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La Gazette N° 87 du 30 septembre 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Cette collection est ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

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Comment G.W.Bush conçoit la science

On sait que les néo-conservateurs au pouvoir aux Etats-Unis consacrent une bonne partie des investissements publics dans les sciences à des technologies militaires. Plus généralement, les gouvernements américains successifs ont bien compris que la maîtrise des sciences émergentes était la clef de la domination. Mais peu de gens imaginaient jusqu'où va aujourd'hui la main-mise de l'Administration fédérale sur les sciences et les scientifiques. On se croirait revenu au Maccarthisme.

Un article de Sciences et Avenir daté d’octobre 2003 est significatif. Sous le titre « Bush fait main-basse sur la science », il montre les multiples ingérences du gouvernement dans les études scientifiques, les comités, la diffusion des informations. L’objet en est systématiquement de faire taire les scientifiques qui argumentent contre la négation du réchauffement climatique et la nécessité de contrôler la pollution, contre les forages pétroliers en Alaska, contre le refus des mesures de lutte contre l’avortement et le sida (la seule bonne façon de le faire étant l’abstinence)…Un nombre impressionnant de scientifiques et d’organismes renommés sont mis dans l’obligation de se taire, dans la mesure où leurs travaux ne confortent pas les mots d’ordre du gouvernement et des grandes entreprises au pouvoir à travers l’actuelle administration. La cible préférée des Faucons serait l’EPA, Environment Protection Agency.

C’est un rapport d’une commission parlementaire conduite par le démocrate Henri Waxman qui dénonce ces abus, le Report on Politics and Science in the Bush Administration. Il confirme bien le sentiment que beaucoup ont en Europe. Les Etats-Unis sont actuellement aux mains d’une équipe sans scrupules qui les met en danger. Mais un certain nombre de personnalités américaines de diverses origines commencent à s’en apercevoir et réagir. Espérons que leurs points de vue s’exprimeront lors des prochaines élections. 28/09/03
- Le rapport http://www.house.gov/reform/min/politicsandscience/
- EPA http://www.epa.gov/


Droit à mourir ou devoir de mourir

Je vais sans doute continuer de passer auprès de certains d’entre vous pour quelqu’un qui voudrait sacrifier l’éthique à l’économie. Mais je pense qu’après la relance du débat sur l’euthanasie faisant suite à l’affaire Imbert, il faut aller plus loin et débattre du devoir de suicide qui incombe à certaines personnes, au regard des charges que leur volonté de continuer à vivre quel qu’en soit le coût social et familial impose à la collectivité. La télévision a montré récemment un homme âgé tétraplégique et muet qui, du seul œil mobile qui lui restait, répondait énergiquement par la négative à ceux qui lui demandaient s’il aurait éventuellement souhaiter mourir. Cet homme, outre l’équipement hospitalier coûteux qui aurait été bien utile dans d’autres services, pour les soins aux accidentés du travail et de la route, mobilisait auprès de lui presque à plein temps une épouse encore jeune et 4 ou 5 soignants – et ceci tant qu’il vivrait puisque il ne pouvait espérer d’amélioration.

Il n’est pas question d’envisager de lois pour régler de telles situations. On ne peut pas non plus imaginer qu’une affectueuse pression morale puisse s’exercer à l’égard de ce qu’il faut bien appeler des profiteurs de l’altruisme public, afin qu’ils décident volontairement de partir (lequel altruisme se moque éperdument de ce qui se passe dans le tiers-monde, soit dit en passant). Mais chacun d’entre nous devrait se faire me semble-t-il un devoir moral d’y réfléchir, pour ce qui le concerne lui-même, afin de prendre s’il le peut, le moment venu, la décision qui s’impose. J’ai pour ma part (excusez moi de me citer) un papier dans mon porte-feuille par lequel je demande à ne bénéficier d’aucune mesure de réanimation ou soins si l’on me retrouve dans le coma, suite à un accident cérébral ou cardiaque. Pourquoi mes lecteurs d’un certain âge ne feraient-ils pas de même ? 28/09/03


