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La Gazette N° 88 du 15 octobre 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Cette collection est ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

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Un Chinois dans l'espace

C'est inutile de revenir sur l'importance politique de l'annonce faite ce jour par la Chine, concernant l'envoi réussi d'un premier Chinois dans l'espace. Tous les commentateurs l'ont soulignée. Deux observations par contre méritent d'être faites. La première est que si la Chine s'inscrit désormais dans le club des puissances capables de réussir des vols humains, l'Europe reste à la traîne. Mais elle aurait pu faire partie du club depuis longtemps si le ministre Allègre n'avait pas décidé unilatéralement que l'homme n'avait rien à faire en orbite. Il en était résulté que les travaux relatifs à la navette Hermès de EADS ont été arrêtés. Celle-ci, lancée par Ariane 5, aurait été, non seulement capable de mettre un européen en orbite, mais aussi de ravitailler la plate-forme internationale, qui dépend aujourd'hui totalement des vols Soyouz. Hermès aurait été un gaspillage, diront les budgétaires. Peut-être en termes purement scientifiques, mais certainement pas en termes de visibilité politique pour l'Europe. On ne doit pas s'étonner qu'en l'absence de tels symboles, la construction européenne ne mobilise pas les jeunes.

La deuxième observation est économique. Lorsque la Chine concurrence les autres pays en proposant la fusée Longue Marche à prix cassés, qui la traînera devant l'OMC? La Chine ne s'embarrasse pas de scupules. Elle finance ses développements spatiaux sur budgets militaires, ce qui les met à l'abri de tout regard international. Ensuite, la course des clients lanceurs de satellites aux prix les plus bas lui donne toutes ses chances. Cela ne fait que commencer. Les Etats-Unis procèdent d'ailleurs en partie de même. Il n'y a que l'Europe qui joue totalement (ou presque) les règles du marché. Jusqu'à disparaître de la scène? 15/10/03


Jospin

On ne peut, dans cette Gazette, que se répéter: si les socialistes n'offrent aucune perspective un peu excitante, pourquoi voter pour eux? C'est bien ce que ne fait pas Lionel Jospin dans son récent article publié par Libération. D'accord pour la critique du gouvernement, mais après? Le discours de l'opposition devrait être, concernant la France comme concernant l'Europe: marché unique ou pas, nous nous engagerons à mettre en oeuvre de grands programmes d'équipement et de recherche: construction d'universités, de laboratoires, d'hôpitaux, de TGV et tunnels ferroviaires transeuropéens, etc. S'il y avait la volonté, on trouverait l'argent. Et nos amis polonais, si avides de laissez-faire, seraient les premiers à réclamer leur part dans de tels programmes publics. Ce que je vous raconte là complète, vous le devinez, ce que je disais précédemment concernant la Constitution Européenne. 14/10/03


Bright, Bright

Les scientifiques et philosophes américains ou britanniques qui se revendiquent ouvertement comme athées, irréductibles athées, dans des pays où le nom de Dieu est invoqué par toutes les institutions, viennent de décider de s'appeler eux-mêmes des "bright people". C'est Richard Dawkins et Daniel Dennett, que nous connaissons bien ici et admirons, qui lancent l'idée, en espérant que le terme de Bright se comportera comme un mème, c'est-à-dire qu'il voyagera dans les esprits et se reproduira abondamment. Ces deux promoteurs de la Brightness présentent sur le site de Edge une sorte de manifeste et appel au peuple en faveur de l'athéisme et contre tous les obscurantismes. Je l'ai lu et n'ai pas grand chose, ni à retirer ni à ajouter. Le seul ennui, pour nous français, est que Bright est difficilement traduisible. On ne peut pas, en notre pays où le ridicule peut encore tuer, se qualifier de "brillant" ou "lumineux". Quand à se désigner comme athée, c'est très honorable mais fait quand même un peu trop petit père Combes. Alors que dire, et faut-il d'ailleurs traduire? Dawkins prend l'exemple du terme Gay, qui est devenu universellement connu. Pourquoi pas Bright. Je laisse la réponse à cette question, qui n'est pas aussi futile qu'il semble, à votre sagacité. En tous cas, j'ai signé le manifeste des Brights (voir http://www.the-brights.net/ ) Ils représentent, à moins de tromper horriblement leur monde, quelque chose de sain à encourager, notamment aux Etats-Unis où dominent encore néo-conservateurs et fondamentalistes évangélistes. 13/10/03

