons de laboratoires (dont Axel Kahn) ont annoncé qu'ils démissionneraient d'ici quelques semaines si leur pétition n'est pas suivie d'effet. Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/
La liste des signataires est complétée de nombreuses contributions en ligne, toutes intéressantes à lire, sous forme de forum Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=147.
La pétition aurait recueilli plusieurs milliers de signatures.

NB:
Il existait à l'automne une autre pétition, dans les mêmes termes, qui n'a pas eu le même écho. Voir http://abi.marseille.inserm.fr/cgi-bin/appel_emploi.pl

On a beaucoup apprécié le soutien véhément de Claude Allègre sur France-Inter. Celui-ci est prêt à déménager aux Etats-Unis. Rappelons cependant que des projections sur l'état des effectifs et des crédits avaient été réalisées il y a 10 ans, notamment à l'instigation de Pierre Potier (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/49/potier.htm). Une catastrophe avait été pronostiquée. Nul ne s'était ému, notamment pas Claude Allègre, devenu ministre de l'éducation et de la recherche, qui aurait eu l'occasion de réagir alors qu'il était aux commandes.

Cette pétition nous conduit à préciser que le Manifeste dont nous vous proposerons bientôt la signature ne traite pas exactement la même question. La pétition des chercheurs concerne principalement la France, et met en exergue le retard de la recherche française, non seulement à l'égard des Etats-Unis, mais aussi des autres pays européens, notamment l'Allemagne et la Grande Bretagne. Nous nous plaçons en ce qui nous concerne au palier supérieur, si l'on peut dire: le retard que prend l'Europe tout entière (y compris ses champions) vis-à-vis des Etats-Unis. De plus nous ne traitons pas particulièrement la question des postes budgétaires et carrières de chercheurs, mais celle des moyens globaux, publics et industriels, affectés en Europe à ce que nous appelons les sciences et technologies de souveraineté. En fait, il va de soi que ces deux approches sont complémentaires, et que nous devrons lire attentivement les contributions des chercheurs publiées sur le forum du site Recherche en danger.


La Garantie Mutuelle des Fonctionnaires (GMF) rachète un chantier naval américain constructeur de sous-marins diésel-électrique de nouvelle génération.

Simple plaisanterie, évidemment. C'est pourtant ce qui se passe dans l'autre sens, quand le Pentagone, fonds de pensions américains interposés, vient faire son marché chez les industriels européens innovants. Nous avions déjà signalé le rachat par le fonds de pensions américain Kohlberg Kravis Roberts and Co (KKR) de Motoren und Turbinen Aero Engines (MTU), 3e motoriste européen, un des piliers du programme européen Eurofighter et fournisseur de la Bundeswehr. Ni les autorités allemandes ni les partenaires d' Eurofighter n'avaient trouvé à y redire.

Or l'histoire a un parallèle dont on a peu parlé, intéressant un autre industriel allemand, Howaldtswerke Deutsche Werft (HDW, Kiel). Ce chantier a mis au point un procédé dit AIP (Air Independant Propulsion) permettant aux sous marins diésel-électriques, encore les plus répandus, de recharger leurs batteries en plongée (Cf. Science et Vie, n° 1034, p.82). Ceci les rendra, dans les conditions favorables, dangereux pour les sous-marins nucléaires. Le procédé intéresse plusieurs pays, les Etats-Unis, la Chine et divers Etats européens, dont la France (via la Direction des constructions navales). Mais sans doute HDW a-t-il eu besoin de fonds qu'il ne trouvait pas en Europe. One Equity Partners (OEP), fonds d'investissement américain, est venu à son secours, dans une opération qui ressemble beaucoup à une prise de contrôle (Voir http://www.hdw.de/en/presse/index.hdw?c1=cpr02a&m1=mpr800&pid=110&udatum=2003). Il est probable que derrière OEP se trouve le chantier américain Northrop Grumman, constructeur du sous-marin nucléaire Virginia, qui voudrait bien diversifier son offre, notamment vers les pays asiatiques. Il serait alors étonnant que le Pentagone ne suive pas de très près tout ceci. Quant à l'Europe de la défense, elle passera son chemin, une nouvelle fois. 10/01/04

- HDW http://www.hdw.de/en/index.hdw?c1=start&m1=start
- One Equity Partners http://lksearch.biz/one-equity-partners.htm