Budget de la recherche

Les rares qui s'intéressent, hors les chercheurs, à ce sujet, trouveront sur le web la présentation par la ministre du son budget. L'année 2004 nous est annoncée comme devant être celle de la Recherche. Jusqu'où celle-ci ne montera-t-elle pas? 26/09/03
http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/dinfobudget.htm


L'inénarable ministre déléguée aux affaires européennes

Le 13-14 de France-Inter, ce jour du 26 septembre, nous a gratifié du salmigondis embarassé par lequelle la nommée Noelle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, et par ailleurs inconnue des foules, a tenté de justifier la façon cavalière dont le gouvernement s'affranchissait unilatéralement des contraintes du Pacte de Stabilité, pourtant signées par lui. Cette dame a trahi la gauche au profit de la droite et a été récompensée d'un porte-feuille. Décision funeste. Je lui suggère, pour préparer son retour à gauche (un changement de majorité pouvant survenir plus tôt que prévu) de démissionner bruyamment de son poste de ministre. Outre les perspectives ultérieures de carrière que cette démission lui ouvrirait, elle aurait l'avantage de montrer aux européens que tous les français n'acceptent pas que notre pays se comporte vis-à-vis de l'Europe comme Bush vis-à-vis de l'ONU, c'est-à-dire unilatéralement. 26/09/03


Politique de l'offre et politique de la demande

On entend souvent opposer, en ce moment, une politique de l'offre, visant à redresser la croissance en libérant les entreprises de certains contraintes fiscales, et une politique de la demande, visant au même but en distribuant des revenus (d'ailleurs modestes) aux consommateurs les plus démunis. L'une serait de droite et l'autre de gauche. Concernant l'offre, il y a là un glissement sémantique (comme on dit élégamment à la radio) tout à fait significative de notre époque de libéralisme à tout prix. Dans mon jeune temps, suite aux travaux de John Maynard Keynes, mis en pratique pendant plus de trente ans par les sociaux-démocrates, la politique de l'offre consistait à injecter de l'argent public dans des grands travaux ou même dans des entreprises productives. Ainsi la croissance pouvait reprendre sans créer de l'inflation, puisque ces opérations mettaient sur le marché de nouveaux produits. Une transposition moderne d'une telle politique de l'offre serait de demander, comme aux Etats-Unis, à l'Etat de financer des recherches scientiques ou des équipements lourds. Avec quel argent? Avec les rentrées fiscales qui découleraient de tels investissements. On disait aussi: l'investissement d'aujourd'hui est le revenu de demain et l'impôt d'après-demain. Il faudrait seulement mettre en place des dispositifs de financement étalant sur plusieurs années les retours sur investissement. 26/09/03


Corruption dans les marchés des collectivités locales

Une affaire en cours d'instruction actuellement rappelle douloureusement à ceux qui l'ont oublié que les pratiques de corruption doivent continuer à rêgner dans de nombreuses collectivités locales. Il y aurait pourtant une solution simple pour prévenir un tant soit peu cela: publier sur le site Internet desdites collectivités, non seulement les appels d'offres et les marchés, mais aussi la comptabilité d'exécution. Tout ceci représenterait un travail supplémentaire et un coût pratiquement nuls, vu le progrès dans les solutions Internet à la disposition de tous. J'ai moi-même souvent évoqué cette idée, non seulement ici ou dans divers rapports, mais de vive voix avec certaines personnalités. Le regard blanc de celui à qui on parle Iroquois m'a toujours accueilli. Allez savoir pourquoi? 26/09/03


Comment doper l'Europe des sciences et technologies?