- Lire (en anglais malheureusement) http://www.edge.org/3rd_culture/bright/bright_index.html


L'Etat bafoué

On nous reprochera sans doute d'employer de bien grands mots pour pas grand chose. Mais les petites choses sont souvent plus révélatrices que les grandes. Le gouvernement est en train de donner actuellement à tous ceux qui contestent l'autorité de l'Etat dès que celle-ci peut contrarier certains intérêts un bien mauvais exemple. Céder aux buralistes, derrière lesquels s'abrite le lobby encore tout puissant des industriels du tabac, signifie qu'une toute petite minorité de gens disposant d'une certaine capacité de nuisance électorale peut librement continuer à s'opposer aux mesures pourtant timides visant à restreindre la consommation d'un produit dangereux. Quant au renoncement à croiser les fichiers des abonnés au câble avec ceux des contribuables à la redevance, pour détecter les fraudes innombrables qui retirent une part de son efficacité à cet impôt, tout le monde sans doute s'en félicitera. Voici une taxe inepte, recouvrée par une administration archaïque. Faut-il donc pour améliorer son rendement recourir à des méthodes derrière lesquelles se profile l'abominable Big Brother. Rappelons cependant pour la petite histoire que la Commission Informatique et Liberté, ennemie jurée du recoupement des fichiers, a été responsable de milliards de non-recouvrements frauduleux ou résultant d'erreurs, en rendant très difficile les rapprochements entre fichiers d'assiette et fichiers de recouvrement, ainsi que les contrôles basés sur l'utilisation du numéro de sécurité sociale. Qui en profite? La criminalité financière. Qui en paye le coût? Les contribuables.

NB au 29/10: aux dernières nouvelles, on ne cédera pas totalement aux buralistes. A suivre


Le général de Gaulle et la recherche scientifique et technique

Le général de Gaulle et la recherche scientifique et technique
Cahier n° 12, 2003, de la Fondation Charles de Gaulle
5 rue de Solférino, 75007, Paris.

La Fondation Charles de Gaulle, comme son nom l'indique, s'est donnée pour mission d'éclairer l'action du général de Gaulle et perpétuer son souvenir. Elle s'intéresse à tous les évènements de la vie de celui-ci, comme militaire, chef de la France Libre, Président de la République et militant politique. Le regard porté sur le Général n'est pas historique, en ce sens qu'il ne procède pas à une évaluation scientifique, c'est-à-dire critique et multidisciplinaire, de sa vie et de son œuvre. Les Cahiers doivent cependant intéresser les historiens, car ils fournissent des témoignages et des documents originaux. Ils donnent aussi, même à ceux qui ne se réfèrent pas aujourd'hui au Gaullisme, l'occasion de réfléchir à de nombreux points intéressant encore fortement notre devenir collectif. Sans se situer le moins du monde au sein du Gaullisme tel que prétendent l'incarner certains courants de la droite contemporaine, il n'est pas inutile aujourd'hui de s'interroger sur l'oeuvre de celui qui reste le symbole du volontarisme à la française dans les domaines industriels et technologiques.

Ceci est tout l'intérêt du Cahier consacré à l'action du Général dans le domaine du soutien à la recherche scientifique et technique, suite notamment à son retour au pouvoir en 1958. Dix personnalités ayant exercé des responsabilités politiques, scientifiques et administratives au service de la politique gaulliste y exposent des faits et évènements souvent peu connus sinon oubliés. Ceci éclaire et permet de mieux comprendre pourquoi la référence au " volontarisme " du général de Gaulle dans le domaine des politiques scientifiques, techniques et industrielles, face aux abandons que semble imposer une conception mal comprise de la mondialisation, est encore dans beaucoup d'esprits. La 4e République avait eu le grand mérite, suite d'ailleurs au Front Populaire qui avait entre autres créé le CNRS, de promouvoir la recherche scientifique et ses grandes applications technologiques et industrielles. Mais, vers la fin, ses dirigeants n'avaient pas su voir les nouvelles priorités. S'engluant dans le quotidien, suite notamment aux guerres d'Indochine et d'Algérie, ils n'avaient pas su proposer de vision aux Français en matière de grands projets porteurs. Pendant ce temps, les Etats-Unis, riches de toutes les ressources intellectuelles mises en place pendant la 2e guerre mondiale, avaient su aborder l'après-guerre et la guerre froide en faisant de leurs laboratoires les fers de lance d'une nouvelle forme de conquête du monde.

