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La Gazette N° 86 du 15 septembre 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Cette collection est ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

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Les dix commandements de la Finance

Jean-Paul Betbèze vient de publier chez Odile Jacob un ouvrage intitulé Les dix commandements de la Finance. L'auteur est directeur des Études économiques et financières d’une grande banque française, ainsi que professeur à l’université de Paris-Panthéon-Assas. Ce livre pourrait être une apologie de plus du capitalisme financier - ce qu'il est d'ailleurs. Mais, interviewé à France-Culture ce matin 16 septembre, Jean-Paul Betbèze a fait un vibrant éloge des technologies de l'information et des opportunités qu'elles offrent dans tous les domaines. Il a rappelé que les français, malheureusement et au contraire de leurs concurrents, ne s'en sont gère encore rendu compte. Je n'aurais pas pu mieux dire, ce qui n'est pas peu dire. 16/09/03


Le financement public de la recherche en République d'Irlande

Les budgets publics doivent-ils financer la recherche et jusqu'à quel niveau ? En France, jusqu'à ces dernières années, beaucoup de gens auraient répondu par l'affirmative. Sans crédits publics, il n'y a ni recherche fondamentale ni même recherche-développement. Aujourd'hui, pour les représentants des pouvoirs publics, l'heure est au désengagement de l'Etat. Il faut laisser payer les entreprises. Le recherche publique serait selon eux trop peu efficace et trop peu soucieuses d'applications privées. De toutes façons, disent les mêmes, il est impossible à un petit pays comme la France de rivaliser avec la recherche américaine.

L'exemple de cet encore plus petit pays qu'est la République d'Irlande démontre le contraire. En matière de science, elle sait parfaitement profiter des opportunités offertes par son appartenance européenne, mais aussi jouer un rôle de pont entre l'Europe et les grands pôles scientifiques des Etats-Unis et du Canada, afin de conquérir le marché international. Pour cela les gouvernements, soutenus largement par le corps électoral, ont décidé d'investir massivement dans les recherches de pointe. Il fallait en effet relayer le rôle de terre de délocalisation pour les entreprises industrielles européennes, qui semblait devoir perdre de son importance. Pour ce faire, il fallait financer le recherche dans les technologies émergentes, soit directement par l'intermédiaire des ministères concernés, soit en s'appuyant sur des institutions de soutien à la recherche aux budgets largement pris en charge par l'Etat et par certaines collectivités locales soucieuses d'héberger des points d'excellence.

Un article au nom évocateur, " Spend, spend, spend " publié par le NewScientist du 13 septembre 2003, p. 54, nous expose des choses stupéfiantes, pour qui ne connaissait pas cette orientation spécifique à l'Irlande d'aujourd'hui. Il est du à Dick Ahlstrom, rédacteur scientifique du Irish Times. On peut donc penser que les chiffres donnés sont exacts. Reprenons l'essentiel de cet article, qui parle par lui-même.

Pour l'auteur, depuis quelques années, l'Irlande nourrit des équipes scientifiques de haut niveau, provenant du monde entier, à travers un boom construit à coups de milliards d'euros. On estime que, pour la période de 2003 à 2006, les crédits publics à la recherche vont atteindre €2,54 milliards. Ces fonds ont d'abord servi à ouvrir de nouvelles unités de recherche, telles le Centre national de protéomique humaine (NCHP), au Collège Royal de chirurgie (RCSI) et le Groupe Nanotechnologies au Trinity Collège de Dublin. D'autres centres ont été ouverts dans d'autres universités, Galway, Cork et Maynooth.

A côté de cela, des Programmes de recherche sous forme de fondations en grande partie financées par l'Etat ont été lancés : le PRTLI, Programme for Research in Third Level Institutions (3e cycle), l'Embark Initiative, qui aide les recherches des doctorants et post-doc. Avec le ralentissement économique des deux précédentes années, ces deux programmes ont du supporter des réductions de crédits, mais sans effets sensibles sur leurs rôles d'incitateur-incubateur.
En contre partie, une autre Fondation Importante, la Science Foundation of Ireland, bénéficie d'un budget de €654 millions pour 2003, qui n'a pas été réduit. 218 millions ont déjà été dépensés, au profit de 100 projets menés par 104 scientifiques de niveau mondial, dont 41 provenant de l'étranger. Les deux principaux domaines sont les biotechnologies et les STIC. Les bénéficiaires peuvent recevoir des soutiens allant jusqu'à €5 millions sur 5 ans, mais ils doivent conduire leurs recherches sur le sol irlandais. Les financements globaux versés par les Fondations depuis 2000 ont atteint €800 millions.