Livres à lire

Je vous recommande des ouvrages extrémement différents, mais également passionnants. Le premier s'appelle " Négrologie. Pourquoi l'Afrique meurt ". Il est publié chez Calmann-Lévy par Antoine Glaser et Stephen Smith, tous deux bons spécialistes de l'Afrique. Il s'agit d'un procès sans complaisance fait à l'enfermement dans la spécificité africaine, la négritude, que les africains pratiquent systématiquement depuis la fin de l'ère coloniale. Ceci leur évite de se mettre en question au contact du reste du monde, et encourage toutes les dérives, tribales, dictatoriales, maffieuses qui sont en train de faire mourir l'Afrique, plus sûrement que le sida et le sous-développement.

On dira que l'argument est facile, rejetant la faute sur ceux que l'on continue à considérer comme des victimes. On reprochera surtout à l'ouvrage de ne pas proposer de solutions claires et réalistes permettant de rompre ce cercle vicieux. Mais tout doit commencer par le rejet du politiquement correct et de la complaisance vis-à-vis de nos amis africains. L'Europe est trop proche de l'Afrique pour éviter de couler à son tour si se poursuit le naufrage de cette dernière.

Les autres livres ont pour auteur Michel Onfray, encore jeune philosophe enseignant en Normandie, qui s'affiche ouvertement et sans complexe, non seulement laïc mais résolument et définitivement athée. Ceci ne devrait rien avoir d'original dans un pays dont beaucoup d'intellectuels et scientifiques ont rejeté les traditions religieuses, mais l'auteur montre que ce rejet reste très superficiel. Nos " élites " comme nos médias, continuent à véhiculer des conceptions du monde nées du fond des âges des religions, que celles-ci soient judéo-chrétiennes, islamiques ou bouddhistes. Il en résulte que, face aux progrès possibles des sciences, notamment en biologie et médecine, des freins multiples sont mis, notamment par les pseudo-défenseurs du principe de précaution, du rôle rédempteur de la douleur, de la personnalité morale de l'embryon, fut-il composé de 4 cellules.

Notre philosophe est très prolifique, tant dans ses livres que dans ses interventions médiatiques ou ses initiatives de démocratie locale. Il agace beaucoup de gens. Mais nous pensons qu'il faut lui pardonner ce léger défaut. On trouve les références de ses oeuvres complètes chez les libraires en ligne, notamment sur le site Amazon.fr (sans publicité). Bornons-nous à citer, " Archéologie du présent : Manifeste pour une esthétique cynique"(septembre 2003) et "L'Invention du plaisir : Fragments cyrénaïques" (23 janvier 2002) . Vient de paraître " Feeries anatomiques : généalogie du corps faustien" (Grasset). A paraître en 2004 "Antimanuel de philosophie : Leçons socratiques et alternatives " . Ces titres ésotérico-élégants ne doivent pas éloigner le lecteur. Les thèmes sont ancrés dans le présent le plus immédiat de nos sociétés - celles qui devraient être des sociétés de connaissance et qui ne sont encore que les terrains d'affrontement de fondamentalismes archaïques.

Voici un auteur avec lequel, malgré des outrances, je n'arrive pas à me trouver radicalement en désaccord. Il devrait être à l'ordre du jour, au moins pour discussion, de tous les programmes de philosophie des sciences et plus généralement d'enseignement scientifique. 23/ 12/03


Quel jeu joue François Heisbourg?

Nous n'avons rien contre les fondations et autres officines qui font profession de ce que l'on pourrait appeler le diplomatic consulting. La plus connue de celle-ci, en France, est la Fondation pour la Recherche Stratégique, dirigée par François Heisbourg (http://www.frstrategie.org/). On peut citer aussi le très médiatique IFRI, Institut français pour les relations internationales (http://www.ifri.org/). Souvent constitués d'anciens du corps diplomatique ou de la lutte contre - disons pudiquement - les désinformations venues de l'extérieur, ces organismes jouent un rôle certainement utile. Ils l'exercent au profit des politiques et des administrations, qui continuent à les consulter, comme à celui des entreprises. Néanmoins, la diversité de leurs sources de financements, de leurs discours, de leurs personnels et finalement des intérêts de carrière de ceux-ci, doit inciter le citoyen à la critique. On pourrait y voir naïvement des défenseurs ardents des intérêts français de par le monde, doublés de bons décrypteurs, à l'intention des médias, des obscurités de la géopolitique et de la géo-économie.