Peu de gens en France s'inquiétaient de cela en 1958, l'atlantisme, c'est-à-dire la conviction que notre pays pouvait se développer tranquillement dans l'orbite de la puissance scientifique et industrielle américaine, étant encore fort répandu. De Gaulle, dès 1958-1960, sut voir que cette voie conduisait à un déclin rapide. Ce furent d'abord des considérations relatives à l'indépendance militaire de la France qui l'inspirèrent. Mais très vite, et bien que sa culture scientifique d'origine fut mince, il sut s'intéresser aux applications civiles. Il perçut également où se trouvaient, pour l'époque, les priorités stratégiques : nucléaire, air, espace, informatique. De par son passé et sa culture, il s'intéressa d'abord à ce que l'on appelle les technologies duales, susceptibles d'applications aussi bien militaires que civiles - ce qu'ont toujours fait les Etats-Unis. On parlerait aujourd'hui de technologies de puissance. Mais il entreprit aussi d'encourager la recherche scientifique dans son ensemble, comme le montra la mise en place de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique en 1958/59. Celle-ci fortement soutenue par le Général et par le Premier ministre Michel Debré, réussit à la fois à identifier et coordonner tous les laboratoires et actions de recherche, faire augmenter les financements de la recherche au niveau de ceux des autres grands pays, et définir des Actions Concertées privilégiant des " filières " estimées stratégiques.

Lire la suite sur http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/48/degaulle.htm


Mission Smart-1

L'Agence Spatiale Européenne vient de lancer la mission Smart-1 vers la Lune. Il s'agit d'un petit vaisseau utilisant pour sa propulsion un moteur ionique. Celui-ci est un prototype qui sera ainsi testé avant d'être développé dans un engin plus ambitieux destiné à l'exploration de Mercure. Le moteur de Smart-1 tire son énergie de panneaux solaires. L'électricité produite sert à ioniser des atomes de xénon, provenant d'un réservoir. Les atomes ainsi ionisés sont rejetés à l'arrière du vaisseau. L'energie propulsive obtenue est très faible, mais elle peut être entretenue pendant plusieurs mois, ce qui finit par provoquer une accélération notable. Le voyage prendra une quinzaine de mois et le vaisseau se livrera à diverses observations du sol lunaire qui n'avaient pas pu être réalisées jusqu'ici.

La mission de l'Esa destinée à l'exploration de Mercure, nommée BepiColombo, prévue pour 2011, mettra 2 ans et demi pour arriver à destination. Le concurrent américain, Messenger, utilisera une propulsion classique et arrivera donc plus tôt. Mais il y a de la place pour tout le monde dans l'exploration de Mercure.

Le moteur ionique avait déjà été utilisé avec succès dans la mission remarquable de la Nasa vers la comète Borelly (voir http://www.automatesintelligents.com/echanges/2003/sep/ds1.html )

Je profite de cette brève pour indiquer que tous les échos que je recueille sont à la louange de l'ESA. Contrairement à la Nasa, qui semble avoir fait preuve d'une gestion avec, disons, des hauts et des bas, l'ESA bénéficie d'une réputation de rigueur scientifique et gestionnaire dont se félicitent les industriels traitant avec elle. Ceci conforte la thèse que, pour l'avenir de l'Europe technologique, des Agences sur ce modèle constituent une solution très intéressante, à condition bien évidemment qu'elles disposent d'une indépendance suffisante pour ne pas devenir des enjeux de pouvoir aux mains des politiques.