En retour sur cet effort, l'Irlande a enregistré plusieurs bénéfices. Le premier concerne l'afflux de cerveaux étrangers, dont une part importante vient de Grande-Bretagne (juste retour des choses à l'encontre de l'ancien colonisateur !). Les financements servent aussi à provoquer des regroupements à grande échelle entre laboratoires : par exemple l' IBS, Institute of Biopharmacentical Sciences sous le PRTLI ; le BSN, Biopharmaceuticl Sciences Network et le PHG, Programme for Human Genome qui dispose à lui seul d'un budget annuel de €44 millions. Le PHG s'est mis en réseau avec le Dublin Molecular Medicine Centre relevant des University et Trinity Colleges de Dublin. Les chercheurs semblent disposer de tous les outils nécessaires à ces recherches, spectrométrie de masse, analyseurs de protéomes et de gènes, synthétiseurs avancés en chimie organique, etc. Il en est de même en nanotechnologies.
Les autorités publiques, à l'instar des scientifiques, estiment à juste titre que l'Irlande, pour passer de la société industrielle à la société de connaissances, doit s'assurer que ces financements sont stabilisés dans le temps. Edward Walsh président du Irish Council for Science, Technologies and Innovation, qui conseille l'Etat sur les questions scientifiques, est sans ambiguïté : " le gouvernement doit s'attacher à ce qui est vraiment de son ressort, encourager les recherches de niveau et de portée internationaux ".

Ceci ne peut supporter les financements en dents de scie trop fréquents en ce moment dans d'autres pays n'ayant pas perçu les enjeux de recherche pour la compétitivité future. Quand osera-t-on tenir un tel discours en France ? 15/09/03

- RCSI http://www.rcsi.ie/
- Trinity College Dublin http://www.tcd.ie/
- Science Foundation Ireland http://www.sfi.ie/home/index.asp


La main à la pâte

Le 13/14 de France-Inter, ce 10 septembre, a pris la bonne initiative de présenter l'initiative (déjà vieille de quelques années, mais pas encore suffisamment connue) de divers scientifiques, notamment le Prix Nobel Georges Charpak, soutenus par l'Académie des Sciences et l'Institut national de la recherche pédagogique. Il s'agit de "La main à la pâte". Le nom n'est pas très beau. Il fait plutôt penser à la cuisine qu'à la science, mais l'idée est très intéressante. Il s'agit même d'une idée qui pourrait avoir une influence considérable pour une meilleure compréhension des sciences et technologies par les citoyens. Elle repose sur deux constatations évidentes: les enfants, dès le plus jeune âge, pourraient s'intéresser activement à ces questions si elles leur étaient présentées d'une façon attrayante. L'autre constatation est que les enseignants manquent des outils pratiques leur permettant de réactualiser leurs connaissances sur des questions qui évoluent très vite, et d'en tirer des contenus pédagogiques facilement utilisables. Il fallait donc pour cela que des scientifiques prennent le temps de présenter de façon aisément compréhensible l'état des travaux dans leurs disciplines (y compris en ce qui concerne leurs implications philosophiques) et que des moyens modernes de diffusion, incluant en premier lieu l'Internet et le multi-média, mettent ceci à la disposition de tous.

Le site Internet, un peu conçu sur le modèle du KurzweilAI.net qui renvoie à toute une série de concepts de base et à des sources externes, offre différents niveaux d'approfondissement des connaissances et de dialogues avec des experts. Ainsi par exemple le chapitre Evolution biologique-Darwinisme qui indique: "Dans la rubrique Essentiel, vous trouverez les principales notions scientifiques relatives à ce domaine. La rubrique en savoir plus développe des informations plus approfondies. Un peu d'histoire vous donnera quelques éléments d'histoire des sciences. Cette dernière n'échappe pas aux rumeurs et aux idées fausses. La rubrique Idées reçues en explique ou en dément quelques unes. Essayez vous-même propose des petites expériences à réaliser rapidement chez soi ou en classe pour faire prendre conscience aux enfants des phénomènes scientifiques qui nous entourent. Dans le glossaire, sont répertoriées les définitions de termes scientifiques essentiels à la compréhension du domaine. La rubrique Autres horizons donne des conseils et des renseignements sur les sites, les sorties et les ouvrages. Enfin, si un problème scientifique entrave la bonne marche de votre activité, vous pouvez faire appel aux consultants scientifiques".