Nous avons montré précédemment comment les Etats-Unis comptaient sur les sciences et les technologies pour assurer pendant des décennies leur statut d'hyper-puissance. Ils prennent en permanence à cette fin de nombreuses décisions visant à financer sur fonds publics des programmes scientifiques et industriels susceptibles de leur assurer une avance de quelques années sur les réalisations du reste du monde. Peu leur importe le fait que ceci représente une évidente distorsion des règles de la concurrence au profit de leurs entreprises. Pour répondre à d'éventuelles critiques des membres de l'OMC (ce à quoi d'ailleurs personne ne s'autorise), ils n'hésitent pas à s'abriter derrière les impératifs de la défense ou ceux de la recherche universitaire. Ils ne s'embarrassent pas davantage des déficits que de tels financements peuvent provoquer dans leur balance commerciale, puisque le fait que le dollar soit encore considéré comme la monnaie commune des échanges mondiaux leur permet de vivre à crédit dans des proportions qui seraient inimaginables pour d'autres pays. Enfin, les recrutement en chercheurs et ingénieurs de haut niveau nécessaires à leurs investissements scientifiques font appel pour plus de 60% à des " cerveaux " venant d'autres pays, l'Europe, la Chine, l'Inde et maintenant de plus en plus de ressortissants des pays aux prétentions salariales moins élevées. On peut donc dire qu'ils " aspirent " au sens propre du terme les moyens matériels et humains leur permettant d'accroître encore leur domination.

Face à cela, les pays européens pris un à un, ou regroupés au sein de l'Union européenne, se croient obligés de respecter les règles d'un libéralisme pur et dur, excluant les aides publiques aux entreprises ainsi que les grands programmes publics de recherche scientifique et d'infrastructures. La volonté saine en soi de ne pas dépenser plus qu'on ne gagne est interprétée d'une façon paralysante. Cette règle en effet se justifie en matière de dépenses courantes mais elle interdit le financement d'investissements non immédiatement rentables - l'équivalant des prêts à long terme indispensables à toute grande entreprise pour financer ses équipements et recherches. Ceci se traduit, pour ce qui concerne la France, par ce que l'on voit tous les jours : l'interdiction des participations et aides publiques à des entreprises pourtant d'un intérêt stratégique évident comme Airbus ou Alstom et plus grave encore, l'assèchement des crédits consacrés à la recherche scientifique et aux grands équipements, notamment ferroviaires et énergétiques. Tout semble fait pour offrir des boulevards à l'invasion des savoir-faire et produits américains.

En réaction à ces abandons, de plus en plus de gens en France ont la nostalgie d'un retour au volontarisme qui avait fait - tout au moins dans certains domaines - les succès des Trente Glorieuses. Même en ne remettant pas en cause le marché unique ou le pacte de stabilité, il y aurait en effet des subterfuges pour éviter le désinvestissement et la désindustrialisation. Mais il est clair que ce devrait être à l'échelle de l'Europe que de telles politiques devraient être négociées et conduites d'un commun accord. La récente initiative franco-allemande visant à relancer une dizaine de grands programmes scientifiques et techniques va dans ce sens - du moins en apparence car en fait l'initiative ne s'accompagne pas vraiment des mesures concrètes qui permettraient de lui donner une crédibilité suffisante, aux yeux respectivement des industriels et des citoyens. Quant à la Commission, plus sensible qu'on ne le croit aux risques de désindustrialisation, son président Romano Prodi reconnaît maintenant dans la presse, suite à l'affaire Alstom, qu'il serait temps d'étudier les modalités d'une nouvelle politique industrielle européenne.

Le terme de politique industrielle, assorti de celui de " filières ", fera peut-être plaisir à certains nostalgiques du volontarisme Gaullien, mais il peut être très dangereux, si l'on se trompe de guerre. La guerre que l'Europe doit mener n'est plus seulement celle en faveur des industries mécaniques ou chimiques traditionnelles, ni même celles des industries du secteur des télécommunications. Elle doit être aussi et surtout celle des sciences et industries dites émergentes et convergentes: biotechnologies, nanotechnologies, robotique autonome et sciences cognitives.