- Présentation de Smart-1 par l'ESA http://www.esa.int/export/esaCP/SEM2OU0P4HD_index_0.html


La grande misère de la science française

Pourquoi augmenter les crédits de la recherche publique française, afin de les mettre au niveau des 3% du PIB annoncé (DIRD, dépense intérieur de recherche développement, totale ou par activité), alors qu'ils stagnent aux alentours de 1,8% ? Ce dernier chiffre est approximatif, dépendant de ce que l'on prend en compte. Mais il est néanmoins significatif du retard français. La réponse à cette question est simple : pour offrir aux chercheurs les carrières d'abord, les moyens de fonctionnement ensuite, dont notre pays a besoin pour encourager les vocations de chercheurs scientifiques (actuellement en chute marquée) et décourager la fuite des cerveaux. Précisons d'emblée que cette mise au point ne doit pas décourager les jeunes de chercher à faire carrière dans les sciences, ni les boursiers étrangers de venir travailler en France. Elle vise seulement à donner des arguments pour que les pressions sur les Pouvoirs Publics en faveur de la science puissent se généraliser.

Le grand public a du mal à comprendre les mécanismes en cause. Essayons ici de présenter le problème d’une façon simple.

Les jeunes chercheurs, après au moins 6 ans d'études universitaires, sont soit en train de préparer leur doctorat, ce qui suppose la rédaction d'une thèse sous la responsabilité d’un directeur de thèse, soit en stage dit de post-doctorat. Le stage de post-doctorat permet aux thésards de valoriser leurs travaux de thèse en effectuant des recherches en laboratoire et en publiant des articles qui constitueront leur dossier personnel. Ensuite, ils auront le choix entre postuler un recrutement dans un établissement public de recherche (CNRS, Inserm) leur permettant de travailler dans le laboratoire qui les intéresse, soit d'envisager une carrière en entreprise. Rappelons que les candidats-docteurs préparant leur thèse sont principalement financés par des bourses d’Etat ou par quelques fondations privées. Les post-doc disposent principalement de contrats à durée déterminée (18 mois à 2 ans en général). Ceci ne leur permet pas de se consacrer à des recherches de longue durée.

Il est (à juste titre) recommandé aujourd'hui d'accomplir un premier stage de post-doctorat à l'étranger, soit en Europe (des dispositifs d'encouragement sont prévus par l'UE), soit dans un grand pays scientifique, Etats-Unis ou Japon en priorité. Le post-doc est rémunéré dans les conditions propres au pays d’accueil. A l'étranger, dans les disciplines à fort potentiel, les rémunérations sont beaucoup plus élevées qu’en France (on parle couramment de pont d'or). Par ailleurs le travail au sein d’équipes qui se disent fort justement les premières du monde valorise le chercheur......

Lire la suite sur http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/48/edito.htm ainsi qu'un courrier défendant la thèse contraire


Mourance

Sous cet intitulé, un lecteur de Télérama semble dire que de nombreux médecins s’opposeront à l’idée de ne pas maintenir en survie, jusqu’à leur dernier souffle, des gens qui ne sont plus encore vivants, mais pas encore morts, et qui relèvent selon lui de l’état de mourance. Ceci me paraît poser la question de la motivation des médecins en général. Une activité professionnelle ne tient que par l’intérêt professionnel et personnel que ceux qui l’assurent y trouvent. Les médecins qui, selon ce lecteur, s’opposeraient à toute forme d’interruption de l’état de « mourance » trouvent-ils plus « gratifiant », dans tous les sens du terme, de traiter des patients en survie artificielle plutôt que d’exercer la pédiatrie, l’anesthésie, la traumatologie ou autres formes de leur art? Je n’en sais rien, et me borne à poser la question. 09/10/03


String

On croît rêver. Certains (refoulés je suppose, comme on disait au beau temps de la libération sexuelle) proposent d'assimiler le port du string par de jeunes lycéennes au port du voile islamique et de le faire interdire comme signe ostentatoire remettant en cause les principes incontournables de la laïcité. Pour le voile, la croix de ma mère et autres symboles religieux, je suis d'accord. Pour le string, je me demande comment on pourrait distinguer celles qui en portent de celles qui n'en portent pas. 09/10/03