Il va de soi qu'un tel outil devrait aussi être utilisé par tous les animateurs sociaux et autres militants s'efforçant de donner le goût de la science et du rationalisme à leurs ouailles, qui ne demandent que cela. Nous ne pouvons exprimer qu'un regret, c'est que toutes les matières qui nous intéressent dans cette revue, TIC, IA, nanotechnologies et autres, ne soient pas traitées. Mais peut-être pourrions nous, nous aussi, mettre la main à la pâte pour apporter notre contribution. 10/09/03

La main à la pâte http://www.inrp.fr/lamap/


Subventions aux agriculteurs occidentaux et pays en voie de développement

Ne revenons pas ici une nouvelle fois sur la question de l'OMC, que nous avons plusieurs fois évoquée. Il suffit de rappeler la position de bon sens selon laquelle sans l'OMC le monde serait ouvert sans défense aux multinationales américaines, aucun pays n'étant capable de se protéger par des droits de douanes de leur emprise. Mais comme l'OMC est un lieu de confrontation, nécessaire à l'émergence d'équilibres relatifs, il n'y a pas de raisons non plus de condamner les anti-mondialistes quand ils font valoir leurs points de vue, fussent-ils entièrement négatifs. Cela équilibre les forces.

La question n'est pas là. Elle est celle, beaucoup plus fondamentale, de la survie des agricultures du tiers-monde, qui font vivre 90% des populations et sont indispensables pour éviter l'extension incontrôlable de l'urbanisation sauvage. Il est certain que les subventions des Etats-Unis et de l'Union Européenne à leurs agriculteurs, pour leur permettre de vendre à bas prix sur les marchés-tiers, peuvent apparaître à juste titre comme contribuant à un véritable génocide. D'autant plus que, les agriculteurs locaux étant éliminés, les firmes de commerce occidentales pourront relever leur prix sans concurrence.

Mais il ne suffira pas que l'OMC obtienne la diminution de ces subventions pour changer le sort des agricultures du tiers-monde. Un reportage de la 2 le 9 septembre a montré par exemple que les importations de poulets de mauvaise qualité en provenance du Brésil (prétendus nourris aux farines animales par nos producteurs) contribuent autant que nos propres exportations à la ruine des aviculteurs sénégalais. Si l'Europe voulait donner le bon exemple au monde, elle devrait étudier des formules de coopération avec les pays les plus pauvres associant ses agriculteurs et les leurs, autour du développement de bonnes pratiques et de nouvelles technologies. Un certain nombre de gens à l'Institut français de Recherche pour le Développement (IRD) ont quelques idées sur ces questions, mais ni la FNSEA ni la Confédération Agricole ni les Pouvoirs Publics ne les écoutent.

Ceci n'empêchera pas que ces pays puissent éviter de se doter d'une certaine protection, au moins temporaire, s'ils ne veulent pas voir leurs efforts de modernisation agricole tués dans l'oeuf - c'est le cas de le dire concernant les poulets. Il faut faire comprendre cela à l'OMC. 10/09/03

- IRD http://www.ird.fr/


Pourquoi pas un Eurocorps en interposition entre les Palestiniens et les Israéliens?

Ceux qui s'intéressent à l'avenir politique de l'Europe super-puissance ne devraient pas rejetter comme farfelue l'hypothèse de voir l'Union Européenne mettre en place un dispositif militaire important (pas des Casques Bleus sans moyens, mais de véritables troupes) en interposition entre la Palestine et Israël, le temps que se construise un accord durable entre ce dernier et un futur Etat palestinien. L'idée d'une force sous mandat de l'ONU est évoquée avec insistance par certains Israéliens libéraux tels l'ancien ambassadeur en France Elie Barnaby. Mais ils comptent pour cela sur les américains. Or il est clair que ceux-ci, empêtrés en Irak et dans les problèmes pré-électoraux, ne feront rien en ce sens. L'union Européenne aurait là une occasion inespérée de se manifester au Moyen-Orient de façon constructive. Ceci lui permettrait aussi de justifier les efforts visant à se doter de forces relativement lourdes de projection. L'affaire ne serait pas sans risques, militaires ou diplomatiques, y compris internes quand on considère la présence sur le territoire européen de représentants des deux camps qui n'ont rien de pacifique. Mais ce serait aussi pour l'Europe une occasion de montrer, non seulement sa volonté de neutralité active (et amicale, si l'on peut dire), mais son désir de ne plus rester désormais à l'écart de conflits situés à ses portes. La place de l'Europe est en Palestine, bien plus que ce n'est celle des lointains Etats-Unis. 10/09/03