Le problème est que les médias, précisément, qui font appel à eux en permanence, plutôt qu'aux vrais diplomates et militaires tenus à un devoir de réserve, ne sont pas capables de prendre le recul nécessaire. Pour rester concret, je dirais - à titre uniquement personnel, cela va de soi - que je me suis souvent étonné de voir François Heisbourg, précité, prendre souvent des positions proches de ce que l'on appelait encore l'atlantisme, proches aussi des positions affichées de l'administration américaine, à des moments où le ministre des affaires étrangères, relayé par le Président, tentaient de définir une politique franco-européenne plus autonome.

Le discours de ces experts est si ondoyant que le banal auditeur, comme moi, a du mal à bien comprendre le jeu subtil qu'ils jouent, et les intérêts qu'ils défendent. On en retient souvent seulement que le grand frère américain est encore le meilleur choix pour nous autres européens. 23/12/03


Pour un Iter européen

Le délai supplémentaire, mi-février, demandé par les négociateurs du programme IITER* le 20 décembre 2003, afin de continuer à négocier l'accord sur le lieu d'implantation, Europe ou Japon, nécessite une interprétation politique mais aussi la préparation d'une riposte offensive.

On lira sur ce sujet notre note Pour un Iter Européen http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/50/iter.htm diffusée à plusieurs journaux et ministères (restée sans réponse, évidemment) 23/12/04


A propos de Digital Imprimatur. Commentaire d'un correspondant
Ludovic, Source Interne@temps-reels.net

Relativiser... J'ai bien peur que non. En effet, les attaques contre l'architecture ouverte de l'internet et du « poste de travail » se
multiplient. Du poste de travail intégrant TCPA/NGSCA (ex-Palladium) à la tendance à réintégrer de « l'intelligence » - lire du contrôle - aux réseaux - adieu ouverture, re-bonjour réseaux fermés et ultra-contrôlés
à la France Telecom et AT&T -, c'est bien une tendance lourde.

Qui plus est, je n'ai pas l'impression que les Etats soient les plus dangeureux dans l'affaire. S'opposer à la politique des États-Unis
serait relativement plus simple que s'opposer à celle de multinationales ubiquistes hypnotisant le pouvoir politique par des promesses - jamais tenues - d'emplois.

Si le danger est en partie technique, il est également dans la substitution de la technique à la loi. L'EUCD, IP Enforcement, ce n'est
rien d'autre que cela.

Il est également uniquement juridique lorsque la propriété intellectuelle devient confiscation intellectuelle, protectionnisme
intellectuel.

On peut lire sur ce sujet « Biopiracy: need to change western IPR systems » de Vandana Shiva (page 4 de
http://www.t0.or.at/wio/wsis/wio_wsis_web.pdf )

Extraits :

« The promotion of piracy is not an aberration of US patent law. It is intrinsic to it. The US laws were initially design to pirate or borrow
industrial innovations from England. [...]

The US style patent laws can only pirate indigenous knowledge systems, [...] The survival of an anachronistic Art 102 enables Us to pirate freely the knowledge from other countries, patent it, and then fiercely
protect this stolen knowledge as "intellectual property". Knowledge
flows freely into the US but is prevented to flow out of the US.

Voir aussi
First world IP regime stops China's modernization
par Jeff Smith (page 10 de http://www.t0.or.at/wio/wsis/wio_wsis_web.pdf

Extraits :

« China does not have access to fields that are critical to development.[...] Most libraries, at the heart of the higher education enterprise, are outdated and half empty. [...]

In China, the rule is that if a scholar cannot pay for the hardbound book today, she cannot afford the digital version tomorrow. It is not a
fault of the technology, but of regressive intellectual property regimes. [...]

Il est essentiel de nous battre contre la confiscation intellectuelle.
Amicalement, Ludovic


A propos de Digital Imprimatur, manifeste de John Walker

Jusqu'à ces derniers temps, on considérait dans les milieux libéraux (ou démocratiques) que l'explosion de l'Internet était un des meilleurs remparts contre la mise en tutelle des citoyens et des idées par des pouvoirs politiques et économiques toujours prêts à embrigader les esprits à leur service. Le réseau était si complexe et foisonnant que nulle tentative de mise en tutelle ne paraissait possible. Le prix à payer pour cela était la multiplication des spams, des piratages et des sites-poubelles. Mais il paraissait préférable de se protéger soi-même de ces excès plutôt que se tourner vers des autorités soi-disant bienveillantes dont la motivation profonde serait de rétablir une censure sur tout ce qui paraissait leur échapper.