Ratifier le projet de traité pour la Constitution Européenne

Cette semaine sont intervenus à la radio deux excellents avocats du projet de « traité établissant une Constitution pour l’Europe", le Président de la Convention, VGE (que l’on prend toujours grand plaisir à entendre) et l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrines. L’un et l’autre ont exhorté les citoyens à discuter le plus largement et objectivement possible ce projet de Constitution et les conditions de sa mise en œuvre. Suite à cela, j’ai reçu de quelques abonnés à la digne Gazette que vous me faites l’honneur de parcourir à vos moments perdus un appel pour que je donne mon point de vue sur la question, compte-tenu des milliers de lecteurs qui font de moi, ont-ils dit, une sorte de leader d’opinion. Je pense qu’ils s’exprimaient, comme disent nos voisins britanniques « tongue in cheek », mais qu’importe. Voici donc quelques réflexions que je me fais, au jour d’aujourd’hui et dans le désordre :

- Ce serait ruiner les efforts de la Convention pour obtenir un texte acceptable par tous ses membres qu’accepter de remettre, ne fut-ce que sur une seule ligne, ce texte en discussion. De ligne en ligne, il sera entièrement détricoté et nos amis américains pourront sabler le champagne (californien).

- Il faut pour des raisons de démocratie élémentaire soumettre ce texte au référendum populaire, quels que soient les risques. De préférence, comme il a été dit, il faudrait voter le même jour dans toute l’Europe.

- Il faut, pour empêcher les emmerdeurs de ruiner la construction européenne (suivez mon regard vers l’extrême Est et le Sud-Ouest), décider que le texte n’aura pas besoin de l’unanimité des pays pour devenir applicable. Il s’appliquera aux seuls Etats l’ayant ratifié. On proposera aux autres une sorte de statut d’Etats associés qui leur permettra de s’interroger encore un peu sur le choix à faire entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. On peut penser que, si les gouvernements des Etats de l’Euroland (ayant adopté l’euro) complétés de la Grande Bretagne ratifient le traité de Constitution, l’Europe sera sortie de l’enlisement où des gouvernements incapables la mettent en ce moment.

- Venons-en aux gouvernements, précisément, mais aussi à leur opposition. Limitons-nous au cas de la France. Actuellement, dans la perspective des prochaines élections régionales, la gauche comme la droite veulent faire plaisir à la fois aux partisans de la construction européenne et à ses adversaires (il ne faut pas courir le risque de perdre une seule voix, n’est-ce pas ?). Par conséquent, ils parlent de tout, notamment des 35 heures, mais pas de l’Europe. On peut parier gros que leur calcul électoraliste sera déçu et que seul le Front National bénéficiera de leur silence. Le gouvernement, qui comme son nom l’indique, devrait gouverner haut et fort, ne peut-il clamer sur tous les tréteaux qu’il est pour le renforcement de l’Europe et dans un premier temps, pour l’adoption de la Constitution. Mais il faut le faire de telle façon que le vote ne se présente pas comme un référendum pour Chirac et l’UMP. Le Président a l’occasion de revêtir à nouveau l’habit de représentant de tous les Français qu’il avait si bien porté dans l’affrontement avec les Etats-Unis avant la guerre d’Irak. Qu’il ne laisse pas passer l’occasion et l’Histoire lui pardonnera beaucoup. Quant à la gauche, c’est pareil. Elle avait accepté, Dieu merci, de voter Chirac plutôt que laisser gagner Le Pen aux dernières présidentielles. Elle doit reprendre le même discours, n’en déplaise aux irresponsables si nombreux dans ses rangs. Je pense en particulier, au sein du PS, aux courants NPS et Nouveau Monde, qui proposent de refuser en l'état le projet de constitution. On ne voit pas par quel miracle les légitimes ambitions de ce texte pourraient être mieux satisfaites au terme d'un échec du projet actuel. C'est du gauchisme utopique, qui privilégie le juridisme (mal bien français) au pragmatisme. Dans l'Europe définie par cette nouvelle constitution, les forces politiques qui voudraient renforcer la puissance industrielle et scientifique européenne, harmoniser les réglementations sociales, fiscales et autres, auraient tout loisir de tenter de convaincre les électeurs, au moins au sein de l'Europe des 6 fondateurs, bien mieux en tous cas qu'aujourd'hui. Ajoutons que si comme je l'espère la gauche demande de voter oui au futur référendum, elle devra expliquer que cela n’est pas pour faire plaisir à Chirac et l’UMP, mais pour rendre un éminent service à la nation et à l'Europe.