Comment détecter les images falsifiées?

The NewScientist (6 septembre 2003, p. 5 et 39), alerte ses lecteurs sur les risques de voir des images faliiisifées, photographies notamment, utilisées devant les tribunaux ou dans la presse pour porter préjudice à des adversaires. Avec les traitements modernes des données numériques, de telles falsifications sont dorénavant à portée de n'importe qui. Il y a là un risque considérable pour les droits de l'homme, l'ordre public et la tranquillité des familles. Les remèdes étudiés par les informaticiens pour détecter les manipulations se révèlent d'après l'article, inopérants, comme d'ailleurs ceux utilisés pour sécuriser les contrefaçons portant sur la musique numérique. L'article cite la Secure Digital Music Initiative qui aurait été "crackée" en quelques jours, à l'initiative d'ailleurs de ses promoteurs.

L'enjeu est d'importance, avec la judiciarisation croissante des affaires, mais aussi l'explosion des malfaisants de l'Internet. L'article évoque le marché en pleine prospérité, aux Etats-Unis, des images pédophiles. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, la Cour Suprème aurait annulé en 2002 un Child Pornography Prévention Act de 1996 qui interdisait des images d'enfants engagés dans des activités sexuelles, au prétexte que ces images pouvaient être produites en greffant des têtes de mineurs sur des corps d'adultes, ce qui selon les juges suprèmes, ne constitue pas un délit (on ne voit d'ailleurs pas pourquoi. Je n'aimerais pas voir ma tête utilisée de cette façon). Les avocats se ruent dans la brèche en affirmant que toutes les images évoquées dans des affaires de pédophilie ont pu être produites par ordinateur.

L'article, notons-le cependant, est signé d'un certain Hany Farid, professeur assistant d'informatique au Dartmouth Collège du New Hampshire qui se targue d'avoir mis au point un procédé beaucoup plus "holistique" selon ses termes que les précédents, pour détecter les images falsifiées. Ceux que cela devrait intéresser, c'est-à-dire chacun de nous, peuvent toujours y aller voir http://www.cs.dartmouth.edu/farid/ 08/09/03


Le sommet mondial pour la Société de l'Information vu par Hervé Le Crosnier

Ceux qui se sont aux temps héroïques battus pour l'Internet-citoyen connaissent Hervé Le Crosnier, universitaire quelque peu anarchiste défenseur de la libre parole, des logiciels libres et autres vertus bien mises à mal par le mercantilisme ambiant. Ils liront avec intérêt les articles qu'il nous propose portant sur les tenants et les aboutissants du Sommet Mondial pour la Société de l'Information http://www.vecam.org/rubrique.php3?id_rubrique=75 08/09/03


Martin Winkler victime des entreprises du médicaments

Et voilà, Martin Winkler a été licencié de sa chronique de France-Inter sur le 7/9. Son tort, s'en prendre aux entreprises du médicaments en recommandant les génériques et en dénonçant certaines pratiques. Je dois dire que sa chronique, généralement insipide par ailleurs (car on ne peut pas dire quelque chose d'intelligent tous les jours, j'en sais quelque chose), surprenait par sa liberté de ton vis à vis de certains grands pouvoirs industriels et scientifiques. Exit l'âne Martin. Comme quoi le service public est plus que jamais sous contrôle. Si Martin Winkler veut continuer à s'exprimer librement, qu'il utilise Internet. En tous cas, je l'accueillerais bien volontiers ici. 08/09/03


Les vautours du souverainisme

Il était prévisible, dans l'affaire du dépassement des critères de Maestricht, que le ton cassant adopté par le Premier ministre à l'égard de Bruxelles, ton repris par le gouvernement tout entier et apparemment béni par le silence du Président de la République, allait déchaîner les vautours du souverainisme irresponsable. Il suffisait de voir la mine gourmande de leurs leaders (que je préfère ne pas nommer) commentant l'évènement et appelant à voter non au référendum sur la constitution européenne.