Dans ce cas, une politique européenne - que nous ne qualifierons pas seulement de politique industrielle mais de politique de puissance - doit réaliser un mariage intelligent, comme aux Etats-Unis, entre recherches fondamentales, recherches appliquées, équipements industriels puis de distribution et finalement produits commercialisables. Les financements publics sont indispensables à l'amorce de la pompe dans ces différents domaines, et pas seulement en ce qui concerne les recherches fondamentales. Mais dès le début, par des Fondations puis par des accords public-privé, les entreprises doivent y être intéressées. Inutile d'ajouter qu'à côté des accords avec de grands groupes du secteur public (quand il en reste) ou du secteur privé, il faudra favoriser la naissance et le développement de très nombreuses start-up innovantes, au sein par exemple de technopoles.

Mais d'où viendront les ressources publiques et privées nécessaires au financement des premiers investissements, qui ne seront pas immédiatement productifs de bénéfices ? C'est là qu'il faut faire preuve d'imagination. De l'argent, il y en a dans l'économie ou il pourrait y en avoir. La difficulté est de proposer des projets suffisamment attrayants pour que cet argent se mobilise en leur faveur. En France, malheureusement, comme d'ailleurs dans les autres pays européens, l'imagination est vite à court d'idées vraiment porteuses d'avenir, et se rabat dans des directions déjà en partie épuisées. Il faut en fait proposer ce que les américains appellent une Vision, susceptible d'intéresser tout le monde, au delà des retombées matérielles qu'elle pourra procurer.

En ce début de 21e siècle, comment concevoir une telle vision ? Elle doit reposer sur la décision de réaliser en commun (avec ceux qui voudront bien s'y associer tout au moins), de grands programmes scientifico-industriels visant à la fois le futur à 10 ou 20 ans, mais aussi des retombées immédiates en termes de formation-emploi et de parts de marchés.

La liste des grands programmes pouvant jouer ce rôle n'est pas difficile à établir, puisque les Etats-Unis et le Japon nous montrent la voie (voir par exemple le projet Atom http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/47/actualite.htm#47i) . La difficulté est de ne pas en proposer plus qu'il ne serait possible d'en réaliser. Il faut donc choisir ceux ayant l'intérêt stratégique le plus large.

Pour notre part, étant au centre des échanges d'idées concernant l'IA, la robotique autonome, les nanotechnologies et autres sciences en train de changer le monde, nous pensons que le programme susceptible de jouer le rôle de locomotive serait très voisin de ce que les Japonais veulent faire avec le projet Atom : réaliser en 10 à 20 ans un premier système de conscience artificielle.

Ce type d'action implique d'abord des recherches fondamentales en sciences émergentes et dans les sciences plus classiques (notamment SHS, sciences humaines et sociales). Ces recherches seront longues et difficiles. Mais il doit aussi entraîner le plus tôt possible des applications profitables dans un très grand nombre de domaines. 24/09/03

Pour la suite, lire http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/47/edito.htm ainsi que les annexes.


Un nouvel ambassadeur

Les admirateurs du ministre français des affaires étrangères n'ont pas tous applaudi à voir la complaisance qui a été manifestée par la France pour laisser le nommé P.F. échapper à la justice sous l'habit d'un ministre plénipotentiaire nommé à l'Unesco par un Etat d'Afrique (NB: Je ne cite aucun nom, immunité diplomatique oblige). Que l'on ne nous dise pas que le droit international empêchait toute intervention. Ceci m'a donné une idée permettant de gagner facilement de l'argent: monter une agence de go-between destinée à mettre en relation hommes d'affaires ou hommes politiques en délicatesse avec la justice française et Etats nécessiteux susceptibles de les nommer ambassadeurs. 23/09/03.