- N'oublions pas, mais ce sujet est traité dans une autre de ces brèves (voir La guerre des monnaies et L’illusion de la croissance) que le gouvernement comme l’opposition devraient promettre aux Français que, la Constitution une fois ratifiée, ils s’engageront à défendre dans le cadre des nouvelles institutions des projets d’investissements publics transeuropéens conséquents, dans les domaines des grands équipements et de la recherche scientifique notamment. Ils devront également annoncer qu'ils adopteront une politique de promotion de l'euro dans les pays voisins. Il faudra autour d'un noyau dur constitué des pays fondateurs de l'euroland développer des harminisations fiscales, sociales et industrielles qui s'opposeront utilement au climat d'ouverture atlantique et de concurrence interne proné par les nouveaux entrants dans l'Union, pays de l'est et pays baltes notamment.

J’ajouterai à cela deux conseils que nous sommes je crois nombreux à vouloir faire connaître aux intéressés : qu’Hubert Védrines se propose comme candidat socialiste aux prochaines présidentielles et que Mme Lenoir (vous savez, la ministre déléguée aux affaires européennes) laisse son porte-feuille à quelqu’un ayant le gabarit et l’enthousiasme d’un Michel Barnier.

PS: Sur cette question et d'autres adjacentes, on pourra lire, de Christian St Etienne, La puissance ou la mort, au Seuil. Il ne dit pas à 100% ce que je dirais à sa place, mais cela n'a pas d'importance.

- Projet de Traité établissant une Constitution pour l'Europe http://european-convention.eu.int/bienvenue.asp?lang=FR


EPR, gaffe de la ministre ou décision de bon sens ?

Je ne peux absolument pas suivre les écologistes quand ils commencent à réagir et agiter l’opinion suite aux propos de Mme Fontaine, ministre de l’industrie, qui vient d’annoncer qu’il fallait commencer à mettre en route le remplacement des centrales nucléaires actuelles par la nouvelle génération dite EPR (European Pressurized water Reactor). Ce n’est pas être stipendié par le lobby des nucléaristes que ne pas voir d’autres solutions. Garder les vieilles centrales dont certaines sont à bout de souffle encore 20 ans ? Revenir au tout-pétrole, tout charbon ? Compter sur les énergies dites douces pour répondre à 80% au moins de nos besoins énergétiques ? Economisez 80% au moins de notre consommation actuelle et prévue ? Obliger Framatome et Siemens à laisser aux américains les contrats à l’export qui s’annoncent ? Chacun sait que rien de cela n’est possible, et que les Verts allemands commencent à en convenir. Mais personne n’ose le dire clairement, ni notre gouvernement ni l’opposition. Matignon, selon Libération, aurait qualifié l’annonce de Mme Fontaine de bourde. C’est un comble. Mme Fontaine, dans cette affaire (comme d’ailleurs dans d’autres dossiers), devrait être félicitée.

Ce qui par contre est vrai et que personne ne dit, c’est que les investissements à prévoir ne pourront être laissés aux seuls industriels, comme le gouvernement le suggère. Il faudra que l’Etat co-finance les projets, quelles que soient les réactions du couple infernal OMC/Maëstricht, derrière lequel se cachent d’ailleurs bien des intérêts américains. Il faudra aussi que les Pouvoirs Publics accélèrent les investissements nécessaires au traitement des déchets. Il faudra enfin pousser les travaux sur la fusion nucléaire, en développant une version européenne d’Iter si comme tout le laisse craindre, ces mêmes américains veulent mettre la main sur cette filière prometteuse. Tout ceci créera de l’emploi qualifié en France. On peut le payer, puisque nous serons en déflation (c’est-à-dire, rappelons le, avec un excédent des ressources sur les demandes). Il restera bien assez de ressources industrielles pour développer aussi les énergies douces. Pourquoi le gouvernement ni l’opposition ne jouent-ils pas clairement cette carte, plutôt que faire le dos rond devant une opinion mal informée des vrais risques et enjeux par les José Bové de l’anti-nucléaire ? 09/10/03

- Le point de vue d'EDF http://www.edf.fr/html/en/decouvertes/voyage/nucleaire/retour-nucleaire.html
- Un point de vue émanant des Verts http://vertsenergie.ouvaton.org/article.php3?id_article=3


L'illusion de la croissance (libérale)