Est-ce vraiment ce que le gouvernement veut? On ne comprend pas qu'un soi-disant expert en communication (je pense à Jean-Pierre Raffarin) accepte de prendre de tels risques, s'il était vraiment convaincu de la nécessité de construire au plus vite une Europe forte. C'est une faute politique et diplomatique grave, que les partisans de l'Europe en France devrait condamner encore plus énergiquement qu'ils ne font. On pourra aussi exprimer sa sympathie à l'excellent Commissaire Européen au Commerce Pascal Lamy, incendié sur l'autel de la démagogie politique franco-française, alors qu'il rappelait une évidence: on ne peut pas signer des traités et refuser unilatéralement de les appliquer, quand ces traités paraissent trop contraignants. Avec des ennemis comme Jean-Pierre Raffarin et José Bové, plus démagogiques l'un que l'autre, Pascal Lamy s'en relévera-t-il.

J'ajoute sur le point des déficits que nous sommes plusieurs, et des plus notables que moi, à recommander la négociation, au plan Européen, de la possibilité d'emprunter (et donc de rembourser seulement à terme) afin de financer la recherche, les grands travaux et tout ce qui, dans une entreprise normale, relève de l'appel au marché financier. Mais cela les néo-libéraux trop présents à Bruxelles s'y opposent, par volonté délibérée d'abaisser les services publics. C'est contre cela qu'il faudrait se battre, mais pas tout seul. Il y a bien en Europe quelques gouvernements qui appuiraient une telle démarche de bon sens. 08/09/03


Le mensonge politique devant des millions de citoyens

L'llustre Alain Juppé (président de l'UMP) a donné un triste exemple de mensonge politique éhonté en répondant aux questions de Béatrice Schonberg sur la 2, le 6 septembre à 20H. Celle-ci lui demandait comment il prenait la déclaration du président Giscard d'Estaing lors des assises générales de ce mouvement, incitant le gouvernement à respecter ses engagements européens. Alain Juppé a répondu sèchement (en jettant un doute sérieux ce faisant sur la probité professionnelle de B.S.) que VGE s'était borné à présenter la constitution européenne. Or quelques temps après, tous les médias commentaient l'admonestation de ce dernier au gouvernement, faite à la tribune. Lors du même interview d'ailleurs, Alain Juppé avait sur le même ton cassant esquivé des questions gênantes de la présentatrice. Comment qualifier cela autrement que comme du mensonge politique, et même un mensonge politique éhonté, car fait de sang-froid, droit dans les yeux de millions de téléspectateurs, avec un beau regard de sincérité? Quelle confiance faire à un homme qui a recours à de tels procédés? Dieu fasse pour la France qu'il reste où il est, à l'UMP, et ne brigue pas des fonctions plus représentatives. 08/09/03


La bombe de la sénescence

Une fois un peu passée l'émotion - plus ou moins grossie pour raisons politiciennes - suscitée par les morts de la canicule, il est indispensable de poser à nouveau la question de l'extrême vieillesse dans les sociétés riches. Le sujet est difficile et vaut généralement à ceux qui l'abordent une tempête de critiques, d'autant plus de mauvaise foi que ceux qui émettent ces critiques se posent exactement les mêmes questions mais refusent - pour raisons politiciennes là-encore - de les aborder publiquement.
On connaît le problème. Les progrès indiscutables de l'hygiène, de la médecine et même de l'assistance sociale provoquent, dans les pays riches, une augmentation continue du pourcentage de personnes ayant - disons, dépassé 75 ou 80 ans. Ces personnes bénéficient d'un soutien collectif inégal selon les classes sociales auxquelles elles appartiennent. Cependant, la volonté très louable de donner à tous, autant que possible, les mêmes chances en matière de santé fait que les différences entre les soins donnés à un vieillard dans un établissement dit de luxe ou dans le secteur public hospitalier ne sont pas très différents.