Votez pour Arnold

Votez pour Arnold. Il a toutes les qualités...Comment les américains, même moyens, peuvent croire de telles insanités? Vous me direz: il n'y a pas qu'aux USA. http://www.womenjoiningarnold.com/ 23/09/03


Alstom

Il semble aujourd'hui probable qu'Alstom évitera le dépôt de bilan. Le moment est donc venu de s'interroger sur la raison pour laquelle ce " fleuron industriel " franco-européen en est arrivé là. Nous aimerions bien entendre la direction comme la tutelle donner des explications claires, dussent des gens s'en offusquer. De quoi s'agit-il ? Baisse des commandes venant des grands contrats ferroviaires et autres ? Si c'était le cas - première nouvelle au demeurant pour la plupart d'entre nous - ne pouvait-on pas la prévoir ? Mauvaises acquisitions ? Là aussi, ne pouvait-on mieux analyser les perspectives des entreprises avec qui on s'alliait. Poids d'établissements ou ateliers surannés que l'on n'ose pas fermer, poids des 35 heures ? Si c'est le cas, mieux vaudrait le reconnaître. Manque de soutiens bancaires ? La aussi, il vaudrait mieux le dire et dire pourquoi. Bref, comme l'a demandé une dame à la radio: qui sont les responsables et comment seront-ils sanctionnés?

Une chose est certaine, c'est que l'Europe a désormais besoin d'une véritable politique industrielle commune, OMC ou pas (voir ici-même). Mais si une telle politique industrielle voyait le jour, elle ne tolérerait pas les erreurs de management qui généralement s'abritent sous de tels parapluies. 22/09/03


Conséquences des changements climatiques

De nombreux laboratoires ou groupes de travail cherchent aujourd'hui à faire prendre conscience des très grands chantiers qui vont devoir s'ouvrir pour faire face aux conséquences des changements climatiques. Ces changements seront essentiellement la conséquence du réchauffement qui se manifeste actuellement et paraît désormais irréversible. Le phénomène risque de prendre de l'ampleur tout le long du siècle. Jean-Pierre Beysson, PDG de Météo-France, ne fait que son devoir en rappelant (France-Inter, 21 septembre, 8h50) que le réchauffement s'accélère, qu'il est dû aux activités de l'homme, qu'il ne s'arrêtera pas quelles que soient les mesures pour le prévenir qui seront prises et qu'il induira dans le monde entier des chaînes d'évènements climatiques de plus en plus catastrophiques.

Ce serait donc maintenant une priorité pour les Etats (censés intervenir sur le long terme pour protéger les populations), ainsi que pour les organisations internationales, de préparer les populations à faire face au mieux à ces catastrophes. Les travaux des scientifiques sont intéressants en ce sens qu'ils montrent le détail fin des travaux à entreprendre. Au-delà de grands phénomènes auxquels tout le monde pense, sans rien faire encore d'ailleurs pour les prévenir, la désertification accrue des zones tropicales, la fonte des glaces polaires, l'augmentation du trou d'ozone, ce sont de micro-désastres qu'il faut désormais prévoir. Ceci dans les parties du monde pouvant se juger les moins exposées. La France en donne un excellent exemple : inondations fluviales, tempêtes et canicules ont déjà frappé. Mais il faut dès maintenant prévoir ce qui se passera dans les régions littorales en cas de hausse du niveau des mers, ne fut-ce que de quelques centimètres - surtout si les hautes eaux se conjuguent à des tempêtes.
Un roman britannique, Flood (désolé pour les références, que je n'ai pas sous la main), a très bien décrit les désastres découlant d'une tempête en mer du Nord et d'une marée haute dans les bouches de la Tamise. Il a également montré, grâce à une enquête très précise auprès des différentes autorités en charge de la sécurité, que celles-ci étaient vite dépassées par un phénomène d'une quelconque ampleur. Mais Londres et sa banlieue Est industrielle ne sont pas les seuls lieux en grande partie situés au-dessous du niveau de la mer.
C'est en fait l'ensemble des activités agricoles, industrielles, de service et de loisirs qu'il faudra repenser pour faire face aux changements climatiques. Ce sera aussi une partie importante des implantations technologiques ou d'habitat qui devra être déplacée ou protégée. Les experts estiment les dépenses à consentir en centaines de milliards d'euro, pour un pays comme la France et dans les 20 ans à venir. Qui paiera ?
On peut estimer que les Pouvoirs Publics qui n'évoquent pas d'ores et déjà ces problèmes manquent à leur devoir. 21/09/03