Le gouvernement, et beaucoup de Français avec lui, s’inquiètent du fait que l’économie française semble entrer dans une phase de croissance zéro, sinon de récession. Mais il faut s’interroger sur ce que l’on entend par croissance, et comment on peut la relancer. La croissance est indiscutablement l’emploi. Il faut mettre en place un mécanisme qui se traduise par une augmentation des offres d’emploi venant principalement des entreprises. Mais l’emploi doit-il dépendre seulement de la consommation privée, comme les tenants du libéralisme le prétendent. C’est peut-être regrettable que les Français épargnent actuellement au lieu de consommer. Mais ceux qui épargnent sont ceux qui ont quelques réserves. Voudrait-on qu 'ils consomment à tort et à travers? Faudrait-il pour relancer la croissance que tous les possesseurs de voitures usagées, par exemple, achètent une voiture neuve (qui pourrait d’ailleurs être fabriquée hors de France). Faudrait-il que le tourisme dans la zone dollar se multiplie? La réponse est évidemment non. Les analyses du Club de Rome (dont peu de gens se souviennent) sont encore valables. Il vaut mieux une croissance zéro que des croissances artificielles fondées sur des consommations de gaspillage, polluantes et souvent nuisibles aux consommateurs eux-mêmes.

Mais alors comment relancer l'emploi? Devrons-nous, comme le gouvernement le laisse dire, attendre la reprise aux Etats-Unis (pronostiquée à 4%) afin d'en récupérer les miettes - surtout qu'avec la baisse concertée du dollar destinée à déstabiliser la zone euro, ces miettes se traduiront par davantage de consommation de produits américains ou indexés sur le dollar comme les produits pétroliers? Nous le répétons à longueur de numéro. La croissance américaine est principalement fondée sur des déficits systématiques des budgets publics, destinés à financer des investissements dans les sciences et technologies civiles et de défense. Les emplois que ces investissements produisent sont hautement qualifiés, et si nombreux que les Etats-Unis sont obligés de recourir massivement à l'importation de cerveaux venant d'Asie, d'Europe et d'Amérique Latine. Qu'attend-on pour faire de même ? J'aurais préféré pour ma part voir l'illustre M. Mer aller à Bruxelles pour plaider, non pas quelques délais pour un retour aux critères de Maëstricht, mais la mise en place d'un vaste programme de grands travaux et de recherches payé en euro par des endetements des budgets publics, déficits des paiements courants ou pas. Mais ceci, l'idéologie libérale l'interdit à la majorité, et interdit par contagion à l'opposition de gauche de le demander. 09/10/03


Droit dans ses bottes
.
Si j'ai un conseil à donner à l'UMP, c'est celui de demander à M. Juppé de retourner à l'Inspection des Finances, et qui plus est à la base, c'est-à-dire "à la tournée". Il affirme au tribunal, droit dans ses bottes comme toujours, qu'il n'avait rien vu de ce qui se faisait sous son autorité. Nous dirons, puisque que tout prévenu doit être considéré comme innocent, que c'est sûrement vrai. Mais cela montre un grave manque de métier dans le domaine de la gestion. Qu'il retourne donc faire ses classes, comme suggéré ci-dessus, jusqu'à ce qu'il prenne une retraite bien mérité. L'opinion, fusse-t-elle majoritaire, s'étonnera sûrement de voir l'intéressé conserver la tête du plus grand parti de France. 08/10/03


La guerre des monnaies

Les gouvernements des pays européens ayant adopté l’euro, formant ce qu’on appelle l’euroland, sont de bien piètres défenseurs de l’euro. Ils ne semblent pas voir que celui-ci a déjà apporté des atouts considérables, en supprimant les changes flottants au sein de l’euroland, et en commençant à offrir une alternative viable à ceux de par le monde qui jusqu’ici plaçaient leurs épargnes en dollar. Ils ne semblent pas être informés du fait que pour l’administration américaine, appuyée par la réserve Fédérale, l’euro est l’ennemi et qu’il faut tout faire pour le ruiner, en ruinant avec lui les pays de l’euroland qui ont l’inconvénient de représenter la « vielle Europe », c’est-à-dire pas encore décidée à se coucher devant la puissance américaine. Si les Etats-Unis laissent baisser le dollar, c’est en partie pour rendre plus difficiles les exportations des industriels européens. On dit que ceci en contre-partie rend plus faciles les acquisitions d’entreprises américaines, mais comme celles-ci sont implantées aux USA et soumises à la loi de ce pays, les avantages qu’en tirent les économies européennes sont pratiquement nuls. C’est au contraire une porte ouverte à la fuite des cerveaux.