Comme l'âge moyen des décès ne cesse de reculer, grâce notamment à ces soins, un pourcentage de plus en plus élevé de la population prélève sur les ressources de santé une part de plus en plus grande. Le phénomène, en théorie, peut même devenir exponentiel, puisque rien n'interdit, en principe, d'imaginer que des personnes en fin de vie et extrêmement handicapées soient maintenues en survie pendant des mois grâce à des technologies nouvelles elles-mêmes de plus en plus coûteuses.

Or il n'est pas besoin d'être un grand économiste pour comprendre que les potentiels humains et matériels ainsi consacrés à l'extrême vieillesse n'iront pas à des besoins que, sans être un cœur sec, on pourra juger méritant une priorité : l'assistance aux jeunes enfants et aux mères, l'amélioration des structures sanitaires en général, sans parler des sommes qui seront détournées inévitablement du financement de l'éducation, de la recherche scientifique ou de la coopération avec le tiers-monde. On pourrait chiffrer ces sommes, ce que nous ne nous hasarderons pas à faire : que coûte à la collectivité, en moyenne, chaque année ajoutée à l'espérance de vie moyenne ?

Or, ce que le discours politiquement correct refuse de reconnaître, c'est que les gens dont on prolonge la vie à grand frais mourront de toute façon, parfois dans des conditions plus détestables que celles dont on aura voulu les protéger. Ceci a été dit par certains médecins réalistes à l'occasion de la canicule. Beaucoup de personnes âgées très fragilisées qui sont mortes à cette occasion seraient de toutes façons mortes quelques temps plus tard, lors de grands froids ou de la simple épidémie de grippe automnale. La télévision nous montre des milliers de jeunes soignants s'épuiser à maintenir en vie des personnes qui souvent ne sont même plus conscientes mais dont l'organisme persiste à survivre, alors que les maternités et les établissements d'enseignement manquent cruellement d'infirmières.

Qu'en conclure ? Nous sommes confrontés à une véritable bombe, la bombe de la sénescence, qui risque de ruiner tous les efforts vers de meilleures conditions de vie pour la population dans son ensemble : Un mécanisme désastreux est enclenché et risque de s'accélérer d'une façon irrésistible. Les naissances se stabiliseront ou diminueront, tandis que le nombre des octogénaires, nonagénaires et bientôt centenaires ne cessera pas, mathématiquement, de s'accroître.

Mais aucune solution humainement ou socialement acceptable ne peut être proposée. Il n'est pas question de limiter les soins aux personnes âgées (autrement dit les laisser mourir). Si cela se fait plus ou moins de facto dans certains établissements, l'opinion considère la chose comme une honte et aucun personnel de santé ne pourrait s'y résoudre à grande échelle. On ne peut pas non plus compter sur différents progrès techniques pour atténuer la dépendance et améliorer l'état de santé générale, puisque les années gagnées au début de la vieillesse ne font que retarder l'échéance inévitable de la dégradation et de la mort. Refuser d'affronter le problème, comme le font généralement les politiques (sans mentionner les Eglises), n'est pas une solution. Plus exactement, il s'agit d'une décision prise sans vouloir l'avouer, qui consiste, non pas par humanité mais par lâcheté, à privilégier les vieillards par rapport aux jeunes, sacrifier l'avenir au passé.

Quand nous parlons ici de lâcheté, il ne s'agit pas seulement de lâcheté au regard des préjugés d'une opinion publique facilement manipulée par les donneurs de leçons morales. Il s'agit aussi d'une lâcheté vis-à-vis de soi-même. Chacun d'entre nous sait bien que sauf accident il finira vieillard lui-aussi et qu'il devra faire le choix à un moment ou un autre : choisir une mort digne tant qu'il sera encore temps ou s'accrocher à une vie de plus en plus réduite, à la charge de ses proches et de la société. Or cela, nul ne veut le reconnaître.

Il est pourtant quelques infimes minorités courageuses qui osent affronter le problème et accepter, pour eux en premier lieu, les formes de suicide proposées et mises en œuvre au sein d'associations telles que l'ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Ce qu'offrent de telles associations ne peut évidemment pas être imposé aux autres, ni par décision politique ni même par une sorte d'amicale pression morale de l'entourage. Mais les gens responsables ne doivent plus éviter dorénavant d'y réfléchir et de faire ce qu'il faudra le moment venu pour leur propre compte. Les pouvoirs publics et les autorités morales devraient faciliter le travail des personnes militant en ce sens, plutôt que les culpabiliser. Internet est soit dit un passant un endroit particulièrement propice pour généraliser les débats sur de tels sujets.