NB: je n'évoque pas ici des changements encore plus radicaux, tel une reglaciation de l'Europe, pouvant provenir d'une disparition du Gulf-stream. Voir http://www.automatesintelligents.com/edito/2003/jan/edito.html

- Météo-France http://www.meteo.fr/


Le trompe-l'œil du plan de relance franco-allemand

Les projets annoncés à Berlin par les gouvernements français et allemand le 18 septembre partaient d'une excellente idée : si on veut relancer la croissance, il faut construire les bases mêmes de celles-ci, c'est-à-dire lancer de grands travaux et grands investissements de recherche, de préférence au niveau européen. Une idée voisine avait été, on s'en souvient, lancée par Jacques Delors, président de la Commission, en 1993, dans un livre blanc proposant de grands réseaux transeuropéens. Elle avait été rejetée à l'unanimité par les Etats-membres, sous prétexte de ne pas accroître les budgets communautaires.
L'initiative franco-allemande est vite apparue, malgré son intérêt de principe, comme bien superficielle. Sur les 10 projets (qui devaient être 19 selon une annonce faite à Dresde précédemment), 4 sont déjà décidés ou bien aléatoires (le TGV Est et Galiléo pour les premiers, la Télévision numérique terrestre et la visiophonie sur Internet pour les seconds). D'autres relèvent plus des déclarations d'intention que de programmes scientifico-industriels : la voiture propre, les énergies renouvelables non nucléaires, le soutien à l'industrie des semi-conducteurs et aux applications numériques et télématiques, etc.
Il n'y a pratiquement pas de crédits budgétaires prévus, austérité oblige. On compte sur l'effet d'annonce pour attirer les capitaux privés, mais connaissant l'audace de nos investisseurs, le vœu risque de rester pieux.
Bref, encore une fois, une très bonne idée, mais qui décevra et découragera sans doute les opinions de s'intéresser à de véritables programmes scientifiques et industriels européens, dans les domaines de l'énergie (citons la fusion nucléaire), des biotechnologies, des nanotechnologies (l'ordinateur quantique, pourquoi pas ?), des sciences de l'éducation et de la formation…sans oublier l'espace et la défense. 21/09/03


La crise de la protection sociale
Dans un article du précédent numéro de la Gazette, la bombe de la sénescence, j'avais émis, entre autres considérations de nature économique (j'en conviens) l'idée qu'aucune société, même immensément riche, ne pourrait envisager de maintenir indéfiniment en survie ses vieillards, sous prétexte que techniquement la médecine moderne le peut. Ceci m'a valu quelques messages indignés, comme on devine. Je vois cependant que le supplément économique du Monde évoque la question, dans son numéro du 16 septembre. Je cite : " Le grand âge oblige à repenser la protection sociale. Quelle que soit la configuration institutionnelle et financière, il faudra trouver des ressources supplémentaires. Ce qui heurte de front le dogme de la baisse des prélèvements obligatoires et la contrainte d'un rééquilibrage du régime général de la Sécurité sociale ". Ceci dit, au delà de ce titre accrocheur, l'article ne va pas très loin dans l'audace des propositions, se bornant à envisager les différentes solutions permettant de mieux prendre en charge les soins aux personnes âgées.