Or aujourd'hui, l'Internet serait peut-être en train de changer. Le poids de ceux qui veulent réduire les libertés d'expression et de comportement dispose maintenant de technologies d'identification et de traçage d'une puissance constamment augmentée. Au service de qui ces technologies ? Il y a d'abord tous les auteurs-éditeurs qui veulent se redonner un monopole de diffusion des logiciels et des œuvres transitant par le numérique, même s'ils rendent l'accès à ces sources hors de prix pour les gens sans ressources (pensons au tiers-monde). Mais il y a surtout, et plus dangereusement, les grands pouvoirs politiques visant sous des formes diverses à rétablir des censures. Le plus voyant de ces pouvoirs, aujourd'hui, est le Pentagone qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme à l'intérieur comme à l'extérieur, finance d'innombrables recherches dont n'émergent que les parties visibles, destinées à des applications commerciales 1) mais dont les aspects les plus dangereux relèvent évidemment du secret-défense. Les grands Etats restés globalement totalitaires ne sont pas en reste, mais ils n'ont pas les mêmes ressources. Cependant, celles dont ils disposent, mises en œuvre en dehors de toute protection des droits de l'homme, sont globalement aussi dangereuses.

Aux Etats-Unis, où les esprits libres et technologiquement bien informés n'ont pas tous été réduits au silence, des voix se font entendre pour attirer l'attention de l'opinion mondiale sur cette " militarisation " de l'Internet. Mais leur écho reste faible. Ce n'est pas une raison en Europe pour ne pas les relayer et les appuyer. Le combat pour la liberté est nécessairement international et dépasse les clivages entre l'Europe et les Etats-Unis.

On étudiera sur ce plan avec une attention particulière le manifeste qu'a publié en septembre dernier un certain John Walker, sous le titre Digital Imprimatur. John Walker a participé dans sa jeunesse au mouvement hacker, puis a fondé une société nommée Autodesk. Il s'est retiré actuellement en Suisse pour disposer dit-il de la liberté d'expression nécessaire.

Dans ce texte, qu'il faudra lire et commenter en Europe, l'auteur pronostique le moment où, pour être autorisé à publier la moindre opinion organisée sur le web, il faudra avoir été certifié comme anodin par des autorités de censure organisées au plan international. Sous prétexte de salubrité publique et de défense d'intérêts légitimes jamais clairement définis, elles aboutiront à interdire d'expression tous ceux qui ne seront pas conformes. C'est déjà le cas, dira-t-on, dans le monde des médias et de l'édition. Mais les interdits de médias traditionnels avaient jusqu'à présent l'espoir de se faire entendre sur le web. Ils devront, selon John Walker, y renoncer, si rien n'est fait.

Paranoïa, voire manipulation, dira-t-on, de la part d'un monsieur qui veut se rendre intéressant. Il n'y a pas de boucliers qui n'ait son défaut. Peut-être. Mais peut-être aussi est-ce déjà bien tard pour réagir. En tous cas, nous nous devons ici de relayer ce message et nous rapprocher des forces démocratiques américaines qui n'ont pas renoncé à la liberté d'expression. Le Forum référencé ci-dessous peut servir à cela. 19/12/03

Pour en savoir plus
Digital Imprimatur, texte original
http://www.fourmilab.ch/documents/digital-imprimatur/
NB: 7.800 rérérences sur Google à ce jour.
Digital Imprimatur Forum
http://www.fourmilab.ch/wb/digital-imprimatur.pl

Notes

1) Parmi des start-up dont les intentions sont apparemment toutes entières orientées vers la détection des risques économiques ou écologiques, on citera:
- Imagen Inc http://www.imagen-inc.com/ (reconnaissance d'images)
- Alien Technology http://www.alientechnology.com/ (radio-tags)
- Nanomix http://www.nano.com/ (détecteurs nanométriques)
- Teradyne http://www.teradyne.com/

(source Time, article de Mark Halper 15/12/03, référencé sur Kurzweil AI net http://www.time.com/time/globalbusiness/article/0,9171,1101031215-557058,00.html )

 


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-9312/index.htm