La mère de Lionel Jospin a pu récemment, grâce à l'ADMD et à sa forte personnalité, donner un exemple admirable. De tels exemples ne pourront à eux-seuls désamorcer rapidement la bombe de la sénescence, mais ils montrent la seule voie possible.

NB: on me dira qu'il est irresponsable de tenir de tels propos au moment où la Fondation pour la Recherche Médicale, par des journées ouvertes au public, essaye d'intéresser les citoyens au financement de cette recherche. Or une grande partie de celle-ci se consacre à la prévention et au traitement des maladies dégénératives, Parkinson, Alzheimer...ou des accidents vasculaires cérébraux, toutes pathologies auxquelles les vieillards sont particulièrement exposés. Faudrait-il renoncer à de telles recherches, sous prétexte qu'elles contribueront à allonger la vie de gens qui mourront de toutes façons? La réponse est évidemment non. Mieux vaut des personnes agées bien portantes que des invalides, étant entendu d'ailleurs, semble-t-il que la longévité ne parait pas fonction de la plus ou moins grande validité. Par ailleurs, ces recherches sont indispensables pour mieux comprendre le fonctionnement de l'organisme et notamment du cerveau, notamment au plan du rôle des gènes.

Ce que nous voulons exprimer ici, en parlant de la bombe de la sénescence, est une position de type philosophique, concernant directement chacun face aux perspectives de sa propre mort.

- ADMD http://perso.club-internet.fr/admd/
- Fondation pour la Recherche Médicale http://www.frm.org/


Michèle Rivasi et Sciencescitoyennes.org

Michèle Rivasi vient d'être nommé Directrice Générale de Greenpeace-France http://www.greenpeace.org/france_fr/news/details?item_id=308547 . C'est aussi une des fondatrice de Sciencescitoyennes. Selon Greenpeace, je cite: " Députée, apparentée PS, de Valence (Drôme) de 1997 à 2002, Michèle Rivasi s'est illustrée depuis des années dans la défense de l'environnement. C'est elle en effet qui a fondé dès 1986 dans les jours qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl, la Crii-Rad ( Commission de recherche et d'informations indépendantes sur la radioactivité) dont elle a été la présidente jusqu'en 1997.
Comme députée, elle a été l'auteur de plusieurs rapports (gestion des déchets nucléaires, syndrome du Golfe, responsabilité des produits défectueux) dans le cadre de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques.
Normalienne et agrégée de biologie, elle enseignait depuis un an à Grenoble la didactique des sciences. Elle est aussi co-fondatrice, avec Corinne Lepage, de l'Observatoire de vigilance et d'alerte écologique (Ovale) et membre de Sciences citoyennes."

Quant à l'association Sciences-citoyennes, ses buts paraissent louables. Malheureusement, son site web m'a paru peu capable de répondre à la curiosité des visiteurs, face à de telles ambitions. Dommage que le maximum d'engagement écologique se combine souvent avec le minimum de compétence de l'Internet (du moins en France) http://sciencescitoyennes.org/ 04/09/03


Le dépeuplement des volcans sous-marins (seamounts) (Source NewScientist du 30 août 2003, p. 6)

A l'attention de mes lecteurs qui s'intéressent à la pêche: La dévastation des fonds sous-marins par la surpêche se poursuit, dans des domaines jusqu'ici épargnés. Il s'agit des montagnes sous-marines ou anciens volcans (seamounts) situés dans les grandes profondeurs. Leur nombre est estimé à 30.000 rien que dans le Pacifique. Ce sont des réserves inestimables de bio-diversité sous-marine. Les chercheurs y découvrent sans arrêts de nouvelles espèces, dont 40% environ sont endémiques (spécifiques à chaque sea-mount). Il s'agit donc de réservoirs évolutifs dont dépend le renouvellement des espèces dans l'ensemble des océans. Malheureusement, les flottes de chalutiers opérant en grande profondeur ont découvert ces richesses et commencent sérieusement à les ruiner. De nombreuses espèces disparaissent avant même d'avoir été étudiées. L'océanographe Karen Stocks a organisé une conférence internationale récemment pour alerter l'opinion et recommander des mesures internationales de protection. On peut toujours rêver.
- Karen Stocks Home page http://seamounts.sdsc.edu/stocks_page.htm
- SeamountsOnline (http://seamounts.sdsc.edu)
- Ocean Biogeographic Information System (www.iobis.org)
- Science et Avenir aborde également la question, sans l'approfondir suffisamment, dans son numéro de septembre 2003, p. 26