Le rapport récent de la Cour des Comptes vient à point cependant pour rappeler que la protection sociale ne peut pas tout faire. D'une part, à l'intérieur d'un certain budget, il faut bien choisir ce que l'on décide de privilégier - au détriment des autres catégories évidemment. D'autre part, à supposer que l'on accepte d'augmenter les prélèvements pour faire face à de nouvelles dépenses, on atteindra vite les limites du supportable socialement et économiquement. Un quart des Français ne peuvent soutenir à l'infini les ¾ des autres, sur la base du principe cher aux médecins (on les comprend) et réaffirmé il y a quelques mois par l'actuel ministre, que la santé n'a pas de prix.

D'ailleurs, quels que soient les discours compassionnels sur ce thème, la bonne volonté des Français actifs à se montrer généreux atteint vite ses limites. On l'a vu aux cris indignés qui ont salué la proposition gouvernementale, pourtant rationnelle, de supprimer un jour férié. Les protestataires croient éviter cette épouvantable perspective en affirmant que les patrons peuvent payer. Mais on sait ce qu'il en est. Comme personne ne pourra empêcher les délocalisations en cas de hausse des cotisations patronales ou de taxation accrue des bénéfices, la participation des entreprises à l'effort social restera ce qu'elle est, sauf sur des points de détail.
Il faut donc se résoudre à mieux utiliser le budget social, dans ses limites actuelles. On ne pourra pas continuer à rembourser les soins aussi libéralement qu'aujourd'hui. Mais d'un autre côté, on ne pourra accepter que les prescripteurs, médecins de ville et hôpitaux, refusent tout contrôle sur leurs prescriptions, comme tout plafonnement.
La gauche, sinon le ministre de la Santé, devraient remettre à l'ordre du jour les nombreuses mesures envisagées par les administrations sociales ou de précédents gouvernements, et abandonnées par démagogie, visant à mieux évaluer et contrôler les prescriptions. Pour cela, il faudra bien recruter des contrôleurs. Quand on apprend qu'en désespoir de cause, une caisse de sécurité sociale loue les services d'une société privée pour vérifier la légitimité des innombrables arrêts maladies distribuées sans raison, on mesure la dégradation de la gestion du budget public de santé. Là devrait se trouver en priorité la réforme de la sécurité sociale que l'on nous annonce. (NB: Lorsque l'on regarde les chiffres d'augmentation des arrêts maladie, on s'aperçoit que la plus forte augmentation touche les 54 / 59 ans. Et que les entreprises utiliseraient ce biais pour remplacer les préretraites de plus
en plus difficiles à mettre en place).

Rappelons que, dans la détection des fuites et passe-droits, l'informatisation en réseau, très généralement refusée encore, est indispensable. 21/09/03

-· Rapport sur l'exécution des lois de financement de la sécurité sociale http://www.ccomptes.fr/FramePrinc/frame01.htm


La France en déclin

Selon un phénomène typique semble-t-il des milieux médiatiques français, l'autour d'un livre sans aucun doute intéressant fait en ce moment le tour des tribunes publiques, avant on peut le craindre de sombrer prochainement dans un oubli profond. Il s'agit de Nicolas Baverez (La France qui tombe, Perrin). Que dit cet homme que les gens de bonne foi fussent-ils de gauche devraient à quelques détails près approuver ? Il dit que depuis les années 1980 (voire peut-être les années post mai-1968), la France ne cesse de voir diminuer sa capacité à s'adapter aux changements du siècle - contrairement à ce que font les autres grands pays, y compris ses voisins européens. La France est en fait engagée dans un processus accéléré de chute.