Que faudrait-il faire pour sauver le soldat euro ? C’est devenu un lieu commun de le dire, et j’ai honte de le répéter ici. Bornons-nous à rappeler la nécessité d’une politique économique, financière, fiscale et sociale coordonnée et ambitieuse au sein de l’euroland, accompagnant des politiques d’investissements publics audacieuses (même et surtout si cela entraîne une dévaluation temporaire de l’euro face au dollar et au yen).

Cela, dira-t-on, va couper l’Europe en deux. Mais rappelons que pour éviter ce risque il y a quelque chose auquel on ne pense pas. Ce n’est pas parce que les Suédois, aveuglés par des intérêts à courte vue, ont refusé l’euro, que les autres pays de l’Europe des 25 ou même la Russie ne souhaiteraient pas entrer dans l’euroland. Qu’attend-on pour le leur proposer, sans les ennuyer excessivement par des tickets d’entrée préalables. Toutes les divergences économiques et politiques actuelles entre pays membres et futurs membres se résoudront au sein d’une zone euro puissante. Les seules conditions à poser concernent l'abandon, par les nouveaux entrants, de leur refus de la coordination économique et sociale évoquée ci-dessus. L'Europe ne doit pas être considérée par eux comme un tiroir-caisse les laissant libre de toutes les compromissions avec l'ultra-libéralisme atlantique 07/10/03


L'emballement médiatique

Dans le livre qu'il vient de faire paraître, Le cauchemar médiatique, Daniel Schneiderman expose avec une certaine naïveté son incompréhension devant les phénomènes d'emballement qui secouent par cycle les opinions publiques. Pendant de longues périodes d'eaux dormantes, des faits pourtant connus des experts ne sont pas évoqués.Il cite la pédophilie, l'insécurité, le prion, la télé-réalité...Puis subitement, c'est l'explosion : tout le monde en parle et en parle de la même façon (avec excès évidemment) scientifiques et politiques compris, qui s'inscrivent ainsi, comme souvent, à la remorque de l'opinion. La société est brutalement contaminée, jusqu'à ce que la fièvre retombe et que l'actualité propose d'autres thèmes du même genre.

Je dis que Daniel Schneiderman est naïf car il ne recherche que des causes tirées de la sociologie ou de la médiologie classique à de tels phénomènes. Il ne lui vient pas à l'idée de faire appel aux hypothèses de la mémétique. Celles-ci, comme nul n'en ignore, permettent d'étudier ces phénomènes de contagion, se propageant notamment à travers les réseaux modernes d'information, comme on le ferait de véritables épidémies virales. La mémétique n'est pas encore capable de prévoir les poussées de fièvre. A tout le moins permet-elle d'avancer des hypothèses explicatives plus crédibles que celles de la simple manipulation volontaire des esprits par tel ou tel intérêt bien organisé.

Nous suggérons à nos amis méméticiens de reprendre le livre de Schneiderman avec les lunettes du nouvel esprit scientifique qu'ils souhaitent incarner, et de démonter les mécanismes décrits avec les nouveaux outils de la discipline. Je contribuerais bien à ce travail, me rangeant intellectuellement de leur côté. Mais je n'ai pas le temps de le faire.

PS qui n'a pas grand chose à voir: Daniel Schneiderman se débat comme un diable, sur toutes les tribunes médiatiques, pour faire partager l'indignation qu'il éprouve à se voir licencié par Le Monde (où il publiait une chronique hebdomadaire dans le supplément Télévision). Tous ceux qu'il a pris de haut, et parfois injustement, dans ses diverses chroniques, se jugeant intouchable, ricaneront sous cape. La crédibilité de la presse en général, du Monde en particulier, survivront à cet événement minuscule. Rappelons à Schneiderman, pour le consoler, qu'il lui reste Internet, s'il veut s'exprimer sans rendre de compte à des patrons de presse. 02/10/03


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8810/index.htm