Les cours gratuits du MIT

Ceux qui doutent encore de la puissance de la formation par Internet et de la façon volontariste dont les Etats-Unis s'en servent pour diffuser - gratuitement ou presque - leur culture scientifique et technique peuvent méditer sur la dernière version du site OpenCourseWare du MIT, pionnier en la matière. Des centaines de cours sur tous sujets sont disponibles. Ils sont rédigés en anglais mais le MIT autorise leur traduction sous certaines conditions. On lira pour mieux comprendre le dispositif les réponses aux FAQ publiées sur le site..
- MIT OpenCourseWare site http://ocw.mit.edu/index.html


Réunion scientifique de la société européenne de télémédecine

Cette société savante, présidée par le Pr Louis Lareng, se réunira le 29 septembre 2003 à l'Université Louis Descartes, 12 rue de l'Ecole de Médecine à Paris. Un des exposés sera consacré à "l'opportunité de gérer les soins à domicile de façon facile, fiable et protégée, avec le WiFi". Ceux qui connaissent le sujet de la télé-médecine et de la télé-surveillance des personnes à domicile savent qu'il s'agit (WiFi ou pas) de méthodes simples et économiques, dont on ne peut que regretter la lenteur de mise en place. Toutes les personnes agées souhaitant continuer à résider chez elles devraient pouvoir en bénéficier. Le coût et l'efficacité de la surveillance et des soins à domicile en seraient grandement améliorés. Voir http://www.telecom.gouv.fr/evenements/tele_med03.htm 01/09/03


4e Forum Mondial de l'I-Démocratie

Ce Forum, organisé à l'initiative de André Santini, député-maire d'Issy les Moulineaux, se tiendra en cette ville les 25 et 26 septembre 2003. Le thème en sera Liberté et sécurité à l'ère numérique. Toutes informations à http://www.assemblee-nat.fr/infos/iDemocratie.asp


Spam et anti-spam

On lira sur ce sujet préoccupant (sauf pour ceux dont le pénis a vraiment besoin d'élargissement) , un article documenté de notre ami Jean-Michel Yolin, spécialiste de l'Internet au Conseil Général des Mines et au ministère de l'industrie, que je remercie en votre nom à tous:
"SPAM, nouvelle forme de pollution: une explosion en 2003 avec les virus pilleurs de carnet d'adresse, les robots harvester et le rétrospam. Comment se protéger?" http://www.yolin.net/spam.doc  01/09/03


Palmarès des ministres selon un rapide sondage parmi les admiroutiens

En cette rentrée, il était intéressant de noter comment vous notiez les ministres de l'actuel gouvernement. Je précise tout de suite que ce sondage réalisé par nos services tient plus du micro trottoir que de l'oeuvre scientifique, et n'a donc aucune valeur d'aucune sorte

Très bon: ministre des affaires étrangères
Bon: ministre de l'Intérieur
Plutôt bon, malgré les apparences: ministre de la santé; ministre des affaires sociales; ministre de la défense, ministre de l'éducation, ministre de la recherche.
Plutôt mauvais, malgré les apparences: premier ministre, ministre des finances, ministre de la fonction publique (désolé), ministre des transports, ministre de la justice.
Mauvais: ministre de l'environnement, ministre de la culture.
Inconnu au bataillon: tous les autres, avec une mention spéciale pour la ministre (ou secrétaire d'Etat?) aux affaires européennes, dont le vide sidéral désole tous ceux qui pensent indispensable pour notre pays une audacieuse politique européenne .
01/09/03

PS au 12/09: j'ai reçu beaucoup de messages demandant, je ne sais pourquoi, de faire rétrograder d'une case les ministres de la santé et surtout de l'éducation. En contrepartie, on voudrait faire remonter d'une case le ministre des transports. Quant au ministre des affaires étrangères, s'il pouvait monter au-dessus de très bon, cela répondrait à un voeu assez général. Quousque non ascendat?


 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8609/index.htm