Comment cela se marque-t-il ? Par le déclin économique et social, que mesurent les indicateurs de production, de productivité, de chômage, de dette extérieure : perte continue d'entreprises, d'emplois, baisse résultante de la protection sociale, des capacités d'intégration, du niveau des enseignements. Finalement, les cerveaux et les éléments dynamiques s'exilent, laissant le pays aux mains des conservatismes de toutes sortes, politiques, sociaux, économiques (et j'ajouterais pour ma part religieux).
La crise, selon Nicolas Baverez, n'est pas seulement économique et sociale. Elle touche les institutions : corruption des mœurs politiques, inefficacité presque absolue des procédures judiciaires, enfermement des services publics dans des missions et habitudes d'un autre âge, montée en conséquence des extrémismes et communautarismes de toutes espèces.

La cause de tout cela ? Ce serait des choix politiques faits consciemment, volontairement, depuis trente ans, par la classe politique et les électeurs. On n'a pas choisi délibérément le déclin, mais on a choisi délibérément de refuser le monde nouveau: mondialisation, technologies de l'information, sciences du vivant, ce pour protéger de prétendus avantages acquis. Aux yeux de l'auteur, la politique emblématique des 35 heures illustre pour le monde entier la volonté française de refuser les affrontements du siècle. Mais bien d'autres décisions aussi catastrophiques ont été prises et continuent de l'être, soit sous la pression des lobbies patronaux et professionnels, soit sous la pression des syndicats. Ces décisions plombent les efforts des quelques esprits volontaristes voulant échapper à cet engrenage du déclin.

Et pourquoi ces choix politiques ont-ils été faits en France et pratiquement dans aucun des pays voisins ? Nicolas Baverez évoque quelques causes, que l'on discutera sûrement. Retenons l'une d'elles qui paraît indéniable, la prédominance dans les institutions politiques et administratives de juristes et littéraires sans aucune culture technologique, économique ou même diplomatique.
La chute, nous dit pourtant l'auteur, pourrait être arrêtée. Mais pour cela, il faudrait une thérapie de choc, analogue à celle qui a permis les trente Glorieuses après la seconde guerre mondiale. Or il est évident pour lui que les actuels dirigeants ou futurs dirigeants politiques en sont incapables - que ce soit au sein de l'UMP ou des partis de gauche, socialiste et communiste. Les uns et les autres ont montré et continuent à montrer leur incompétence, en se raccrochant aux solutions du passé et en fermant les yeux sur le monde contemporain. Nicolas Baverez rejette évidemment toute solution extrémiste, qui ne ferait qu'accélérer l'effondrement final. Mais alors qui ou quoi ? Faut-il attendre un futur regroupement autour d'un homme providentiel ? Faut-il attendre que l'opinion éclairée mûrisse suffisamment pour qu'en son sein émergent spontanément les remèdes qui s'imposent ? Pour notre part, nous ne croyons guère à la probabilité de telles solutions.

Par contre, nous devons souligner un point fondamental qui fait douter, non de la pertinence de la description qui nous est donnée du déclin français, mais de la capacité à mettre au jour les causes profondes. C'est qu'en bon avocat et littéraire lui-même, il ignore de fait les immenses perspectives que pourraient offrir à la France, comme à l'Europe, une orientation en profondeur vers les sciences et technologies. C'est sur elles que se fonde depuis 1940 la grandeur des Etats-Unis. C'est bien aussi grâce à elles que la plupart de nos voisins européens ne s'enfoncent pas dans une crise à la française.

Il est évident que des gouvernements, que des élites, qui refusent délibérément de soutenir (sur crédits publics en priorité) les recherches scientifiques et les grands programmes de développement, ne pourront jamais nous sortir du déclin. Les quelques succès durables enregistrés lors des Trente glorieuses tiennent au volontarisme scientifique et technologique manifesté par les hommes de la Libération puis, bien timidement malheureusement, par le noyau initial du Gaullisme. C'est à cela qu'il faudrait revenir, OMC, marché unique ou pas. C'est cela que les nouveaux hommes politiques devraient dire à nos concitoyens. La plupart d'entre ces derniers, nous en sommes persuadés, les approuveraient et les soutiendraient. 21/09/03


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8709/index.htm